14 Déc

Devenez membre du jury du Prix du Public France Télévisions du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême !

Vous résidez en Nouvelle-Aquitaine, vous êtes un lecteur/une lectrice passionné(e) de bande dessinée et vous souhaitez devenir juré d’un prix littéraire ? Alors posez votre candidature pour être membre du jury du Prix du public France Télévisions lors du prochain festival d’Angoulême ! Comment faire ? On vous l’explique ici…

© extrait affiche 2020 Burns

Décerné par des lecteurs et très convoité par les éditeurs, le Prix du public du Festival de la BD d’Angoulême (FIBD) avait été mis en sommeil lors de l’édition 2019. Cette disparition n’aura été que provisoire, puisqu’il revient pour la 47e édition du festival, qui se déroulera du 30 janvier au 2 février prochain.

Comment ça fonctionne ?

Dans la sélection officielle du Festival International de la Bande Dessinée, un comité de journalistes et spécialistes de la littérature de France Télévisions choisira 10 titres. Ensuite, c’est à vous de voter !

Suite à cet appel à candidatures 9 téléspectateurs seront sélectionnés et les 10 bandes dessinées leur seront offertes en lecture. Ce jury de lecteurs se réunira le samedi 1er février dans les coulisses du Festival pour délibérer, voter et élire l’heureux/euse lauréat(e) du Prix du Public France Télévisions ! Il sera décerné lors de la cérémonie de remise des prix du Festival le soir même.

Ne tardez plus, écrivez-nous une lettre bien argumentée et exposez les raisons pour lesquelles vous voulez participer à cette nouvelle aventure. Parlez de vous, de votre passion pour la bande dessinée, aussi bien que de vos derniers coups de cœur littéraires…

Pour poser votre candidature, c’est ici

Les Tuniques Bleues, La guerre des Lulus, Le Petit Spirou, Game Over, Gaston, Spirou… 10 BD jeunesse pour Noël

Dernière ligne droite avant Noël ! Pour vous aider dans vos cadeaux, voici une sélection de bandes dessinées pour les plus jeunes…

On commence avec la 63e, oui vous avez bien lu, la 63e aventure des Tuniques Bleues. Indémodables, indétrônables, incontournables, les héros de Lambil et Cauvin n’en ont toujours pas fini avec la guerre de Sécession. Une nouvelle bataille est engagée pour mettre un terme au siège de Peterburg, nous sommes en 1864, c’est la tristement célèbre bataille du Cratère qui fit plusieurs centaines de morts, « l’une des affaires les plus lamentables », aurait dit le Général Grant à son sujet. Quoiqu’il en soit, le sergent Chesterfield et le caporal Blutch sont appelés à la rescousse. Pas sûr que ça change quelque chose… Un classique toujours au top ! (Les Tuniques Bleues tome 63, de Lambil et Cauvin. Dupuis. 10,95€)

On fait un saut dans le temps de quelques dizaines d’années et nous voici au cœur d’une autre guerre, celle de 14-18, avec le sixième tome d’une très belle série imaginée par Régis Hautière et Hardoc. Au cœur de la guerre ? Plus exactement à la fin de la guerre, puisque ce nouvel album débute précisément le 11 novembre 1918. Les cloches sonnent la fin des hostilités mais pas la fin des difficultés. Lucien, l’un des Lulus de la série, est hospitalisé à Troyes. Il se remémore ses années à l’orphelinat de Valencourt et sa rencontre avec ceux qui allaient devenir ses meilleurs amis, Lucas, Ludwig et Luigi, la bande des Lulus… (La guerre des Lulus tome 6, de Hautière et Hardoc. Casterman. 13,95€)

Bientôt 30 ans et toujours aussi petit le Spirou de Tome et Janry. Normal puisqu’il s’agit ici de raconter les aventures du petit Spirou avant qu’il ne devienne grand et vive des aventures trépidantes en compagnie de son acolyte Fantasio. Il est petit mais il a tout du grand héros de papier, tellement universel. Dans ce nouvel opus, le dix-huitième, notre enfant terrible est bien décidé à dire la vérité sur tout, sur les cours de gym, sur l’hiver, sur la méditation, sur la fin du monde, sur les impôts, sur les fourmis volantes et même sur le Père-Noël… (Le petit Spirou tome 18, de Tome et Janry. Dupuis. 10,95€)

