30 Mar

Méga Spirou spécial Gaston Lagaffe

Qui a dit qu’on était foutu à 60 ans ? Notre Gaston national, enfin plutôt international, est la preuve flagrante du contraire. Soixante piges et toujours le même pull-over vert, les mêmes espadrilles, la même âme d’adolescent… et du boulot par dessus la tête !

Il est partout notre bon Gaston, en BD bien sûr avec la récente réédition de la série, 20 volumes au total qui intègrent toutes les planches réalisées par le maître André Franquin, dont certaines inédites, dans l’ordre chronologique de création avec restauration du trait et des couleurs. Et au cinéma avec la sortie le 4 avril du film de Pierre-François Martin-Laval qui mettra en scène un Théo Fernandez délicieusement gastonesque.

Tout ça valait bien un Méga Spirou hors-série, il est disponible en version magazine dans tous les kiosques du monde ou presque depuis le 21 mars et le sera en version album dès le 6 avril dans toutes les bonnes librairies.

Au copieux sommaire : des gags de Gaston signés Franquin mais aussi Erre et Fabcaro, Vizorek et Libon, Fabrice Tarrin ou encore Lewis Trondheim, un reportage sur le film avec interview du réalisateur Pierre-François Martin-Laval et des acteurs, un zoom sur la restauration des couleurs, les témoignages de Yann Arthus-Bertrand, José Bové, Hubert Reeves ou Philippe Etchebest à travers des dossiers portant sur la cuisine, la musique, l’écologie ou la désobéissance civique façon Gaston, sans oublier la sieste, l’une de ses activités… rrrôô… préférées… zzzzzzz…

Eric Guillaud 

27 Mar

L’Enfant et la rivière : l’adaptation du roman de Henri Bosco sous la plume et les pinceaux de Xavier Coste

L’auteur de Egon Schiele, Vivre et mourir, mais aussi de Rimbaud l’indésirable et plus récemment du Lendemain du monde s’attaque cette fois à un classique de la littérature jeunesse, le roman L’enfant et la rivière de l’écrivain Henri Bosco paru au lendemain de la deuxième guerre mondiale chez Gallimard…

Les interdits sont faits pour être transgressés dit-on. Celui-ci devait l’être. C’était même devenu une obsession pour Pascalet, aller voir cette fameuse rivière que sa mère lui interdisait d’approcher. « Amuse-toi où tu veux. Ce n’est pas la place qui te manque. Mais je te défends de courir du côté de la rivière », lui disait-elle. Il n’en fallait pas plus pour le faire rêver de la rivière, nuit et jour.

Une rivière, des cyprès, une ferme ici, une autre là… C’est le décor de ce roman écrit par Henri Bosco aujourd’hui devenu roman graphique sous la plume et les pinceaux de Xavier Coste. Un décor provençal écrasé par le soleil et qui malgré tout attriste le protagoniste principal, le jeune Pascalet. Son unique distraction ? les visites de Bargabot, un braconnier qui apporte régulièrement du poisson à ses parents, du poisson justement pêché dans la rivière interdite. De quoi définitivement attiser sa curiosité.

Si j’entendais arriver Bargabot, mon coeur se mettait à battre. Il s’était aperçu de l’intérêt que je portais à sa personne…

Profitant de l’absence de ses parents, Pascalet finit par craquer et aller du côté de la rivière, une première fois pour établir le contact, une deuxième pour finalement l’explorer… Et c’est au détour d’une île qu’il délivre un autre jeune garçon, Gatzo, prisonnier d’une bande de bohémiens. Ensemble, ils partent à la découverte de la rivière…

© Sarbacane / Coste

Xavier Coste dont on a déjà largement pu apprécier le talent dans ses albums précédents, notamment Egon Schiele, Vivre et mourir ou Rimbaud l’indésirable, offre indéniablement à ce roman de Bosco une nouvelle jeunesse. Comme si cette adaptation l’attendait. Comme si elle était une évidence.

Mais c’est pourtant à la demande de Frédéric Lavabre, éditeur chez Sarbacane qu’il s’est mis à l’ouvrage. « Je ne l’avais pas relu depuis le collège et c’est un roman qui m’avait vraiment marqué à l’époque. J’en avais retenu le côté contemplatif, poétique. Quand je l’ai relu ça a été comme une évidence, le ton onirique du roman m’a tout de suite donné envie de prendre les crayons. Mon éditeur a pensé que le ton du roman collait à mon univers et je pense qu’il ne s’est pas trompé ».

