21 Août

Pages d’été. Le Silence des étoiles ou l’histoire d’un chagrin d’amour signé Sanäa K

C’est l’été, les doigts de pied en éventail, le cerveau en mode repos et enfin du temps pour lire et éventuellement rattraper le retard. Sur la table de chevet, quelques livres en attente. C’est le moment…

Comme le chantait Rita Mitsouko, les histoires d’amour finissent mal… en général. Et bien entendu, celle que nous raconte Le Silence des étoiles n’échappe pas à la règle. D’ailleurs, aurait-elle mérité d’être racontée si elle s’était bien terminée ? Chez Disney peut-être, ici, pas certain.

En fait, plus que l’histoire d’amour en elle-même qui ne dure qu’un temps et n’occupe ici qu’une quarantaine de pages sur les 250 que compte le livre, c’est l’après histoire d’amour que nous retrace Le Silence des étoiles, vous savez cette période qu’on a tous vécu un jour et qui nous met dans des états pas possibles. Le chagrin d’amour qu’on appelle ça, avec son lot de tristesse, d’insomnies, de sentiment de vide abyssal, de déprime, de doutes, de larmes, de colère… mille étapes et au bout du bout la reconstruction.

Cette histoire-là, c’est l’histoire de l’autrice, Sanäa K, une jeune Parisienne qui s’est lancée sérieusement dans le dessin en 2009 en créant un blog tout simplement intitulé Sanäa K Ma vie illustrée sur lequel elle raconte son quotidien et notamment une rupture amoureuse douloureuse, sa première rupture amoureuse, celle qui laisse forcément des blessures profondes.

Très populaire sur Internet avec 50 000 abonnés sur Facebook, 141 000 sur Instagram, un blog qui cartonne, Sanäa K ne révolutionne pas la bande dessinée, encore moins le récit d’amour ou de désamour mais raconte son expérience avec un bon coup de patte, une bonne dose d’humour, de modernité et de fraicheur, une touche d’universalité pour que toutes les femmes , et au-delà, puissent se reconnaître. C’est ce qui compte !

Eric Guillaud

Le Silence des étoiles, de Sanäa K. Marabulles. 19,95€ (paru en mai 2019)

@ Marabulles / Sanäa

19 Août

L’INTERVIEW. Inès Léraud, une enquête en bande dessinée sur les algues vertes

Initialement publiée dans les pages de La Revue dessinée en 2017, l’enquête Algues vertes, l’histoire interdite d’Inès Léraud et de Pierre Van Hove est sortie en album un peu avant la trêve estivale 2019. Les algues vertes, elles, n’ont pas pris un moment de vacances proliférant à nouveau cet été sur les plages bretonnes et particulièrement dans la baie de Saint-Brieuc. Au point que certains évoquent aujourd’hui un véritable tsunami. Retour sur une enquête qui dérange aujourd’hui encore avec la journaliste Inès Léraud…

Inès Léraud et Pierre Van Hove

Comment avez-vous découvert ce fléau des algues vertes ?

Inès Léraud. Par un citoyen de Saint-Brieuc, qui se promenait régulièrement avec sa fille en bas âge sur la plage, recouverte d’algues vertes. Sa fille avait développé aux yeux une keratite, et il avait découvert que ça pouvait avoir un lien avec une exposition chronique à l’H2S (hydrogène sulfuré, le gaz toxique produit par les algues vertes en décomposition). Il avait mené des recherches sur les problèmes de santé causés par les algues vertes en putréfaction (le gaz qu’elles produisent peut même tuer). Il m’a transmis ses documents. Voilà, tout est parti d’une enquête citoyenne !

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retrouvez la chronique de l’album ici

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Pourquoi avoir choisi le médium bande dessinée pour votre enquête ?

Inès Léraud. J’ai commencé par faire des émissions de radio (France Inter, France Culture) mais j’avais le sentiment de ne jamais avoir assez de place : j’aurais eu besoin d’une dizaine d’émissions pour raconter toute cette histoire ! Je voulais aussi toucher un plus large public. Un livre ou un long métrage de cinéma me semblait être un format approprié. Finalement le hasard a fait que j’ai rencontré les éditeurs de La Revue dessinée, qui m’ont présenté Pierre van Hove : c’était parfait car la BD est à mi-chemin entre un livre et un film. Ça à l’exigence d’un livre, tout en ayant le côté divertissant d’un film.

@ Delcourt / Léraud & Van Hove

Comment s’est déroulée l’enquête ?

Inès Léraud. C’est un travail de fourmi. J’ai cherché éperdument des témoins de cette histoire. J’en ai rencontré des dizaines, peut-être une centaine (médecins, scientifiques, industriels, directeurs de communication de préfecture, maires, militants associatifs, agriculteurs, ramasseurs d’algues vertes, journalistes locaux, victimes, etc…) qui m’ont raconté ce qu’ils ont vu, entendu, parfois ce qu’on leur a répondu quand ils ont voulu alerter. Beaucoup d’entre eux possédaient de nombreux documents qui prenaient la poussière dans leur grenier, auxquels ils m’ont donné accès. J’ai aussi bien sûr fait une énorme revue de presse de tout ce qui était paru dans la presse locale et nationale. A la fin j’avais dans mon bureau des milliers de notes, de documents, une sorte de puzzle à 5000 pièces qu’il fallait recouper, assembler. A travers le scénario de cette BD, je devais restituer la complexité de l’histoire, tout en la rendant fluide, agréable à lire, avec des personnages vivants, incarnés.

