25 Oct

Mes Quatre saisons : Quand Nicoby fait le bilan de sa vie d’auteur à 43 ans

Faut-il attendre d’être nonagénaire pour faire le bilan de sa vie, au risque d’oublier ces petites choses insignifiantes mais croustillantes qui font le sel d’un récit, au risque aussi de ne plus pouvoir modifier grand chose à ses choix, ses orientations, pour le restant de sa vie ? Ce bilan, Nicoby a décidé de le faire à 43 ans et en bande dessinée, avec finalement pas grand chose à regretter ou à changer…

Jamais, je ne me permettrai à travers ces chroniques de dévoiler la fin d’une histoire. Pourtant ici, c’est essentiel pour comprendre la genèse de cet album et ce besoin pour Nicoby de se souvenir de sa vie d’artiste à seulement 43 ans. Mes Quatre saisons se termine en effet sur un épisode douloureux pour l’auteur : la maladie d’Alzheimer de sa mère. Des mots qu’on ne trouve plus, des personnes qu’on ne reconnaît plus, des lieux familiers qui deviennent étrangers, une notion du temps qui s’efface… Nicoby assiste impuissant au développement de la maladie. C’est l’hiver !

Revenons au début du livre, c’est le printemps et les premiers pas de Nicoby dans la bande dessinée. Nous sommes au milieu des années 90, en pleine crise. « La BD, c’est bouché de chez bouché… », s’exclame Nicoby, « ça se mord la queue, les journaux disparaissent les uns après les autres. Nan, c’est vraiment pas fiable. Je peux pas miser que là-dessus ».

Pourtant, Nicoby finit par faire son nid dans le milieu, peu à peu, au fil des rencontres. Et quelles rencontres ! Yvan Delporte, Gotlib, Pierre Christin, Fabrice Erre, François Corteggiani, Blutch, Jean-Claude Fournier ou encore Patrice Leconte qui a jadis fait de la bande dessinée font partie du casting de sa vie et donc de ce livre.

Plus qu’une simple compilation de souvenirs, Nicoby nous raconte en quatre saisons, avec beaucoup de légèreté et une pincée d’autodérision, le quotidien d’un auteur de BD. Il en profite également pour rendre un bel hommage au neuvième art avec tout au long du récit des références aux livres qui l’ont marqué, influencé, des livres mais aussi des auteurs, des univers, des personnages comme Tif et Tondu qu’il s’approprie ici le temps d’une mini-aventure sur une dizaine de pages. Cadeau !

Mes quatre saisons aurait dû sortir en avril dernier mais la crise sanitaire en a décidé autrement. L’album vient simplement de rejoindre les étagères de nos librairies préférées, un rayon de soleil dans un automne pluvieux et anxiogène. Toujours bon à prendre !

Eric Guillaud

Mes Quatre saisons, de Nicoby. Dupuis. 22€

© Dupuis – Nicoby

20 Oct

Spider-Man version Miles Morales, ou comment Marvel réactualise le célèbre tisseur de toiles à la sauce post-Obama

Chez MarvelL, rien n’est jamais acquis. Prenez Spiderman : il a été tour-à-tour lycéen, étudiant, reporter-pigiste, capitaine d’entreprise, infecté par un symbiotique extra-terrestre etc. Manquait juste au tableau le statut de ‘décédé’. C’est désormais fait et ce, dès le troisième épisode de ce reboot apparu aux États-Unis en 2011 et se passant dans un monde parallèle. Un redémarrage avec à sa tête un héros newlook prometteur.

Ce ‘nouveau’ Spider-Man commence pourtant exactement de la même façon que la série d’origine en 1962, avec un jeune adolescent se faisant piquer par une araignée radioactive, avec les superpouvoirs qui vont avec… Mais les temps ont changé : nous ne sommes plus dans les conservatrices années 60 et Barack Obama habite alors la Maison Blanche. Moralité, cette nouvelle incarnation du tisseur est donc un métis du nom de Miles Morales, un ado d’origine afro-américaine et latino. L’objectif de cette relance de l’une des séries les plus mythiques ‘maison des idées’ était clair : à la fois de lui donner un second souffle tout en faisant de l’œil à tous ces potentiels nouveaux lecteurs qui l’auront découvert avec son adaptation cinématographique du début des années 2000 et ses multiples suites. D’où la (furtive) apparition ici par exemple d’un Iron Man reprenant tous les traits de l’acteur qui l’a incarné à l’écran Robert Downey Jr et ces choix de cadrage qui donnent parfois l’impression de lire un script plutôt qu’une BD traditionnelle.

