18 Déc

Chroniques de Noël : Ma vie d’artiste, un récit autobiographique de mademoiselle Caroline

Et sinon ma chérie, c’est quoi ton vrai métier ? Combien d’artistes ont été un jour confrontés à cette question, tantôt posée avec un brin de naïveté, tantôt avec un vrai fond de méchanceté. Cette question, Mademoiselle Caroline la balaie d’un silence qui veut tout dire et passe à la suite, à savoir comment on devient artiste. Ça, c’est une vraie question. Et Ma vie d’artiste y répond… À

Artiste, Mademoiselle Caroline l’est assurément. Un vrai métier, une vraie passion, des études, de longues études même, du travail, beaucoup de travail, et des albums.

De Chute libre à La Différence invisible, de Enceinte! C’est pas une mince affaire à Maman?! Quoi encore ?, de Quitter Paris à Je commence lundi, le régime anti-régime!, Mademoiselle Caroline s’est fait un nom dans le genre autobiographique tendance drôle.

Mais elle sait aussi aborder des thèmes plus graves comme la dépression ou l’autisme (en compagnie de Julie Dachez) avec tact, avec légèreté, et toujours avec bonheur.

Dans ce nouvel opus, Mademoiselle Caroline nous raconte SA vie d’artiste, son parcours pour arriver là où elle est aujourd’hui. Depuis sa plus tendre jeunesse, ses premières feuilles griffonnées en regardant Récré A2 à la télévision, jusqu’à la parution de ses premiers albums chez City puis chez Delcourt. La consécration ! 3 T dans Télérama, une équipe complète aux petits soins de ses livres, des tournées de dédicaces, la rencontre avec le monde du neuvième art…

Et c’est là que l’album devient très intéressant. Mademoiselle Caroline nous raconte son quotidien, les festivals à courants d’air, les dédicaces sur tirage au sort, les libraires BD qui se prennent pour Flynn Rider, le beau gosse de Raiponce, le regard des hommes peu habitués à voir des auteurs femmes, les bouquins qui se vendent ou pas, l’argent que ça rapporte ou pas, les illusions et désillusions…

Et pour raconter ce parcours, Mademoiselle Caroline adapte son dessin à chaque période de SA vie d’artiste. Un trait enfantin en noir et blanc pour sa prime jeunesse, en couleurs quand on lui offre sa première boîte de crayons, plus affirmé lorsqu’elle est admise à l’école Penninghen, un dessin sur fond sombre lorsque la technique est à l’étude ou à la mode, et enfin le style graphique qu’on lui connaît aujourd’hui lorsqu’elle devient officiellement auteure de BD. Oui, auteure de BD. Ce n’est pas un gros mot. Et si vous vous demandez encore ce qu’est son vrai métier, alors reprenez la lecture de cette chronique à son début.

Eric Guillaud

Ma Vie d’artiste, de Mademoiselle Caroline. Delcourt. 19,99€

© Delcourt / Mademoiselle Caroline

17 Déc

Beyond ! ou la vraie fausse suite d’un grand classique de Marvel

Tout un tas de super-héros et super-méchants sont envoyés malgré eux sur une planète reculée pour mieux satisfaire le voyeurisme d’une entité mystérieuse qui leur promet monts et merveilles en guise de récompense. Fans de comics, cela vous rappelle quelque chose ? C’est voulu…

En 1984, l’empire Marvel au creux de la vague a besoin de frapper un grand coup et, accessoirement, d’assurer le contrat qu’il vient de passer avec une marque de jouets. 

D’où l’idée de la saga Les Guerres Secrètesdont le pitch semble tenir sur un timbre-poste : les plus grands héros (Spider-Man, les Quatre Fantastiques, les X-Men, Iron Man etc.) et les plus grands méchants (avec, en tête, le Docteur Fatalis) se retrouvent propulsés sur une autre planète où une entité extra-terrestre surpuissant nommée le ‘Beyonder’ (littéralement, celui qui vient de l’au-delà) propose de rendre réel leurs rêves les plus fous à condition qu’ils acceptent de s’entretuer. 

Sauf que contre toute attente, ce récit quasi-homérique prend une tournure quasi-philosophique, notamment en remettant la question du Bien et du Mal et des motivations des uns et des autres. Même en France, où la série est publiée dans le magazine Spideyà partir de Juillet 1985, la série est devenue culte, symbolisant même pour certains le passage de Marvel à l’âge adulte.