Vous méritez Le prix Elise Lucet de la désinformation

On le voit très bien dans votre récit, les pressions ont été nombreuses contre les lanceurs d’alerte dont vous faites partie finalement. Avez-vous été menacée avant ou après la sortie du livre ?

Inès Léraud. J’ai simplement reçu quelques remarques désagréables comme un directeur de communication de Préfecture qui m’a menacée de me poursuivre en diffamation si je publiais le contenu de l’entretien que je venais d’avoir avec lui ; quelques élus locaux qui ont écrit sur leur page facebook que je venais “salir la Bretagne” (alors que ce qui salit la Bretagne c’est en l’occurence les marées vertes, non ?!) et un scientifique pro-agroalimentaire qui m’a écrit “Vous méritez Le prix Elise Lucet de la désinformation”.

Je pense qu’en France du moins, c’est très compliqué de menacer un journaliste car il a à sa disposition tout pour rendre public les pressions qu’il reçoit. Et finalement, toutes ces remarques à priori désagréables n’ont fait que stimuler mon enquête.

@ Delcourt / Léraud & Van Hove

Vous parlez de silence, de déni, de la part de l’état mais on pourrait aussi parler d’hypocrisie et même d’entrave à la manifestation de la vérité…

Inès Léraud. Tout à fait. Au début de mon enquête je parlais de déni. Aujourd’hui, après 3 ans et demi passés plongée dans cette affaire, je parle volontiers d’entrave à la vérité et même de mensonges.

depuis 2006 à minima l’Etat est conscient du danger

Pensez-vous que l’état a à ce jour tout de même pris conscience du danger de ces marées vertes ?

Inès Léraud. La Préfecture des Côtes d’Armor, qui représente l’Etat, a depuis 2006 la preuve formelle que l’H2S produit par les marées vertes est mortel. Mais elle n’a pas rendu public ce rapport , et en 2008, elle a déclaré qu’il n’avait jamais été prouvé que les algues vertes puissent tuer -raison pour laquelle j’ai parlé de mensonge -. Donc on peut dire que depuis 2006 à minima l’Etat est conscient du danger. Et s’il avait tenu compte des alertes du Dr Pierre Philippe (urgentiste à Lannion) il l’aurait été 17 ans plus tôt !

@ Delcourt / Léraud & Van Hove

Cet été encore, la Bretagne est soumise à un « véritable tsunami » pour reprendre les propos de l’eurodéputé Yannick Jadot. Et ça ne risque pas de s’arranger. Même à Toulouse, les algues vertes prolifèrent sur les bords de la Garonne… Que faudrait-il faire pour inverser la tendance ?

Inès Léraud. En ce qui concerne les algues dans la Garonne je ne peux pas me prononcer car je ne connais pas (encore) bien les phénomènes d’eutrophisation en eau douce. Mais en Bretagne, c’est clair, et difficile à entendre pour notre société : il faut changer le modèle agricole dominant, sortir complètement de l’agriculture intensive, réduire drastiquement la pression animale, éviter toute culture de céréales nécessitant des engrais, augmenter la surface de prairies, et ce au moins sur les bassins versants concernés par les algues vertes,

Finalement, les solutions sont les mêmes que celles permettant de diminuer les émissions de CO2 et méthane, responsables du changement climatique, dans notre atmosphère !

Les agriculteurs et les consommateurs sont aujourd’hui prisonniers de leurs conditions d’existence matérielles, qui souvent les empêchent de tendre vers l’écologie.

L’important, on le voit dans les pages de votre livre, c’est de changer les mentalités. Mais ce n’est pas gagné…

Inès Léraud. Changer les mentalités de qui ? A nos yeux avec Pierre Van Hove, changer les mentalités des gens en général c’est un enjeu mineur par rapport à changer celles des décideurs économiques et politiques ! D’ailleurs, selon nous, ces derniers se dédouanent beaucoup de cette façon : “c’est aux consommateurs de changer”, “c’est aux agriculteurs de changer de mentalité”, “nous on n’y peut pas grand-chose…” Avec Pierre, on n’est pas d’accord avec cette version des faits. Les agriculteurs et les consommateurs sont aujourd’hui prisonniers de leurs conditions d’existence matérielles, qui souvent les empêchent de tendre vers l’écologie. Le mouvement des Gilets Jaune l’a bien rappelé. On voit par ailleurs que tout le système agricole a radicalement changé après-guerre sur décision politique. Il faudrait aujourd’hui des décisions politiques en faveur d’une plus juste répartition des subventions et des richesses ; une mise en valeur des projets agricoles alternatifs. Or le Conseil régional de Bretagne, par exemple, tout en prétendant instaurer “le bien manger” dans la région, continue de soutenir, via des subventions notamment, de gros projets agro-industriels (cause des marées vertes) !

