04 Mai

Alpha flight et Next-Men : le changement dans la continuité des X-Men ?

Non, John Byrne n’est pas que celui qui a transformé les Quatre Fantastiques et les X-Men en formidable machine à cash pour le compte de Marvel dans les années 80. Tout en endossant la double casquette de dessinateur et scénariste, il a par la suite creusé d’une façon plus personnelle le même sillon grâce à deux séries méconnues et enfin rééditées en France.

Pour resituer un peu l’importance d’un John Byrne, disons que dans la première moitié des années 80, il fut à Marvel ce que Jack Kirby – dit ‘the king of comics’ – était pour ‘la maison des idées’ à la fin des années 60. Une sorte de superstar et quelqu’un qui, sur son seul nom, transformait tout ce qu’il touchait en or. Marque de confiance absolue, à l’époque, cet américain né en Angleterre en 1950 et passé par le Canada était responsable des deux plus grosses locomotives de l’éditeur, les X-Men et LesQuatre Fantastiques. Deux séries déjà installées mais qu’il a malgré tout imprimé de sa marque, notamment en mettant l’accent sur l’aspect humain des héros. Pour lui, ces mutants et autres êtres surpuissants ont beau être capables de mille et une merveilles, ce sont aussi des personnes tombant amoureux, devenant parents, se séparant, apprenant à accepter leurs différences etc.

Après avoir joué les petites mains dans les années 70, c’est vraiment avec ses deux séries emblématiques que Byrne a donc trouvé son style, aussi bien sur le plan graphique que scénaristique… Quitte à sans s’en rendre compte s’y enfermer un peu, le reste de sa carrière se résumant à ses tentatives plus ou moins réussies de reproduire le même schéma, encore et encore. Exemple avec deux séries, disons, plus mineures, aujourd’hui réédités en France.

La plus instantanément reconnaissable des deux est Alpha Flight – ou la Division Alpha telle qu’elle avait été initialement baptisé en France lorsqu’elle est apparue dans les pages de Special Strange en 1981. Ici, l’analogie avec les X-Men est d’entrée assumée, vu que cette équipe de super-héros canadiens vient du même univers. Les lecteurs nord-américains découvrent d’ailleurs pour la première fois dans les pages de la série X-Men ces agents du gouvernement canadien lancés alors à la poursuite de Wolverine, alias Serval en VF.

Les Next Men ont, eux, eu une genèse bien plus chaotique. Â sa sortie début 92, Byrne a alors perdu son aura d’antan. La mode est désormais aux BD ultra-réalistes et violentes et son style est désormais considéré comme un peu trop daté. Après un passage chez DC Comics pour redonner vie à un Superman moribond, il doit faire appel à un éditeur indépendant pour publier cette nouvelle saga en trois volumes qui reprend, en gros, l’idée d’un groupe de mutants obligés de se battre pour leur liberté et chassés par le gouvernement. Sauf que c’est les années 90 sont là et bien là. Byrne essaye donc de s’adapter en donnant au tout un ton plus cru et désespéré, tout en abordant des thématiques bien trop délicates pour la très prude ‘maison des idées’, comme l’identité sexuelle, l’alcoolisme ou la faillite du modèle parental.

© Marvel/Panini Comics – John Byrne

Malgré leurs différences, ces deux sagas partagent non seulement le même modèle mais aussi la même dynamique de groupe. Lorsqu’on voit Nathan des Next Men avec ses lunettes noires spéciales censées cacher ses yeux dont, sinon, peuvent jaillir des rayons, comment ne pas penser à Cyclope ? Sasquatch d’Alpha Flight est un croisement entre Hulk et Colossus des X-Men. Avec ses pouvoirs puisant dans les traditions de ces ancêtres, Shaman est reflet amérindien de la tempétueuse Ororo etc. Mais surtout, plus que jamais, Byrne s’attache à ses figures de ‘freaks’, à toutes ces personnes qui ne rentrent pas dans les cases alors qu’elles ne demandent que ça. Il est donc l’un des premiers à donner la voix à des minorités jusqu’à lors plutôt ignorées des comics, comme les gens de petite taille ou les homosexuels. Et plus le temps passe et plus leur créateur préfère s’appesantir sur leurs tourments intérieurs plutôt que sur la bonne vieille castagne contre de méchants super-vilains bien monochromes, quitte à perdre peut-être en route certains lecteurs.

Des deux, Alpha Flight reste la plus car toujours ancré dans un schéma traditionnelle, avec toujours cette alternance d’action et d’épisodes plus intimes disons. C’est aussi l’occasion pour Byrne de se faire plaisir à rendant hommage au Canada où il a vécu plus de vingt ans en ancrant souvent l’action dans ses grandes étendues sauvages. Pourtant, pointent déjà ici des thématiques qu’il creusera plus près d’une décennie plus tard avec les Next Men, notamment celle d’un gouvernement favorisant ses propres intérêts, quitte à mentir au grand public et souvent au mépris des lois.

