13 Déc

Sélection officielle Angoulême 2021. Citéville et Citéruine de Jérôme Dubois ou la fin de l’utopie urbaine ?

La bande dessinée peut être divertissante, pédagogique, documentaire, critique, elle peut aussi parfois se révéler comme une expérience visuelle et narrative unique. C’est le cas avec ce diptyque qui ne fait qu’un, une oeuvre atypique signée Jérôme Dubois…

Citéville et Citéruine, deux albums qui sont chacun le miroir de l’autre, deux albums qui peuvent se lire indépendamment l’un après l’autre, l’un sans l’autre, mais qui prennent toute leur valeur respective par une lecture simultanée. C’est une véritable expérience, à la fois visuelle et narrative que nous offre son auteur, Jérôme Dubois, une expérience qui nous interroge sur la place de la ville et donc de l’humain dans notre monde futur.

Aux images de Citéville, où l’absurde révèle la violence de la société, où l’on voit des SDF ramassés par une balayeuse de voirie, où l’on achète des enfants comme on achèterait un paquet de nouilles, où l’on prend la ligne de bus 67 pour aller directement en vacances, ou la 85 pour le chômage, répondent les images de ville désertée, abandonnée de Citéruine. Plus un humain ou ce qui pourrait y ressembler, les mêmes plans de la ville que dans Citéville mais dépourvus de protagonistes, une ville qui nous fait penser aux images qu’on a pu voir lors du premier confinement, une ville fantôme, post apocalyptique, en ruine ou presque.

La ville est-elle l’avenir de l’homme ? Et plus largement, quel est l’avenir de l’homme ? Ce sont les questions que pose, que nous pose Jérôme Dubois, dont on avait déjà pu apprécier le travail dans Bien normal et Tes Yeux ont vu également publiés chez Cornélius.

Eric Guillaud

Citéville, de Jérôme Dubois. Cornélius. 22,50€ et Citéruine, de Jérôme Dubois. Editions Matière. 19€

© Cornélius / Dubois

12 Déc

Sélection officielle Angoulême 2021. Paul à la maison ou la vie presque ordinaire d’un auteur de bande dessinée québécois

Avec la série Paul, l’auteur Michel Rabagliati s’est fait remarquer au Québec mais aussi en France en remportant le Prix du public Fauve FNAC-SNCF au 37e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. Il revient avec un neuvième volet qui nous interroge sur la maladie, la mort,  la solitude, la vie en somme…

Un oiseau, immobile, sur douze cases. Comme si rien ne bougeait. Mais c’est trompeur. Tout, autour de lui, est en mouvement, la nature vie, le temps s’écoule. C’est ainsi que débute ce nouvel album de Michel Rabagliati. Et c’est aussi comme ça qu’on peut voir la vie de son protagoniste, Paul, une vie plate et ennuyeuse, au milieu d’un monde en mouvement qui ne lui convient pas forcément, où la communication ne ne fait plus que par écrans interposés, où même l’amour n’est plus qu’une histoire de liaisons numériques. Paul Rifiorati a 51 ans, il est auteur de BD, s’occupe avec attention de sa vieille mère et de sa fille de 19 ans. Jusqu’au jour où la première lui annonce qu’elle est malade et refuse de se soigner, et la seconde, qu’elle va partir vivre à Londres. Pour Paul, le monde, son monde, s’écroule un peu plus…

Comme dans chacun de ses albums, Michel Rabagliati déroule ici un récit autobiographique empreint de sensibilité et de tendresse. Il ne s’y passe absolument rien d’extraordinaire, simplement la vie avec sa dose de petits bonheurs et de belles emmerdes. Paul à la maison est une aventure intime et nostalgique qui nous parle avec finesse de la maladie, de la mort et de la solitude.

L’album figure dans la sélection officielle du Festival International de la bande dessinée d’Angoulême 2021 et il est en compétition pour le Prix du Public France Télévisions

Eric Guillaud

Paul à la Maison, de Michel Rabagliati. La Pastèque. 25€

© La pastèque / Rabagliati

Brève de bulles. Lou! toujours là!