Mais parmi ces spectateurs ceux qui sont allés en salle voir Spider-Man : New Generation, film d’animation de 2018 qui introduisait justement le personnage de Morales, sont particulièrement visés, ainsi que les plus jeunes. D’où ce recentrage vers des thématiques plus propres à cette tranche d’âge : quelle est notre place dans la société, quelles sont nos vraies valeurs, avons-nous vraiment de ressembler à mes parents etc.  Un vrai travail d’équilibriste donc, limite casse-gueule tant réussir sur tous les plans paraissait difficile. Mais ce premier recueil traduit en français réunissant les cinq premiers épisodes et vendu à un prix ‘discount’ y arrive pourtant.

Déjà parce qu’il fait attention à faire de gros clins d’œil aux fans de longue date afin de leurs montrer qu’ils ne sont pas les grands oubliés de l’histoire. D’où ces passages (furtifs) de l’inoxydable tante May, de l’éternelle amoureuse de Parker Gwen ou encore du ‘Daily Bugle’. Et ensuite parce qu’il réussit à trouver le bon mélange entre action et récit initiatique. En fait, comme son prédécesseur, Morales n’est pas un surhomme pétri de certitudes mais juste un ado perturbé par son nouveau statut et qui doit encore apprendre à bien faire la différence entre le bien et le mal, bref à devenir adulte.

Un reboot réussi !

Olivier Badin

Miles Morales : Spider-man de Brian M. Bendis, Sara Pichelli, Chris Samnee et David Marquez. Marvel/Panini. 10,95 euros  

19 Oct

La Maison blanche : petite révision de l’histoire des présidents américains avant la prochaine élection présidentielle et la défaite de Trump… ou pas !

C’est certainement l’élection présidentielle la plus suivie dans l’hexagone après celle du président de la République française bien évidemment. À quelques jours de tourner une nouvelle page de l’histoire des États-Unis avec l’élection d’un nouveau président ou la réélection de l’actuel, Hervé Bourhis remonte le temps et nous offre un panorama exhaustif des locataires de la Maison blanche dans un petit livre aussi drôle qu’instructif!

Ils s’appellent Trump, Reagan, Obama, Kennedy, Washington mais aussi Monroe, Tyler ou Fillmore, des noms connus, d’autres moins, les États-Unis d’Amérique ont vu défiler 45 présidents à la maison blanche depuis la déclaration d’indépendance le 4 juillet 1776, 45 présidents et autant de destins, de caractères, d’anecdotes, de grandes et petites phrases, de crises, de scandales, de guerres, d’innovations, d’évolutions sociales ou économiques…

Président après président, dans un ordre chronologique évident, Hervé Bourhis nous offre ici une histoire illustrée de ces locataires de la Maison blanche en dressant pour chacun un portrait et en compilant sur une page les événements marquants de leur mandat, même lorsque celui-ci ne dure que 30 jours comme ce fut le cas pour William Henry Harrisson, élu en mars 1841, mort en avril de la même année, d’une pleurésie contractée à l’occasion du discours d’investiture, le plus long de l’histoire précise l’auteur.

L’air de rien, avec toujours une pointe d’humour, le livre d’Hervé Bourhis nous apprend mille et une choses sur les présidents, parfois essentielles, parfois anecdotiques, et par ricochet sur l’histoire de la société américaine.

C’est le livre de chevet idéal pour les semaines à venir, le livre à picorer en fonction des envies, par le début ou par la fin, et rendez-vous le 3 novembre pour connaître le nom du 46e président des États-Unis !

Eric Guillaud

La Maison blanche, d’Hervé Bourhis. Casterman. 22€

© Casterman / Bourhis

18 Oct

Le monde merveilleux du rock : une « anticlopédie » avec tous les potards sur le onze

Le rock, Bernard Mazet, alias Jampur Fraize, il aime ça. Il en connaît aussi bien l’histoire, surtout celle de ses bad boys plus connus : les Stones, les Ramones, les AC/DC, Lemmy de Motörhead… Ce Belge à rouflaquettes a donc beau avoir saupoudré aux cours des années ses bulles jusqu’à Picsou Magazine, c’est clairement du côté de Rock & Folk où ce guitariste à ses heures perdues a le plus sa place et où l’essentiel des planches que l’on retrouve ici ont d’abord été publiées.

