03 Déc

Visa Transit volume 2 : on reprend la route avec Nicolas de Crécy

Une Visa Club en fin de vie, un coffre rempli de livres, des petits rideaux pour l’intimité et un radar 2000 en guise de GPS, on retrouve Nicolas de Crécy et son cousin Guy dans leur conquête de l’Est, un peu comme un remake de la croisière Citroën, mais avec la mémoire pour carburant…

Nous avions laissé Nicolas (de Crécy) et son cousin Guy en Bulgarie à quelques kilomètres de la frontière turque remontant une colonne de chars soviétiques. Nous les retrouvons, perdus sur une route qui se termine en chemin de terre, un cul-de-sac. Un demi tour et quelques kilomètres plus tard, nos deux compères passent enfin la frontière. Contrôle des papiers, contrôle du véhicule, un léger soupçon de trafic de livres, peut-être de propagande, et le douanier finit par les laisser passer non sans jeter un oeil curieux sur le fameux radar 2000 scotché sur le tableau de bord de la Visa Club qui, contre toutes attentes, tient le coup et la distance.

Terminée l’Europe de l’Est, bienvenue en Turquie, aux portes de l’Asie, Constantinople à portée de roues même si les premiers kilomètres font penser à nos deux jeunes en vadrouille à l’Isère avec ses sapins à perte de vue.

© Gallimard / de Crécy

Mais que font-ils dans cette partie du monde ? L’histoire démarre au fond d’un jardin en région parisienne en 1986, le jardin d’un oncle où rouille doucement une Citroën Visa Club en fin de vie. Une épave. Plutôt que de l’emmener à la casse, Nicolas de Crécy et son cousin décident de la mettre à l’épreuve. Ils changent les bougies, l’essuie-glace, les feux arrière, les câbles de freins et direction l’est, le plus loin possible, la Turquie en ligne de mire, Istanbul au moins, Ankara peut-être et au-delà si affinités.

© Gallimard / de Crécy

Istambul, ils y parviennent. Mais n’aiment guère. La circulation dense et anarchique, la forêt de pylônes électriques, la foule… ils angoissent. La Visa a tenu jusqu’ici, elle ira bien un peu plus loin, ils décident de continuer. Après le Bosphore, c’est le début de l’Asie et une autre Turquie avec en ligne de mire Ankara.

Nous étions les princes modestes d’une route aléatoire

À l’instar du premier volet, cette suite nous épargne les rencontres et les visites. Niclas et Guy refusent de jouer les touristes moyens, leur truc à eux, c’est la route, les paysages qui défilent, la littérature et les souvenirs. Car cette histoire, cette épopée motorisée, est aussi l’occasion pour Nicolas de Crécy de raconter son enfance, sa jeunesse par quelques retours temporels.Visa Transit n’est pas un récit de voyage ordinaire, comme on peut s’y attendre avec Nicolas de Crécy, il s’agit ici d’un road trip au coeur de la mémoire. Et on ne s’en lasse pas ! Fin du périple dans le troisième volet à venir…

Eric Guillaud

Visa Transit, de Nicolas de Crécy. Gallimard Bande Dessinée. 22€

01 Déc

L’Âge D’or volume 2 : suite et fin d’un chef-d’œuvre signé Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil

Ça sent bigrement le sapin de ce côté-là, comprenez qu’un diptyque pareil ne peut finir autrement qu’au pied du roi des forêts un soir de Noël, le cadeau idéal pour ceux qui aiment les contes de fées à tendance politique, féministe et révolutionnaire. Un chef-d’oeuvre…

On vous l’a dit dès le premier volet, ici, on ne fera que le répéter là, L’Âge d’or de Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil dont le deuxième volet vient tout juste de sortir aux éditions Dupuis, est un chef-d’oeuvre, que dis-je un bijou, d’écriture et de graphisme, inspiré des tapisseries médiévales et des enluminures, encensé par la presse spécialisée et d’info générale, remarqué, parfois même envié par les professionnels de la profession, adoré par le public, et multiprimé, Prix Landerneau en 2018, prix de la BD Fnac / France Inter en 2019.