Après Une Mystérieuse mélodie publié chez Glénat en 2016, le Grand Prix du Festival International de la Bande Dessinée 2017 renoue avec l’univers de Mickey à travers cette histoire qui nous embarque tout en haut de la montagne. Au menu, une tante de 104 ans, exploratrice de son état fraîchement partie sous le soleil pour soigner ses rhumatismes, un précieux carnet que Minnie veut à tout prix récupérer dans le chalet himalayen de cette vielle tante et des histoires de Big Foot autrement appelé Homme des Neiges. Du Mickey avec la Swiss touch de Cosey, un régal ! (Minnie et le secret de Tante Miranda, de Cosey. Glénat. 17€)

Et hop, un petit dix-huitième pour la route ! La série Game Over, c’est aujourd’hui dix-huit albums parus en même pas quinze ans, plus d’un million d’exemplaires vendus, une série mère, Kid Paddle, qui cartonne de la même façon, et un auteur, Midam, nageant forcément dans le bonheur, en tout cas dans l’humour le plus débridé, preuve en est ce nouvel opus qui met toujours en scène le Petit Barbare et sa Princesse dans des gags aussi drôles que dégoulinants de mauvaises intentions. 43 gags, autant de façon de mourir bêtement, écrasé, broyé, découpé, haché menu, fondu. Autant de façons aussi de mourir de rire ! (Game over tome 18, de Midam, Adam et Thitaume. Dupuis. 10,95€)

Alix. Qui ne connaît pas Alix ? Depuis 1948, Jacques Martin, et ses successeurs nous plongent dans la Rome de César autour de ce jeune héros, esclave d’origine gauloise devenu le fils adoptif du riche romain Honorus Galla. Dans ce 38e épisode, inspiré d’un synopsis original de Jacques Martin, Mathieu Breda au scénario, Marc Jailloux au dessin et César au pouvoir, envoient Alix chez les Helvètes pour rallier les peuples à la cause romaine. Un grand classique ! (Alix tome 38, de Breda, Jailloux, Martin. Casterman. 11,95€)

En selle avec le sixième tome en quatre ans d’À Cheval!, une série qui permet de découvrir la vie d’un centre équestre à travers – et c’est là toute son originalité  – le regard de ses pensionnaires, en l’occurrence les chevaux. Au scénario, Miss Prickly, au dessin, Laurent Dufreney et dans les rôles principaux, Cookie, Xanax, Flash, Noisette, Bijou, Kamboui… ainsi que quelques humanoïdes. Dans ce nouvel épisode, l’hiver est arrivé, la neige est tombée en abondance, « un rêve éveillé » pour les chevaux… du moins au début ! (À Cheval! tome 6, de Dufreney et Prickly. Delcourt. 10,95€)

Les voitures Simca, la lessive Omo, les crayons Baignol et Farjon, les appareils photos kodak, les piles Philips ou encore la RATP, notre employé à tout faire préféré, s’est régulièrement adonné aux joies de la publicité. Pour de vraies ou pour de fausses marques, pour la promotion du journal de Spirou ou pour celle de ses propres aventures. Dans ce hors-série baptisé Gaffes en réclame, les édition Dupuis ont rassemblé nombre de ces illustrations et planches publicitaires, certaines inédites en album, d’autres publiées à l’époque dans le journal de Spirou ou en mini-albums. (Gaston, gaffes en réclame, de Franquin. Dupuis. 12,50€)

Petit retour dans le passé avec cette nouvelle aventure de Spirou et Fantasio hors série, scénarisée et dessinée par l’auteur allemand Flix. C’est effectivement à Berlin au temps où le mur existait, où la partie est de la ville appartenait à la République démocratique allemande (RDA) que nous retrouvons notre tandem. Nullement pour y faire du tourisme mais pour retrouver le comte de Champignac qui semblerait avoir été enlevé pour participer à un mystérieux congrès international de mycologie. Une aventure trépidante, une belle mise en images, un Spirou très réussi ! (Spirou à Berlin,de Flix. Dupuis. 14,50€)

