14 Sep

Pendragon : nouvelle adaptation réussie et osée de la légende des chevaliers de la Table Ronde

L’épée Excalibur, la convoitise de Luther Pendragon, Merlin l’enchanteur, tout ça… Vous croyiez tout savoir de la légende des chevaliers de la Table Ronde ? En voici une réinvention maline pleine de sang et de fureur.

La série Game Of Thrones est passée par là et cela se sent… Bien conscient qu’il tacle là un sujet déjà mille fois couvert en littérature, cinéma ou BD, ce premier tome (sur quatre prévus) s’attaque à un monument. Mais il a aussi décidé de marquer sa différence de deux façons : d’abord en resituant l’histoire au Vème siècle après notre ère plutôt qu’au Moyen-Âge. Et ensuite en recentrant le propos sur l’aspect politique et les manigances des uns et des autres. La saga devient donc ici bien plus qu’un conte initiatique : c’est désormais avant tout une quête de pouvoir où la religion, la guerre et surtout les hommes ne sont que pour servir les intérêts d’une poignée d’intrigants.

© Glénat / Jérôme Le Gris, Benoît Dellac et Paolo Martinello

Forcément, les lettres de noblesse acquises tout récemment par le Jérôme Le Gris avec la série Lord Gravestone et surtout l’adaptation de la saga d’heroic fantasy de Michael Moorcock Hawkmoon aident beaucoup. Le scénariste aime avancer ses pions patiemment et jouer avec des personnages ne dévoilant pas leur jeu tout de suite et cela se sent. Tout comme les dessins, signés ici conjointement par Benoît Dellac et Paolo Martinello et clairement nourris à l’imagerie heroic fantasy moderne, c’est-à-dire pas aussi policée et bien sanglante que sa version de base.   

© Glénat / Jérôme Le Gris, Benoît Dellac et Paolo Martinello

Alors même si des noms comme Arthur ou Merlin ont beau nous être familiers, cette relecture quasi-complète de la montée au pouvoir du premier et du côté manipulateur de son mentor permet de complètement redécouvrir les légendes de la Table Ronde, devenues ici bien plus sauvages et cruelles. En mettant de côté le côté chevaleresque au profit de décors désolés, de héros pas si blancs que ça et de créatures magiques semblant sortir tout droit du Seigneur Des Anneaux, le ton est ici nettement plus tragique et violent. Reste juste à savoir si ces auteurs réussiront à tenir la tension sous-adjacente sur la durée, surtout que l’accent est ici mis sur les dialogues et les magouilles plus que sur l’action pure. Mais ça fait envie !

Olivier Badin

Pendragon – volume 1 : l’épée perdue de Jérôme Le Gris, Benoît Dellac et Paolo Martinello. Glénat

13 Sep

Bela Lugosi ou grandeur et décadence de l’âge d’or hollywoodien

Retour nostalgique et mélancolique sur la vie chaotique de cette grande figure du cinéma d’horreur des années 30 aux côtés de Boris Karloff, devenue star sur le tard après être devenu, pour l’éternité, la toute première incarnation à l’écran du conte Dracula.

Le procédé est connu : un curieux, qui n’a une vision parcellaire de la vérité, remonte le temps à coups de flashbacks raconté par un témoin privilégié. Ici, il se nomme Danny Sheffield, fan vouant un véritable culte à l’acteur de cinéma Bela Lugosi, au point de lui avoir amassé de nombreuses reliques de sa carrière dans ce qu’il appelle « le sanctuaire ».

Sauf que nous sommes en 1956 et lorsqu’il vient toquer à la porte de la maison de son idole, celui-ci n’est plus que l’ombre de lui-même. En plus d’être rongé par son addiction à la morphine et malade, le vieil homme de 73 ans n’a plus un sou après avoir tout dilapidé et s’être retrouvé blacklisté par les studios d’Hollywood. Studios dont il a pourtant fait la fortune avec la sortie de Dracula en 1931.

