05 Nov

Visa transit : la très belle échappée de Nicolas de Crécy

Partir ! Partir le plus loin possible vers l’est avec pour seule limite le moteur de leur voiture, une Citroën Visa Club à bout de souffle. C’est l’aventure un peu folle dans laquelle se sont lancés Nicolas de Crécy et son cousin Guy un beau jour de 1986. Trente-trois ans après, l’auteur nous raconte ce périple…

Nicolas de Crécy n’est pas du genre à suivre les modes et les courants. Les connaisseurs du bonhomme savent combien il a développé un univers singulier et pas seulement visuel au fil d’une conséquente bibliographie. De Foligatto à La République du catch, en passant par Salvatore, Le Bibendum céleste, Léon la Came ou encore Prosopopus, Nicolas de Crécy a surtout dessiné des mondes fantastiques ou fantasques. Dans Visa Transit, c’est le réel qu’il met en scène avec un point commun : le talent.

L’histoire démarre au fond d’un jardin en région parisienne, le jardin d’un oncle où rouille doucement une Citroën Visa Club en fin de vie. Une épave. Plutôt que de l’emmener à la casse, Nicolas de Crécy et son cousin décident de la mettre à l’épreuve.

@ Gallimard / de Crécy

Nous sommes en 1986. À quelques milliers de kilomètres de là, Tchernobyl vient d’exploser et de lâcher son nuage radioactif qui « heureusement » s’arrêtera à nos frontières. La sagesse aurait été de fuir à toutes jambes vers l’ouest, de louer un bateau et de traverser l’Atlantique, les deux cousins choisissent la Visa pour prendre la direction de l’est, le plus loin possible, la Turquie en ligne de mire. « L’idée, c’était Istambul au moins, Ankara pourquoi pas, et au-delà si la chance était avec nous ».

On s’imaginait un remake – modeste – de la croisière Citroën

Nicolas et Guy changent les bougies, l’essuie-glace, les feux arrière, le câble de freins, installent des rideaux, et une petite bibliothèque sur la lunette arrière. « Nous étions sous le haut patronage de la littérature française ». Un petit chez-eux monté sur roues, fallait-il encore que le moteur tienne

@ Gallimard / de Crécy

Le moteur tient. Il tient même très bien et nous embarque avec eux sur les routes – secondaires – de France, d’Italie, de Yougoslavie, de Bulgarie et bientôt de Turquie. Le premier tome s’arrête sur les rives de la mer noire.

Peu de visites, peu de rencontres, peu d’aventures ou mésaventures si ce n’est un sac oublié ici, un caprice de moteur là, quelques soucis de ravitaillement en essence et le passage des frontières qui n’avaient rien à voir avec celles d’aujourd’hui.

Le monde est alors divisé en deux blocs, les très gentils et le monde en couleurs d’un côté, les très méchants et le monde en noir et gris de l’autre.

@ Gallimard / de Crécy

Visa Transit n’est pas un voyage comme un autre et n’est pas à fortiori un récit de voyage comme les autres. Parce que déjà, trois décennies se sont écoulées depuis. Trois décennies et beaucoup d’autres voyages pour Nicolas de Crécy.

« Les détails s’estompent. Il reste des séquences, des images que le temps a déformées, par un système de superposition. Les moment différents qui se mélangent pour créer des épisodes nouveaux… d’autres ont carrément disparu, je dois faire oeuvre de recomposition ». 

C’est justement ce qui est intéressant dans ces quelque 130 pages, voir ce qu’il peut rester d’un tel voyage plus de 30 années après. Les moments forts qui ont forcément marqué les protagonistes, impacté leur vie. Visa Transit est un road trip au coeur de la mémoire.

À plus d’un titre d’ailleurs. Puisque le récit est aussi l’occasion pour Nicolas de Crécy de se replonger dans son enfance, de nous raconter notamment – lorsque son cousin prétend que leur voyage est sous la protection bienveillante de la Vierge Marie – ses vacances dans un établissement religieux « choisi par les parents par tradition plus que par conviction », un lieu « tenu de main de maître par un tandem infernal, aux méthodes punitives savamment rodées par des décennies de pratique« .

@ Gallimard / de Crécy

Vierge ou pas, la Visa tient le coupe et ne cale même pas lorsqu’elle croise une impressionnante colonne de chars soviétiques. C’est ça aussi Visa Transit, la photographie d’un monde, d’un autre monde, où l’on ne voyageait pas aussi souvent et facilement qu’aujourd’hui, même en Europe, un monde sans GPS, sans réseau, sans téléphone portable, sans milliers d’amis sur Facebook pour partager votre périple…

Une claque !