© Sarbacane / Coste

Se lancer dans une adaptation, qui plus-est d’un roman aussi connu, n’est pas la chose la plus aisée. Adapter, c’est souvent trahir, pour Xavier Coste c’est avant tout respecter le texte. 

« Le plus difficile a été de trouver le ton de cette adaptation. Le texte de Henri Bosco est remarquablement écrit mais certains aspects du roman paraissent un peu datés aujourd’hui, je voulais donc le moderniser mais sans le dénaturer. Car ce qui fait le charme de ce roman c’est aussi son côté hors du temps et légèrement retro. Au final, quasiment tous les textes de la bande dessinée sont de Henri Bosco, et j’y tenais beaucoup ».

© Sarbacane / Coste

C’est suffisamment rare pour le souligner, Xavier Coste a eu carte blanche de la part de l’éditeur et des ayants-droits. Aussi a-t-il choisi de ne pas situer formellement son adaptation dans le temps et l’espace, « J’ai dessiné une Provence imaginaire, et je n’ai pas dessiné d’objets qui permettent de situer l’époque à laquelle l’histoire se passe. On se doute que c’est dans un monde contemporain, mais j’ai voulu donner un côté universel à l’histoire. Je souhaitais aussi que cette bande dessinée s’adresse à tous les publics, aux enfants comme aux adultes, ce qui n’est pas évident. C’est un roman avec plusieurs niveaux de lecture, et je voulais que ça se retrouve dans ces pages ».

© Sarbacane / Coste

Dès la première page de L’Enfant et la Rivière, on est happé par le récit et émerveillé par les couleurs qui jouent ici un rôle important. « À chaque scène, j’ai essayé de trouver des jeux de lumière différents, et je suis sorti de ma zone de confort en utilisant des couleurs que j’emploie très peu. J’essaie au maximum de ne pas répéter une ambiance colorée que j’aurais déjà utilisée dans une scène. Les scènes de nuit m’ont causé du fil à retordre au début, mais au final ce sont les scènes que je préfère ».

La poésie des mots, la beauté des paysages, le mystère, l’aventure… Tout ce qui rend le livre de Bosco remarquable se retrouve dans les pages de cette adaptation, les images – magnifiques – et le regard de Xavier Coste en plus. Une grande bouffée d’oxygène !

Eric Guillaud

L’Enfant et la rivière, de Xavier Coste d’après le roman de Henri Bosco. Sarbacane. 19,50€ (en librairie le 4 avril)

25 Mar

Thor : le massacreur de dieux ou lorsque le héros de Marvel lutte pour sa survie et celle des siens avec une fougue wagnérienne

Déjà, rien que le titre et la couverture – où le fils d’Odin paraît menaçant avec du sang jusqu’aux genoux – tranchent avec les standards Marvel. Alors certes, cela fait déjà une bonne décennie (ou deux) que l’auguste super écurie à super-héros a décidé de prendre un ton plus ‘adulte’. Mais les sagas (c’est-à-dire une longue histoire qui s’est étalée initialement sur onze numéros) de l’acabit de ce Massacreur de Dieux impressionnant se comptent sur les doigts d’une main. Mais là, la barre est haute.

Ce qui fait la différence ici, c’est la présence de non pas un mais bien deux auteurs à part entière – on laisse de côté les quelques planches dessinées ici par Jackson Guice largement un créneau en dessous. Soit le scénariste Jason Aaron et surtout le dessinateur croate Esad Ribic : d’une cruauté et en même d’un mysticisme flamboyant, l’histoire inventée par le premier n’aurait jamais eu la même résonnance si elle n’avait pas été illustrée avec autant de maestria. Clairement influencé par les images viriles et épiques du grand Frank Frazetta mais aussi par Philippe Druillet, le trait étonnement fluide et en même temps puissant de Ribic, ainsi que son encrage très contrasté, est assez unique, successivement plein de couleurs puis très clair-obscur, où le mal sous-jacent est plus suggéré que montré.

Sous sa plume, les Dieux sont tour-à-tour suprêmes et pathétiquement humains, fragiles mêmes alors que le grand méchant Gorr apparaît aussi torturé qu’effrayant. C’est souvent dramatique mais jamais trop théâtral ou larmoyant. Alors certes, il y a du sang, beaucoup même, mais jamais la violence n’y paraît vraiment glorieuse, chaque personnage apparaissant presque comme désespéré car se battant pour une cause, semble t’il, perdue d’avance.

