30 Déc

BNF : Astérix se prolonge !

Le Devin, planche 44, 1972 © 2013 Editions Albert René / Goscinny-Uderzo | BnF / Réserve des livres rares

Le Devin, planche 44, 1972 © 2013 Editions Albert René / Goscinny-Uderzo | BnF / Réserve des livres rares

« Ils sont fous ces Romains ! » : une citation immédiatement identifiable par tous les lecteurs tombés dans la bande dessinée dès leur plus jeune âge. Le personnage d’Astérix a parcouru le monde entier depuis sa création par Uderzo et Goscinny en 1959 avec son fidèle comparse Obélix : 350 millions d’albums vendus à ce jour, traduits dans 111 langues et dialectes. Il est depuis quelques semaines à l’honneur d’une exposition à la Bibliothèque Nationale de France. Ne tardez pas à vous y rendre, si vous êtes – ou venez – à Paris : elle est prolongée jusqu’au 26 janvier 2014 !

Au cœur de cette exposition, les planches originales qu’Albert Uderzo a confiées à la Bibliothèque Nationale de France en mars 2011. Ce sont elles qui sont mises à l’honneur au fil du parcours, depuis la première planche d’Astérix le Gaulois – premier titre de la série, publié dans le journal Pilote à compter du 29 octobre 1959 – jusqu’à celles du vingt-quatrième album publié après la mort de René Goscinny en novembre 1977 : Astérix chez les Belges. A leur côté, des centaines de figurines et d’objets qui émerveilleront les enfants.

Première planche de l’album Astérix le Gaulois - René Goscinny et Albert Uderzo - Hachette Livre

Première planche de l’album Astérix le Gaulois – René Goscinny et Albert Uderzo – Hachette Livre

 

Ne croyez toutefois pas que l’organisation de cette exposition est le prétexte d’une campagne publicitaire pour accompagner la sortie du dernier album de la série Astérix chez les Pictes, écrit par Jean-Yves Ferri et dessiné par Didier Conrad. Il s’agit plutôt de retracer l’histoire d’une amitié entre deux fils d’immigrés (la famille d’Uderzo est italienne, celle de Goscinny provient d’Ukraine et de Pologne), de leur complicité sans bornes, de leur goût pour la langue française et de leur désir de créer un univers de bande dessinée qui, tout en parodiant les stéréotypes de l’école de la IIIème République sur « nos ancêtres les Gaulois », construit une véritable utopie politique avec comme maître-mots : liberté, solidarité, démocratie et découverte de l’Autre.

René Goscinny et Albert Uderzo

René Goscinny et Albert Uderzo

Le parcours s’organise en quatre temps : tout d’abord, à la manière du générique de la série américaine Amicalement vôtre, une présentation simultanée de la vie d’Uderzo et de Goscinny jusqu’à leur rencontre en 1951 à Paris et l’invention du personnage d’Astérix pour lancer le journal Pilote en 1959 ; ensuite, la reconstitution du village des « irréductibles gaulois », qui permet d’aller à la rencontre de ses célèbres habitants, et de les suivre dans leur rencontre forcée avec la Rome de César ou dans leurs pérégrinations autour de la Méditerranée ; vient alors la présentation du phénomène éditorial, médiatique et cinématographique que connaît la série dès les années 1960 ; enfin, une analyse de l’extraordinaire palette comique, tant graphique que linguistique, dont ont fait preuve les deux créateurs tout au long de leur collaboration. C’est dans la complémentarité de leurs talents que réside en effet le secret de leur « potion magique », un secret que la reconstitution du bureau des deux créateurs met en évidence : la machine à écrire de René Goscinny y côtoie la table à dessin d’Albert Uderzo.

Cette exposition vous donnera très certainement envie de relire les albums d’Astérix qu’ils ont composés ensemble. Ne vous en privez pas ! Et si d’aventure, vous souhaitez prolonger ce périple savant, voici deux conseils de lecture dite « universitaire », deux ouvrages écrits par Nicolas Rouvière, maître de conférences à Grenoble.

Astérix ou les lumières de la civilisation par Nicolas Rouvière - PUF / Le Monde

Astérix ou les lumières de la civilisation par Nicolas Rouvière – PUF / Le Monde

 

Astérix ou la parodie des identités par Nicolas rouvière - Flammarion

Astérix ou la parodie des identités par Nicolas Rouvière – Flammarion

 En complément à la visite de l’exposition, la B.N.F a conçu un livret-jeu destiné aux enfants et adolescents, que vous pouvez imprimer ici.

 Pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus, les fiches pédagogiques de la B.N.F sont téléchargeables là.