Eric Guillaud

Visa Transit, de Nicolas de Crécy. Gallimard Bande Dessinée. 22€

02 Nov

Utopiales 2019. Le palmarès complet

À quelques heures de la fermeture de la 20e édition des Utopiales, l’un des plus importants festivals de science-fiction au monde, voici le palmarès complet…

Prix extraordinaire : Alejandro Jodorowsky

prix littéraires

Prix Utopiales : Helstrid de Christian Léourier

Prix Utopiales Jeunesse : In real life tome 1 de Malwenn Alix

Prix Utopiales BD : Un gentil orc sauvage de Théo Grosjean

Prix Julia Verlanger : Les Meurtres de Molly Southbourne de Tade Thomson

Prix Joël Champetier : Chloé jo Bertrand pour la nouvelle Chasseuse de soleil

Prix cinéma – compétition internationale de longs-métrages

Grand Prix du jury : Little joe de Jessica Hausner

Mention spéciale du jury : The Antenna de Orçun Behram

Prix du public : Weathering With You de Makoto Shinkai

Prix cinéma – compétition internationale de courts métrages

Prix du jury : L’Eau de Andrea Dargenio

Mention spéciale du Jury : Sevinç Vesaire de Kurtcebe Turgul

Prix Canal + : Storm de Will Kindrick

Prix du public : Widdershins de Simon Biggs

Prix jeux vidéos

Prix du meilleur scénario de jeu de rôle : Comme un lundi de Jean-Marc « Tolkrraft » Choserot et Tristan Verot

Prix du meilleur jeu vidéo réalisé à la Game Jam : Genome Please de Pierre Bigaud, Pierre le Bever, Corentin Brûlé, Livio Asdrubal, Gwenola Lainé, Augustin Bonne.

Utopiales 2019. Un Gentil orc sauvage reçoit le prix Utopiales BD

On vous l’avait présenté en janvier dernier ici-même, le road-trip en mode fantasy de Théo Grosjean a reçu ce soir le prix Utopiales 2019 BD…

Rien ne va plus au pays des orcs. Les orcs gentils sont attaqués par des orcs sauvages sans pitié. Pour Oscar, l’un des rares à survivre au massacre, c’est l’heure de l’exil…

« Il était uuuun tout petit orc-euuuuh qui n’avait ja-ja-ja-mais égorgé, ohé ohééééééééé ! ». Oscar aime à rappeler qu’il n’est pas un orc méchant. Il le chante à tue-tête. Et de fait, non seulement il n’a jamais égorgé qui que ce soit mais en plus il se lave pour sentir bon, s’habille pour paraître et vit en bonne intelligence au sein d’une communauté d’orcs civilisés dans un petit village des plus paisibles.

Plus pour longtemps. Une horde d’orcs sauvages déterminée à rétablir un ordre ancien déboule et tue tout le monde sur son passage. En quelques coups de lances et de flèches, l’affaire est réglée. Le village paisible est transformé en cimetière à ciel ouvert. Oscar le gentil orc n’a plus qu’une solution : fuir et se réfugier dans le pays voisin, celui des Gobelins.

Sauf qu’on y rentre pas comme ça chez les Gobelins. « Je vais vous envoyer un formulaire d’immigration. D’ici deux, trois ans, on commencera à étudier votre dossier », lui dit un garde-frontière. De quoi se faire tuer un bon millier de fois avant que la situation ne bouge. Commence alors pour Oscar un long périple pour parvenir à traverser la frontière clandestinement…

Paru il y a quelques mois chez Delcourt, Un Gentil orc sauvage est un road-trip de dingue à la Lapinot de Lewis Trondheim, sauf que ce n’est pas lui qui l’a écrit, c’est Théo Grosjean, un de ses élèves de l’école d’art Émile Cohl à Lyon. L’histoire d’Un Gentil orc sauvage nous embarque dans un monde imaginaire, un univers médiéval fantastique plein d’humour, tout en abordant de façon explicite des thèmes bien réels et sérieux comme l’extrémisme, l’exil, la condition des migrants… Drôle et intelligent !