La suite ici

26 Nov

Coup de Tête : une collection qui aime le sport, tous les sports

Sport et bande dessinée ont toujours fait bon ménage. Les aventures de Michel Vaillant en sont peut-être le symbole le plus éclatant. Avec cette nouvelle collection baptisée Coup de Tête, les éditions Delcourt ne font que confirmer la chose en mettant le sport au coeur des histoires, au coeur de l’Histoire…

La boxe avec L’Enragé ou Mon père était boxeur, le football avec Louca ou Un maillot pour l’Algérie, le basket ball avec Basket Dunk, le rugby avec Les Rugbymen et bien évidemment la course automobile avec la série Michel Vaillant de Graton… oui, le sport a toujours été très présent dans les histoires en bandes dessinées.

Alors qu’apporte de plus cette collection qui par ailleurs pourrait nous laisser penser par son nom qu’elle s’intéresse uniquement au football , ce qui n’est pas le cas ? « Un lieu qui encourage, motive, suscite les vocations des belles plumes et rassemble les talents de raconteurs en images… », précisent Louis-Antoine Dujardin et Kris, les deux éditeurs à son origine, « il manquait une équipe, un stade, un entraîneur, un public. Coup de Tête, la nouvelles collection des éditions Delcourt et ses auteurs et autrices se proposent d’être cette belle équipe, ce stade-écrin pour raconter le sport, qui lui-même raconte notre monde ».

Deux albums sont d’ores et déjà disponibles, Croke Park et Jujitsuffragettes, le premier nous embarque pour l’Irlande où l’histoire sanglante du pays s’imbrique avec l’histoire du rugby, le second se déroule dans le contexte de l’Angleterre des années 1910 et nous raconte le destin d’Edith Garrud qui a formé les gardes du corps des suffragettes et en cela contribué à l’acquisition du droit de vote des femmes. Dans les deux cas, le récit s’avère particulièrement documenté et le dessin pour le moins séduisant.

Dans les titres à paraître en 2021 et 2022, il sera question de football, de boxe, de canoë, de football américain, de sumo, de catch et de tennis, des histoires de sport, des histoires d’hommes et de femmes, des histoires de notre monde. Belle idée !

Eric Guillaud 

Croke Park, de Sylvain Gâche et Richard Guérineau. Delcourt. 21,90€

JujitSuffragettes, de Lisa Lugrin, Clément Xavier et Albertine Ralenti. Delcourt. 21,90€

25 Nov

Inhumain : un space opera philosophique signé Bajram, Mangin et Rochebrune

Vous rêviez d’un autre monde ? En voici un tout droit sorti de l’imagination fertile de Denis Bajram, Valérie Mangin et Thibaud de Rochebrune, un monde sans conscience ni mémoire, un monde déshumanisé. De quoi se dire qu’on est pas si mal ici…

À voir la – très belle – couverture de cet album, on pourrait croire nos protagonistes débarqués sur la plage d’une île oubliée de la civilisation quelque part dans l’océan pacifique. Mais non ! En éclaireurs d’une arche de colonisation, ils ont vu leur vaisseau se scratcher sur une planète océan lointaine et bien différente de la nôtre. Sauf qu’ils vont y être accueillis par des êtres humains en tout point physiquement semblables à eux, à nous, des êtres qui ne montrent aucune hostilité, quoique légèrement cannibales, et qui font preuve d’une docilité sans faille face au Grand Tout, un être mystérieux. Personne ne l’a jamais vu mais il régit la vie d’ici, une vie qui s’organise autour de l’eau, du feu, de la terre et de l’air.

D’où viennent-ils ? Que font-ils ? Comment vivent-ils ? De quoi rêvent-ils ? Et qui est ce Grand Tout ? C’est ce que vont tenter de découvrir les rescapés du vaisseau en essayant à leur tour de ne pas succomber à la tentation de soumission générale…

Retour à la science fiction pour le tandem Bajram / Mangin, précédemment et notamment responsable des albums Expérience mort (Ankama), Abymes (Dupuis), Les Mémoires mortes (Humanoïdes Associés) et Trois Christs (Quadrants) avec ici la collaboration du dessinateur Thibaud de Rochebrune qui, de son trait fin et précis, nous plonge corps et âme dans cette histoire à haut potentiel de réflexion sur l’avenir de notre humanité. Deviendrons-nous nous aussi de parfaits petits robots ? Réponse bientôt !