Avec le huitième volet des aventures de Lou! paru en 2018 et baptisé En route vers de nouvelles aventures, Julien Neel ne pouvait être plus clair sur ses intentions, promettant notamment à l’époque de travailler sur une série de petits livres jeunesse. Ce qu’il fit avec Le Petit monde de Lou!, deux mini-albums publiés à ce jour chez Glénat et une héroïne rajeunie de quelques années. Retour vers le futur avec Lou! Sonata, Cette fois, Lou! est étudiante, s’installe dans son propre appartement, découvre les joies et les contraintes de l’indépendance, les cours à l’université, les fêtes, la musique et les voisins qui râlent… ! Julien Neel toujours dans le mouv’. EG (Lou! Sonata, de Neel. Glénat. 17,50€)

11 Déc

Richard Corben (1940-2020)

Voilà, Richard Corben n’est plus. Â la base, on devait vous présenter Murky World, son dernier bébé paru en France chez Delirium et dire tout le bien qu’on en pense. Sauf que la vie a décidé d’intervenir de la pire façon qu’il soit, transformant ainsi ce tout nouveau tome en testament.

© Dona Corben

C’est son éditeur français qui a annoncé la nouvelle : mercredi dernier, Richard Corben s’est éteint à l’âge de quatre-vingt ans, laissant derrière une œuvre à part, une vision autant nourrie par les classiques de cette foisonnante littérature dite de ‘fantasy’ pendant si longtemps hélas dénigrée en France et qu’il avait aidé à sortir de son ghetto, salué comme il se doit en 2018 par un Grand Prix au festival d’Angoulême.

Richard Corben, c’est aussi avant tout l’un des plus grands artistes de la culture ‘pulp’ qui s’était d’abord épanouie dans les années 20 et 30 dans ces magazines bon marché pleins de monstres et d’histoire macabres où Ray Bradury, Robert E. Howard et HP Lovecraft avait fait leurs premières armes. Un échappatoire pas si innocent que ça car cachant souvent sous sa triple couche de gore une critique assez acerbe de la société occidentale et de ses (multiples) travers. Une véritable culture contestataire, en marge qui est réapparue dans les années 50, 60  et 70par l’intermédiaire du neuvième art cette fois-ci. Ses porte-étendards se nomment alors Eerie, Creepy, Vampirella ou encore MétalHurlant et oui, pas la peine de chercher, Corben les a tous colonisé.

Dans une autre vie et un autre siècle, ce natif du Missouri au physique pourtant assez frêle aurait sûrement été sculpteur, tant il a cette façon si particulière d’exposer les corps pour mieux les façonner mais aussi les rendre parfois grotesques et difformes, reflets à peine déformés de l’âme qu’ils abritent. Gothique et en même temps, terriblement humain.

© Delirium / Richard Corben

Pour son éditeur français Laurent Lerner de Delirium, Corben a toujours été perçu par un certain nombre de lecteurs « comme un auteur exceptionnel, génial et tout à fait à part, depuis sa découverte avec Métal Hurlant. Il a traversé une période plus compliquée et a été oublié de pas mal de monde jusqu’à ce qu’il recommence à être publié en son nom, et non au travers de séries plus grand public, et son oeuvre a commencé enfin à être redécouverte depuis ces dernières années. » Leur premier contact date de 2012, époque à laquelle Lurent voulait éditer en français le ‘best’ de Creepy qui lui était consacré. Mais c’est surtout à partir de l’édition française de Ragemoor que les deux ont commencé à collaborer « pour de bon. J’avoue que j’avais été particulièrement surpris de constater que cette BD n’avait pas d’éditeur en français, alors qu’elle était sortie depuis un an ou deux déjà aux US. Je l’ai alors contacté et il a été ouvert et sympa d’emblée. Il a notamment signé quelques ex-libris que l’on offrait aux lecteurs, en partenariat avec un libraire parisien historique (‘Super-Héros dans le Marais’). Tout s’est déroulé avec une merveilleuse simplicité, alors que c’était un monument de la BD. A partir de là, tout s’est fait de plus en plus cordialement, même s’il était très réservé. Mais je crois que l’essentiel était qu’il sente que l’on respecte son travail et que l’on soit honnête avec lui. »

