25 Sep

Théodore Poussin, bientôt le retour…

FullSizeRenderThéodore Poussin. Un nom pareil, ça ne s’oublie pas. il a beau avoir disparu des écrans radars pendant 10 ans, l’annonce de son retour n’a fait qu’un tour dans le monde de la bande dessinée. Il faudra seulement attendre une petite année pour retrouver sa frimousse et ses aventures au long cours…

Un petite année, oui, pour tenir l’album entre nos mains ! Le dernier voyage de l’amok sera son nom, une treizième aventure et on l’espère première d’une longue série à venir.

Un an, c’est long, très long. Mais pas de panique. Histoire de nous faire patienter, les éditions Dupuis ont une belle idée, marketing certes, mais un belle idée quand même : offrir d’ici la rentrée 2017 l’album dans une version en noir et blanc, quatre cahiers pour autant de chapitres, accompagnés à chaque fois de recherches graphiques et d’un entretien avec l’auteur.

Du beau boulot, farouchement collector, au tirage limité à 2800 exemplaires. Le premier volet est sorti en mai, le deuxième en septembre. Deux autres sont programmés d’ici l’automne 2017.

Si vous êtes un fan inconditionnel de Théodore Poussin comme moi ou si vous rêvez de retrouver l’atmosphère des grandes aventures de Tintin ou de Corto Maltese, dont Théodore est la juste symbiose, alors jetez-vous sur ces cahiers. C’est beau, c’est grand, c’est original, c’est du génie pourait-on dire dans un élan d’enthousiasme contrôlé. Merci Frank Le Gall, merci Dupuis, de nous faire rêver à nouveau…

Eric Guillaud

Cahiers Théodore Poussin, de Frank Le Gall. Editions Dupuis. 13€

Martha & Alan, Emmanuel Guibert poursuit la mise en images des souvenirs d’Alan Ingram Cope à L’Association

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Qu’est ce qui fait qu’une vie mérite ou non d’être racontée ? Bonne question. Peut-être que toutes les vies le méritent finalement et que tout ou presque réside dans la façon de raconter.

En ce sens, la vie d’Alan Ingram Cope n’a rien de fondamentalement extraordinaire ou héroïque. Depuis seize ans pourtant, Emmanuel Guibert nous en livre régulièrement des épisodes avec une façon à lui qui rend l’ordinaire passionnant. Tout commence en 2000 avec le premier volet de La Guerre d’Alan. L’auteur pose en une centaine de pages, un peu moins peut-être, les bases de ce qui le fera connaître du grand public. Un trait sobre et épuré, une narration simple et efficace, une écriture aussi limpide que l’eau d’une rivière de montagne, un récit qui oscille entre la biographie et le documentaire. Cette signature-là se retrouvera dans tous les albums de la série mais aussi dans la trilogie Le Photographe, publiée entre 2003 et 2006.

© L'Association / Guilbert

© L’Association / Guilbert

La Guerre d’Alan raconte la guerre à travers le quotidien du GI californien Alan Ingram Cope, débarqué en France le 19 février 1945, précisément le jour de ses 20 ans, après des mois d’entrainement sur sa terre natale.

À la fin de la guerre, Alan Ingram Cope choisit de rester en France et se retire pour ses derniers jours sur l’île de Ré. C’est là, par le plus grand des hasards, que les chemins de l’ancien GI et de l’auteur de BD se croisent. Nous sommes en 1994. Emmanuel Guibert tombe sous le charme des talents de conteur du vieil homme. Entre les deux hommes se noue une solide amitié. Ils se retrouvent de nombreuses fois. « Alan pratique volontiers l’understatement… », confie l’auteur dans une interview pour lemonde.fr, «Il est quelqu’un qui « euphémise » ce qu’il raconte par une certaine douceur et une volonté de ne pas appuyer son propos. Faisant cela, il raconte souvent des anecdotes de très forte portée, d’une manière transparente, cristalline, fluide – anecdotes qui, du coup, peuvent passer le filtre d’une sensibilité qui s’arrêterait à la lettre de ce qui est dit. »

© L'Association / Guilbert

© L’Association / Guilbert

Pendant cinq ans, Emmanuel Guibert enregistre Alan qui parle de sa vie, de la guerre, de ses parents, des ses amours, de choses futiles et de pensées essentielles. Des heures et des heures de conversation, jusqu’en 1999. Alan est emporté par un cancer.

De 2000 à 2008, Emmanuel Guibert nous raconte donc la vie du GI Alan Ingram Cope. Trois volumes en tout et une belle reconnaissance dans le milieu de la BD et au-delà. Mais l’auteur ne s’arrête pas là. « Dès le début… », explique-t-il en 2012 à Morgan Di Salvia pour le site ActuaBD, « j’ai su que je raconterais toute sa vie. L’effet d’optique, c’est que « La Guerre » est sortie en premier lieu. Je n’ai pas annoncé la couleur en disant qu’il y aurait d’autres choses après. Donc, la plupart des gens pensaient que je faisais un récit de guerre. À l’époque, je savais déjà qu’il y aurait L’Enfance et L’Adolescence« .

