05 Mar

De Spirou à Supergroom : quand les Nantais Fabien Vehlmann et Yoann carburent au super !

Le temps d’une petite dizaine d’années et de cinq albums, Fabien Vehlmann et Yoann ont animé la série Spirou et Fantasio. Ils reviennent aujourd’hui avec Supergroom, les aventures d’un super-héros qui se rêve ordinaire. Rencontre…

Si vous vous demandez comment naît un héros de papier, la réponse est ici assez simple. Supergroom est apparu pour la première fois dans une histoire courte publiée dans le journal Spirou. Coup de foudre des lecteurs et des éditeurs, Supergroom ne pouvait pas disparaître comme ça, d’un coup de cape.

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02 Nov

Utopiales 2019. Un Gentil orc sauvage reçoit le prix Utopiales BD

On vous l’avait présenté en janvier dernier ici-même, le road-trip en mode fantasy de Théo Grosjean a reçu ce soir le prix Utopiales 2019 BD…

Rien ne va plus au pays des orcs. Les orcs gentils sont attaqués par des orcs sauvages sans pitié. Pour Oscar, l’un des rares à survivre au massacre, c’est l’heure de l’exil…

« Il était uuuun tout petit orc-euuuuh qui n’avait ja-ja-ja-mais égorgé, ohé ohééééééééé ! ». Oscar aime à rappeler qu’il n’est pas un orc méchant. Il le chante à tue-tête. Et de fait, non seulement il n’a jamais égorgé qui que ce soit mais en plus il se lave pour sentir bon, s’habille pour paraître et vit en bonne intelligence au sein d’une communauté d’orcs civilisés dans un petit village des plus paisibles.

Plus pour longtemps. Une horde d’orcs sauvages déterminée à rétablir un ordre ancien déboule et tue tout le monde sur son passage. En quelques coups de lances et de flèches, l’affaire est réglée. Le village paisible est transformé en cimetière à ciel ouvert. Oscar le gentil orc n’a plus qu’une solution : fuir et se réfugier dans le pays voisin, celui des Gobelins.

Sauf qu’on y rentre pas comme ça chez les Gobelins. « Je vais vous envoyer un formulaire d’immigration. D’ici deux, trois ans, on commencera à étudier votre dossier », lui dit un garde-frontière. De quoi se faire tuer un bon millier de fois avant que la situation ne bouge. Commence alors pour Oscar un long périple pour parvenir à traverser la frontière clandestinement…

Paru il y a quelques mois chez Delcourt, Un Gentil orc sauvage est un road-trip de dingue à la Lapinot de Lewis Trondheim, sauf que ce n’est pas lui qui l’a écrit, c’est Théo Grosjean, un de ses élèves de l’école d’art Émile Cohl à Lyon. L’histoire d’Un Gentil orc sauvage nous embarque dans un monde imaginaire, un univers médiéval fantastique plein d’humour, tout en abordant de façon explicite des thèmes bien réels et sérieux comme l’extrémisme, l’exil, la condition des migrants… Drôle et intelligent !

Eric Guillaud

Un Gentil orc sauvage, de Théo Grosjean. Delcourt. 16,95€

© Delcourt / Grosjean

09 Oct

L’ennemi juré de Batman contre-attaque : le Joker superstar !

Avec Lex Luthor ou encore le Docteur Fatalis, le Joker est sûrement l’un des bad guys les plus fascinants de l’univers des comics. Présent dès le premier épisode de Batman en 1940, il a aussi rebondi au cinéma dès 1989 sous les traits de Jack Nicholson. Alors que ce mercredi c’est au tour de l’acteur Joaquin Phoenix d’endosser dans les salles obscures le costume du super-criminel, rééditions et traductions se multiplient en librairie.