© Glénat / Philippe Thirault & Marion Mousse

Sur place, il croise la route de sa quatrième (sur cinq) épouse Lillian Arch et cette dernière accepte de lui raconter alors la vie mouvementée de son ex-mari. Vedette du théâtre à Budapest en 1911, participant actif de l’éphémère république des conseils de Hongrie après la Première Guerre Mondiale, il doit quitter son pays natal à cause de la répression brutale qui suit, d’abord pour Vienne, puis Berlin avant de s‘installer enfin aux Etats-Unis en 1922. Là, après des années de galère, il finit par triompher dans le rôle de Dracula à Broadway. La chute n’en sera que plus rude…

La collection 9 ½ n’en est pas à son coup d’essai. Ce nouveau volume, après des tomes consacrés à Lino Ventura ou Alfred Hitchcock, joue donc la carte du classicisme à fonds, aussi dans la forme (biographie à rebords articulée autour d’évènements clefs) que dans le fonds avec son noir et blanc classieux. Or justement, ce choix graphique avec ses clairs obscurs très marqués et ses ombres portés est en parfaite résonnance avec le cinéma d’horreur auquel il rend un vibrant hommage.

© Glénat / Philippe Thirault & Marion Mousse

Lugosi n’y est ni un salaud suprême, ni un héros. ‘Juste’ un homme à femmes, artiste au talent au moins aussi énorme que son égo, incapable de domestiquer ses humeurs… quitte à se torpiller lui-même. Mais jamais aussi magnétique que sur scène ou face à la caméra, quelques très belles planches le sublimant dans son élément naturel. C’est cette personnalité ambivalente que raconte ce beau récit mélancolique, reflet d’un monde du spectacle aussi fascinant qu’impitoyable.

Olivier Badin

Bela Lugosi de Philippe Thirault et Marion Mousse. Glénat. 22,50€

Protocole Commotion de Mademoiselle Caroline: une bonne claque aux préjugés sexistes sur le rugby féminin

Le rugby, un sport de mecs ? Alors que la Coupe du monde bat son plein, Mademoiselle Caroline s’invite dans la mêlée avec Protocole Commotion, une BD qui plaque les préjugés et dit tout l’amour qu’elle a pour ce sport…

Protocole commotion. Derrière ces deux mots se cache une règle : la sortie définitive d’un joueur devant toute suspicion de commotion cérébrale. Les amoureux de l’ovalie le savent, pour les autres, Mademoiselle Caroline le rappelle en ouverture de son album. Et malgré ce que pourrait laisser imaginer ce titre, Protocole Commotion est une ode au rugby et peut-être plus encore au rugby féminin.

Car oui, le personnage principal est une femme, une femme pas très heureuse au boulot, pas très heureuse à la maison, et qui va trouver sur un terrain de rugby de quoi donner un sens à sa vie.

« J’ai enfin trouvé un endroit, un moment de ma vie, un sport où je peux faire tout ce qu’on m’a toujours interdit de faire. Être violente, sale, agressive, me rouler dans la boue, me battre, boire comme un trou… » et surtout « sentir mon corps utilise à autre chose que de faire un bébé ».

Alors pourquoi ce titre pas très vendeur me direz-vous ? Parce que Malou, l’héroïne, n’échappera pas à ce protocole lorsqu’elle recevra un mauvais coup à la tête. Comme beaucoup de joueurs ! Mais comme beaucoup de joueurs, sans vouloir spoiler l’affaire, elle s’en tirera sans bobos.

Après la grossesse, la maternité, la dépression, les régimes, le mariage, l’autisme ou encore le burn-out, Mademoiselle Caroline nous entraîne cette fois dans le monde du rugby amateur à travers une fiction largement inspirée de sa passion pour un sport dit viril en posant bien évidemment par la même occasion un regard aiguisé et drôle sur notre société patriarcale, ses blocages, ses préjugés sexistes. Pour tous ceux et celles qui aiment le rugby et peut-être plus encore pour les autres !