Dans ce patchwork volontairement assez bordélique au style hérité de la culture fanzine, on passe d’une petite histoire d’une page et demi maximum à des fausses pochettes en passant par des rebus (oui) qui appliquent à la lettre le précepte, ‘plus c’est con, plus ça marche’. Le tout de façon chronologique, l’histoire commençant à l’âge de pierre (bien sûr). Les fans aussi bien de rock psychobilly ou d’esthétique 50’s que de Scooby Doo ( !) se retrouveront dans ce coup de crayon foutraque et dans cet humour potache, ce qui ne l’empêche pas de rappeler entre deux vannes quelques anecdotes véridiques, comme cette chute d’un cocotier de Keith Richards qui fut à l’origine de l’annulation de la tournée mondiale des pierres qui roulent en 2006. Après, vous n’êtes pas obligés non plus de croire que la chanson « Should I Stay Or Should I Go » des Clash est vraiment née parce que Mick Jones n’arrivait pas à se décider entre deux types de choux différents…

De toutes façons, ne paniquez pas les enfants : pour les plus incultes d’entre vous, le magnanime Fraize a pensé à vous en rajoutant en fin de parcours cinq pages de lexique, très sérieux celui-ci, expliquant toutes les références plus ou moins cachées dans ses dessins.

Mais à la fois érudit et déconnant, fait pour être picoré plus que pour être lu d’une traite mais avec un goût de reviens-z’y, Le Monde Merveilleux Du Rock sert surtout à nous rappeler quelques faits essentiels : si c’est trop fort, c’est que tu es trop vieux comme disait Ted Nugent. Et puis pas de souci, si vous n’aimez pas le rock le vrai qui sent sous les bras et qui est mal rasé, il vous restera toujours les disques de Vincent Delerm…

Olivier Badin

Le Monde Merveilleux Du Rock de Jampur Fraize. La Cafetière éditions. 21 euros

16 Oct

Seul au monde : une bande dessinée sur le Vendée Globe 2016 de Sébastien Destremau

Seul au monde, face aux éléments, face à lui-même ! En 124 jours, Sébastien Destremau faisait son tour du monde en solitaire et sans escale. Des Sables-d’Olonne aux Sables-d’Olonne, plus de 20 000 milles entre les deux et un livre à l’arrivée, aujourd’hui adapté en BD par Serge Fino chez Glénat.

C’était en 2012 sur le ponton du Vendée Globe. Sébastien Destremau décidait de prendre le départ de la future édition. Lui, le néophyte de la course au large, de la navigation en solitaire, sans un sou, s’embarquait dans une aventure au longs cours dont il ne savait s’il verrait le bout.

Pourtant, quatre ans plus tard, en novembre 2016 le skipper toulonnais est bien sur le départ de la mythique course autour du monde à bord de son voilier FaceOcéan. Après 124 jours 12 heure 38 minutes et 18 secondes de navigation, de tempêtes, de pétoles, d’avaries, de joies et de frayeurs, Sébastien Destremau remonte le chenal des Sables-d’Olonne, 18e, bon dernier au classement, avec un titre, celui de coqueluche de la huitième édition. 

De cette aventure hors-norme, le skipper en tire un livre paru en juin 2017 chez Xo Editions, Seul au monde, 124 jours dans l’enfer du Vendée Globe. En 2019, Serge Fino lance une adaptation en bande dessinée, fidèle au roman, sensible et humaine. Le deuxième volet est sorti à quelques jours du départ de cette édition 2020.

L’Interview ici

11 Oct

Square eyes : un ovni graphique et narratif signé Luke Jones et Anna Mill

Ceux qui aiment être surpris, voire décontenancés, vont être servis. Square eyes est un album comme on n’en voit pas à tous les coins de rue, un album qui nous embarque dans un monde futur où les frontières entre la mémoire, les rêves et le monde virtuel s’estompent, un album qui vous en met plein les yeux pour de vrai…

L’histoire débute avec Fin, Fin Ueda-Soto. C’est le nom de l’héroïne. Fin a un problème, elle a été déconnectée du réseau. Elle qui était, il y a quelques mois encore, admirée et encensée pour avoir créé un programme novateur, une sorte d’interface entre l’espace de visualisation et le cerveau, se retrouve à la porte du monde virtuel, rejetée à chaque tentative de connexion. À la porte du monde virtuel et bientôt à la porte de son appartement où une autre femme s’est installée et vit sa vie. Comme si elle n’existait plus !