En 2012 sort la préquelle L’enfance d’Alan dans laquelle Emmanuel s’attache à retranscrire les souvenirs d’enfance de son ami. Il nous offre par la même occasion un fabuleux témoignage sur la vie quotidienne aux Etats-Unis avant-guerre.

© L'Association / Guilbert

© L’Association / Guilbert

Dans Martha et Alan enfin, l’auteur se penche sur la première histoire d’amour de son ami. Son prénom est Martha. Alan la rencontre à l’âge de 5 ans. Ensemble, ils partagent pendant quelques années des moments joyeux avant que les liens ne se distendent. La mère d’Alan décède. Son père se remarie avec une jeune femme de 20 ans qui entreprend d’éponger les dettes de son nouveau mari. Nous sommes au coeur de la Grande Dépression. Un moment très difficile pour Alan. Juste avant de partir pour la guerre, le jeune homme revoit Martha, le temps d’apprendre qu’elle a attrapé la polio.

Avec un trait vaporeux comme les souvenirs et des dessins en double page sans cases, sans bulles, Emmanuel Guilbert nous embarque avec beaucoup de justesse, d’émotion et un brin de nostalgie dans cette nouvelle tranche de vie. Un véritable hommage à l’ami Alan en même temps qu’un fabuleux témoignage sur l’Amérique du XXe siècle !

Eric Guillaud

Martha et Alan, d’Emmanuel Guibert. Editions L’Association. 23 €

22 Sep

Bizu, Les Schtroumpfs, Boulouloum et Guiliguili : les intégrales font leur rentrée aux éditions Dupuis

1507-1Du classique certes mais du classique en intégrale. Ça change tout.

Savez-vous comment sont nés les Schtroumpfs ? Assez bêtement finalement, autour d’une table réunissant Pierre Culliford, alias Peyo, André Franquin et leurs épouses respectives. Un mot qui ne vient pas et Peyo lance le schtroumpf pour désigner une salière. Le repas se conclue en schtroumpferies diverses. Un an plus tard, Peyo glisse les premiers lutins bleus dans une histoire de Johan et Pirlouit, La Flûte à six trous, et publie en 1959 dans le journal Spirou la première aventure des Schtroumpfs sous la forme d’un livre miniature à confectionner soi-même, Les Schtroumpfs noirs. C’était parti pour une des plus belles aventures du Neuvième art.

A partir de 1973, Les Schtroumpfs sont absents des pages du magazine Spirou. Et lorsqu’ils réapparaissent enfin le 11 décembre 1975 dans un numéro spécial Schtroumpf, pas la moindre planche signée Peyo. Il faut dire que l’homme est très occupé par ailleurs. Un travail qui devait lui prendre 3 mois, pensait-il, et qui l’accapara plus de deux ans. Ce travail, c’est l’adaptation en dessin animé de La Flûte à six schtroumpfs.

Ce quatrième volume de l’intégrale consacrée aux lutins bleus revient bien évidemment sur cet épisode cinématographique dans un dossier signé Hugues Dayez et réunissant photos, témoignages, recherches graphiques diverses.

ogxdloP70T7gdA9vLY2SaiopWGp7NRA2-couv-1200C’est dans le journal Spirou que Mazel et Cauvin ont découvert les aventures de Tarzan. Au lendemain de la guerre, entre 1946 et 1949, avant que la censure contraigne l’éditeur à transférer le personnage de Burne Hogarth dans l’hebdomadaire Le Moustique. «Tarzan, c’était notre époque… », confie Raoul Cauvin, «un mec musclé, beau comme un dieu, qui n’arrêtait pas de se bagarrer et qui gagnait à la fin. Quand tu as dix ans, que tu es un petit garçon, tu t’identifies à ce genre de personnage. Forcément » . 

Fans de l’homme au slip léopard, les deux auteurs vont pourtant en prendre le contre-pied en proposant les aventures de Boulouloum et Guiliguili. Tout a commencé en fait avec deux pages dessinées par Mazel et intitulées Les aventures imbéciles de Darzan. « J’avais envie de varier les plaisirs… » , témoigne Mazel, « dessiner un Tarzan abruti, par exemple. J’ai préparé deux pages d’essai, intitulées Les aventures imbéciles de Darzan, et je suis passé chez Dupuis. Raoul (Cauvin, ndlr) était présent. Nous avons discuté de ma proposition. Il m’a suggéré de suivre une autre piste, d’accentuer la parodie, de prendre le bonhomme à contre-pied et mettre en scène un mini-Tarzan, accompagné d’un énorme gorille. L’idée m’a plu. Il ne restait plus qu’à finaliser ce qui n’était au départ qu’un simple projet d’histoire courte ». Ainsi n’acquirent les aventures de Boulouloum. 

