02 Fév

Saison des Roses : histoire d’une meuf qui a le seum signée Chloé Wary (Fauve Prix du Public France Télévisions 2020 à Angoulême)

On parle beaucoup ces derniers temps de la bonne santé de la bande dessinée. Parmi les explications avancées, certains voient là le résultat d’un art, qui peut-être plus que tout autre aujourd’hui, offre un reflet fidèle et critique de la société. Saison des Roses, tout juste couronné du Fauve Prix du Public France Télévisions en est peut-être l’un des plus récents et des plus beaux exemples. Un regard lucide et militant sur la condition féminine…

Elle a le seum Barbara. Énervée grave. Et il y a de quoi. Son équipe de foot, Les Roses de Rosigny, vient d’apprendre qu’elle ne participera pas cette année au championnat. Faute d’argent. ou plus exactement faute de suffisamment d’argent. Car, pour l’équipe de garçons, pas de souci.

« Le club doit mettre à dispo tout le soutien financier nécessaire pour leur donner toutes leurs chances de gagner. On doit miser sur eux, ils sont l’avenir du club »

Chantal, la présidente du club en a décidé ainsi. Et tant pis si  les filles se démènent cette année-là pour monter en nationale, et tant pis si elles jouent mieux que leurs homologues masculins.

© Chloé Wary / FLBLB

Barbara est abattue. Pas longtemps ! « Des fois, je me dis que ce serait plus simple si j’avais des couilles ». Des couilles, Barbara va en trouver, pour se relever et refuser la fatalité. Elle va se battre, elle et ses coéquipières, provoquer un duel -footballistique- avec l’équipe des garçons, montrer que la détermination et le talent n’ont pas sexe.

Du talent, la jeune auteure Chloé Wary n’en manque pas non plus. Née en 1995 en banlieue parisienne, elle découvre la bande dessinée à la MJC de Chilly-Mazarin. Elle intègre plus tard une section Illustration du lycée Renoir à Paris. Son projet de fin d’études est une fiction sur les femmes d’Arabie Saoudite qui se battent pour une plus grande liberté, dont celle de conduire une voiture. Il est publié en 2017 aux éditions Steinkis sous le nom Conduite interdite.

© Chloé Wary / FLBLB

Dans ce deuxième récit, baptisé Saison des Roses, Chloé se rapproche de son monde, de sa banlieue et de sa passion : le football. Inscrite dans la section féminine de Wissous, créée après la dissolution de l’équipe féminine de Longjumeau, elle participe activement à la vie du club. L’histoire et les personnages de son récit sont inspirés de son expérience.

© Chloé Wary / FLBLB

Comme elle l’a déjà fait dans Conduite interdite, Chloé s’interroge ici, nous interroge tous, sur la place des femmes dans une société où il n’est pas encore bon de faire de l’ombre aux hommes. Une démarche profondément féministe et en même temps un récit qui parle d’amour, de passion, de vie quotidienne en banlieue, avec un trait faussement naïf, faussement maladroit, souple et dynamique qui colle bien à l’histoire, bref un récit inscrit dans son temps qui méritait bien la reconnaissance du public. C’est chose faite avec ce Fauve Prix du Public France Télévisions attribué à la jeune auteure ce 1er février à Angoulême.

Eric Guillaud

Saison des Roses, de Chloé Wary. FLBLB. 23€

01 Fév

Festival International de la BD d’Angoulême 2020: Le Fauve Prix du Public France Télévisions 2020 attribué à Saison des Roses de Chloé Wary chez FLBLB

Parmi les Fauve qui ont été remis ce soir à Angoulême, le Prix du public France Télévisions revient à Saison des roses de Chloé Wars aux éditions Flblb…

Prix du public France Télévisions : Saison des roses de Chloé Wary, chez FLBLB

Huit titres étaient en lice pour le Prix Public France Télévisions, huit titres sélectionnés par des journalistes et spécialistes de la littérature de France Télévisions à partir de la sélection officielle du festival. Ces titres étaient :

  • Dans l’Abîme du temps, de Gou Tanabe (Ki-oon)
  • In Waves, de AJ Dungo (Casterman)
  • Le Loup, de Jean-Marc Rochette (Casterman)
  • Les Entrailles de New-York, de Julia Wertz (L’Agrume)
  • Les Indes fourbes, de Alain Ayroles et Juanjo Guarnido (Delcourt)
  • Préférence système, de Ugo Bienvenu (Denoël Graphic)
  • Révolution, Tome 1 Liberté, de Florent Grouazel et Younn Locard (Actes Sud/L’An 2)
  • Saison des Roses, de Chloé Wary (Flblb)