© Marvel/Panini Comics -Jason Aaron, Esad Ribic et Jackson Guice

Il faut dire que le point de départ est osé : Thor découvre qu’un être mystérieux décime avec sadisme à travers les galaxies et les âges les dieux de tous les mondes existants et part à sa recherche, bien décidé à l’empêcher de tuer tous les siens. Par la magie des paradoxes temporels, sa route finit par croiser celle de deux autres de ces incarnations, une première juvénile et bouillonnante, et l’autre vieille et usée mais bien décidée à relever une dernière fois la tête. C’est qu’il n’en faut pas moins de trois Thor pour oser affronter le massacreur de dieux…

© Marvel/Panini Comics -Jason Aaron, Esad Ribic et Jackson Guice

Au-delà du fait que le héros passe les trois quarts du volume à voir les autres se faire massacrer sans pouvoir rien faire et à douter de lui-même, la saga pose en filigrane une question quasi-philosophique : que serait un monde sans dieux, où l’homme serait seul responsable a priori de ses actes ? Ribic et Aaron ont leur réponse mais évitent d’être trop manichéens et n’oublient jamais de savamment doser l’intensité dramatique. Pour obtenir au final l’un des plus belles et meilleures sagas Marvel de ces dernières années, cruelle et terriblement belle qui révèle au passage un dessinateur qui avait déjà fait ses preuves, certes, sur Secret Wars ou Loki (avec, déjà, le dieu du tonnerre) mais qui gagne ici pour de bon ses galons de futur mégastar du genre.

Olivier Badin

Thor : le massacreur de dieux, de Jason Aaron, Esad Ribic et Jackson Guice, Marvel/Panini Comics, 30 euros

23 Mar

Mai 68 : La Veille du grand soir, une BD historique signée Rotman et Vassant

Quoi de mieux qu’un beau pavé pour célébrer les cinquante ans de mai 68, un beau pavé de 192 pages et d’un peu plus de 800 grammes signé Patrick Rotman et Sébastien Vassant, conjointement édité par les éditions Delcourt et Seuil. Retour sur des événements qui ont façonné la société française…

L’imagination au pouvoir, sous les pavés la plage, la beauté est dans la rue…

Que reste-t-il de mai 68 à part ces slogans que tout le monde connaît ? Pas mal de choses finalement. À l’instar des deux guerres mondiales, de la guerre d’Algérie ou encore de l’arrivée au pouvoir de la gauche en 1981, les événements de mai 68 ont façonné la société française, ils ont même laissé dans la mémoire collective une onde de romantisme révolutionnaire encore vivace aujourd’hui.

Historien, auteur, réalisateur et scénariste, Patrick Rotman a  vécu les événements de 68 aux premières loges. Il était alors étudiant à la Sorbonne. Depuis, il les a racontés à plusieurs reprises dans des livres, des films et aujourd’hui, pour la première fois, en BD. Avec une double approche explique-t-il en ouverture du récit : « L’une faite de vécu, de souvenirs personnels, nourrie d’anecdotes et de dialogues pris sur le vif. L’autre relève d’une démarche distancée et historique. Le résultat est ce récit du mois de mai en bas et en haut, dans la rue et au sommet du pouvoir, dans la Sorbonne occupée et à l’Elysée aux abois, chez Renault en grève et à Matignon à la manoeuvre ».

La Veille du grand soir n’est pas un livre d’histoire au sens strict du terme, d’autant que Patrick Rotman a injecté une petite part de fiction en mêlant à la réalité des faits une poignée de personnages imaginaires. Mais il relève plutôt bien le mécanisme qui a poussé la jeunesse puis les ouvriers, les employés, les fonctionnaires… dans la rue. Plus qu’une révolte, Sire, c’est une crise existentielle qui secoue le pays.

De Gaulle, Pompidou, Cohn-Bendit, Krivine, Weber, les ouvriers de Renault… et les étudiants bien évidemment, Patrick Rotman et Sébastien Vassant dont on relèvera l’excellent travail graphique nous glissent aux côtés des principaux protagonistes des événements avec une seule volonté pour Rotman : offrir en BD « le récit des journées de mai à Paris, vues par les yeux d’un très jeune étudiant dont tout ressemblance avec l’auteur de ces lignes ne pourrait être qu’accidentelle ». Et de ce côté-là, c’est plutôt bien réussi !