Eric Guillaud

Un Gentil orc sauvage, de Théo Grosjean. Delcourt. 16,95€

© Delcourt / Grosjean

01 Nov

Tant pis pour l’amour, l’histoire effarante d’une relation toxique signée Sophie Lambda

Les histoires d’amour ne finissent pas toujours mal mais celle-ci a clairement viré au cauchemar. Tant pis pour l’amour raconte l’histoire de Sophie Lambda tombée amoureuse d’un pervers narcissique. Un témoignage effarant, effrayant. Âmes et coeurs sensibles, ne surtout pas s’abstenir…

Elle l’aimait à en crever. L’amour parfait. « C’était une alchimie rare, évidente, nous avions l’impression de faire briller le soleil … Le monde était de trop. On n’en avait pas besoin. On n’avait pas grand chose mais on était tout… ».

Sophie est illustratrice, Marcus est comédien, un comédien qui commence à être connu dans le milieu, ils se croisent une première fois puis une deuxième chez des amis communs, finissent par vouloir tout faire ensemble, tout partager. Pour lui, elle accepte de déménager de Montpellier vers Paris. Oui, Sophie, l’aime à en crever. Mais très vite c’est lui qu’elle espèrera voir crever.

Les mots sont rudes, le retournement radical, mais l’histoire vécue par Sophie l’est tout autant, sinon plus. Heureusement pour elle, heureusement pour nous, Sophie a survécu et peut aujourd’hui témoigner de son histoire, d’une histoire qui pourrait arriver finalement à n’importe qui.

@ Delcourt / Lambda

Si « authentique manipulateur » est le nom scientifique de « sombre merde » comme l’affirme avec humour Sophie Lambda dans ce récit, alors oui, le fameux Marcus est une sombre merde, un pervers narcissique aux méthodes bien connues des psychologues, un concentré de mensonges, de méchancetés, de menaces, de manipulations, de violences…

De l’idéalisation au rejet, en passant par la dévalorisation, l’autrice raconte dans le détail toutes les étapes par lesquelles elle est passée, plus de 240 pages de témoignage mais aussi de décrytpage bien utiles pour toutes les femmes qui s’interrogent sur une relation en cours ou à venir. Pour toutes les femmes mais aussi pour les hommes puisque, bien évidemment, la perversion narcissique n’est pas une pathologie exclusivement masculine.

@ Delcourt / Lambda

Oui, le récit de Sophie Lambda, qui signe ici sa première bande dessinée, fait froid dans le dos mais il a le mérite d’informer, d’alerter, le tout avec une bonne dose d’humour dans le traitement narratif et graphique.

À noter la présence en annexe, d’une bibliographie sélective, d’une liste de contacts pour les personnes victimes de violence (malheureusement limitée à la région parisienne), et d’un violentomètre permettant judicieusement de mesurer le niveau de violence de votre partenaire et le niveau de réaction à avoir.

Eric Guillaud

Tant pis pour l’amour, de Sophie Lambda. Delcourt. 19,99€

Bloodshot passe du 7e au 9e art

Après Marvel et DC Comics, c’est au tour de l’éditeur Valiant de franchir le cap du cinéma. La première bande-annonce de sa première adaptation a été dévoilée cette semaine…

Fondé en 1990, le studio Valiant a donné naissance à pas mal de héros plus sombres et plus torturés, comme Rai, Ninja K ou Archer & Armstrong. Mais c’est son héros le plus brut de décoffrage qui a été choisi pour ouvrir le bal, le mercenaire Bloodshot avec ses hordes de nanites (des robots miniaturisés) dans son corps qui lui permettent de presque instantanément cicatriser en plus de décupler ses capacités.

Après qu’on ait parlé pendant longtemps de Jared Leto, c’est finalement l’acteur bodybuildé Vin Diesel (Fast & Furious, Riddick) qui a été choisi pour l’incarner au cinéma, un choix qui tombe sous le sens tant son physique seul colle parfaitement au personnage tel qu’il est décrit dans les comics.

Si le réalisateur est un inconnu, on reconnaît par contre Guy Pearce dans le rôle du ‘méchant’ scientifique manipulateur. Et d’après la première bande-annonce officielle, ce premier film (sous-entendu : si cela marche, d’autres suivront) suit logiquement l’histoire de ses origines ou comment ce mercenaire subi une expérimentation sauvage visant à le transformer en soldat suprême, avant de se retourner vers ses créateurs.