En y faisant ouvertement référence – jusqu’à son titre – Beyond !met d’entrée les pieds dans le plat. Nireboot, ni suite, voici une sorte de post-histoire parallèle déclinée en six chapitres assez courts où une bande de héros se retrouvent, une nouvelle fois, téléportés contre le gré à l’autre bout de la galaxie et défiés par une entité se prétendant être la réincarnation du Beyonder avec la même carotte. Sauf que la seule vraie ‘star’ du lot, Spider-Man, est éliminée dès le premier épisode par son ennemi juré, Venom. 

Et derrière, ça bastonne, ça bastonne et ça bastonne encore. Pas de grands discours, pas trop de subtilité non plus, ça explose dans tous les sens poussé par un coloriste s’en donne à cœur joie. D’une certaine manière, on pourrait donc dire qu’en fait Beyond !offre aux fans ce qu’ils avaient d’abord attendu des Guerres Secrètes. Sauf que si ces dernières avaient tant maqué les esprits, c’est justement parce qu’elles avaient osé prendre le contrepieds. 

Après, c’est vrai que malgré une conclusion un peu trop hâtée et des héros de série B trop lisses (Ant-Man, Deathlok, Medusa), on en prend plein les mirettes, ses créateurs osant même sacrifier l’un de leurs personnages (non, on ne dira rien, même sous la torture !) histoire de donner au tout encore plus de panache. Mais disons que ce Beyond ! est surtout pour les fans de comics et comme une sorte de gros blockbuster que l’on va voir un dimanche après-midi de pluie, armé de son poids en pop-corn, ni plus, ni moins. 

Olivier Badin

Beyond ! de Dwayne McDuffie et Scott Kolins, Marvel/Panini Comics, 18€

Chroniques de Noël : Violette Morris ou le destin d’une femme pas comme les autres par Galic, Kris et Rey

On le sait, il n’y a pas eu que des héros résistants pendant la guerre, certains et certaines ont délibérément choisi le camp de la collaboration avec l’Allemagne nazie. Violette Morris est l’une d’entre elles, une force de la nature qui déroula une extraordinaire carrière sportive avant de prendre un chemin bien sombre. Ce livre est une fiction, une enquête imaginaire autour du personnage…

Athlétisme, football, cyclisme, natation… et même sport automobile, Violette Morris a marqué le sport des années folles en remportant une quantité incroyable de prix, une championne multicartes connue pour ses exploits bien sûr mais aussi pour un physique et un caractère atypiques.

Mais son destin a basculé en 1936 à l’occasion des Jeux Olympique de Berlin. Approchée par les Allemands, elle devient alors espionne pour le compte de l’Allemagne nazie et travaillera un peu plus tard pour la SS et la Gestapo française, gagnant son surnom de Hyène de la Gestapo.

Cette histoire prévue en quatre tomes est signée par les auteurs d’Un maillot pour l’Algérie paru il y a deux ans aux éditions Dupuis, Javi Rey au dessin, Bertrand Galic et Kris au scénario. Et le résultat est tout aussi réussi. Violette Morris, à abattre par tous moyens raconte la vie de cette femme hors du commun à travers une enquête sur son assassinat sur une petite route de la campagne normande en 1944, une enquête menée par un personnage fictif cette fois, la détective juive Lucie Blumenthal.

Graphisme, couleurs, scénario… que du bon pour ce récit qui nous plonge au coeur de l’histoire du XXe siècle.

Eric Guillaud

Violette Morris (tome 1), de Galic, Kris et Rey. Futuropolis. 16€

15 Déc

Gaston, Buck Danny, Alix, Les Minions, Cédric, Les Tuniques Bleues, Louca… 10 BD jeunesse pour Noël

Dernière ligne droite avant Noël ! Pour vous aider dans vos cadeaux, voici une sélection de bandes dessinées pour les plus jeunes…

On commence avec Cédric, 32e album et 32 ans d’existence pour ce gamin né d’une rencontre entre le scénariste Raoul Cauvin, bien connu pour ses Tuniques bleues, et le dessinateur Laudec. 32 albums, tous conçus sur le même principe de l’histoire courte, drôle et tendre, des aventures du quotidien qui, mine de rien, parlent de vous, de nous, de la famille, de la société, avec amour. 11 millions d’albums vendus, un classique de la BD franco-belge. (Cédric tome 32, de Cauvin et Laudec. Dupuis, 10,95€)