Eric Guillaud

La Veille du grand soir, Mai 68, de Patrick Rotman et Sébastien Vassant. Delcourt. 24,95€

© Delcourt / Rotman & Vassant

18 Mar

La Ballade des dangereuses, journal d’une incarcération, une BD signée Delphine et Anaële Hermans d’après une histoire vécue par Valérie Zézé

À quelques lettres près, cette histoire-là aurait pu s’appeler La Balade des gens heureux. Encore aurait-il fallu des gens heureux parmi les protagonistes. Valérie Zézé, l’héroïne de Delphine et Anaële Hermans, appartiendrait plutôt à la catégorie dite des dangereuses, ces femmes qu’on enferme pour ne pas avoir respecter les règles de la société…

C’est une histoire vraie que nous racontent les soeurs Delphine et Anaële Hermans, l’histoire d’une femme, Valérie Zézé, professeur de français, qui se retrouve un beau jour embarquée dans une spirale infernale qui pourrait se résumer en trois mots : drogue, vols, prison.

Vingt-neuf flagrants délits de vol à son actif avec une méthode simple mais éprouvée : se laisser enfermer le soir venu dans un magasin et se servir. Parfois ça marche, parfois pas. Comme cette fois…

Deux policiers la surprennent dans un magasin, son butin dans une valise : des bouteilles de parfum.

Le récit commence le jour de son incarcération à la maison d’arrêt de Berkendael en Belgique. Valérie Zézé, numéro d’écrou 4827, n’y arrive pas en territoire inconnu. C’est la neuvième fois qu’elle y est incarcérée. Une habituée en somme… mais une habituée qui ne s’habitue pas ! Sur le trajet qui l’emmène vers le prison, Valérie photographie tout ce qu’elle voit…

Emmagasiner un maximum de belles images de l’extérieur, les mettre à l’abri dans ma mémoire. Ce sera mon petit palais, où je pourrais me réfugier

Si elle connaît les moindres recoins de la prison de Berkendael, chacun de ses séjours nécessite une lente et difficile réadaptation à l’atmosphère général, aux gardiennes et aux détenues, au bruit des clefs dans les serrures, à la promiscuité des cellules, il faut se refaire un masque, reprendre les attitudes qui la feront respecter des autres… et surtout faire face au manque.

Pas de coke en prison, juste quelques joints, pas de quoi en tout cas éviter les pétages de plomb !

Cela fait un mois et demi que je n’ai pas consommé de coke. Le manque me prend aux tripes. Ma seule manière de desserrer son emprise est de le transformer en colère

Et puis il y a ce fils resté dehors qui privilégie les visites au parloir à ses études, jusqu’à les arrêter totalement. Une douleur supplémentaire pour Valérie…

C’est le quotidien de cette incarcération que nous raconte La Ballade des Dangereuses, le quotidien et bien évidemment ce qui l’accompagne forcément mais ne se détecte pas, l’intime, les rêves et les angoisses, les joies et les blessures… Un témoignage tout en finesse et en humanité de ce que peut parfois nous réserver la vie. Une histoire touchante au graphisme aussi léger et fragile que la liberté !

Eric Guillaud

La Ballade des dangereuses, Journal d’une incarcération, de Delphine et Anaëlle Hermans d’après l’histoire vraie de Valérie Zézé. La Boîte à bulles. 20€

© La Boîte à Bulles / Delphine et Anaëlle Hermans – Valérie Zézé

11 Mar

La Dordogne, les grives, les chats… et le voisin Raymond : tout un univers rural décrit avec tendresse par Troubs

790613_01Troubs a l’oeil du poète voyageur. Que ce soit à des milliers de kilomètres de là ou au coeur de notre terroir, l’auteur sait voir et raconter comme personne les gens, la nature, la vie, le quotidien. Après Chemin de pierres et La longue marche des éléphants, il revient avec Mon voisin Raymond, une très belle histoire de proximité…

À l’heure où le monde rural se vide peu à peu de ses habitants et de ses services, Troubs nous invite à partager son amour pour la campagne dordognotte, une année à l’écoute de la nature, des saisons et surtout de son voisin, Raymond.

