28 Sep

L’heroic fantasy de Michael Moorcock : retour de flamme !

Alors que les nouvelles séries tirées des univers du Seigneur Des Anneaux et Games Of Thrones font un carton en cette rentrée, l’auteur culte britannique Michael Moorcock voit deux de ses sagas revenir sur le devant de la scène en BD, dont une scénarisée par l’une des stars de l’écurie MARVEL, Roy Thomas.

Beaucoup l’ont connu dans les années 80 via des adaptations en jeux de rôles dans les années 80 : Michael Moorcock est un auteur culte, à l’œuvre garguantesque entamée à la fin des années 50. Ses écrits les plus connues sont plusieurs sagas ayant en commun d’être centrées autour de ce qu’il a appelé la figure du champion éternel, sorte d’anti-héros écartelé entre les dieux du l’ordre et du chaos au pourtant destin grandiose sur lequel il n’a aucune prise. Anti-héros dont il raconte l’histoire (tragique) de quatre de ses avatars, dont le plus connu est Elric.

Elric est le 428e empereur de Melniboné, race d’êtres supérieurs aussi raffinés que cruels qui ont pendant dix mille ans dominé une Terre alternative avant d’entrer en décadence. Avec sa peau blanche comme l’ébène, ses yeux froids, sa stature longiligne et sa constitution fragile qui l’oblige à recourir quotidiennement à des drogues pour rester en vie, c’est un personnage complexe, à la fois amoureux de sa cousine et grand lettré mais également personnage attaché à son héritage culturelle et royale. Mais son ambitieux cousin, Yyrkoon, attend tapi dans l’ombre l’occasion de le détrôner…

© Delirium / Roy Thomas, P. Craig Russell & Michael T. Gilbert

Ce n’est pas la première fois que nous parlons de ce personnage ambivalent ici, même si on attend toujours une réédition officielle en français de sa toute première adaptation en BD signée Philippe Druillet. Il y a cinq ans, une bande de jeunes loups avaient réussi l’exploit pour le compte de l’éditeur GLENAT de complétement le réinventer à l’occasion d’une nouvelle adaptation réussie en le rhabillant d’habits noirs et gothiques, mais tout en restant fidèle à l’œuvre d’origine.         

En décembre dernier, DELCOURT rééditait La Cité Qui Rêve, adaptation qui, elle, datait de 1983, signée par le scénariste Roy Thomas (Thor, X-Men, Avengers etc.) et le dessinateur P. Craig Russell. Sauf que chronologiquement, cette histoire est en fait la troisième d’une saga qui en compte dix. Or aujourd’hui, DELIRIUM réédite l’adaptation de la toute première, Elric De Menilboné, réalisée par la même équipe mais un an après l’adaptation de La Cité Qui Rêve (c’est bon, vous suivez toujours ?) et qui remonte donc au tout début de l’histoire.

© Delirium / Roy Thomas, P. Craig Russell & Michael T. Gilbert

Le constat est toujours le même – par rapport aux choix visuels très cyberpunks de la dernière version en date, celle-ci est plus colorée, plus mélancolique mais aussi plus psychédélique mais aussi moins guerrière. Mais grâce à la mise en page plus soignée de DELIRIUM et un travail plus subtil sur la reproduction, le rendu est ici encore plus flamboyant, surtout lorsqu’étalé en pleine page. On se répète peut-être mais ici, Elric ressemble plus que jamais à un héros wagnérien, superbement tragique.

Or comment éviter la comparaison lorsqu’au même moment, une nouvelle adaptation de la saga d’un autre champion éternel de Michael Moorcock, nommé Hawkmoon, fait surface chez GLENAT, avec aux commandes le scénariste de la saga horror gothic Lord Gravestone et, notamment, le dessinateur de la série Nottinghamsur Robin des Bois ?

© Glénat / Jérôme Le Gris, Didier Poli & Benoit Dellac

Le parallèle est intéressant car si l’on tient là deux adaptations de deux œuvres du même auteur aux thématiques assez proches, le résultat est malgré tout assez différent. Autant Roy Thomas a abouti il y a quarante ans à quelque chose à la fois beau et tragique, autant ici la (jeune) équipe française s’est concentrée sur l’aspect, disons, géopolitique, plus prédominant dans la saga d’Hawkmoon.

L’action se déroule dans un monde calqué sur le nôtre mais où la technologie se mélange à la sorcellerie, aboutissant à une sorte d’univers steampunk moyenâgeux. Le héros, le duc de Köln Dorian Hawkmoon, est l’un des derniers remparts face à l’avancée irrésistible des cruels granbretons (en référence à l’Angleterre, terre d’origine de Moorcock) qui, petit-à-petit, grignotent le vieux continent. Capturé puis torturé, Hawkmoon devient malgré lui un agent infiltré de ses ennemis jurés, se retrouvant obligé d’infiltrer le royaume isolé de Kamarg, ultime poche de résistance que les granbretons veulent à tout prix écraser.

Prévu sur quatre tomes, Hawkmoon est avant tout une histoire de vengeance. Mais c’est aussi un jeu d’échec, où chacun avance ses pions plus ou moins masqués pour assouvir ses envies. Pour le duc de Köln, c’est venger la mort de son père, pour ses rivaux les granbretons, c’est assouvir complètement le monde pour mieux l’assécher. Pour y parvenir, il faut donc mentir, s’allier (momentanément) avec des gens peu recommandables et manœuvrer plutôt que sortir son épée.

