24 Mar

Albert Uderzo, le papa d’Astérix, est mort

C’était l’une des figures majeures de la bande dessinée franco-belge, Albert Uderzo est mort à l’âge de 92 ans d’une crise cardiaque à son domicile de Neuilly rapportent ses proches…

Uderzo en 2009 © MaxPPP – Daniel Fouray

Faut-il encore présenter ce géant du neuvième art, Albert Uderzo est le créateur des aventures d’Astérix et Obélix et de Oumpah Pah avec le scénariste René Goscinny, mais aussi de la série Tanguy et Laverdure, avec Jean-Michel Charlier.

Entre 1960 et 2009, il signe plus d’une soixantaine d’albums parmi lesquels 34 épisodes d’Astérix, avec Goscinny jusqu’en 1977, date du décès de ce dernier, puis seul.

Astérix en Corse, Le Devin, Les Lauriers de César, La Grande traversée, La Zizanie… autant d’albums qui ont bercé des générations de lecteurs en France et ailleurs. Les Aventures d’Astérix se sont vendues à plus de 370 millions d’exemplaires à travers le monde.

Animée aujourd’hui par Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, la série mettant en scène nos célèbres gaulois connaît le même succès, La Fille de Vercingétorix, sorti le 24 octobre dernier, a été tiré à 5 millions d’exemplaires, 2 millions pour la France.

Après André Chéret, créateur de Rahan, mort le 5 mars, François Dermaut, auteur notamment des Chemins de Malefosse, disparu le 19 mars, la grande famille du neuvième art est une nouvelle fois endeuillée.

Eric Guillaud

22 Mar

Besoin d’air ? Quatorze juillet, un polar so frenchy signé Bastien Vivès et Martin Quenehen

Confinés mais pas résignés, nous allons continuer à parler BD ici-même avec des bouquins d’ores et déjà disponibles au format numérique et à retrouver en format physique dès que cet épisode de coronavirus au très mauvais scénario nous aura définitivement quitté…

On le savait hyper-talentueux pour nous raconter l’intime, on le découvre bigrement à l’aise dans ses baskets pour dessiner un polar. Quatorze juillet est le nouveau récit de notre Bastien Vivès national, le premier scénario de Martin Quenehen, un duo choc pour une BD chic…

Chic, oui, à la française ! Quatorze juillet est un polar qui sent bon la gendarmerie nationale, les villages de France et la fête nat. L’histoire prend racine dans un village imaginaire, Roissan, dans une région bien réelle, du côté du Vercors.

« Au commencement de Quatorze juillet… », explique Martin Quenehen, « il y a en effet un pays de montagne véritable. C’est un endroit secret qui a inspiré Rabelais et Giono (…) c’était tout de suite le projet : raconter cette histoire loin des villes, loin de Paris ».

De là à dire qu’il y a un esprit de clocher dans ce livre serait mentir. Aucun chauvinisme ici, pas de repli sur soi, bien au contraire, si l’action se déroule dans un décor familier pour nous Français, le personnage principal doit beaucoup aux héros américains, même sous son gilet bleu de la gendarmerie.

Au fond, Jimmy, c’est Bruce Willis dans un film d’Eric Rohmer! », poursuit Martin Quenehen. « C’est vrai qu’il est très américain… », poursuit Bastien Vivès, « comme personnage, j’ai du mal à l’envisager comme le policier que l’on voyait dans les films français des années 1970 ».

Le gendarme, c’est Jimmy Girard, belle carrure, un tantinet ténébreux, marqué par la mort récente de son père, il rêve d’action dans cette campagne où il ne se passe rien.

À l’occasion d’un contrôle routier, il fait la connaissance de Vincent Louyot et de sa fille, Lisa. Vincent Louyot est artiste peintre, il vient d’arriver dans la région pour faire le deuil de sa femme tuée dans un attentat. Mais pas seulement. En les prenant en affection et un peu sous sa protection, Jimmy Girard lève un coin du voile sur l’âme définitivement meurtrie de Vincent Louyot, animé par un esprit de vengeance. Et dans le même temps, même s’il s’en interdit, notre gendarme tombe sous le charme de Lisa.