Pour Laurent, ce qui restera, c’est « d’abord Den pour les générations les plus anciennes. Ensuite, sa carrière est jalonnée de chef d’œuvres, de Bloodstar, adaptation fabuleuse de RE Howard, à MondeMutant, et Vic & Blood, par exemple. Mais ces dernières années, il était au sommet de son art, Esprits des Morts où il adapte des nouvelles et poèmes de Poe contient certains de ses plus beaux travaux de son propre aveu. Ratgod est un bijou en référence à Lovecraft, et Murky World, sur lequel il a travaillé pendant près de 8 ans, est une œuvre testament, graphiquement sublime, dans laquelle il dit beaucoup de choses de lui-même et de sa propre vision des hommes, des rêves, des idéaux et de l’héroïsme. »

© Delirium / Richard Corben

Il est donc très difficile de détacher Murky World de ce contexte très particulier, cette ultime aventure est d’autant plus symbolique qu’elle recèle la quintessence même du ‘style’ Corben.

Il y ce héros – ou plutôt anti-héros – nommé Tugat, justement au physique d’athlète mais au cerveau et surtout à la naïveté d’un enfant qui se fait balader, littéralement, par ses semblables qui se servent tous de lui.

Puis il y a ce rythme si particulier, propre aux serials, référence à ces aventures publiées en épisodes de cinq ou six pages, chaque ‘chapitre’ étant introduit par une sorte de conteur qui revient en quelques mots sur ce qui a précédé.

Mais surtout, on retrouve dans ce texte toutes ses obsessions, ici sublimées, notamment à travers ce mélange si particulier de dark fantasy, de quête initiatique, d’horreur et d’humour macabre avec ces nombreuses références culturelles à peine voilée. La scène du bal, par exemple, est ouvertement un hommage à la nouvelle Le Masque de La Mort Rouge de son idole Edgar Allan Poe, traduite chez nous par Baudelaire. Le personnage central semble aussi être une sorte de pastiche de Conan le Barbare et sa rencontre avec un vers monstrueux et invisible renvoie quant à elle à Lovecraft. Sans parler de cette mise en couleur réalisée par ses soins et qui donne vraiment vie à ce monde fantasmée, aussi attirant que macabre.

Avec Murky World, Richard Corben sort par la grande porte, avec discrétion et classe, à l’image de sa vie. Sans lui, nos cauchemars ne seront plus tout à fait les mêmes…

Olivier Badin

Murky World de Richard Corben. 25 €. Delirium.

09 Déc

Fauve d’or – Prix du meilleur album Angoulême 2021 : L’Accident de chasse de David L. Carlson et Landis Blair

Certains mensonges ont la vie dure. Celui de Matt Rizzo aura tenu de nombreuses années, jusqu’au jour où il décide de révéler lui-même la vérité à son fils. Non, sa cécité n’est pas due à un accident de chasse…

Lorsqu’en 1959, à la mort de sa mère, le jeune Charlie Rizzo doit retourner vivre chez son père à Chicago, il pense que celui-ci est devenu aveugle à la suite d’un accident de chasse. C’est en tout cas ce qu’il a toujours dit et personne ne l’a jamais contredit.

Pourtant, quelques années plus tard, alors que Charlie a fait un écart avec ses potes et que la police débarque à la maison, Matt, son père, lui révèle la vérité. Ce n’est pas un accident de chasse qui l’empêche de voir mais un braquage qui a mal tourné. Oui, son père a non seulement commis un vol à main armé pour le compte de la mafia italienne, mais il a également été incarcéré à la prison de Statesville où il est devenu le compagnon de cellule de Nathan Leopold Jr.