Contrairement à Elric, l’élément magique tient plus de la science-fiction qu’autre chose et surtout, ici ce sont les hommes qui sont à la manœuvre, et non des dieux capricieux. D’où une série, écrite à la base en 1967, plus portée sur les intrigues de palais que sur les combats, peut-être moins flamboyante que son (lointain) cousin albinos mais assez moderne et dont l’un des nombreux descendants pourrait, justement, être Games Of Thrones.

Deux histoires, deux princes, deux êtres à la destinée tragique mais un seul auteur trop longtemps snobé en France et enfin en voie de réhabilitation.

Olivier Badin

Elric de Menilboné de Roy Thomas, P. Craig Russell & Michael T. Gilbert. Delirium. 27 euros.     

Hawkmoon – Le Joyau Noir de Jérôme Le Gris, Didier Poli & Benoit Dellac. Glénat. 14,95 euros.

Malik Oussekine, contrecoups de Jeanne Puchol et LF Bollée : l’histoire d’une bavure policière gravée dans la mémoire collective

Des bavures policières, la France en a connu et en connaitra encore mais celle-ci a quelque chose de spéciale et hante notre mémoire collective depuis plus de 35 ans peut-être parce qu’elle symbolise a elle-seule le cynisme du pouvoir envers ses enfants…

Si vous approchez de la soixantaine aujourd’hui, alors il y a des chances que vous ayez battu le pavé en 1986 pour protester contre le projet Devaquet, du nom du ministre délégué chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche, un projet de réforme qui visait notamment à instaurer une sélection à l’entrée des universités.

Partout en France, des manifestations monstres d’étudiants ont secoué les grandes villes universitaires ou non, bientôt rejointes par des cortèges de lycéens, des manifestations monstres et une répression brutale dont Malik Oussekine en deviendra le triste symbole. Au mauvais endroit, au mauvais moment, ce jeune étudiant est mort sous les coups de la BAC et notamment de policiers appartenant au peloton de voltigeurs motoportés, le PVM, mis en place sous Charles Pasqua.

Si ce fameux peloton a été dissous, la réforme mise au placard et les policiers responsables de la mort du jeune étudiant jugés et condamnés, la mort de Malik est resté un traumatisme au sein de la population étudiante et plus largement de la population française au point de devenir L’Affaire Malik Oussekine et de refaire surface régulièrement ici dans les médias, là au cinéma ou à la télévision, mais aussi dans des chansons, en littérature et dans certaines universités et villes françaises qui ont voulu donner le nom de Malik Oussekine à des amphithéâtres ou des rues.

Publié une première fois en 2016, sous le titre inversé de Contrecoups, Malik Oussekine, cet album de Puchol et Bollée nous permet de revivre l’affaire et plus largement de nous replonger dans le contexte particulièrement tendu de l’époque. Une nouvelle édition qui est, comme l’écrivent en préface les auteurs, plus actuelle que jamais, « que ce soit au regard des événements sociaux que la France a pu connaître depuis, ou des questionnements liés à la police en général ». Pour ne jamais oublier !

Eric Guillaud

Malik Oussekine, contrecoups, de Puchol et Bollée. Casterman. 19€

© Casterman – Puchol & Bollée

27 Sep

À vos râteaux ! Le témoignage en BD d’une transition écologique à l’échelle d’un foyer

Parce que la transition écologique est l’affaire de toutes et tous, les Nantais Pauline Bardin et Édouard Bourré-Guilbert ont troqué la fourchette pour un râteau, histoire de produire eux-mêmes ce qu’ils avaient envie de manger. Accompagnés au dessin de Nicolas Gobbi, ils témoignent dans cette bande dessinée de leur expérience, en espérant faire des émules…

Bien évidemment, passer du rayon légumes d’un supermarché au potager, de l’achat facile et parfois compulsif à la culture raisonnée, ne s’improvise pas ! Il faut le pouvoir, posséder un bout de terre peut par exemple faciliter les choses. Il faut surtout le vouloir. Pauline Bardin et Édouard Bourré-Guilbert, installés depuis quelques années sur Nantes, l’ont voulu et s’en sont donné les moyens. Lectures, rencontres, stages, expérimentations…ils sont aujourd’hui incollables sur le sujet et partagent leur expérience à travers ce roman graphique paru chez Steinkis.

La suite ici

25 Sep

Ténébreuse livre second : suite et fin du somptueux conte signé Mallié et Hubert

Il ne nous aura pas fallu un an pour tenir entre nos mains la suite de ce magnifique récit paru dans la collection Aire Libre des éditions Dupuis. Une affaire rondement menée pour un résultat des plus bluffants et un réel bonheur de lecture…

Il était une fois un prince charmant qui libéra une belle princesse des griffes d’une monstrueuse créature…

Enfin ça, ce fût été le scénario idéal. En ce qui nous concerne ici, le prince charmant est un simple chevalier, déchu qui plus-est, et la belle princesse retenue contre son gré, une princesse, certes, mais volontairement recluse dans un château abandonné histoire de se protéger de son père et de sa mère, avec une grosse bestiole pour animal de compagnie.

Alors forcément, lorsque Arzhur, le fameux chevalier déchu, débarque, tue son animal pour la libérer, l’histoire est bien mal emmanchée pour qu’il y ait des remerciements et que tout ça se termine par un mariage et une poignée d’enfants.

