22 Oct

Tu Pourrais me remercier : Maria Stoian raconte le harcèlement et les violences sexuelles en 20 récits, autant de témoignages effarants

Tu-pourrais-me-remercierCe livre aurait pu s’appeler #balancetonporc s’il n’avait pas été pensé et réalisé bien avant l’épisode Harvey Weinstein et surtout s’il avait eu pour but de balancer des noms à la vindicte populaire. Mais il n’en est rien, Tu Pourrais me remercier réunit 20 histoires, autant de témoignages anonymes de victimes de violences sexuelles et de harcèlement sexuel…

Dans une note en fin d’ouvrage, l’auteure Maria Stoian, dont c’est ici le premier roman graphique, explique que les témoignages réunis dans Tu Pourrais me remercier ont pour la plupart été recueillis en ligne de manière anonyme et certains sous forme d’entretiens.

Elle écrit surtout son effarement devant la « banalité » dans le sens de la généralisation des actes de violences sexuelles et de harcèlement. « Au cours de ce partage d’expériences en continu, de nouvelles personnes réagissaient invariablement à la discussion pour confier : « ça m’est arrivé aussi ». Il est à la fois inquiétant que ces anecdotes soient si communes et encourageant que l’on puisse, grâce au partage, aider les survivants à gérer leur expérience et créer une société qui ne tolère pas la violence sexuelle ».

En attendant, les actes de violences ou de harcèlements sexuels sont innombrables. Les témoignages, eux, beaucoup moins jusqu’à ce qu’une affaire comme celle qu’on connaît aujourd’hui avec le producteur de Miramax ait un effet libérateur de la parole.

Dans son ouvrage, je le rappelle pensé et réalisé bien avant l’affaire Weinstein, les témoignages sont accablants, allant du harcèlement de rue au viol collectif. Des hommes, des femmes, des jeunes, des moins jeunes… Il n’y a pas de profil pour être victime, ni d’ailleurs pour devenir un prédateur.

Tu Pourrais me remercier ne balance personne mais rappelle par ces récits que les faits d’agression ou de harcèlement ne sont pas sans gravité, que les victimes sont bien des victimes même si elles peuvent un temps se taire, développer même un sentiment de culpabilité.

L’album réunit un total de 20 histoires, autant de styles graphiques pour des témoignages tous différents mais essentiels, des témoignages qui peuvent libérer la parole mais aussi éveiller les consciences. D’ailleurs, l’auteure termine sur les cinq bons réflexes à avoir : écouter et soutenir les victimes, observer les situations, interrompre celles qui semblent inappropriées et tendre la main… Du bon sens qu’il est aujourd’hui bon de rappeler !

Eric Guillaud

Tu Pourrais me remercier, de Maria Stoian. Éditions Steinkis. 15€

 © Steinkis / Maria Stoian

© Steinkis / Maria Stoian

21 Oct

Intégrales Dupuis : un dernier Bizu et un premier Crannibales au menu d’octobre

Les intégrales s’enchaînent à la vitesse de la lumière chez Dupuis. Tous les grands héros de la prestigieuse maison d’édition auront bientôt leur intégrale. Pour Bizu de Fournier, c’est fait. Pour les Crannibales de Fournier et de Zidrou, ça commence…IMG_1317

Amis de la poésie et de l’humour bonjour, le Breton Jean-Claude Fournier est doublement à l’honneur ce mois-ci avec deux intégrales qui portent sa griffe, deux intégrales aux univers pourtant très différents.

Bizu tout d’abord, le troisième et ultime volume de l’intégrale consacré au lutin de Brocéliande propose ses dernières aventures, Le chevalier Potage, Le trio Jabadao, La croisière fantôme et La Houle aux loups.

Créé en 1967 pour le journal Spirou, le personnage de Bizu vit d’abord des récits plus ou moins courts et publiés de façon plutôt sporadique. Il faut dire que Jean-Claude Fournier reçoit dès 1970 et pour une décennie la lourde charge d’animer les aventures de Spirou et Fantasio. Jusqu’à ce qu’il en soit écarté de façon peu charitable.

« Coup de chance… », nous précise Martin Zeller, auteur du dossier introduisant cette nouvelle intégrale, « depuis vingt ans que Fournier s’amuse en amateur avec Bizu, il a eu le temps de développer un univers, des personnages, des relations, une langue et un graphisme cohérents qui n’appartiennent qu’à ce petit bout imaginaire de Brocéliande ». Jean-Claude Fournier reprend alors les aventures de cranibales01son personnage et publie les premiers albums chez Fleurus avant de retourner chez Dupuis pour quatre nouveaux titres parus entre 1990 et 1994, ceux-là même aujourd’hui réunis dans cette intégrale. Des aventures poétiques, féériques et bretonnantes ! (Intégrale tome 3, 28€)

Brochette de pompiers flambées à l’armagnac, fricassée de malfrats, cassolette de caissière à la provençale ou encore papillotes d’orteils sauce fromage… on change de style, on oublie la poésie – quoique! – pour l’humour gastronomique et cannibale avec Les Crannibales, une série imaginée par Zidrou ET encore une fois Fournier qui signe ici le dessin dans un style qu’on ne lui connaissait pas.