On termine avec le cinquième volume de cette belle série de Mathieu Reynès qui remporte un certain succès auprès des jeunes filles. Il faut dire que l’héroïne, que l’on a pu découvrir dès novembre 2015 dans les pages du journal Spirou, puis à partir de janvier 2016 en album, est dotée d’un sacré tempérament et d’un pouvoir surnaturel qui fait fantasmer. Il s’agit de la télékinésie, faculté métapsychique hypothétique de l’esprit qui permettrait d’agir directement sur la matière. Ça peut aider à déplacer des montagnes. Harmony, c’est de la SF pour tous plutôt bien écrite et plutôt bien mise en images.  (Harmony tome 4, de Reynès. Dupuis. 12,50€)

Eric Guillaud

11 Déc

Chroniques de Noël. Les damnés de la Commune, un triptyque exceptionnel de Raphaël Meyssan

Noël approche et vous séchez affreusement côté cadeaux ? Pas de panique, les Chroniques de Noël sont là pour vous venir en aide avec des bandes dessinées qui pourraient bien faire de l’effet au pied du sapin. Comme celle-ci, Les damnés de la Commune, une histoire de la Commune racontée à partir d’authentiques gravures de l’époque…

On vous le disait à la parution du premier volet en décembre 2017, c’était un boulot de titan, un boulot de dingue, qui attendait l’auteur Raphaël Meyssan. Au risque qu’il n’en voit pas le bout, qu’il abandonne devant la difficulté de l’entreprise. Mais non, Raphaël Meyssan est bien allé jusqu’au terme de son projet, livrant en cette fin d’année le troisième et dernier volet d’une aventure pas comme les autres.

Et toujours avec le même principe : raconter l’histoire d’un communard et à travers lui l’histoire de la Commune dans une BD exclusivement réalisée avec des gravures de l’époque.

Tout est parti, nous explique l’auteur-narrateur dans les premières pages de l’album, d’une étrange découverte à la bibliothèque historique de Paris. Dans un livre ancien, une adresse, 6 rue Lesage, la sienne précisément. Et un nom, Charles Lavalette, sergent du 159e bataillon pendant le siège de Paris, promu commandant par la Commune, un gars qui semble avoir compté à époque mais qu’on a complètement oublié, comme tant d’autres, aujourd’hui.

© Delcourt / Meyssan

« Il y a avait dans mon immeuble, dans mon quartier si éloigné du centre de la cité, une histoire. Une toute petite histoire, effacée par le temps. Celle d’un homme inconnu enfouie dans une histoire méconnue : la Commune de Paris de 1871 ».

Piqué par la curiosité, Raphaël Meyssan plonge dans les archives papier, consulte des journaux, des centaines de journaux, et des gravures. Pendant des mois, des années, il cherche, trie, engrange, jusqu’à se demander quoi en faire ?

« Je suis parti à sa recherche comme on part en voyage. J’ai bourlingué dans le temps , parcouru les rues pour retrouver sa trace, arpenté des livres pour rattraper sa vie. Au milieu des archives, j’ai cherché son histoire « 

© Delcourt / Meyssan

Son histoire, il l’a raconte finalement en BD mais d’une façon peu orthodoxe. Il faut préciser que Raphaël Meyssan ne sait absolument pas dessiner. Alors, son regard, son pinceau, son trait, il les trouvera dans les gravures de l’époque qu’il scanne, avant de recadrer, grossir, retourner, mettre en cases et ajouter le texte, exactement comme dans une bande dessinée classique.

Et il nous raconte ainsi l’histoire de cet homme, Lavalette, mais aussi et surtout l’histoire de la Commune, la République assiégée, l’insurrection du 31 octobre, le siège de Paris, la faim, le froid, la mort, le lait coupé à l’eau ou au plâtre, les animaux du zoo du Jardin des plantes qu’on abat pour avoir un peu de viande, Gustave Flourens, Auguste Blanqui, Jules Ferry….

Un travail extraordinaire qui devrait donner lieu à une adaptation audiovisuelle sur Arte dans le cadre de la commémoration des 150 ans de la Commune en 2021.