Eric Guillaud 

Inhumain, de Bajram, Mangin et Rochebrune. Dupuis. 24,95€

20 Nov

Carnets secrets et Instants volés : deux beaux livres, deux grands auteurs de la BD, deux regards sur la femme

André Juillard et Jean-Claude Götting : deux noms, deux styles, deux grands auteurs du neuvième art. Avec ces magnifiques livres, l’un et l’autre nous ouvrent leur atelier respectif et leur jardin secret, des croquis d’un côté, des peintures de l’autre, et la femme au centre des attentions.

Des femmes, André Juillard en a dessiné énormément dans ses albums de bande dessinée, que ce soit Léna, Cahier bleu, Les 7 vies de l’Epervier ou encore Mazek. Mais de cette façon, jamais. Ici, le trait est libéré des contraintes et des codes du neuvième art. La seule chose qui l’importe comme il l’écrit au début de l’ouvrage est de « témoigner de la séduction de ce qu’il voit… ».

Et de fait, non seulement l’auteur – l’artiste – témoigne de la séduction de ce qu’il voit mais il nous séduit à son tour avec des croquis sans artifices, réalisés avec un crayon de bois et graphite sur du papier. Peu d’encrage, quelques traits de couleurs, juste « l’élégance et la délicatesse du dessin » pour reprendre les mots de sa femme Anne Juillard en préface.

Dans ce magnifique livre de plus de 400 pages ont été réunis dix-sept de ses carnets sur lesquels il dessine depuis toujours. Comble de bonheur, l’auteur apporte ici et là quelques commentaires aux dessins, une façon de nous inviter plus encore dans son atelier, dans son intimité. Au fil des pages, on découvre des femmes, beaucoup de femmes, héroïnes de ses bandes dessinées ou non, mais aussi des paysages, des clins d’oeil à ses maîtres anciens, Klimt, Helmut Newton, Antoine Watteau… Un ouvrage indispensable pour tous les amoureux de ce grand monsieur de la bande dessinée.

Jean-Claude Götting, c’est d’abord un trait, reconnaissable entre tous, un trait épais, tellement épais qu’il ne peut que marquer et interroger les esprits. Dès ses premiers albums, Crève coeur en tête, l’auteur marque le territoire du neuvième art de son style graphique unique, un trait épais donc, des planches charbonneuses en noir et blanc, des atmosphères intenses.

© Champaka Brussels / Götting

Pour ses peintures, il garde le trait épais mais passe à la couleur. Le résultat ? Il nous est offert dans ce livre paru chez Champaka Brussels, maison d’édition spécialisée dans l’édition d’art liée au monde de la bande dessinée. Autant vous dire que Jean-Claude Götting ou tout au moins ses peintures étaient entre de bonnes mains.

L’écrin est splendide, 120 pages couleurs, un frontispice signé par l’auteur, 999 exemplaires numérotés. Et dans cet écrin, 80 peintures parmi ses plus récentes, autant de portraits de femmes inconnues imaginées, fantasmées,  pensives, assoupies, sereines ou mélancoliques mais belles, toujours belles, des instants volés, des scènes intérieures, sophistiquées, intimistes au charme fou, qui peuvent rappeler tel ou tel courant pictural, tel ou tel réalisateur de cinéma, mais qui sont uniques, par le trait et les couleurs de Götting. « La couleur est venue… », écrit Sandrine Saint-Marc en préface, « le trait noir est resté. Il cerne, il délimite, il souligne et découpe les espaces, les formes, les plans : le trait est fondateur ».

Une chose est certaine, on pourrait regarder ces portraits pendant des heures, laisser nos pensées s’envoler, comme à l’écoute d’un bon disque. Rien d’étonnant, il y a comme une petite musique dans ses peintures, une petite musique qui nous prend par les émotions.