Le jury, constitué de neuf téléspectateurs de la région Nouvelle-Aquitaine, a finalement voté pour Saison des roses de Chloé Wary chez Flblb, un livre publié avec le soutien du Centre national du livre et de la Région Nouvelle-Aquitaine, déjà couronné par les Prix Jeunesse Nouvelle-Aquitaine 2019 et Grand Prix Golden Globos à BD Colomiers.

Après Conduite Inter­­dite (éd. Stein­­kis, 2017), Chloé Wary place l’éman­­ci­­pa­­tion fémi­­nine au centre d’un terrain de foot de banlieue.

Eric Guillaud

© Chloé Wary / FLBLB

Festival International de la BD d’Angoulême 2020: le palmarès complet

La 47e édition du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême vient de faire connaître son palmarès 2020 et notamment son Fauve d’Or attribué à l’extraordinaire album Révolution, Liberté (Tome 1) de Florent Grouazel et Younn Locard, chez Actes Sud – L’An 2…

Le Fauve d’or : Révolution, de Florent Grouazel et Younn Locard, chez Actes Sud – L’An 2

FAUVE D’ANGOULÊME – PRIX DE LA BANDE DESSINÉE ALTERNATIVE : Komikaze (Croatie)

FAUVE D’ANGOULÊME – PRIX DU POLAR SNCF : No direction d’Emmanuel Moynot, chez Sarbacane 

FAUVE D’ANGOULÊME – PRIX DU PUBLIC FRANCE TÉLÉVISIONS : Saison des roses de Chloé Wary, chez FLBLB

FAUVE D’ANGOULÊME – PRIX DU PATRIMOINE : La Main verte et autres récits de Nicole Claveloux et Edith Zha, chez Cornélius

FAUVE D’ANGOULÊME – PRIX RÉVÉLATION : Lucarne de Joe Kessler, chez L’Association

FAUVE D’ANGOULÊME – PRIX DE L’AUDACE : Acte de Dieu de Giacomo Nanni, chez Ici Même

FAUVE D’ANGOULÊME – PRIX DE LA SÉRIE : Dans l’abîme du temps de Gou Tanabe et H.P. Lovecraft, chez Ki-oon

FAUVE D’ANGOULÊME – PRIX SPÉCIAL DU JURY : Clyde Fans de Seth, chez Delcourt

FAUVE D’OR – PRIX DU MEILLEUR ALBUM : Révolution, Liberté (Tome 1) de Florent Grouazel et Younn Locard, chez Actes Sud – L’An 2 

FAUVE D’HONNEUR : YOSHIHARU TSUGE

FAUVE D’HONNEUR : NICOLE CLAVELOUX

FAUVE D’HONNEUR : ROBERT KIRKMAN

 

Le Palmarès Jeunesse

 

FAUVE D’ANGOULÊME – PRIX JEUNESSE : Les Vermeilles de Camille Jourdy, chez Actes Sud BD
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FAUVE D’ANGOULÊME – PRIX JEUNES ADULTES : Le Tigre des neiges (Tome 4) d’Akiko Higashimura, chez le Lézard Noir
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PRIX DES ÉCOLES D’ANGOULÊME : La Quête d’Albert d’Isabelle Arsenault, chez La Pastèque
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PRIX DES COLLÈGES  : Obie Koul, Un week-end sur deux chez mon père (Tome 1) de Pierre Makyo et Alessia Buffolo, chez Kennes
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PRIX DES LYCÉES : Le Voyage de Marcel Grob de Philippe Collin et Sébastien Goethals, chez Futuropolis
CONCOURS DE LA BD SCOLAIRE PARRAINÉ PAR MGEN
Prix d’Angoulême de la BD scolaire : Alex Adamiak
Prix Espoir de la BD scolaire : Gaspard Mérigalet
Prix du scénario de la BD scolaire : Sapho Ferrone
Prix du graphisme de la BD scolaire : Adrien Nunez Béchet

CONCOURS #DRAWMECOMICS : Fringale Rurale, de Simon Boileau et Florent Pierre.

.PRIX JEUNES TALENTS RÉGIONS : Clémence Sauvage ..