@ Delcourt / Léraud & Van Hove

Un mot sur la mise en images signée Pierre Van Hove, à la fois sobre, précise et épurée, avec une petite touche d’humour qui permet, je trouve, d’alléger un peu le propos. C’était voulu ? Nécessaire ?

Inès Léraud. Pierre est un créateur, je n’ai aucune prise sur lui ! Il s’est énormément imprégné de l’enquête, on est allé ensemble en Bretagne pour rencontrer différents témoins de tous bords afin qu’il se fasse un avis personnel. Il a aussi mené ses propres recherches sur internet et dans des livres, il a lu plein de choses sur l’histoire de l’agriculture. Je ne savais absolument pas ce qui allait sortir de tout ça. J’avais écrit un scénario, qu’il pouvait, par le dessin, “interpréter” de mille façons, comme un musicien devant une partition. J’imaginais qu’il ferait un truc grave et sérieux. Et un jour, il m’a envoyé ses premières planches, dans ce style léger, simple, souvent drôle ou ironique. J’ai tout de suite été subjuguée par l’intelligence du découpage, de la mise en scène. Ensuite avec Mathilda, la coloriste, ils ont choisi de mettre des couleurs pop ce qui a achevé de m’étonner et de me plaire.

Propos recueillis par Eric Guillaud le 15 août 2019

Algues vertes, l’histoire interdite d’Inès Léraud et Pierre Van Hove. La Revue dessinée / Delcourt. 18,95€ La chronique de l’album ici

L’enquête qui dérange : « Algues vertes, l’histoire interdite » d’Inès Léraud et Pierre Van Hove

L’état est-il là pour nous protéger ou pour assurer sa survie ? C’est la question que le lecteur peut légitimement se poser à la lecture de ce livre publié par La Revue dessinée et Delcourt, une enquête au long cours sur les algues vertes qui empoisonnent les plages bretonnes depuis des décennies…

A l’heure où la Bretagne subit une nouvelle marée verte, « un véritable tsunami » pour reprendre les propos de l’eurodéputé Yannick Jadot, l’enquête de de la journaliste Inès Léraud et du dessinateur Pierre Van Hove a le mérite de remettre le phénomène en perspective et de nous questionner sur son origine.

Pourquoi ce silence ? Pourquoi ce déni ? Nous pouvons en effet tous nous interroger sur l’attitude de l’état face à ce phénomène apparu dans les années 60 sur le littoral breton, phénomène qui s’est amplifié avec le temps et aurait provoqué la mort à ce jour de 3 personnes et d’une quarantaine d’animaux, sangliers, chiens, chevaux…), tous asphyxiés par l’hydrogène sulfuré (H2S) émanant des algues en putréfaction.

Un silence, un déni et peut-être même une entrave à la manifestation de la vérité, c’est en tout cas ce que laisse supposer cette enquête. Entre la disparition d’échantillons en laboratoire, la non transmission de résultats d’autopsies, les courriers aux autorités sanitaires restés sans réponse et les pressions exercées sur les lanceurs d’alerte, le tableau est effectivement plutôt sombre et troublant dans un pays démocratique comme le nôtre.

Selon la journaliste Inès Léraud, l’état a depuis 2006 la preuve formelle que l’H2S produit par les marées vertes est mortel. « Et s’il avait tenu compte des alertes du Dr Pierre Philippe (urgentiste à Lannion) il l’aurait été 17 ans plus tôt! »

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L’interview complète d’Inès Léraud est à retrouver ici

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C’est toute cette mécanique caractéristique d’une politique de l’autruche que l’ouvrage met ici en évidence en cherchant des explications dans notre présent mais également dans notre passé, avec la mutation de la société paysanne, l’industrialisation de l’agriculture, le remembrement, l’apparition des élevages de porcs hors-sol…

Et plutôt que de relater cette enquête avec un médium classique, si tant est que la presse écrite, la radio ou la télévision soient encore des médiums classiques, la journaliste Inès Léraud et le dessinateur Pierre van Hove on opté pour la bande dessinée. « Ça à l’exigence d’un livre, tout en ayant le côté divertissant d’un film », explique Inès Léraud. « A travers le scénario de cette BD, je devais restituer la complexité de l’histoire, tout en la rendant fluide, agréable à lire, avec des personnages vivants, incarnés ».

Résultat, un récit d’un peu plus de 130 pages très documenté, très détaillé, porté par un graphisme épuré, des couleurs vives et une fine couche d’humour qui apportent un peu de légèreté et rendent le livre accessible au plus grand nombre.

« J’avais écrit un scénario, qu’il pouvait, par le dessin, “interpréter” de mille façons, comme un musicien devant une partition. J’imaginais qu’il ferait un truc grave et sérieux. Et un jour, il m’a envoyé ses premières planches, dans ce style léger, simple, souvent drôle ou ironique. J’ai tout de suite été subjuguée par l’intelligence du découpage, de la mise en scène. Ensuite avec Mathilda, la coloriste, ils ont choisi de mettre des couleurs pop ce qui a achevé de m’étonner et de me plaire ».