Ce nom ne vous dit peut-être rien mais il suffit de faire une petite recherche rapide sur internet pour apprendre que Nathan Leopold Jr et son comparse Richard Loeb, tous deux de très bonne famille, ont défrayé la chronique dans les années 20 en assassinant froidement un jeune garçon dans l’unique but de prouver qu’ils étaient capables de commettre le crime parfait.

© Sonatine / Carlson & Blair

De cette vie dont il ne savait rien, Charlie Rizzo finit donc par la découvrir de la propre bouche de son père. Le braquage, la prison, la cécité, l’envie de mourir, d’abréger ses souffrances et puis la littérature, une véritable révélation, et ce grâce à Nathan Leopold Jr qui le guida dans sa nouvelle vie d’aveugle dès son arrivée en prison et lui apprit le braille.

« Cette histoire est une tentative pour raviver la magie et le merveilleux de l’expérience humaine, ne serait-ce que le temps de quelques centaines de pages », explique le scénariste David L. Carlson. Tentative réussie ! Dans l’intimité relative d’une cellule, deux hommes se tendent la main pour dépasser la réalité et trouver rédemption et consolation à travers les grands textes, Platon et Dante en tête.

Pour mettre en images cette histoire vraie recueillie par David L. Carlson auprès de Charlie Rizzo, le trait de Landis Blair apparaît finalement comme une évidence. Connu de l’autre côté de l’Atlantique pour ses livres aux illustrations très noires, morbides, son dessin fait ici de milliers de hachures prend une dimension toute particulière et donne à l’ouvrage une force incroyable. Et c’est d’autant plus méritoire quand on sait qu’il s’agit là d’un premier roman graphique, et pour l’un et pour l’autre. Trois ans de travail intense pour un résultat impressionnant, 460 pages prodigieuses, et au bout du compte une lueur de poésie dans un tunnel de brutalités.

Eric Guillaud 

L’Accident de chasse, de David L. Carlson et Landis Blair. Sonatine Éditions. 29 euros

© Sonatine / Carlson & Blair

08 Déc

Watching the Watchmen ou la radioscopie complète d’une oeuvre hors norme

Qu’on le veuille ou non, la série Watchmen a marqué une rupture à sa sortie en 1986. Et l’aura dont elle bénéficie depuis est à la hauteur des réactions délirantes qu’elle a suscité, dans les deux sens. Ce livre rend gloire à son incroyable modernité et complexité et emmène le lecteur dans la matrice.

En pleine uchronie dans un monde où les États-Unis ont gagné la guerre du Vietnam, où Richard Nixon est toujours en poste et où les super-héros ne sont plus que les ombres d’eux-mêmes et en plein doute, Watchmen reste un OVNI qui a permis à l’ogre Alan Moore d’obtenir une stature internationale et qui a marqué l’histoire des comics.

Soyons clairs : Watching The Watchmen ne s’adresse pas aux béotiens. Si vous n’avez parcouru aucun des épisodes de la saga, vous serez tout de suite perdu. De toute façon, le but de cet ouvrage n’est pas de servir d’introduction à ce monument de la BD des années 80. Au contraire : réalisé sous la direction de Dave Gibbons – le dessinateur original de la série qui s’exprime ici à la première personne en parlant avant tout de son expérience personnelle – il s’adresse aux plus acharnés de ses disciples, ceux qui ont lu et relu les douze épisodes de la saga mais qui continuent d’y chercher à tout prix LE petit détail ou LA référence cachée qu’ils n’ont pas encore repéré. C’est pour eux que Gibbons est revenu au tout début, à sa première rencontre avec Moore lors d’une convention comics en 1980, à comment il a eu l’idée de ressortir des cartons cette galerie de héros datant en fait d’après-guerre et tombés dans l’oubli, comment il a su se les réapproprier visuellement avant que son scénariste ne transforme le tout en quête métaphysique etc.