En attendant une sortie prévue pour Mars 2020, vous pouvez toujours réviser l’histoire en relisant notre chronique ici

Olivier Badin

Le retour de la revanche du fils du méchant Doggybags, deuxième partie !

Après 13 numéros remplis d’hémoglobine en forme d’hommage aux pulps et aux films d’horreur des années 70, la série collégiale Doggybags s’était arrêtée, pour ne pas tomber dans la redite. Mais il faut croire que ses patrons avaient conservé au frigo quelques kilos de bidoche en stock car elle revient finalement d’entre les morts pour un nouveau triptyque d’histoires qui revisitent, chacune à leur manière, un pan de la culture horrifique.

Vendredi 13Les Griffes de la NuitSaw… Autant de sagas qui ont enchaîné les opus qui s’achevaient invariablement par la soi-disante mort du personnage principal… qui revenait systématiquement quelques années après. Freddy Krueger, Jason, Leatherface… Tous comme les grands héros, les grands méchants ne meurent jamais. Cela tombe bien, Doggybagsnon plus.

Lancée presque en catimini en 2011 par un petit studio indépendant, cette revue à la périodicité indéfinie fut la première en France a revisiter ce kaléidoscope de sous-genres qu’est l’exploitation. Un terme un peu barbare volé à la contre-culture anglo-saxonne des années 70 que des gens comme Quentin Tarantino (avec les films Grindhouse) ou Roberto Rodriguez (avec Une Nuit En Enfer) se sont mis en tête de ressusciter. Il désigne divers supports (BD, livres, films), réalisés en général avec peu de moyens et dédiés à un sous-genre bien précis de la culture bis. Ils vont jusqu’à revendiquer les clichés inhérents pour mieux, justement, les exploiter. On y retrouve en vrac des histoires de zombies ou de vampires, des récits post-apocalyptiques, des polars occultes etc.

@ Doggybags Ankama/Label

On a clairement affaire ici à de gros fans d’horreur qui connaissent les dialogues de Massacre à la Tronçonneuse par cœur. Doggybags est donc certes bourré de références plus ou moins subtiles mais il reste assez osé, aussi bien sur le plan visuel qu’éditorial. Ses auteurs vont d’ailleurs piocher aussi bien dans le manga que dans le street-art, aboutissant au final à quelque chose d’assez unique. On est donc content que Run, le papa de la série Mutafukaz et patron de Label 619, soit revenu sur sa décision, il en parle d’ailleurs avec pas mal d’humour dans l’édito qui ouvre ce numéro. 

Et puis on sait d’entrée qu’on va être entre gens de bonne compagnie en reconnaissant cette couverture signée Ed Repka. Un artiste américain que les métalleux connaissent bien, vu qu’il est responsable de la moitié des pochettes de thrash-metal dans la seconde moitié des années 80. Les plus cultes étant celles réalisées pour le groupe Megadeth pour lequel il a donné corps à leur squelette mascotte, Vic Rattlehead.

@ Doggybags Ankama/Label

Pour cette ‘saison 2’ comme ils le disent, on retrouve tout de suite nos marques avec cette mise en page colorée pleine de punchs. Entre deux histoires, on retrouve également le courrier des lecteurs, de fausses publicités pour, par exemple, « des masques mortuaires ». Mais aussi des articles on ne peut plus sérieux en forme de mise en point historique sur tel ou tel sujet abordé dans le numéro. Run lui-même nous la joue Alain Decaux en signant un article très instructif sur les différents moyens de torture depuis l’antiquité jusqu’à la dernière guerre par exemple…

Mais les joyaux de la couronne restent les trois histoires du jour, trois contes noirs où l’on retrouve des habitués de la maison comme Prozeet, Ivan Shavrin et Neyef. Trois variations assez distinctes : si la première, presque réaliste, utilise comme décor l’ex-bloc de l’Est livré à la pègre, la deuxième est beaucoup plus hallucinatoire et suffocante avec son personnage central emprisonné dans son propre corps. Quant à la dernière histoire, elle reprend (un peu) à son compte l’idée déjà développée par la série L’Amateur de Souffrances chez Glénat d’un exécuteur qui se nourrit de l’agonie des condamnés pour rester immortel.

