05 Fév

Aro Satoe de Frank Le Gall: Théodore Poussin pour la vie !

Avec sa bouille et ses lunettes rondes, ses trois poils sur le caillou en guise de chevelure, Théodore Poussin est devenu l’archétype du héros malgré lui. Embarqué sur un bateau à Dunkerque il y a maintenant une paire d’années, 39 pour être tout à fait précis, il nous revient dans une quatorzième aventure insulaire pleine de révélations…

Les héros ne meurent jamais ! Les anti-héros non plus, à en croire la longévité de celui-ci. Trente-cinq ans d’aventures pour 14 albums seulement diront les mauvaises langues, oui mais 14 albums qui en valent 100 ou même 1000 car Théodore Poussin est un personnage unique et ses aventures se méritent.

Certes, il nous aura fallu attendre plus de dix ans entre le 12e et 13e volet, c’est beaucoup, mais à peine cinq entre le 13e et 14e, juste un moment nécessaire pour nous lecteurs de rêver la suite, une suite, un chemin forcément différent de ce qu’il allait finalement être sous le crayon et la plume du génial Frank Le Gall.

Et ce chemin là nous emmène à l’autre bout du monde, du côté de la mer de Chine où on retrouve Théodore Poussin, bien vivant, tel qu’il avait promis de l’être dans la dernière case du Dernier voyage de l’Amok paru en 2018. Bien vivant et en charmante compagnie. 

© Dupuis / Le Gall

Après avoir repris son île et sa cocoteraie au capitaine Crabb et à sa horde de pirates, Théodore Poussin se la joue « repos du guerrier » dans les bras de la ravissante Aro Satoe, ex-mannequin devenue par le plus grand des mystères trafiquante d’armes. Le calme avant la tempête car notre employé de bureau devenu aventurier est à la fois recherché par les autorités de Singapour et l’armée britannique pour actes de piraterie…

On présente souvent Théodore Poussin comme un fameux mélange de Tintin et de Corto Maltese. Il y a de ça, c’est certain, l’aventure, le monde marin, les pirates, tout ça, tout ça… mais avec le temps, avec l’âge, notre anti-héros national, ou non-héros comme le définissait l’auteur lui-même lors d’une interview à retrouver ici, a pris de la rondeur dans le trait et du caractère dans le fond, devenant un personnage à part entière, reconnaissable entre tous dans la profusion de héros que nous offre aujourd’hui le neuvième art avec des aventures au long cours iodées, romanesques, romantiques et poétiques.

Un bonheur ! Un bonheur qui fêtera en 2024 ses quarante ans avec, dit-on dans les milieux autorisés, un beau livre concocté par les éditions Dupuis. Certains l’imaginaient mort et enterré mais non, Théodore Poussin est plus que jamais en vie, prêt pour nombreuses aventures…

Eric Guillaud

Aro Satoe, Théodore Poussin tome 14, de Frank Le Gall. Dupuis. 16,50€

© Dupuis / Le Gall

02 Fév

Rencontre avec Sole Otero, lauréate du Fauve d’Angoulême Prix du public France Télévisions pour son album Naphtaline

Elle est argentine, autrice de bande dessinée et de livres jeunesse et depuis peu lauréate du prestigieux Fauve d’Angoulême Prix du Public France Télévisions, rencontre avec la talentueuse Sole Otero qui ne boude pas son bonheur…

Sole Otero sur la scène du théâtre d’Angoulême le 28 janvier 2023 pour la remise de son Fauve Prix du Public France Télévisions • © Antoine Guibert pour FIBD / 9eArt+

Pour tout vous dire, l’affaire n’a pas demandé des heures et des heures de joutes verbales, le jury du Fauve d’Angoulême Prix du Public France Télévisions composé de neuf lecteurs passionnés de bande dessinée a souhaité saluer à l’unanimité le travail de l’Argentine Sole Otero pour son album Naphtaline paru aux éditions ça et là.

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01 Fév

Le 50e : coup d’oeil sur l’histoire du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême

50 ans. Le Festival international de la Bande Dessinée en a vu passer des auteurs, des éditeurs, des grands prix, des livres, des petits bonheurs, des grands clashs, des passionnés, des hommes et femmes politiques, des promesses, des revendications… Philippe Tomblaine en offre un très beau panorama dans ce livre essentiel paru à l’occasion du dernier festival…

Les plus âgés d’entre vous, et j’en fais partie, se souviendront avec une certaine émotion et une pointe de nostalgie du Grand 20e publié en 1993 à l’occasion des 20 ans du festival. Sous une couverture faisant référence aux Alfred et Alph’Art, les ancêtres des Fauve, Hervé Cannet nous offrait pour la première fois un bel historique de l’événement.