Mais Watching The Watchmen, c’est avant tout et surtout des tonnes de croquis, de storyboards plus ou moins détaillés, de comparatifs entre l’avant et l’après, jusqu’au merchandising ou même le graphisme des pubs qui ont accompagné sa sortie. En gros, c’est une sorte de plongée assez étourdissante au cœur même de cette œuvre très complexe, des premières idées au produit final. Une mine d’infos assez impressionnante mais surtout une incroyable plongée au cœur même du processus de création…

Olivier Badin

Watching The Watchmen de Dave Gibbons, Chip Kidd & Mike Essl. Urban Books. 29 euros

© Urban Books / Dave Gibbons, Chip Kidd & Mike Essl

06 Déc

Sélection officielle Angoulême 2021. Kent State, Quatre morts dans l’Ohio ou l’histoire vraie d’une tragédie américaine

Ils étaient étudiants dans une ville moyenne des États-Unis, ils manifestaient pacifiquement contre la guerre au Vietnam, ils ont été tués par la garde nationale. Kent State, Quatre morts dans l’Ohio, raconte avec minutie les jours qui ont précédé cette tragédie du 4 mai 1970 et pointe avec gravité les dangers de l’autoritarisme…

En 1970, Derf Backderf n’a qu’une dizaine d’années mais la fusillade de l’université d’État de Kent qui est au coeur de ce récit et qui s’est jouée à quelques kilomètres de chez lui l’a suffisamment marqué pour qu’il en fasse un dessin à l’époque et un livre aujourd’hui.

Quatre ans de recherches lui ont été nécessaires pour écrire Kent State, Quatre morts dans l’Ohio, quatre ans pour consulter les archives, lire les témoignages de cours d’assises, les rapports du FBI et interviewer quelques témoins de l’époque.

Avec un résultat étonnant de précision et de rigueur. Jour après jour, quasiment heure par heure, Derf Backderf raconte la montée en puissance de la contestation dans cette université attisée par l’arrivée sur le campus d’une garde nationale armée jusqu’aux dents et agressifs.

Et bien sûr, ce qui devait arriver arrive. La garde nationale finit par tirer sur les manifestants :  quatre morts, neuf blessés graves et un choc, énorme, un séisme dont les répliques finiront par toucher l’Amérique entière.

Dans une interview pour le site comixbox, Derf Backderf explique : « C’est un récit qui parle de questions importantes, comme les dangers de l’autoritarisme et comment un gouvernement écrase les dissidences. Ces questions, j’en ai bien peur, deviendront bientôt encore plus d’actualité. Les puissants ont toujours utilisé les grandes crises comme celle-ci pour grapiller encore plus de pouvoir. Dieu seul sait ce qui va nous arriver avec ce clown grotesque que nous avons à la Maison Blanche. Et de la même manière, quand les gilets Jaunes manifesteront à nouveau, de quelle tolérance feront preuve votre gouvernement et votre police ? »

Tout aussi rigoureux qu’un Joe Sacco avec un trait plus souple, plus rond, moins austère, Derf Backderf signe ici une BD documentaire exemplaire qui allie rigueur journalistique et approche historique, un récit hyper-documenté, captivant de la première à la dernière page et forcément poignant. À l’heure où le pays est secoué par une vague de manifestations et d’émeutes liées à la mort de George Floyd, Kent State, Quatre morts dans l’Ohio pourrait figurer en très bonne place au palmarès du prochain festival d’Angoulême pour lequel il a été sélectionné.