S’en suit une histoire où l’intime côtoie l’universel. « C’est un polar. C’est un drame. Une histoire d’amitié – et d’amour – impossible. C’est un action movie ! Ou plutôt un action comics! », précise Martin.

Avec un dessin qui allie minimalisme et réalisme, une mise en page, une narration et des dialogues d’une très grande sobriété, les auteurs nous parlent à leur rythme de deuil, de justice, de liberté, dans une France marquée par les attentats et la vague migratoire.

Eric Guillaud

Quatorze juillet, de Bastien Vivès et Martin Quenehen. Casterman. 22€ (disponible en version numérique 14,99€)

© Casterman / Quenehen & Vivès

21 Mar

Besoin d’air ? La guerre des royaumes : Marvel sort la grosse artillerie !

Confinés mais pas résignés, nous allons continuer à parler BD ici-même avec des bouquins d’ores et déjà disponibles au format ebook et à retrouver en format physique dès que cet épisode de coronavirus au très mauvais scénario nous aura définitivement quitté…

Que du beau monde à l’affiche de la saga War Of The Realms (‘la guerre des royaumes’), l’événement de l’année de l’écurie Marvel, un méga-blockbuster digne d’un opéra wagnérien. Et avec dedans des dieux déchus, plein de combats dantesques, des super-héros en pleine panique mais aussi des walkyries appelées sur le champ de bataille, vu que tous n’en reviendront pas. Après, il faudra accepter les pratiques commerciales de la fameuse ‘maison des idées’ mais le jeu en vaut la chandelle. Si.

Les gens de Marvel ont toujours eu le sens des affaires. Ils ont donc saisi très tôt l’intérêt des ‘crossover’ – ‘croisement’ serait une traduction à peu près potable. C’est-à-dire ces aventures où des héros tirés de séries différentes se retrouvaient pour combattre un ennemi commun ou comment faire d’une pierre deux coups.

Mais en 1984, ils sont passés la vitesse supérieure avec les Secret Wars alias ‘les guerres secrètes’, publiés l’année suivante en France dans la revue Spidey. Là, c’est carrément toute la famille royale MARVEL (les X-Men, Spiderman, Captain America etc.) qui a été convoquée pour lutter dans un univers parallèle contre le Beyonder, vilain suprême. Une saga qui a fait date a plein de niveaux, grâce à son côté ultime mais aussi parce qu’elle a été l’occasion de rabattre pas mal de cartes, avec par exemple la Chose quittant (momentanément) les 4 Fantastiques, Spiderman découvrant son nouveau costume qui se révélera par la suite être une entité extraterrestre à part entière qui deviendra ensuite Venom etc.

Trente-cinq ans plus tard, War Of The Realms (‘la guerre des royaumes’) tente clairement de renouer avec le même genre d’ambition. D’abord en offrant aussi un casting impérial allant de Wolverine au Punisher en passant par, encore, Spiderman ou Thor, obligés de s’allier pour sauver la Terre. Puis en leur mettant en face un méchant forcément XXL, alias Malekith roi des Elfes Noirs. Et enfin en plantant l’action dans des décors grandioses, largement exploités par le dessinateur Russel Dauterman : New York, Asgard la résidence des dieux, Jotunheim le royaume des géants etc. Au scénario, on retrouve aussi la patte du scénariste Jason Aaron (Thor, Avengers etc.) et son goût pour l’épique… Marvel a clairement voulu faire de cette rencontre au sommet l’un des points forts de la décennie et a mis les moyens, cela se sent à tous les niveaux.

War Of The Realms © Panini Comics/Marvel

Mais là où cela se complique un peu, c’est justement à cause de ce côté un peu trop mercantile par moment. Il aurait bien sûr être beaucoup trop simple de réunir les six épisodes de l’histoire principale dans un seul et même volume. Non, il a fallu les faire paraître en feuilleton sur trois numéros successifs d’un titre bimensuel vendus dans les maisons de la presse. Mais surtout, dès le premier tome, on découvre aussi l’existence de dérivés, ou ‘spin-off’ en jargon comics. C’est-à-dire des histoires parallèles se passant, grossièrement dans le même contexte, mais officiellement pas indispensables à la trame principale, même si le collectionneur frénétique sera forcément très tenté.

