26 Jan

Victor Hubinon – Une Vie en dessins : un autre regard sur l’oeuvre du dessinateur de Buck Danny et de Barbe-Rouge

Buck danny, son personnage de prédilection, a beau être plus connu que lui, Victor Hubinon a pourtant réussi à se hisser au panthéon des grands dessinateurs de la bande dessinée franco-belge tendance réaliste. Son trait précis, ses planches aux compositions parfaites, ont embarqué des générations de lecteurs à bord des avions de l’US Air Force et déclenché nombre de vocations…

Et dire qu’à ses débuts, Victor Hubinon préférait le dessin d’humour ! Loudemer, Durdefeuille, Rik Junior, Blondin et Cirage… Victor Hubinon affûte ses crayons auprès de Jijé et de quelques autres grands de la BD avant de se lancer avec maestria dans le récit réaliste via L’Agonie du Bismarck en compagnie du scénariste de génie Jean-Michel Charlier. Les deux hommes ne se quitteront plus, enchaînant les aventures de Buck Danny et de Barbe-Rouge jusqu’à la mort du premier, en 1978.

Cet imposant ouvrage de plus de 300 pages paru aux éditions Champaka Brussels dans la collection Une Vie en dessins réunit quantité de photos, d »illustrations, couvertures, planches, cases agrandies, le tout accompagné de textes signés Daniel Couvreur sous la direction éditoriale d’Eric Werhoest.

Inutile de vous dire que les fans de la grande époque des éditions Dupuis et de la bande dessinée franco-belge réaliste y trouveront leur bonheur. C’est beau, c’est captivant… Un livre indispensable pour approcher au plus près le génie de l’artiste !

Eric Guillaud

Victor Hubinon, Une Vie en dessin, Champaka Brussels – Dupuis. 55€

© Champaka Brussels – Dupuis / Hubinon

25 Jan

Le Poids des héros : un récit autobiographique sensible de David Sala autour du souvenir et de la transmission

Raconter son enfance, raconter sa famille, c’est bien, encore faut-il avoir quelque chose à raconter et une façon de le raconter. Et sur ce point, David Sala coche toutes les cases, Le Poids des héros est une histoire personnelle qui touche l’universel avec les mots et les images qui vont bien…

Le grand-père de David est en fâcheuse posture. Les médecins de l’hôpital l’ont renvoyé chez lui sans espoir. Quelques mois et ce sera fini. Mais on ne survit pas à la guerre d’Espagne et à quatre ans d’enfermement au camp de Mauthausen sans développer un sacré caractère et une certaine détermination. De fait, le grand-père a décidé de ne pas mourir avant son bourreau, Franco, et il va y parvenir.

Parti, le grand-père n’en est pas moins présent. Présent à travers ce portrait accroché au mur de la maison, un tableau réalisé pendant sa captivité, présent par les souvenirs qu’il laisse forcément à chacun, présent enfin et surtout par son histoire, forte, faite d’engagements et de souffrances.

C’est à travers toi maintenant que mon histoire va survivre. Tu ne dois pas oublier mes souffrances

Dans cette France des années 80 qui tente de passer à autre chose, écoute Renaud, découvre les radios locales, le début du rap, lit Strange et regarde les premiers essais d’une télévision en relief, David reçoit ce passé en héritage, un passé parfois pesant, du poids des héros. Car oui, son grand-père était un héros. Son grand-père maternel comme son grand-père paternel d’ailleurs, lui aussi d’origine espagnole, lui aussi réfugié en France à la veille de la seconde guerre mondiale et lui aussi entré en résistance contre le nazisme.

David grandit, passe le cap de l’adolescence puis celui de l’âge adulte, assiste impuissant au divorce de ses parents, à la dépression de son père, entre à l’école Emile Cohl, survit grâce au RMI, devient auteur de bande dessinée, un parcours qui n’a rien d’un long fleuve tranquille mais qui n’a rien de comparable avec la vie de ses grands-parents.