© Dupuis – Mallié & Hubert

Toutefois, les deux jeunes gens vont se rendre compte qu’ils peuvent s’aider mutuellement à combattre les ombres du passé et reprendre en main leur destinée. De quoi faire un petit bout de chemin ensemble…

Alliance magique que celle-ci, entre le regretté Hubert à qui l’on doit déjà quelques beaux scénarios dont le très primé Peau d’homme avec Zanzim au dessin, et Vincent Mallié qui nous avait déjà ébloui avec Le Grand Mort, Les Aquanautes et deux volets de La Quête de l’oiseau du temps.

Ce diptyque est d’une beauté graphique et d’une intelligence scénaristique exemplaires. Une immersion dans le monde médiéval avec un conte qui prend à rebrousse-poil les codes du genre pour nous parler de la femme, de la famille, d’émancipation… Tout simplement magnifique !

Eric Guillaud

Ténébreuse, livre second de Mallié et Hubert, couleurs de Bruno Tatti. Éditions Dupuis. 20,95€

21 Sep

Billionaire Island ou comment être riche, gras et n’en avoir rien à faire des autres

Dans un futur pas si lointain de nous et alors que notre monde s’écroule petit-à-petit, les plus grosses fortunes de réfugient dans une île où tout est permis… À condition d’en avoir les moyens.

Le souci avec Billionaire Island si l’on peut dire, c’est que même sous couvert de satire, on se retrouve face à un récit en fait terriblement crédible. Oui, l’année prochaine, le mois prochain, demain même, on imagine très bien tous les milliardaires de ce monde se payer donc une ile privée dans le golfe du Mexique où ne sont admis que ceux franchissant la barre des un millions de dollars par an de revenus et ils peuvent jouir sans aucune contrainte, et surtout pas monétaire. Or l’histoire a beau se passer dans plus de vingt ans, en gros bientôt, tout cela paraît terriblement contemporain. Et puis c’est juste nous ou Rick Canto, le mégalo à l’origine de ce projet fou, a des petits airs d’Elon Musk ?

© Urban Indies – Russel, Pugh & Chuckry

Terre, 2044. Le monde se meurt : la montée des eaux a créé des millions de réfugiés climatiques, le chômage est au plus haut, la famine guette et la canicule rend petit-à-petit une partie du monde invivable. Est-ce que pour autant les patrons riches à en vomir responsables d’une partie de ce gâchis se remettent en question ? Au contraire, ils fuient tous, direction ‘Freedom Island’ (l’île de la liberté) où ils peuvent manger un steak de viande d’une espèce en voie d’extinction, jouer au golf, se faire masser, bref se faire plaisir sans aucune restriction ni ‘pauvres’ pour leur gâcher l’appétit. Sauf qu’une journaliste têtue et un homme décide à venger à tous prix la mémoire de sa femme et de son fils sont sur le point de gâcher la fête…

© Urban Indies – Russel, Pugh & Chuckry

Alors oui le trait est outrancier. Et oui, tous les personnages, même les ‘héros’ sont limite caricaturaux. Mais on est bien dans la farce assumée et la satire féroce. Comment sinon qualifier un récit où le big boss de cette cage dorée se révèle au final (attention spoiler !) être… Un chien ? Et puis on préfère rire (jaune) plutôt que de trop s’attarder sur certains dialogues sonnant affreusement justes, comme celui où, cynique, l’un des dirigeants de Freedom Island soutient sans sourciller que les « gens ne veulent pas de la liberté, ni de la justice. Ni Même d’un monde qui a du sens. Tout ce qu’ils veulent, c’est avoir le sentiment que quelqu’un est aux commandes. Ils veulent une prison sans trop d’inconvénients. »

Alors, récit cynique ou véritable appel à la révolte ?

Olivier Badin

Billionaire Island de Mark Russel, Steve Pugh et Chris Chuckry. Urban comics. 17€

19 Sep

La Route du bloc de Lisa Sanchís ou le parcours d’un gamin qui voulait réparer les gens à l’intérieur

S’il est un métier qui demande une bonne dose d’abnégation et de vocation, c’est bien celui de chirurgien. Dans ce roman graphique, Lisa Sanchís nous raconte le parcours de l’un d’entre eux, Benjamin, un véritable parcours du combattant, douze ans d’étude, de nuits blanches, de gardes interminables et de confrontation avec la maladie, la douleur et la mort…  

Vu comme ça, c’est sûr, ça ne donne pas vraiment envie. Et tout le monde vous le dira, il vaut mieux avoir une vocation en béton pour se lancer dans des études de médecine et plus encore choisir la chirurgie comme spécialité. Douze ans d’étude après le bac sont nécessaires avec 80% de chance de dire adieu à votre carrière médicale dès la première année. Ça calme !

Et après ? Après, ce n’est pas beaucoup mieux comme nous le montre le parcours de Benjamin, le personnage central de ce roman graphique signé Lisa Sanchís. Quasiment né avec l’envie de « réparer les gens à l’intérieur », de devenir médecin en somme, puis chirurgien, puis chirurgien pédiatrique, Benjamin nous sert de guide dans ce long parcours avec beaucoup de précisions et en même temps une bonne dose d’humour.

Et il en faut de l’humour pour supporter cette cohabitation permanente avec la maladie, les blessures, le sang, la douleur, la mort. La vocation à l’épreuve du réel est le sous-titre de ce récit, un sous-titre bien choisi tant les études sont effectivement difficiles et la satisfaction de sauver des vies, immense.

La Route du bloc s’adresse bien évidemment à tous ceux et toutes celles qui seraient tentés par une carrière médicale mais aussi aux autres et même à ceux qui comme moi sont atteints du syndrome de la blouse blanche, pour comprendre le quotidien de ces chirurgiens et au-delà de tout le personnel de santé avec en toile de fond le contexte tendu dans les hôpitaux.