En complément, un dossier d’une trentaine de pages réunit en fin d’ouvrage articles de presse, courriers, rapports de la DDASS, bibliographie et repères chronologiques…

Eric Guillaud

Algues vertes, l’histoire interdite de Inès Léraud et Pierre Van Hove. La Revue dessinée / Delcourt. 18,95€

@ Delcourt / Léraud & Van Hove

07 Août

Pages d’été. Jane, une adaptation libre et réussie du roman de Charlotte Brontë par Ramon K. Pérez et Aline Brosh McKenna

C’est l’été, les doigts de pied en éventail, le cerveau en mode repos et enfin du temps pour lire et éventuellement rattraper le retard. Sur la table de chevet, quelques livres en attente. C’est le moment…

Pour tout vous dire, ce bouquin-là, je l’ai remonté plus d’une fois au sommet de ma pile de livres à lire d’urgence avant qu’il ne redescende sous l’effet de je ne sais quelle priorité absolue. Six mois à faire du trampoline avant d’atterrir un beau soir d’été sur ma table de nuit.

Et je ne regrette en rien d’avoir attendu, non pas qu’il m’ait déçu, bien au contraire, mais Jane mérite beaucoup mieux qu’une lecture accélérée pour cause d’actualité éditoriale intense. Jane est un pur délice ! Normal me direz-vous puis qu’il s’agit ni plus ni moins de l’adaptation d’un autre délice, un grand classique de la littérature anglaise, Jane Eyre, premier roman de l’Anglaise Charlotte Brontë écrit en 1847. Normal peut-être mais toutes les adaptations ne sont pas des réussites. Là oui !

Au talent de Charlotte Brontë est venu s’ajouter, comme une deuxième couche, le talent des deux auteurs responsables et coupables de l’adaptation, la scénariste et réalisatrice Aline Brosh McKenna (Le diable s’habille en Prada...) et le dessinateur de comics multiprimé Ramon K. Pérez (Jim Henson’s Tale of Sand…).

Alors bien sûr, certains regretteront leurs partis pris, notamment la transposition du récit dans notre monde contemporain et dans la ville de New York, ôtant du coup l’atmosphère so british du roman mais l’histoire tient véritablement debout. On y retrouve bien évidemment les principaux personnages, à commencer par Jane, la jeune orpheline, et Edward Rochester, le riche et mystérieux homme d’affaires avec qui elle vivra une histoire d’amour passionnelle malgré la différence d’âge et de classe sociale, malgré aussi un terrible secret qui hante l’immense et glacial appartement de Rochester.

Parfait pour la plage !

Eric Guillaud

Jane, de Ramon K. Pérez et Aline Brosh McKenna. Glénat. 18€

@ Glénat / Brosh McKenna & K. Pérez

Amazing Grace : un récit initiatique et sanglant dans un monde en ruine

En voilà un marqué à la culotte comme on dit : recommandé par LE magazine du cinéma bis ‘Mad Movies’ et avec donc cette étiquette de ‘Grindhouse Stories’ (en référence à la série de films que Quentin Tarentino voulait lancer en hommage aux films d’horreur et d’action de série B des années 70) dont il est le premier avatar, Amazing Grace fait plus que poser toutes ses influences sur la table, il les revendique ouvertement.

D’ailleurs, impossible aussi de ne pas penser à la BD The Walking Dead à la lecture de ce récit racontant la cavale d’un père et d’une fille mutante dans un monde post-apocalyptique en 2035. S’ils n’utilisent pas comme leur grand frère les zombies comme croquemitaines, lui préférant un monde plongé dans le chaos par la menace atomique, les auteurs s’intéressent aussi plus à braquer les projecteurs sur une société en pleine déliquescence, où la nature humaine se révèle au final bien plus monstrueuse… Avec toujours cette éternelle même question au bout : êtes vous prêt à survivre à tout prix ?

@ Glénat / Ducoudray, Bessadi & Alquier

BD de genre qui s’assume donc, Amazing Grace embrasse tous les codes du genre. Bien sûr que l’on se prend facilement d’affection pour ce duo qui essaye tant bien que mal de survivre et d’avoir une relation père/fille normale bien que cette dernière soit à moitié recouvert de poils et capable d’une violence animale si poussée à bout. Et bien sûr que l’on sait que tout cela va finir très mal, même si un tome 2 est déjà en préparation. Parfois assez violent mais pas exempt non plus de quelques longueurs à force de prendre son temps à installer une scène qui, on le sait, va s’écrouler comme un château de cartes, le tout transpire quand même l’amour sincère des films de George Romero et de tous les disciples qu’il a suscité, surtout que cette belle édition compte quantité de bonus non négligeables, comme des croquis ou des interviews de ses créateurs – où l’on retrouve entre autres le scénariste Aurélien Ducoudray qui a participé à l’aventure Doggybags chez Ankama – assez éclaircissantes. Et puis il y a ce slogan, digne d’une affiche écornée de 1973, ‘le futur n’est pas pour les enfants sages’…

@ Glénat / Ducoudray, Bessadi & Alquier

Appelé à embrasser tous les ‘sous-genres’ trop souvent négligés que sont l’horreur, le fantastique, la science-fiction ou même le western, ces ‘Grindhouse Stories’ partent plutôt du bon pied, surtout qu’il y a déjà deux autres livres (Silencio et L’Agent) dans les bacs. Toi qui a passé des heures entières à fouiller les étagères des vidéos-clubs dans les années 80 à la recherche d’obscurs films maudits à regarder ou qui adore se gaver de séries horrifiques, tu vas être gâté.

