07 Déc

Quand Marion Montaigne nous glisse dans la combi de Thomas Pesquet : les coulisses d’une mission spatiale en BD

9782205076394-couvIl a marqué le grand public avec ses photos et ses tweets envoyés depuis la station spatiale internationale entre novembre 2016 et juin 2017, Thomas Pesquet est aujourd’hui le personnage central d’une bande dessinée de Marion Montaigne. Vous avez toujours rêvé de devenir astronaute ? Voilà ce qui vous attend…

Et c’est chaud ! Autant vous le dire tout de suite, on ne devient pas astronaute en jouant  à Super Mario Galaxy 2 ou en lisant les aventures de Buck Danny. Ça peut déclencher des vocations, certes, mais ce n’est pas suffisant.

Pour nous montrer la face cachée de ce monde obscur, Marion Montaigne a pris sa plus belle lampe torche, son humour, sa plume et ses pinceaux, et remonté le temps, direction les années 80. Thomas Pesquet n’est alors qu’un petit morveux avec deux grosses dents à la manière de Bugs Bunny mais en plus écartées, qui lui servent de frein moteur dans sa fusée en carton. Bon, en tout cas, c’est comme ça qu’elle l’imagine.

© Dargaud / Montaigne

© Dargaud / Montaigne

Et de nous raconter avec l’humour qu’on lui connaît et la vulgarisation scientifique dont elle s’est fait une spécialité le Thomas Pesquet enfant, adolescent, étudiant puis candidat à un concours de recrutement d’astronaute lancé par l’Agence Spatiale Européenne.

Exercice : « On dicte une liste de chiffres entre 3 et 10. Le candidat ne sait pas quand la liste va s’arrêter. Elle peut durer entre 30 secondes et 3 minutes. Mais quand elle stoppe… Il doit donner le maximum de chiffres retenus et dans l’ordre inverse de ce qu’il a entendu. »

Oui, je vous l’accorde, c’est terrible ! Et ce n’est rien à côté de ce qui l’attend, un déluge d’examens médicaux dans tous les genres et tous les sens, depuis le test d’effort jusqu’à la coloscopie, en passant par l’analyse de sang, la myélographie, l’angiographie, l’examen des selles… « et enfin enterrement de votre dignité ».

© Dargaud / Montaigne

© Dargaud / Montaigne

Tout ça dans l’infime espoir d’être l’élu. 8413 candidats au départ, 1000 sont sélectionnés pour les épreuves, 1 seul sera à l’arrivée, les probabilités d’y arriver sont faibles, très faibles, mais… Thomas Pesquet y parvient.

« Vous allez vous entrainer des années comme des chacals sans savoir quand vous serez affectés. Ni trop pourquoi ».

L’entrainement, la mission, le retour sur Terre, ce qui s’est vu ou pas dans les médias, l’extraordinaire comme le quotidien, l’essentiel comme l’anecdotique, Marion Montaigne nous fait vivre l’aventure de l’intérieur, au plus près de Thomas Pesquet, avec un humour dévastateur et en même temps une écriture et une mise en images des plus subtiles. Dans la combi de Thomas Pesquet est un docu-fiction absolument captivant qui confirme l’immense talent de la créatrice du blog Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même)

Eric Guillaud

Dans la combi de Thomas Pesquet, de Marion Montaigne. Editions Dargaud. 22,50€

Marion Montaigne en dédicace le Jeudi 7 décembre au Planétarium de Nantes, le 10 décembre à librairie Mollat à Bordeaux, le 13 décembre à la librairie Bulle en tête à Paris, le 16 décembre à la librairie Momie de lyon, le 20 décembre, à Bd fugue café à Toulouse, le 21 décembre à la cité de l’espace de Toulouse, le 12 janvier à la librairie BD Flash à Rambouillet, le 13 Janvierà la médiathèque Jules Verne à Vandœuvre-lès-Nancy, du 25 au 28 janvier au Festival d’Angoulême…

03 Déc

Il s’appelait Ptirou : Yves Sente et Laurent Verron nous embarquent pour un voyage aux origines du personnage Spirou

9782800170695-couv-M800x1600Il y a le Spirou des mythiques aventures de Spirou et Fantasio. Il y a aussi depuis quelques années, une trentaine quand même, le Petit Spirou qui a sacrément dépoussiéré la bande dessinée jeunesse à ses débuts. Il y a enfin le Spirou de…, des aventures hors série animées par des auteurs d’horizons divers mais réunis par une passion commune pour le personnage et l’univers…