Un premier livre assez dense mais jamais rébarbatif signé par une inconditionnelle de l’auteur Riad Sattouf. Il y a pire comme référence !

Eric Guillaud

La Route du bloc, de Lisa Sanchís. Delcourt. 17,50€ (en librairie le 21 septembre)

© Delcourt / Sanchís

12 Sep

BD : dix bonnes raisons d’aimer cette rentrée

On a encore du sable entre les doigts de pied, du soleil plein les yeux mais il faut se rendre à l’évidence, les vacances sont terminées. Retour au travail pour les uns, à l’école pour les autres. Malgré tout, la rentrée a de bons côtés, à commencer par le flot de nouveautés BD qui inondent nos librairies préférées. En voici déjà dix qu’on a particulièrement appréciées…

L’Employé du mois fait toujours du bon boulot. Sinon, ce ne serait pas L’Employé du Mois. Avec cette fois un album coédité avec la petite maison d’édition ça et là qui fait elle aussi du bon boulot. Et cet album, au format roman avec les coins d’un arrondi du plus bel effet, s’intitule Keeping two qu’on pourrait traduire par… comme il vous plaira. Car ce qui est important est à l’intérieur, 320 pages d’une belle histoire d’amour qui parle du début à la fin de la peur de la mort de l’autre. Vu comme ça, ce n’est pas très gai mais l’auteur, Jordan Crane, qu’on présente comme l’un des chefs de file de la bande dessinée indépendante américaine, avait envie de parler de ce sentiment que l’on éprouve inévitablement au bout d’un moment de vie commune. Et il le fait avec beaucoup d’originalité dans la narration, d’intelligence dans l’écriture, de tendresse dans les personnages, le tout porté par un graphisme épuré sous une palette de couleurs limitée à deux nuances de vert. La couleur de l’espérance ? Ce roman graphique aura demandé 20 ans pour voir le jour, l’auteur revenant régulièrement à son écriture entre deux autres albums, 20 ans de travail et un petit bijou à l’arrivée, à déguster sans peur ! (Keeping two, de Jordan Crane. L’Employé du Mois / ça et là. 24€)

Direction l’Italie pour un thriller tout en atmosphères enfumées. Gauloises, c’est son nom, narre la rencontre entre deux hommes que rien ne rapproche si ce n’est qu’ils n’ont pas l’un et l’autre des gueules d’anges. Le premier s’appelle Ciro, c’est un tueur à gages napolitain sans pitié, du genre à faire des heures sup, un grand fumeur de gauloises avec un petit quelque chose de Robert de Niro. Le second, Aldo, est un boxeur sarde qui ne fait pas vraiment dans la tendresse. Ciro est accusé d’avoir tué le protégé d’un parrain local. Va-t-il payer pour ce crime ? C’est à Milan que les deux hommes vont se retrouver et que l’affaire va se jouer.  Aux manettes, deux auteurs italiens qu’on ne présente plus, Andrea Serio (Rhapsodie en bleu…) et Igort (5 est le numéro parfait, Les Cahiers ukrainiens…), une collaboration évidente tant l’économie des mots voulue par le scénariste se marie parfaitement avec les atmosphères réalisées aux crayons de couleurs par le dessinateur. Une BD à lire et à contempler… (Gauloises, de Serio et Igort. Futuropolis. 17€)

N’ayons pa peur des mots, Xavier Coste est un monstre, un monstre du neuvième art, un auteur complet qui n’hésite pas à sortir de sa zone de confort pour chacun de ses projets, tant par le thème abordé que par l’approche graphique. Après la très remarquée et remarquable adaptation de 1984 de George Orwell, Prix Uderzo de la meilleure contribution au 9e art et Prix BD Fnac France Inter, l’auteur nous offre justement pour cette rentrée un petit bijou autour des monstres, les vrais, les freaks, ceux qui faisaient déplacer les foules dans les baraques de foire et les cirques avant l’apparition du cinéma. L’Homme à la tête de lion raconte le destin de l’un d’entre eux, un homme à la pilosité faciale envahissante. Hector Bibrowski, c’est son nom, débute dans les cirques en Europe avant de traverser l’Atlantique et de devenir une vedette aux côtés de sœurs siamoises, hommes tronc, géants, femmes à barbe et autres curiosités. Mi-homme, mi-fauve, Hector est un érudit et s’il s’accommode de sa condition, c’est avec l’espoir de devenir un jour un artiste reconnu pour son art. En attendant, les badauds viennent lui tâter les poils…Un magnifique album au format carré de plus de 200 pages avec des planches et notamment des dessins pleine page de toute beauté, une utilisation de trames qui relève l’atmosphère générale et un personnage captivant, qui exista dans la vraie vie sous le nom de Stephan Bibrowski. Lumineux ! (L’Homme à la tête de lion, de Coste. Sarbacane. 29€)

