06 Fév

Jeremiah : premier volet d’une somptueuse intégrale en noir et blanc

C’est du lourd, du très lourd même, 2 kg 500 pour l’avoir pesé, 288 pages en noir et blanc pour les avoir comptées, le tout dans un grand format luxe de 340X267, le premier volet de l’intégrale Jeremiah version collector est sorti. Un régal pour les yeux et la tête…

Waouh ! Vous pouvez rester bouche bée mais par les bras ballants. L’ouvrage pèse son poids et ce serait dommage de le laisser lamentablement choir sur le bitume.

Paru dans la collection Niffle / La Grande Bibliothèque, le premier volet de cette intégrale en noir et blanc est un pur bijou, de ceux qu’on aime laisser traîner sur le coin d’une table tel un trophée ou un bel objet de déco.

Mais c’est bien évidemment plus que ça, derrière la beauté de l’objet, il y a une légende, Jeremiah, trente six albums à ce jour, tous signés de la main du maître Hermann, un univers unique qui nous embarque dans un futur post-atomique à la Mad Max, crépusculaire à souhait.

« J’avais lu Ravage de Barjavel », explique Hermann… « un excellent bouquin dont l’action se situe après une guerre atomique… La Terre est ravagée et toute la sauvagerie de l’homme se donne alors libre cours ». Un bon résumé de ce qui attend Jeremiah, son acolyte Kurdy et les lecteurs.

Ce premier volet réunit La nuit des rapaces, Du sable plein les dents, Les héritiers sauvages, Les yeux de fer rouge, Un cobaye pour l’éternité et La secte, les cinq premiers albums publiés entre 1979 et 1982 aux éditions Dupuis.

Bon alors forcément, le prix est un peu élevé, 49€, mais les fans de Jeremiah et Hermann comprendront dès la première page, dès la première rencontre entre Jeremiah et Kurdy, qu’ils ont entre leurs petites mains fébriles une édition historique et l’occasion de mesurer tout le talent de l’auteur dans l’écriture et surtout dans le graphisme avec ces planches grand format en noir et blanc qui révèlent plus que jamais la finesse du trait, une maîtrise absolue du noir et blanc, une précision de tous les instants. Du grand art !

Eric Guillaud

Jeremiah, intégrale N/B, de Hermann. Dupuis / Niffle. 49€

@ Dupuis-Niffle / Hermann

Amer Beton : la réédition d’un chef-d’oeuvre de Taiyou Matsumoto

Dans le monde du manga, voilà un auteur qui tient une place à part, un auteur au trait inimitable. Il s’appelle Taiyou Matsumoto. Cette intégrale a été publiée à l’occasion de l’exposition qui lui était consacrée lors du dernier Festival international de la bande dessinée à Angoulême…

Publié en trois volumes par les éditions Tonkam en 1996 – 1997 avant d’être réédité en un volume en 2007 puis à nouveau en ce début 2019, Amer Beton est ce qu’on peut appeler un petit chef-d’oeuvre du genre, un manga fort et singulier, à la fois par son approche narrative et graphique. À tel point qu’il a été adapté au cinéma par l’Américain Michael Arias en 2006 mais aussi au théâtre.

L’auteur, Taiyou Matsumoto, s’est fait connaître à travers une série de mangas dans l’univers du sport (Straight, God Save the knuckle….). Avec Amer Beton, il décide de mettre ses tripes sur la table et de laisser parler cette colère qui le suit depuis son enfance, passée loin de ses parents. « C’est une oeuvre matricielle, symbole de mon travail », admet-il dans une interview accordée à 20 Minutesavec comme toujours un regard posé sur l’enfance. Ou depuis l’enfance. Cette fois, il le fait à travers les yeux d’un tandem de gamins sans fois ni loi, deux orphelins qui ne possèdent rien et n’ont donc rien à perdre, tout à gagner, un peu de monnaie ici, une montre là.