PRIX JEUNES TALENTS Adèle Maury

29 Jan

Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême : Emmanuel Guibert, lauréat du Grand Prix 2020

Après Cosey en 2017, Richard Corben en 2018 et Rumiko Takahashi en 2019, c’est au tour d’Emmanuel Guibert de se voir attribuer le prestigieux Grand Prix d’Angoulême, le premier auteur français depuis Jean-Claude Denis en 2012…

Emmanuel Guibert en 2017 recevant le prix René-Goscinny © MaxPPP – Anne Lacaud

Ils étaient trois en lice après le vote début janvier des auteurs et autrices de bande dessinée, un Américain, Chris Ware, et deux Français Catherine Meurisse et Emmanuel Guibert. C’est finalement sur ce dernier que le choix s’est porté à la veille de l’ouverture de la 47e édition du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême.

Emmanuel Guibert est un auteur complet signant parfois le dessin, parfois le scénario, souvent les deux. La Guerre d’Alan (L’Association) est certainement l’un de ses meilleurs récits. Il raconte la guerre à travers le quotidien du GI californien Alan Ingram Cope, débarqué en France le 19 février 1945, précisément le jour de ses 20 ans, après des mois d’entrainement sur sa terre natale.

La vie d’Alan Ingram Cope n’a rien de fondamentalement extraordinaire ou héroïque. Emmanuel Guibert nous en livre pourtant plusieurs épisodes avec une façon à lui qui rend l’ordinaire passionnant. Tout commence en 2000 avec le premier volet de La Guerre d’Alan. L’auteur pose en une centaine de pages, un peu moins peut-être, les bases de ce qui le fera connaître du grand public.

Un trait sobre et épuré, une narration simple et efficace, une écriture aussi limpide que l’eau d’une rivière de montagne, un récit qui oscille entre la biographie et le documentaire. Cette signature-là se retrouvera dans tous les albums de la série (La Guerre d’Alan, L’Enfance d’Alan, Martha & Alan) mais aussi dans la trilogie Le Photographe, publiée entre 2003 et 2006.

Emmanuel Guibert, c’est aussi Le Capitaine écarlate avec David B, Ariol avec Marc Boutavant, Les Olives noires, Sardine de l’espace ou encore La Fille du professeur avec Joann Sfar…

Eric Guillaud

28 Jan

Festival international de la bande dessinée d’Angoulême du 30 janvier au 2 février : y aller d’accord mais pour quoi faire ?

Pour tous les amoureux du neuvième art, le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême est Le rendez-vous incontournable qui réunit chaque année des dizaines de milliers de passionnés et de professionnels. Dédicaces, expos, concerts de dessins, rencontres, conférences, projections… le programme est gargantuesque. Alors, y aller ou pas, la question ne se pose même pas mais pour quoi faire, c’est une autre histoire…

© AFP – Yohan Bonnet

Il faut une bonne dose de courage pour sortir à pareille saison de sa bulle, affronter le froid, la neige, la grippe, la gastro, les trains fantômes, les manifestations… mais la passion est plus forte que tout, plus forte que l’appel de la couette. Rendez-vous donc à Angoulême du 30 janvier au 2 février pour la 47e édition du festival de la Bande Dessinée qui affiche comme tous les ans un programme dense à en perdre la tête. On vous aide à y voir plus clair en dix points…

Le festival en chiffres

2000 auteurs et autrices invités, 892 journalistes français et étrangers, 6600 professionnels, 282 maisons d’édition francophones, 32 pays représentés, 400 rencontres, ateliers, conférences, projections, 230 tonnes de livres, 230 tonnes de matériel acheminé à Angoulême, 26900 mètres carrés dédiés, plus de 20 sites sur la ville…  et plus de 200 000 visiteurs attendus. Voilà pour les chiffres concernant cette nouvelle édition, la 47e, dont le lancement jeudi 30 janvier marquera aussi celui de  « L’Année de la bande dessinée », manifestation instaurée par le ministère de la Culture.

Le Grand Prix 2019

Après Katsuhiro Otomo en 2015, Rumiko Takahashi est le deuxième mangaka à remporter le Grand Prix au terme d’un vote qui a réuni 1672 auteurs de bande dessinée. Rumiko Takahashi se déplaçant très peu, il n’y aura pas d’expo consacrée à son oeuvre, simplement un grand entretien exclusif entre Stéphane Beaujean et le mangaka qui sera projeté le jeudi à 18h00 au Manga City, rediffusé le samedi à 18h30. Il y aura également une table ronde hommage à son travail.