D’ailleurs, histoire de compliquer encore un peu plus les choses, il y a aussi cette foutue numérotation ésotérique, avec des numéros 2.5 ou 1.5 côtoyant les 1, 2 ou 3, imposant une sorte de hiérarchie un peu bizarre. Or même si la toile de fonds est la même, dans certains cas cette guerre des royaumes n’est justement que ça : une toile de fonds, sans véritable incidence, ou très peu. Comme du côté du toujours très caustique Deadpool qui, fin du monde ou pas, continue surtout ici de balancer deux vacheries par case tout en tabassant des trolls en Australie aux côtés de personnages semblant sortir tout droit de Mad Max.

Alors oui, on râle un peu mais c’est parce que cette série tient aussi toutes ses promesses, malgré le fait que l’on sente plus que jamais combien le succès monumental des nombreuses adaptations cinématographiques de l’univers Marvel pèse sur le rendu visuel. Et puis aussi intéressée qu’elle soit par votre portefeuille, s’il y a une chose pour laquelle Marvel est forte, c’est vous en foutre plein les mirettes.

Oliver Badin

War Of The Realms, Panini Comics/Marvel (disponible en version numérique)

11 Mar

Black Badge : Mission impossible au pays des scouts avec Matt Kindt, Tyler Jenkins et Hilary Jenkins

Ils nous avaient bluffés avec le triptyque Grasskings paru en 2019 chez Futuropolis, ils reviennent avec Black Badge, une histoire de scouts qui n’a pas grand chose à voir avec La Patrouille des Castors...

On ne change pas une équipe qui gagne, le trio responsable et coupable du polar sans concession Grasskings, au doux casting de dingues et de paumés, revient avec un récit de plus de 300 pages qui nous embarque cette fois dans le monde des scouts.

Mais ne vous attendez pas à retrouver la Patrouille des Castors au grand complet. Pas de Poulain Perspicace ici, pas de Faucon Discret, de Mouche Laborieuse ou encore de Tapir Affamé, tous unis comme les doigts de la mains pour faire le bien autour d’eux. Non, Matt Kindt, Tyler Jenkins et Hilary Jenkis mettent ici en scène quatre gamins, membres des Black Badge, une branche secrète des scouts chargée d’opérations secrètes à travers le monde avec la mission ici de libérer un prisonnier politique, là d’exfiltrer un espion. C’est un peu Mission impossible en pays scout.

Côté graphisme, on retrouve la marque  de Tyler Jenkins, un trait taillé à la serpe, relevé par les somptueuses couleurs de sa femme Hilary Jenkins. En bonus dans cette première édition, un cahier de 16 pages réunissant des recherches graphiques, des illustrations de couvertures, un focus sur le travail des couleurs…

Eric Guillaud

Black Badge , de Matt Kindt, Tyler Jenkins et Hilary Jenkins. Futuropolis. 29€

09 Mar

Peurs bleues de l’Angevine Mathou : un peu d’humour dans un monde d’angoisses (interview)

Hasard ou coïncidence, à l’heure où Mathou publie son nouvel album baptisé Peurs Bleues, le monde grimpe aux arbres par peur du coronavirus. L’urgence est à la détente, à défaut de se faire des bisous, offrons nous une bonne dose d’humour…

Que celui qui n’a jamais eu peur lève la main (bien savonnée) ! C’est humain, c’est la vie et il y a parfois de bonnes raisons d’avoir peur. Peur de l’avion, peur de l’ascenseur, peur de la voiture, peur du noir, peur des autres, du jugement des autres, peur des pommes non bio, du bruit, du silence, ou peur des virus, il y a largement de quoi faire et parfois de quoi se rendre malade.

La suite ici 

06 Mar

Les belles années 40 ou quand Batman partait à l’assaut des quotidiens

S’il est aujourd’hui un être torturé et pessimiste, dans les années 40 Batman était héros rasé de près et toujours prêt à défendre la veuve et l’orphelin. Particulièrement dans ses aventures reformatées spécialement pour la presse quotidienne, enfin de nouveau disponibles en France à l’occasion du quatre-vingtième anniversaire de sa création…