Ces gamins s’appellent Blanko et Noiro, le Yin et le Yang (autre thème constant de son oeuvre), ils ont fait de la ville de Takara, doux mélange de Tokyo et Osaka, leur terrain de jeu privilégié, un jeu, vous avez bien lu, dont le but serait de survivre au milieu du chaos permanent, de la pauvreté et de la violence. Jusqu’au jour où débarque une bande de yakusa bien décidée à mettre la main sur la région…

Cette très belle réédition parue chez Delcourt / Tonkam nous permet donc de retrouver un auteur et un univers singuliers, influencés par une multitude de courants, de dessinateurs, notamment européens comme Mœbius. De fait, le style de Matsumoto en perpétuel évolution déroge à la règle du manga formaté et lisse.

Plusieurs autres-chefs d’oeuvre de Taiyou Matsumoto viennent d’être réédités à l’occasion de l’exposition visible à Angoulême jusqu’au 10 mars, entre autres Number 5 en intégrale chez Kana et Ping Pong chez Delcourt / Tonkam.

Eric Guillaud

Amer Beton, de Taiyou Matsumoto. Delcourt/Tonkam. 29,99€

À lire : l’excellent dossier sur Matsumoto dans le numéro 6 des Cahiers de la BD

31 Jan

Quand Richard Corben s’allie à d’autres maîtres de l’horreur pour un beau livre terrifiant

Depuis son Grand Prix au festival d’Angoulême en 2018, la France n’arrête pas de (re)découvrir l’œuvre de Richard Corben. Alors même si cette dernière est désormais éparpillée façon puzzle entre plusieurs éditeurs, cette réhabilitation tardive donne droit à quelques pépites. Dont cette édition grand format de toute beauté en noir et blanc, à mi-chemin entre ‘beau livre’ et recueil de BD.

Associer le trait fin et même temps horrifique d’une façon presque grotesque de Corben avec l’écriture ciselée d’Edgar Allan Poe ou de son disciple le plus talentueux Howard Philips Lovecraft est plus qu’une évidence. Partageant le même goût pour le macabre, les abominations indicibles qui se cachent dans les ténèbres et les affres de leurs semblables face à des forces qui les dépassent en tous points, les trois se complètent d’une façon assez étonnante, bien qu’ils n’aient pas vécu à la même époque. Même si les adaptations de Poe avaient déjà été traduites il y a plus de dix ans, c’est la première fois qu’elles sont couplées dans un seul et même volume avec celle dédié au papa de Cthulhu.

@ Panini Comics / Corben & Margopoulos

Première bonne surprise : leurs œuvres respectives étant tombées dans le domaine public, l’éditeur a eu la bonne idée de joindre à chaque histoire le poème ou la nouvelle originale lui correspondant. Ce qui permet d’abord de mesurer le travail d’adaptation réalisé par Corben et son compère Rich Margopulos mais aussi de voir comment le dessinateur, surtout dans le cas de Poe, a su faire prendre à des textes pourtant écrits au XIXème siècle des accents parfois assez étonnants et plus proches de ses obsessions personnelles, comme la science-fiction apocalyptique sur Le Ver Conquérant ou le mythe du vampire sur La Dormeuse. Ce qui permet d’aboutir à des choses très graphiques ou, au contraire, à un résultat où l’horreur est avant tout suggérée mais rarement montrée. Bizarrement, du corpus assez conséquent de Lovecraft, le duo n’a retenu que des textes fragmentaires ou des poèmes peu connus, peut-être par peur de passer après toute la horde qui s’était déjà attaqués à L’Appel de Cthulhu par exemple. D’ailleurs, la nouvelle illustrée la plus connue de toutes (Dagon) est la moins réussie, comme si engoncé dans des vêtements trop contraignants, ils n’avaient pas pu se lâcher autant qu’ils le voulaient.

Certes, les sorties ou ressorties actuelles estampillées ‘Corben’ ne manquent pas et quantités d’entre elles valent leur pesant d’hémoglobine (on pense notamment à l’excellente intégrale des épisodes qu’il a dessiné pour la saga Hellboy tout juste sorti chez Delcourt) mais parmi elles, L’Antre de L’Horreur occupe une place spéciale, aussi pour ses fans que pour les amateurs d’horreur gothique de la grande époque. Un vrai travail de maître(s) !