Olivier Badin

Amazing Grace– tome 1 d’Aurélien Ducoudray, Bruno Bessadi et Fabien Alquier, Glénat, 25€

06 Août

Pages d’été. Des bulles d’histoire pour un passé recomposé

Certains nous prédisent la fin de l’histoire depuis des lustres. Qu’on se rassure, du côté du neuvième art, l’histoire est et sera encore longtemps la matière première des auteurs, une source d’inspiration inépuisable et un voyage sans fin pour les lecteurs. Sur un mode réaliste ou humoristique, documentaire ou romancé, ce genre littéraire se porte plus que jamais à merveille. La preuve avec cette sélection de livres sortis en 2019…

On commence avec Les Sanson et l’amateur de souffrances, une série de Patrick Mallet et Boris Beuzelin qui nous embarque dans la France de la fin du XVIIe siècle, au coeur d’une célèbre famille de bourreaux normands, les Sanson. Pendaisons, décapitations, supplices de la roue… tout a commencé pour Charles-Louis Sanson lorsque, à la faveur d’une chute de cheval dans la campagne normande, le jeune homme est recueilli par Pierre Jouenne et sa fille Marguerite dont il tombe immédiatement amoureux. Pour pouvoir se marier avec elle, Charles-Louis accepte de reprendre la funeste charge de son futur beau-père et devient donc à son tour bourreau, apprenant le métier sur le tas, ou plus précisément sur les condamnés avec quelques ratés ici ou là. Mais très vite, Charles-Louis apprend les ficelles du métier : « j’ai appris à flageller, j’ai appris à marquer au fer rouge, j’ai appris à mutiler les yeux, la bouche, la langue, les oreilles… », bref que du bonheur, deux albums parus à ce jour, un scénario qui mêle historique, fantastique et histoire d’amour. Coup de coeur assuré ! (Les Sanson et l’amateur de souffrances, de Beuzelin et Mallet. Vents d’ouest. 17,50)

« C’est donc une révolte ? », s’interroge le roi. « Non sire, c’est une révolution », reprend le duc de La Rochefoucauld. Vous l’aurez deviné par le titre de ces deux albums et par ces quelques mots célèbres, 1789 La mort d’un monde et 1789 La naissance d’un monde nous plongent au coeur de la Révolution française, deux albums, deux points de vue, celui de la noblesse d’un côté, celui du tiers état de l’autre, et au centre un événement majeur qui donnera naissance à la monarchie constitutionnelle, étape entre la monarchie absolue et la république. Comme on peut s’y attendre, le scénario est relativement didactique et le graphisme, classique. (1789 La mort d’un monde et 1789 La naissance d’un monde, de Simsolo et Martinello. Glénat. 14,95€ l’album)

Changement de période, changement de style avec Le Fragment, un one-shot signé par trois Espagnols et racontant un épisode méconnu de la guerre d’Espagne, l’opération secrète lancée par le général franquiste Queipo de Llaano pour détruire le fameux tableau de Picasso, Guernica, composé à la demande du gouvernement républicain pour dénoncer les bombardements de populations civiles. « Dans le panneau auquel je travaille… », dira Picasso, « et que j’appellerai Guernica, j’exprime clairement mon horreur de la caste militaire qui a fait sombrer l’Espagne dans un océan de douleur et de mort ». Passionnant, forcément ! (Le Fragment, de Llor, Vargas et Exposito. Nouveau monde Graphic. 15,9€)

Chez le même éditeur, l’album Les Tambours de Srebrenica, de Philippe Lobjois, grand reporter spécialisé dans les conflits, et Elliot Raimbeau, BD-reporter, nous ramène à une période beaucoup plus proche de nous, les années 90, pour une guerre tout aussi horrible et meurtrière, la guerre en ex-Yougoslavie. Avec un angle plutôt singulier, celui de la justice, du tribunal international de La Haye et des premiers actes d’accusation contre les criminels de guerre. Une guerre dans la guerre, avec au centre du récit, Hugo Bedecarrax, un jeune enquêteur français détaché auprès du tribunal pénal. L’histoire commence en 1995, précisément 45 jours après la prise de l’enclave musulmane de Srebrenica par les forces serbes… Un récit très documenté en noir et blanc accompagné d’un dossier complet d’une quinzaine de pages pout tout comprendre des enjeux de cette guerre. (Les Tambours de Srebrenica, de Philippe Lobjois et Elliot Raimbeau. Nouveau monde graphic. 24,9€)