Le grand Prix 2020

Trois auteurs sont cette année en compétition pour le Grand Prix : l’Américain Chris Ware, les Français Emmanuel Guibert et Catherine Meurisse à laquelle le festival consacre une grande exposition célébrant « un parcours unique, où art et humour ont amené à l’expression d’une intimité sans masque ».

Les Fauve

Quarante-trois albums ont été retenus dans la sélection officielle et seront donc en compétition pour les différents Fauve, à savoir les Prix du meilleur album, Prix spécial du jury, Prix révélation, Prix de la série, Prix de l’audace et Prix du public France Télévisions.

Parmi ces albums : Acte de Dieu de Giacomo Nanni, Algues vertes d’Inès Léraud et Pierre Van Hove, Berlin, Ville de lumière de Jason Lutes, Blueberry tome 1 de Blain et Star, Clyde Fans de Seth, Dédales de Charles Burns, Le Dernier Atlas de Blanchard, Tanquerelle, Vehlmann et de Bonneval, Il était 2 fois Arthur de Nine Antico et Grégoire Carlé, Les Indes Fourbes de Alain Ayroles ou Juanjo Guarnido, Le Loup de Rochette ou encore Le Roi des Bourdons de David de Thuin.

À cela s’ajoutent… Le Fauve Polar SNCF, six albums sélectionnés dont l’excellent Grass Kings de Matt Kindt et Tyler Jenkins. Le Fauve Prix du patrimoine, 7 albums en compétition, parmi lesquels Les Fleurs rouges de Yoshiharu Tsuge et Stray Bullets de David Lapham. Le Fauve Prix jeunesse et Le Fauve Prix Jeunes adultes, 8 albums sélectionnés dans chaque catégorie.

Le Palmarès officiel du festival International de la Bande dessinée sera dévoilé le samedi 1er février 2020 à 19 h à l’occasion de la cérémonie officielle des Fauve au Théâtre d’Angoulême.

Le Fauve Prix du Public France Télévisions

C’est un Prix qui nous tient bien évidemment à cœur. Un jury de 9 téléspectateurs doit choisir le lauréat parmi 8 titres sélectionnés par des journalistes et spécialistes de la littérature de France Télévisions.

Ces titres sont : Dans l’Abîme du temps, de Gou Tanabe (Editions Ki-oon), In Waves, de AJ Dungo (Casterman), Le Loup, de Jean-Marc Rochette (Casterman), Les Entrailles de New-York, de Julia Wertz (L’Agrume), Les Indes fourbes, de Alain Ayroles et Juanjo Guarnido (Delcourt), Préférence système, de Ugo Bienvenu (Denoël Graphic), Révolution, Tome 1 Liberté, de Florent Grouazel et Younn Locard (Actes Sud/L’An 2), Saison des roses, de Chloé Wary (Flblb)

Les expositions

Une quinzaine d’expositions est au menu de cette 47e édition. La première est consacrée à Catherine Meurisse, lauréate du prix de la BD scolaire au Festival d’Angoulême en 1997, fan de Gotlib, illustratrice pour Charlie Hebdo et autrice de plusieurs albums dont le dernier en date, Les Grands espaces (Dargaud), est une chronique de l’enfance tendre, poétique, érudite et pleine d’humour emmenée par un trait au crayon sensuel (Musée du papier du 30 janvier au 1er mars).

Attention, les morts-vivants débarquent à Angoulême sous la plume de Robert Kirkman, scénariste et créateur de la célèbre série Walking Dead. Une exposition de 450 m2 présentera ses œuvres les plus célèbres dans une scénographie immersive et ludique qui questionnera les thèmes favoris de l’auteur (L’Alpha, médiathèque du grand Angoulême du 30 janvier au 2 février).

Deux expositions seront consacrées au manga, l’une à travers la série culte de Yukito Kishiro, Gunnm (espace Franquin du 30 janvier au 2 février), l’autre à travers l’oeuvre d’une figure majeure de la bande dessinée, Yoshiharu Tsuge (Musée d’Angoulême du 30 janvier au 15 mars).