Eric Guillaud

Protocole Commotion, de Mademoiselle Caroline. Delcourt. 24,95€

© Delcourt / Mademoiselle Caroline

11 Sep

INTERVIEW. Pascal Rabaté défie les probabilités dans une BD pleine de fantaisie mise en images par François Ravard

Après un petit détour par le cinéma, le temps de produire son quatrième long métrage baptisé Les Sans-dents, Le Nantais d’adoption Pascal Rabaté retrempe sa plume dans la bande dessinée en compagnie du dessinateur François Ravard et nous offre un petit bijou d’humour et de poésie. Rencontre…

Il y a une constance dans l’écriture de Pascal Rabaté, un petit quelque chose qui le distingue des autres, peut-être tout simplement une belle sensibilité et une empathie envers ses semblables, même s’il dit avoir en lui un petit fond de cruauté.

D’ailleurs son nouvel opus, La Loi des probabilités, réalisé avec François Ravard au dessin, et publié chez Futuropolis en est une fois encore une démonstration éclatante.

Au centre de l’histoire, Martin Henry, un verbicruciste de profession arrivé en avance ce jour-là à son rendez-vous médical. Pensait-il ainsi se débarrasser plus vite de la corvée ? Ou avait-il un mauvais pressentiment ? Quoiqu’il en soit, Martin Henry en ressort avec un diagnostic sans appel : un cancer en phase terminale et trois mois à vivre, au mieux !

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09 Sep

Space Relic Hunters ou comment deux Frenchies se réapproprient le space-opera avec classe

Ce n’est pas pour rien que l’album s’ouvre par une citation de l’auteur Ray Bradury. Space Relic Hunters est un récit d’aventure célébrant les vertus de l’imagination et offrant une réflexion sur le pouvoir politique et la religion.

Comme pas mal d’autres sous-genres de la science-fiction, le space opera (‘l’opéra spatial’ en bon français) est apparu dans les années 40 lors de l’époque bénie des pulps, ces magazines bon marché thématiques vendus pour trois francs six sous qui ont enflammé toute une (jeune) génération de lecteurs et qui ont, aussi, permis à de nombreux futurs grands auteurs de se lancer. L’intérêt ici est que dans la forme, on a avant tout affaire à un récit d’aventure pure, avec des méchants et des gentils, des coups de théâtre, des lieux exotiques…

En fait, dans le fonds, pas mal de ces histoires ne se différencient pas tant que ça que d’un bon vieux Bob Morane. Sauf qu’au de lieu de se passer à Macao ou, mettons, la Cordillère des Andes, elles se déroulent plutôt entre Jupiter et Alpha du Centaure, avec des personnages ne se déplaçant non pas en avion ou en bateau mais en vaisseau spatial. Le tout dans un contexte socio-politique et offrant une vraie critique sociétale où il est souvent facile de remplacer telle ou telle espèce d’extra-terrestres par, par exemple, des réfugiés politiques ou des migrants…

© Daniel Maghen / Sylvain Runberg & Grun

Avec ses décors grandioses, son trio de héros bigarré et son trait très organique où l’influence des grands maîtres du genre des années 70/80 (Moebius en tête), Space Relics Hunters assume pleinement cette affiliation, mais sans jouer la carte de la nostalgie non plus. D’une certaine façon, ses deux auteurs, déjà remarqués pour la saga en trois tomes On Mars, prouvent ici que le space-opera n’est pas si figé que ça et sait s’inscrire dans une certaine modernité.

© Daniel Maghen / Sylvain Runberg & Grun

L’univers est dominé depuis 200 ans par le Grand Quatuor, quatre dieux ayant imposé une religion unique. En conséquence, les nombreuses reliques des anciens cultes sont devenues des objets rares convoités par des collectionneurs fortunés, obligés de faire appel à des contrebandiers. Trois d’entre eux sont mandatés par un client mystérieux de dénicher à tout prix sur une planète inhospitalière un objet sacré d’un culte méconnu contre une très forte somme d’argent. Bien sûr, rien ne se passe comme prévu et surtout, ce trésor suscite bien plus de convoitise que prévu…

© Daniel Maghen / Sylvain Runberg & Grun

Il y a du souffle, de l’action mais aussi de l’action et surtout pas mal d’humain dans cette belle virée intergalactique, portée par un beau travail sur les couleurs. Un vrai bon petit space-opera dont on a, déjà, envie de revoir les protagonistes.

