14 Juil

Les Yeux d’Edith (tome 2), de Djian et Ryser. Editions Vents d’Ouest. 13,50 euros.

Retour au coeur de la campagne normande pour la suite et fin de cette très belle histoire écrite par le Normand d’adoption Jean-Blaise Djian et le dessinateur Nicolas Ryser. Nous sommes dans les années 50 du côté de Cambremer, dans le Calvados. Gérard et Fernand sont jumeaux mais, au-delà de l’aspect physique, les deux frères ne se ressemblent guère. Fernand est plutôt à l’aise en société, même s’il se réfugie à longueur de temps dans le grenier de la maison pour feuilleter ses illustrés ou jouer avec son train miniature. Gérard, lui, est plus renfermé et, surtout, il bégaye. Un petit handicap qui ne l’empêche pas de vivre jusqu’au jour où il tombe amoureux de la belle Edith, une jeune parisienne fraîchement débarquée à Cambremer. Incapable de surmonter et d’assumer son bégaiement, il demande à son frère de séduire Edith pour lui, en jouant sur leur ressemblance. Mais lorsque Gérard souhaite reprendre sa place, Fernand ne l’accepte pas. L’étonnante histoire d’amour va alors tourner au drame…

Le petit village de Cambremer mais aussi Beuvron en Auge ou encore Caen servent de décor à cette histoire en deux volets. Dans l’atmosphère magnifiquement reconstituée des années 50, les auteurs traitent de l’amour mais aussi et surtout de la perte de l’innocence, de la jalousie, de cette jalousie capable de reveiller chez l’homme les plus sombres desseins. A l’instar du premier épisode, le travail du scénariste Jean-Blaise Djian (Les Maîtres du hasard, Fleurs carnivores, Tard dans la nuit…), du dessinateur Nicolas Ryser (Hariti… ) et de la coloriste Catherine Moreau se révèle tout à fait remarquable. Un récit qui tient en haleine le lecteur avec, dans ce second volet, une tournure inattendue ! E.G.

18 Mai

Dangers publics, Les Scooteuses (tome 1), de Lapuss’ et Ronzeau. Editions Delcourt. 9,95 euros.

Il y avait jusqu’ici Les Motards (série parue chez Dupuis dans les années 80/90), il faudra désormais compter avec Les Scooteuses ! C’est forcément moins viril, moins bête et méchant, beaucoup plus sensuel, plus glamour, un peu plus garce aussi parfois. Mais tout aussi drôle ! Elles sont quatre, jeunes, sexy, s’appellent Manon, Carla, Sam et Amber, ont encore l’âge d’aller au lycée mais vivent déjà à fond les manettes et n’ont vraiment pas froid aux yeux ! Quatre drôles de dames en somme qui enchaînent les gags sous la houlette de Lapuss’ (Le Piou, éd. Dupuis, Les Damnés de la route, éd Bamboo) et de Romain Ronzeau, dont c’est ici le premier album. Scoot toujours ! E.G.

24 Mar

Gaza 1956, en marge de l’histoire, de Joe Sacco. Editions Futuropolis. 29 euros.

Joe Sacco ! Ce prénom et ce nom suffisent à dire le sérieux de l’affaire. Joe Sacco est un journaliste et un auteur de bande dessinée américain bien connu des amateurs de BD-reportages, genre qu’il a initié dès 1993 en publiant aux Etats-Unis l’album Palestine, édité de ce côté-ci de l’Atlantique en deux volumes chez Vertige Graphic : Palestine, une nation occupée en 1996 et Palestine, dans la bande de Gaza en 1997. Après un petit détour par l’ex-Yougoslavie en guerre qui donnera deux livres, Gorazde en 2001 et The Fixer, une histoire de Sarajevo en 2005 (Rackham), Joe Sacco retrouve le sol de Palestine avec Gaza 1956. Ce gros et beau pavé de 424 pages en noir et blanc apporte un nouveau témoignage particulièrement documenté sur un épisode semble-t-il oublié du conflit israélo-palestinien, le massacre de près de 275 civils perpétré par l’armée israélienne à Khan Younis et à Rafah en 1956. Entre novembre 2002 et mai 2003, le dessinateur reporter se rend à plusieurs reprises sur le terrain afin d’établir la véracité de cette tragédie et embarque le lecteur à la recheche des traces de ce massacre. « Je trouvais exaspérant que le plus important massacre de Palestiniens sur le sol de Palestine – si l’on en croit le chiffre de 275 morts avancé par l’ONU – reste dans les ténèbres de l’oubli où il gisait, comme d’innombrables autres trégédies historiques… ». Sur place, Joe Sacco sollicite les témoins oculaires de l’époque mais, souvent, comme en témoigne ce livre, les Palestiniens interrogés ne comprennent pas son intérêt pour cet épisode vieux de plus de cinquante ans alors que tous les jours, sous les yeux mêmes du dessinateur reporter, se poursuit la tragédie. Entre deux témoignages, Joe Sacco ne peut faire autrement que de nous parler du présent, des bombardements, des maisons rasées et de cette vie qui continue malgré tout. Un album dense, parfois âpre, mais nécessaire qui a demandé à Joe Sacco six années de travail et d’investigations ! E.G.