Dix ans plus tard, cette paranoïa rampante est devenue la colonne vertébrale de son art. Si jusqu’à lors il mettait en scène des héros très chevaleresques qui sont avant tout là pour sauver le monde, Byrne change donc de braquet avec Next Men. Ces héros d’un, alors, nouveau genre ne veulent pas en être et sont pétris de psychose. Ils possèdent des pouvoirs dont ils ne veulent pas, dont ils ne savent que faire et qui les font souffrir. Pire : ces capacités hors normes sont la source de tous leurs malheurs. Dix-huit mois après le premier, ce deuxième tome (sur trois prévus) attire encore un peu plus le lecteur dans un labyrinthe scénaristique où Byrne lui-même semble par moment un peu perdu, tant le récit est cérébral et bourré de faux-semblants. Après, même si son style graphique – trop typé années 80, trop ‘propre’ – y apparaît parfois en décalage avec le ton choisi, on ne peut que saluer cette remise en question de la part d’une telle méga-star à l’époque.

Deux séries, deux visions à la fois proches et distinctes et deux occasions pour les fans de John Byrne, histoire de rentrer plus en détail dans l’œuvre de ce grand artisan des comics un peu trop ignoré de la jeune génération.

PS : pour les fans, à noter que la couverture de ce deuxième volet des aventures des Next Men est signée Frank Miller (Daredevil, The Dark Knight). Quant à l’intégrale d’Alpha Flight, on y retrouve au sommaire le grand Steve Ditko (le premier dessinateur ‘culte’ de Sperman et de Doctor Strange) pour un épisode délicieusement rétro de Machine Man où apparaissent trois des membres de l’équipe canadienne.

Olivier Badin

Next Men, Vol. 2 & Alpha Flight: L’Intégrale 1977- 1984 de John Byrne. Delirium et Marvel/Panini Comics. 26 et 35 euros.

 

03 Mai

Year zero ou cette fin du monde qui ne finit jamais…

Une invasion zombie, une société qui s’écroule, des individus essayant chacun à leur façon de survivre… Cela vous rappelle quelque chose ? Bien sûr que Year Zero se revendique ouvertement de The Walking Dead, jusqu’à cette façon de se concentrer sur l’humain plutôt que l’horreur. Mais cette nouvelle saga essaye aussi, timidement, d’écrire son propre petit manuel de survie.

Même pas la peine de tourner autour du pot : le nom de The Walking Dead est cité dès la quatrième ligne du texte d’introduction du premier tome de cette nouvelle série signée par deux petites mains de Marvel et DC Comics. Comme dans la franchise de Robert Kirkman, les auteurs assument d’entrée de s’intéresser plus aux comportements de leurs différents personnages face à la catastrophe plutôt qu’à la catastrophe elle-même. D’ailleurs, l’origine de cette pandémie (cela vous rappelle un sujet d’actualité peut-être ?) est assez rapidement expédiée et digne d’un film de science-fiction de série B des années 50 avec ce mort-vivant datant de la préhistoire et soigneusement conservée dans la glace polaire.

Non, là où Year Zero marque plutôt sa différence, c’est par son style choral et mondialiste. Chacun de ces cinq premiers épisodes alternent des scènes tirées de cinq histoires individuelles se déroulant sur cinq continents. Ce yakuza japonais, ce gamin des rues mexicain ou cette traductrice afghane ont tous en commun d’être isolés ou dans une situation très précaire lorsque cette apocalypse zombie balaie tous. Des survivants avant l’heure qui, chacun à leur façon, vont faire face à la désolation en marche…

© AWA/Panini Comics – Benjamin Parcy & Ramon Rosanas

Oui, on voit des corps mutilés. Oui, des gens se font bouffer et cela décapite pas mal. Mais pourtant, il y a ici un côté presque contemplatif ici, notamment chez ce tueur à gages japonais au calme olympien avec ses longs monologues intérieurs. Voire limite drôle chez ce survivaliste du midwest américain qui sous sa misanthropie de façade cache en fait un grand geek timide en surpoids qui ne demande qu’à avoir des amis et être aimé.

On ne sait pas encore comment tous ces destins vont finir par se rejoindre, ni comment ces deux auteurs vont réussir à se détacher de leur modèle. Mais la justesse du ton, ainsi que le rythme général assez soutenu qui permet de ne jamais décrocher malgré les multiples aller-retour scénaristiques donnent envie de connaître la suite. Comme quoi, on peut être mort et savoir quand même se renouveler.

Olivier Badin

Year Zero – Tome 1 de Benjamin Parcy et Ramon Rosanas. AWA/Panini Comics. 18 €

© AWA/Panini Comics – Benjamin Parcy & Ramon Rosanas

18 Avr

Conan parmi les autre héros Marvel ; une greffe qui ne prend pas ?

 Les crossover – vous savez, ces aventures où se croisent des héros de séries différentes – ont toujours eu le vent en poupe du côté de Marvel depuis les années 60, où l’éditeur s’amusait déjà à faire se rencontrer Spiderman et les Quatre Fantastiques dans le même épisode. Cette fois-ci, c’est Conan qui se prête au jeu mais pas forcément de bonne grâce…

 

Entre Marvel et Conan le Barbare, cela a toujours été une drôle d’histoire. Au début des années 70, le scénariste Roy Thomas a dû littéralement supplier son patron Stan Lee de le laisser adapter en BD le personnage crée par Robert E. Howard en 1932, avant d’en faire l’une des franchises les plus lucratives de « la maison des idées ». Mais après un gros passage à vide à la fin des années 80, Lee le laisse finalement filer à la concurrence laquelle s’empressera, ensuite, de le remettre en selle. Moralité : en 2018, Marvel a de nouveau signé le Cimmérien et visiblement, l’éditeur compte bien rentabiliser son investissement. Donc en plus d’une campagne de réédition colossale, le barbare est actuellement mis à toutes les sauces, avec plus ou moins de réussite.