Olivier Badin

 L’Antre de L’Horreur de Richard Corben et Rich Margopoulos, d’après l’œuvre d’Edgar Allan Poe et Howard Philips Lovecraft, Panini Comics, 32€

@ Panini Comics / Corben & Margopoulos

30 Jan

Les fantômes de Knightgrave : une intégrale choc signée Eric Maltaite et Stéphan Colman

Les mots on un sens, une intégrale regroupe comme on peut s’y attendre tous les livres publiés d’une même série, achevée ou en cours. Avec Choc, les éditions Dupuis vont plus loin en réussissant dans le même recueil non seulement les deux albums publiés à ce jour mais aussi un troisième qui ne le sera qu’en mars prochain…

Publier l’intégrale d’un triptyque, en l’occurrence Les Fantômes de Knightgrave, avant même que le troisième album soit sorti, voilà qui n’est pas commun. Mais on ne va pas s’en plaindre, bien au contraire, puisque ce tirage annoncé comme unique par l’éditeur nous permet non seulement de découvrir la fin de l’aventure mais encore de profiter pleinement du trait d’Eric Maltaite, fils de Willy Maltaite, dit Will, celui-là même qui dessina longtemps la série Tif et Tondu et lui donna avec Maurice Rosy son méchant de service, Choc, un être machiavélique reconnaissable à sa queue-de-pie et son visage dissimulé sous un heaume.

C’était au milieu des années 50. Aujourd’hui, Eric Maltaite et Stéphan Colman ont donc repris le personnage pour lui offrir une aventure à lui, un genre de spin-off comme on dit dans le milieu, avec tout le talent qu’on leur connaît et la folle envie de répondre à deux interrogations qui les hantent depuis l’enfance, nous dit Jean-Louis Bocquet en préface, « Comment devient-on Monsieur Choc ? Qui se cache derrière ce masque ? ».

270 pages pour détricoter l’histoire, tenter de lever un peu le coin du voile ou plus exactement du heaume, nous offrir une très belle aventure et une fin en apothéose, avec la participation exceptionnelle de… 🤭🤫😬 ! Vous le saurez en la lisant.

Eric Guillaud

Choc, Les Fantômes de Knightgrave, de Maltaite et Colman. Dupuis. 48€

@ Dupuis / Maltaite & Colman

29 Jan

Hope One : un huis clos oppressant signé ‘FANE

Imaginez un instant vous réveiller après 49 ans de sommeil et découvrir que vous êtes enfermé dans un vaisseau placé en orbite géostationnaire autour d’une Terre qui ne compte peut-être plus un seul habitant. C’est ce qui arrive à Megan Rausch dans Hope One, un récit de science fiction signé ‘FANE…

Et le réveil est plutôt brutal, même s’il répond au protocole établi. Nausées, amnésie, claustrophobie… il faudra quelques temps à Megan Rausch pour se remettre de ce long sommeil, il lui faudra aussi du temps pour comprendre ce qu’elle fait là, enfermée dans ce vaisseau qui tourne autour de la Terre depuis bientôt un demi-siècle.

C’est Adam, son unique compagnon de voyage, qui va la briefer : « En 1971, un conflit planétaire issu des tensions entre les États-Unis et la Russie, engageant l’ensemble des nations du globe a fini par déclencher une série de frappes nucléaires. La planète n’allait pas s’en remettre ».

Ce vaisseau, comme un douzaines d’autres qui tournent autour de la Terre ont été imaginés et lancés dans l’unique but de préserver le genre humain. À son bord, un homme, une femme, et une mission : évaluer les possibilités de retour sur Terre.

Pour faire bien, il faut faire simple. Et de ce côté-là, le scénario de Hope One est dans les clous, simple mais efficace, de la science-fiction grand public bien foutue avec des personnages attachants, un dessin très agréable et une histoire au suspense haletant, le tout sous pavillon Comix Buro, l’excellente maison d’édition d’Olivier Vatine (Aquablue, La Mort vivante…) en association avec Glénat. Vous pouvez donc acheter l’album les yeux fermés que vous soyez dans l’espace ou ailleurs !