Ce deuxième volume réunit les albums Rapt, Les Aventuriers de la préhistoire, Les Chevaliers de l’enfer, Le Péril Rouge, Les Epaves ressuscitées ainsi qu’un dossier revenant sur le contexte de création de chacun d’eux.

hgbBmnqLF3ahr3xqPJgRuEbOKgQK8KTf-couv-1200Une dernière intégrale pour la route, Bizu volume 2 réunit les deux premières aventures au long cours du lutin de Brocéliande, deux aventures publiées en 1986 chez Fleurus, Le Signe d’Ys et Le Fils de Fa Dièse, ainsi qu’un récit inachevé de 35 planches intitulé Le Grand désordre.

Ces histoires longues arrivent après 20 ans de récits plus ou moins courts publiés dans le journal Spirou de façon plutôt sporadique finalement puisque Jean-Claude Fournier, le créateur de Bizu, reçoit  la lourde charge d’animer les aventures de Spirou et Fantasio pendant 10 ans, de 1970 à 1980. Jusqu’à ce qu’il en soit écarté de façon peu charitable. Jean-Claude Fournier reprend alors les aventures de son personnage et publie les premiers albums chez Fleurus avant de retourner chez Dupuis pour quatre nouveaux titres entre 1990 et 1994. Poétiques, féériques et bretonnantes, les aventures de Bizu sont celles qui ressemblent le plus à leur auteur, nous précise Martin Zeller, auteur du dossier introduisant cette nouvelle intégrale.

Eric Guillaud

Le Schtroumfs, intégrale 4. 28€ / Boulouloum et Guiliguili, intégrale 2. 28€ / Bizu, intégrale 2. 12€

19 Sep

Délicieuse Daisy et Fantomiald : Glénat poursuit son travail de mémoire autour de Disney

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Mickey, Donald, Picsou, Riri, Fifi, Loulou, Pat Hibulaire, Daisy, Gontran ou encore Géo Trouvetou, depuis 2010, les éditions Glénat ont entrepris de publier toutes les aventures légendaire des personnages de Walt Disney. Et ça continue avec deux nouveaux recueils consacrés à Daisy et Fantomiald.

« J’ai appris à lire dans Le Journal de Mickey et c’est un rêve qui se réalise aujourd’hui d’être éditeur de Mickey et Donald en bandes dessinées. Je me suis aussitôt replongé dans mes collections de journaux anciens et je suis impatient de publier tous ces trésors du passé, du présent et de l’avenir… » déclarait Jacques Glénat en 2010 au moment du lancement de ce programme de parution ambitieux.

Six années et plusieurs dizaines d’ouvrages plus tard, voici deux nouveaux recueils, le troisième volet des aventures de Fantomiald, le célèbre justicier masqué, et Délicieuse Daisy, personnage considéré comme secondaire mais qui a quand même vécu plus de 10000 histoires, nous rappelle l’éditeur.

Comme toujours les albums sont soignés et mettent en valeur le travail des auteurs. Une nouvelle approche souhaitée par Jacques Glénat pour « faire un travail de mémoire, de qualité, et non seulement imprimer des planches ». Et de fait, chacun de ces albums nous fait découvrir des auteurs de talent qui ont longtemps travaillé dans l’ombre de Disney tels que Carl Barks ou Floyd Gottfredson. Intemporel !

Eric Guillaud

Fantomiald court toujours. Editions Glénat. 18,95 €

Délicieuse Daisy. Editions Glénat. 14,95 €

Confessions d’un enragé, le nouvel album de Nicolas Otero chez Glénat

9782344010655-LDans son malheur, Liam, 4 ans, a eu de la chance. Beaucoup de chance. L’animal qui l’a attaqué en cet été 1979 dans la médina de Rabat au Maroc est un chat et non un chien. Le chien n’aurait jamais lâché sa proie. Le chat l’a juste griffé sévèrement au visage. De belles cicatrices en perspective. Mais le plus grave n’est pas là. Le chat avait la rage.

Pour le petit garçon, la vie n’aura plus jamais le même parfum d’insouciance et de liberté. Fini de jouer et rejouer la coupe du monde dans la cour de la maison avec son frère et les copains. Direction la France pour recevoir des soins adaptés. Les années passent, les cauchemars succèdent aux cauchemars. Liam change. Il prend peur de tout, des gens, de la nuit, des voitures, de la mort. Il devient violent, très violent, et finit par se réfugier dans la drogue. On le croit perdu, c’est à ce moment précis qu’il croise l’amour…

Si Confessions d’un enragé commence comme un récit réaliste, voire autobiographique, il prend très vite une tournure fantastique. « Cet enfant de quatre ans qui se fait attaquer par un chat qui se révèle enragé, c’est moi… », nous confie Nicolas Otero dans une interview à découvrir en intégralité ici, « La mort, je l’ai frôlée de très près au Maroc, j’avais donc envie de raconter surtout une histoire de vie, un parcours initiatique ou comment trouver sa place quand on est différent ».

Et c’est bien là que réside l’intérêt du livre de Nicolas Otero, dans ce subtil mélange des genres qui permet à la fois d’aborder la maladie et ses conséquences sous un angle quasi-scientifique et de suivre le parcours d’un gamin marqué très jeune par le destin.