Aux États-Unis, on les appelle les dailies (es ‘journaliers’), même si en France on lui a toujours a préféré celui de ‘format à l’italienne’. Quelque soit l’étiquette choisie, ces petites vignettes étaient presque un art en soit. Ou comment réussir à raconter une histoire en, allez, quatre cases maximum tout en les insérant dans un grand tout. Une vraie gageure scénaristique et graphique, l’équivalent en format BD de ce que furent les romans feuilletons de la première moitié du XXème siècle. Le public américain étant particulièrement friand de ce genre d’exercice, la jeune industrie florissante des comics ne pouvait que surfer sur cette tendance. Et après Tarzan, Flash Gordon ou encore Superman, Batman et son compère Robin se sont eux aussi jetés dans la brèche. Ce premier tome (sur trois prévus) réunit donc tous ces premiers strips parus entre Octobre 1943 et Octobre 1944.

Alors autant prévenir d’entrée : on a plus affaire ici à une réédition, disons, patrimoniale qu’à une bande dessinée à part entière que l’on pourrait appréhender de façon objective avec notre regard du XXIème siècle. Mais l’objet est superbe, nanti d’un papier granuleux de haute qualité ainsi qu’une longue et très détaillée introduction où l’on revient sur ses conditions de fabrication et sa diffusion, ainsi que sur les différents auteurs qui se sont penchés sur son berceau.

Seulement quatre ans après sa création et victime en quelque sorte de son époque (nous sommes dans les années 40 et le Monde est en guerre), le Batman de 1943 est très stéréotypé et sans subtilité. En même temps, vu le format, les auteurs ne pouvaient (et ne voulaient sûrement) pas faire dans la dentelle, ne serait-ce que suivre le rythme imposé par la cadence infernale de parution. Les dailies était un jeu à part avec leurs règles bien à eux, avec notamment une obsession pour les coups de théâtre à répétitions.

Mais c’est justement ce ton très naïf à part et surtout l’ambiance très ‘roman noir’ qui le rendent aussi très attachant. En gros, à part le Joker, nos deux super-héros n’en sont pas encore à affronter des super-vilains mais font plutôt figure ici de super-policiers en quelque sorte, en prise avec la pègre ou des trafiquants en tout genre. Sauf que malgré sa mâchoire carrée et ses poses viriles, le vengeur masqué affiche aussi déjà un côté sombre que son créateur Bob Kane, toujours ici aux manettes, cultive avec délice dans un style parfois assez proche de la série télé Les Incorruptibles. Cerises sur le gâteau, l’encrage de Charles Paris (sublimé ici par des reproductions et un noir et blanc impeccables) et le respect du format original, rendant ainsi l’expérience encore plus immersive.

Délicieusement rétro et en même temps avec une patte graphique qui, près de huit décennies plus tard, frappe encore, un petit bijou de BD à l’ancienne pour les amoureux des aventures de Philip Marlowe, de héros vraiment supers et de soirées à planquer sur les quais baignés dans la brume.

Olivier Badin

Batman, The Dailies: 1943-1944 de Bob Kane, DC Comics/ Urban Strips, 22,50 euros

© DC Comics/ Urban Strips – Bob Kane

01 Mar

Chanteurs, musiciens, cinéastes, comédiens, peintres, écrivains… quand la réalité rejoint la légende

Autant que le documentaire, la biographie est un genre en pleine expansion dans le neuvième art. Raconter la vie des personnages célèbres, c’est aussi raconter la vie, d’hier et d’aujourd’hui…

On commence avec Django Reinhardt, le grand Django, « un dieu de la guitare », comme l’écrit Thomas Dutronc en préface de ce livre signé Efa et Rubio chez Dupuis. Django Main de feu, tel est son titre, nous permet de découvrir la jeunesse de celui qui a inventé le jazz manouche, depuis sa naissance, sa première naissance, du côté de Charleroi en 1910 jusqu’à la seconde, en 1930, lorsqu’il retrouva la scène et sa guitare après des mois et des mois d’hospitalisation et de rééducation suite à l’incendie de sa roulotte. Django, sérieusement brûlé notamment à la main avait risqué l’amputation, il s’en est finalement sorti avec une main en partie paralysée et une technique guitaristique adaptée à la situation qui ne l’empêchera pas de devenir une star, bien au contraire. Scénario fluide, dessin agréable et gros travail de recherche de la part du scénariste Salva Rubio, confronté ici à une histoire transmise oralement, « volontairement embellie d’anecdotes, d’exagérations et de contes rarement fiables pour le chercheur ». Mais comme le remarque le scénariste, il n’existe pas de héros réel qui n’ait sa part de légende… (Django main de feu, de Rubio et Efa. Dupuis. 17,50€)