Et le pire de tout ça, c’est qu’elle ne sait plus comment elle a pu en arriver là. Ce qu’elle sait par contre, c’est que son programme pourrait être impliqué dans la disparition spontanée de gens dans les rues de la ville…

Etonnant récit que celui-ci, tant sur le plan graphique que scénaristique. Aux manettes, les Anglais Anna Mill et Luke Jones jouent avec la réalité et le virtuel pour nous embarquer dans un univers futuriste à la croisée d’un Otomo et d’un Mœbius. On prétend que tous les mondes sont possibles en bande dessinée, Anna Mill et Luke Jones nous le prouvent en tout cas avec brio, parvenant à nous surprendre à chaque page avec un trait, un découpage, des couleurs, des atmosphères, qui se renouvellent sans cesse. Sorti en 2018 en Angleterre, l’album a remporté un World Illustration Award en 2019.

Eric Guillaud

Square eyes, de Luke Jones et Anna Mill. Delcourt. 27,95€

10 Oct

La Bête : Zidrou et Frank Pé réinventent le Marsupilami

Vous pensiez connaître l’animal sur le bout des griffes ? Avec Zidrou et Frank Pé en nouveaux maîtres, vous pourriez bien être surpris. Prévu en deux volumes, La Bête nous dévoile un Marsupilami beaucoup plus sauvage et réaliste dans le contexte des années 50 encore marquées par la deuxième guerre mondiale…

L’histoire commence un peu comme celle de King Kong, une bête sauvage ramenée vers la civilisation dans la cale d’un cargo. Sauf que la destination n’est pas New York, mais Anvers en Belgique, et que la bestiole n’est pas un gorille. Elle ne ressemble à vrai dire à rien de connu. Singe jaune à pois noirs ? Léopard mal fichu ? Ours affublé d’une queue de huit mètres de long ? Pas le temps de trouver une réponse que l’animal s’enfuit.

C’est un jeune gamin de Bruxelles qui finit par le recueillir. François de son prénom, Franz pour les mauvaises langues qui lui font payer les amours illicites de sa mère pendant la guerre, a une passion pour les animaux, surtout les éclopés comme lui, au point de transformer l’appartement de sa mère en une véritable Arche de Noé.

« Une taupe albinos! Une hulotte idiote! Une caille sans plumes! Un vieux matou qui pète tout le temps! Des salamandres! Un chien à trois pattes! La seule chauve souris diurne au monde! Un aigle même pas fichu de voler ».

En dressant cet inventaire à la Prévert, la mère de François ne cache pas sa lassitude. Tant d’animaux dans si peu de mètres carrés ! Alors, le voir débarquer un beau soir avec cet animal étrange et pas franchement avenant, ça ne contribue pas à la sérénité.

Oubliez les peluches que vous enlaciez tendrement pour vous endormir enfant, ce Marsupilami-là est finalement assez éloigné de la création d’André Franquin même s’il a gardé son pelage tacheté, sa queue démesurée et ses Houba! de circonstance. Le Marsupilami de Zidrou et Frank Pé est foncièrement plus brut de décoffrage comme le reconnaissent les auteurs eux-mêmes : « Le vrai intérêt…. », explique Frank Pé, « n’était pas de faire un hommage. J’ai essayé de faire un tri drastique. Je voulais garder la tendresse et la gentillesse, mais y ajouter un style graphique plus réaliste, bestial. En fait, s’évader de son côté cartoonesque, le ramener à son état sauvage, montrer un animal qui pue! ».

Rassurez-vous, l’album, lui, ne pue absolument pas, il sent même très bon l’aventure dans son beau format carré de 150 pages. Les planches de Frank Pé sont absolument magnifiques, les couleurs apportent une touche nostalgique bienvenue. Quant au scénario de Zidrou, truffé de clins d’oeil aux auteurs du journal Spirou, il est parfaitement huilé et sans failles. Beau boulot !

Eric Guillaud

La Bête, de Zidrou et Frank Pé. Dupuis. 24,95€

© Dupuis / Zidrou & Frank Pé

Mercy : la rencontre entre Dracula et 30 jours de nuit dans une ambiance victorienne

Quelque part au fin fond de l’Alaska, à la fin du XIXème siècle. La ruée vers l’or a attiré toute une petite communauté mais aussi une mystérieuse lady à la beauté glacée qui débarque alors qu’une série de meurtres ultra-sanglants sème la terreur. Mais qui est-elle vraiment ? Manga, fantasy, film d’horreur… Voilà quelques-uns des ingrédients que l’on retrouve dans la dernière série signée par une petite prodige de la BD transalpine.