L’info en + : Les planches originales sont actuellement visibles à la Galerie Maghen 36 rue du Louvre à Paris jusqu’au 16 septembre

Olivier Badin

Space Relic Hunters de Sylvain Runberg et Grun. Daniel Maghen éditions. 29,95€

06 Sep

BD. Rabaté, Jean-C Denis, Kris, Fabien Toulmé… Dix bonnes raisons d’aimer la rentrée

C’est un grand classique de la rentrée, chaque année, les présentoirs des librairies croulent sous les nouveautés, des centaines, de quoi s’égarer, ne plus savoir où donner de la tête et des yeux. On vous aide à vous y retrouver avec notre sélection de bandes dessinées, dix coups de coeur, autant d’invitations à l’évasion…


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04 Sep

Pour que la rentrée soit plus douce, 14 mangas à dévorer toutes affaires cessantes

Bien sûr, vous auriez préféré rester un peu plus les doigts de pieds en éventail sur une plage abandonnée mais la réalité est toute autre et il vous a fallu ce matin rejoindre l’école, le bureau ou l’usine la plus proche. Alors pour vous tous et toutes, voici une petite sélection de mangas qui pourrait vous aider à digérer le retour à la vraie vie…

On commence avec une réédition particulièrement attendue en cette rentrée, celle de Remina, un manga horrifique imaginé par l’un des maîtres du genre, Fauve d’honneur lors du dernier festival d’Angoulême, je veux bien évidemment parler du sieur Junji Ito. Paru au Japon en 2005 et initialement publié en France chez Tonkam en 2008, le voici disponible en version intégrale prestige chez Delcourt / Tonkam, l’occasion rêvée de se replonger dans cette histoire de planète soudainement apparue dans l’espace, la fameuse Remina du nom de la fille du scientifique qui l’a observée la première fois, et qui va plonger l’univers dans un chaos indescriptible. L’occasion aussi de savourer pleinement les atmosphères incroyablement tendues et le trait précis, dynamique et expressif du Mangaka. Époustouflant ! (Remina, de Junji Ito. Delcourt / Tonkam. 19,99€)

Une autre réédition toute aussi incontournable, celle de Biomega avec un deuxième volume en version Deluxe grand format tout juste sorti de l’imprimerie. 400 nouvelles pages à couper le souffle, avec ce graphisme si singulier du mangaka Tsutomu Nihei, un immense fan, et ça se sent, du créateur des décors et monstres d’Alien, HR Giger. L’homme s’est fait connaître au Japon et en Europe avec des récits SF sombres, désespérés, violents, oppressants, organiques, reconnaissables entre tous. Après Abara et Blame 0, c’est donc au tour de Biomega de bénéficier d’une réédition Deluxe, de quoi profiter pleinement du génie de Nihei et de se téléporter en 3005, carrément, pour une histoire mêlant exploration spatiale et contamination virale. Le poids des mots, le choc des images. Divin ! (Biomega deluxe tome 2, de Tsutomu Nihei. Glénat. 14,95€)

Mai 2045. Bienvenue à Osaka ou du moins ce qu’il en reste dans l’ancien Japon. C’est là que vit et travaille Naoki, au milieu des ruines, avec la désolation pour horizon comme il dit. Depuis l’apocalypse qui a ravagé la Terre il y a maintenant une dizaine d’années, les survivants se disputent les restes du monde, lui participe à la reconstruction de son pays en fouillant les gravats à la recherche du patrimoine technologique d’avant, telle que cette salle de serveurs qu’il vient d’exhumer. Mais depuis quelques temps, Naomi entend des voix qui l’exhortent à sauver la jeune Hinako considérée comme l’espoir de l’humanité… Sorti en juin, Great Trailers est un récit SF à la Mad Max teinté d’Akira, noir et violent, dans un décor urbain post-apocalyptique angoissant. Pour les amoureux de combats et de mecha-designs ! (Great Trailers tome 1, de Akira Miyagawa. Casterman. 8,45€)