Je vivais constamment sous la statue imposante de mes grands-parents. Et je ne cessais de me répéter : ton malheur n’est rien mon garçon.

Certes, David n’a pas connu la guerre, la peur, le froid, l’humiliation, l’exil, la torture, l’odeur de la mort, ni celle des corps empilés et des fours crématoires mais il porte tout ça en lui, comme des blessures que personne ne peut parvenir à soigner.

En cela, Le Poids des héros a peut-être valeur de catharsis, David Sala ouvrant grand son coeur pour nous raconter son parcours, explorer son enfance, son adolescence et plus tard sa vie de jeune-homme à l’ombre de ces figures tutélaires. Il y a beaucoup de tristesse, de mélancolie, dans ce récit, il y a aussi beaucoup d’amour et de fierté pour sa famille et notamment ses grands-parents. Transmettre leur histoire était pour lui presque un devoir, c’est aujourd’hui un devoir accompli.

Et pour raconter cette histoire, David Sala a rassemblé ses souvenirs et tenté de s’approcher au plus près de son ressenti de l’époque, y compris visuellement. D’où cette option graphique proche de la peinture avec un trait déformé et des couleurs flamboyantes qui viennent judicieusement atténuer le propos souvent grave du récit.

Après la trilogie Replay rééditée en intégrale en 2018 et l’adaptation du chef-d’oeuvre de Stefan Zweig, Joueur d’échecs en 2017, David Sala confirme ici un immense talent d’auteur complet. Pas encore un héros mais presque…

Eric Guillaud

Le Poids des héros, de David Sala. Éditions Casterman. 24€

© Casterman / Sala

 

20 Jan

Le magazine Spirou souffle les 70 bougies du Marsupilami

Soixante-dix ans et toujours aussi bondissant le Marsupilami ! De quoi lui dédier un numéro entier du journal Spirou disponible en kiosque le 26 janvier…

Vous le reconnaissez ? Mais oui bien sûr, il s’agit bien du Marsupilami, Marsu pour les intimes. Né sous la plume du génialissime André Franquin au début de l’année 1952, le personnage a survécu à son maître, traversé les aventures, les années, , changé de siècle, survécu aux changements de maisons d’édition, à l’invasion des super-héros, au covid pour aujourd’hui encore nous interpeller et nous étonner. Une véritable énigme à lui tout seul ce Marsu !

Histoire de fêter dignement ses 70 ans, le journal de Spirou en date du 26 janvier s’est mis aux couleurs du Marsu, auteurs et personnages habituels du journal s’appropriant le personnage avec une mention spéciale pour les quatre pages proposées par DAV. Magnifique !

Eric Guillaud

Edgar P. Jacobs Le Rêveur d’apocalypses : la biographie dessinée de l’un des plus grands auteurs du neuvième art signée Rivière et Wurm

Il y a 75 ans débutaient dans les pages du journal Tintin les aventures d’un duo choc qui allait révolutionner la bande dessinée et embarquer dans un imaginaire mêlant fantastique et réalité plusieurs générations de lecteurs. Ils avaient pour nom Blake et Mortimer et pour créateur Edgar P. Jacobs auquel François rivière et Philippe Wurm consacrent aujourd’hui une biographie bien évidemment dessinée à la manière du maître…

Qui mieux que François Rivière et Philippe Wurm pour s’atteler à un tel projet ? Le premier a rencontré Jacobs de nombreuses fois et publié un recueil d’entretiens avec lui. Quant à Wurm, son trait l’inscrit dans la lignée de Jacobs et de la ligne claire.

Résultat ? Edgar P Jacobs le rêveur d’apocalypses est un très bon livre mêlant bien évidemment la stricte réalité des faits et des propos à une part d’imagination subjective histoire de lier le tout et de le rendre digeste. Et ça marche, l’album se lit d’un trait et nous ouvre les portes d’un univers et d’un auteur, d’un artiste, singulier qui rêvait de devenir baryton et se retrouve à faire de l’illustration publicitaire puis de la bande dessinée dans l’ombre d’un autre géant, Hergé, avant de connaître lui-aussi son heure de gloire avec les aventures de Blake et Mortimer.