Si les lecteurs du journal se rappellent encore de l’apparition des personnages dans les pages du journal Spirou en 1995, ils se souviennent aussi de la publication de leurs aventures en album avec ce premier tome goulument intitulé À Table! auquel il manquait un morceau de couverture, un album mordu pour des histoires mordantes, rien de plus logique. Suivront assez rapidement On mange qui, ce soir ?, Pour qui sonne le gras ? et L’aile ou la cuisse ? tous repris dans cette intégrale épicée à consommer sans modération. (Intégrale tome 1, 28)

Eric Guillaud

19 Oct

Faith : une vraie super-héroïne au féminin avec de vrais problèmes d’aujourd’hui ?

couv faithVous êtes fans de comics mais vous désespérez de pouvoir un jouer convertir Madame qui trouve que ces histoires de types volant surgonflés de partout en pyjama sentent un peu trop la testostérone et pas assez le quotidien pas toujours facile des ‘adulescents’ d’aujourd’hui ? Les toujours piquantes éditions Valiant ont pensé à vous…

Faith est une blonde aux yeux blues, a des super-pouvoirs, un costume de super-héros (forcément) et une double, non en fait une triple, identité et passe une bonne partie de son temps à combattre des méchants mal intentionnés. La base de tout bon comics donc. Sauf que l’intérêt n’est pas là et ses auteurs eux-mêmes le savent. En même temps, avec une héroïne qui est loin d’avoir la taille mannequin, qui vit comme une ado alors que c’est une adulte et qui fait ses rencontres amoureuses par internet car elle est trop timide pour les faire en personne…

Avec son ton décalé et humoristique plein de clin d’œil aussi bien aux lectrices du courrier des lecteurs de ‘Biba’ qu’aux tics de notre époque – timide et renfermée, elle étale par contre toute sa vie sentimentale sur internet via un blog par exemple ou participe à des conventions où elle se déguise en personnage du Seigneur des Anneaux – ‘Faith’ faith-tome-2.jpgest bien représentative de ce que le concurrent numéro un aux géants Marvel et DC Comics peut se permettre. Apparue pour la première fois dans la série Harbinger  – dont l’intégrale vient d’ailleurs d’être rééditée dans un gros volume – elle a largement méritée sa propre série. Bien sûr, à un moment, une certaine tradition doit reprendre son droit et on sort alors les bourre-pifs, une rentrée dans le rang pas toujours gagnante d’ailleurs. Or nous, on préfère largement quant elle nous ressemble, quant elle essaye de trouver sa place dans notre société, hésite à devenir une vraie adulte ou à suivre ses lubies d’enfance ou qu’elle tente de construire un couple avec un autre super-héros au complexe lui inverse (un adolescent tentant à tout prix de paraître plus vieux et mature qu’il n’est vraiment), Archer échappé de la série ‘Archer & Armstrong’ aussi sur Valiant. Bref, un comics qui n’en est pas vraiment un ou, en tous cas, qui sort des sentiers battus. À découvrir !

Olivier Badin

Faith, volume 1, 2 et 3, Valiant/Éditions Bliss. 14,95€  

Valiant/Éditions Bliss

Valiant/Éditions Bliss

L’Homme aux bras de mer, l’itinéraire d’un pirate somalien raconté par Thomas Azuélos et Simon Rochepeau

L-homme-aux-bras-de-merC’est une histoire qui a d’abord fait la Une des journaux. Une histoire de pirates mais pas du genre à faire rêver les garçons en culotte courte. Pas de capitaine Crochet ici, pas plus d’îles caraïbéennes mais des Somaliens poussés à des extrémités par la pauvreté…

Cette histoire là, c’est d’abord celle d’une famille française originaire de Vannes  qui navigue au large de la corne d’Afrique en avril 2009 quand cinq pirates somaliens prennent d’assaut son voilier, le Tanit. Un commando marine intervient. Deux pirates sont tués, le skipper est victime d’une balle française.

Les trois autres pirates sont ramenés en France pour y être jugés. Ils risquent la perpétuité pour  « détournement de navire par violence ou menace, arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire de plusieurs personnes commis en bande organisée ».