28 Jan

Trieste Bologne, Journal d’Italie (tome 1), de David B. Editions Delcourt. 14,95 euros.

C’est un journal, sans en être vraiment un. C’est une autobiographie, sans vraiment l’être non plus. Par contre, c’est du David B.. Aucun doute à ce sujet ! Le cofondateur de la maison d’édition indépendante L’Association, auteur notamment du Cheval blème (éd. L’Association), de L’Ascension du Haut Mal (L’Association), du Capitaine écarlate (Dupuis) ou encore de Par les chemins noirs (Futuropolis) s’invite ici dans un genre très en vogue, celui du journal autobiographique. Mais, vous l’aurez compris, à sa façon. « Le journal autobiographique est un genre de plus en plus pratiqué en bande dessinée… », explique David B., « et je me suis demandé comment je pourrais l’aborder à ma manière. En même temps, ma vie personnelle n’est pas assez passionnante pour être rapportée au jour le jour… Mais elle est aussi faite de mes réflexions de tout ce qui se passe autour de moi, de ce que je vois dans la rue ou des faits divers lus dans la presse. C’est comme ça que naît l’envie de raconter des histoires, et j’ai pensé que celà pouvait être un sujet intéressant. Ce journal d’Italie explique comment je construis mon imaginaire grâce à un répertoire d’idées. Il s’agit du récit de ce qui se passe dans mon cerveau plutôt que ce qui se passe dans ma vie… ». Et dans le cerveau de David B., on peut y trouver une foule de choses très singulières. Plutôt que de chercher à raconter un événement particulier au quotidien, David B. préfère laisser parler son imagination et son amour pour le vagabondage. Dans les rues de Trieste ou celles de Venise, le lecteur est ainsi  invité à partir à la rencontre de lieux qui insufflent à l’auteur quelques souvenirs de lecture, comme ce quartier si particulier du ghetto de Venise qui nous ramène sur les traces de Corto Maltese (Fable de Venise, éd. Casterman), ou cette librairie avec ses livres de gangsters qui nous offrent une petite virée dans le cinéma italien et notamment dans l’univers des films sur la mafia. Bref, page après page, les histoires naissent et disparaissent au gré des rencontres, des conversations, des rêves… Un très beau voyage au coeur de l’imaginaire par l’une des plus belles et originales signatures de ce qu’on désigne comme la nouvelle bande dessinée ! E.G.

09 Nov

La Femme accident (2 volumes), de Grenson et Lapière. Editions Dupuis. 15,50 euros le volume.

  

  

  

  

  

  

  

  

   

   

  

  

Ballottée entre la maison de ses grands parents et celle de sa mère, livrée à elle-même la plupart du temps, Julie va découvrir la vie dans la rue et sur les terrils qui marquent l’horizon de cette région de Charleroi, en Belgique. Un horizon un peu trop bouché à son goût ! Après une liaison qu’elle s’imaginait pourtant sérieuse et pleine d’avenir avec son ami Théo et un avortement réalisé sous la contrainte, Julie décide de prendre son destin en main, de quitter l’atmosphère grisâtre et misérable des corons pour devenir riche et heureuse. Par tous les moyens possibles ! Mais quelques temps plus tard, Julie se retrouve en prison, inculpée de meurtre. Le procès s’ouvre. On parle d’une femme caractérielle et violente, mythomane et manipulatrice. Elle est objectivement une femme belle et seule, perdue dans ses rêves. Le verdict approche et, pendant ce temps là, dehors, un enfant attend le dénouement pour savoir quand il pourra à nouveau se lover dans les bras de sa mère…
Avec la sortie ce mois-ci du second volet s’achève l’histoire de La Femme accident. Denis Lapière, dont on connaît parfaitement le travail, notamment à travers les séries Luka, Charly et Ludo, ou les albums comme Le Bar du vieux Français, signe ici un récit qui oscille entre le drame social et l’intropsectif, un récit qu’il conservait dans ses cartons depuis plusieurs années. « La femme accident existait depuis très longtemps… », explique-t-il, « … sur des carnets, des feuilles éparses, quelques découpages de mise en scène et même en dessin, commis par plusieurs dessinateurs qui tous l’ont quitté au bout de quelques temps pour des raisons diverses ». Le personnage existe en fait depuis 1995, date à laquelle Denis Lapierre visite la Maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. Mais il faudra attendre sa rencontre avec le dessinateur Olivier Grenson pour qu’il prenne finalement vie. La Femme accident, titre d’une chanson d’Orchestral Manoeuvre in the dark, est un récit émouvant, un peu dans la lignée du Bar du vieux Français, et remarquablement emmené par le trait réaliste, les couleurs directes et les atmosphères soignées d’Olivier Grenson. E.G.