Et de six pour Louca. Le héros de Bruno Dequier, une véritable catastrophe ambulante, nul à l’école, nul sur un terrain de foot, est de retour pour la suite de ses aventures et toujours cette drôle de mission que lui a confié son coach fantôme Nathan :  la constitution d’une équipe de football. Pour cela, il doit convaincre des joueurs qui se sont détournés du foot pour d’autres sports. Et l’exercice n’est pas des plus faciles. Exemple cette fois-ci avec Gervais qui a fait son nid dans le basket ball ou encore Mathis qui est devenu un as du saut à la perche… (Louca tome 6, de Bruno Dequier. Dupuis. 10,95€)

Il s’appelle Brouillard, comme le brouillard, Billy de son prénom. Un petit garçon comme les autres… du moins le jour. Parce qu’à la nuit tombée, Billy se transforme en un aventurier, un détective du bizarre. Brouillard le roi du bizarre, ça rime. Mais Brouillard n’est pas là pour faire de la poésie, ce qu’il aime par dessus tout c’est résoudre les mystères les plus sombres et repousser les limites de l’inconnu. Ce n’est bien sûr pas facile tous les jours – ou plutôt toutes les nuits – mais fort heureusement le lecteur peut aider le héros grâce à une loupe à filtre rouge qui révèle au fil des pages des personnages cachés et autres détails… Un dessin moderne sans case, une enquête pleine de monstres, de sorcières et de drôlerie qui développe l’imaginaire et peut susciter des vocations. (Le Détective du bizarre, de Guillaume Bianco. Soleil, 16,95€)

62e tome ! Non, vous ne rêvez pas, Les Tuniques Bleues sont de retour pour une 62e aventure ! Comment peut-on, vous demandez-vous, écrire autant d’albums dans une vie d’auteur ? La passion et le talent. Willy Lambil et Raoul Cauvin sont des passionnés et des talentueux, des auteurs qui dessinent et écrivent comme ils respirent. Sallie est le nom de ce nouvel opus, c’est aussi le nom d’une chienne qui déteste les confédérés et va aider le sergent Chesterfield et le caporal Blutch dans leur nouvelle mission : capturer un ennemi pour lui soutirer  des informations capitales. Un classique du genre ! (Les Tuniques Bleues tome 62, de Lambil et Cauvin. Dupuis. 10,95€)

Bon ok, ils ont des têtes de capsules jaunes comme on peut en trouver chez une fameuse marque de chocolats pour enfants. Vous savez, avec un gadget à l’intérieur. Mais, ils sont sympas les Minions et ont remporté un franc succès au cinéma comme seconds rôles des aventures de Moi, Moche et Méchant. De quoi leur donner des envies de premiers rôles, c’est finalement chose faite à la fois au cinéma et en bande dessinée. Voici le 3e tome de la série initiée par Renaud Collin et Stéphane Lapuss avec toujours la même formule, des gags muets sur une page. (Les Minions tome 3, de Lapuss et Collin. Dupuis. 9,90€)

Le Louvre a depuis longtemps compris l’impact que pouvaient avoir les bandes dessinées sur l’éveil du jeune public à l’art en développant des partenariats avec les éditeurs de BD, comme les éditions Futuropolis ou ici les éditions Delcourt. L’idée est simple : faire du musée le héros ou le décor d’une fiction. Les Souris du Louvre, comme son titre l’indique et comme la couverture l’illustre parfaitement, se déroule au sein du musée en compagnie de charmantes souris soucieuses de protéger les oeuvres d’art…  (Les Souris du Louvre tome 1, de Chamblain et Goalec. Delcourt. 9,95€)

Les Souris du Louvre est signé Sandrine Goalec pour le dessin et Joris Chamblain pour le scénario. Joris Chamblain est également l’auteur des Carnets de Cerise et Valentin, une autre série publiée chez Soleil. Elle vient de s’enrichir d’un sixième tome mettant en scène les deux enfants à la veille d’un grand événement. En effet, avec leurs parents, Cerise et Valentin s’apprêtent à partir pour un long voyage autour du monde. Valentin est angoissé. Sa soeur imagine une histoire d’extraterrestres pour le rassurer… (Les carnets de Cerise et Valentin tome 6, de Chamblain et Neyret. Soleil. 14,95€)

Ce héros-là est une star du neuvième art. Il s’appelle Gaston et est apparu dans les pages du journal Spirou en 1957 grâce à un certain André Franquin. 61 ans plus tard, ses gags sont toujours aussi pertinents et drôles. En voici une nouvelle preuve avec cet album qui offre une sélection des meilleurs gags autour de la thématique du sport. Comment ça Gaston pas sportif ? Saut à la perche, vélo, boxe, basket… rien n’arrête notre gaffeur national ! (Lagaffe champion!, de Franquin. Dupuis. 12,50€)