Fans de One Piece, en attendant la livraison du 105e volet prévu pour le 30 septembre prochain, les éditions Glénat vous ont concocté un nouveau numéro du One Pièce Magazine, bien évidemment consacré à la série culte de Eiichiro Oda. Au sommaire de ce numéro 12 : un dossier consacré aux trois frères, Ace, Sabo et Luffy, mais aussi des interviews, un manga, des recettes de cuisine, des illustrations inédites, des chroniques, un roman… Bref, de quoi patienter ! (One Pièce Magazine n°12. Glénat. 19,90€)

Il s’est fait connaître de ce côté-ci de la planète avec Search and destroy, Soil, Deathco, ou encore Wet Moon, il est de retour avec Evol dont le troisième volet vient de paraître aux éditions Delcourt / Tonkam, un voyage sans retour dans un monde en déliquescence, qui pourrait être le nôtre finalement, où l’héroïsme et les pouvoirs qui vont avec sont un don héréditaire et où les héros sont au service de la justice, enfin de celui qui a parlé le plus fort, en général le plus véreux. L’avenir serait ainsi scellé dès la naissance de chaque être. Sauf pour Nozomi, Sakura et Akari, deux jeunes filles et un garçon ordinaires qui après une tentative de suicide se retrouvent eux-aussi dotés de supers-pouvoirs. De quoi combattre ce monde qu’ils ne supportent plus. Publié dans un grand format sous couverture rigide et avec jaquette, Evol est un manga d’une noirceur sans pareille dans lequel transparaissent à chaque page le mal-être des adolescents et la violence de notre monde. Influencé par le punk, le cinéma et la bande dessinée américaine, Atsushi Kaneko exprime dans ces superbes pages toute sa colère, sa révolte, avec un trait qui n’est pas sans nous rappeler celui de Frank Miller. (Evol tome 3, d’Atsushi Kaneko. Delcourt / Tonkam. 19,99€)

L’adaptation manga de l’anime Neon Genesis Evangelion poursuit sa route dans une nouvelle édition en grand format, l’occasion de se replonger dans cette œuvre mythique qui marqua le monde de l’animation japonaise dans les années 90. En 2000, un astéroïde géant s’abat sur le pôle sud. Entre la montée du niveau des eaux, les crashs économiques, les guerres civiles… la moitié de la population humaine finit par disparaitre. Quinze ans plus tard, de mystérieux anges destructeurs font leur apparition. Pour les combattre : une seule solution, les Evangelion, de gigantesques machines de guerre anthropoïdes. Pour les amoureux des robots géants ! (Neon Genesis Evangelion, tome 6, de Yoshiyuki Sadamoto. Glénat. 14,95€)

Le premier volet est sorti en juin, le second est annoncé pour septembre, Romantic Killer est un manga tout en couleurs, c’est suffisamment rare pour le signaler, qui met en scène une jeune fille loin d’être romantique, seulement obnubilée par ses jeux vidéo, ses chocolats et son chat. Jusqu’au jour où un magicien lui confisque tout ça pour une question de natalité au Japon ou quelque chose comme ça et lui offre une vie entourée de « beaux gosses comme dans les mangas ». Un rêve ? Un cauchemar pour la jeune fille qui croit perdre là sa raison de vivre. Mais résistera-t-elle longtemps à l’amour ? C’est toute la question de cette série fraîche, colorée et drôle adaptée en série d’animation diffusée sur Netflix et toujours disponible. (Romantic Killer tome 1, de Wataru Momose. Soleil Manga, 15,99€)