Trente ans plus tard, c’est Philippe Tombelaine qui relève le défi. Ce passionné de la première heure, chroniqueur, auteur notamment de monographies consacrées à des auteurs de BD, nous invite dans les coulisses de ce qui est devenu le plus grand rendez-vous BD au monde.

Dans un format de roman graphique, Philippe Tombelaine passe en revue les 50 éditions du festival en s’appuyant sur de nombreuses illustrations, photographies, visuels d’affiches…On y découvre l’histoire avant l’histoire, les Semaines de la bande dessinée puis la Quinzaine de la bande dessinée et du livre de la jeunesse préfigurant le salon qui tiendra sa première édition en 1974 avec une affiche signée Hugo Pratt.

Et tout s’enchaine, les années défilent avec pour chacune d’elles, les invités de marque, les anecdotes, les livres et auteurs primés… Un live à boulotter du début à la fin, en attendant la 100e édition.

Eric Guillaud

Le 50e, de Philippe Tomblaine. PLG & Association FIBD. 20€

31 Jan

Du Beau avec du moche : quand l’art permet de surmonter l’horreur des attentats, un témoignage en BD de Kek

Quand la vie se fait tragédie, il y a dix mille façons de réagir. Pour certains, il devient impératif de faire du beau avec du moche, autrement dit de cacher les traumatismes sous une bonne couche d’art. C’est ce que nous raconte l’album de Kek paru dans la collection Shampooing des éditions Delcourt…

Et il faut regarder la couverture d’un peu plus près pour comprendre de quelle tragédie il peut bien s’agir. La couverture mais aussi la dernière de couverture. Ce dessin qui représente un commerce est réalisé sur une boîte d’antidépresseurs. Sur le store figure un nom que tout le monde connaît depuis un fameux 13 novembre : Le Carillon.

Du Beau avec du moche commence par du moche, du très très moche. Nous sommes le 13 novembre 2015. Kek dîne chez son amie Amélie Payan quand soudain leur repas est interrompu par des coups de feu. Le bar Le Carillon situé juste en face vient d’être la cible de terroristes. Un carnage. Amélie et Kek descendent porter secours aux blessés.

« Des gens, plein de gens, des gens avec des trous, des trous dans les corps, dans les bras, des trous partout »

Désemparés, Kek et Amélie essaient de faire ce qu’ils peuvent, pas grand-chose. Treize morts, une dizaine de blessés graves, 121 cartouches tirées. C’est le triste bilan qui sera établi un peu plus tard. Pour Kek et Amélie, victimes collatérales, le plus dur n’est peut-être pas derrière eux. Traumatisés par ce qu’ils ont vécu et vu, ils vont devoir affronter une autre tragédie, l’annonce de la mort au Bataclan de deux de leurs amies.

Noyés sous un flot d’émotions, repliés sur eux-mêmes, en dépression, Kek se réfugie dans l’écriture d’une BD qui ne verra finalement jamais le jour, Amélie, elle, s’enfile des antidépresseurs jusqu’au jour où lui vient une idée : donner ses boites d’antidépresseurs à des artistes pour en détourner l’usage, en faire des œuvres d’art. Faire du beau avec du moche, la sortie du traumatisme était peut-être là…

Cette histoire vraie est à l’origine de l’exposition Véréor qui s’est tenue à la bibliothèque Françoise Sagan à Paris du 28 avril au 28 mai 2022. Une devanture du Carillon comme celle figurant sur la couverture de l’album faisait partie de l’exposition.

Un album émouvant, un témoignage essentiel qui ne peut que résonner chez toutes les victimes directes ou collatérales des attentats du 13 novembre !