Lui aussi est une star du neuvième art. il a même suscité quantité de vocations d’aviateurs depuis sa création par Hubinon et Charlier en 1947 pour le journal Spirou. Buck Danny est de retour pour une 56e aventure du côté de l’Antarctique. Mission : retrouver Natalya, une jeune scientifique qui a disparu depuis l’incendie de la base russe de Vostok et dont Buck Danny est tombé amoureux. Tout arrive ! (Buck Danny tome 56, de Formosa et Zumbiehl. Dupuis. 12,50€)

On termine avec Alix, personnage apparu pour sa part dans le journal Tintin en 1948. 37 aventures à son actif, 12 millions d’albums vendus, des traductions dans 15 langues différentes et un dessin très classique qui a marqué nombre de générations de lecteurs et même d’auteurs. Le Français David B. et l’Italien Giorgio Albertini ont tous les deux grandi avec Alix, ils en reprennent aujourd’hui la destinée avec ce nouvel opus Veni Vidi Vici. Entrez dans le monde romain ! (Alix tome 56, de David B . et Albertini. Casterman. 11,95€)

Eric Guillaud

14 Déc

Chroniques de Noël : Black in white America : quand l’éditeur de BD Steinkis fait dans la photographie

Noël approche et vous séchez affreusement côté cadeaux ? Pas de panique, les Chroniques de Noël sont là pour vous venir en aide avec des bandes dessinées qui pourraient faire de l’effet au pied du sapin, des bandes dessinées mais pas seulement. Voici un livre autour des photos de Leonard Freed sorti chez un éditeur plus connu sur ce blog pour son catalogue de bandes dessinées…

Ne cherchez pas, ce livre Black in white America n’a aucun lien avec le neuvième art si ce n’est effectivement l’éditeur qui s’est fait un nom sur le marché du livre avec des bandes dessinées.

Mais, comme le rappelle son site internet, Steinkis publie des livres qui « déclinent les thèmes des relations entre les peuples, les cultures, les civilisations ; des questions d’identité et d’appartenance ou du rôle et de l’intégration des minorités, qu’elles soient religieuses, ethniques, sexuelles, etc ».

Black in white America s’inscrit pile-poil dans ce créneau-là. Il s’agit d’un reportage photographique de Leonard Freed, publié initialement en 1968 après six années passées à sillonner les États-Unis et à amasser une conséquente collection de clichés autour de la vie quotidienne des Noirs, un périple qui l’a entraîné de la Louisiane à New York, en passant par la Géorgie, la Caroline du Nord ou la Virginie.

Dans ces photos, on y lit bien évidemment la misère du peuple noir encore soumis à la ségrégation raciale mais aussi ces moments de bonheur qui émaillent forcément toute vie, ici des enfants jouant autour d’une bouche à incendie, là des musiciens de jazz, des femmes endimanchées ou des sportifs, et puis ces moments de lutte, de joie intense et d’espoir aux côtés du révérend Martin Luther King ou durant la marche sur Washington pour les droits civiques.

Des photos prises su le vif qui hier témoignaient du bienfondé et de l’urgence du mouvement des droits civiques et aujourd’hui d’un passé qui a profondément marqué le pays au point que, comme le souligne la préface, « la question raciale demeure enracinée dans conscience nationale américaine ». Forcément riche d’enseignements !

Eric Guillaud

Black in white America, de Leonard Freed. Steinkis. 35€

Chroniques de Noël : Max l’Explorateur, un recueil de strips signés Guy Bara

Noël approche et vous séchez affreusement côté cadeaux ? Pas de panique, les Chroniques de Noël sont là pour vous venir en aide avec des bandes dessinées qui pourraient faire de l’effet au pied du sapin. Comme ce Max l’Explorateur de Guy Bara aux éditions Dupuis, un bel album au format à l’italienne logiquement approprié aux strips…

Son nom ne vous dit peut-être pas grand chose mais il fait partie du club des plus grands cartoonists européens de la deuxième partie du XXe siècle.

Décédé en 2003, Guy Willems, alias Guy Bara, dessinateur humoriste belge de son état, n’a pas laissé des dizaines d’albums à la postérité comme un Franquin ou un Jijé. Il est principalement connu dans le milieu de la bande dessinée pour ses strips de Max l’Explorateur publiés dans une multitude de titres de la presse écrite, en France (France Soir), en Belgique (Le Soir) mais aussi dans une quarantaine d’autres pays à travers le monde, et, entre 1964 et 1985, dans les pages du journal Spirou.