Ce qui a toujours rendu Conan à part, en plus de l’écriture très classieuse de son créateur, c’est son univers complet et unique, sans vraiment d’autres équivalent chez Marvel. D’où la difficulté d’y ‘transplanter’ d’autres héros… Par un artifice scénaristique un peu pataud, c’est donc le barbare à qui on a demandé ici de faire le voyage pour cette mini-série de cinq épisodes, suite de La Guerre du serpent paru en Septembre dont il répète, hélas, les erreurs.

D’entrée, ça coince avec ce choix, disons, contestable de propulser notre héros dans le Las Vegas d’aujourd’hui sans qu’il ne semble à aucun moment n’en être vraiment troublé. L’autre souci, c’est le côté ‘galerie de personnages’. C’est-à-dire que dans sa quête pour retrouver son ennemi juré le sorcier Kulan Gath, le barbare voit défiler devant lui tout un bataillon de héros ou de méchants ‘mineurs’ dont l’apparition se résume parfois à quelques pages, comme si Marvel avait voulu se servir de cette histoire comme d’une vitrine pour rappeler aux lecteurs l’existence de certains d’entre eux, tel Scarlet Spider. Quitte à un peu trop tout mélanger, Namor le roi d’Atlantis croisant par exemple sans vergogne La Panthère noire pendant que Méphisto tire les ficelles. Un défilé incessant obligeant les auteurs à ne brosser que des portraits assez limités, Conan inclus, dépeint ici comme une brute sans profondeur ne comptant, avant tout, que sur sa force.

Même si sur le papier plutôt amusant, ce road trip frénétique faisant voyager le barbare de Las Vegas aux profondeurs des océans en passant par le Wakanda souffre d’un problème de positionnement. Trop référencé pour les néophytes mais aussi trop superficiel pour les connaisseurs, sans parler d’un style de dessin un peu cartoonesque signé Luke Ross, il ne dépassera sûrement son statut de curiosité un peu trop vite oubliée.

Olivier Badin

Conan – Bataille pour la couronne du serpent par Luke Ross & Saladin Ahmed. Marvel/Panini Comics. 18 €

© Marvel/Panini Comics – Luke Ross & Saladin Ahmed

29 Mar

Undiscovered Country, une vision cauchemardesque de la patrie de l’Oncle Sam post-pandémie

Ils sont juste quelques-uns comme ça, à pouvoir déclencher un projet d’envergure sur leur seul nom. Oui, bien qu’âgé de ‘seulement’ 44 ans, Scott Snyder fait partie de ces scénaristes qui comptent comme on dit : American Vampire, The Swamp Thing ou encore Batman… Cet américain, capable à chaque fois d’imprimer sa patte sans pour autant dénaturer son sujet, s’attaque cette fois-ci au récit post-apocalyptique avec le premier tome d’une série qui s’annonce épique.

Le dernier bébé de Snyder Undiscovered Country est ce que l’on pourrait appeler un blockbuster qui ne se cache pas. Avec son aspect choral, ses quatre autres tomes déjà annoncés et surtout son histoire épique dont on ne fait que deviner les multiples embranchements à la fin de ce premier volume, on n’est même pas étonné d’apprendre que les droits pour le cinéma en ont déjà été vendus, tant ce récit apocalyptique multiplie les superlatifs. Après, ce qui frappe peut-être le plus ici, c’est son caractère involontairement… Prophétique, comme un reflet ultra-pessimiste de ce que notre monde post-COVID pourrait devenir.

Dans un monde ravagé par un mystérieux virus ultra-virulent mortel à 80% du nom d’azur et réduit à deux blocs (l’Europe fusionnée à l’Afrique face à l’Asie), les Etats-Unis sont devenus une forteresse inviolable. Une sorte de prison à ciel ouvert fermée au reste du monde depuis trente ans et dont on ne sait plus rien. Mais lorsqu’un message envoyé de l’intérieur promet un antidote au mal qui terrasse notre planète, un groupe hétéroclite de sept personnages (une journaliste, un docteur, un militaire etc.) aux motivations diverses y est envoyé. Mais ce qu’ils découvrent une fois l’impressionnante enceinte qui jusqu’à maintenant protégeait le continent des regards extérieurs ne correspond pas du tout à ce qu’ils attendaient…

Bien que les références sont multiples et presque toutes cinématographiques (La Planète des Singes, Mad Max, New York 1997 etc.), Snyder et ses compères, dont le coscénariste Charles Soule et le dessinateur Giuseppe Camuncoli, réussissent pourtant à imposer leur vision, bien aidés il est vrai par le travail très pop et vivifiant sur les couleurs. Connu pour être assez bavard, quitte à en faire un peu trop, Snyder fait bien attention à poser son monde ici, faisant bien attention à donner à chaque personnage un background et une raison de vivre propre. Une mise en bouche parfois un peu indigeste mais nécessaire, tant l’univers est riche. Et puis clairement, cela permet de rendre le chemin plus clair pour les (nombreuses) suites à venir. Surtout que le décor est, lui, assez ébouriffant, un pays-continent constellé de ruines et désormais peuplé par des créatures fantasmagoriques. En filigrane, on devine aussi assez facilement un second niveau de lecture, plus politique lui, sur la place de minorités, le repli identitaire ou encore ce qui fait une nation.