Même si tout n’est pas rose au village, la vie est plutôt paisible pour Merel. La quarantaine, célibataire sans enfants, Merel partage son temps entre son élevage de canards, le club de football local et ses articles pour un journal régional. Une vie paisible jusqu’au jour où, au détour d’une de ses blagues, les femmes du village commencent à la soupçonner de coucher avec tous les hommes. Commérages après commérages, la mécanique de la rumeur se met en marche. D’une femme libre, Merel devient une femme légère, une allumeuse, une méchante… peut-être même une sorcière. Merel devient le bouc émissaire du village tout entier. Hommes, femmes, enfants, personne ne l’épargne. On la raille, on lui tourne le dos, on la harcèle, on lui crève les pneus, on allume un feu sur le pas de sa porte. De quoi transformer sa vie en un enfer. Premier roman graphique de l’autrice et premier roman graphique de la nouvelle collection Les Ondes Marcinelle, Merel nous parle des gens, les vrais, capables du meilleur comme du pire. Une belle écriture, un bon coup de crayon, une belle découverte. (Merel, de Clara Lodewick. Dupuis. 24€)

Histoire émouvante mais ô combien positive et pleine d’espoir, Le Printemps de Sakura nous emmène au pays de soleil levant, Sakura est une petite fille née d’un père français et d’une mère japonaise décédée dans un accident de la circulation alors qu’elle n’avait que 5 ans. Depuis, elle vit seule avec son père et se rend souvent chez ses grands-parents en France pour les vacances. Mais un déplacement professionnel oblige le père à confier Sakura à sa grand-mère maternelle qu’elle connait peu. Le temps d’un printemps, elle découvre cette vieille femme pleine d’amour, elle découvre aussi la culture japonaise, son raffinement, sa poésie, sa gastronomie… et les Kamis, ces esprits qui pour les Japonais sont dans chaque être, chaque objet. Un album délicieux à lire et contempler pour la beauté des planches et des décors. Beau comme un cerisier en fleur! (Le Printemps de Sakura, de Jaffredo. Vents d’Ouest. 19€)

Voici l’histoire d’un homme qui avait tout et qui a tout perdu avant de se perdre lui-même dans le labyrinthe de la vie. Et quand je dis tout, je dis l’essentiel, l’homme a perdu sa fille, Wendy, morte avant d’avoir pu grandir, morte avant qu’il ne devienne un père Avec le temps, il a fini par oublier son visage et de penser qu’il pourrait l’oublier totalement le terrifie. Jusqu’au jour où il reçoit un appel téléphonique de… Wendy. Du moins en est-il persuadé. Et de partir à sa recherche à travers la ville… Aux manettes du récit, le Canadien Jeff Lemire dont on a déjà pu mesurer le talent de ce côté-ci de l’Atlantique dans Essex County, Winter road ou encore The Nobody. Avec Le Labyrinthe inachevé, il détricote le fil d’une vie marquée par la tragédie dans les rues de Toronto. Un récit qui plaira aux inconditionnels de Lynch et Murakami, ses deux grandes inspirations. (Le Labyrinthe inachevé, de Jeff Lemire. Futuropolis. 27€)

Voilà une autobiographie qui devrait rappeler pas mal de souvenirs aux étudiants qui sont passés par la case de l’assistant pédagogique, du pion pour faire plus simple. Timothée Ostermann est de ceux-là. L’auteur, qui avait déjà partagé avec nous son expérience dans un supermarché Leclerc à travers un roman graphique intitulé Voyage en tête de gondole, reprend ici la plume et les pinceaux pour nous plonger dans l’univers d’un lycée professionnel situé quelque part en Moselle, un lycée qu’on peut aisément deviner dans un quartier assez défavorisé. On serait tenté de rire dans un premier temps à l’écoute et à la vue de la bande d’ados qui animent les couloirs, en se disant que Timothée Ostermann a volontairement grossi le trait et caricaturé la vie quotidienne dans cet établissement. Mais finalement, l’album est plus profond que ça et montre comment une partie de la population est laissée sur le bas-côté de la route avec, pour les aider à s’en sortir, des jeunes venus d’un autre milieu mais tout aussi précaires, comme Timothée Ostermann, alors artiste à mi-temps. Pas de panique, on a quand même le droit de rire. Un auteur à suivre de très près notamment pour son graphisme très personnel et son sens de la narration. (L’artiste à mi-temps, de Timothée Ostermann. Sarbacane. 28€)

Madame Hibou est de retour ! On avait pu découvrir ce personnage dans l’album Ma Voisine est indonésienne paru début 2021 chez le même éditeur, elle revient ici nous offrir sa vision de la France mais aussi de son pays dans une série de saynètes prépubliées sur le compte Instagram de l’auteur. Et tout y passe : depuis la façon dont ont les femmes françaises de porter les sacs à main jusqu’à la gastronomie, en passant par le quasi-rituel français qui est de consulter la météo avant de sortir, les styles vestimentaires, le rapport des Français au travail, la neige ou les terrasses de café bondées, le tout dans le somptueux décor de la capitale normande, Rouen, peu représentée finalement en bande dessinée. Et pour en avoir arpenté les rues de long en large dans ma jeunesse, je peux vous dire qu’on s’y croirait, Emmanuel Lemaire y vit, donc rien d’étonnant. Un bon petit bouquin pour voir notre pays sous un autre angle ! (La France vue par madame Hibou, de Lemaire. Delcourt. 17,95€)