En première ligne, il y a bien sûr la réédition ‘deluxe’ de Killing Joke du dessinateur Brian Bolland, surtout scénarisée par la superstar Alan Moore. Une œuvre fondatrice qui, deux ans après The Dark Knight Returns(Batman Année Un en VF) de Frank Miller, fit rentrer brutalement dans l’âge adulte la culture comics. En parlant de Frank Miller, Joker, L’Homme Qui Rit paru initialement en 1993 essaye de lui rendre justement hommage en en reprenant certains des codes, tout en racontant la première rencontre entre les deux ennemis jurés. Un récit assez accessible mais déjà empreint d’un pessimisme et d’une violence sourde qui présageaient des choses à venir, même si l’ajout ici en bonus d’histoires annexes scénarisées par la même personne mais avec un parti-pris graphique plus réaliste et plus terne au niveau des couleurs paraît quelque peu hors-sujet…

Gros pavé de plus de 400 pages, Joker Renaissance est surtout l’œuvre de la star montante de la maison DC, le scénariste Scott Snyder. Le style presque pop et léché mais aussi par moments halluciné de son fidèle compagnon Greg Capullo (Spawn) est contrebalancé par l’incroyable inventivité sadique et sa folie créative de son anti-héros, Snyder se révélant une nouvelle fois particulièrement retors et capable de faire subir à nos amis super-héros les pires humiliations à travers des histoires bourrées de chausse-trappe.

@ DC/Urban Comics – Joker Renaissance de Synder, Capullo, Tynion IV & Jock

Le Joker (tout simplement) de Brian Azzarello et Lee Bermejo est le plus trash du lot, le plus violent et le plus sombre aussi. Ce n’est pas pour rien que Batman n’y est qu’une ombre fugace que l’on ne croise qu’à la toute fin du récit, et encore. L’influence du film de The Dark Knight de Christophe Nolan y est patente et on retrouve ici la folie meurtrière et déstructurée qu’avait insufflé l’acteur Heath Ledger dans le personnage. Si l’on retrouve pas mal des ennemis du vengeur masqué (Le Pingouin, Double-Face etc.), aucun glamour ni flamboyance ici, à l’image d’un décor, Gotham, décrite comme une mégapole tentaculaire et inhumaine. Contre-pied total et surprenant, c’est pourtant dans son volume que l’on retrouve en bonus un pastiche deCalvin & Hobbes où le Joker rencontre Lex Luthor, l’adversaire numéro un de Superman !

À l’heure où Batman fête ses quatre-vingt ans, quatre visions d’un personnage devenu mythique mais un seul et même monstre, fascinant et perturbant.

Olivier Badin

The Killing Joke de Brian Bolland et Allan Moore, 28€ / Joker, L’Homme Qui Rit de Ed Brubaker, Greg Rucka, Doug Mahnke et Michael Lark, 15,50€ / Joker Renaissance de Scott Synder, Greg Capullo, James Tynion IV et Jock, 35€ / Joker de Brain Azzarello et Lee Bermejo, 15,50€ – DC/Urban Comics

@ DC/Urban Comics – Joker Renaissance de Synder, Capullo, Tynion IV & Jock

21 Mai

Little Bird : de la SF dystopique et flamboyante boostée aux hallucinogènes, rencontre avec son dessinateur Ian Bertram

Little Bird est l’un des chocs visuels de ce printemps, une BD ouvertement influencée par des visionnaires comme Jean Giraud alias Moebius et toute la bande de déglingos du magazine ‘Métal Hurlant’, soit une science-fiction dédouanée de ses canons hollywoodiens pour mieux laisser éclater les couleurs mais aussi la violence…

Il faut dire que l’attelage à l’origine de ce roman graphique est inhabituel, entre le scénariste Darcy van Poelgeest et surtout le dessinateur new-yorkais Ian Bertram, formé à la School of Visual Arts et qui travaille à l’ancienne, au stylo d’un trait parfois intimiste, souvent épique et ensanglanté.

On parle ici de ‘dystopie’, c’est-à-dire d’un futur alternatif particulièrement effrayant et pourtant crédible, un futur où le continent nord-américain vit sous l’égide d’un gouvernement totalitaire et théocratique nommé le Vatican. Une résistance essaye pourtant tant bien que mal de se prendre en place. Son seul espoir ? Une petite fille de douze ans appelée ‘Little Bird’ (‘petit oiseau’) dont la famille est, sans qu’elle le sache, au cœur de toute cette tragédie. Un point de départ somme toute assez classique mais qui s’amuse assez rapidement à brouiller les pistes, impression amplifiée par une explosion de couleur et le trait très viscéral de Bertram où l’organique est trituré, hypertrophié et exposé avec une énergie sans cesse renouvelée.