On connaît tous les fameux rats de Ptiluc. L’auteur reprend ici ses animaux de prédilection mais aussi des poules, des canards, des lapins ou encore des ours pour nous proposer un récit animalier autour de l’histoire d’Hitler et du nazisme, à la façon de La Bête est morte de Calvo paru en 1944 ou de Maus de Spiegelman publié à partir de 1980 aux États-Unis. Paru dans la collection La Véritable histoire vraie qui compte déjà plusieurs titres sur quelques autres grands méchants de notre histoire comme Attila ou Dracula, La Véritable histoire vraie d’Hitler débute bien avant la naissance du dictateur le 20 avril 1889 pour se terminer le jour de son suicide le 30 avril 1945. Avec une touche d’humour maîtrisée, Ptiluc raconte « sa vie, son oeuvre », et à travers ce funeste personnage une période sombre de notre histoire. Le divertissement au service de l’instruction ! (Hitler, la véritable histoire vraie, de Ptiluc et Swysen. Dupuis. 20,95€)

Dans un style graphique beaucoup plus réaliste, Tiananmen 1989 – Nos espoirs brisés est le témoignage inédit de l’un des leaders étudiants de l’occupation de la place Tiananmen il y a tout juste 30 ans, occupation pacifique qui s’était achevée dans un bain de sang par l’intervention des forces armées. Lui Zhang, c’est le nom de ce leader, est aujourd’hui réfugié en France où il est professeur de civilisation chinoise. Son récit, loin de s’en tenir au factuel de la seule occupation de la place, raconte comment et pourquoi des millions de Chinois en sont arrivés là, bravant la peur des représailles, occupant cette place emblématique de l’histoire chinoise pendant des semaines. Un événement majeur dans l’histoire mondiale et bien sûr dans l’histoire du pays, mais un événement toujours censuré à ce jour en Chine !(Tiananmen 1989 – Nos espoirs brisés, de Gombeaud, Zhang et Améziane. Delcourt. 17,95€)

D’une guerre à l’autre, d’une tragédie à l’autre, le premier volet d’Algérie, Une guerre française sorti en mars dernier nous plonge dans l’atmosphère de l’Algérie des années 40 et 50, au moment où apparaissent les premières tensions qui mèneront à la guerre en 1954. Pendant que les enfants, musulmans et pieds noirs, jouent ensemble, un groupe de six hommes se réunissent pour projeter une attaque simultanée sur tout le territoire. Ces hommes s’appellent Rabah Bitat, Mostefa Ben Boulaïd, Didouche Mourad, Mohamed Boudiaf, Krim Belkacem et Larbi Ben M’hid. Ils prendront le nom des « Fils de la Toussaint » en lançant la guerre pour l’indépendance de leur pays le 1er novembre 1954. Une série prévue en 5 volumes. (Algérie, Une guerre française, de Buscaglia et Richelle. Glénat. 15,5€)

Forcément, ce nom rappellera quelque chose aux fidèles auditeurs de France Inter. Rendez-vous avec X est une émission culte de la radio animée par le journaliste Patrick Pesnot et traitant de l’histoire contemporaine à travers le prisme d’affaires d’espionnage. Arrêtée en 2015, l’émission débute aujourd’hui une nouvelle vie dans l’univers du neuvième art. Deux premiers titres ont été publiés en mars chez Comix Buro, La Chinoise, histoire d’amour entre un comptable de l’ambassade française en Chine et un acteur de l’Opéra de Pékin, et La Baie des cochons, récit du terrible fiasco que représente pour les Américains le débarquement d’un bande de mercenaires anti-castristes à Cuba en 1961. Comme dans l’émission de radio, ces deux récits mettent en scène Patrick Pesnot et un agent des services secrets, Monsieur X, qui raconte les événements. En bonus dans chaque album, un dossier de quelques pages pour approfondir le sujet.  (Rendez-vous avec X – La Baie des Cochons, de Mr Fab et Dobbs et La Chinoise, de hautière et Charlet. Comix Buro. 14,95€)

On reste à Cuba avec ce magnifique ouvrage paru aux éditions Dupuis en mai dernier. El Comandante Yankee du Kosovar Gani Jakupi raconte la révolution cubaine vue de l’intérieure, au plus près de la guérilla. On y croise quelques figures légendaires de la révolution telles que le Che, Fidel Castro, Eloy Gutiérrez Menoyo, Lázaro Artola Ordaz, mais aussi Hemingway… on encore William Alexander Morgan, un Yankee, ancien Marine, ayant décidé de combattre contre Batista et donc aux côtés de Castro. Ce récit a nécessité une douzaine d’années de travail à l’auteur, douze années à recueillir les témoignages, réunir les sources, recouper les informations, à se rendre sur place, à dénicher des documents inédits et même à rencontrer certains acteurs de la révolution comme Miguel García Delgado, aujourd’hui à la tête d’un compagnie de taxis à Miami. Et le résultat est saisissant ! (El Comandante Yankee, de Gani Jakupi. Dupuis. 32€)

Eric Guillaud

02 Août

Marvel fan des sixties

Lorsqu’on est assis sur un trésor de guerre comme la maison Marvel peut l’être, on aurait tort de se priver. D’où une nouvelle série thématique de ses meilleurs récits, décennie par décennie, avec en première ligne un volume consacré à cette période charnière que furent les sixties…

Donc, même si les éditions et les rééditions se multiplient au point qu’il est parfois assez dur de s’y retrouver, l’éditeur américain profite de son quatre-vingtième anniversaire (en tous cas, si l’on se réfère à sa première existence sous le nom de Timely Comics) pour sortir des recueils thématiques sensés réunir, à défaut des meilleures histoires (notion de toutes façons trop subjective et donc sensible), les plus représentatives, toutes séries confondues. Le tout, décennie par décennie, des années 40 aux années 2000 et donc déclinées en sept volumes. Avec à chaque fois, en guise de fil rouge, un héros bien précis.