Eric Guillaud

Instants volés, de Jean-Claude Götting. Champaka Brussels / Dupuis. 55€

Carnets secrets, d’André Juillard. Editions Daniel Maghen. 59€

17 Nov

Le deuxième volet du Dernier Atlas en sélection officielle au prochain Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême

Quarante-quatre albums concourront cette année dans la prestigieuse sélection officielle du Festival d’Angoulême 2021, 44 albums et parmi eux le deuxième volet du Dernier Atlas réalisé par une équipe d’auteurs nantais…

Comme chaque année, et malgré la crise sanitaire actuelle, le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême a dévoilé ce matin sa sélection officielle pour une édition 2021 qui se jouera en deux temps, la mise en avant du palmarès fin janvier et un festival sur site qui « explorera des propositions artistiques inédites et s’intégrera dans l’opération Partir en livre du CNL ». espéré par tous du 24 au 27 juin.

Dans la sélection officielle figurent 44 albums, notamment Aldobrando de Luigi Critone et Gipi, L’Accident de chasse de Landis Blair et David L. Carlson, Beaume du Tigre de Lucie Quéméner, Bolchoi Arena de Aseyn et Boulet, Kent State, quatre morts dans l’Ohio de Derf Backderf, Rusty Brown de Chris Ware… et le deuxième volet du Dernier Atlas signé par la brillante équipe nantaise constituée de Gwen de Bonneval, Hervé Tanquerelle, Fabien Vehlmann, Fred Blanchard et de la coloriste Laurence Croix. 

Une bonne nouvelle d’autant que Le premier volet du Dernier Atlas figurait déjà dans la sélection officielle de la 47e édition du festival en 2020 et qu’il avait permis la même année aux co-scénaristes Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann de remporter le prix René Goscinny.

À la sélection officielle et ses 44 albums qui concourront dans six catégories dont le Prix du Public France Télévisions, s’ajoutent la sélection Patrimoine avec 7 albums, la sélection 8-12 ans, 8 albums, la sélection 12-16 ans, 8 albums dont l’excellent Serment des Lampions de Ryan Andrews, la sélection Fauve Polar SNCF, 7 albums, et enfin la sélection Fauve des lycéens, 15 albums.

Quel est l’album qui succédera à Révolution de Grouazel et Locard, Fauve d’or prix du meilleur album en 2020 ? Réponse le vendredi 29 janvier 2021.

Eric Guillaud

Fleur de Tonnerre : Cornette et Jürg adaptent le roman de Jean Teulé

On parle souvent de tueurs en série, rarement de tueuses, en voici pourtant une et pas des moindres, la Bretonne Hélène Jégado dit Fleur de Tonnerre, accusée du meurtre de 37 personnes et guillotinée en 1852…

C’est un peu Arsenic et vieilles dentelles cette histoire, des dentelles bretonnes bien sûr. Une histoire vraie qui débute au début du XIXe siècle pour s’achever brutalement en son milieu avec une empoisonneuse guillotinée et un nombre indéterminé de victimes.

Certains parlent d’une trentaine, d’autres de beaucoup plus, des femmes, des hommes, des jeunes, des très jeunes, des vieux, des domestiques, des curés et même la soeur de Fleur de Tonnerre… bref tous ceux et celles qui ont eu le malheur de croiser sa route et de se laisser tenter par ses bons petits plats agrémentés d’arsenic.

C’était une manie chez elle, comme d’autres rajoutent du sel sans même avoir goûté le plat, Fleur de Tonnerre glissait un peu d’arsenic ici et là histoire d’entretenir la réputation de l’Ankou dont elle croyait être la réincarnation.

D’abord porté au cinéma par Stéphanie Pillonca, le roman de Jean Teulé est cette fois adapté en bande dessinée par le tandem Cornette – Jürg précédemment responsable de Ziyi paru en 2013 aux éditions Scutella. On pouvait s’attendre, vu le sujet, à une dessin hyper-réaliste et une atmosphère pesante, étouffante.

Ce n’est pas vraiment le cas, les auteurs ont choisi d’établir une certaine distance avec l’horreur des faits par une touche d’humour, noir et grinçant bien évidemment, que ce soit dans le trait ou l’écriture. Il n’en reste pas moins que le personnage est franchement inquiétant, l’histoire, à pleine croyable, et l’album, patiné d’atmosphères bretonnes.