Raymond vit seul dans sa petite maison, entouré de ses terres, de son potager, de ses arbres et de ses chats. Une vie simple et agréable, parfois rendue un peu plus compliquée lorsqu’il s’agit pour lui de couper et charrier du bois pour son poêle ou de passer le motoculteur entre les rangées de fraisiers. Raymond a 80 ans. Dans ces moments-là, heureusement il y a Troubs qui n’est jamais très loin. « Il n’y a qu’un bout de bois à traverser… », et l’auteur est rendu chez Raymond.

Un café ? Une petite prune ? Et la conversation s’engage entre les deux hommes. Oh rien de bien profond mais tout d’essentiel. L’hiver trop froid, l’été trop sec, les palombes qui s’effraient d’un rien, les salades à semer, les arbres à tronçonner, les ronces qui envahissent les parcelles en friche et les maisons abandonnées…

Avec Troubs et Raymond, on découvre la nature autrement, avec sensibilité, avec respect, avec amour, ici un essaim d’abeilles posé sur un poteau électrique, là un renard chassant le mulot, plus loin une fourmi qui se réchauffe aux premiers rayons de soleil du mois de mars, des grues qui se sont égarées et se disputent. On les accompagne aux champignons, on prépare des bocaux de pêches, on cuisine… Les jours passent, les mois défilent, les saisons se succèdent, Troubs et Raymond continuent leur vie, leurs échanges comme deux voisins, deux amis de toujours.

C’est beau comme du Davodeau, c’est bon comme du Depardon, une balade au coeur de la campagne et du monde paysan avec une touche de poésie et une louche d’humanité. Adoré !

Eric Guillaud

Mon voisin Raymond, par Troubs. Futuropolis. 17€

© Futuropolis / Troubs

© Futuropolis / Troubs

10 Mar

Kill or be Killed : Brubaker et Phillips signent un thriller époustouflant chez Delcourt

killOrBeKilledT1Après Criminal, Incognito, Fatale, Scène de crime et Fondu au noir, le duo de choc Brubaker / Phillips se reforme autour d’un thriller à couper le souffle, noir et sans concession, Kill or be Killed. Tout est dans le titre… ou presque.

Vous payez un loyer pour avoir le droit d’abriter votre petite famille dans une belle maison ? Lui doit payer un loyer pour pouvoir vivre. Un meurtre par mois, au choix : un salopard, un enfoiré, un criminel, un pédophile, le genre de gars qu’on ne peut logiquement regretter.

Lui, c’est Dylan, 28 ans, éternel étudiant, vit en colocation avec sa meilleure amie Kyra dont il est fou amoureux, et affiche une certaine lassitude de la vie, de sa vie, une vie ratée, au point de se jeter un jour du haut d’un immeuble. Mais même son suicide est raté. Il se relève quasi-indemne, comprend que la vie vaut finalement le coup d’être vécue mais se prend un contrat sur le dos : tuer pour continuer à vivre !

Les secondes chances ne sont pas gratuites Dylan… tu dois payer pour la tienne…

Ça ressemble à un cauchemar, en pleine nuit, un démon se glisse dans sa chambre et lui intime l’ordre de tuer quelqu’un qui mérite de mourir, « un par mois, on va appeler ça ton loyer ». Ça ressemble à un cauchemar mais ce n’en est pas un et Dylan va très vite le comprendre. Alors, l’éternel étudiant se métamorphose en un justicier pur et dur…

Un justicier pur et dur mais avec des états d’âme tout de même. Le personnage de Brubaker et Phillips n’est pas un tueur classique, plutôt un tueur malgré lui, ce qui le rend bougrement intéressant à suivre et connaître. Le fait que ce récit soit écrit sous la forme d’un journal intime, avec Dylan comme narrateur, nous permet justement de pénétrer dans son âme.

Tous ceux qui apprécient le travail du tandem Brubaker/Phillips seront aux anges avec ce nouveau récit paru en janvier et dont le deuxième tome est annoncé pour juin 2018. Le scénario très carré, la narration ultra-fluide et inventive, le graphisme racé, les personnages de caractère et les couleurssublimes… tout concourt à en faire un sacré bon bouquin !