C’est une histoire d’épicier. Mais d’épicier épicé. Du genre qui ne vend pas que des légumes. Taro Sakamoto, c’est son nom, a beau avoir un léger embonpoint, une moustache à la papa, des lunettes de myope, il est à lui seul un mythe, une légende, un ex-tueur admiré de tous ces congénères, craint par tous les gangsters. Oui, Sakamoto l’épicier avait le flingue facile avant de raccrocher, de se marier, d’avoir un enfant et de s’installer comme épicier. Une vie pépère jusqu’au jour où le jeune assassin télépathe Sin débarque dans la supérette. Vous voulez de l’action ? Alors vous en aurez, Sakamoto Days est un concentré d’énergie au rythme de parution effréné. Le tome 9 est sorti en juillet, le 10 devrait paraître en septembre. (Sakamoto Days tome 9, de Yuto Suzuki. Glénat. 6,99€)

C’est un peu Le Club des cinq mais sans le chien Dagobert et en version horreur. Trois garçons et une fille, tous issus du même collège décident pour leurs vacances de partir à la recherche d’Ayano Hirakawa, une de leurs camarades disparue depuis deux ans au bord de la rivière qui traverse son quartier. Ni les battues, ni l’enquête, n’ont permis jusqu’ici de la retrouver. A-t-elle fuguée ? A-t-elle été enlevée ? Personne ne peut le dire et les rumeurs les plus folles ont circulé. Mais cette fois, la bande de gamins croit savoir où elle est, ce qui semble ne pas plaire à certains… Un premier volet plein de promesses signé par Hôsui Yamazaki qui s’est déjà fait remarqué dans le manga d’horreur avec Kurogasi – Livraisons de cadavres publié à partir de 2006 aux éditions Pika. Une histoire bien ficelée, un dessin élégant et des frissons assurés ! (Chasse aux cadavres tome 1, de Hôsui Yamazaki. Casterman. 8,45€)

Un peu de fraîcheur et même de grand froid avec Kaioh Dante dont le premier volet est sorti en juillet, une série qui nous embarque pour l’océan arctique pas loin des terres de glace en 1765. Là, un navire de la marine britannique est bloqué depuis des jours et des jours par la banquise et le blizzard. Les réserves s’amenuisent, le capitaine s’inquiète, pourra-t-il planter son drapeau au pôle nord avant les autres et ainsi affirmer la suprématie de l’empire britannique ? Lorsque soudain sorti de nulle part approche un enfant. Son nom : Dante. Dans sa musette un livre de cartes incroyables de précision et des pouvoirs magiques qui changeront peut-être le cours des choses… Ryouji Minagawa au dessin et Fukuro Izumi au scénario livrent ici un grand récit d’aventure au coeur d’un 18e siècle ô combien riche en explorations et découvertes de nouvelles terres. Un deuxième tome est annoncé pour septembre. (Kaioh Dante tome 1, de Ryouji Minagawa et Fukuro Izumi. Vega Dupuis. 8,35€)

Bienvenue en enfer ou presque ! Depuis 100 ans, la Terre est plongée dans le noir à cause d’un épais nuage. La plupart des végétaux a disparu et l’humanité place ses derniers espoirs dans la transfloraison, une technique qui consiste à transformer un être humain en plante, comblant ainsi le manque de végétaux. Héros de ce récit vivant dans une grande pauvreté, Toshiro décide de franchir le pas et de subir l’opération nécessaire à sa transformation en plante… Un récit d’anticipation original aux belles ambiances sombres. (Fool Night tome 5, de Kasumi Yasuda. Glénat. 7,90€)

Vous avez adoré Chi une vie de chat de Konami Kanata, un énorme carton en 12 volumes publiés entre 2010 et 2015, alors vous devriez aimer Nights with a cat qui reprend un peu la formule magique du jeune chat débarquant dans un foyer, en l’occurrence ici celui de Futa et de sa petite sœur. À la différence près qu’ici, ce n’est pas le chat qui découvre la vie des humains mais les humains qui découvrent la vie de chat. Sa toilette, ses pupilles, ses oreilles, son sommeil… Futa décortique la bestiole et scrute ses habitudes tentant d’en apprendre un peu plus sur lui à chaque page. Le tout avec un peu d’humour et des couleurs ! (Nights with a cat tome 2, de Kyuryu Z. Glénat. 10,95€)