On le sait, les histoires d’héritage peuvent changer une vie. C’est le cas pour Tulip et Rowan, deux frangins qui végétaient chez leur mère en Écosse jusqu’au jour où un notaire débarque chez eux pour leur annoncer une mauvaise et une bonne nouvelle, dans l’ordre le décès dans un accident de leur tante et de son mari, qu’ils ne fréquentaient guère, et leur nouveau statut d’héritiers propriétaires d’une grande maison avec terres située à quelques kilomètres au nord de Londres. De quoi éveiller en eux les rêves les plus fous à commercer par la création d’un potager sur leurs nouvelles terres et d’un restaurant bio dans la capitale anglaise. Mais bien sûr, tout ne se passe pas comme prévu. Le monde de la gastronomie est impitoyable et les deux frangins devront leur salut à la découverte d’un champignon des plus délicieux. Histoire de famille, amour de la bonne cuisine et des bons produits, le tout arrosé d’un bon petit crime, voilà une belle recette imaginée par l’Écossais James Albon déjà responsable et coupable de l’album C’est mort Darling publié aux éditions Sarbacane en 2018. (Recette de famille, de James Albon. Glénat. 27€)

Alors bien sûr, il y aura toujours ceux qui n’accepteront pas la reprise des aventures de Corto Maltese, qui crieront leur vie durant au scandale, au sacrilège, qui diront à qui veut les entendre, ou les écouter, que ça n’a rien à voir, que le dessin est ceci, que le scénario est cela, qu’il n’y a plus la même poésie… bref que Corto est mort en même temps que son géniteur Hugo Pratt en 1995. Mais le fait est que Corto a encore de belles aventures devant lui, comme nous l’ont prouvé récemment Bastien Vivès et Martin Quenehen en revisitant l’univers avec un héros plongé dans le contexte de notre époque contemporaine (Océan noir, Casterman), comme le prouvent aussi depuis maintenant 7 ans Díaz Canales et Rubén Pellejero avec des albums certainement plus fidèles à l’esprit insufflé par le maître même s’ils y apportent leur propre griffe. Nocturnes berlinois est leur quatrième album dans la série qui compte dorénavant 16 tomes. On y retrouve notre marin aventurier dans le Berlin de 1924 entre République de Weimar et montée du Nazisme, à la recherche du meurtrier de son ami Steiner qu’il devait retrouver ici. « Vous êtes juif ? », lui demande un commissaire allemand. « Seulement le samedi », lui répond Corto Maltese. Imparable ! (Nocturnes berlinois, Corto Maltese tome 16, de Díaz Canales et Rubén Pellejero Casterman. 17€)

Eric Guillaud

07 Sep

Rencontre avec le Nantais Olivier Schwartz, nouveau dessinateur des aventures de Spirou et Fantasio

Personnages iconiques du neuvième art s’il en est, Spirou et Fantasio sont de retour pour de nouvelles aventures sous les plumes et les pinceaux d’un trio d’auteurs prêt à tout, y compris à faire mourir le héros-titre. Au dessin, un Nantais d’adoption, Olivier Schwartz. Rencontre…

Aucun personnage sur la couverture, le costume rouge suffit de lui-même, un costume de groom, celui de notre ami Spirou, 84 ans d’existence, 56 aventures à travers le monde, une bonne vingtaine de dessinateurs et scénaristes à ses petits soins au fil du temps, et un retour, fracassant, où il est question de voir la ville sous-marine de Korallion et mourir

La mort de Spirou ? Voilà bien un titre à mettre le feu sur les réseaux sociaux, affoler les amoureux du personnage, mécontenter les gardiens du temple, ceux qui connaissent ses aventures sur le bout des cases et ne peuvent accepter la disparition d’un mythe, d’une légende, d’une partie d’eux-mêmes.

La mort de Spirou ? Oui mais… Alors que les éditions Dupuis fêtent cette année leur centième anniversaire, il n’était pas question de tuer celui qui les a rendues célèbres à travers le monde de la bande dessinée mais bien de relancer ses aventures au point mort depuis 6 ans, depuis que le tandem nantais constitué de Yoann et Vehlmann a décidé de passer la main.

Deux Nantais quittent l’aventure, deux autres Nantais la rejoignent, Olivier Schwartz au dessin et Alex Doucet aux couleurs. Côté scénario, les éditions Dupuis créent la surprise en appelant à la barre deux jeunes auteurs assez éloignés de l’univers de Spirou, le Parisien Benjamin Abitan, plus connu dans le monde des fictions radiophoniques et du théâtre, et la Marseillaise Sophie Guerrive.

Histoire d’en savoir un peu plus sur cette reprise, un événement dans le monde de la BD, nous avons retrouvé Olivier Schwartz chez lui, dans son atelier. Le temps de prendre un petit café et de se remémorer notre première rencontre en 2017 autour de l’album La Femme léopard, il était temps de passer aux choses sérieuses et de passer à la première question.

La suite ici

15 Août

Chronique d’été. Chloé densité, un récit aérien de Trondheim, Vince et Stan

Un drôle de titre pour un drôle de récit. Mais pouvait-on en attendre autrement avec le trio formé de Trondheim, Stan et Vince ? Pas franchement. Un album léger comme l’air…

extrait de la couverture Chloé densité – © Delcourt – Trondheim, Stan et Vince

Si Chloé est son prénom, Densité n’est pas son nom de famille mais son super-pouvoir acquis lors d’un voyage au pays des super-héros, les États-Unis. Et un super-pouvoir comme on aimerait en avoir un, qui vous permet de vous élever dans les airs ou au contraire de vous enfoncer dans les profondeurs de la terre, de passer à travers les murs ou même à travers des gens. Comme son frère qui l’accompagne dans cette aventure, un grand malade des ovnis.

C’est d’ailleurs pour son anniversaire que Chloé, sa soeur et une copine l’ont emmené aux States, en espérant qu’il tombe « sur une Américaine aussi cintrée que lui avec les ovnis » et qu’ensemble ils fassent « plein de petits extra-terrestres ».