Eric Guillaud

Les Damnés de la Commune (3 tomes), de Raphaël Meyssan. Delcourt. 23,95€ le volume

Chroniques de Noël. Il était 2 fois Arthur, une biographie de Cravan et Jack Johnson signée Carré et Antico

Noël approche et vous séchez affreusement côté cadeaux ? Pas de panique, les Chroniques de Noël sont là pour vous venir en aide avec des bandes dessinées qui pourraient bien faire de l’effet au pied du sapin. Comme celle-ci, sortie en septembre dernier, Il était 2 fois Arthur ou la trajectoire de deux boxeurs dans un monde qui ne prenait pas de gants…

On peut détester Trump pour diverses raisons mais on doit lui reconnaître une certaine faculté à déstabiliser son monde, à être là où ne l’attend pas du tout, par exemple lorsqu’il réhabilite un champion de boxe noir victime de racisme. C’était en mai 2018 et ce champion en question n’était autre que Jack Arthur Johnson, sacré champion du monde de boxe en 1908, condamné à de la prison en 1913 pour avoir eu des relations avec une femme blanche.

Jack Arthur Johnson est l’un des deux boxeurs dont on peut croiser les destinées – et dont les destinées se croisent – dans cet album signé Carlé et Antico. Le second étant Arthur Cravan, poète et boxeur, considéré par les dadaïstes et les surréalistes comme un des précurseurs de leurs mouvements respectifs.

Les deux hommes se rencontrèrent une fois, en 1916 à Barcelone, pour un combat que l’on présente comme la première performance de l’histoire de l’art.

La boxe, un art ? En tout cas, pour beaucoup, un moyen d’échapper à sa condition. Jack Johnson l’a espéré en plongeant à corps perdu dans ces combats synonymes pour lui de liberté. Mais s’il eut le droit de monter sur les rings, Johnson s’aperçu très vitre que pour le reste, rien n’était gagné. Le champion restait un champion noir dans une Amérique ségrégationniste et raciste qu’il fuit un temps avant d’y revenir et de purger une peine de prison pour avoir épousé une femme blanche.

Arthur Cravan, lui, était blanc. Pourtant, lui aussi dérangeait les bonnes moeurs, faisant du scandale une véritable stratégie. Fuyant pour sa part l’Europe en guerre, Cravan rejoignit l’Espagne avant d’embarquer pour New York et finalement disparaître mystérieusement au large du Mexique.

Malgré des options narratives à mon sens discutables, Carlé et Antico nous offrent ici une double biographie singulière et prenante doublée d’un regard lucide sur le monde de la boxe et plus largement sur le monde occidental de ce début du XXe siècle.

Eric Guillaud

Il était 2 fois Arthur, de Carlé et Antico. Dupuis. 28,95€

09 Déc

Une nouvelle collection autour du sport et notamment du football aux éditions Dupuis…

Vive le sport ! Et vive le sport avec les éditions Dupuis qui viennent de sortir simultanément quatre albums, autant d’aventures au coeur des clubs de l’Arsenal, de l’Olympique lyonnais, du F.C. Barcelone et du standard de Liège…

Des aventures humaines mêlant réalité et fiction autour d’un club de football légendaire, voilà le speech commun à ces quatre premiers albums publiés il y a quelques jours dans la nouvelle collection Sport des éditions Dupuis.

Le Standard de Liège, l’Olympique Lyonnais, l’arsenal F.C. et le F.C. Barcelone sont au coeur de ces aventures, ici deux enfants que tout oppose réunis grâce au football, là un jeune garçon et son nouveau beau-père qui se découvrent une complicité le temps d’un match, là encore une travailleuse sociale qui va tout faire pour dégotter un abonnement pour un des ses protégés handicapés, là enfin une journaliste culture envoyée sur la finale de Coupe de France et qui se retrouve plongée dans une folle enquête policière.

Dans des styles graphiques différents, ces quatre albums illustrent comment la passion pour le ballon rond peut aussi aider dans la vie à briser la glace, dépasser les préjugés, les peurs, changer le rapport à l’autre…

Eric Guillaud

Standard de Liège de Lambert et Rosel, FC Barcelone de Torrents et Dalmases, Arsenal FC de Glogowki, Olympique lyonnais de Maingoval et Dutreuil. 15,95€ le volume

 

06 Déc

Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann, co-scénaristes de l’album Le Dernier Atlas, remportent le prestigieux prix René Goscinny 2020

Tout va bien pour Le Dernier Atlas, les co-scénaristes de l’album viennent de se voir attribuer le prestigieux prix René Goscinny. Une belle surprise à quelques semaines du Festival d’Angoulême où l’album sera en compétition officielle…

© Dupuis / De Bonneval, Vehlmann, Tanquerelle, Blanchard

On apprenait il y a une quinzaine de jours que l’album réalisé par une équipe 100% nantaise ou presque (seule la coloriste n’est pas de la région) était sélectionné pour participer avec 42 autres titres à la compétition officielle du prochain Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Aujourd’hui on apprend avec bonheur que les deux co-scénaristes de l’histoire ont reçu le prestigieux Prix René Goscinny, un prix créé en hommage au papa d’Astérix qui récompense chaque année un auteur de bande dessinée pour la qualité de ses scénarios.