Et de 13 pour la série de Rumiko Takahashi, Grand prix 2019 du Festival international de la BD d’Angoulême. Je rassure tout de suite ceux qui auraient développé une petite allergie à l’histoire avec un grand H durant leur cursus scolaire, Mao ne retrace pas la vie du fameux chef d’état chinois Mao Zedong, non, Mao est ici un chasseur de yôkai, ces petites créatures surnaturelles qui hantent la mythologie japonaise. Et Mao a une mission : aider Nanoka Kiba, une jeune gamine du XXIe siècle qui a perdu ses parents dans un accident et qui a été projetée un siècle plus tôt à lever le mystère sur sa véritable nature… (Mao tome 13, de Rumiko Takahashi. Glénat. 6,90€)

Une histoire d’amour pour finir. D’un côté, Subaru Miyazawa. De l’autre, Togo Amase. Le premier est designer, paralysé des membres inférieurs depuis sa naissance. Le second est photographe spécialisé dans l’astrophotographie. Ils se rencontrent à l’occasion d’un spectacle au planétarium de leur ville sur lequel tous deux ont travaillé. Ensemble, ils décident d’aller voir les étoiles du monde entier… Un premier boy’s love (romance entre hommes) pour la collection Moon Light des éditions Delcourt. (Après avoir regardé le ciel étoilé, de Bisco Kida. Moon Light Manga / Delcourt. 8,50€)

Eric Guillaud

30 Août

INTERVIEW. Les Cowboys sont toujours à l’ouest, une BD de Damien Geffroy et Olivier Supiot qui pourrait bien vous faire perdre le nord

Rangez vos colts, l’heure est aujourd’hui à la détente avec le western humoristique des Angevins Damien Geffroy et Olivier Supiot, une série d’histoires courtes compilées dans le bon sens aux éditions Fluide Glacial. Rencontre…

Le monde se divise en deux catégories, ceux qui racontent des histoires et ceux qui les lisent. Damien Geffroy et Olivier Supiot appartiennent assurément à la première même si rien ne les empêche de fricoter avec la deuxième.

D’ailleurs, pour ce nouvel opus qui nous invite dans l’Ouest américain, les deux hommes se sont bien évidemment inspirés des livres et des films du genre, réalisant là assurément un hommage même si la chose est tournée en dérision.

Et de fait, l’humour est partout, dès la couverture de l’album avec ce cavalier renversé et renversant, avec ce titre prometteur, avec ces pages de garde en forme de gag et bien évidemment avec toutes ces histoires, une douzaine, réunies autour d’un personnage, John Casey Carson, le dernier des cowboys devenu milliardaire.

À la demande d’une journaliste, Mlle Wiloughstone, soucieuse d’écrire un article sur l’homme et sa fameuse collection de tableaux, Carson accepte de dévoiler ses peintures comme autant de vestiges de son passé d’aventurier livrant au passage, pour chacune d’elles, une histoire de l’Ouest complètement à l’ouest avec des femmes fatales, des gâchettes faciles, des salopards sans frontière, des bons, des brutes, des truands, des John Ouène,Clint Aistewoude et autres Gary Coupeur plus faux que nature…

Comment toutes ces joyeusetés ont-elles pu germer dans l’esprit des auteurs ? Réponse ici et maintenant…

La suite ici…

28 Août

Pages d’été. Sultana : un album complètement rose mais pas vraiment Barbie

Si vous faites partie de ceux et celles qui doutent du message féministe véhiculé par le film Barbie, alors voici qui devrait vous remettre sur le bon chemin, Sultana a beau avoir du rose et que du rose sur toutes ses pages intérieures, le message ne fait ici aucun doute…

Sarah est une jeune Marseillaise de 35 ans, sans crush, sans enfants, sans chats, bref libre comme l’air. Enfin presque ! Elle doit tout de même travailler de temps en temps pour payer son loyer, un « boulot de merde » comme elle aime se le répéter. Sarah est livreuse.

