11 Oct

L’espoir malgré tout : Émile Bravo précipite Spirou dans l’abîme de la seconde guerre mondiale

Tout le monde a encore en tête Le Journal d’un ingénu, une aventure de Spirou et Fantasio écrite et dessinée par Émile Bravo en 2008. Conçue comme un one-shot, cette histoire, qui nous plongeait dans la Belgique de 1939, trouve finalement une suite avec L’Espoir malgré tout, première partie d’une trilogie au cœur de la seconde guerre mondiale…

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En imaginant Le Journal d’un ingénu, Émile Bravo rêvait de réaliser l’album fondateur de la série Spirou et Fantasio, « celui qui expliquerait, ou du moins remettrait en perspective, les 49 albums parus à ce jour », disait-il alors. Et il l’a fait, bien fait même, en déroulant un scénario intelligent qui répondait à diverses questions autour du personnage, de son histoire, de sa rencontre avec Fantasio, de ce costume de groom qu’il porte encore aujourd’hui… le tout dilué dans une fiction-réalité sur fond de bruits de bottes. La guerre est là, la Pologne a été envahi, la France et l’Angleterre déclarent la guerre à l’Allemagne…

L’espoir malgré tout ?

L’Espoir malgré tout débute en janvier 1940, soit quatre mois plus tard. Quatre mois qui n’ont en rien calmé la folie des hommes mais assurément fini de tuer l’insouciance. Les enfants s’amusent encore dans les rues mais à des jeux qui sonnent comme une répétition générale de ce qui va arriver. Et Spirou ? Le Spirou d’Émile Bravo est grave. Il est inquiet, inquiet pour son amoureuse, une Allemande juive et communiste dont il parvient difficilement à avoir des nouvelles. Il est inquiet aussi pour le monde qui glisse tout doucement mais surement vers l’apocalypse.

© Dupuis / Bravo

Bruits de bottes 

Et puis c’est la guerre. Les premiers bombardements, les premières ruines, les premiers morts, la peur, les armées alliées en déroute, le peuple en fuite avec soudain cette première image très forte, Spirou et Fantasio sidérés devant leur premier Allemand, et quelques pages plus loin, une deuxième, Spirou croisant un défilé de soldats allemands enveloppés de ce bruit de bottes caractéristique qui a tant fait trembler l’Europe et retranscrites ici en quelques CLOM! CLOM! CLOM! bien sentis.

Dans ce monde en guerre, Spirou n’est pas épargné. La mort, les restrictions alimentaires, les collabos, la chasse aux juifs… Le héros assiste médusé au déferlement de haine et de violence. Mais Émile Bravo n’en fait pas pour autant un Superman, un résistant de la première heure, armes en main. Non, bien incapable de monter au front, il s’interroge et interroge son compagnon Fantasio :« Tu sais bien qu’une guerre est un abattoir. nous aurions pour devoir de retourner à la barbarie ? Tuer nos semblables, tu te rends compte? ».

Spirou humaniste ? Fantasio collabo ?

Comme il a toujours été, Spirou est incapable de faire le mal. Les enjeux de la guerre le dépassent totalement. Fantasio, de son côté, est le grand naïf du tandem, capable un jour de tenir un discours guerrier envers les envahisseurs, ces « barbares » qu’il compte bouter hors de Belgique dans une tenue improbable (veste de soldat belge en haut, pantalon rouge prêté par Spirou en bas), capable plus tard d’aller se faire embaucher comme reporter au Soir, le Soir volé comme on le surnommait à l’époque, journal ni plus ni moins collabo.

Scène hilarante en passant que celle d’un Fantasio proposant au boss du journal (on reconnaît quelques traits du vrai patron Horace Van Offel dans le personnage), un papier sur « les excellents biscuits et caramels de l’armée allemande ». On croit rêver ! À ce niveau de naïveté, on peut légitimement l’imaginer atteint d’une bêtise aiguë ou d’une allégeance soudaine aux Allemands. De là à l’imaginer adhérer à l’idéologie nazie…

© Dupuis / Bravo

Fiction ou réalité ?

Certes, les aventures de Spirou et Fantasio ont toujours appartenu à la fiction. Même si, depuis 80 ans qu’elles existent, transparaît dans leurs cases le monde tel qu’il est, tel qu’il évolue, dans toute sa beauté et parfois dans toutes sa noirceur. Mais plonger nos deux personnages de papier dans une réalité aussi dure et violente, aussi réelle, aussi froide, où le monde se déchire, les voisins, les amis d’hier, s’entretuent, est assurément une première.