Le tout est véritablement captivant, à la fois instructif et divertissant, même pour ceux qui ne connaissent pas spécialement l’œuvre de Jacobs. On y comprend la forte influence du contexte international de guerre froide sur son univers et on partage sa vie au quotidien auprès de sa chère et tendre dans sa maison isolée du monde au sud de Bruxelles.

Pour tout vous dire, le livre de François Rivière et Philippe Wurm a réveillé en moi une envie : relire tout Blake et Mortimer. Je vous laisse…

Eric Guillaud 

Edgar P. Jacobs Le Rêveur d’apocalypses, de François Rivière et Philippe Wurm. Glénat. 22,50€

© Glénat / Wurm & Rivière

16 Jan

Spirou et les petits formats : un récit, trois façons de le (re)découvrir

Publié dans les pages du Parisien Libéré puis dans celles du Journal de Spirou avant de sortir finalement en album, le récit Spirou et les petits formats a connu plusieurs vies que Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault dévoilent et commentent ici pour le plus grand bonheur des amoureux de Franquin et Roba…

Fantasio transformé en statuette. L’inquiétude est grande à Champignac lorsque Spirou découvre ce en quoi son complice de toujours a été réduit. Car Spirou en est certain, ces quelques centimètres appartiennent bien à Fantasio. La ressemblance avec le vrai Fantasio est frappante, le journal qu’il a acheté la veille est dans la poche de son veston et même les empreintes du petit format concordent avec celles du grand Fantasio. De quoi bien occuper notre Spirou…

Les fans de Franquin connaissent bien évidemment cette histoire. Publiée dans Le Parisien Libéré entre septembre 1960 et janvier 1961 puis dans les pages du journal Spirou et enfin en album, Spirou et les petits formats a connu plusieurs formats de parution et plusieurs mises en couleur. Cet album commenté par les deux spécialistes des éditions Dupuis, Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault la présente sous trois versions, la première, recoloriée au début des années 2010 d’après les indications originelles de Franquin, la deuxième avec son format de prépublication en six bandes dans le quotidien français, la troisième enfin, sous forme de fac-similé des planches originales.

Bref, de quoi apprécier une nouvelle fois, pou une pas dire trois nouvelles fois, le génie de Franquin mais aussi de Roba venu prêter main forte au maître débordé et signer du coup ses premières publications professionnelles avant de se lancer dans les aventures de Boule et Bill.

Comme toujours, le couple Pissavy-Yvernault apporte un plus incontestable au livre avec son érudition en la matière et son écriture limpide. Le tout est passionnant, parfaitement documenté et richement illustré, de planches bien sûr mais aussi de croquis, de couvertures, de photos. Pour les amoureux de Franquin, de Spirou, du neuvième art.

Eric Guillaud

Spirou et les petits formats, de Roba et Franquin, commenté par Christelle et Bertrand  Pissavy-Yvernault. Dupuis. 28,95€

© Dupuis / Franquin & Roba

Nord Sud : Deux voyages de christophe Blain en un seul carnet

Initialement publiés en deux volumes distincts, Carnet polaire et Carnet de Lettonie trouvent ici un magnifique écrin pour une réédition bienvenue à quelques semaines de l’exposition consacrée à Christophe Blain à Angoulême…

Nord pour la Lettonie, Sud pour l’Antarctique, ce livre au format à l’italienne réunit deux carnets de voyage, Carnet polaire et Carnet de Lettonie, signés Christophe Blain et respectivement sortis en 1997 et 2005.