Assez touffu, trop parfois, partagé entre blockbuster qui s’assume et œuvre plus personnelle et politique, ce premier volume porte en tous cas de nombreuses promesses, quitte à provoquer une petite frustration que seule la sortie de sa suite pourra calmer. 

Olivier Badin

Undiscovered Country de Scott Snyder, Charles Soule & Giuseppe Camuncoli. Delcourt. 17,50€

14 Mar

Les trésors de Marvel ou comment exploiter au mieux son trésor de guerre ?

Comme DC COMICS avec sa dernière série en date BATMAN ARKHAM, on sent bien que cela turbine sévère du côté des cellules grises de la maison MARVEL pour faire vivre leurs archives à coups de collections au concept plus ou moins légitimes. Là, pour Les Trésors de Marvel, l’idée est de réunir tous les deux mois dans un petit volume de 160 pages vendu à prix très abordable des histoires disparates dont le point commun est leur année de parution.

Sauf que le tout tient presque de la gageure, tant l’univers MARVEL est varié. Au point qu’il est difficile – voire impossible – dans certains cas de choisir une poignée d’épisodes capables de le représenter de façon juste à un instant t. Après, le choix de ce premier tome est intéressant car l’année 1982 est justement une année charnière, celle où la Maison des Idées telle qu’on l’a toujours surnommée était clairement en déclin, plus si courtisée qu’avant car emprisonnée dans des schémas scénaristiques un peu vieillot qui n’avaient pas vraiment changé depuis le milieu des années 60.

Justement, tout l’intérêt du présent volume est de faire la liaison entre l’ancien et le nouveau. Soit sept histoires tirées soit de séries qui étaient alors toujours coincées dans une certaine rengaine du ‘super-méchant-arrive-détruit-tout-New-York-super-héros-arrive-et-arrête-super-méchant-après-une-bataille-épique’, soit animées d’une envie d’entrer dans l’âge adulte tout en foutant un sacré coup de pied dans la fourmilière. Et ici, le leader révolutionnaire qui allait mettre le feu a un nom : Frank Miller.

© Marvel/Panini Comics

Oui, certains l’ont peut-être oublié mais le futur créateur de Sin City et de Batman : Dark Night a fait ses armes chez MARVEL. Lorsqu’il reprend Daredevil en 1979, c’est alors quasiment un inconnu  à qui on confit un titre en perte de vitesse. Il en fera la matrice de toute son œuvre à venir, ultra-réaliste et violente, presque plus sur le plan psychologique que graphique, tout en développant son sens du cadrage, urbain et moderne à la fois. L’épisode choisi ici (Dernière Carte) est l’une des clefs de voûte de son œuvre : devenu aussi scénariste, en plus de tuer l’un de ses personnages, il se permet de tout centrer ici sur le tueur-à-gages psychotique Bullseye, reléguant le super-héros aveugle au second plan. Le résultat est d’une noirceur absolue et reste, encore aujourd’hui, un chef d’œuvre qui tranche nettement avec les autres productions de l’époque, comme le prouvent malgré eux les deux épisodes de Spider-Man choisis pour œuvre ce volume, terriblement prévisibles en comparaison.

© Marvel/Panini Comics

Même s’il est un chouia moins radical dans ses choix artistiques (c’est Chris Claremont, le taulier des X-Men alors, qui se charge du scénario ici), ce n’est pas pour rien non plus qu’on retrouve Miller aussi à la manœuvre derrière le premier épisode de Wolverine, également inclus ici. Et attendez, ce n’est pas fini avec aussi au générique Alex Ross pour la couverture et, entre autres, le canadien John Byrne, alors sur le point d’entamer un run historique à la tête des Quatre Fantastiques. Ça c’est du casting !

Après, difficile de savoir quel type de lecteur est ciblé ici. Le fan pur et dur possède sûrement déjà la majorité de son contenu alors que le novice, lui, hésitera peut-être à se plonger ainsi dans des histoires isolées de leurs séries respectives. Mais bon, à ce prix-là et rien que pour Dernière Carte si vous ne l’avez jamais lu, c’est plus que tentant…

Olivier Badin 

Les Trésors de Marvel – Volume 1 : 1982, collectif. Marvel/Panini Comics. 7 €

08 Mar

Nemesis le sorcier revient et va encore plus loin dans le délire steampunk / fantasy !

Boudiou, les tarés du magazine anglais culte des années 80 2000 AD nous avaient pourtant habitué à aller très loin dans leurs délires. Notamment avec la série ultra-acide Judge Dredd, à laquelle comme par hasard presque tous les artistes présents au générique de Nemesis ont d’ailleurs participé, en premier lieu le scénariste Pat Mills. Et puis on avait déjà prévenu par un premier tome bien épique il y a dix-huit mois… Mais là, c’est officiel : Nemesis Le Sorcier est la série la plus dingo et la plus cosmique de l’univers 2000 AD !