Au menu également, des expositions consacrées à Nicole Claveloux, Wallace Wood, pionnier de la bande dessinée de genre américaine, lauréat du Prix du dessinateur étranger à Angoulême en 1977, mort en 1981, Pierre Christin, Jean Frisano, Cécile Bidault…

Rencontres et masterclass

6600 professionnels présents, 2000 auteurs et autrices invités, c’est le moment ou jamais d’en profiter pour les interroger et les écouter parler de leur métier, de leur passion, de leur art. Des rencontres internationales seront organisées pendant toute la durée du festival avec notamment Catherine Meurisse, Charles Burns, Robert Kirkman, Ukito Kishiro, Sfar, Enki Bilal ou encore Joe Sacco. Des rencontres mais aussi des masterclass en compagnie de Pierre Christin, Mézières, Bilal, Kirkman…

Spectacle

Si vous avez lu et aimé Les Carnets de cerise, vous pourrez retrouver l’univers de la série imaginée en 2012 par Joris Chamblain et Aurélie Neyret pour les éditions Soleil sur la scène du théâtre d’Angoulême jeudi 30 janvier. L’histoire, recomposée à partir des cinq albums, mêle théâtre, musique, vidéo et bande dessinée dans un opéra BD joué par deux musiciens.

Spin Off, un festival dans le festival

Le Spin Off est le pendant underground du festival d’Angoulême. Il réunit la micro-édition et l’auto-édition, un véritable laboratoire de recherche tous azimuts… Ici, les auteurs « expérimentent en toute liberté et cherchent à décloisonner la bande dessinée, à en repousser les frontières en la confrontant aux techniques et aux nouvelles technologies ainsi qu’aux autres arts – musique, dessin, art contemporain, design, mode –, tout en apportant un soin particulier à la fabrication et à l’impression des œuvres » (Mission locale du Grand Angoumois).

Et tout le reste…

Le festival, c’est aussi, bien évidemment, l’occasion de rencontrer ses auteurs préférés en dédicaces, de découvrir la richesse du neuvième art à travers toute une série d’animations et d’arpenter une ville qui depuis 47 ans accueille l’un des rendez-vous phares du neuvième art…

Eric Guillaud

Plus d’infos sur le festival ici

27 Jan

Précarité des auteurs de BD : le scénariste nantais Gwen de Bonneval en colère

Plus de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires, 44 millions d’albums vendus… Visiblement, le marché de la BD se porte à merveille. Le marché oui, les auteurs, moins. À quelques heures du grand rendez-vous de la BD à Angoulême, Gwen de Bonneval remet l’humain au centre…

Gwen de Bonneval devant une caméra de France 3 Pays de la Loire en mars 2019 à l’occasion de la sortie du premier volet du Dernier Atlas © Eric Guillaud

Ce combat-là n’est pas nouveau, il remonte même à plusieurs années et concerne les auteurs, tous secteurs de l’édition confondus. Mais à quelques heures du grand raout angoumoisin et alors que le ministère de la Culture a décrété 2020 année de la bande dessinée, la colère des auteurs de bande dessinée est montée d’un cran.

La suite ici

24 Jan

Wild West : Jacques Lamontagne et Thierry Gloris dégainent un bon vieux western

On le sait, le western qui n’a jamais totalement disparu du rayon neuvième art, effectue un retour en force depuis quelques temps. La reprise de Lieutenant Blueberry par Sfar et Blain en est peut-être la preuve la plus éclatante mais pas la seule. Plusieurs projets fleurissent à gauche et à droite comme ici avec le Français Thierry Gloris et le Québécois Jacques Lamontagne qui inaugurent une nouvelle série aux Éditions Dupuis. En selle pour l’Ouest avec Wild West et la jeunesse d’une légende…

Regardez cette frimousse en couverture, elle n’est pas magnifique notre Martha? Pas vraiment un visage d’ange, plutôt un visage endurci par la dure loi de l’Ouest, un visage qui laisse entrevoir en tout cas un sacré caractère. Et il en fallait du caractère pour vivre et survivre dans l’Ouest américain du XIXe siècle.

Martha Jane Cannary, plus connue sous le nom de Calamity Jane, fût de son vivant une véritable légende. Et le temps n’a rien effacé, bien aux contraire, ajoutant quelques lignes de mystère et de romantisme à sa biographie.