L’auteur du Réducteur de Vitesse, d’Isaac le pirate, de Quai d’Orsay et plus récemment du Monde sans fin partage ici ses impressions et sa fascination pour les voyages, les terres lointaines, les paysages enneigés, glacés, la mer, les icebergs mais aussi les hommes et les femmes qui les peuplent, ici des Lettons et Lettones anonymes, là des scientifiques et techniciens de la base Dumont-d’Urville en Antarctique.

En noir et blanc ou en couleurs, au crayon ou à l’aquarelle, les dessins de Christophe Blain sont d’une grande sensibilité et d’une belle humanité. Mais s’ils se passent aisément de commentaires, certains regretteront tout de même la disparition de ce qui faisait le charme des deux albums dans leur version initiale, à savoir des textes et annotations de l’auteur qui accompagnaient chaque dessin et donnaient à l’ensemble un côté carnet de voyage plus affirmé.

Cette réédition s’inscrit dans le cadre de la grande exposition rétrospective qui sera consacrée à l’auteur lors du prochain festival de la bande dessinée d’Angoulême entre le 17 et le 20 mars.

Eric Guillaud

Nord Sud de Christophe Blain. Casterman. 30€ (en librairie le 26 janvier)

© Casterman – Blain

14 Jan

« Je rêve de faire une bande dessinée inadaptable au cinéma » : rencontre avec Pascal Rabaté, auteur et réalisateur atypique

Que ses récits se déroulent pendant la révolution russe, au début de la deuxième guerre mondiale ou dans les années 60, Pascal Rabaté n’a toujours eu qu’une ambition : raconter son époque. Rencontre avec l’un des plus grands auteurs français – et nantais d’adoption – à l’occasion de la sortie de sa nouvelle bande dessinée : Sous les galets la plage…

© éric guillaud

Il y a comme un air de révolte. Et pas seulement dans le titre habilement détourné d’un slogan de mai 68 mais dans le récit en lui-même et assurément dans l’esprit de son auteur. Rien d’étonnant quand on connaît un peu le bonhomme. Pascal Rabaté n’a jamais suivi le même chemin que tout le monde.

Déjà tout petit…

Le dessin ? Plus qu’une évidence, un besoin. « J’ai dessiné avant d’écrire. Comme beaucoup mais moi j’étais dyslexique, ce qui m’a freiné dans la prose. Donc le dessin fut mon premier moyen de communication. Je n’étais pas bon, j’étais juste moins mauvais que les autres ».

La suite ici

11 Jan

Esad Ribic ou comment sublimer le tragique chez les super-héros

Esad Ribic ne rentre dans aucun moule. Ce croate, qui fêtera cette année ses cinquante ans, détonne aussi bien par son style très sculptural que par son parti-pris graphique à la fois majestueux et froid. Et comme il se fait très rare ces dernières années, préférant se consacrant à la réalisation de couvertures, chacune de ses sorties est un mini-événement en soit. Ça tombe bien, il y en deux ce mois-ci !

Aussi talentueux qu’il soit par contre, cela ne l’empêche de se ‘rater’ parfois… Comme avec cette nouvelle adaptation de la série Les Éternels, à l’occasion de la sortie de l’adaptation cinématographique sortie un peu en catimini en France en Novembre dernier. Il faut dire que sur le vieux continent, la série est loin d’avoir l’aura qu’elle a aux Etats-Unis.

 l’origine, Les Éternels est une création du ‘king of comics’ Jack Kirby, la superstar absolue de la maison MARVEL. Kirby était intouchable dans les 60’s (Quatre Fantastiques, Thor, Captain Americaetc.) mais après s’être fâché avec MARVEL, il avait filé à la concurrence avant de revenir finalement quelques années au bercail. Publié en 1976, Les Eternels est peut-être sa dernière grande œuvre. On y découvre une race d’être immortels (ces fameux éternels donc) crées par des extra-terrestres il y a un million d’années dans le but alors avoué de faire évoluer ensuite l’espèce humaine. Mais leur conflit avec les plus génétiquement instables déviants, leurs cousins en quelque sorte, les obligent à se cacher pendant des siècles, jusqu’à ce qu’ils soient redécouverts par hasard.