Les points communs entre Nemesis et Judge Dredd sont légions : l’ambiance steampunk, l’humour ultra-noir, la violence sans aucun filtre et, à peine sous-jacent, la virulente critique sociale. Sauf que par rapport à celui qui est la Loi, Nemesis ajoute d’abord une grosse louche de dark fantasy et de mysticisme mais surtout gagne au fur et mesure en puissance, jusqu’à la démesure. Sorti à l’automne 2019, le précédent volume de cette première traduction française quarante ans presque après sa parution initiale avait posé les bases de l’univers en quelque sorte : une Terre ravagée par les guerres nucléaires et où les êtres humains se sont réfugiés sous la surface, dans des mégalopoles rappelant beaucoup le foyer de Dredd (Mega City One) où les citoyens vivent sous la coupe de Torquemada, inquisiteur fou à lier. Assistés par ses Terminators (oui, des années avant le film du même nom), ce bigot sème la terreur tout en faisant la guerre à ceux qu’il nomme les déviants, en premier lieu les aliens (terme, on s’en souvient, qui pourrait se traduire par ‘étranger’). Seul face à lui, Nemesis, magicien au look de centaure cyberpunk…

© Delirium /  Pat Mills, Kevin O’Neill, Bryan Talbot & John Hickelton

Après un donc premier tome pourtant déjà assez délirant avec son noir et blanc classieux, ces nouvelles hérésies serties dans une, une nouvelle fois, très belle édition à couverture cartonnée vont encore plus loin, accentuant l’aspect space opera de la saga tout en y ajoutant des paradoxes temporels. Surtout, Mills se focalise ici sur Torquemada, génial et sadique bad guy à qui il fait tout subir mais pour mieux à chaque fois le remettre en selle, quitte à reléguer au second plan un Nemesis plus nuancé car au final assez éloigné de l’image du chevalier blanc que l’on pourrait avoir de lui. Mais surtout, au-delà des multiples clins d’œil à la pop culture (les connaisseurs reconnaîtront même Vincent Price au détour d’une page par exemple) il ne semble y avoir ici aucune limite, ni en terme de graphisme ni de détours scénaristiques. Lorsque John Hicklenton prend le stylo sur le dernier quart, la série plonge alors dans une noirceur inégalée, où toute trace d’ironie a disparu, pour ne laisser que des personnages plus grotesques et déstabilisants les uns que les autres et où plus aucune lumière ne filtre.

© Delirium / Pat Mills, Kevin O’Neill, Bryan Talbot & John Hickelton

Difficile de résumer ces trois cents et quelques pages apocalyptiques, surtout que sa parution originale en épisode hebdomadaire ont imposé à leurs auteurs à enquiller des rebondissements à la chaine à en faire pâlir d’envie les scénaristes de la série 24H. Mais au-delà du côté luxueux de l’objet et de ses bonus à la hauteur – dont des romans photos ( !) et une ‘histoire de vous êtes le héros’ – cette ressortie dantesque consacre surtout Nemesis comme l’un des récits les plus épiques et les plus épiques jamais publiés dans les pages du pourtant pas très avare en superlatifs 2000 AD. Bref, on ne va pas y aller pas quatre chemins : buy or die !

Olivier Badin

Nemesis Le Sorcier – Les Hérésies Volume 2 de Pat Mills, Kevin O’Neill, Bryan Talbot & John Hickelton. Delirium. 35 €

24 Fév

Spider-Man de père en fils ou comment l’un des fils prodiges d’Hollywood se réapproprie un super-héros

JJ Abrams est ce que l’on pourrait appeler un grand assimilateur. Un nerd, un vrai, sincère amateur de culture pop – de la BD en passant par le cinéma bis ou les jeux vidéo. Il  en connaît tous les codes et il fait donc bien attention à ne jamais les oublier dans toutes ses entreprises de réappropriation – de Star Wars à Mission : Impossible en passant par Star Trek ou la série Westworld. Mais il réussit à aller plus loin avec cette mini-série dédiée à Spider-Man, notamment grâce à l’aide de son fils… Et quitte à ne pas faire plaisir à tout le monde.

JJ Abrams est un spécialiste de ce que l’on appelle aujourd’hui le ‘fan service’, cette façon qu’a ce producteur et réalisateur de dire aux fans ultra ‘ne vous inquiétez pas, je ne vous oublie pas les gars’. Cette forme de révérence vis-à-vis d’un corpus bien précis est aussi un peu ces limites car même s’il sait parfaitement se fondre dans un moule, il a par contre parfois du mal à y plaquer une identité propre. L’annonce de son implication dans une mini-série de cinq épisodes consacrée au tisseur a donc d’abord laissé pas mal perplexe. Le papa de Lost connaissait-il vraiment l’univers MARVEL ? Â force de multiplier les projets sur tous les supports, n’aurait-il pas tendance à se disperser ? N’est-ce pas là juste une tactique marketing pour attirer un nouveau public, quitte à ce que cela soit au dépend du contenu ?