Oui,Little Bird est parfois assez gore mais jamais d’une façon grossière ou gratuite. Pire, quitte à s‘attirer les foudres de ceux qui n’aiment pas ça, lorsque la violence s’y étale, c’est toujours d’une façon presque… Belle on oserait dire, en tous cas grandiose et toujours empreinte de cette mystique christique que l’on retrouve tout le long du récit. On a rencontré son dessinateur au début du mois de Mai dans la capitale, où il a passé quinze jours à « flâner et boire des cafés en terrasse en fumant des cigarettes comme un vrai parisien » mais aussi dessiner, vu qu’il ne se sépare jamais de son carnet de croquis et de ses crayons…

Olivier Badin

Little Bird de Ian Bertram, Darcy van Poelgeest et Matt Hollingsworth. Glénat. 22 euros

09 Avr

Les heures passées à contempler la mère : un récit introspectif signé Sébastien Vassant et Gilles Larher

Après L’accablante apathie des dimanches à rosbif et La Voix des hommes qui se mirent, le tandem Larher – Vassant signe Les Heures passées à contempler la mère, un très beau portrait de femme contemporaine…

« J’étais célèbre. Mieux encore… j’étais lue ». De retour d’une tournée de dédicaces à l’étranger pour son deuxième roman, Cassandra Page a l’ego « turgescent » comme elle le pense très fort. Pourtant, elle le sait, il y a moins de lettres dans « lue » que dans « désirée » ou « aimée ». Pour une femme, qui plus-est pour une femme de lettres, la nuance n’est pas mince. De quoi redescendre en douceur, se motiver pour écrire un troisième livre et pourquoi pas faire un enfant, le tout avec son amoureux Lazare Desmeaux, héritier de la maison d’édition qui publie ses livres.

Oui mais voilà. Cassandra va devoir redescendre de son nuage plus vite qu’elle ne le pensait. À peine de retour à Paris, Lazare lui annonce qu’il la quitte. Par courrier bien sûr. Une lettre tapée à l’ordinateur. Froide. Sans âme.

« Reprendre tant bien que mal sa trajectoire, jouer des courants et des flots avec tous les éléments rassurants de son univers brisés ou inutilisables… en ayant à jamais perdu la majeure partie de ses repères ».

La chute est brutale, vertigineuse, abyssale. Entre Paris et son village natal dans les Côtes d’Armor, Cassandra tente de se relever, difficilement, en mangeant du chocolat, beaucoup, en contemplant la mer, qu’on ne voit pas forcément danser, et en pleurant. « Pleurer sous la douche est une activité logique. Ontologique ? Les larmes se mêlent aux gouttes… Nul Dieu ne saurait y retrouver ses petits. C’est pratique et prophylactique ».

Finalement, Cassandra espère échapper à la spirale de la déprime en reprenant la plume et en se plongeant dans l’écriture d’un roman sur sa mère…

Intimiste et féministe, introspectif et contemplatif, ce très beau portrait de femme est signé par deux hommes, Sébastien Vassant et Gilles Larher, qui nous ont déjà démontré ensemble une belle exigence d’écriture et de graphisme dans deux albums, L’accablante apathie des dimanches à rosbif sorti en 2008, histoire d’un artiste comique malade en phase terminale, et La Voix des hommes qui se mirent en 2009, histoires – au pluriel cette fois – d’hommes qui se confient sur eux-mêmes et sur les femmes de leur vie.

Eric Guillaud

Les heures passées à contempler la mère, de Gilles Larher et Sébastien Vassant. Futuropolis. 27€.

04 Avr

Déam’Bulle : deux jours pour fêter la bande dessinée à Pornichet les 6 et 7 avril

Un super-festival avec des super-auteurs et des super-héros, il y aura du superlatif dans l’air ce week-end à Pornichet où se tient la deuxième édition du festival BD Déam’Bulle. Yoann, le dessinateur actuel des aventures de Spirou et Fantasio, en est l’invité d’honneur…

@ Yoann

En deux petites éditions seulement, le festival Déam’Bulle a trouvé ses marques investissant durant deux jours la ville de Pornichet, depuis la Rotonde jusqu’au Quai des arts, en passant par la médiathèque J. Lambert, le Bois joli, le Bd de la République ou encore le Centre de congrès.