Eric Guillaud

Du Beau avec du moche, de Kek. Delcourt. 10,50€

© Delcourt / Kek

L’Arme à gauche de Pierre Maurel ou le passé recomposé d’un activiste italien des années de plomb

Pierre Maurel était cette année encore en compétition au festival international de la bande dessinée d’Angoulême avec le dernier album en date de la série Michel. Pas le temps de se la couler douce aux Bahamas, l’auteur revient en ce début d’année avec L’Arme à gauche, l’histoire d’un ex-activiste italien réfugié en France…

On ne peut pas dire qu’il soit apprécié dans le village. Il ferait même un petit peu peur avec son air renfrogné et sa moustache à la Staline. Certains le disent Corse ou « un truc comme ça », d’autres prétendent qu’il a fait de la prison ou encore qu’il s’agit d’un ancien barbouze venu se mettre au vert. De là à imaginer qu’il débarque un jour avec un fusil et tire dans le tas, il n’y a pas loin !

Pourtant, à bien le regarder, il a l’air plutôt tranquille le papy. Mario il s’appelle. Dans sa bicoque à l’écart du village, il fait son potager et braconne à l’occasion. Tranquille quoi ! Jusqu’au jour où il reçoit un message : « Harpo e morto » ! Pas besoin d’avoir fait BAC + 15 en langues étrangères pour comprendre. Mario fait son sac, prend la route à pied, direction… son passé.

Au fil de sa route, au fil des pages, Mario déroule ses jeunes années de militant dans les années 70, un militant aux actions plutôt musclées. Avec son groupe, il n’hésitait pas à enlever des commerçants plein aux as et à réclamer des rançons. Et puis un jour, il fallut se disperser et se cacher de la justice italienne. Mario choisit alors la France…

Sans vouloir spoiler l’histoire, puisque beaucoup de chose se dénouent vraiment sur les dernières pages, Pierre Maurel, comme à son habitude, met en images des destins ordinaires ou presque pour nous parler de notre monde et plus précisément ici de l’engagement politique et de ses limites. Avec ce titre à double sens, L’Arme à gauche, il nous permet de découvrir un nouveau personnage, aussi attachant et profondément humain que le bedonnant reporter Michel, de sa série éponyme, à qui il fait d’ailleurs un petit clin d’œil dans l’album.

Une très belle fiction qui nous rappelle que des milliers d’activistes italiens vivent toujours en France et sont régulièrement menacés par une demande d’extradition formulée par leur pays natal.

Eric Guillaud

L’Arme à gauche, de Pierre Maurel. Glénat. 17,50€

© Glénat / Pierre Maurel

29 Jan

Festival International de la BD d’Angoulême 2023: le palmarès complet

Le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême referme ses portes sur un bilan très positif selon les organisateurs en présence d’un public venu en nombre. Quant au palmarès 2023, il est à l’image de cette cinquantième édition, résolument ouvert sur l’Asie, sur la jeunesse et les nouvelles voies du neuvième art…

Le pavillon du manga © Eric Guillaud

 

Grand Prix : Riad Sattouf

Fauve spécial de la 50e édition : Hajime Isayama

Fauve d’honneur : Ryōichi Ikegami

Fauve d’honneur : Junji Itō

Prix Philippe Druillet : La falaise – Manon Debaye (Sarbacane)

Prix Konishi : Sylvain Chollet pour la traduction de Dai Dark – Tome 1 Q Hayashida (Soleil)

Prix René Goscinny – Meilleur scénariste : Thierry Smolderen pour
Cauchemars ex Machina, Dessin de Jorge González (Dargaud)

Prix René Goscinny – jeune scénariste : Mieke Versyp pour
Peau – Dessin de Sabien Clément – Traduction de Françoise Antoine
(Çà et Là)

Fauve jeunesse : La longue marche des dindes de Leonie Bischoff – Kathleen Karr (Rue de Sèvres)

Fauve spécial du grand jury jeunesse : Toutes les princesses meurent après minuit de Quentin Zuttion (Le Lombard)

Fauve polar SNCF : Hound Dog  de Nicolas Pegon (Denoël Graphic)

Fauve de la bande dessinée alternative : Forn de Calç (Extinció Edicions)

Eco-Fauve Raja : Sous le soleil d’Ana Penyas – Traduction de Benoît Mitaine (Actes Sud L’An 2)

Fauve Prix Patrimoine : Fleurs de Pierre de Hisashi Sakaguchi – Traduction d’Ilan Nguyen (Revival)

Fauve Prix du public France Télévisions : Naphtaline de Sole Otero – Traduction d’Éloïse de la Maison (Çà et Là)

Fauve des lycéens : Khat de Ximo Abadía – Traduction d’Anne Calmels et David Schalvelzon (La Joie de lire)