C’est à la vie de cette célébrité que se sont intéressés Jacques Lamontagne et Thierry Gloris, ou plus exactement à la première partie de sa vie, avant qu’elle ne devienne justement célèbre. Martha n’est alors qu’une gamine orpheline qui découvre la vie par le petit trou de la serrure d’un bordel. Pas comme prostituée, du moins dans un premier temps, non plutôt comme femme à tout faire. Elle nettoie les chambres entre les passes et guide les clients.

Violée, violentée, abusée, Martha se forgera un caractère qui donnera naissance à la Calamity Jane que l’on connaît encore aujourd’hui. Un western qui nous embarque pour une chevauchée fantastique au cœur de l’Ouest américain, grâce au magnifique dessin réaliste de Jacques Lamontagne et au scénario bien ficelé de Thierry Gloris. À suivre…

Eric Guillaud

Martha Jane, Wild West tome 1, de Gloris Lamontagne. Dupuis. 14,50€

© Dupuis / Gloris & Lamontagne

Le retour du rebelle cosmique Lone Sloane de Druillet… sans Druillet

Le débat a récemment refait surface à l’occasion de la sortie du dernier album d’Astérix : une œuvre doit-elle survivre à son auteur ? Philippe Druillet a décidé d’y répondre à sa façon en confiant les rênes de son personnage de ‘rebelle cosmique’ Lone Sloane à deux jeunes auteurs tout en gardant un œil protecteur sur sa création. Le premier fruit de ce passage de témoin, Babel, vient de sortir.

En 1966 à son apparition, sous la France d’avant-Mai 68, aucun personnage de BD ou presque ne ressemblait à cet étrange mercenaire aux yeux rouges, ce « rebelle cosmique » tel qu’il avait été désigné, apparaît comme l’héritier azimuté des délires les plus cosmiques de Jack Kirby mais avec, déjà, la ‘patte’ du alors pourtant jeune Philippe Druillet.

Plus de quarante-six ans plus tard, après neuf aventures, dont une délirante et mythique relecture très libre de Salammbö de Gustave Flaubert, il s’était, a priori, envolé pour une dernière fois sous la houlette de son créateur en 2012 pour Delirius 2. Sauf que bien que plus ou moins retiré des voitures, du moins en ce qui concerne la BD, Druillet a décidé de laisser deux petits jeunes ressusciter en quelque sorte son personnage tout en gardant une sorte de rôle de conseiller spécial. Un geste malin car avoir ainsi confié les reines à deux quasi-inconnus du grand public leur permet de se fondre plus facilement dans la mythologie. Mais un geste aussi casse-gueule, tant son style complètement baroque et démesuré aux myriades de détails et s’étalant en cinémascope est iconique et donc très lourd à porter. Une configuration donc un peu bâtarde (qui est le vrai patron dans l’histoire ?) qui a fini par aboutir à une œuvre intrigante car plus intermédiaire que définitive.

© Glénat / Cazaux-Zago, Avramoglou & Druillet

Alors autant le dire tout de suite, même si Babel n’a pas été dessiné ni scénarisé par Philippe Druillet, il est marqué au fer rouge du sceau du maître dont le nom apparaît d’ailleurs tout en haut de l’affiche. On retrouve dans ce qui semble être une nouvelle fois presque une geste, dans le sens presque moyenâgeux du terme, chevaleresque le même souffle grandiose. Un bouillonnement de couleurs et de formes qui, régulièrement, laisse une seule image s’étaler sur une pleine page, voire deux. Un univers toujours très SF où l’organique se mélangeant à la Giger aisément à la chair et où tout est démesuré, jusqu’en dans la composition des pages.

Sauf que si l’on retrouve un certain nombre des héros récurrents de la saga – notamment l’ennemi absolu de Sloane, Shaan – des petits encarts discrets ont été insérés ci et là pour donner quelques clefs aux nouveaux venus. On apprécie d’ailleurs cette volonté affichée de parler à la fois aux vieux fans et aux nouveaux. Ainsi que ces discret apports personnels sur le plan graphique, comme ce lifting réussi de Dame Légende, la compagne du héros. Ou ce choix de couleurs plus sombres et moins ‘psychédéliques’ si l’on peut dire, qui ancre bien le tout dans son époque.