Le jury explique son choix : « À l’évidence, Le Dernier Atlas cherche à faire bouger les lignes de la bande dessinée de genre. Prévue sur trois épais volumes de plus de 200 pages chacun, conçue par une équipe de 4 auteurs : Fabien Vehlmann, Gwen de Bonneval, Hervé Tanquerelle, Fred Blanchard, cette odyssée uchronique refuse les standards pour mieux déployer son intrigue aux multiples ramifications. Le contexte politique de la Guerre d’Algérie et l’ampleur de son dispositif confirment cette ambition. Pour toutes ces raisons, le Prix Goscinny a souhaité récompenser cette création qui conjugue l’académisme, l’ancrage dans une tradition, avec de nouveaux formats et de nouvelles écritures. »

Le Prix leur sera officiellement remis le 1er février 2020 à 19h, lors de la Cérémonie de remise des Fauves au Théâtre d’Angoulême.

Nous avions rencontré l’équipe presque au complet au moment de la sortie de l’album en mars dernier, une interview toujours disponible ici.

Eric Guillaud

Les Sanson et l’amateur de souffrances : un récit historico-fantastique de Patrick Mallet et Boris Beuzelin

Les Sanson et l’amateur de souffrance permet de parler de la grande Histoire en passant par la petite mais aussi de revoir les grands évènements qui ont secoué la France de Louis XIV pour aboutir à la Révolution Française et à la Terreur. Cette histoire en trois tomes distille aussi une pointe de fantastique pour donner plus de corps à son grand méchant…

Rien que sur le papier, Les Sanson et l’amateur de souffrance réussit déjà un petit exploit, atteindre le bon équilibre entre romanesque et faits historiques. On y croise pas mal de personnages connus des férus d’histoire et le tout permet même, habilement, de réviser un peu cette période charnière allant de la seconde moitié du XVIIème siècle au milieu des années 1850 mais sans jamais phagocyter l’intrigue principale. Jusqu’au bout les deux auteurs réussissent même à maintenir l’aura de mystère entourant ce fameux amateur de souffrances qui se délecte des exécutions publiques et qui s’en nourrit même, prolongeant ainsi sa vie diabolique.

Un être étrange dont on ne sait rien, ou presque si ce n’est qu’il profite de soutiens hauts placés et qu’il n’hésite pas à peser sur le cours des évènements pour en profiter encore plus. Et le pire est qu’il n’est pas tout à fait seul… En travers de son chemin, non pas un homme mais une famille, les Sanson. Des bourreaux de père en fils (la charge est héréditaire), liés malgré eux à l’amateur et dont chaque génération va tenter de le combattre à sa façon.

© Vents d’ouest / Mallet & Beuzelin

Les Sanson ont bien existé et ont notoirement mis à mort aussi bien le brigand Cartouche que Marie-Antoinette ou même Danton. On peut d’ailleurs visiter leur caveau au cimetière de Montmartre à Paris. Ce dernier chapitre débute en 1793, période tourmentée où la machine inventée par le docteur Guillotine marche à plein régime et marque l’apogée de cette lutte…

Le plus étonnant ici est cette façon de faire cohabiter des traits somme toute assez simples et réalistes avec des soudaines poussées de violence parfois assez gore. D’ailleurs, ça décapite sec ! Après, la volonté des auteurs de rester fidèles à tout prix à la vérité historique et de bien toujours expliquer les choses abouti parfois à quelque chose d’un peu trop verbeux qui aurait peut-être gagné à être un chouia plus nerveux et sauvage. Mais on retient quand même l’ambiance de plus en plus occulte, digne d’un film de la Hammer, cette célèbre maison de production anglaise des années 60 spécialisée alors dans les films à petits budgets avec, souvent, Christopher Lee dans le rôle principal. Christopher Lee qui, pour l’anecdote, a d’ailleurs interprété le rôle de Sanson dans le film La Révolution Française sorti en 1989…