En trois cases, d’un trait simple et efficace, sans un mot, Guy Bara apportait une touche d’humour dans des pages souvent noircies par les malheurs du monde. Ce très bel album publié par les éditions Dupuis nous permet de replonger dans cet univers burlesque et de retrouver ce personnage sympathique, affublé d’un costume de colon belge des années 30, dans une sélection serrée de quelque 285 strips sur plusieurs milliers existants.

Eric Guillaud

Max l’explorateur, de Guy Bara. Dupuis. 55€

© Dupuis / Bara

09 Déc

Chroniques de Noël : Des plumes & Elle, un bijou graphique signé Paul Salomone

Noël approche et vous séchez affreusement côté cadeaux ? Pas de panique, les Chroniques de Noël sont là pour vous venir en aide avec des bandes dessinées qui pourraient faire de l’effet au pied du sapin. On commence cette année avec Des Plumes & Elle de Paul Salomone…

Débuter notre série de chroniques par cet album nous apparaissait comme une évidence tant il partage avec Noël un côté chaleureux, magique, féérique et poétique. Aux manettes, Paul Salomone. En compagnie de Wilfrid Lupano, l’auteur a précédemment signé le western spaghetti L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu.

Changement de style, changement de registre, Paul Salomone nous entraîne cette fois dans le monde de la nuit et plus précisément dans cet univers tellement singulier des danseuses de cabaret. Athlète de haut niveau, Paul Salomone ne connaissait rien de ce monde de la nuit même s’il a toujours été intrigué par celui-ci. Pour écrire Des Plumes & Elles, il s’est rendu dans différents cabarets emblématiques de Paris, d’autres moins connus, et discuté avec nombre de danseuses.

« Certaines scènes s’inspirent de spectacles vivants auxquels j’ai assisté », confie-t-il dans une interview accordée au magazine Casemate de décembre 2018. « Je me suis attardé sur le cabaret, et me suis principalement intéressé à la dichotomie entre le ressenti de la danseuse et celui du spectateur, difficile à exprimer par les mots, d’où mon choix du dessin et de la poésie ».

Poétique, Des Plumes & Elle l’est assurément. Par le dessin, par la palette de couleurs choisies, par le thème bien évidemment, par le choix d’une unique voix off (pas de dialogues) et par la conception de l’album en elle-même, particulièrement soignée. Magnifique !

Eric Guillaud

Des Plumes & elle, de Paul Salomone. Delcourt. 21,90€

08 Déc

Demon : La réédition en intégrale du récit complètement déjanté de Jason Shiga !

Vous êtes peut-être de ceux qui ont découvert Demon dès sa parution initiale en France entre octobre 2016 et mars 2018. Pour ma part, je le découvre aujourd’hui à travers cette belle intégrale que les éditions Cambourakis ont eu l’excellente idée de proposer à l’approche de Noël…

Le prix est élevé, certes, mais vous en aurez pour votre argent comme dit mon libraire. 42€ mais plus de 750 pages et une histoire complètement dingue qui se lit quasiment d’une traite, la tête plongée dans le bouquin, avide d’en connaître l’issue. Et quand je dis complètement dingue, je suis peut-être encore loin du compte.

Au centre de tout ? Jimmy Yee, un homme de 44 ans, originaire d’Oakland en Californie, un démon, oui, un démon, du genre à se suicider et se retrouver aussi sec dans la peau d’un autre. Pour bien comprendre la problématique, ne sautez pas les premières pages de l’album (bon ok il faudrait être un peu dingue), on y voit notre homme se pendre haut et court et se réveiller le lendemain frais comme un gardon. Visiblement agacé, il se tire une balle dans la tête et hop même pas une petite migraine au réveil. Il finit par se couper les veines dans sa baignoire mais pas la moindre cicatrice, pas la moindre tâche de sang…

C’est un peu désespérant pour ceux qui pourraient avoir de réelles envies de suicide, pour les autres ça peut servir. À s’échapper d’une prison par exemple en empruntant le corps d’un des matons de service. L’immortalité à côté, c’est plutôt banal, voire has-been.