Mais là où Babel reste le plus ‘Druillet’, c’est dans son approche quasi-littéraire des textes, quelque chose de très verbeux et référencés, en phase avec le délire graphique sans borne qu’il sert mais forcément, à sa façon, complètement excessif. Le résultat est donc une espèce de gigantesque space cake aux effets hallucinogènes, un machin XXL qui vous embarque au fin fonds de la galaxie dans un tourbillon de lumière ou qui, au contraire, laissera à quai les plus réfractaires à ce genre de déluge cosmique.  Un peu comme toute la saga en somme…

Olivier Badin

Babel de Xavier Cazaux-Zago, Dimitri Avramoglou et Philippe Druillet, Glénat, 19€

© Glénat / Cazaux-Zago, Avramoglou & Druillet

22 Jan

Payer la terre : une enquête dense et rigoureuse de Joe Sacco en terre dénée

Joe Sacco ! Ce prénom et ce nom suffisent à dire le sérieux de l’affaire. Joe Sacco est un journaliste et un auteur de bande dessinée américain largement réputé et apprécié des amateurs de BD-reportages, genre qu’il a impulsé pour ne pas dire initié dès 1993 en publiant aux États-Unis l’album Palestine. Il est de retour en 2020 avec Payer la terre, un récit qui nous emmène à la rencontre des Indiens dénés, l’une des Premières Nations du Canada…

Les Premières Nations, quèsaco ? Un petit tour rapide sur internet, merci Wiki, suffit à nous renseigner, les Premières Nations sont les peuples autochtones canadiens qui ne sont ni des Inuits, ni des Métis. Ils seraient plus d’un million répartis dans une cinquantaine de groupes linguistiques et plus de 600 communautés. La grande majorité vivant aujourd’hui dans des zones urbaines et non plus dans des réserves.

C’est lune des ces Premières Nations que Joe Sacco est allé rencontrer. Les Dénés vivent au Nord-Ouest du Canada, dans une région grande comme la France et l’Espagne réunies mais peuplée de seulement 45000 personnes. Un désert humain aussi beau que sauvage, forêts et neige à volonté.

Autrefois, les Dénés vivaient avec la nature, suivant son rythme, se levant tôt, « en général à l’aube, pour saluer le soleil », se couchant de bonne heure pour « laisser les autres esprits faire leurs affaires pendant la nuit ».

Une vie, une culture intimement liée à la terre, jusqu’au jour où l’industrie pétrolière débarque, s’approprie les richesses de cette terre et enclenche un changement profond des mentalités. Argent, alcoolisme, drogue, prostitution, les Dénés sont dès lors confrontés aux mêmes problèmes sociétaux que dans les grandes villes canadiennes…

Avec les problèmes environnementaux en sus ! Car, les industriels du pétrole abandonnent les forages classiques pour la fracturation hydraulique, impliquant l’injection de produits chimiques toxiques dans la terre.

© Futuropolis / Joe Sacco

C’est l’histoire de ce peuple qui est ici racontée, les traditions ancestrales, l’humilité devant la nature, l’arrivée des premiers colons, l’abandon de ses droits sur le sol contre quelques promesses, le vaste plan d’assimilation lancée à marche forcée et qui se poursuit jusque dans les années 80, l’acculturation…

Combien sont-ils aujourd’hui à maîtriser encore leur langue d’origine, à connaître et défendre leur culture ?

Journaliste de formation, auteur de plusieurs bandes dessinées reportages telles que Palestine, Goradze, Gaza 1956 ou encore Jours de destructions jours de révolte…, Joe Sacco a traîné ses guêtres et ses crayons sur pas mal de fronts, de terrains minés, dans tous les sens du terme, avec toujours le même volonté de rechercher la vérité et de témoigner.

« Je réalise un travail de journaliste en essayant de penser comme un historien », expliquait l’auteur il y a quelques années au site du9, ce qui se concrétise par une immense curiosité et une extrême rigueur dans sa façon d’aborder les choses, d’aller au contact, de croiser les infos, de recueillir les témoignages, une rigueur qui se prolonge dans son dessin réaliste ultra-léché, méticuleux.

Publié initialement en deux fois trente pages dans la revue XXI, Payer la terre paraît aujourd’hui en album en France avant même de paraître aux États-Unis. C’est tellement rare que ça mérite d’être signalé. L’auteur sera d’ailleurs en terre charentaise à la fin du mois de janvier à l’occasion du Festival International de la Bande Dessinée à Angoulême. Juste le temps de lire Payer la terre à tête reposée, il le mérite amplement !

Eric Guillaud

Payer la terre, de Joe Sacco. Futuropolis et XXI. 26€