Franchement ? Non. Parce qu’à l’image de cette couverture un peu à côté de la plaque car un peu en contradiction avec son titre, finalement le nom ‘JJ Abrams’ n’est qu’un leurre. En fait, gardez juste le nom et changez le prénom et vous serez tout de suite dans le cœur du sujet. Oui, Ce Père en fils est en fait une collaboration entre JJ et son fils Henry et visiblement et c’est surtout ce dernier qui a pris les rênes. Or Abrams Junior connaît lui aussi ses classiques, cela se sent tout de suite mais cela ne l’a pas empêché d’oser un plutôt audacieux pas de côté qui ne plaira d’ailleurs peut-être pas à tout le monde. Surtout qu’on a affaire ici à un drôle de cas de ‘art imitant la vie’. Ou l’inverse…

© Marvel – Panini Comics  / JJ et Henry Abrams, Sara Pichelli

L’histoire commence par un combat entre Spider-Man et un méchant particulièrement monstrueux nommé Cadavérique qui se termine de manière tragique, avec la mort de Mary-Jane, la femme de Parker et la mère de son fils. Dévasté, Spider-Man raccroche sa toile et abandonne son jeune fils qu’il confie à sa mère. Devenu adolescent, celui-ci découvre non seulement qu’il a hérité d’une partie des pouvoirs de son père mais qu’en plus le responsable du meurtre de sa mère le recherche pour récupérer… Son sang.

Comme son titre l’indique, De Père En Fils parle avant tout d’affiliation. Entre Spider-Man – ou plutôt son alter-ego Peter Parker – et son fils, Ben Parker. Entre JJ Abrams et son fils, Henry. Sommes-nous programmés d’avance entre guillemets ? Ne sommes-nous que la somme de nos parents ? Peut-on échapper à son destin ? Un fils est-il obligé de reproduire le parcours du père ? Autant de questions qui peuvent s’appliquer à ces deux ‘couples’, une double lecture qui donne une épaisseur inattendue au récit.

Mais cela implique ainsi de bousculer un peu la dynamique habituelle. Ce qui veut dire que le normalement flamboyant Peter Parker n’est que l’ombre de lui-même. Absent durant les trois tiers du récit, c’est ici un homme brisé, vieilli et incapable de faire face à sa paternité. On croise d’ailleurs aussi au détour du récit un Tony Stark en vieux beau porté sur la bibine et qui n’a jamais digéré la mort de ses amis les Avengers… Reste qu’en faisant du personnage principal un garçon apprenant à apprivoiser à la fois ses pouvoirs et les affres de l’adolescence, Abrams père et fils remontent à l’origine même de la saga Spider-Man et ne font, au final, que reproduire le schéma d’abord élaboré par Steve Ditko et Stan Lee en 1962. La touche moderne, elle, est apportée par le très effrayant et brutal méchant de l’histoire et la ‘patte’ graphique de la dessinatrice italienne Sara Pichelli, déjà croisée sur la série Miles Morales. Certes, la conclusion est bien trop attendue et on ne sait pas si cette série, qui suit sa propre chronologie, aura une suite ou pas mais le créateur d’Alias remporte quand même plutôt son pari, même si certains vont sûrement crier au sacrilège…

Olivier Badin

Spider-Man, De père en fils de JJ et Henry Abrams, Sara Pichelli. Marvel/Panini Comics. 18€.

© Marvel – Panini Comics  / JJ et Henry Abrams, Sara Pichelli

18 Fév

Batman Arkham – Double-Face : un méchant au carré avec deux fois plus de réussite

Ah, voilà, là où on est tout de suite mieux… Il y a quelques semaines, nous faisions part de nos quelques réserves vis-à-vis de la nouvelle série autour de l’univers BATMAN centrée sur certains lieux emblématiques de la mythologie. Or, malgré la présence de quelques stars au casting, le premier volume sur la Batcave manquait de vraie matière pour vraiment incarner son concept. Mais sa série sœur ARKHAM, elle, fait tout de suite mieux avec un premier tome consacré à DOUBLE-FACE.

Cela dit, la cause était entendue d’avance : en choisissant de consacrer un volume à chacun des ennemis récurrents du Chevalier Noir, DC ne prend aucun risque, tant la majorité d’entre eux (le Joker en premier lieu, le Pingouin, L’Epouvantail, Mr Freeze etc.) sont devenus presque autant de icônes eux-mêmes de la pop culture. Sauf que cette première entrée frappe très fort en jetant son dévolu sur le plus ambivalent de ces ‘grands méchants’ : Double-Face.

Un peu comme le Joker, tout l’intérêt ici de cet ancien procureur vertueux devenu criminel est qu’il apparaît comme une sorte de reflet négatif de BATMAN. Un peu comme lui (même si ce n’est qu’à partir des années 80 et la réappropriation du personnage par Frank Miller que cette thématique sera vraiment creusée) Harvey Dent est constamment écartelé entre Bien et Mal. Une dualité parfaitement illustrée par ce visage digne de Dr Jekyll et Mister Hyde, à moitié beau et à moitié hideux, après qu’un mafiosi ne lui jette par vengeance de l’acide dessus. Comme pour se dédouaner du mal qu’il s’apprête à commettre, il joue à pile ou face avec sa pièce fétiche pour déterminer ses choix, laissant soi-disant le hasard décider à sa place.