Spirou vs Tintin

Contrairement à l’ami Tintin, Spirou continue de vivre aujourd’hui encore de nombreuses aventures, à la fois sous les couleurs de la série mère, actuellement animée par Yoann et Vehlmann, et de façon plus épisodique sous forme de one-shots dans la collection Les aventures de Spirou et Fantasio par… . L’Espoir malgré tout s’inscrit dans cette dernière même si cette histoire comptera à terme trois volumes et s’inscrit d’ores et déjà comme une suite au Journal d’un ingénu.

À l’instar du Journal d’un ingénu, cet album permet à Émile Bravo d’apporter certaines réponses concernant le personnage. Qu’a-t-il fait pendant la guerre ? Comment s’est-il comporté et positionné ? Aurait-il pu être résistant ? Dans la vraie vie, le journal Spirou a continué de paraître pendant la guerre jusqu’à son interdiction par les Allemands en septembre 1943.

Est-ce cette interdiction ou autre chose, quoiqu’il en soit, les éditions Dupuis ne seront pas inquiétées par l’épuration et pourront rapidement reprendre la publication du journal. Ce qui n’est pas le cas pour Hergé qui a travaillé pendant les années d’occupation au journal clairement collabo Le Soir. Il faudra attendre 1946 pour qu’il soit à nouveau autorisé à publier les aventures de Tintin.

© Dupuis / Bravo

Et Tintin justement, qu’aurait-il fait pendant la guerre ? Émile Bravo ne répond bien évidemment pas à cette question mais fait clairement référence à toute cette histoire en déguisant Spirou en… Tintin, à un moment de l’histoire où le héros a besoin de passer inaperçu. « Parfait, tu peux à nouveau sortir et chercher du travail si tu souhaites », fait dire Émile Bravo à Fantasio. Et de faire répondre Spirou : « Comme reporter au Petit Vingtième? ».

Quoiqu’il en soit, Spirou gagne du galon. Étonnement, alors que l’auteur met en images un Spirou très jeune, il peut apparaître aux yeux des lecteurs comme un personnage très mûr, très réfléchi. Et c’est tout le talent d’Émile Bravo qui est parvenu en deux albums à lui redonner de l’épaisseur dramatique. De quoi le faire repartir pour 80 ans d’aventures…

Eric Guillaud

L’Espoir malgré tout, d’Émile Bravo. Dupuis. 16,50€

07 Oct

Journal de Spirou : un numéro spécial commémorant les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme

80 ans d’un côté, 70 de l’autre. Le journal de Spirou commémore l’anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme à travers un numéro spécial…

« Quand on parle de Spirou, on pense immédiatement à l’humour et à l’aventure. Et cela depuis 80 ans déjà. Et pourtant, Spirou ce n’est pas que ça. C’est également un journal qui a toujours prôné des valeurs telles que le respect de l’autre, le refus de la tyrannie, la justice, etc. ».

Voilà en quelques mots comment la rédaction du journal explique son engagement aux côtés du Haut-Commissariat des Nations Unies pour commémorer les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Au programme de cette commémoration, un numéro spécial du journal le 10 octobre qui reprendra les 30 articles de la Déclaration illustrés par des auteurs du neuvième art (Dad, Dany, Cossu, Bocquet, Janry, Tome…) mais aussi une campagne sur les réseaux sociaux (#spirou4rights) et une exposition itinérante qui sera également disponible sous forme de PDF téléchargeable en trois langues, français, espagnol, anglais.

Spirou, ami, partout, toujours…

Eric Guillaud

06 Oct

Le Mans : Jean Van Hamme, un géant du Neuvième art invité de La 25e heure du livre

Plus de 250 auteurs invités, 90 éditeurs, des associations, des débats, des rencontres, des prix… La 25e Heure du livre, 40e édition, bat son plein place des Jacobins au Mans. L’occasion de rencontrer l’immense Jean Van Hamme, ex-scénariste des séries XIII, Largo Winch ou encore Thorgal.

© MaxPPP – Daniel FOURAY

Son visage n’est pas forcément connu du grand public, c’est pourtant l’un des géants de la bande dessinée franco-belge. Né en 1939, son parcours commence dans des bureaux, à des postes moins créatifs. Il a notamment été fondé de pouvoir chez Philips-Belgique. Mais très vite Jean Van Hamme veut raconter des histoires. Il rencontre le dessinateur Paul Cuvelier. C’est le déclic, il signe son premier scénario, Epoxy.