Si les volumes consacrés aux 40s et aux 50s ont plus un intérêt historique qu’autre chose avec leur style rétro très daté et leurs scénarios souvent bien trop manichéens, on attaque vraiment les choses sérieuses avec celui dédié aux 60s, avec Spider-Man en guise de fil conducteur. D’abord parce qu’on est là dans le deuxième âge d’or de la bande dessinée et qu’outre-Atlantique, la guerre froide, la peur atomique et l’essor de la conquête spatiale ont donné naissance à un public certes toujours avant tout juvénile mais plus exigeant et qu’il faut toujours plus impressionner.

@ Panini Comics/Marvel – Stan Lee, Jack Kirby & Steve Ditko

Cela dit, le vrai plus de ce volume-ci est son casting légendaire. À part une, toutes les histoires ont droit à des scénarios signés Stan Lee. Et au dessin, ce sont les trois têtes d’affiche du panthéon Marvel qui se partagent le gâteau : Steve Ditko, Jack Kirby et Roy Thomas. Niveau casting, pas vraiment de super-héros d’arrière-garde non plus avec, donc, Spider-Man mais aussi les Quatre Fantastiques, Daredevil, Docteur Strange (dans un épisode psychédélique à souhait car se passant dans une autre dimension), les X-Men etc. 

Réalisées entre 1964 et 1968, toutes ces histoires ont en commun de voir Spidey rencontrer voire combattre tous ses copains supers. Elles aussi restent marquées par le sceau de leur époque, avec un manichéisme qui a encore la peau dure. Mais au-delà des actes de bravoure obligatoires et des postures héroïques commencent malgré tout à poindre une forme plus subtile de pessimisme et des thématiques plus adultes, comme l’acceptation de soi-même, assumer son choix d’être différent etc. Après, une remise dans le contexte et un peu d’explication sur pourquoi tel épisode a été choisi plutôt qu’un autre aurait été apprécié, laissant les philistins hélas un peu hors-jeu. Mais tout fan de comics digne de ce nom ne peut jamais refuser a priori un 8765èmerencard avec Messieurs Kirby, Ditko et Lee, jamais. Surtout dans une aussi belle édition…

Olivier Badin

Décennies, Marvel dans les années 60 par Stan Lee, Jack Kirby & Steve Ditko, Panini Comics/Marvel, 35 euros

@ Panini Comics/Marvel – Stan Lee, Jack Kirby & Steve Ditko

28 Juil

Pages d’été. Hollywood menteur, une incursion dans la machine à rêves signée Luz

C’est l’été, les doigts de pied en éventail, le cerveau en mode repos et enfin du temps pour lire et éventuellement rattraper le retard. Sur la table de chevet, quelques livres en attente. C’est le moment…

Si vous n’avez jamais vu The Misfits, Les Désaxés en français, je ne saurais vous conseiller de le télécharger fissa et de le visionner avant d’ouvrir ce livre de Luz publié chez Futuropolis en avril dernier.

Hollywood menteur nous plonge en effet dans les coulisses de cette pépite du 7e art au casting d’enfer. John Huston à la réalisation, Arthur Miller au scénario, Clark Gable, Marilyn Monroe, Montgomery Clift et Eli Wallach dans les rôles principaux.

En tout cas, si vous ne l’avez pas vu, Luz, lui, l’a vu une bonne vingtaine de fois au point d’en développer une obsession. Il faut dire que The Misfits a tout pour être mythique, le casting bien sûr mais aussi le tournage sacrément « erratique » comme le souligne l’auteur et enfin l’histoire en elle-même qui devait briser l’image qu’on avait jusque là de Marilyn. Luz nous montre la face cachée du film et, au-delà, la face cachée de la fabrique à rêves hollywoodienne. Avec ses illusions et ses mensonges. Et de rêve justement, il en est question ici. Après avoir été « la grande machine de propagande du rêve américain », comme le souligne Virgine Despentes, le cinéma, à travers The Misfits, pourrait dorénavant en refléter sa déliquescence.

Étrangement, ou pas d’ailleurs, le film fut un échec commercial lorsqu’il sortit en 1961. Il faudra attendre quelques années, pour ne pas dire des décennies, afin qu’il soit enfin considéré à sa juste valeur, un film crépusculaire, un film marquant en tout cas la fin d’une époque. Clark Gable meurt avant même la sortie du film, Marilyn disparaît quelques mois plus tard. L’Amérique perdait coup sur coup deux références, celle du mâle dominant, le cowboy, et celle de la femme fatale, objet de tous les fantasmes.