Eric Guillaud

Kill or be Killed, de Brubaker, Phillips et Breitweiser. Delcourt. 16,60€

 

© Delcourt / Brubaker, Phillips & Breitweiser

© Delcourt / Brubaker, Phillips & Breitweiser

08 Mar

Black Panther : lorsque Marvel se mettait aux coupes afro et au mysticisme africain

81wumDGGAzLAh, la magie d’Hollywood ! Entre deux méga blockbusters des ‘Avengers’, la désormais industrie bien installée des adaptations cinématographiques de comics tente de plus en plus de lancer des franchises peut-être moins connues du grand public, le carton monumental du premier ‘Deadpool’ prouvant qu’on avait pas forcément besoin d’être un héros connu de tous de 7 à 77 ans pour faire tourner la machine à billets verts à plein régime… Reste que le cas de la ‘Panthère Noire’ est assez atypique car on tient là le premier super-héros issu et à destination de la communauté afro-américaine. Et tant pis si on tient là la xième création du célèbre duo Stan Lee et Jack Kirby, deux blancs de chez blancs. 

Le contexte, ici, fait tout, la panthère noire (‘black panther’ en VO) étant apparue pour la première fois dans un épisode des ‘Quatre Fantastiques’ en 1966, un an après l’assassinat de Malcom X et alors que la lutte pour les droits civiques bat son plein aux Etats-Unis. Surtout, le prince T’Challa n’a pas ‘que’ la peau de couleur noire, il est avant tout non pas américain mais africain et à la tête d’une nation fictive (le Wakanda) dont les ressources minières lui assurent l’indépendance financière et lui permettent d’avoir accès à une technologie dont il se sert pour défendre de nobles causes. Même si initialement il n’est qu’un personnage secondaire un peu hautain et caricatural apparaissant surtout comme un simple faire-valoir, l’obtention de sa propre série en 1972 lui a alors permis de prendre une épaisseur insoupçonné.

© Marvel/Panin

© Marvel/Panini – Don McGregor, Rich Buckler, Billy Graham

Reste qu’en France, malgré le travail des éditions Lug (que tout bon quadra fan de comics connaît forcément), la panthère noire reste un héros très peu connu du public français, surtout avec un sous-texte social qui lui parle peu. Du moins, jusqu’à la sortie du film du même nom qui après seulement deux semaines d’exploitation dans l’hexagone dépassait déjà les deux millions d’entrées !

Ce volume de la série ‘intégrale’ de chez MARVEL France tombe donc à point nommé pour retourner aux sources de son histoire, surtout qu’il contient en plus de treize des dix-huit premiers épisodes la toute première aventure dans laquelle il est apparu dans la série des ‘Quatre Fantastiques’ et sous la houlette de Mister Jack Kirby himself s’il-vous-plaît !

Il permet aussi de rétablir une certaine vérité car passé cette première aventure un peu amidonnée (c’était les 60’s, rappelez-vous, quand les méchants étaient très méchants et les gentils très gentils), on se rend compte qu’une fois à la tête de sa propre série et sous la plume d’abord de Rich Buckler puis de Billy Graham, la panthère noire s’est détaché assez rapidement des standards établis des comics pour s’aventurer sur des terrains nettement plus proches de ceux de la fantasy pure où se bousculent extra-terrestres mais aussi animaux préhistoriques et autres légendes païennes. Et puis T’Challa est ‘black and proud’ comme le chantait James Brown avec coupes afro à gogo, rouflaquettes, bijoux et attitude grande gueule, reflet des bouillonnante 70’s et des héros d’alors de la communauté afro-américaine, tels ‘Shaft’. Une vraie redécouverte !

Olivier Badin

Black Panther, 1966-1975, Don McGregor, Rich Buckler, Billy Graham. Marvel/Panini Comics, 32€

© Marvel/Panini

© Marvel/Panini – Don McGregor, Rich Buckler, Billy Graham

Imastu : un récit sombre et oppressant signé Jérémie Horviller

imastu_WFIvMadBon, autant le concéder tout de suite, Imastu ne fait pas dans la comédie, encore moins dans l’humour. Il suffit de regarder la couverture pour comprendre qu’on ne va pas franchement rigoler, le propos est ailleurs, peut-être au fond de notre âme…

Que ce soit dans le trait ou dans l’histoire, Imastu n’explore effectivement pas la légèreté de l’être mais plus surement la profondeur de nos âmes. Aucun dialogue, très peu de textes, un univers graphique qui fait immédiatement penser à Munch et un décor où même la nature semble hostile, l’auteur Jérémie Horviller s’est inspiré ici d’une visite qu’il a eu l’occasion d’effectuer dans un orphelinat d’Estonie. Imastu, nom d’une bourgade de ce pays, raconte l’histoire d’Ulrica, une jeune orpheline enfermée avec d’autres enfants dans un endroit lugubre.