Eric Guillaud

Hope One (tome 1), de ‘FANE. Comix Buro / Glénat. 15,50€

@ Comix Buro & Glénat / ‘FANE

28 Jan

La saga de Grimr : rencontre avec Jérémie Moreau

En 2018, c’est le jeune Jérémie Moreau (31 ans) qui remportait à Angoulême le Fauve d’or qui récompense le meilleur premier album. Un prix qui est en fait l’aboutissement d’un parcours entamé, justement, à l’âge de huit ans à cause de ce festival. Alors que l’édition 2019 vient tout juste de se tenir, on revient donc vers lui et sa Saga de Grimr crépusculaire se déroulant dans une Islande du XVIIIe siècle sauvage et sublime à la fois …

Jérémie Moreau © Chloé Vollmer Lo

Avec son style pas du tout académique tout en aquarelle, la dureté de ses personnages et en même temps cette exaltation d’une nature débridée pour laquelle les hommes ne sont que des pions, La Saga de Grimr a brillé par son originalité et surtout sa force dramatique. Un récit initiatique et tragique à la fois qui nous a vraiment fait découvrir Jérémie Moreau, jeune trentenaire au parcours déjà foisonnant et qui revient avec nous sur cette œuvre à part entière qui a bien mérité son Fauve d’Or…

Si je joue l’avocat du diable et je te dis qu’une BD inspirée par l’Islande du XVIIe siècle et les sagas du Moyen-Âge réalisée par un jeune français c’est aussi crédible qu’un livre sur les légendes de la forêt de Brocéliande écrit par un Australien qui a vu trois documentaires à la télé, comment te défendras-tu ?

Jérémie Moreau : Mal ! (rires) C’est vrai que l’idée de légitimité se comprend, surtout que j’ai eu le même problème avec le Japon. Mais paradoxalement, ce qui m’a le plus libéré ce qu’au final, je connaissais très peu l’Islande donc j’avais peu le poids de leur culture sur les épaules comparativement au Japon d’où j’ai beaucoup consumé de films et de mangas dont je me suis beaucoup plus imprégné. Donc pour répondre à ta question, je te dirais que je suis sauvé par mon ignorance. Ma source d’inspiration principale reste les livres d’Halldor Laxness, prix Nobel de littérature en 1955 qui a beaucoup écrit sur l’histoire de son île et sur son peuple. Après, je ne me vois pas faire des choses que sur la France sous prétexte que je suis français aussi…

@ Delcourt / Jérémie Moreau

D’après ton blog, ta découverte de la nature islandaise date de l’été 2014. T’es-tu rendu sur place spécifiquement pour préparer ce livre ?

J.M. Pas du tout. Je suis d’abord allé en pur touriste avec tout un groupe d’amis, ce n’était pas d’ailleurs moi qui avait choisi la destination mais j’ai adoré et réalisé quelques esquisses sur place, mais sans alors penser à un éventuel livre. Non, en fait, le vrai point de départ de La Saga de Grimr, c’était cette idée simple d’une histoire centrée autour d’un personnage qui aurait construit un mur de pierre pour protéger son village d’une coulée de lave. J’ai pas mal cherché dans quel lieu la mettre en scène et j’ai d’abord pensé à d’autres endroits connus pour leurs activités volcaniques comme le Japon encore une fois ou même la Martinique. Puis je suis tombé sur La Cloche d’Islande, considéré comme le chef d’œuvre de Laxness et qui se passe en Islande au XVIIIème siècle alors que le pays est sous domination Danoise et ça été le déclic. Surtout lorsque j’ai découvert après coup que l’île avait justement subi une gigantesque explosion volcanique en 1783, où cent quinze cratères se sont mis à cracher de la lave en même temps… J’ai donc refaçonné mon histoire pour qu’elle entre dans ce cadre-là tout en mettant à dévorer tout ce que je pouvais sur les sagas islandaises.

Pourquoi ne pas avoir choisi la période classique des vikings, peut-être plus vendeuse ?

J.M. D’abord parce que le roman de Laxness se passait, justement, au XVIIIème siècle et qu’il m’a apporté moult détails sur cette période. Et ensuite parce qu’en terme dramatique, j’aimais cette idée d’ancrer cela dans un pays qui a perdu son lustre d’antan et vivant sous la coupe par une puissance étrangère. Et puis cette éruption de 1783 a eu des conséquences très graves. Le pays a perdu un tiers de la population et plus de la moitié du bétail, avec la famine qui va avec. J’aimais ce côté très noir qui, en plus, le rapprochait des ambiances que l’on pouvait avoir dans certains romans de d’Émile Zola ou Victor Hugo, à la fois romantique et exaltée dans la misère.