Lui aussi a sa part de légende. Basquiat, Jean-Michel Basquiat, artiste peintre américain issu de la mouvance underground. Des centaines de peintures et de dessins, une oeuvre imposante qui marquera à jamais la scène new-yorkaise et plus généralement l’histoire de l’art. Et ce malgré la mort précoce de l’artiste à 27 ans d’une overdose. Ce livre de Julian Voloj au scénario et Søren Mosdal au dessin, publié par les éditions Soleil, retrace sa carrière fulgurante et son combat contre les démons avec un dessin imprégné de son oeuvre, un univers graphique à la Basquiat, vif et coloré. (Basquiat, de Voloj et Mosdal. Soleil. 18,95€)

Prévue en deux volets, le premier  paru en octobre dernier, cette bande dessinée de Dominique Hé et Noël Simsolo chez Glénat s’attaque à la vie de l’un des plus grands cinéastes qu’est compté le 7e art, le cinéaste de la peur comme on le surnommait, Alfred Hitchcock, 53 longs métrages au compteur et un profil reconnaissable entre tous. Dans un style graphique classique en noir et blanc, les auteurs reviennent sur les moments importants de son enfance, de sa vie d’homme et de cinéaste, la mort de son père, la rencontre avec sa femme, ses premiers jobs dans le cinéma comme graphiste, ses premiers films, son départ pour Hollywood où il tournera RebeccaComplot de familleLes Oiseaux, Psychose ou encore La Mort aux trousses. Un récit très documenté et passionnant ! (Alfred Hitchcock, de Hé et Simsolo. Glénat. 25,50€)

Victor Hugo l’appelait « la voix d’or », Jean Cocteau aurait inventé pour elle l’expression « monstre sacré », la presse la surnommait « la divine », une chose est sûre, Sarah Bernhardt a marqué son époque, celle du XIXe et du début du XXe siècle. Eddy Simon au scénario et Marie Avril au dessin nous racontent la vie de cette star internationale, de cette actrice d’exception, de cette femme libérée avant l’heure, en s’intéressant plus particulièrement aux années 1871 – 1900. Divine commence pendant la guerre de 1871, Paris est assiégé par les troupes de Bismarck, Sarah Bernhardt transforme le théâtre de l’Odéon où elle a débuté et où elle a été révélée en hôpital militaire…  Un destin incroyable superbement raconté et mis en images dans cet album subtilement sous-titré Vie(s) de Sarah Barnhardt. (Divine, d’Eddy Simon et Marie Avril. Futuropolis. 22€)

María Eva Duarte de Perón, surnommée Evita, femme du président argentin Juan Perón qui fut au pouvoir entre 1946 et 1955, puis de 1973 à 1974, est une véritable icône en Argentine et au-delà, une petite soeur des pauvres et des déshérités. Lorsqu’elle mourut prématurément d’un cancer en 1952, un mois de deuil national fut décrété. Tout autant que cette femme, la biographie que nous tenons aujourd’hui entre nos mains, signée Oesterheld et Breccia, a eu une destinée incroyable. Breccia et Oesterheld avaient précédemment signé une biographie du Che et comptaient poursuivre sur cette voie avec Pancho Villa, Kennedy et donc Eva Perón. En 1970, Breccia met en images la vie de cette femme au parcours atypique d’après un manuscrit non dialogué d’Oesterheld. Le livre est alors édité. Quand la junte militaire arrive au pouvoir, la biographie du Che est interdite, Breccia détruit ses originaux, Oesterheld, militant de la gauche peroniste, voit une bonne partie de sa famille enlevée et assassinée avant d’être lui-même enlevé et ne jamais réapparaître. Redécouvert dans les années 2000, ce récit est republié enb Argentine en 2004 et aujourd’hui en France par les éditions Delcourt. Historique ! (Evita, de Oesterheld et Breccia. Delcourt. 14,50€)