Dans cet envers du décor, écrit à partir de nombreux écrits et témoignages sur le tournage, Luz tente lui-aussi de donner une autre image de Marilyn. « Marilyn, c’est est un symbole, un fantasme… mais j’avais envie d’en faire un symbole de courage et de ténacité », déclare-t-il à nos confrères du figaro.fr.

Et de montrer dès la couverture Marilyn avec une expression que vous ne lui verrez sur aucune photo. Marilyn en colère. Une des scènes du film. En colère après les hommes, après la société, après le monde, après elle-même peut-être aussi. En colère, explique l’auteur, comme peuvent l’être finalement toutes les femmes hier et aujourd’hui… Très beau bouquin !

Eric Guillaud

Hollywood menteur, de Luz. Futuropolis. 19€ (sorti en avril)

@ Futuropolis / Luz

Pages d’été. Un album collectif pour fêter les 50 ans des éditions Glénat

C’est l’été, les doigts de pied en éventail, le cerveau en mode repos et enfin du temps pour lire et éventuellement rattraper le retard. Sur la table de chevet, quelques livres en attente. C’est le moment…

Glénat a 50 ans ! Et ce n’est pas rien 50 ans. Ça représente quelques milliers de projets signés, des millions de planches, une belle brochette de héros de papier, des centaines d’auteurs et autrices qui font désormais partie de nos références culturelles, c’est encore, aujourd’hui, plus de 800 nouveautés par an, un catalogue de plus de 10000 titres… et toujours le même passion du boss, Jacques Glénat, pour cet art devenu majeur grâce notamment à l’action de gens comme lui. À travers les tempêtes et les pétoles, Jacques Glénat a su mener sa barque et fêter aujourd’hui ce bel anniversaire.

Et comment fêter l’anniversaire d’une maison d’édition comme celle-ci si ce n’est en bande dessinée ? Tout juste sorti avant la période des grandes transhumances estivales, cet album collectif dont on remarque immédiatement la magnifique couverture signée Nicolas Pétrimaux a été voulu comme un véritable hommage à la maison d’édition mais aussi à ses auteurs et autrices, à ses héros et héroïnes.

De Boucq à Tebo, de Fabcaro à Manara, de Loisel à Chabouté, une quarantaine d’auteurs y ont participé en imaginant une histoire sur deux pages à partir d’un postulat simple : Un auteur frappe à la porte des éditions Glénat… 

Eric Guillaud

Glénat, 50 ans d’édition. Collectif. 20€ (sorti en juin 2019)

26 Juil

Pages d’été. Grasskings : une leçon de polar signée Matt Kindt, Tyler Jenkis et Hilary Jenkis

C’est l’été, les doigts de pied en éventail, le cerveau en mode repos et enfin du temps pour lire et éventuellement rattraper le retard. Sur la table de chevet, quelques livres en attente. C’est le moment…

Si vous aimez les récits noirs qui plongent le lecteur dans le trou du cul du monde avec une brochette de dingues et de paumés en guise de héros, alors vous allez être servis. Ce triptyque signé Tyler Jenkins et Matt Kindt est un polar sans concession où l’on flingue sans sommation…

« En raison de l’augmentation du prix des munitions, il n’y aura pas de tir de sommation ». Ça a le mérite d’être clair. Mieux vaut ne rien avoir à faire à Grass Kingdom, il y a peu de chance que vous y soyez le bienvenu. Et c’est comme ça depuis la nuit des temps. Certains s’en souviennent encore, ou du moins s’en souviendraient s’ils n’étaient pas morts et plantés au fond du lac. « Ce n’est pas le genre d’endroit qu’on prend à la légère. Il y a un prix à payer pour avoir le droit de vivre de ce côté du rivage ».

Mais alors, me direz-vous, qui a le droit de vivre dans ce bled pourri au milieu de nulle part ? Des privilégiés ? Pas vraiment. Ici vit une petite communauté, un casting de dingues et de paumés, quelques squatters, un gus fada des avions de la première guerre mondiale, un ancien sniper de l’US Navy, peut-être même un tueur en série… et trois frangins dont le plus jeune, Robert, tente d’oublier la disparition de sa fille dans l’alcool, et le plus vieux, Archie, se prend pour LE flic du coin.

Et tout ce petit monde vit en – très relative – quiétude jusqu’au jour où débarque une jeune-femme qui s’avère être la compagne du shérif de Cargill, un patelin voisin. Et là, tout finit par dégénérer…

Des dialogues percutants, un dessin taillé à la serpe, une atmosphère lourde, des personnages qui ne manquent pas de caractère et une réflexion entre les lignes et les traits sur la peur de perdre un enfant… Tyler Jenkins et Matt Kindt nous offrent l’un des polars les plus forts de l’année 2019. Et comme promis, les trois volets ont été publiés en moins de six mois.

Eric Guillaud

Grasskings, de Matt Kindt, Tyler Jenkis et Hilary Jenkis. Futuropolis. 22€ le premier volet, 20 les deuxième et troisième

@ Futuropolis / Kindt & Jenkins

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