Olivier Badin

Le Sanson et l’amateur de souffrances, de Patrick Mallet et Boris Beuzelin. Vents d’Ouest. 17,50 euros

© Vents d’ouest / Mallet & Beuzelin

03 Déc

Chroniques de Noël : Penss et les plis du monde, un conte philosophique de Jérémie Moreau

Noël approche et vous séchez affreusement côté cadeaux ? Pas de panique, les Chroniques de Noël sont là pour vous venir en aide avec des bandes dessinées qui pourraient bien faire de l’effet au pied du sapin. Comme celle-ci, sortie en septembre dernier, un conte philosophique signé Jérémie Moreau…

Jérémie Moreau. Si ce nom ne vous dit pas grand chose, peut-être que celui de son ouvrage précédent, La Saga de Grimr, vous parlera un peu plus. En janvier 2018, l’auteur recevait avec cet album le Fauve d’or Prix du Meilleur album du festival d’Angoulême.

Une « exposition inattendue » et un « poids certains auprès des éditeurs », nous expliquera-t-il quelques mois après dans une interview toujours disponible ici, poursuivant : « cela m’a donné plus de liberté en quelque sorte. Surtout que j’ai un lien très particulier avec Angoulême : c’est parce que j’avais décidé de participer au concours junior à l’âge de huit ans que j’ai commencé à vraiment me mettre à dessiner sérieusement et cela ne m’a pas lâché. Donc le Fauve d’Or c’est un peu ma Palme d’Or à moi ! »

© Delcourt / Moreau

Pour ce nouvel album sorti en septembre, Penss et les Plis du monde, Jérémie Moreau reste en état de grâce même s’il est étrangement écarté de la sélection officielle pour la compétition du FIBD 2020.

Qu’importe, l’important est ailleurs, dans les 230 pages du livre, 230 pages qui nous embarquent dans les temps bien reculés de la préhistoire, à une époque ou les faibles ne faisaient pas long feu.

Et justement, Penss, le héros de cette histoire, est considéré comme un faible. Il ne sait pas chasser, ne sait pas pêcher, ne sait certainement pas combattre. Et pour cause, Penss passe son temps à observer la nature et les animaux tel un poète, un philosophe. C’est un faible donc, pire encore, c’est un poids. Pour son clan. Pour sa mère. Jusqu’au jour où Penss, à force d’observer cette nature sauvage, parvient à la dompter, à en faire une terre nourricière…

© Delcourt / Moreau

« Cet album est venu dans la suite logique de La Saga de Grimr… », explique Jérémie Moreau, « je voulais creuser un peu plus ce rapport charnel à la grande nature, à cette force qui traverse les montagnes, les arbres, les animaux (…) Certains appellent ça le vitalisme. Pour Spinoza (qui a été l’une de mes influences philosophiques principales avec Leibniz et Deleuze), c’est le « conatus » que que l’on pourrait résumer comme l’ensemble des forces qui résistent à la mort ».

Nul besoin cependant d’avoir fait Bac + 12 en philo pour lire et apprécier cet album qui nous interroge aussi sur la différence, sur notre rapport à la nature, sur notre place dans la société, une aventure intime au coeur de la grande aventure de l’humanité.

Eric Guillaud

Penss et les plis du monde, de Moreau. Delcourt. 34,95€

28 Nov

La grande aventure : l’histoire de l’humanité ou presque résumée par Bouzard

Il faut du talent pour raconter en quelques coups de crayon l’histoire de l’humanité, Bouzard en a beaucoup. L’auteur de Moi, BouzarD, Plageman ou encore de La Planète des sciences le prouve une nouvelle fois avec un recueil de strips paru chez l’éditeur nantais Rouquemoute spécialisé dans l’humour…

Ils en sont fiers chez Rouquemoute. Et ils peuvent l’être ! Harponner un Bouzard et le coller dans un catalogue d’éditeur n’est pas donné à tout le monde, plus encore pour une petite maison d’édition indépendante comme celle-ci.

Oui, ils en sont fiers mais ils le méritent parce que, comme Bouzard ils défendent un certain sens de l’humour, et comme Bouzard ils aiment le travail bien fait, les beaux albums bien imprimés et les belles histoires bien faites.