L’album est en compétition pour le Prix du Public France Télévisions

Eric Guillaud

Kent State, Quatre morts dans l’Ohio, de Derf Backderf. Ça et là. 24€

© ç& et là / Backderf

03 Déc

Visa Transit volume 2 : on reprend la route avec Nicolas de Crécy

Une Visa Club en fin de vie, un coffre rempli de livres, des petits rideaux pour l’intimité et un radar 2000 en guise de GPS, on retrouve Nicolas de Crécy et son cousin Guy dans leur conquête de l’Est, un peu comme un remake de la croisière Citroën, mais avec la mémoire pour carburant…
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Nous avions laissé Nicolas (de Crécy) et son cousin Guy en Bulgarie à quelques kilomètres de la frontière turque remontant une colonne de chars soviétiques. Nous les retrouvons, perdus sur une route qui se termine en chemin de terre, un cul-de-sac. Un demi-tour et quelques kilomètres plus tard, nos deux compères passent enfin la frontière. Contrôle des papiers, contrôle du véhicule, un léger soupçon de trafic de livres, peut-être de propagande, et le douanier finit par les laisser passer non sans jeter un oeil curieux sur le fameux radar 2000 scotché sur le tableau de bord de la Visa Club qui, contre toutes attentes, tient le coup et la distance.

Terminée l’Europe de l’Est, bienvenue en Turquie, aux portes de l’Asie, Constantinople à portée de roues même si les premiers kilomètres font penser à nos deux jeunes en vadrouille à l’Isère avec ses sapins à perte de vue.

© Gallimard / de Crécy

Mais que font-ils dans cette partie du monde ? L’histoire démarre au fond d’un jardin en région parisienne en 1986, le jardin d’un oncle où rouille doucement une Citroën Visa Club en fin de vie. Une épave. Plutôt que de l’emmener à la casse, Nicolas de Crécy et son cousin décident de la mettre à l’épreuve. Ils changent les bougies, l’essuie-glace, les feux arrière, les câbles de freins et direction l’est, le plus loin possible, la Turquie en ligne de mire, Istanbul au moins, Ankara peut-être et au-delà si affinités.

© Gallimard / de Crécy

Istambul, ils y parviennent. Mais n’aiment guère. La circulation dense et anarchique, la forêt de pylônes électriques, la foule… ils angoissent. La Visa a tenu jusqu’ici, elle ira bien un peu plus loin, ils décident de continuer. Après le Bosphore, c’est le début de l’Asie et une autre Turquie avec en ligne de mire Ankara.

Nous étions les princes modestes d’une route aléatoire

À l’instar du premier volet, cette suite nous épargne les rencontres et les visites. Nicolas et Guy refusent de jouer les touristes moyens, leur truc à eux, c’est la route, les paysages qui défilent, la littérature et les souvenirs. Car cette histoire, cette épopée motorisée, est aussi l’occasion pour Nicolas de Crécy de raconter son enfance, sa jeunesse par quelques retours temporels. Visa Transit n’est pas un récit de voyage ordinaire, comme on peut s’y attendre avec Nicolas de Crécy, il s’agit d’un road trip au coeur de la mémoire dans un monde scindé en deux blocs. Et on ne s’en lasse pas ! Fin du périple dans le troisième volet…

Eric Guillaud

Visa Transit tome 2, de Nicolas de Crécy. Gallimard. 22€

01 Déc

L’Âge D’or volume 2 : suite et fin d’un chef-d’œuvre signé Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil

Ça sent bigrement le sapin de ce côté-là, comprenez qu’un diptyque pareil ne peut finir autrement qu’au pied du roi des forêts un soir de Noël, le cadeau idéal pour ceux qui aiment les contes de fées à tendance politique, féministe et révolutionnaire. Un chef-d’oeuvre…

On vous l’a dit dès le premier volet, ici, on ne fera que le répéter là, L’Âge d’or de Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil dont le deuxième volet vient tout juste de sortir aux éditions Dupuis, est un chef-d’oeuvre, que dis-je un bijou, d’écriture et de graphisme, inspiré des tapisseries médiévales et des enluminures, encensé par la presse spécialisée et d’info générale, remarqué, parfois même envié par les professionnels de la profession, adoré par le public, et multiprimé, Prix Landerneau en 2018, prix de la BD Fnac / France Inter en 2019.

La suite ici