Loretta Giacchetto

23 Déc

Amarillo, le retour de Blacksad de Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido

9782205071801-couv-I400x523Blacksad est fatigué de jouer au détective privé. Très fatigué ! Il se demande même s’il n’aurait pas dû poursuivre la tradition familiale et devenir photographe comme son grand-père. C’est dire ! En attendant, il est prêt à accepter n’importe quel job pourvu qu’il n’entende plus parler de meurtre ou de cadavre. Et le hasard faisant parfois bien les choses, Blacksad croise un riche Texan qui l’embauche pour conduire une voiture jusqu’à Tulsa, à un peu plus de 1000 kms de la Nouvelle-Orléans. Un boulot pépère, une promenade du dimanche en Cadillac se dit-il. Pépère oui jusqu’au moment où notre privé, qui se voyait déjà en pré- retraite, se fait chouraver la tire par deux beatnicks du plus mauvais genre. Alors forcément, ça fâche…

Trois années qu’on n’avait pas apperçu sa trogne noire et son museau blanc, trois longues et insupportables années pour les nombreux fans du personnage et de la série. Mais l’attente est largement récompensée et en même temps habituelle tant Juanjo Guarnido et Juan Díaz Canales aiment prendre leur temps et multiplier les expériences. ils ont signé en tout et pour tout 5 albums en 13 ans. C’est peu mais le très primé Blacksad est toujours l’un des polars animaliers, si ce n’est l’un des polars tout court, les plus forts en caractère et les plus noirs de la planète BD. Il vous manquait un ultime cadeau de Noël ? Ne cherchez plus, vous l’avez trouvé…

 Eric Guillaud

Amarillo, Blacksad (tome 5), de Juan Díaz Canales et Junajo Guranido. Editions Dargaud. 13,99 euros

20 Déc

Angry Birds en BD, une opération omelette qui ne casse pas des oeufs

album-cover-large-21756Difficile d’ignorer qui sont les Angry Birds. Malgré leur très jeune âge, 5 ans, les célèbres « Oiseaux en colère » finlandais sont aujourd’hui partout ! Sur les smartphones bien sûr où ils sont nés, Sur les ordinateurs et les consoles de jeux, à la télévision avec les Angry Birds Toons actuellement diffusés sur Gulli, dans les salles obscures en 2016 nous annonce-t-on et dès à présent en bande dessinée avec cette Opération omelette parue au Lombard.

Il faut dire qu’avec ses 1,7 milliards de téléchargements, oui oui, vous avez bien lu, les Angry Birds ont de quoi faire tourner les têtes et voltiger les billets de banque. On n’en a donc pas fini avec les adaptations en tout genre et la multiplication des produits dérivés. Fournitures scolaires, vêtements, gadgets plus ou moins futiles.. les Angry Birds ont fait leur nid dans l’imaginaire des enfants et il sera difficile de les catapulter vers d’autres cieux.

Et qu’en est-il de cette adaptation BD ? Bien que respectant l’univers originel, la série d’histoires plus ou moins courtes proposée par une équipe d’une douzaine de scénaristes et de dessinateurs ne transcende pas le genre. C’est même assez plat mais, bien sûr, les enfants devraient adorer !

 Eric Guillaud

Angry Birds (tome 1), Opération Omelette. Editions Le Lombard. 9,99 euros

18 Déc

Une nouvelle aventure du groom signée Schwartz et Yann en prépublication dans les pages du journal Spirou

Schwartz & Yoann

Schwartz & Yann

Après Le Groom vert-de-gris publié en 2011, le tandem Schwartz-Yann est de retour pour une nouvelle aventure de Spirou intitulée Le fétiche des Marolles. Les premières pages sont publiées dans l’hebdomadaire de cette semaine accompagnées d’une interview du scénariste Yann qui revient sur le contexte historique de cette nouvelle aventure, le Bruxelles de l’après-guerre et la colonisation belge. « C’était rutabagas et règlements de comptes! », confie Yann, « Bruxelles avait abrité des résistants, mais aussi pas mal de collaborateurs et de rexistes. A la Libération, il y eut donc une ambiance détestable, où tout le monde surveillait tout le monde, cherchant à savoir dans quel camp avait été son voisin. En Belgique comme en France, la Libération s’accompagna de procès publics. On tondit les femmes ayant eu des relations amoureuses avec des Allemands. On appelait  ça la collaboration « horizontale ». A Bruxelles, on enferma même des collabos dans les cages aux fauves du zoo »... (interview à retrouver en intégralité dans le numéro du 18 décembre)

Eric Guillaud

15 Déc

Trois pas vers la couleur, une intégrale de Baudoin à déguster chez Dupuis

Baudouin

Baudouin

Lire du Baudoin n’est jamais le fait du hasard. C’est comme regarder du Godard ou du Alain Cavalier.