« Ce n’est pas courant de se faire attaquer par un animal enragé… », poursuit Nicolas Otero, « enfin il me semble! J’ai mis du temps à en parler, et à chaque fois que j’évoquais le sujet, on me renvoyait un sempiternel: Ha, d’accord, je comprends mieux alors… Pourtant, je n’avais pas l’impression d’avoir un comportement particulier, violent ou colérique. Mais c’est pourtant l’image et l’attitude que je transmettais, quasi contre mon gré, ou à l’insu de… »

Confession d’un enragé marque une grande première pour Nicolas Otero. C’est en effet la première fois qu’il signe à la fois le dessin ET le scénario. « J’ai tout écrit d’une traite en moins de dix jours, de façon quasi compulsive, en prenant un pied d’enfer !! Et le dessin a été aussi source d’intense plaisir, je m’étais tellement approprié le parcours de ce petit bonhomme… ». Violent, sombre, désespéré, effrayant, Confessions d’un enragé est aussi une ode à la vie. Après la nuit vient le jour…

Eric Guillaud

Confessions d’un enragé, de Nicolas Otero. Éditions Glénat. 25 €

L’interview de l’auteur ici

© Glénat / Otero

© Glénat / Otero

Confessions d’un enragé : interview express de Nicolas Otero

Nicolas Otero s’est déjà fait remarqué il y a déjà quelques années en signant le dessin de la série Amerikkka puis plus récemment en adaptant le livre d’Heloïse Guay de Bellissen, Le roman de Boddah. Il revient aujourd’hui avec Confession d’un enragé qui mélange récit autobiographique, initiatique et fantastique. Il nous explique ses choix, nous parle aussi un peu de sa vie, de lui, des chats…

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On le sent dans la précision du récit et notamment dans le détail des diagnostics médicaux, votre récit est en partie autobiographique. Jusqu’où ?

Nicolas Otero. Il est autobiographique dans la mesure où cet enfant de quatre ans qui se fait attaquer par un chat qui se révèle enragé, c’est moi. Il est autobiographique puisque les cauchemars récurrents qui ont suivi pendant le traitement antirabique et où un affreux matou enragé et écorché entraîne Liam au plus profond de son lit, je les ai faits toutes les nuits. Enfin, il est autobiographique puisque beaucoup des épreuves que traverse Liam tout au long de l’album sont inspirées plus ou moins directement de moments de mon existence.

© Glénat / Otero

© Glénat / Otero

Pourquoi avoir choisi finalement un angle fantastique ?

Nicolas Otero. Parce que justement je ne voulais pas d’une pure autobiographie, c’est bon pour les gens morts ou très vieux et j’ai encore beaucoup de choses à vivre et à raconter!! La mort, je l’ai frôlée de très près au Maroc, j’avais donc envie de raconter surtout une histoire de vie, un parcours initiatique ou comment trouver sa place quand on est différent.

© Glénat / Otero

© Glénat / Otero

En quoi pensez-vous que ce drame très jeune a changé votre vie ?

Nicolas Otero. Ce n’est pas courant de se faire attaquer par un animal enragé, enfin il me semble! J’ai mis du temps à en parler, et à chaque fois que j’évoquais le sujet, on me renvoyait un sempiternel : Ha, d’accord, je comprends mieux alors… Pourtant, je n’avais pas l’impression d’avoir un comportement particulier, violent ou colérique. Mais c’est pourtant l’image et l’attitude que je transmettais, quasi contre mon gré, ou à l’insu de… J’en ai forcément joué parfois, mais j’ai dû faire très tôt un travail sur moi-même, pour m’intégrer au mieux.

© Glénat / Otero

© Glénat / Otero

C’est votre premier album en qualité à la fois de scénariste et de dessinateur. Le dépucelage comme vous dites sur votre compte Facebook s’est bien passé ?

Nicolas Otero. Il s’est très bien passé, je portais cette histoire depuis toujours finalement. Et le fait d’avoir travaillé seul pour le bouquin sur Kurt Cobain m’a donné confiance en mes capacités narratives et le fait de pouvoir faire passer des émotions, des sensations. J’ai tout écrit d’une traite en moins de dix jours, de façon quasi compulsive, en prenant un pied d’enfer!! Et le dessin a été aussi source d’intense plaisir, je m’étais tellement approprié le parcours de ce petit bonhomme… Donc pour un dépucelage, oui, ce fut juste génial!!

© Glénat / Otero

© Glénat / Otero

Quel rapport entretenez-vous aujourd’hui avec les chats ?

Nicolas Otero. Pendant longtemps, je ne pouvais croiser un matou sans changer de trottoir, je dois reconnaître que les félins étaient loin d’être mes amis, je terrorisais assez vite, c’était phobique, vraiment plus fort que moi. Et puis, il y’a quatre ans, mon chien est mort et les enfants ont eu énormément de chagrin, tout comme moi, et une cousine venait d’avoir une portée de petits chatons, vous imaginez la suite…
J’ai craqué et depuis un félin noir aux yeux jaunes vient régulièrement poser ses coussinets à côté des pages en cours.