@ Delcourt / Jérémie Moreau

Justement, le terme ‘saga’ est presque un terme consacré, dédié à ces histoires relatant la colonisation de l’île au Moyen-Âge et transmises oralement. Pourquoi l’avoir malgré tout utilisé ?

 J.M. Plus je lisais à propos des sagas, plus je me retrouvais dans leur définition, à savoir un récit en prose qui raconte l’histoire d’un homme digne de mémoire en Islande. C’est d’ailleurs aussi pour ça que j’ai rajouté le personnage de l’écrivain car il personnifie un peu tous ces auteurs au nom oublié qui permit la transmission de toutes ces histoires moyenâgeuses.

Après, Grimr ne correspond aux canons de beauté entre guillemets attendu : il n’est ni blond aux yeux bleus, ni très scandinave dans sa physionomie…

J.M. C’est pour ça que je fais dire au conteur du début que ce n’est pas une saga comme les autres car normalement, elles doivent nous relier d’une manière ou d’une autre à la généalogie des premiers habitants de l’île. En fait, si l’on recoupe toutes les sagas, on peut retracer les histoires de toutes les premières familles d’Islande ! Or lui est orphelin dont les racines ont donc été séparées de l’histoire ancestrale de l’île. Donc dès le départ, c’est un personnage à part, un marginal… Et je voulais que cela soit marqué aussi physiquement, surtout que mes premières visions en quelque sorte, j’avais imaginé une sorte de Quasimodo des volcans au physique disgracieux.

@ Delcourt / Jérémie Moreau

Tous les décors, ce sont des choses que tu as ramené de ton voyage ?

J.M. Non, parce que je n’y suis resté au final que vingt jours et qui plus est, en Août donc je n’avais été le témoin que d’une seule saison bien précise. J’ai cherché pendant un temps à faire une résidence en hiver pour compléter mais je fini par me documenter via des blogs, des photos etc. Comme c’est une destination un peu à la mode, je me suis rendu qu’il y avait foison de documentation. Par contre, sur le plan historique, cela s’est révélé beaucoup plus compliqué pour trouver des éléments sur les bateaux, les vêtements, les habitations etc. Au final, j’ai trouvé des gravures d’époque du Danemark ou de Norvège qui m’ont servi de bases de travail.

Qu’a changé pour toi le prix obtenu à Angoulême ?

J.M. Plein de choses, même si je n’en mesure pas encore tout l’impact. Déjà, je trouve cela super qu’il le donne à un jeune auteur. Lorsque Riad Sattouf pour L’Arabe du Futur en 2014, sa carrière est déjà lancée depuis longtemps. Alors que moi, cela m’a donné une exposition inattendue et un poids certain auprès des éditeurs pour mes prochains projets. En fait, cela m’a donné plus de liberté en quelque sorte. Surtout que j’ai un lien très particulier avec Angoulême : c’est parce que j’avais décidé de participer au concours junior à l’âge de huit ans que j’ai commencé à vraiment me mettre à dessiner sérieusement et cela ne m’a pas lâché. Donc le Fauve d’Or c’est un peu ma Palme d’Or à moi !

Propos recueillis par Olivier Badin le 9 Janvier 2019

La Saga de Grimr de Jérémie Moreau, Delcourt, 25,50

27 Jan

Quand Davy Mourier rêvait de faire de la télévision

Il fut un temps où Davy Mourier rêvait de faire de la télé. Aujourd’hui, il n’en rêve plus, il en fait. Il fait aussi des spectacles et surtout, pour ce qui nous intéresse ici, il réalise des bandes dessinées où il peut parler de sa vie, notamment devant et derrière le petit écran…

« Quand, enfant, tu te prends pour un personnage de série, tu te prédestines peut-être à devenir un acharné de la télé ». Après Cuba, Davy Mourier s’attaque au monde de la télé qui le faisait tant rêver enfant. Combien d’après-midis passées à regarder les aventures de Goldorak ou de Spiderman, à mater des dessins animés japonais en VHS et parfois des productions pas vraiment destinés à à la jeunesse.