Pour faire simple, jamais avant ou après Kirby (qui signait ici aussi le scénario) n’a été aussi mystique, jonglant avec des concepts assez complexes tournant autour de l’immortalité, de l’ordre du cosmos et ce genre de choses assez fumeuses. On ne comprenait pas tout mais c’était beau, très beau car rarement le King n’avait été aussi emphatique.

© J.M. Straczynski et Esad Ribic

Et bien avec cette nouvelle mini-série de cinq épisodes tous réunis pour cette version française, c’est un peu la même chose. Le scénariste Kieron Gillen a beau essayer à la fois de réinventer la mythologie tout en y restant fidèle, les longues plages de dialogues assez abscons – avec d’incessantes références antérieures au récit que seuls les initiés comprendront – risquent de décourager même les plus braves. Même le d’habitude très expansif Ribic semble un peu étriqué dans cet univers bavard malgré les couleurs très chatoyantes et où les quelques scènes d’actions ou l’intervention du super-méchant Thanos ne semblent avoir été rajoutés que pour tenter de raviver l’intérêt général.

Non, en fait, si on veut vraiment prendre la pleine mesure du croate, il faut se jeter sur Silver Surfer : Requiem, édité qui plus est en version grand format. Il fallait au moins ça pour s’en prendre plein les mirettes et ainsi assister à la mort de l’un des personnages les plus christiques si l’on peut dire de MARVEL et ancien héraut de Galactus le mangeur de planète.

© Kieron Gillen et Esad Ribic

C’est simple, avec Loki et Thor : Le Massacreur de Dieu, ceci est sûrement LE chef d’œuvre de Ribic, un chant du cygne (littéralement) aux accents tragiques presque shakespeariens et d’une force émotionnelle intense. Presque un comble, tant la critique récurrente qu’on entend à propos du croate est justement le côté parfois trop figé et donc peut-être un désincarné de ses dessins.  Sauf qu’ici, tout a été fait pour magnifier son style majestueux. Il faut dire que le scénario est (volontairement) des plus minimaliste : atteint d’une sorte de cancer et se sachant condamné, le surfeur d’argent décide ici en quelque sorte de solder les comptes et d’aller revoir son monde natal une dernière fois avant de mourir.

© Kieron Gillen et Esad Ribic

Ce n’est pas pour rien que le quatrième de couv’ parle d’une édition « qui met en valeur les (…) peintures de l’artiste ». Parce qu’on parle bien ici de véritables peintures, où cet être impassible au corps intégralement chromé et lancé à travers l’espace sur sa planche cosmique devient des plus émouvants alors qu’il apprend petit-à-petit à accepter son destin. Impossible d’ailleurs de ne pas penser au mythique La Mort De Captain Marvel sorti en 1982 et où le scénariste Jim Starlin avait réalisé un récit introspectif aussi tragique qu’émouvant et où le héros mourait, déjà, d’un cancer.

Pas de bastons épiques, pas de convulsions scénaristiques et encore moins de coups de théâtre. Juste un dessinateur au sommet de son art et un personnage stoïque face à son destin. Chef d’œuvre !

Olivier Badin

Le Éternels : Seule La Mort Est Éternelle de Kieron Gillen et Esad Ribic. 20,99€.

Silver Surfer : Requiem de J.M. Straczynski et Esad Ribic. 28€.