Merci Nicolas

Interview réalisée le 16 septembre 2016 – Eric Guillaud

La chronique de l’album ici

Travail sur la couverture - Vérane Otero

Travail sur la couverture – Vérane Otero

14 Sep

La Déconfiture : le nouveau Rabaté chez Futuropolis

couv46613501Lorsqu’on commence à parler en matière de livre du « nouveau untel » ou du « dernier tartempion », c’est que le untel ou le tartempion en question n’est plus à présenter, qu’il fait partie des meubles en quelques sortes, de notre patrimoine culturel et des étagères de nombre de lecteurs. C’est le cas bien sûr de Pascal Rabaté. Et que vaut ce « nouveau Rabaté » qui a pour nom La Déconfiture ? C’est un petit bijou. Mais est-ce vraiment surprenant ?

Sans vouloir le vieillir prématurément, ça fait quand même des lustres que Pascal Rabaté illumine le Neuvième art de son talent de scénariste ET de dessinateur. Depuis le début des années 90 pour être précis, époque de la série Les Pieds dedans, une fable noire qui nous invite à la table d’une famille de Français moyens, vraiment très moyens.

Suivent Ex-Voto, Un ver dans le fruit… et Ibicus, un véritable chef d’oeuvre qui nous aide à changer de siècle, quatre albums publiés entre 1998 et 2001 et un Alph’Art du meilleur album pour le deuxième volet au festival d’Angoulême en 2000.

© Futuropolis / Rabaté

© Futuropolis / Rabaté

Plus rien ne peut arrêter Pascal Rabaté. 2003, c’est Bienvenue à Jobourg, 2006 La Marie en plastique mais aussi Les Petits ruisseaux qu’il adapte au cinéma en 2010 et lui ouvre les portes d’une carrière de réalisateur.

Les mauvaises langues peuvent dès lors l’imaginer perdu pour la BD mais non. Pas une année ne passe sans que nous ayons le droit à un « nouveau Rabaté ». Bien des choses, Le Petit rien tout neuf avec un ventre jaune, Crève Saucisse, Biscottes dans le vent… et puis La Déconfiture qui nous entraîne sur les routes de France en juin 1940.

une véritable transhumance, c’est la France des matelas

« Plus fort que l’été 36, toute la France sur les routes (…) une véritable transhumance, c’est la France des matelas », ironise son personnage principal, un simple bidasse au nom très agricole, Amédée Videgrain. Un bidasse plus témoin qu’acteur de cette débandade générale. Entre les trous d’obus et les cadavres de civils ou de militaires jonchant la route, Videgrain joue les panneaux indicateurs et les croque-morts en tentant de garder un certain détachement. L’individu reprend le dessus sur le collectif en fuite. Lui aussi pourrait fuir, déserter. Mais non, sa seule volonté est de retrouver son régiment. Mais où est donc passé le 11e régiment ? 

© Futuropolis / Rabaté

© Futuropolis / Rabaté

Ah elle est belle l’armée française ! Pendant que les Français sabotent les derniers chars encore en état de marche, les Allemands, eux, s’organisent un méchoui…

Regardez ça, y en a même qui se font dorer la pilule. Je m’en serais passé de ce tourisme de masse

Tourisme de masse ! C’est dans les dialogues, parfois dans les situations, que Pascal Rabaté parvient à glisser un trait d’humour, d’ironie, dans le contexte dramatique de la débâcle. Mais dans le fond, l’auteur pose à travers le destin de ce soldat inconnu un regard fait de compassion sur tous ceux qui ont vécu l’époque.

© Futuropolis / Rabaté

© Futuropolis / Rabaté

Taboue la débâcle ? On pouvait penser cet épisode peu glorieux enfoui au plus profond de la mémoire collective. Pourtant, et depuis les années 60, des films comme Week-end à Zuydcoote, Mais où est donc passé la 7e compagnie? et prochainement Dunkerque de Nolan, abordent cette période. Côté bande dessinée, rien d’aussi probant à ma connaissance si ce n’est quelques fictions telles que Comment faire fortune en juin 40 aux éditions Casterman ou Ciel de guerre chez Paquet qui prennent appui sur ce contexte.

Des dialogues savoureux, un trait réaliste épuré et raffiné, une narration formidablement fluide, des personnages qui nous ressemblent… Le « nouveau Rabaté » ne devrait pas déclencher d’exode mais au contraire une affluence record dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre.

Eric Guillaud

La Déconfiture (première partie), de Rabaté. Editions Futuropolis. 19 €

11 Sep

McCurry NY 11 septembre 2001 : le témoignage en BD et en photos du photographe de presse Steve McCurry chez Dupuis / Magnum Photos

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Quinze ans. Quinze ans déjà. Et toujours les mêmes images qui tournent en boucle sur nos chaînes de télévision et dans nos têtes. Des images qu’on ne peut, qu’on ne pourra jamais effacer. Violentes, effrayantes, invraisemblables, apocalyptiques. Des images qui ont marqué le début de notre siècle du sceau de la barbarie et frappé les esprits comme peut-être rien d’autre. S’il n’y avait pas eu ces attentats, qui se souviendrait aujourd’hui de ce qu’il faisait le 11 septembre 2001 ?