« Bref, vous l’avez compris : la télé m’a appris beaucoup de choses. Mon père avait les yeux tellement rivés sur elle que j’ai eu envie de devenir la télé… Et vu que je pouvais pas être la télé, j’ai voulu être dans la télé ». Une véritable obsession au point de dire un jour à sa mère :  » Si à 30 ans je ne fais pas de la télé, je me suicide ».

Bon il n’aura pas à le faire, Davy – Crockett – Mourier, comme on le surnommait enfant, a réussi à faire de la télé. Il a même réussi à être au centre d’un documentaire qui apparemment ne lui a pas laissé de bons souvenirs, avec des journalistes à priori peu soucieux de l’éthique. Ça peut être ça aussi la télé !

Moins pertinent et drôle que le premier volet consacré à son « voyage forcé » à Cuba, Davy Mourier vs la télévision a au le moins le mérite de nous replonger un moment dans nos souvenirs télévisuels.

Eric Guillaud

Davy Mourier vs La Télévision, de Davy Mourier. Delcourt. 9,95€

26 Jan

Festival international de la bande dessinée d’Angoulême : le palmarès 2019

La 46e édition du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême vient de faire connaître son palmarès 2019 et notamment son Fauve d’Or attribué à Moi, ce que j’aime, c’est les monstres d’Emil Ferris chez Monsieur Toussaint Louverture…

Fauve d’Angoulême – fauve d’orMoi, ce que j’aime, c’est les monstres d’Emil Ferris chez Monsieur Toussaint Louverture

Fauve d’Angoulême – Prix spécial du juryLes Rigoles, de Brecht Evens, chez Actes Sud

Fauve d’Angoulême – Prix de la sérieDansker, de Halfdan Pisket, chez Presque Lune

Fauve d’Angoulême – Prix révélationTed drôle de coco, d’Émilie Gleason, chez Atrabile

Fauve d’Angoulême – Prix jeunesseLe Prince et la Couturière, de Jen Wang chez Akiléos

Fauve d’Angoulême – Prix patrimoineLes Travaux d’Hercule, de Gustave Doré chez 2024

Fauve polar SNCF : VilleVermine : T1, L’Homme aux babioles de Julien Lambert chez Sarbacane

Fauve d’Angoulême – Prix de la BD alternativeExpérimentation, de Samandal

Prix des écoles d’AngoulêmeLa boîte à musique de Gijé et Carbone, chez Dupuis

Prix des collèges : La Brigade des Cauchemars, T.1 de Franck Thuillez, Yomgui Dumont et Drac chez Jungle

Prix des lycées, Il faut flinguer Ramirez, Acte 1 de Nicolas Petrimaux chez Glénat

Prix d’Angoulême de la BD scolaire, Jap vu par Jap de Julien Auclair

Prix Espoir de la BD scolaire, Le fruit du hasard de Thomas Ouedraogo

Prix graphisme de la BD scolaire, C’était une blague de Fela Maazou

Prix jeunes talents régionAu début, un rêve étrange de Robin Pouch

Prix jeunes talentsLouis Lanne

Prix DrawmecomicsFlavie Roux

 

Angoulême : Les éditions nantaises Rouquemoute Prix Charlie Schlingo 2019 pour l’album Tendre enfance de Jorge Bernstein et Laurent Houssin

L’album Tendre Enfance de Jorge Bernstein et Laurent Houssin, sorti en librairies le 21 novembre 2018, a obtenu le prix Schlingo ce samedi 26 janvier 2019 au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême…

Qu’est-ce que le Prix Schlingo ? 

Le prix Schlingo est décerné depuis 2009 à l’occasion du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême en marge du palmarès officiel, dans le cadre du Off of Off. Il a été créé à l’initiative notamment de l’auteure Florence Cestac. Il récompense un album de bande dessinée d’humour, ou un auteur affichant une proximité avec l’oeuvre de Charlie Schlingo. 

Tendre enfance, un récit plein de nostalgie sur la jeunesse ?