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24 Mar

Les Clés de la bande dessinée : une grande leçon de graphisme et de narration signée Will Eisner

Inutile de le présenter, Will Eisner est l’une des grandes figures de la bande dessinée mondiale, un raconteur exceptionnel, un dessinateur hors pairs, qui contribua à révolutionner le genre et modifier profondément et durablement le regard de tout un chacun sur un art jugé très longtemps mineur…

C’est une somme, plus de 500 pages abondamment illustrées, une référence sur la théorie et la mécanique de la bande dessinée publiée à partir de 1985 et régulièrement mise à jour par l’auteur lui-même, jusqu’à sa mort en 2005. Aux États-Unis, on ne compte plus le nombre de réimpressions, en France, les ouvrages ont été publiés en trois volumes entre 2009 et 2011 avant de se trouver judicieusement réunis dans cette intégrale.

À qui s’adresse ce livre ? À tous, aux professionnels du neuvième art bien sûr, mais aussi aux autres, fans inconditionnels du genre, amateurs de belles histoires, critiques… En vrac, on y apprend la gestion du temps, le cadre, l’anatomie expressive, l’art séquentiel et ses applications, l’histoire de la narration, le processus d’écriture, la mécanique humaine, les muscles, la tête, les émotions humaines… bref tout ce qui est nécessaire pour raconter une histoire en images.

L’approche est sérieuse mais jamais ennuyeuse, chaque propos s’appuyant sur des exemples, des illustrations signées Eisner mais pas que. Cette intégrale s’inscrit dans le programme d’intégrales consacrées aux plus grandes oeuvres de Will Eisner, telles que New York Trilogie, publiée fin 2018, Un pacte avec Dieu qui le sera fin 2019.

Eric Guillaud

Les Clés de la bande dessinée, de Will Eisner. Delcourt. 39,95€

Fluide Glacial s’attaque aux super-héros. Hollywood, Marvel et tous les super-méchants du monde n’ont qu’à bien se tenir…

Le 21 Mars. Premier jour du printemps et sortie du nouveau hors-série de Fluide Glacial. Comme le premier, le second est bon pour la santé, surtout celle des zygomatiques et de tous ceux qui sont allergiques à ces mecs en spandex qui, sous prétexte de sauver le monde tous les quatre matins, nous empêchent de tisser tranquille.

Un numéro spécial super-héros qui débarque d’ailleurs trente-sept ans après un premier HS consacré au seul, l’unique, l’indestructible, que dis-je, l’énormissime SuperDupont. Oui, SuperDupont, le super moustachu en charentaises qui combat inlassablement les soldats de l’AntiFrance en charentaises avec sa baguette sous le bras. Donc les super-mecs et Fluide Glacial, cela ne date pas d’hier. D’ailleurs, on a ressorti pour l’occasion deux apparitions du gugusse. Une première fois lorsque Gotlib avait réussi à convaincre son idole Harvey Kurtzman – le créateur de Mad Magazine, influence première totalement assumée – de scénariser la première visite de l’homme au super-béret au pays de l’Oncle Sam. Puis lorsque sept ans avant, le papa de Gai Luron lui-même s’était amusé à croquer sa rencontre délirante avec le Surfeur d’Argent, rebaptisé pour l’occasion le Patineur d’Argent. Deux gros clins d’œil à celui qui lança le magazine le 1er Avril (cela ne s’invente pas) 1975 et qui nous a quitté, ce con, en Décembre 2016.

C’est là la seule séquence nostalgie d’un numéro de 100 pages sinon blindé de mecs super-balèzes, super-poilants et surtout, super-très-cons et à la thématique générale très portés sur la philosophie, les conseils de jardinage et comment réussir à ouvrir une douzaine d’huîtres en trente secondes (ami lecteur, sauras-tu reconnaître quelle partie de cette phrase interminable est fausse ?). Mention spéciale à ces ‘futurs nouveaux comics’ où entre Silver Trollboy (« trois ennemis redoutables cherchent à contrecarrer ses plans : la brigade du net, l’orthographe et la syntaxe ») ou Rigolomax Stan Dupper, on retiendra surtout ‘L’Incroyable Jean-Hulk’, « un géant jaune aux yeux exorbités (…) capable de faire manger son micro à un journaliste de France 3. » Quelle bande de cons.  Et c’est pour ça qu’on les aime.

Olivier Badin

Fluide Glacial  HS n°86, spécial ‘super-héros’, 6,50 €