Derrière cette nouvelle série, c’est surtout sa dessinatrice Mirka Andolfo que l’on (re)découvre ici. Une italienne de trente-et-un ans au style très coloré et qui tire son inspiration autant du côté des mangas que des comics américains (elle a d’ailleurs déjà travaillé pour DC et Marvel), avec un goût prononcé pour la fantasy sombre. On retrouve d’ailleurs toutes ces influences dans ce premier tome, une introduction quelque peu frustrant en termes de scénario – le tout est là clairement avant tout pour planter le décor et laisse pas mal de questions en suspend – mais graphiquement très flamboyant.

D’ailleurs, sur le plan strictement graphique justement, la patte japonaise prend le dessus. Aussi bien dans ces cadrages que dans ces mouvements, on a parfois l’impression d’avoir affaire à une adaptation plan sur plan d’un animé du soleil levant, notamment avec ces personnages filiformes aux yeux gigantesques et ces basculements soudains dans le gore sans aucune retenue. Et puis il y a cette façon de mélanger du romantisme avec une certaine forme de sensualité assez osée…

Mélangé à l’ambiance à la fois très victorienne, avec sa classe ouvrière exploitée et misérable pendant que les bourgeois portent hauts-de-forme et tenues chics, et gothique, le résultat est assez réussie. Après, pour l’instant, tout est plus suggéré que réellement montré. Surtout que ce premier tome introduit tous les personnages sans que pour l’instant on ne comprenne tous les liens qu’ils ont entre eux, le lecteur étant clairement plus qu’incité à acheter la suite, qui arrivera d’ailleurs dès le mois de Novembre.

Mais Andolfo, qui assure porte ici trois casquettes en même temps, a su créer un monde à elle. Un univers à la fois beau et désespéré qui n’hésite pas à aborder certains problèmes de société au final très actuels (l’exploitation des enfants, la place de la femme dans la société du XIXème siècle, qu’est-ce que la maternité etc.) tout en faisant, parfois, très peur. Â suivre !

Mercy – Tome 1 – La Dame, Le Gel Et Le Diable de Mirka Andolfo, Glénat, 14,95 euros   

© Glénat / Mirka Andolfo

03 Oct

Jeremiah Johnson : la nouvelle chevauchée de Fred Duval, Jean-Pierre Pécau, Jack Jadson et Nuria Sayago

Indémodable le western ? En tout cas, le genre a su s’adapter au fil du temps et des modes, passant d’un classicisme hollywoodien assumé à une vision révisionniste du mythe où les gentils n’étaient plus forcément gentils et les méchants, totalement méchants. Sans équivoque, cette nouvelle série dont le premier volet vient de paraître appartient à la seconde catégorie avec un petit supplément d’âme qui ressemble à une prise de conscience écologique…

Jeremiah Johnson. Ce nom ne vous est certainement pas inconnu. Même si rien ne l’indique dans l’album, le récit de Fred Duval et Jean-Pierre Pécau au scénario, Jack Jadson au dessin et Nuria Sayago aux couleurs est la libre adaptation du livre de Raymond W. Thorp et de Robert Bunker Jeremiah Johnson Le mangeur de foie, qui a lui-même servi à l’écriture du scénario du fameux film de de Sydney Pollack sorti en 1972, film majeur qui a imprégné les esprits et notamment celui de Fred Duval.

« J’ai vu ce film dans les années 70, il appartenait, comme Little big man et certains films de Sam Peckinpah à cette série de westerns, arrivés après la vague baroque des spaghettis, et qui remettaient en question la légende l’Ouest tel qu’Hollywood l’avait imprimée sur pellicule technicolor depuis plusieurs décennies. Au-delà du choc visuel, la beauté de la photographie réalisée en décors naturels, loin des studios, ce film, ce personnage, m’ont marqué durablement comme étant les symboles de la prise de conscience écologiques. Un voyage dans le monde sauvage qui donnait envie de le préserver ».

Bien évidemment, Jeremiah Johnson est inspiré d’un véritable personnage connu sous le nom de John Johnson, dit Johnson le mangeur de foie, un mountain man, autrement dit un trappeur, ainsi appelé parce qu’il découpait et mangeait – prétend la légende – le foie des indiens Crows qu’il tenait pour responsables de la mort de sa femme, une Amérindienne de la tribu des Têtes-Plates.

Tout ça est raconté et bien raconté dans le premier volet de cette nouvelle série publiée aux éditions Soleil, Une belle escapade dans les magnifiques Rocheuses en compagnie d’une légende l’Ouest. Beau et sauvage !

Eric Guillaud

Jeremiah Johnson, de Duval, Pécau, Jadson et Sayago. Soleil. 15,50€

© Soleil / Duval, Pécau, Jadson & Sayago