Les plus de 20/25 ans ont pour la plupart vécu l’événement. De très près. En direct. En étant parfois à l’autre bout du monde. C’est peut-être un peu plus vague pour ceux qui n’étaient pas nés ou trop jeunes à l’époque. Des livres comme celui-ci, publié à quelques heures du quinzième anniversaire contribuent au souvenir. C’est déjà beaucoup. Mais l’intérêt du livre ne s’arrête pas là.

C’est certainement l’un des albums les plus réussis et les plus passionnants de la collection Magnum Photos / Aire Libre.

Pour plusieurs raisons. D’abord parce que Steve McCurry, le grand témoin invité de ce nouvel opus, est un immense photographe de presse qui s’est fait connaître du très grand public avec le portait de la jeune afghane au regard perçant Sharat Gula. C’était en pleine guerre d’Afghanistan. Un véritable phénomène mondial.

Ensuite parce que le contexte de ce témoignage est exceptionnel et nous concerne directement encore aujourd’hui. Les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis ont à jamais changé la face du monde et lancé les pays occidentaux dans une guerre permanente contre le terrorisme. Al-Qaïda hier, Daesh aujourd’hui. Les attentats contre les Twin Towers à New York hier, ceux du Bataclan à Paris aujourd’hui. Deux dates, deux villes, deux événements vécus de près par l’Américain McCurry qui, par le plus grand des hasards, se trouvait au Stade de France le 13 novembre 2015. Deux événements qui, de fait, se retrouvent intimement liés dans les pages de cet album.

Enfin parce que, pour la première fois dans la série, et à la façon de l’excellent album Le Photographe de Didier Lefèvre et Emmanuel Guibert, les photographies de McCurry et le dessin de Jung Gi Kim font corps pour raconter l’histoire, s’imbriquant de façon tout à fait naturelle et pertinente. On y trouve bien évidemment des photos de New York mais aussi des différents reportages que le photographe a effectué à travers le monde, au plus près des drames, des guerres.

Un travail tout à fait exceptionnel complété par un dossier d’une quarantaine de pages réunissant un portfolio d’images pleine page et un long et passionnant entretien dans lequel McCurry raconte le 11 septembre 2001 mais aussi le 13 novembre 2015, ses débuts, la guerre en Afghanistan…

Eric Guillaud

McCurry NY 11 septembre 2001, de JD Morvan, Séverine Tréfouël et Jung Gi Kim. Éditions Dupuis / Magnum Photos. 24 €

© Dupuis / Magnum Photos - Morvan & Jung Gi Kim

© Dupuis / Magnum Photos – Morvan & Jung Gi Kim

07 Sep

Hôpital public, un album collectif d’entretiens avec des personnels du CHU de Nantes chez Vide Cocagne

1507-1146 interventions chirurgicales, 2377 consultations, 11 naissances, 305 passages aux urgences, 7106 repas servis, 12 tonnes de déchets traités*,voilà à quoi ressemble le quotidien du CHU de Nantes.

Et derrière ces chiffres qui peuvent donner le vertige, il y a des hommes et des femmes qui font tourner la boutique, 2641 personnels médicaux, 9415 non-médicaux, plus de 140 métiers différents représentés, depuis les médecins jusqu’aux peintres en bâtiment, en passant par les infirmiers, les agents de nettoyage, les secrétaires médicales….

Une véritable ville dans la ville. Le plus gros employeur de la région. Et ce sont précisément ces gens qui font vivre le CHU que plusieurs auteurs de bande dessinée sont allés rencontrer et questionner sur leur quotidien. Sept auteurs de BD pour autant d’approches différentes, autant de styles graphiques, et, au final, autant d’entretiens avec ici un médecin retraité, là un infirmier, plus loin une femme de ménage ou encore une conseillère conjugale… Le ton est très libre, voire délibérément engagé. On y parle travail mais surtout conditions de travail. L’album s’ouvre d’ailleurs sur un mouvement de grève contre la réduction d’effectifs. Ça fait aussi partie du quotidien du CHU.

© Vincent Calcagni / auteurs et personnels du CHU réunis pour la sortie de l'album

© Vincent Calcagni / une petite partie des auteurs et personnels du CHU réunis pour la sortie de l’album

Emile Chiffoleau, qui a coordonné l’ouvrage explique en introduction : « En allant à la rencontre de ceux qui le font vivre tous les jours, de l’infirmier au médecin en passant par le représentant syndical, une chose nous a frappé : la souffrance des soignants à ne pas pouvoir faire leur travail dans de bonnes conditions. Dans tous les services visités, à tous les postes, le même constat : une diminution de l’offre de soin de qualité souvent accompagnée d’une pression hiérarchique obligeant à ne plus pouvoir faire consciencieusement son travail ».