Non, Tendre enfance n’a rien d’un agréable récit plein de douceur et d’amour. Il suffit de lire la première page pour comprendre tout de suite vers quoi on va. De l’humour noir, cinglant qui fait mal et laisse des traces sur les murs et dans nos têtes.

Bienvenue à tous, dans cette formation réservée aux jeunes sans avenir entièrement financée par Pôle Emploi…

« Les premières planches de Tendre enfance sont parues dans Fluide Glacial de 2013 à 2017… », nous précise l’éditeur, « Lindingre, rédacteur en chef du magazine, signe la préface de l‘albumLes auteurs exploreraient-ils un monde de la jeunesse où les garçons et les filles s’amusent gaiement et naïvement sous les yeux attendris de leurs parents, charmés par leurs petites têtes blondes ? Non, pas vraiment. Véritable critique de la société, Tendre enfance est une BD à l’humour noir grinçant où les enfants reproduisent les schémas parentaux tout en se jouant d’eux ».

Au sujet des éditions Rouquemoute…

Les éditions Rouquemoute sont installées à Nantes. Nous avions rencontré son boss, Maël Nonet, juste avant le festival. Son interview est à retrouver ici. Rouquemoute est une maison d’édition spécialisée BD et livres jeunesse dont la ligne éditoriale se résume en un mot : humour. « Rouquemoute, ça veut dire roux aviné en argot », nous précisait alors Maël Nonet, qui poursuivait : « Angoulême, c’est La Mecque de la bande dessinée. Ne pas y être, c’est ne pas exister. Pour nous, ce sera aussi l’occasion de fêter les deux ans de la maison d’édition avec pas mal d’auteurs ». Nulle doute que la fête sera belle !

Eric Guillaud

Tendre enfance, de Jorge Bernstein et Laurent Houssin. Editions Rouquemoute

23 Jan

GrassKings : un polar sans concession signé Matt Kindt et Tyler Jenkins

Vous aimez les récits noirs qui plongent le lecteur dans le trou du cul du monde avec une brochette de dingues et de paumés en guise de héros ? Alors, vous allez être servis avec ce premier volet d’un triptyque signé Tyler Jenkins et Matt Kindt. GrassKings est un polar sans concession où l’on flingue sans sommation…

« En raison de l’augmentation du prix des munitions, il n’y aura pas de tir de sommation ». Ça a le mérite d’être clair. Mieux vaut ne rien avoir à faire à Grass Kingdom, il y a peu de chance que vous y soyez le bienvenu. Et c’est comme ça depuis la nuit des temps. Certains s’en souviennent encore, ou du moins s’en souviendraient s’ils n’étaient pas morts et plantés au fond du lac. « Ce n’est pas le genre d’endroit qu’on prend à la légère. Il y a un prix à payer pour avoir le droit de vivre de ce côté du rivage ».

Mais alors, me direz-vous, qui a le droit de vivre dans ce bled pourri au milieu de nulle part ? Des privilégiés ? Pas vraiment. Ici vit une petite communauté, un casting de dingues et de paumés, quelques squatters, un gus fada des avions de la première guerre mondiale, un ancien sniper de l’US Navy, peut-être même un tueur en série… et trois frangins dont le plus jeune, Robert, tente d’oublier la disparition de sa fille dans l’alcool, et le plus vieux, Archie, se prend pour LE flic du coin.

Et tout ce petit monde vit en – très relative – quiétude jusqu’au jour où débarque une jeune-femme qui s’avère être la compagne du shérif de Cargill, un patelin voisin. Et là, tout finit par dégénérer…

il a perdu soixante centimètres de colon, mais va savoir pourquoi, c’est toujours un trou du cul

Des dialogues percutants, un dessin taillé à la serpe, une atmosphère lourde, des personnages qui ne manquent pas de caractère et une réflexion entre les lignes et les traits sur la peur de perdre un enfant… Tyler Jenkins et Matt Kindt nous offrent l’un des plus beaux bouquins de ce début d’année. Et bonheur, suprême les tomes 2 et 3 seront respectivement publiés en mars et juin de cette année. Vous pouvez ranger les flingues !

Eric Guillaud 

Grasskings tome 1/3, de Matt Kindt et Tyler Jenkins. Futuropolis. 22€

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