Après Schwartz, Yann, Frank, Zidrou, Bravo, Le Gall ou encore Trondheim, c’est au tour d’Yves Sente au scénario et Laurent Verron au dessin de proposer leur propre vision de Spirou avec une histoire qui se déroule à la fin des années 20, bien avant la création du fameux journal qui allait porter son nom. Rien de plus nomal puisqu’au delà de la fiction imaginée par les deux auteurs, très ancrée dans le difficile quotidien de l’époque, c’est bien de la naissance du personnage dont il est ici question.

Et qui mieux que L’oncle Paul, qui fit les beaux jours du journal Spirou dans les années 50 (Les Belles histoires de l’oncle Paul), pour raconter cette histoire ?

« Puisque j’avais décidé de triturer l’univers du journal Spirou… », explique Yves Sente, « autant y aller à fond ! J’ai donc convoqué l’oncle Paul et décidé de lui faire raconter « sa plus belle histoire » : celle de la naissance de Spirou ».

© Dupuis / Sente & Verron

© Dupuis / Sente & Verron

Nous sommes le 24 décembre 1959, toute une famille se prépare à célébrer Noël lorsque le fameux oncle débarque, entraîne les enfants de la maison dans le salon et entreprend de leur raconter l’histoire de Ptirou, un gamin à la tignasse ébouriffée et rousse, orphelin et débrouillard qui força la chance, une trentaine d’années auparavant, pour se faire embaucher comme mousse sur un paquebot transatlantique.

Avec un nom pareil, un costume comme le sien, aucun doute, Ptirou ressemble beaucoup à notre Spirou de papier. Il suffit seulement d’une rencontre avec le dessinateur Robert Velter pour que le mousse devienne le personnage mythique que tout le monde connaît aujourd’hui, une rencontre qui se réalise dans ce récit telle qu’elle a pu se réaliser dans la vraie vie lorsque le dessinateur faisait office de steward sur les paquebots transatlantiques dans les années 20. Robert Velter, dit Rob-Vel, était impressionné par les mousses et leur costume rouge. Il les griffonnait déjà dans ses carnets.

© Dupuis / Sente & Verron

© Dupuis / Sente & Verron

Mais c’est un accident grave tuant l’un d’entre-eux sur le paquebot Île-de-France qui l’affecta énormément et qui – sûrement – décida Rob-Bel à s’inspirer de leur image pour donner naissance à Spirou en 1938, à la demande express de l’éditeur Paul Dupuis alors à la recherche d’un héros pour son nouveau journal.

Yves Sente et Laurent Verron ont imaginé autour de cette rencontre et de cette naissance de Spirou un récit d’aventure mais pas que. Il s’appelait Ptirou est avant tout une histoire qui se déroule à l’ombre des luxueux paquebots, dans le vrai monde, celui du travail et souvent de la misère.

« Ptirou est une histoire tragique, sans gags, avec les deux pieds dans le vrai monde… », raconte Laurent Verron, « Je voulais donc pratiquer un dessin avec de la matière, plus réaliste que d’habitude, qui ne fasse pas trop propre ».

© Dupuis / Sente & Verron

© Dupuis / Sente & Verron

La crise de 29 n’est pas loin et partout la misère et le chômage gagnent du terrain. Le bateau sur lequel navigue Ptirou est d’ailleurs sujet à des sabotages de la part de militants syndicalistes mécontents d’un projet de plan social comme on dirait aujourd’hui. 250 personnes doivent être virés de la compagnie maritime pour satisfaire les actionnaires.

« Le récit se déroulant à la fin des années 1920… », confie Yves Sente, « il était logique d’évoquer les conflits sociaux et les fractures grandissantes dans la société d’avant-guerre. J’ai donc évoqué dans mon scénario le conflit entre actionnaires et ouvriers de la compagnie maritime, mais aussi le conflit entre « ceux du pont » et « ceux de la cale ». Des thématiques qui parleront forcément aux lecteurs de notre époque, où la classe moyenne tend à disparaître entre une minorité d’ultra-riches d’un côté et des gens qui peinent à joindre les deux bouts, de l’autre côté ».