Son nom à lui est beaucoup moins illustre mais Rod Serling est le créateur de l’une des séries les plus cultes de la planète, La Quatrième dimension (The Twilight zone), qui a bercé la jeunesse de plusieurs générations de téléspectateurs des deux côtés de l’Atlantique, dès 1959 aux États-Unis, 1965 en France. Cette biographie, parue en octobre dernier, retrace la vie de ce pionnier de la télévision depuis son engagement dans la lutte contre l’ennemi japonais pendant la deuxième guerre mondiale, jusqu’à sa mort d’un arrêt cardiaque en 1975. Une très belle biographie doublée d’un voyage dans les coulisses de la télévision et du showbiz à l’américaine. (L’Homme de la quatrième dimension, de Koren Shadmi. La Boîte à bulles. 24€)

Son nom est à jamais associé à celui des Rougon-Macquart et de Dreyfus, Émile Zola est l’un des romanciers français les plus populaires, parmi les plus engagés aussi contre l’injustice sociale. La biographie de Jean-Charles Chapuzet au scénario, Vincent Gravé et Christophe Girard au dessin s’intéresse essentiellement à son engagement dans l’affaire Dreyfus qui aboutit au célèbre « J’accuse… ! », un article publié dans les colonnes du quotidien L’Aurore en janvier 1898 qui lui valut un procès pour diffamation et un exil à Londres. (L’affaire Zola, de Chapuzet, Grave et Girard. Glénat. 22€)

L’armée l’a cru mort pour la France en 1916 et en a informé de ce pas ses parents. Mais il s’agissait d’une erreur, Charles de Gaulle revint bien vivant de la première guerre mondiale, plus traumatisé par les deux ans et demi qu’il passa en captivité dans divers camps de prisonniers que par les combats. C’est par cette fausse mort annoncée que commence le récit de Mathieu Gabella (scénario), Frédérique Beau-Dufour (historienne), Christophe Regnault (Story-board) et Michaël Malatini (dessin). Plus qu’une anecdote, il faut voir là le point de départ d’un destin incroyable qui mènera l’officier de la Grande guerre à rejoindre Londres en juin 1939 pour prendre en main le destin de la France libre. Cette très belle biographie co-éditée par Glénat et Fayard dans la collection Ils ont fait l’histoire comprendra à terme trois volumes. Le premier, sorti en ce mois de février, retrace la période qui va de sa jeunesse jusqu’au départ pour Londres. (De Gaulle, de Gabella, Renault, Malatini et Neau-Dufour. Glénat / Fayard. 14,50€)

Eric Guillaud

27 Fév

Quand la saga Alien rencontre le pape du cyberpunk William Gibson

Bien qu’un peu oublié aujourd’hui, le romancier américain William Gibson reste l’un des précurseurs du cyberpunk, préconisant dès 1984 non seulement l’avènement d’internet mais aussi la collusion de plus en plus dangereuse entre les machines et notre intimité. Sur le papier, il semblait donc parfait pour apporter sa pierre à l’édifice de la saga Alien. Sauf que la rencontre n’a hélas jamais eu lieu…  En fait si, elle a bien eu lieu mais on ne l’a jamais su. Jusqu’à maintenant…

Comme Gibson le raconte lui-même dans la préface, peu après la sortie du deuxième volet réalisé en 1986 par James Cameron, les trois producteurs du film sont rentrés en contact pour lui commander un scénario. Malgré le fait qu’il n’avait jamais alors travaillé pour le cinéma et jamais réalisé une œuvre de commande avec des instructions assez précises auparavant, il a accepté. Sauf qu’une fois son deuxième jet terminé et ses « obligations contractuelles » remplies comme il le dit, il n’en entendra plus jamais parler. Et quelques années plus tard, ce sera finalement une toute autre histoire qui servira pour Alien 3, réalisé par un alors jeune inconnu David Fincher.

Le scénario de Gibson, lui, est resté dans un tiroir pendant plus de trois décennies, jusqu’à ce que l’éditeur américain Dark Horse (Hellboy, Conan etc.) propose de lui donner vie en BD. Un an après sa sortie américaine, le résultat est désormais disponible en français via Vestron, nouvel éditeur indépendant crée en Février 2019 dont le catalogue plein de zombies (Evil Dead), de monstres de l’espace (Predator) et de groupes de hard-rock peinturlurés (Kiss) sent bon les soirées bières-pizza à regarder des vieilles VHS aux jaquettes sanglantes tout en lisant Mad Movies.