Eric Guillaud

Fleur de Tonnerre, de Cornette et Jürg. Futuropolis. 20€

© Futuropolis / Cornette & Jörg

16 Nov

Humour à volonté avec l’autrice angevine Mathou!

Grisaille, pluie, froid… et covid-19, nul besoin de s’appeler Nostradamus pour prédire que les prochains mois ne seront pas des plus folichons et nécessiteront une double dose de vitamines. Pour ça, nous avons ce qu’il vous faut et sans prescription médicale…

Un peu d’humour ne fait jamais de mal. En ces temps incertains, il devrait même être déclaré bien de première nécessité et remboursé par la Sécurité sociale.

La suite ici

15 Nov

Punisher : Soviet ou la guerre, la putain de guerre

La série Punisher a toujours été un électron libre de la galaxie Marvel, un vigilante comme on dit en anglais qui se contrefout des lois et encore moins des règles tant qu’il s’agit de punir les ‘méchants’, quels qu’ils soient. Pas de super-pouvoirs ni d’invasion extra-terrestres ici, juste une réalité sale et perverse, la réalité de la guerre et de ses multiples dommages collatéraux. Et dans cette mini saga, Frank Castle alias le Punisher va devoir encore une fois se salir les mains…

Brutal. C’est en général le premier mot qui vient à l’esprit en parlant du Punisher et c’est particulièrement vrai dans cette mini-série de six épisodes réunis ici dans un seul volume dont la toile de fond est la trop peu souvent évoquée guerre en Afghanistan dans les années 80. Comme le rappelle justement Soviet, ce conflit fut pour le régime soviétique et surtout sa jeunesse qui y fut envoyée pour servir de chair à canon l’équivalent de ce que fut la guerre du Vietnam pour les américains : une guerre absurde et plus particulièrement violente dont personne n’est sorti vainqueur mais où tout le monde a morflé, physiquement et moralement.

© Marvel/Panini Comics – Jacen Burrows et Garth Ennis

Tout commence lorsque Castle découvre que les truands russes après lesquels il court sont massacrés un par un par quelqu’un d’autre. Il finit par rencontrer le coupable, un ancien soldat russe traumatisé par son expérience en Afghanistan. Ce dernier a décidé de se venger d’un ancien gradé, aujourd‘hui devenu homme d’affaires en recherche de respectabilité, une ordure qui avait vendu son unité aux talibans en échange d’argent. Le Punisher accepte de s’allier avec lui pour remonter à la source en laissant pas mal de cadavres sur le bas côté pendant que les services secrets américains, eux, décident de regarder ailleurs.

La première surprise de ce récit est le choix du dessinateur Jacen Burrows qu’on avait découvert dans le très fouillis Providence d’Alan Moore. Son style très propre et un chouia rigide ne semble d’abord pas collé au ton très noir mais finit par renforcer le côté très déshumanisé des personnages. Et lorsqu’il s’agit d’être très frontal dans la violence, il réussit aussi bien à nous envoyer à la gueule des images difficilement supportables qu’à suggérer.

© Marvel/Panini Comics – Jacen Burrows et Garth Ennis

L’autre surprise, c’est de retrouver au scénario, le co-créateur de Preacher Garth Ennis. Certes ce dernier avait déjà flirté avec cet anti-héros mais il impose ici une nouvelle fois ses obsessions, comme celle des individus écrabouillés par le système ou la corruption généralisée, quitte à presque réduire Frank Castle à un rôle d’observateur pendant la première moitié du récit avant de lui laisser reprendre la main pour parachever l’œuvre de son acolyte du moment.

Plus que jamais, le Punisher tranche donc ici avec ses copains super-héroïques : pas d’envolées lyriques ni de leçon de morale mais une vendetta particulièrement violente où chacun redouble de sadisme, inclus Frank Castle, bloc inexpressif et sans pitié. Brutal on vous dit.

Olivier Badin

Punisher : Soviet de Jacen Burrows et Garth Ennis. Marvel/Panini Comics. 18 euros 

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