© Urban Comics/DC Comics – collectif

Double-Face est donc un méchant atypique, limite schizophrène et graphiquement très contrasté. Une double facette exploitée dès sa première apparition dans un épisode de 1942, reproduit ici en ouverture et dessiné, forcément, par le grand Bob Kane et bien plus subtile que les habituels très manichéennes BD de l’époque.

Mais ce qui frappe peut-être autant ici dans ces quatorze apparitions compilées et parues à la base entre 1942 et 2013, c’est l’incroyable brochette de dessinateurs qui se sont penchés sur son berceau et à qui d’imprimer, à chaque fois, leur patte bien à eux. Il y a bien sûr tout d’abord Kane, le tout premier dont le style presque ‘pop’ tranchait considérablement avec les autres comics de l’époque, encore bloqué sur le style très figé d’un FLASH GORDON par exemple. Mais aussi Neal Adam qui, presque trente ans plus tard (‘La Face Du Mal’) prenait un contrepied quasi-total, ancrant d’un seul coup la série dans un style très réaliste et presque roman noir très proche de celui de Gene Colan du concurrent MARVEL (TOMB OF DRACULA). Ou aussi Matt Wagner (‘Visages’) sous forte influence Richard Corben, qui au début des années 90 l’emmena ensuite vers un style presque gothique et grotesque à la fois, comme un écho de la première adaptation ciné de Tim Burton.       

© Urban Comics/DC Comics – collectif

Chaque auteur successif s’est donc visiblement beaucoup amusé à croquer ce monstre à double visage, quitte à reléguer souvent BATMAN au second plan. Surtout, à part peut-être Adams, tous jouent à fonds la carte de l’ambivalence, n’hésitant pas à montrer un ‘méchant’ qui souffre dans ses rares éclairs de lucidité. Méchant qui est réhabilité ici et qui entame donc cette nouvelle série avec brio.

Olivier Badin

Batman Arkham : Double-Face, collectif. Urban Comics/DC Comics. 29 €

03 Fév

La série Mutafukaz se la joue western et on dit chapeau. Enfin plutôt Stetson !

À la tête de la série-phare de Label 619 et après une tentative de passage sur grand écran qui n’a hélas pas rencontré son public, les deux héros un peu foutraques de Mutafukaz reviennent sur leur côte ouest américaine adorée. Mais cette fois-ci cent trente-cinq ans en l’arrière, à l‘époque de la ruée vers l’or… et des aventures qui vont avec.

En plus de la culture hip-hop et de la société californienne, les deux créateurs de Mutafukaz n’ont jamais caché que l’une de leur grande source d’inspiration était ces fameux ‘buddy movies’ (littéralement, ‘films de potes’) qui ont fait le bonheur des vidéos clubs dans les années 80, vous savez ces paires souvent assorties de deux héros qui, a priori, n’ont rien en commun mais qui finissent quand même (toujours) par se trouver. Si vous ne voyez toujours, rematez vous pour la 67ème fois L’Arme Fatale ou 48 Heures et vous comprendrez…

Alors oui, le ressort dramatique entre Angelino l’éternel écorché vif à la recherche d’aventure et son acolyte gaffeur Vinz au visage de forme de crâne ultra-expressif a un goût de déjà-vu mais ça marche. En fait, cela marche même tellement bien qu’il peut être greffé sur n’importe quelle situation. Voire n’importe quelle époque… La preuve avec Mutafukaz 1886 dont le premier (sur cinq prévus, à un rythme mensuel) épisode sortira le 12 février. À la manœuvre, on retrouve encore une fois le scénariste Run, artiste multi-casquette (dessin, textes, business) à l’origine de Label 619, et cette fois-ci le dessinateur Hutt qu’on avait déjà repéré dans certaines aventures de Doggybags, la série ‘horrifique’ de Label 619.

© Label 619 – Run et Hutt

Cuisiné donc à la sauce ‘western’, Mutafukaz marche toujours aussi bien. Ce premier épisode fait pourtant bien attention à dévoiler juste ce qu’il faut pour allécher le chaland et le maintenir en haleine d’ici au prochain épisode : on y retrouve nos deux héros après qu’ils se soient improvisés chercheurs d’or. Après avoir (enfin) dégotté une petite pépite, le duo accompagné de leur âne décide d’aller dans la petite ville de Rias Rosas claquer leur pécule. Une séance de shopping et un duel dans la rue principale plus tard, ils croisent la route d’un étrange personnage qui s’intéresse de près à eux… 

Des références assumées au cinéma bis (notamment aux westerns spaghettis de Sergio Leone), une pincée de fantastique, un humour potache mais jamais vulgaire, des fausses pubs en forme de clin d’œil au récit… Tout ce qui fait la sève du Label 619 est présent, avec au dessin un vrai-faux nouveau venu qui se fond parfaitement dans le décor. C’est drôle, avec une vraie patte et ça joue à fonds la carte du périodique, jusqu’à son prix, très abordable. Bref c’est un peu comme si le film Cowboys Et Envahisseurs avait accordé ses violons avec un BO signée Snoop Dogg et ça donne juste envie de dévorer la suite, là tout de suite maintenant !