© Vestron / Gibson, Christmas & Bonvillain

Cette suite alternative reprend les choses là où le film Aliens les avait laissées, après que Ripley (le personnage joué par Sigourney Weaver) et ses amis aient atomisé la planète d’origine des xénomorphes, le ‘petit’ nom de nos amis alien une fois leur âge adulte atteint.

Sauf qu’ici, au lieu de ‘tuer’ tous les autres personnages secondaires en faisant s’écraser leur navette sur une planète ‘prison’ comme on le voit dans Alien 3, le vaisseau est braqué par des mercenaires séparatistes qui, sans le vouloir, déclenchent donc une nouvelle épidémie.

En parallèle, la très cynique compagnie Weyland Yutani, qui est l’employeur de Ripley et qui est très au courant de ce qui se passe, essaye de récupérer son joujou extraterrestre pour faire une arme bactériologique, histoire de la vendre ensuite au plus offrant.

© Vestron / Gibson, Christmas & Bonvillain

Avec toutes ses références à la mythologie Alien et ses personnages hérités des films, Alien 3 – Le Scénario Abandonné s’adresse donc clairement avant tout aux fans hardcore avides de prolonger l’expérience. Une avidité d’ailleurs largement récompensée ces dernières années, vu le nombre de romans graphiques et de BD disponibles sur le marché.

L’intérêt de cet énième avatar est que Gibson rajoute un petit côté ‘guerre froide’ à l’ensemble : l’essentiel de l’action se focalise sur le combat opposant les rebelles à la compagnie, comme si le monstre n’était finalement qu’une excuse et n’était là avant tout que pour révéler tout le cynisme de l’être humain.

Après, certains fans risquent de grimacer en voyant Ripley être mise complètement de côté ou devant un scénario parfois un peu confus et plus politique, quitte à trop souvent s’éloigner de l’action pure. Mais bon, ce ne serait pas Alien non plus si quelques torses n’étaient pas implosés de l’intérieur et si cela ne giclait pas sur les murs un minimum non plus…

Alors, est-ce que cela aurait fait un meilleur Alien 3 à l’écran ? Pas sûr. Mais est-ce que cela prouve une nouvelle fois que cet univers dont les premières ébauches datent du milieu des années 70 n’a pas encore révélé tous ses secrets quarante-cinq ans après ? Oh que oui.

Olivier Badin

Alien 3 – Le Scénario Abandonné de William Gibson, Johnnie Christmas et Tamra Bonvillain, Vestron, 17,95 euros

Une touche de couleur : un récit autobiographique sur fond d’addictions signé Jarrett J. Krosoczka

Connu et reconnu aux États-Unis pour sa trentaine de livres jeunesse aux thèmes variés, Jarrett J. Krosoczka débarque de ce côté-ci de l’Atlantique avec le récit autobiographique d’une jeunesse confrontée aux addictions de la mère et à l’absence du père…

Se mettre à nu, ouvrir la porte de son intimité, de ses blessures, n’est jamais chose facile. L’Américain Jarrett J. Krosoczka y parvient avec justesse et retenue dans ce roman graphique de plus de 300 pages paru aux éditions Delcourt.

Jarrett a été élevé par ses grands-parents. Sa mère, alcoolique et toxicomane, passe son temps en centre de désintoxication, et parfois en prison, ne sortant et ne rendant visite à son fils que très rarement, trop pour les grands-parents qui ne supportent plus les addictions de leur fille et tout ce qui va avec. Quant à son père, Jarrett ne le connait pas, ne l’a jamais vu, en entendra parler que tardivement.

Sa touche de couleur dans cette vie un peu terne, c’est le dessin. Jarrett dessine tout, partout, sans arrêt, lit beaucoup de comics et finit par trouver sa voie. Il rejoint une école d’art avec l’ambition de devenir un auteur de bande dessinée et de livres jeunesse. Avec une obsession : montrer à sa mère et à son père retrouvé ce qu’ils ont loupé de sa jeunesse. L’essentiel est ici !

Paru aux États-Unis sous le titre Hey, Kiddo, le livre de Jarrett J. Krosoczka a reçu le Book of the Year au Harvey Awards. 