Prix des collèges Académie de Poitiers : Simone de David Evrard et jean-David Morvan (Glénat)

Fauve révélation : Une rainette en automne (et plus encore…) de
Linnea Sterte – Traduction par Astrid Boitel (Les Éditions de la Cerise)

Fauve de la série : Les Liens du sang T.11 de Shuzo Oshimi – Traduction de Sébastien Ludmann (Ki-oon)

Fauve spécial du jury : Animan d’Anouk Ricard (Exemplaire)

Fauve d’or meilleur album : La couleur des choses
Martin Panchaud (Çà et Là)

Quelques prix périphériques 

Prix des libraires de bande dessinée CanalBD : Hoka Hey!  de Neyef (Label 619)

Prix Couilles au cul : l’autrice russe Victoria Lomasko

Prix Elvis d’or de la meilleure BD rock : Kiss the Sky de Mezzo et Dupont ( Glénat)

Prix bdgest de la plus belle couverture : Emem pour Renaissance tome 5 (Dargaud)

Prix Tournesol de la BD écolo francophone : Immonde! d’Elizabeth Holleville (Glénat)

Prix de la BD oecuménique : Le Printemps de Sakura de Marie Jaffredo (Glénat)

Eric Guillaud

27 Jan

Spirou chez les fous de Jul et Libon : Angoulême à la folie

Quand deux grandes pointures de l’humour se réunissent autour d’une aventure de Spirou, il faut s’attendre à tout et surtout au meilleur. Sortez vos camisoles, bienvenue chez les fous…

Attention, attention… Si vous êtes actuellement sur Angoulême, pour le festival international de la bande dessinée ou pour tout autre chose, fuyez ! Une étrange épidémie est tombée sur la ville et risque de vous frapper à tout moment.

On signale déjà ici et là des habitants ayant un comportement étrange, une femme se prenant pour la Castafiore serait venue interpréter L’Air des Diamants nue, complètement nue, devant l’hôtel de ville, d’autres se prendraient pour les Schtroumpfs, Largo Winch, Titeuf ou encore Obélix.

Si vous-même commencez à faire houba houba hop à tout bout de champ, si vous ne pouvez plus supporter autre chose que du whisky en boisson, alors peut-être êtes-vous atteint. Dans ce cas, une seule solution : rejoindre l’hôpital psychiatrique le plus proche, en l’occurrence celui du professeur Herquin-Frangé où sont internés les cas les plus graves et désespères. On y aurait même aperçu un groom se prenant pour Spirou et un blondinet pour Fantasio. C’est dire !

Eric Guillaud

Spirou chez les fous, de Jul et Libon. Dupuis. 12,50€

25 Jan

Festival International de la bande dessinée d’Angoulême 2023 du 26 au 29 janvier : 10 bonnes raisons d’y aller !

C’est LE rendez-vous incontournable de la bande dessinée en France, l’un des plus grands et réputés au monde, il fête cette année ses cinquante ans. Et si vous cherchez encore une bonne raison pour vous y rendre, vous la trouverez ici…

Obélix sous les Bulles du FIBD 2019 • © MaxPPP – Renaud Joubert

1. C’est la cinquantième édition ! Et rien que pour ça, le festival mérite le détour. Lancé en janvier 1974, on ne parlait pas encore de festival mais de salon de la bande dessinée avec tout de même une envergure internationale fièrement affichée, l’événement rassemble près de 10 000 passionnés et quelques pointures du neuvième art, parmi lesquels Hermann, Jacques Martin, Dany, Tibet, Burne Hogarth, André Franquin, Jean Giraud, Alexis, Gotlib, Claire Bretécher, Harvey Kurtzman. Hugo Pratt signe l’affiche. Coup d’essai, coup de maître, la ville d’Angoulême n’est pas encore la capitale mondiale de la bande dessinée comme le prétendit alors le journaliste d’un grand quotidien national mais elle va s’y atteler pour le devenir !

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23 Jan

L’Université des chèvres : un plaidoyer contre l’obscurantisme signé Christian Lax

On le présente comme le plus beau métier du monde. Le plus beau peut-être mais certainement pas le plus facile car de tout temps l’enseignement a eu ses détracteurs, ses ennemis. Christian Lax nous le rappelle dans ce dernier album, une histoire en deux temps, deux époques et différents lieux…

« L’éducation est l’arme la plus puissante que vous puissiez utiliser pour changer le monde ». Nelson Mandela à qui on doit ces quelques mots et tellement d’autres avait diablement raison. Tellement raison que certains s’évertuent à la combattre, à l’interdire. Pour les filles ici. Pour tout le monde un peu plus loin.