Vos yeux ne tombent dessus que si vous l’avez décidé. Pourquoi ? Plusieurs raisons. Baudoin, même s’il est une figure importante du Neuvième art, un des pionniers de la bande dessinée contemporaine, est finalement peu connu du grand public. Ses albums, plusieurs dizaines, sont relativement discrets au sein des bibliothèques ou des librairies. Ensuite, le trait noir, charbonneux, épais, sa proximité avec la peinture, son approche intimiste, ses thèmes existentiels et cette façon qu’il a eu très tôt de se mettre en scène, avant même que la chose devienne une mode, ne peuvent logiquement attirer qu’une certaine partie des lecteurs. Enfin, Baudoin est un artiste, un vrai, libre, un poète du trait qui ne va pas là où on l’attend. Oui, la lecture de Baudoin est exigeante, parfois âpre, mais la poésie est toujours au bout de l’aventure.

Dans cette intégrale publiée aux éditions Dupuis, les amateurs de Baudoin retrouveront trois de ses récits, Les Yeux dans le mur, Le Chant des baleines et Les Essuie-glaces, trois récits pour lesquels Edmond Baudoin, le chantre du noir et blanc, s’est aventuré dans la couleur. On y croise un peintre et son modèle, un voyageur lancé dans un quête de soi, un rêveur sur un quai de gare, trois destins, autant de voyages au pays de la poésie. Magnifiquement humain !

Eric Guillaud

Trois pas vers la couleur, d’Edmond Baudoin. Editions Dupuis. 28 euros

Le teaser d’un documentaire consacré à Edmond Baudoin et signé Laetitia Carton

EDMOND, un portrait de Baudoin (trailer) from Kaleo films on Vimeo.

MOC : le Mâle Occidental Contemporain vous connaissez.

Mâle Occidental Contemporain par François Bégaudeau & Clément Oubrerie – Delcourt

Mâle Occidental Contemporain par François Bégaudeau & Clément Oubrerie – Delcourt

L’espèce a eu du mal à s’adapter. Bégaudeau et Oubrerie, deux mâles parisiens, touchent juste.

Est ce le changement climatique ou la mutation de son habitat naturel ? Mais le mâle occidental contemporain est en difficulté. Le romancier François Bégaudeau (Entre les murs) s’essaie à un genre nouveau pour lui, la BD. Il a pris l’exemple d’un parisien trentenaire prêt à tout pour trouver l’âme sœur. Ses techniques de drague datent du XXe siècle (demander l’heure, du feu, de faux sondages …) et conduisent inévitablement à des échecs répétés, des râteaux en grande largeur. Il n’a pas encore compris que face à lui la gente féminine à évoluer. Le post féminisme et la libération sexuelle sont passés par là. Les amazones ne se laissent plus conter fleurette comme antan et certaines préfèrent compter les nuits sans lendemain.

Lui ne recherche pas nécessairement l’amour et elles ne sont plus soumises, plutôt vindicatives. Bref elles ont du répondant. Cela sent le vécu pour les auteurs. Clément Oubrerie (Aya de Yopougon, Pablo, Jeangot) raconte qu’il lui a été impossible de croquer les parisiennes sur le vif dans Paris : « c’était trop difficile, trop rapide. Du coup j’ai utilisé un téléphone et j’ai tout filmé. Dans la rue, dans les bars, discrètement, sans que cela se voie trop.»

Résultat plus que réussi. L’humour affleure à chaque case. Le héros s’en tire sans trop de casse, surtout à partir du moment où il prend conscience qu’au delà des préjugés, les rencontres sont possibles. Mais de là à conclure, ceci est une autre histoire …

Didier Morel

Mâle Occidental Contemporain par François Bégaudeau & Clément Oubrerie – Delcourt

Mâle Occidental Contemporain par François Bégaudeau & Clément Oubrerie – Delcourt

Mâle Occidental Contemporain par François Bégaudeau & Clément Oubrerie – Delcourt

La BO à se glisser entre les oreilles pour prolonger le plaisir :

Laura Mvula – Make me lovely

Michel Vaillant à fond dans la modernité !

Graton-Voltage-dec2013Pour avoir quitté une course en plein déroulement, Michel Vaillant a perdu sa licence de pilote. Mais rien de son immense popularité ! Son geste est même perçu comme un acte héroïque par ses nombreux admirateurs. Avant d’être coureur, Michel Vaillant s’affiche comme le bon père de famille prêt à tout pour sauver son fils qu’il croyait mêlé à une affaire de drogue. Une fois rassuré sur ce point, non seulement le fiston ne se drogue pas mais il travaille sur un projet lié à l’automobile, Michel Vaillant peut sereinement revenir à ses préoccupations habituelles et notamment relever un nouveau défi : battre le record du monde de vitesse avec un engin électrique.