Eric Guillaud

Une touche de couleur, de Jarrett J. Krosoczka. Delcourt. 23,95€

25 Fév

Théodore Poussin, La Cantina et Mary Jane, la belle actualité de Frank Le Gall en ce début d’année 2020

Souvenez-vous, il nous avait fallu patienter 13 longues années pour retrouver Théodore Poussin dans une nouvelle aventure après Les Jalousies, deux ans seulement cette fois auront été nécessaires. Et ce n’est pas la seule actualité de Frank Le Gall qui signe aussi en ce début d’année un roman aux éditions Alma et le scénario d’une autre bande dessinée chez Futuropolis…

Treize ans, oui treize ans d’attente avaient été nécessaires pour les amoureux de Théodore Poussin mais le treizième épisode allait sonner le retour, mieux la reconquête. Frank Le Gall nous assurait lui-même à l’époque dans une interview à retrouver ici : « On m’a fait remarquer que c’était l’album de la reconquête. Non seulement, Théodore reconquiert sa dignité, il reconquiert ensuite son île et je suis reparti pour ma part en quête de moi-même et du public ».

Et l’actualité de l’auteur en ce mois de février ne fait que valider la chose. Trois livres, rien que ça, portent sa signature. Un avant-goût de la nouvelle aventure de Théodore Poussin, un roman baptisé La Cantina et le one shot Mary Jane chez Futuropolis en compagnie de Damien Cuvillier.

Théodore Poussin tout d’abord. Comme elle l’avait fait pour le treizième volet de ses aventures, la maison d’édition Dupuis nous propose de découvrir ce nouvel épisode à travers trois cahiers qui seront publiés en amont de l’album. Le premier de ces cahiers réunit les photographies de Frank Le Gall et de son grand-père inspirateur du personnage, Théodore-Charles le Coq, des recherches graphiques et bien sûr des planches, les 20 premières, en fac-similé, dans leur jus, avec les traits de lettrage, les imperfections, les annotations de l’auteur. Côté histoire, retour sur l’île de la belle Aro Satoe où Théodore Poussin se cache des autorités anglaises qui l’accusent de piraterie. L’équipage de l’Amok, son bateau, est lui emprisonné à Singapour. De quoi lui faire broyer du noir…

Vous aimez avoir chaud, très chaud ? Alors direction le désert de Sonora. Nous sommes en 1967, Louis-Marie y tient une Cantina avec pour aide le brave Felipe et pour seul confident un cactus, oui un de ces cactus saguaros, dits cierges, précise Frank Le Gall. « Il lui avait semblé que, étant plus près du ciel, ce cactus-là s’y connaîtrait mieux que ses collègues, question mystères de la création et toute la suite ». Ferdinand. C’est le nom qu’il a donné à ce compagnon végétal. Et autour, tout autour, le désert, personne, pas un chat, de quoi déprimer tranquillement. Jusqu’au jour où une vieille Oldsmobile apparaît dans le paysage, prend la direction de la Cantina et y dépose une femme et son vieil amant, « Une de ces femmes dont la peau est blanche comme le lait et les chevaux dorés comme l’or, avec un sourire comme une gifle et une bouche d’une rare obscénité, rouge sang ». Elle s’appelle Rita, lui Juan. Un premier roman réussi à l’écriture légère et imagée.

Changement de décor, d’époque et d’ambiance pour cette bande dessinée parue chez Futuropolis et réunissant Frank Le Gall au scénario et Damien Cuvillier au dessin. Mary Jane nous parle de la misère, de cette misère sociale qui touchait le monde ouvrier du XIXe siècle en Angleterre. Mary Jane était mariée à un mineur, jusqu’au jour où une explosion en décida autrement et la jeta sur la route. Direction Londres où elle découvre que la misère urbaine n’a rien à envier à la misère rurale. Londres ? « Un écrin de crasse et de misère ». Pour Mary Jane, ce ne sera qu’une longue descente en enfer avec au bout une fin monstrueuse et bouleversante. Une histoire tragique qui en croise une autre… Sublime !

Eric Guillaud

Cahiers Théodore Poussin. Dupuis. 13€. Mary Jane avec Damien Cuvillier. Futuropolis. 18€. La Cantina. Alma Editeur. 19€