@ Doggybags Ankama/Label

Les trois, bien que ne jouant pas sur le même registre, sont non seulement réussies mais elles s’inscrivent aussi en plus parfaitement dans le style Label 619. Un éditeur en passe de devenir une vraie marque de fabrique, un gage de qualité avec certes des bouts de dents cassées et quelques viscères dessus, de la BD d’horreur ‘à la française’ que les fans peuvent désormais acheter les yeux fermés. À condition d’aimer quand ça tache…

Olivier Badin

Doggybags 14, Saison 2, Ankama/Label 619. 13,90€

Prisonniers du passage: une bande dessinée documentaire de Chowra Makaremi et Matthieu Parciboula sur les zones d’attente pour personne en instance

Vous pouvez être un familier des aéroports sans connaître ces espaces, et pour cause, les zones d’attente pour personne en instance sont des lieux de détention pour les étrangers refusés aux frontières. Chowra Makaremi et Matthieu Parciboula nous les font découvrir dans une bande dessinée documentaire parue chez Steinkis…

Il y un peu plus de 25 ans, les étrangers refusés aux frontières pour quelque raison que ce soit erraient dans les gares, ports et aéroports sans cadre légal. Il faudra attendre la loi dite Quilès de 1992 pour que soient créées les Zones d’Attente pour Personnes en Instance également appelées ZAPI, des zones de détention où les étrangers peuvent être enfermés jusqu’à 26 jours avant d’obtenir le statut de demandeurs d’asile, de se voir admis sur le territoire ou refoulés.

Le récit Prisonniers du passage nous plonge dans cet espace, froid, sans âme, bien loin de l’image de terre d’accueil que la France a longtemps véhiculée. Chowra Makaremi et Matthieu Parciboula nous montrent les conditions de (sur)vie offertes à ces hommes, femmes et enfants venus chercher une meilleure vie loin de la misère, de la violence, de la guerre, enfermés avec pour seuls interlocuteurs des policiers pas toujours compréhensifs et, heureusement, la visite régulière des associations citoyennes comme l’Anafé, Association Nationale d’Assistance aux Frontières pour les Étrangers.

Au fil des pages, on peut croiser Kadiatou, Yoones, Jana… tou(te)s refusé(e)s aux frontières, tou(te)s amené(e)s à la ZAPI, quelques noms, quelques visages, parmi les milliers d’étrangers qui passent chaque année entre les murs des zones d’attente.

Un récit humain et instructif, complété par un dossier documentaire d’une quinzaine de pages.

Eric Guillaud

Prisonniers du passage, de Chowra Makaremi et Matthieu Parciboula. Steinkis. 18€

28 Oct

Senso : une comédie à l’italienne signée Alfred

Après Come Prima qui lui valut un Fauve d’or au festival d’Angoulême en 2014, Alfred nous revient avec Senso, l’histoire d’une rencontre fortuite dans le décor d’une Italie qui lui est chère…

C’est typiquement le genre de mésaventure qui peut arriver à tout le monde. Elle est d’ailleurs arrivée à Alfred à l’occasion d’un festival près de Rome : « aucune chambre n’avait été réservée à mon nom, et pendant un temps, la perspective de passer la nuit à errer dans cet hôtel vieillot plein de tableaux et d’objets insolites m’avait amusé ».

Cette mésaventure avait rejoint l’un des carnets que l’auteur remplit chaque jour d’anecdotes, de dessins, de souvenirs et autres rêves. Jusqu’au jour où une étincelle se produit et lui permet de relier toutes ces idées, toutes ces pistes, pour en faire une histoire. C’est de cette mésaventure qu’est né Senso: « C’était l’élément qui allait tout relier, et permettre à l’histoire de commencer ».

@ Delcourt / Alfred

Et l’histoire commence avec un personnage, Germano Mastorna. Il n’est pas auteur de BD comme Alfred, il est vaguement producteur de groseilles bio, mais il se retrouve lui-aussi sans chambre dans un hôtel à la déco d’un autre âge quelque part en Italie du sud. Errant de canapé en fauteuil, l’homme finit par tomber sur une très vieille connaissance qui n’est autre que le patron des lieux. Il se marie justement ce jour-là et invite Germano à la fête.