Manque de personnel, surcharge de travail, épuisement physique, absence de  reconnaissance, gestion financière qui s’accommode mal d’une offre de soins de qualité, salles d’opérations qui doivent tourner au maximum, patients devenus des clients voire des numéros… les griefs des personnels rencontrés sont nombreux mais bien connus.

Pas de révélations fracassantes donc mais, tout de même, quelques témoignages troublants comme celui de ce médecin anesthésiste, Jean-Luc ( à gauche sur la photo), qui une fois à la retraite s’est vu proposer de poursuivre son activité au sein du même hôpital, du même service, pour un salaire multiplié par deux.

Proche de la BD documentaire ou de la BD reportage, cet ouvrage collectif des éditions nantaises Vide Cocagne n’est pas pour autant une enquête journalistique, juste une approche humaine de ce que peut être le quotidien de ceux et celles qui travaillent au sein du CHU nantais et se battent chaque jour pour maintenir sa mission de service public..

Eric Guillaud 

Hôpital public, entretiens avec le personnel hospitalier. Collectif. Éditions Vide Cocagne. 15 €

* chiffres clés 2014 du CHU

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Le reportage de Vincent Calcagni et Daniel Le Floch (F3 PDL)

05 Sep

Interview de Julie Dachez, auteure avec Mademoiselle Caroline de La Différence invisible chez Delcourt. Un témoignage sur l’autisme et le syndrome Asperger

Julie Dachez est diagnostiquée autiste Asperger à l’âge de 27 ans. De ce diagnostic tardif, elle en fait une force, un tremplin vers une autre vie. Terminé de faire semblant, d’accepter un quotidien, un travail, qui ne lui conviennent pas, Julie Dachez décide de vivre pleinement sa vie avec ses faiblesses et ses forces. Elle vient de publier une bande dessinée avec Mademoiselle Caroline qui raconte son parcours mais parle aussi de différence au sens large du terme, de respect, de tolérance, d’acceptation de soi… Rencontre.
© Chloé Vollmer-Lo

© Chloé Vollmer-Lo

Dans votre roman gaphique, on vous voit sauter de bonheur, hurler de joie au moment du diagnostic. Ça s’est vraiment passé comme ça ?

Julie Dachez. Dans la BD c’est mon « moi intérieur » qui saute au plafond, et oui ça s’est vraiment passé comme ça! Après 10 ans d’errance, ce diagnostic m’a libérée car il est venu poser un mot sur ma différence. Il était absolument essentiel pour me permettre d’apprendre à respecter mes limites tout en me focalisant sur mes points forts.

Vous avez largement investi le web pour expliquer l’autisme, pourquoi aujourd’hui la bande dessinée ?

J.D. C’est Fabienne Vaslet, une lectrice de mon blog elle-même maman de 2 garçons Asperger qui m’a soumis l’idée de cette BD. J’ai tout de suite été séduite par le projet! Le format BD est vraiment intéressant car les dessins permettent de donner corps au propos. Ils permettent aux lecteurs de comprendre concrètement ce qui se passe dans la tête d’une personne Asperger. Et là il me semble important de saluer le travail de l’illustratrice, Mademoiselle Caroline, qui a vraiment réussi à se mettre dans ma peau et à retranscrire parfaitement tous mes ressentis!! Et elle a aussi adapté le scénario en apportant sa patte et son expérience.

À qui vous adressez-vous en priorité ? Aux autistes ?

J.D. Aux autistes et à leurs proches, bien sûr, mais pas que! J’ai coutume de dire que pour moi l’autisme est un prétexte pour parler de la différence au sens large, et de l’acceptation de soi.

On comprend bien au fil des pages que ce qui libère Marguerite c’est le fait qu’elle finisse enfin par s’aimer et s’accepter telle qu’elle est. Or, être en paix avec soi est une quête universelle! Je crois que cette BD peut vraiment parler à tout le monde.

© Delcourt / Mademoiselle Caroline & Julie Dachez

© Delcourt / Mademoiselle Caroline & Julie Dachez

C’est Mademoiselle Caroline qui a mis en images votre histoire ? Comment l’avez-vous rencontrée et comment avez-vous travaillé ensemble ?

J.D. Fabienne l’a découverte et m’en a parlé. J’ai beaucoup aimé son trait, et grâce à sa BD « Chute libre » je savais que c’était quelqu’un de sensible et atypique. On l’a contactée et elle a tout de suite accepté le projet avec l’enthousiasme qui la caractérise! Je pense que notre duo a vraiment bien fonctionné, même si au départ il a fallu s’ajuster car j’étais – comme tout bon autiste qui se respecte – très psychorigide et pointilleuse sur les détails et cela me mettait dans tous mes états dès qu’elle s’écartait un tant soit peu de mon scénario! Et de son côté, elle avait tendance à oublier que j’étais autiste et que j’avais donc un mode de fonctionnement particulier. Mais avec l’aide de Fabienne on a trouvé un très bon équilibre, et comme on est toutes les deux bienveillantes, ça s’est très bien passé!

Pourquoi ne pas avoir donné le prénom de Julie, votre prénom, à l’héroïne de ce roman graphique ?