Et question ovnis, question extra-terrestres et phénomènes étranges, la petite troupe va être servie. Mais dans l’immédiat, ce qui les intéresse tous, c’est ce super-pouvoir de Chloé qui ouvre des perspectives assez bluffantes…

Si vous cherchez un album, un seul, à lire d’ici la rentrée, sans risque de vous prendre la tête, en vous amusant des situations souvent cocasses, des tronchouilles improbables des extra-terrestres, avec le plaisir d’ue mise en images d’une grande clarté, à la fois sobre et percutante, appuyée par des couleurs somptueuses… alors ne cherchez plus, c’est celui-ci qu’il vous faut !

Eric Guillaud

Chloé densité, de Trondheim, Vince et Stan. Delcourt. 29,95€

© Delcourt – Trondheim, Stan et Vince

Chronique d’été. Albert Londres, Agatha Christie, George Best, Orson Welles, Viollet-le-Duc, Ed Gein… : quand la BD se fait biopic

Quel rapport existe-t-il entre le tueur en série américain Ed Gein et le footballeur nord-irlandais George Best ? Entre l’écrivaine Agatha Christie et la légende de l’Ouest Jesse James ? Aucun bien évidemment. Si ce n’est de les retrouver les uns et les autres croqués en bande dessinée. La biographie est un des genres en vogue du neuvième art. La preuve avec ces dix albums…

On commence avec Ed Gein justement du nom d’un fameux serial killer qui a inspiré plusieurs personnages cinématographiques parmi les plus effrayants, Buffalo Bill dans Le Silences des agneaux, Leatherface dans Massacre à la tronçonneuse et Norman Bates dans Psychose. C’est d’ailleurs autour d’Alfred Hitchcock et de ce film culte, Psychose, que s’ouvre le roman graphique signé Harold Schechter et Eric Powell, un film accusé à l’époque de sa sortie en salles d’avoir poussé des esprits faibles à tuer. C’est un peu le paradoxe de l’œuf et de la poule. Qui des deux est arrivé le premier ? Bref, l’adaptation graphique présentée ici retrace la vie du tueur depuis sa plus tendre – si on peut dire – jeunesse en se basant sur des sources d’origine, journaux de l’époque, documents médico-légaux, rapports psychiatriques… Glaçant ! (Ed Gein, autopsie d’un serial killer, de Schechter et Powell. Delcourt. 24,95€)

On parlait d’Alfred Hitchcock plus haut, voici Orson Welles, une autre pointure du septième art, multicarte, à la fois acteur et réalisateur, producteur et scénariste, romancier et metteur en scène. L’homme s’est fait connaître au théâtre puis avec son émission radiophonique, La Guerre des mondes, qui selon la légende aurait paniqué l’Amérique. Citizen Kane fut son premier long métrage et son chef d’œuvre. Suivront entre autres La Splendeur des Amberson, Voyage au pays de la peur, Macbeth, Vérités et mensonges… des films exigeants mais pas toujours compris du grand public, une carrière hors norme que revisitent ici Noël Simsolo et Alberto Locatelli depuis ses débuts dans le théâtre jusqu’à sa mort en 1985 le tout avec une mise en images des plus agréables. (Orson Welles, l’inventeur de rêves, de Simsolo et Locatelli. Glénat. 25€)

Du septième au neuvième art, il n’y a qu’un pas que cet album de Bepi Vigna et Mauro de Luca nous permet de franchir agréablement en compagnie de l’un des plus grands représentants du genre, Hugo Pratt, dont la vie fut aussi romanesque que celle de son célèbre héros de papier Corto Maltese. Outre un récit en bande dessinée d’une cinquantaine de pages contant la jeunesse de Pratt jusqu’à son départ pour l’Argentine et le début d’une grande aventure dans la bande dessinée, l’album réunit de nombreuse illustrations originales et couvertures de la revue Sergent Kirk ainsi que plusieurs témoignages. Une biographie ? Plutôt, à en croire Bepi Vigna, « un récit d’aventures qui rassemblerait et rapprocherait les faits avec les rêves et toutes ces histoires dont il s’est nourri et qui, de l’aveu même du dessinateur, l’ont formé et influencé ». (La balade d’Hugo, de Bepi Vigna et Mauro de Luca. Glénat. 17,50€)

D’Agatha Christie, La reine du crime comme on l’a surnommée, nous connaissons les livres, à commercer par Les Dix petits nègres rebaptisé Ils étaient dix en 2020, Les Vacances d’Hercule Poirot, La Mystérieuse affaire de styles ou encore Un Cadavre dans la bibliothèque. Des dizaines de romans, plus de 150 nouvelles, 20 pièces de théâtre. Mais d’elle, que sait-on ? Pas grand-chose. Partant de ce constat, Anne Martinetti, Guillaume Lebeau et Alexandre Franc ont pris le parti de nous faire découvrir le personnage qui se cache derrière la romancière à travers un récit reprenant quelques épisodes de sa vie, son enfance, ses débuts dans l’écriture, sa mission d’infirmière durant la première guerre mondiale, ses multiples mariages, la naissance de son unique enfant, les voyages qu’elle affectionnait tant et son étrange disparition en 1926… Une vie d’une richesse insoupçonnée, une mise en images raffinée, un bel album.   (Agatha, La vraie vie d’Agathe Christie, de Martinetti, Lebeau et Franc. Marabulles. 17,95€)