Un tel pouvoir donne envie d’en savoir un peu plus sur le bonhomme. Ok, on connaît son nom, son âge, sa ville d’origine mais après ? Le FBI a enquêté. « On a parcouru tous ses relevés de carte bancaire des 15 dernières années. Il n’a pas acheté un seul DVD, CD ou bouquin. Pas intéressé par le ciné, les matchs ou la religion. Pas d’amis, ni famille, jamais inscrit sur les listes électorales. A mon avis, braquer la banque d’Oakland, c’est ce qu’il a fait de plus excitant dans sa vie ».

Oui, Jimmy Yee a braqué une banque pour ramasser 12 000 dollars. Alors qu’il a un demi-million sur son compte en banque. Étrange non ? Pas plus que le reste du récit, tout est dingue ici à commencer par le personnage principal et tous ceux qui vont lui courir après pendant plus de 700 pages. Car Demon est aussi drôle que dynamique, c’est un road trip impulsif qui nous embarque dans une course folle à travers la planète. On dirait une aventure du Lapinot de notre Trondheim national sous amphétamine.

Sorti initialement en quatre volumes à la fois chez l’éditeur français Cambourakis et l’Américain First Second, Demon arrive aujourd’hui en un seul morceau, de quoi faire plaisir à tous les amoureux de Jason Shiga, à qui l’on doit déjà Fleep, Bookhunter et Vanille ou Chocolat ? Un graphisme minimaliste, presque simpliste, mais rudement efficace, une narration moderne et une mise en page originale, aérée, propice à un rythme de lecture rapide. Complètement incontournable !

Eric Guillaud

Demon, de Jason Shiga. Cambourakis. 42€

© Cambourakis / Jason Shiga

05 Déc

Winnebago Graveyard : l’horreur (très) graphique en roue libre

Une famille innocente, un endroit perdu qu’on ne peut pas retrouver sur la carte et l’horreur qui, tapie, attend la nuit pour frapper… Le scénariste de 30 Jours de Nuit se fait plaisir en rendant hommage au cinéma d’horreur des années 70 appuyé par une débauche d’hémoglobine… Quitte à aller un peu vite en besogne.

Comment l’horreur surgit-il dans le banal, le quotidien morose ? C’est l’une des deux thématiques de ce délire graphique, l’autre étant de rendre hommage à une certaine frange de l’imaginaire horrifique tel qu’il fut façonné par des réalisateurs comme John Carpenter dans les années 70 mais aussi des faits divers sanglants comme les crimes des adeptes de Charles Manson. En soit, pas de grand scénario, pas de grandes explications sur le pourquoi-du-comment ici. Non, juste la terreur qui s’abat sur une famille recomposée en pleine (re)construction dont la seule erreur est d’avoir voulu arrêter son camping-car (le Winnebago du titre en est d’ailleurs une marque célèbre aux Etats-Unis connue pour ce type de véhicule) pour visiter une fête foraine décrépie quelque part en Californie du Sud…

D’accord, parti de ce postulat a priori basique pour, en quelques pages, comprendre que les personnages sont tombés sur une petite ville gangrenée par une secte satanique dont les soi-disant paisibles habitants sont à la recherche d’innocents à sacrifier est, disons, des plus abrupts. Tout comme la violence graphique, affichée dès l’introduction. D’ailleurs, malgré un scénario signé Steve Niles (30 Jours de Nuit), la construction du récit et surtout son rythme saccadé alternant temps forts et grands moments de vide sont franchement mal foutus, empêchant le lecteur de s’attacher aux héros.

Sauf que paradoxalement, tous ces défauts ne font que mettre plus en valeur le travail de la dessinatrice anglaise Alison Sampson au style assez peu orthodoxe. Architecte de formation, chez elle, même les mouvements les plus rapides sont comme figés, tout comme les expressions faciales, ce qui donne au tout un côté très théâtral. Et comme le coloriste, français, s’en donne à cœur joie niveau couleur et que surtout les passages gore le sont vraiment, le résultat est très grandiloquent. Parfois trop certes car pas soutenu comme il faut par une scénographie en béton armée mais quasi-baroque par moments, sans demi-mesure. Après, ‘condamné’ à un seul tome réparti en quatre chapitres, l’histoire semble hélas un peu trop expédiée, même si comme les films d’horreur de série B dont elle se réclame, la conclusion laisse la porte (grande) ouverte à une potentielle suite. Mais si vous aimez bien mettre beaucoup de sauce tomate dans vos plats et que vous n’avez pas peur de vous salir les mains, Winnebago Graveyard a le mérite d’assumer son rôle de croquemitaine.

Olivier Badin

Winnebago Graveyard, de Steve Niles, Alison Sampson, Stéphane Paitreau et Aditya Bidikar, Glénat, 15,95€

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