Et La Grande aventure est un bel album, 200 pages au format à l’italienne, imprimées sur du papier (c’est plus pratique que sur les parois des grottes), 200 pages disais-je faites d’une déambulation burlesque au pays des Crocs-Magnons qui découvrent le monde au fil de leurs aventures et des pages : ici le danger des éruptions volcaniques, là les bienfaits du feu, plus loin la férocité des crocodiles, la crotte des mammouths, le lait d’aurochs, la musique, la peinture, la femme, l’amour, la mort, la vie quoi…

Bon je dis ça, je ne dis rien, mais Noël approchant à grandes enjambées, il serait intelligent d’attraper votre peau de bête la plus proche, de courir chez votre libraire préféré et d’en récupérer un exemplaire ou même plusieurs afin de les offrir à la famille, aux amis et aux ancêtres cromagnonesques de votre entourage.

Eric Guillaud

La grande aventure, de Bouzard. Rouquemoute. 20€

27 Nov

Le château des animaux : une fable en quatre volets de Félix Delep et Xavier Dorison

Attention, chef d’oeuvre ! Xavier Dorison, auteur du cultissime Troisième testament, est de retour avec une fable en quatre actes mise en images par un jeune prodige du pinceau qui signe ici son premier album, Félix Delep…

Un prodige et le mot est faible tant chaque planche du Château des animaux est un bonheur en soi. On y oublie le temps, on s’égare dans une vignette avant de rebondir sur la suivante, de repartir en arrière et de finalement tourner la page et recommencer.

Alors, bien sûr, Félix Deep vous dira que « les animaux sont quand même moins compliqués à dessiner que les humains », oui peut-être, mais ses animaux ont un supplément d’âme, une expressivité rarement observée dans les récits animaliers en bande dessinée. Et rien que pour ça…

L’histoire ? Elle est assez proche de La Ferme des animaux de George Orwell mais n’en est pas une adaptation en BD, ni une réécriture, précise Xavier Dorison, « Ce n’est ni le même endroit, ni les mêmes animaux, ni les mêmes personnages, ce roman est une source d’inspiration. Simplement, dans le genre du conte politique, La Ferme des animaux est probablement le récit majeur ».

© Casterman / Delep & Dorison

Tandis que La Ferme des animaux met en scène des animaux se soulevant contre le fermier, Mr Jones, prenant le pouvoir, instaurant sept commandements pour le bien-être de la communauté et plaçant un cochon nommé Napoléon à leur tête, Le Château des animaux raconte la résistance pacifique des animaux d’un château, déserté par les humains, contre la loi du plus fort instaurée par le taureau Silvio et sa milice de chiens épouvantablement cruels. Je vous l’ai dit, l’histoire est assez proche mais…

« Utiliser vos crocs ou vos griffes pour obtenir votre liberté revient à dire que vous espérez récolter une rose en plantant des orties », dit l’un des personnages de l’album.

C’est là toute la subtilité du récit de Xavier Dorison qui distille dans ces pages ce sentiment profond que la violence ne résout rien.

© Casterman / Delep & Dorison

« Nos sociétés ont encore largement tendance à considérer la colère comme un signe de force et de virilité!… », explique Xavier Dorison, « Nos modèles narratifs les plus répandus valorisent des héros « super », tout en muscles, et qui sauvent le monde à grands coups de poing ».

« Je me retrouve vraiment dans cette histoire de lutte non-violente… », poursuit Félix Delep, « Parce qu’elle n’est pas naïve, il ne s’agit pas d’un sitting et puis tout va bien. La lutte est non-violente mais elle doit faire face à la violence qu’elle génère ».

Pas de violence donc pour mener la révolution et mettre le despote à terre, pas de violence, pas de combats à mort, non rien de tout ça, juste de l’humour utilisé comme une arme.

Le Château des animaux est une comédie tragique ou l’inverse, Xavier Dorison y explore une belle variété de tons qui s’accommode ô combien de la majestueuse mise en images de Félix Delep à la fois drôle et effrayante. L’album fait partie des albums sélectionnés pour la compétition officielle du prochain Festival International de la Bande Dessinée à Angoulême.

Eric Guillaud

Miss Bengalore, Le Château des animaux tome 1, de Delep et Dorison. Casterman. 15,95€

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