Au point où il en est, Germano accepte l’invitation. Il s’y ennuie un peu, beaucoup, à la folie, jusqu’à sa rencontre avec Elena. Lui n’aurait jamais dû être là, elle ne voulait pas venir, une rencontre inattendue, une nuit pour se mentir un peu, arrêter le temps qui passe, peut-être prendre une autre direction, trouver un sens (senso en italien) à la vie…

@ Delcourt / Alfred

Après Le Désespoir du singe sur un scénario de Jean-Philippe Peyraud, Pourquoi j’ai tué Pierre avec Olivier Ka, Je mourrai pas gibier, adaptation du roman de Guillaume Guéraud, et bien sûr Come Prima, Alfred nous offre ici une comédie à l’italienne avec un héros légèrement lunaire, une chaleur étouffante et un décor époustouflant de beauté qui a tout de l’Italie sans en refléter un lieu défini : « C’est un mélange de mes Italies. Des endroits que je connais ou dans lesquels j’ai vécu, et que je mélange les uns aux autres. Mes origines italienne sont toujours très présentes, mais je triture différentes périodes , différents endroits, pour en restituer une Italie imaginée, théâtralisée, personnelle… ».

@ Delcourt / Alfred

Une Italie comme on peut se l’imaginer, écrasée de soleil, magnifique.. et un parc, extraordinaire, sans limites, quasiment sorti d’un rêve où les deux personnages vont se libérer, se rapprocher, s’aimer. « Le parc prend racine dans tous ces souvenirs : le jardin botanique de Rome, celui de Naples, un parc caché de Venise dans lequel ma fille a fait ses premiers pas et surtout la Villa Rocca, à Chiavari, l’endroit d’où vient ma famille ».

Avec un dessin plutôt sobre destiné avant tout à servir l’histoire, Alfred nous invite à un magnifique voyage au coeur de l’Italie mais aussi au coeur des sentiments humains. Sublime !

Eric Guillaud

Senso, d’Alfred. Delcourt. 23,95€

23 Oct

Le coin des mangas : Dragon Ball, Blue Phobia, Sky Wars, La malédiction de Loki, Blue Giant, Frère à louer, Skip Beat, Ranma…

On commence par un livre qui n’est pas un manga, pas une bande dessinée, pas un comics, non, on commence par un livre de recettes. Mais pas n’importe quelles recettes, il s’agit ici des Recettes légendaires de Dragon Ball. Pour ceux qui connaissent la série, rien de très surprenant, pour les autres, une petite explication s’impose. Dans l’oeuvre d’Akira Toriyama, la gastronomie tient une place importante, il n’en fallait pas plus pour que Thibaud Villanova, chef cuisinier et expert en pop culture, dresse un pont entre ses deux passions avec ce livre de cuisine somptueusement illustré. Au menu : effiloché de briquet de boeuf mariné, traditionnel curry japonais au boeuf, bouillon de chou rouge, raviolis végétariens ou encore tentacules de poulpes snackés. (Les recettes légendaires de Dragon Ball, de Thibaud Villanova. Glénat. 20€)

Tout ça ouvre fortement l’appétit ! Alors voici quelques petites gourmandises qui devraient vous rassasier comme cette première oeuvre du Japonais Eri Tsuruyoshi, Blue Phobia, publiée au Japon en deux volumes, proposée en France en un tome unique au format perfect histoire d’apprécier pleinement le style graphique direct et nerveux de l’auteur. L’histoire ? Celle d’un jeune homme qui se réveille dans un laboratoire. Il ne se souvient de rien. Où est-il exactement ? Que fait-il attaché sur ce lit ? Pas le temps de se poser mille questions, une jeune fille au corps teinté de bleu l’aide à sortir du laboratoire. Ensemble, ils vont tenter de fuir l’île qui les retient prisonniers et ses mystères… (Blue Phobia, de Eri Tsuruyoshi. Glénat. 10,75€)

Les deux premiers volets ont été publiés un peu avant les vacances de l’été, la suite est prévue pour le début de l’année 2020, il est donc encore temps de se plonger dans cette aventure qui nous entraîne dans le petit royaume d’Eldura où sévit un despote de premier ordre qui interdit au peuple de fendre l’air par quelque moyen que ce soit. « Tenter de voler comme le font les oiseaux est interdit. Il paraît que le simple fait de les imiter, c’est faire un affront au roi », nous rappelle le héros de cette saga, Knit. Voler… il en rêve pourtant, comme son père, qui en son temps avait construit une machine volante. Il en rêve en secret jusqu’au jour où surgit dans les cieux du royaume un inconnu chevauchant une monstrueuse créature ailée. (Sky Wars, de Ahndongshik. Casterman. 6,95€ le volume)