Ici, les enfants ne sortent pas… sinon par leurs songes

Pourquoi est-elle là ? D’où vient-elle ? Qu’a-t-elle vécu ? Jérémie Horviller nous l’apprend dans les dernières pages de l’album, déroulant forcément le fil d’une tragédie. « Nous pénétrons dans l’espace mental d’Ulrica où ses souffrances génèrent des formes… », explique l’auteur, « Elle est une figure de l’errance qui traverse des espaces hallucinés, des espaces à la dérive. Au XIXe, la représentation de l’hallucination est présente dans les arts visuels et la littérature où elle est invoquée comme un stimulant et un modèle de l’imagination poétique et artistique. Edvard Munch fait partie de ces artistes qui convoquent les forces de l’esprit à travers sa peinture ».

Imastu est un récit d’une noirceur absolue, il est angoissant, oppressant et douloureux. Même les rêves de la jeune fille semblent emprisonnés, attachés par des fils barbelés. L’abandon, la tristesse, la folie, suent à grosses gouttes de chaque case, de chaque dessin, de chaque personnages. Peut-on sortir intact de sa lecture ? Pas sûr !

Eric Guillaud

Imastu, de Jérémie Horviller. Editions Le Tripode. 17€ (parution le 22 mars)

© Le Tripode / Horviller

© Le Tripode / Horviller

04 Mar

Le 3e oeil : Didier Tronchet relance les aventures de Violine en compagnie de Baron Brumaire

9782203132412Il est heureux Didier Tronchet. Après dix ans de combat raconte-t-il sur son compte Facebook, il a enfin pu faire sortir Violine du catalogue Dupuis pour lui offrir de nouvelles aventures chez Casterman. La jeune héroïne a vieilli, elle a aujourd’hui seize ans et un fichu caractère, une vraie ado en somme avec toujours ce petit quelque chose en plus dans le regard…

Nous l’avions perdue de vue depuis 2007 et l’épisode La Maison piège. Violine est finalement de retour avec tout de même quelques changements de taille, à commencer par le nom, la série s’appelle dorénavant Le 3e Œil. Changement aussi d’éditeur, exit Dupuis, bonjour Casterman, mais l’affaire ne fût pas si simple nous explique Didier Tronchet : « Dupuis était propriétaire des droits du personnage de Violine mais ne voulait pas les céder. Ce qui bloquait tout le monde. Dupuis a finalement accepté de me les restituer dans un bon esprit de fair-play ».

Troisième changement visible dès la couverture, Violine à pris un coup de vieux, relatif certes, mais tout de même, quelques années qui suffisent à la faire glisser dans le monde des ados. « Pour ce nouveau cycle chez Casterman, il était intéressant de renouveler le personnage… », confie Didier Tronchet, « d’une part avec un autre dessinateur, d’autre part avec une Violine ado plus percutante, moins limitée par son âge. L’idée est d’en faire un personnage évolutif ».  

C’est le Nantais Baron Brumaire, dessinateur de la série Les Morin-Lourdel publiée chez Glénat de 1994 à 2005, qui prend la relève de Jean-Marc Krings et Fabrice Tarrin au dessin. Avec son trait plus réaliste et nerveux, Baron Brumaire offre aux aventures de Violine un caractère moins enfantin.

Pour le reste, Violine a toujours ses grands yeux violets dépourvus de pupilles et une faculté de lire dans les pensées des gens en les regardant simplement dans les yeux.

La plupart du temps, ce super pouvoir lui permet de tricher à l’école, de décrocher d’excellentes notes tout en passant son temps à dormir en classe. Mais sa rencontre avec Tsampa, un jeune indien mutique et sujet à des crises de terreur va changer la donne. Violine doit percer son secret… et tous les moyens sont bons.

De très belles retrouvailles !

Eric Guillaud

Le Sommeil empoisonné, Le 3e Œil (tome 1), de Tronchet et Brumaire. Editions Casterman. 11,50€

© Casterman / Tronchet & Brumaire

© Casterman / Tronchet & Brumaire

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