J.D. J’ai spontanément pris le parti de raconter mon histoire à la 3e personne et en utilisant mon deuxième prénom, « Marguerite ». Je crois que c’était certainement pour moi une façon d’adopter une sorte de « méta-position » me permettant de prendre du recul pour mieux me raconter.

On entend souvent dire que la France est en retard sur la question de l’autisme. Est-ce toujours vrai aujourd’hui ?

J.D. OUI! Bien sûr… Malgré trois plans autisme, la situation est aujourd’hui encore dramatique, notamment pour les adultes autistes. Et ne parlons même pas des enfants autistes : seuls 20% d’entre eux sont scolarisés en milieu ordinaire. Quand on sait qu’en Italie par exemple depuis la fin des années 70 tous les élèves en situation de handicap (quel que soit leur handicap) sont scolarisés, on a du mal à comprendre un tel retard en France!! C’est une honte.

© Delcourt / Mademoiselle Caroline & Julie Dachez

© Delcourt / Mademoiselle Caroline & Julie Dachez

Selon vous, que faudrait-il faire pour rattraper ce retard ?

J.D. Scolariser tous les enfants autistes en milieu ordinaire, déjà! Une personne autiste n’a rien à faire en IME ou en hôpital psychiatrique. Et concernant les adultes, à titre d’exemple, actuellement les délais d’attente pour passer un diagnostic au Centre de Ressources Autisme peuvent atteindre les 2 ans. Et une fois le diagnostic posé, il n’existe rien, aucun suivi. Nous manquons cruellement de moyens…

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La chronique de l’album ici

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Vous combattez depuis l’âge de 27 ans les préjugés liés à l’autisme. Quelles sont les énormités qui vous font encore bondir aujourd’hui ?

J.D. La méconnaissance de l’autisme, alliée à une vision très pathologisante de cette condition, ont fait de l’adjectif « autiste » un terme à ce point connoté négativement qu’il en est devenu une insulte. Par exemple : Jean-Louis Borloo a déclaré en 2013 « Le gouvernement est passé de l’inaction politique à l’autisme », en 2015, Bruno Le Maire a traité la gauche et Manuel Valls d’ « autistes », etc. Ces déclarations ne sont pas de simples dérapages, elles reflètent une perception largement partagée de l’autisme comme une tare. C’est quelque chose qui me fait bondir, oui, car en tant que personnes autistes nous avons en nous des richesses incroyables et de merveilleuses qualités (notre sens de la justice, notre honnêteté, notre sens du détail, notre capacité à focaliser notre attention sur des sujets bien précis pendant des heures, etc.) dont personne ne parle – ou si peu. Alors que les hommes politiques puissent utiliser le terme « autiste » comme une insulte, franchement, je me dis que c’est le monde à l’envers…

© Delcourt / Mademoiselle Caroline & Julie Dachez

© Delcourt / Mademoiselle Caroline & Julie Dachez

Blog, chaîne Youtube, BD et maintenant documentaire. Pouvez-vous nous parler de votre projet Bubble ?

J.D. Je co-réalise avec Pierre Feytis (lui-même autiste de haut niveau) un film documentaire indépendant sur l’autisme, que nous avons ironiquement appelé « Bubble » en référence au stéréotype de l’autiste enfermé dans sa bulle. Dans ce film, nous allons à la rencontre d’adultes autistes qui sont comme nous à l’extrémité invisible du spectre autistique afin de recueillir leurs propos sur des thématiques comme la normalité, le handicap, la différence etc. En parallèle Pierre et moi nous filmons en train de faire le film, nous sommes en quelque sorte le fil rouge du documentaire. C’est un film complètement atypique, tant sur le fond que sur la forme, avec un propos très engagé! Et nous avons lancé un financement participatif pour nous aider à aller au bout de ce magnifique projet.

Je me suis enfin réconciliée avec moi-même et j’ai adapté mon environnement (et ma vie) à mes spécificités, plutôt que de passer mon temps à me suradapter à un environnement qui ne me correspondait pas

Avec tous ces projets, que reste-t-il de la jeune femme autiste d’hier ?

J.D. Il est difficile de répondre à cette question! Car tout a changé et pourtant je suis restée la même. Je suis et serai toujours autiste, j’ai donc les mêmes difficultés – et les mêmes forces, aussi – qu’avant. C’est simplement ma façon de les percevoir et de les vivre qui a tout changé. Je me suis enfin réconciliée avec moi-même et j’ai adapté mon environnement (et ma vie) à mes spécificités, plutôt que de passer mon temps à me suradapter à un environnement qui ne me correspondait pas (quitte à y laisser ma santé et ma joie de vivre!). C’est la raison pour laquelle aujourd’hui je suis épanouie et confiante, et je me sens enfin « à ma place » dans ce monde.

Merci Julie

Propos recueillis par Eric Guillaud le 3 septembre 2016. Plus di’nfos sur le projet Bubble ici, la chaîne YouTube de Julie  et son blog par ici.

La chronique de l’album est ici

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