Nouvelle série chez Delcourt avec ces deux volumes de La Malédiction de Loki parus simultanément au mois de septembre. L’auteur, Hachi, y raconte l’histoire de la jeune orpheline Aisya qui pense avoir un don, celui d’aider les gens en les peignant avec son sang. La rumeur dit qu’une jeune mariée malade aurait ainsi retrouvé la santé, qu’un paysan aurait vu repousser la jambe qu’il avait perdu ou encore qu’un honnête homme ruiné avait retrouvé tout l’argent qu’il lui fallait. Mais ses peintures n’apportent pas que le bonheur et sont bientôt baptisées « les peintures maudites de la sorcière ». Seule, très seule, Aisya créé en peinture le personnage de Loki et lui demande de brûler toutes ses œuvres…(La Malédiction de Loki , de Hachi. Delcourt Tonkam. 7?99€ le volume)

Changement de style et d’univers avec Blue Giant et la sortie du huitième volume sur les dix prévus, une série signée Shinichi Ishizuka. Blue Giant nous embarque dans le monde de la musique et plus spécialement dans celui du jazz en compagnie de Dai Miyamoto qui avec des amis a formé le trio de jazz “JASS”. Leurs performances habitées commencent à attirer le public mais le pianiste Yukinori a été vertement critiqué par une personne du club où il rêve de se produire. « Une performance sans le moindre intérêt ». Mais il faut se relever et Dai va l’y aider… Après Vertical qui traitait de la haute montagne, l’auteur Shinichi Ishizuka offre à ses lecteurs un somptueux voyage au pays du jazz. Pour un public un peu plus adulte. (Blue Giant 8, de Shinichi Ishizuka. Glénat. 7,60€)

Plus embarrassant qu’un chat, qu’un chien ou qu’un lapin, un ours. Bon, celui-ci ne vit pas dans l’appartement de son créateur, le mangaka Koromo. Il vit dans son milieu naturel, la banquise, où il tombe follement amoureux d’un jeune phoque. Oui, ça peut paraître étrange quand on connaît l’attirance du premier pour le second lorsqu’il s’agit de manger mais Koromo souhaite à travers cette histoire impossible lancer un message d’amour universel. Et dans ce second volet, une sérieuse rivale phoque pourrait tout remettre en question. Ahhh l’amour ! Un récit tout mimi ! (Polar Bear in love tome 2, de Koromo. Soleil Manga. 15€)

On ne choisit pas sa famille. Mais peut-on s’en fabriquer une moyennant finances ? Dans cette nouvelle série signée Ichiro Hako, déjà connu au Japon pour ses livres illustrés et ses jeux vidéos, la jeune Kanami va utiliser son héritage pour se payer un frère qui s’occupera d’elle contrairement à son vrai grand frère, odieux depuis la mort de leurs parents. Un premier manga pour l’auteur.  (Frère à louer tome 1, de Hako Ichiro. Delcourt Tonkam. 7,99€)

Énorme succès au Japon, tiré à plus de 10 millions d’exemplaires, adapté en série télévisée de 25 épisodes, Skip Beat! est le premier manga publié en France de Yoshiki Nakamura. Elle y raconte l’histoire de la jeune Mogami Kyôko venue à Tokyo pour accompagner son ami d’enfance Shô qui souhaite percer dans la musique. Mais très vite, Mogami Kyôko se rend compte que Shô abuse de sa gentillesse et la prend pour une bonne… (Skip Beat! tome 40, de Yoshiki Nakamura. Casterman. 6,96€)

Troisième volet de La Lanterne de Nyx et des aventures de Miyo, jeune orpheline qui n’a aucun talent, elle ne sait ni lire ni écrire, sauf celui de voir à qui a appartenu ou va appartenir un objet rien qu’en le touchant. Bon, sur le marché de l’emploi, ce n’est pas très vendeur mais Miyo finit par trouver un job chez Momotoshi, un marchand d’objets importés d’Europe. Une série prévue en six tomes au graphisme de caractère. (La Lanterne de Nyx, de Kan Takahama. Glénat. 10,75€)

On termine avec Ranma 1/2 sixième volet, un manga signé Rumiko Takahashi publié chez Glénat dont les jeunes garçons raffolent. Au menu, une bonne dose d’histoires d’amour, des personnages qui se transforment en animaux au contact de l’eau et des arts martiaux à gogo. Le tome 10 est sorti à la rentrée, le 11 le sera début novembre. (Ranma 1/2 tome 10, de Rumiko Takahashi. Glénat. 10,75€)

Eric Guillaud

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