Une très belle aventure transatlantique qui nous permet de prendre le large et en même temps de découvrir les origines d’un des plus grands héros de la bande dessinée franco-belge. Un récit tragique, certes, mais dans lequel l’action côtoie en permanence l’émotion, l’imaginaire caresse le réel. Le trait de Laurent Verron vieilli, sali, pour l’occasion, est un pur régal et le personnage de Ptirou un Spirou en puissance qu’on a envie de revoir !

Eric Guillaud

Il s’appelait Ptirou, Le Spirou de… Sente et Verron. Éditions Dupuis. 16,50€

© Dupuis / Sente & Verron

© Dupuis / Sente & Verron

01 Déc

Angoulême : le ligérien Olivier Josso Hamel dans la sélection officielle du festival international de la bande dessinée

Chaque année à pareille époque, le festival international de la BD d’Angoulême dévoile la sélection officielle des albums qui concourront dans les différentes catégories de prix. 45 albums dont celui d’Olivier Josso Hamel, le deuxième tome de « Au travail », figurent dans la sélection 2018.

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La suite ici.. 

Les damnés de la Commune : Raphaël Meyssan raconte l’histoire du communard Lavalette à travers d’authentiques gravures de l’époque

Les-Damnes-de-la-Commune-01C’est un boulot de titan, un boulot de dingue. Un boulot de dingue mais un résultat saisissant, impressionnant ! Dans Les Damnées de la Commune, Raphaël Meyssan raconte l’histoire d’un communard dont on a oublié jusqu’à l’existence dans une BD exclusivement réalisée avec des gravures de l’époque…

Tout est parti, nous explique l’auteur-narrateur dans les premières pages de l’album, d’une étrange découverte à la bibliothèque historique de Paris. Dans un livre ancien, une adresse, 6 rue Lesage, la sienne précisément. Et un nom, Charles Lavalette, sergent du 159e bataillon pendant le siège de Paris, promu commandant par la Commune, un gars qui semble avoir compté à époque mais qu’on a complètement oublié, comme tant d’autres, aujourd’hui.

« Il y a avait dans mon immeuble, dans mon quartier si éloigné du centre de la cité, une histoire. Une toute petite histoire, effacée par le temps. Celle d’un homme inconnu enfouie dans une histoire méconnue : la Commune de Paris de 1871 ».

Piqué par la curiosité, Raphaël Meyssan plonge dans les archives papier, consulte des journaux, des centaines de journaux, et des gravures. Pendant des mois, des années, il cherche, trie, engrange, jusqu’à se demander quoi en faire ?

« Je suis parti à sa recherche comme on part en voyage. J’ai bourlingué dans le temps , parcouru les rues pour retrouver sa trace, arpenté des livres pour rattraper sa vie. Au milieu des archives, j’ai cherché son histoire « 

Son histoire, il l’a raconte finalement en BD mais d’une façon peu orthodoxe. Il faut préciser que Raphaël Meyssan ne sait absolument pas dessiner. Alors, son regard, son pinceau, son trait, il les trouvera dans les gravures de l’époque qu’il scanne, avant de recadrer, grossir, retourner, mettre en cases et ajouter le texte, exactement comme dans une bande dessinée classique.

Et il nous raconte ainsi l’histoire de cet homme, Lavalette, mais aussi et surtout l’histoire de la Commune, la République assiégée, l’insurrection du 31 octobre, le siège de Paris, la faim, le froid, la mort, le lait coupé à l’eau ou au plâtre, les animaux du zoo du Jardin des plantes qu’on abat pour avoir un peu de viande, Gustave Flourens, Auguste Blanqui, Jules Ferry…. des noms illustres à côté de celui du sien, Lavalette.

C’est un travail extraordinaire que Raphaël Meyssan a réalisé ici. Il ne sait pas dessiner, comme il le reconnaît très librement, mais il sait manifestement raconter une histoire. Il aurait pu le faire avec les dessins d’un autre, il a préféré le faire avec des gravures authentiques de l’époque. Ce qui donne un caractère incroyable à l’album et permet une immersion totale du lecteur dans le décor de ces années troubles. un récit solidement bâti, un texte éloquent, une démarche singulière… Un album qui restera gravé dans nos mémoires.

Eric Guillaud

Les damnés de la Commune, de Raphaël Meyssan. Éditions Delcourt. 23,95€

 © Delcourt / Meyssan

© Delcourt / Meyssan