Olivier Badin

Mutafukaz 1886 – Chapter One de Run et Hutt. Label 619. 4,95€ (sortie le 12 février)

© Label 619 - Run et Hutt

© Label 619 – Run et Hutt

02 Fév

Quand Spider-Man dézinguait les (petites) bulles au quotidien

Outre-Atlantique, le format strips (BD sous forme de trois ou quatre cases maximum paraissant de façon quotidienne) était une énorme institution. Publié parfois simultanément dans une centaine de journaux à travers le pays, son lectorat se chiffrait en millions. Mieux : coincé en général dans les dernières pages entre le sport et la culture, il permettait surtout de toucher un public ultra-large, dont un bon nombre de gens qui, sinon, n’achetait jamais de BD. Le Tisseur ne pouvait laisser lui échapper toutes ses proies potentielles…

Alors bien sûr, lorsqu’on pense strips, on pense surtout à ces petites vignettes souvent humoristiques se savourant en trente secondes d’une traite, un genre à part entière qui permis à des séries stars telles que SNOOPY, CALVIN & HOBBES ou encore THE FAR SIDE de percer. Mais la tentation étant trop grande pour les éditeurs de comics de super-héros de ne pas s’y mettre non plus, surtout au moment ù les ventes de leurs sorties hebdomadaires ont commencé à sérieusement s’éroder. Et oui, quitte à reformater pour l’occasion certaines de leurs plus grosses stars…

MARVEL n’échappe bien sûr pas à la règle. Certes, ses éternels rivaux de DC les avaient déjà précédés trois décennies avant avec BATMAN et SUPERMAN sur un terrain déjà dominé par FLASH GORDON ou TARZAN mais pas grave, à la guerre comme à la guerre – surtout que la maison des idées met les petits plats dans les grands en convoquant ses héros les plus populaires du moment, dont CONAN, STAR WARS et donc SPIDER-MAN.

© Comics/Marvel / Stan Lee & John Romita Sr.

On en apprend d’ailleurs pas mal sur l’enjeu que tout cela représentait dans la très intéressante introduction de cette belle réédition, pour l’instant disponible en deux volumes couvrant la période allant de 1977 à 1981, avec un troisième a priori prévu. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le célèbre Stan Lee, qui avait pourtant délaissé le tisseur des années auparavant, s’est remis pour l’occasion à en écrire les scénarios, tout en faisant le forcing pour convaincre le grand dessinateur John Romita Sr de faire partie de l’aventure, malgré le rythme frénétique de travail que cela signifiait.

En France, la série fut parue pendant un temps dans Télé-Poche ( !) puis avait eu droit en 2007 à une première réédition aujourd’hui uniquement trouvable à prix d’or sur internet. Grâce à cette nouvelle version améliorée (notamment au niveau des couleurs et du contenu), on retrouve ici tout ce qui fait le charme, mais aussi le défaut majeur pour ses détracteurs, de ce format si atypique.

La contrainte principale ici, c’est bien sûr son rythme de parution. Avec quatre cases maximum (sauf le dimanche, où on avait alors droit à une pleine page), impossible de ne pas tomber dans un certain manichéisme. Il faut de l’action à tous les coins de rue, des ressorts dramatiques assez basiques et des histoires à la fois simples et en même temps permettant de nombreux rebondissements. En fait, le strip est un style en soit, alors on aime ou on n’aime pas, point.

© Comics/Marvel / Stan Lee & John Romita Sr.

Mais pour ceux qui aiment, c’est un régal. Déjà parce que le style très réaliste de Romita Sr est aussi très ancré dans cette période de la seconde moitié des années 70 et la ville de naissance de SPIDER-MAN, New York avec toutes les clins d’œil qui vont avec, plus en bonus un certain nombre de cameo de people de l’époque, répertoriés dans l’introduction. Ensuite, vu que cette série est totalement indépendante des séries dites ‘principales’ avec sa propre chronologie, Stan Lee s’est permis de rappeler plusieurs des grands méchants de l’écurie MARVEL – du DOCTEUR FATALIS (éternel rival des 4 FANTASTIQUES) en passant par le DOCTEUR OCTOPUS, le CAÏD ou KRAVEN LE CHASSEUR – histoire d’attirer le chaland. Un vrai casting quatre étoiles donc, allié à une restauration de haute volée avec papier épais et couverture couleur tout en respectant le format d’origine en horizontal…

En lançant en 2006 de superbes rééditions, publiées année par année, de la série SNOOPY, l’éditeur DARGAUD avait sans le savoir lancé de façon officieuse la réhabilitation du format strip en France. Un an après la sortie du premier volume des strips du BATMAN de Bob Kane chez URBAN COMICS (à quand le deuxième volume, tiens ?) et celui de STAR WARS chez DELCOURT, PANINI COMICS leur emboîte le pas et met la barre bien haute avec ces deux gros volumes (plus de 300 pages chacun) indispensables aussi bien pour les fans les plus mordus du Tisseur que pour les amateurs de ‘pop art’ populaire.

Olivier Badin

Amazing Spider-Man : Les Comic Strips 1977 – 1979 & 1979 – 1981 de Stan Lee et John Romita Sr. Panini Comics/Marvel. 39,95 euros.