« Et comment ça se fait que t’as pas d’enfant ? » 

La question revient comme un boomerang. Et un « petit mari pour l’année prochaine ? ». De quoi lui immiscer lentement le doute dans son esprit. Et si la finalité de la vie, c’était effectivement de faire comme la majorité des femmes ? Avoir un enfant, un homme, un foyer ?

Alors elle cherche l’âme sœur sur Tinder, elle teste, s’interroge, beaucoup, jusqu’au jour où une diseuse de bonne aventure lui suggère : « si tu arrêtes de te poser la question… et de te mettre la tête à l’envers… alors la question arrêtera d’être un problème ! ».

Ne plus se poser de question, prendre la vie comme elle est, comme elle vient, l’accepter et surtout s’accepter, ne pas chercher à faire comme la voisine. Voilà le message de Sultana, refuser le diktat de la norme, de la bienséance, s’offrir une autre vie, sa vie, en laissant parler ses aspirations plutôt que les injonctions d’une société forcément patriarcale.

Alors oui, toutes les pages de l’album, 144 au total, sont en noir et rose mais la couverture, elle, annonce la couleur, une histoire vraie avec des vrais préoccupations féministes sous le soleil de Marseille.

Eric Guillaud

Sultana, de Lili Sohn et Elodie Lascar. Steinkis. 22€

© Steinkis / Sohn & Lascar

26 Août

Pages d’été. Les Boules : une histoire d’amitié sur fond de série Z

Tout juste sortie aux éditions 6 Pieds sous Terre, la nouvelle production d’Antoine Bréda nous emmène sur le tournage d’un film érotico-fantastique des plus affligeants histoire d’explorer les thèmes de l’amitié et de l’amour avec légèreté et humour…

Dans les remerciements, l’auteur Antoine Bréda, écrit : « Merci à ma maman et mes deux soeurs qui même si elles n’aiment pas mes histoires, me soutiennent quand même ».

La formule est attendrissante mais on comprend que les histoires d’Antoine Bréda ou du moins cette histoire puissent déranger voire déplaire. De par le dessin toujours différent, toujours singulier, souvent simpliste mais charmant ou de par le scénario légèrement foldingue, une sombre histoire de tournage de film plus ou moins porno, plus ou moins SF, en tout cas plus nanar qu’autre chose avec un titre qui en dit long : Les Aventures d’Adrix le destructeur, empereur des 9 galaxies. Ça ne s’invente pas !

« Taisez-vous esclaves. Et excitez mon galactique phallus avec vos organes buccaux de l’espace »

Et au centre de cette joyeuse tambouille, un personnage, Fred, qui ne parvient pas à dire à sa dulcinée qu’il tient le premier rôle dans un film porno, pardon « un film ouvert d’esprit » comme dirait la réalisatrice. Alors, forcément, lorsqu’elle l’apprend par accident, qu’elle apprend par la même occasion l’existence d’une scène finale prévoyant qu’une sorcière urine sur son Fred jusqu’ici adoré, les choses ne peuvent que tourner vinaigre. Mais Fred et Anne, la fameuse réalisatrice, se sont jurés de donner vie à ce film au mauvais scénario écrit par un ami d’enfance récemment décédé.

Inutile de brandir le carré blanc, il n’y a aucune scène que la morale pourrait réprouver dans les 96 pages de l’album, non, simplement des hommes et des femmes habillés, et même costumés, tentant de mettre en boîte un film qui n’a assurément ni queue ni tête simplement par amitié…

Eric Guillaud

Les Boules, d’Antoine Bréda. 6 Pieds sous terre. 16€

© 6 Pieds sous terre / Bréda

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