Albert Londres, une pointure, que dis-je, une sommité, une référence dans le monde du journalisme d’investigation capable de passer en son temps d’un reportage au pays des soviets à une enquête sur le bagne de Cayenne, en passant par une interview des coureurs du Tour de France ou des membres de la bande à Bonnot. Bref un journaliste passionné par son travail, engagé et souvent dérangeant. Le roman graphique de Kinder et Borris évoque justement son dernier voyage en Chine. Aucun journal ne l’a missionné mais il promet du lourd, de la « dynamite » qui pourrait déranger en haut lieu. De ce voyage, Albert Londres n’en reviendra pas, disparaissant dans le naufrage du Georges Philippar. Un drame mystérieux et peut-être pas accidentel pour lequel l’album Albert Londres doit disparaître propose une explication entre fiction et réalité. Passionnant ! (Albert Londres doit disparaître, de Kinder et Borris. Glénat. 17,50€)

Le Kayak, c’est une affaire de famille chez les Estanguet. Un père prof de sport et champion dans le domaine, des enfants mis sur l’eau dès le plus jeune âge et parmi eux un Tony qui deviendra en 2012 le premier Français triple champion olympique dans la discipline. Elsa Krim au scénario et Fred Campoy au dessin, en étroite collaboration avec Tony Estanguet lui-même, nous offrent dans ce premier tome un plongeon dans l’intimité du sportif depuis son enfance jusqu’à sa première médaille olympique décrochée à Sydney en 2000. La suite dans le tome 2 à paraître en janvier 2023. (Tony, l’enfant des rivières, de Estanguet, Krim et Campoy. Delcourt. 15,50€)

Un autre sport, un autre champion, Kris et Calvez se sont intéressés pour leur part à George Best en adaptant en BD le roman de Vincent Duluc intitulé Le cinquième Beatles. Pourquoi ce nom ? Parce que George Best a eu la même importance pour le football que les Fab Four pour la musique. Et tous les cinq ont colonisé les colonnes des mêmes journaux pendant les mêmes années faisant de l’Angleterre le paradis du ballon rond et de la pop. Considéré comme l’une des plus grandes légendes de Manchester United, George Best débarque au club au lendemain d’une tragédie, le crash de l’avion qui ramenait les joueurs d’un match contre l’Etoile rouge de Belgrade. Résultat, 23 morts dont 8 joueurs et 3 encadrants. « Jouer à Manchester, désormais, c’était côtoyer des héros, des survivants et des fantômes », écrit Vincent Duluc. Et de fait, George Best aura un parcours singulier fait de passion pour le football mais aussi pour le rock’n’roll, le sexe et l’alcool. Une légende qui dépasse le seul cadre des terrains de football, c’est ce que les auteurs font ressortir ici dans cet album où l’on reconnait le talent d’écriture de Kris et le somptueux coup de crayon de Florent Calvez. Incontournable pour tous les amoureux du ballon rond et les autres… (George Best, de Kris et Calvez. Delcourt. 17,95€)

Les premières scènes, les premières images, de cette bande dessinée de Rubio et Ocana, nous les connaissons bien, trop bien, pour les avoir vécues il y a peu de temps, retransmises en direct et à travers le monde par les médias et les réseaux sociaux. La Cathédrale de Paris en flamme ! C’était en 2019, c’était hier. Et tout de suite de promettre sa reconstruction à l’identique. Mais à l’identique de quoi ? La cathédrale n’a cessé d’évoluer à travers les siècles, il a même été question de sa destruction dans la première moitié du XIXe siècle avant qu’elle ne devienne un temps un entrepôt à vin. La révolution était passée par là, les croyances religieuses mises un temps au placard. Mais un homme va la sauver et la restaurer, un jeune architecte sans diplôme, ni formation théorique. Son nom : Eugène Viollet-le-Duc. C’est cette histoire que raconte ce premier volet paru dans une nouvelle collection dédiée aux grands architectes. Pour les férus d’histoire. (Viollet-le-Duc tome 1, de Rubio et Ocana. Delcourt. 15,95€)

On termine avec trois légendes de l’Ouest américain. Tout d’abord Jesse James, un fameux bandit des grands chemins, braqueur de banques, pilleur de diligences et de trains, tueur impitoyable et pourtant élevé par la légende au rang de Robin des Bois américain. Dans cet album au magnifique dessin et aux ambiances crépusculaires, Dobbs au scénario, Chris Regnault au scénario et au dessin accompagnés de Farid Ameur en qualité de conseiller artistique, reviennent sur le parcours de cette figure élevée dans le respect de la morale chrétienne et qui bascula dans la violence la plus totale après que la ferme familiale fut détruite et son beau-père lynché par des partisans des Confédérés en 1863. Dans cette même collection baptisée La Véritable histoire du Far West, co-éditée par Glénat et Fayard, est sorti un opus sur Wild Bill Hickok. (Jesse James, de Dobbs, Regnault et Ameur. Glénat / Fayard. 14,95€)

Enfin, Wild Bill Hickok, justement, partage avec Martha Jane Cannary l’affiche de ce dernier album signé Thierry Gloris et Jacques Lamontagne. Après deux albums consacrés à l’un puis à l’autre, ce troisième volet permet de les retrouver tous les deux, le premier confronté à un tueur en série, la seconde noyée dans son chagrin et sa soif de vengeance après la mort de son mari indien, tué par Wild Bill. Un western comme on les aime, avec ses grands espaces, ses saloons, ses indiens, ses bons, ses brutes et ses truands, et ses héros de caractère. Wild West tome 3, de Gloris et Lamontagne. Dupuis. 14,50€)

Eric Guillaud