Après Au Nom du fils, le nouveau team des aventures de Michel Vaillant, formé de Philippe Graton (le fils du créateur), Denis Lapière, Marc Bourgne et Benjamin Benéteau, poursuit sur sa lancée avec un deuxième album de la nouvelle saison tout aussi réussi tant au niveau du scénario que du graphisme. Les personnages gagnent encore en profondeur et l’histoire en réalisme, en modernité aussi, avec ce challenge lié aux énergies nouvelles.

C’est une véritable renaissance pour cette série mythique née à la fin des années 50 et dont les albums se sont vendus à plus de 20 millions d’exemplaires dans une quinzaine de pays. Un album Indispensable pour les fans de sport automobile, grandement recommandé pour les autres !

 Eric Guillaud

Voltage, Michel Vaillant, de Graton, Lapière, Bourgne et Benéteau. Editions Graton. 15,50 euros

14 Déc

Mauvais genre de Chloé Cruchaudet, Grand Prix de la Critique 2014

mauvais-genre-1418201-616x0Le Grand Prix de la Critique décerné chaque année par l’Association des Critiques et Journalistes de Bande Dessinée a été décerné cette semaine à Chloé Cruchaudet pour son album Mauvais genre paru en septembre aux éditions Delcourt.

Chloé Cruchaudet n’est pas une inconnue pour tous ceux qui s’intéressent un tant soit peu au Neuvième art. A la fois scénariste et dessinatrice, la jeune auteure nous avait déjà étonné, émerveillé, avec son album Groenland Manhattan, Prix René Goscinny en 2008, et la trilogie Ida, dont le premier volet avait été sélectionné parmi les meilleurs albums de l’année au festival d’Angoulême en 2010.

Mauvais genre est adapté de l’essai historique La Garçonne et l’Assassin de Fabrice Virgili et Danièle Voldman (éd. Payot) paru en 2011 qui raconte l’histoire vraie de Louise Landy et de son mari Paul Grappe. Ce dernier, déserteur pendant la Grande guerre, se travestit pendant des années pour échapper à la justice et expérimenta une certaine forme de liberté sexuelle…

A partir de ces faits réels, Chloé Cruchaudet a construit son récit comme une fiction, une fiction qui nous embarque dans le Paris prolétaire des années folles pour une histoire d’amour unique qui interroge, nous interroge ? Comment, pendant des années, cet homme a-t-il pu se faire passer pour une femme ?

Chloé Cruchaudet confiait à la sortie de l’album : « En lisant le livre, j’ai été émue en imaginant entre les lignes la relation de ce couple, qui, bien que se terminant de manière dramatique, n’en reste pas moins une histoire d’amour, même imparfaite et chaotique. Par les dialogues, la mise en scène, j’ai essayé de montrer la complexité de ce qui fait notre personnalité. Il n’est pas donné à tout le monde dans une existence d’endosser plusieurs identités, et c’est ce que Paul a expérimenté, non pas par penchant, mais par nécessité. Notre sexe, notre naissance, nous assignent des rôles, mais si l’on se glisse dans un autre costume, alors peut-être que notre comportement et notre manière de penser pourraient en être bouleversés de manière profonde ».

Aucun doute, les membres de l’ACBD n’ont pas fait d’erreur, ils ont choisi l’une des plus belles bandes dessinées de l’année. Un récit fort, des personnages incroyables, une narration qui s’affranchit des cases, un trait noir et franc… et une auteure à suivre de très près !

Eric Guillaud

Mauvais genre, de Chloé Cruchaudet. Editions Delcourt. 18,95 euros 

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11 Déc

10 BD pour Noël : la sélection de la rédaction web de F3 Pays de la Loire

photo_82_0Argh ! Noël approche à la vitesse de la lumière et vous séchez affreusement question cadeaux ? Pas de panique, voici rien que pour vous une petite sélection de BD en tout genre à glisser sous le sapin le plus proche…

L’équipe web de F3 Pays de la Loire s’est mobilisée tout le week-end pour lire les 5000 nouveautés de l’année et en retenir une petite dizaine. Autant dire que le temps nous était compté mais le résultat est là : une belle sélection de BD récentes qui couvre tous les styles, tous les publics, tous les âges et tous les budgets. Merci qui ?

Une sélection à découvrir ici