06 Jan

Nouveauté 2022. Mezkal, un road trip jubilatoire et impétueux de Kevan Stevens et Jef

Quand le rêve américain tourne au cauchemar, mieux vaut tailler la route le plus loin possible et sans se retourner, à l’image du héros de Kevan Stevens et Jef dans ce road trip sous amphétamine. Mais l’ailleurs n’est pas forcément plus enviable…

Entre son boulot qui part en vrille, sa mère qui se suicide et les huissiers qui rappliquent pour l’alléger de sa part d’héritage et qui plus-est lui réclamer 31000 dollars d’impayés…  rien ne va plus pour Vananka Darmont. Alors, autant enfiler le dernier costard qui lui reste, attraper sa guitare et tailler la route…

« Le rêve américain, on m’a proposé de m’le mettre dans le cul. J’ai accepté »

Ce n’est pas très classe mais c’est ainsi qu’il voit les choses. Et il n’a pas franchement tort tant le pays qu’il va traverser n’a rien d’un rêve, tout d’un cauchemar. Direction El Paso, la frontière avec le Mexique. Des milliers de personnes tentent de la passer chaque jour pour rejoindre les États-Unis, lui veut aller de l’autre côté à Ciudad Juárez. Pas vraiment une ville pour faire du tourisme…

« Dès que je suis arrivé dans cette ville, trois opportunités assez cool se sont offertes à moi : me buter, me faire buter ou me barrer le plus rapidement possible ».

C’est la dernière solution qu’il choisit. Direction cette fois le désert mexicain. Et c’est comme ça qu’il débarque chez la jeune et séduisante Leila qui vit avec son frère et son grand-père loin de tout et de tout le monde. Enfin pas tant que ça. Une bande de gus à la mine franchement patibulaire vient rapidement troubler l’amour naissant entre les deux tourtereaux. Pour Vananka, les ennuis ne font que commencer…

Jef au dessin (Corps et Âme, Geronimo) et Kevan Stevens au scénario signent en ce tout début d’année une BD qui a du chien, du mordant, avec de belles dentitions, beaucoup de poussière, de sueur et d’action, mais aussi un peu d’amour et de poésie sauvage dans un monde de brutes épaisses. Près de 200 pages à fond la caisse, un récit coincé entre le cauchemar américain et l’enfer des cartels.

Eric Guillaud

Mezkal, de Kevan Stevens et Jef. Editions Soleil. 26,50€

© Soleil / Stevens & Jef

04 Jan

BD. Résolution n°1 : Lily Cane arrête de fumer

Faire du sport, manger des légumes, ne plus télétravailler en pyjama, ranger sa chambre… En ce mois de janvier, tout le monde y va de sa bonne résolution. Pour Lily Cane, héroïne de cet album paru chez First Éditions, ce sera l’arrêt du tabac, un parcours du combattant raconté par la Nantaise Bénédicte des Mazery et le Dr Dan Belhassen…

C’est décidé. Le tabac ne passera plus par elle. Elle, c’est Lily Cane, la quarantaine, deux enfants, des années de tabagisme, un nombre incalculable de tentatives de sevrage et une décision ferme et définitive prise un beau soir autour d’un verre de vin et de quelques amis fumeurs : la clope, c’est fini !

Enfin bientôt. Pour Lily, direction le cabinet du docteur Harry Danani dont la méthode de sevrage tabagique serait vraiment originale. Pas question de la, de vous, de nous culpabiliser, le sevrage est ici pratiqué et décrit avec une approche scientifique qui commence par s’intéresser au mécanisme de la dépendance psychologique et physique.

Au fil de ses rendez-vous médicaux et d’un quotidien oscillant entre une belle détermination et quelques phases de découragements, Lily Cane partage avec nous les différentes étapes du sevrage jusqu’aux premiers bienfaits.

Mieux que le tabac froid, ce livre sent le vécu. Rien de moins étonnant puisque derrière les personnages fictifs de Lily Cane et du Dr Harry Danani se cachent Bénédicte des Mazery et le Dr Dan Belhassen, les auteurs du livre. Un récit autobiographique ou presque donc, conçu pour aider d’autres fumeurs en informant mais aussi en amusant. Personnellement, je ne fume plus depuis de longues années mais aucun doute que ce livre peut avoir pour certains l’effet d’un patch.

Eric Guillaud

Lily Cane arrête de fumer, de Dan Belhassen, Bénédicte des Mazery. First Editions. 15,95€

© First Éditions / Belhassen & des Mazery