La suite ici

04 Oct

Marc Jaguar, héros malgré tout…

Avec un  nom pareil, on pourrait légitimement penser qu’il a fait carrière. Marc Jaguar, ça ne s’invente pas pour un héros de papier, photographe-reporter de son état. Pourtant, le destin en a décidé tout autrement. Cette deuxième aventure de la série, commencée il y a plus de soixante ans, trouve son épilogue aujourd’hui seulement…

Elle avait pourtant bien démarré cette histoire. Lancé sur la route au volant d’une superbe Renault Frégate de 1954, Marc Jaguar, accompagné de Peter Lavolige, prend la direction de la Bretagne pour quelques jours de repos bien mérités. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au moment où les deux hommes sont témoins d’un accident entre une voiture et une estafette. Rien de bien méchant mais un voleur des petits chemins profite de la situation pour subtiliser la valise d’un des conducteurs accidentés. Lorsque celui-ci découvre ce qu’elle renferme, il s’en débarrasse au plus vite en la jetant dans une mare.

Pourquoi ? Que contenait-elle ? C’est justement la question que vont se poser pendant plus de soixante ans les lecteurs ce cette aventure avortée. Nous sommes en 1956, sept planches de ce deuxième récit de Marc Jaguar ont été publiées dans le journal Risque-Tout avant qu’il ne cesse de paraître. L’histoire s’arrête là, Maurice Tillieux envisage de la reprendre en 1977 devant l’insistance de son ami François Walthéry. Deuxième coup du sort, Maurice Tillieux décède brutalement début 1978. Fin !

Enfin pas tout à fait. En 2016, le projet de donner une suite et une fin aux Camions du diable est finalement relancé avec aux commandes François Walthéry, Etienne Borgers et Jean-Luc Delvaux. Ils reprennent l’aventure au tout début en reproduisant à l’identique les planches déjà existantes et la poursuivent en levant bien évidemment le voile sur le mystère de la valise. En fait, c’était des  💬💤👁️🤚et un 👾👿👽☠️. Non, je ne vous le dirai pas. La réponse est dans l’album, un très bel album, au scénario dynamique, bourré de suspense, d’action et de rebondissements, au graphisme particulièrement élégant, inscrit dans la lignée de l’école de Marcinelle et aux atmosphères dignes des aventures de Gil Jourdan… un régal et un héros qui pourrait bien renaître !

Eric Guillaud 

Les Camions du diable, de Tillieux, Borgers, Delvaux, Walthéry. Dupuis. 17,50€

Utopiales 2018 : un peu de lecture en guise d’échauffement

Le festival international de science-fiction de Nantes revient pour une 19e édition du 31 octobre au 5 novembre avec un menu comme toujours très copieux, et ce dans tous les domaines, du cinéma au jeu vidéo, du spectacle vivant aux sciences, de la musique aux arts plastiques, sans oublier bien sûr la littérature. Histoire de se mettre dans l’ambiance, voici déjà une petite sélection de bandes dessinées…

On commence avec Bolchoi Arena, un album signé Boulet et Aseyn, un Nantais, paru aux éditions Delcourt. Ce premier volet nous embarque assez habilement dans l’univers du monde virtuel. Les premières pages sont à cet égard assez bluffantes, déstabilisantes, le lecteur ne sachant plus très bien sur quel niveau d’imaginaire il se trouve. L’histoire ? Dans un futur proche, internet n’est plus. Mais pas de panique les geeks, le réseau mondial de réalité virtuelle, le Bolchoi, l’a remplacé offrant des possibilités beaucoup plus infinies. Vous rêviez d’explorer l’espace aux commandes de votre propre vaisseau spatial ? Le Bolchoi vous le permet et sans bouger de votre canapé. Marje, jeune étudiante en astrophysique va y goûter et ne jamais s’en remettre. Une histoire bien ficelée, un trait léger, des couleurs pastel et une belle présentation avec jaquette transparente. On embarque ! (Bolchoi Arena, de Boulet et Aseyn. Delcourt. 19,99€)