On pense bien évidemment à l’Afghanistan, où les Talibans ont interdit encore récemment l’accès des femmes aux universités du pays, mais ce n’est bien évidemment pas le seul endroit sur Terre où l’ignorance est préférée à la connaissance, histoire de bloquer toute velléité d’émancipation, tout appétit de liberté.

Dans son dernier album en date, le dernier tout court puisqu’il aurait décidé de mettre un terme à sa carrière d’auteur de bandes dessinées, Christian Lax nous emmène dans les pas de deux personnages bien décidés à transmettre le savoir. Le premier, Fortuné Chabert, est un instituteur itinérant qui sillonne les Alpes du Sud dans les années 1830 pour enseigner l’écriture et le calcul aux enfants. Le second, Sanjar, fait de même bien loin des Alpes du sud, dans les montagnes afghanes, et de nos jours.

© Futuropolis / Lax

Deux époques, deux territoires éloignés, mais une histoire qui bégaye, l’un et l’autre se voyant obligés de mettre un terme à leur mission, leur sacerdoce, face à la réticence et à la violence des obscurantistes de tout poil, ici un curé, là un djihadiste.

Et entre ces deux hommes, un lien, un trait d’union en la personne d’une journaliste américaine, Arizona Florès, descendante de Fortuné Chabert, en lutte contre le NRA, le lobby des armes à feu, et les violences faites à l’école, envoyée un beau jour par sa rédaction en Afghanistan où elle aura pour fixeur Sanjar…

À travers le destin ce ces hommes et leur obstination commune à délivrer cet enseignement nomade qu’on nomme l’université des chèvres, Christian Lax aborde un thème qui lui est particulièrement précieux, l’émancipation par le savoir face à l’obscurantisme. Il le fait à sa façon, avec sagesse et humanisme, en douceur mais non sans conviction, dans une fiction très documentée, notamment nourries de témoignages recueillis auprès de réfugiés afghans. Un récit forcément engagé soutenu par un graphisme des plus sensibles. Du grand Lax !

Eric Guillaud 

L’Université des chèvres, de Christian Lax. Futuropolis. 23€

22 Jan

La Fabrique de héros, 100 ans d’édition chez Dupuis… et l’éternité pour horizon

Il n’y a pas que les héros qui sont immortels, on aimerait penser que certaines maisons d’édition le sont tout autant tant elles nous ont offert et nous offrent encore du rêve, de l’évasion, de l’aventure… En attendant, Dupuis a 100 ans, le début de l’éternité, et publie un beau petit livre sur son histoire en complément d’une exposition à Charleroi…

Comment évoquer les 100 ans d’une maison d’édition comme Dupuis ? Et par où commencer ? Par le début tout simplement lorsque Jean Dupuis achète sa première presse à pédale et s’improvise imprimeur-éditeur. Nous sommes en 1896.

Quelques photos en noir et blanc du patriarche et de la famille et on arrive au lancement de la revue Les Bonnes soirées en 1922, de l’hebdo Le Moustique en 1924 et bien évidemment du fameux Journal de Spirou en 1937 qui offrira très vite à la maison d’édition belge une reconnaissance internationale.

Après, tout s’enchaine très vite, la création du héros-titre, les ADS, Amis de Spirou, Tif et Tondu, la guerre, l’Almanach 1947, Jijé, Valhardi, Lucky Luke, Gaston, les gags de poche, Yoko Tsuno, le Trombone illustré, Aire Libre, Largo Winch…

100 ans en 200 pages, une véritable gageure quand on connait un peu l’histoire de la maison mais le but de ce livre n’est pas d’être exhaustif, plutôt d’offrir aux amoureux du 9e art et plus spécifiquement des éditions Dupuis un panorama le plus large possible de la création en son sein en s’appuyant sur de nombreuses anecdotes et illustrations.

Héros, auteurs, expériences éditoriales… l’essentiel est ici et dans l’exposition qui se tient au Musée des Beaux-Arts de Charleroi jusqu’au 30 juillet 2023.

Eric Guillaud

La Fabrique de héros, 100 ans d’édition chez Dupuis, de José-Louis Bocquet et Sergio Honorez. Dupuis. 34€

© Dupuis