Attention talent ! Énorme talent. Vincent Perriot, que certains d’entre vous ont peut-être découvert avec Belleville story chez Dargaud ou Taïga rouge chez Dupuis, débarque cette fois avec Negalyod, un somptueux récit de science-fiction de 200 pages qui rappellera sans doute de très bons souvenirs aux amoureux de Gir, aka Moebius, aka Giraud. Une influence assumée dans la forme, un trait fin et précis comme le maître, des couleurs signées Florence Breton, coloriste de Blueberry, Major Fatal ou L’Incal, mais aussi dans le fond avec un récit où la poésie n’a d’égale que la beauté et la grandeur des paysages désertiques qui nous émerveillent à chaque page. « J’avais une sensation d’enfance… », explique l’auteur, « je voulais traduire cette énergie primaire, primate, des chevaux, des grands espaces… Ce rapport à l’enfance, c’est aussi la rapport à l’évasion, je voulais donc faire des grands espaces, moi qui habite en ville ». C’est beau, à couper le souffle, entre futurisme et archaïsme, une architecture inspirée des dogons, des vaisseaux spatiaux qui sont des hybrides de bateaux océaniens. « Je ne voulais pas d’une science fiction trop futuriste ». Une aventure au souffle épique fantastique mettant en images Jarri Tchapalt, un berger du désert qui voit son troupeau de dinosaures décimé par un camion météorologique et bien décidé à se venger. Pour cela, il prend la direction de la ville qu’il n’a jamais approchée. L’auteur évoque un « album de résistance » qui soulève des problématiques écologiques et éthiques liées aux avancées scientifiques et techniques. Un très très bel album. (Negalyod, de Vincent Perriot. Casterman. 25€)

Le duo Stan & Vince est de retour chez Delcourt et ça c’est plutôt une bonne nouvelle. Les auteurs de la quasi-mythique série Vortex, neuf tomes publiés entre 1993 et 2003 chez Delcourt donc, se lancent uà nouveau dans un récit de science-fiction mais cette fois écrit par… Lewis Trondheim himself. Oui oui, le prolifique auteur français, papa entre autres des aventures de Lapinot, des multiples séries Donjon, du Roi Catastrophe mais aussi de Ralph Azham, des Petits riens, de Maggy Garrisson... et on pourrait continuer comme ça longtemps, très longtemps, signe donc ici le scénario de Density. Les deux premiers tomes sont disponibles. Ils racontent l’histoire de Chloé, une jeune femme qui se découvre un super-pouvoir, celui de modifier sa densité corporelle. De quoi se payer de bons trips en apesanteur et accessoirement sauver la Terre d’une invasion extraterrestre. Maman, j’ai peur ! (Density 1 et 2, de Lewis Trondheim, Stan et Vince, Walter. Delcourt 15,50€ le volume)

Et puis merde. Non non, je ne pars par en vrille, c’est simplement le titre de ce 36e volet des aventures de Jeremiah, aventures post-atomiques toujours plus crépusculaires imaginées par l’immense Hermann depuis sa Belgique natale. Et on retrouve Jeremiah et Kurdy dans une mauvaise passe, à pied depuis que leurs deux motos ont grillé dans l’incendie de leur hôtel, à pied et avec la milice aux fesses. Pas de quoi les faire paniquer, nos deux anti-héros parviennent à se faire la belle et se réfugier dans une espèce de paradis vert en plein désert avec, bien évidemment, des gens peu fréquentables et profondément tordus. La laideur du monde dans toute sa splendeur !  (Et puis merde, Jeremiah 36, de Hermann. Dupuis. 12€)

Il suffit parfois de quelques lettres apposées sur une couverture pour avoir la garantie d’un grand moment de lecture. Et lorsque ces quelques lettres forment les noms de Fred Bernard et Benjamin Flao, alors le paradis n’est plus très loin. En tout cas pour nous lecteurs. Car pour le personnage principal de ce récit, Achille Antioche, c’est une toute autre histoire. Pour connaître le paradis, cet amoureux de la belle mécanique va d’abord devoir passer par le purgatoire des pilotes et comprendre les raisons de sa mort. Car oui, avant même la première case du récit, Achille Antioche est mort. Mort dans une voiture qui n’est pas la sienne, une Porsche 911, plongée dans un étang gelé. C’est tout ce qu’on sait à ce stade du récit. Est-ce un accident ? Un meurtre ? Mystère… Essence, album de Fred Bernard et Benjamin Flao, sorti en janvier de cette année, concourt pour le Prix BD 2018 des Utopiales. (Essence, de Fred Bernard et Benjamin Flao. Futuropolis. 27€)

Les deux premiers tomes de Colonisation sont respectivement sortis en janvier et avril 2018, le prochain est annoncé pour janvier 2019. Juste le temps de les lire deux ou trois fois en contemplant le somptueux dessin de l’Italien Vincenzo Cucca. Chaque planche de ce space opera est une petite merveille de finesse et de dynamisme aux ambiances sidérales extraordinaires. Côté scénario, Denis-Pierre Filippi nous convie dans un futur où l’homme a dû quitter la Terre surpeuplée pour coloniser d’autres planètes. Un exode de masse à bord d’une multitude de vaisseaux spatiaux dont certains se sont perdus dans l’immensité de l’espace et sont sujets à des pillages. Colons et extraterrestres rencontrés sur la route s’unissent pour retrouver les nefs perdues. Une série qui nous en met plein la vue ! (Colonisation tomes 1 et 2, de Cucca et Filippi. Glénat. 13,90€ le volume)

Changement radical de style avec ce livre paru aux éditions Rue de Sèvres. Pas de vaisseaux spatiaux ici, encore moins d’extraterrestres, mais un monde, notre monde, qui a fini par se scinder en deux, d’un côté ceux qui comptent et dirigent, les Inspirés, de l’autre, les sans noms qui subissent. Et comme décor à tout ça, un San Francisco qui ne ressemble plus au San Francisco d’aujourd’hui, une ville ravagée par un grand tremblement de terre au XXIe siècle. Dans ce contexte, le  jeune Jonas espère bien quitter son milieu modeste pour rejoindre l’élite. Tout paraît impossible, insurmontable mais la révolte, que dis-je, la révolution Sire, n’est peut-être pas très loin ! (Eden, de Colin et Maurel. Rue de Sèvres. 15€)

On termine avec l’une des séries majeure du catalogue Delcourt en matière de science-fiction, Travis, le fameux camionneur de l’espace. Vingt ans que ça dure, treize albums, quatre cycles. Bon, le Travis d’aujourd’hui n’a plus grand chose de camionneur-livreur mais il a gardé son assurance rapatriement et ça, ce n’est pas tout à fait négligeable par les temps qui courent. On retrouve en effet Travis dans une très mauvaise situation au début de ce nouvel album, retranché dans un bunker encerclé de cyborgs en plein coeur d’un Mexique déchiré par la guerre entre les cartels de narcotrafiquants. Heureusement, son fidèle Pacman lui envoie une tarentule géante de métal en guise de taxi. « Tout ça en moins de 15 minutes ! Moins de temps qu’il ne faut pour te faire livrer une pizza sur Brooklyn mec ! ». Pas question de livrer pour autant une pizza, Travis doit exfiltrer un vieil ordinateur du siècle précédent qui pourrait contenir une « saleté d’I.A. à l’intérieur », une I.A. à l’origine de pas mal de malheurs. De l’action, beaucoup d’action, du suspense, une touche d’humour, des technologies futuristes, un trait affirmé, un découpage dynamique, des personnages aux caractères bien trempés… Un savant cocktail au service du pur divertissement ! (Travis tome 13, de Quet et Duval. Delcourt. 14,50€)

Eric Guillaud

Plus d’infos sur le festival ici

03 Oct

Les Cahiers de la BD : un 5e numéro en kiosque

Relancés en septembre 2017 par Vincent Bernière, notamment rédacteur en chef à Beaux-arts Magazine pour les hors série BD et éditeur freelance chez Delcourt, Les Cahiers de la BD poursuivent leur bonhomme de chemin. Le numéro 5 est disponible depuis ce matin avec un dessin de Riad Sattouf en couverture et la question centrale : Comment raconter le monde en BD ?

Il est rudement beau, ce cinquième numéro. Avec en couverture un dessin de l’auteur quasi-incontournable de la rentée, Riad Sattouf, qui vient de sortir le quatrième volet de L’Arabe du futur. Mais ça, vous devez le savoir.

Pour le reste, ce nouveau numéro s’intéresse à la manière de raconter le monde en BD. Guerre, économie, politique… il fait le tour de la question dans un dossier thématique très dense avec bien sûr une interview de Riad Sattouf, mai aussi de Troubs, Lisa Mandel, Damien Roudeau…

On y cause aussi des tribulations de Valentin le Vagabond, du Petit théâtre de Spirou réalisé par l’excellent mais rare auteur Al, de la collection d’estampes Mel Publisher, des secrets de l’encrage. On y rencontre le mangaka Atsushi Kaneko, la dessinatrice Catherine Meurisse qui a échappé de peu au massacre de Charlie Hebdo, en arrivant en retard à cause d’un chagrin d’amour, du livre monstre d’Emil Ferris…

Il est beau et il est costaud, près de 200 pages pour 12,50€. Toujours aussi cher mais toujours aussi collector !

Eric Guillaud