C’est là que commence une autre histoire, celle de cette bande dessinée écrite par Simon Rochepeau et Thomas Azuélos. Ils y racontent l’itinéraire de l’un des trois pirates ramenés en France. Il s’appelle Mohamed, est détenu dans la prison de Ploemeur en Bretagne où il a juste le droit à un avocat commis d’office… et aux visites de Marion qui compte lui apprendre le français.

Maryvonne est comptable de formation, au chômage, bientôt en fin de droit. Alors pourquoi tient-elle absolument à apprendre le français à des étrangers emprisonnés ? Son mari ne la comprend pas. Mais pour elle, c’est simplement naturel. Et peu importe ce que Mohamed a fait. D’ailleurs elle ne l’apprendra que plus tard de la bouche même de son mari. Pour l’instant, l’urgence est à l’enseignement du français, pour qui’l puisse comprendre, qu’il puisse se défendre et qu’il puisse raconter sa vie d’avant, pourquoi et comment il a un jour basculé dans la piraterie.

L’Homme aux bras de mer est une bande dessinée documentaire comme on aime, un livre essentiel qui ne juge pas mais raconte l’humain prêt aux pires horreurs comme au meilleur. Au delà de l’itinéraire de Mohamed le pirate, Thomas Azuélos et Simon Rochepeau rendent hommage à ces hommes et ces femmes qui accompagnent, aident, portent à bout de bras les étrangers qui arrivent en France à la recherche d’un doux pays qui serait aussi le leur.

Eric Guillaud

L’Homme aux bras de mer, de Thomas Azuélos et Simon Rochepeau. Éditions Futuropolis. 22€

© Futuropolis / Azuélos & Rochepeau

© Futuropolis / Azuélos & Rochepeau

18 Oct

Je n’ai pas lu « Astérix et la Transitalique » mais je vous en parle quand même !

Au cas où vous ne le sauriez pas encore, c’est demain, oui jeudi 19 octobre, que sort la nouvelle aventure – la 37e – du tandem gaulois le plus célèbre de la planète BD, Astérix et Obélix, intitulée « Astérix et la Transitalique ». Et tout le monde est dans les starting-blocks…

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Enfin quand je dis tout le monde, c’est pas tout à fait vrai. Pour tout vous dire, je l’avais moi-même complètement oublié. Je suis passé à côté des 20h qui n’ont pas manqué de lui être consacré et des papiers de fond dans la presse écrite nationale voire internationale, généraliste et même économique. C’est tout simplement par hasard que je suis tombé sur ces palettes vides, que dis-je, sur ce trône à la gloire de nos amis gaulois, qui devra dès demain supporter les 5 millions d’exemplaires fièrement annoncés par l’éditeur (enfin pas uniquement dans ce magasin de Loire-Atlantique mais partout en France) et repris avec délice par l’ensemble des médias béats d’admiration devant tant de 0 pour un tirage de BD, des BD qui d’ordinaire, mis à part peut-être au moment d’Angoulême, intéressent guère ces mêmes médias.

Je vous l’annonce tout de suite, je ne fais pas partie des journalistes méritants qui ont eu la chance – ou la malchance – de le recevoir et de le lire en avant-première. Je ne peux donc pas vous dire ce que j’en pense précisément, s’il est vraiment phénoménal ou totalement banal, mais je reste estomaqué devant le nombre d’albums imprimés et par la mise en place totalement monstrueuse et on peut le dire déplacé de cette nouveauté quand on voit tous ces albums qui mériteraient chaque année un peu, un tout petit peu, de cette mise en lumière, dans la presse ou dans les commerces.

Alors oui bien sûr, on me rétorquera facilement qu’Astérix peut faire l’effet d’une locomotive ou d’une fusée et tirer les autres vers des sommets jamais atteints, que grâce à lui, grâce à quelques autres héros de cette dimension, le secteur de la BD se porte bien.

Mais je pense surtout qu’il cache une production extrêmement riche et variée, et qu’il faudrait à chacun un peu plus de curiosité pour la découvrir, l’explorer, et ne pas en rester à la gondole qui trône – déjà – à l’entrée de votre magasin préféré.

Eric Guillaud

17 Oct

Les folles aventures de Spirou contées par les Nantais Yoann et Vehlmann

Il y a d’un côté les mythiques aventures de Spirou et Fantasio immortalisées en album, il y a aussi quantité d’histoires courtes spécialement écrites pour le journal Spirou qu’on pourrait imaginer perdues pour l’éternité. Pas toujours heureusement !

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Il y a d’un côté les mythiques aventures de Spirou et Fantasio immortalisées en album, il y a aussi quantité d’histoires courtes spécialement écrites pour le journal Spirou qu’on pourrait imaginer perdues pour l’éternité. Pas toujours heureusement !

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16 Oct

BD, artbook, cinéma… Zombillénium sort le grand jeu !

9782800147215-couv-M420x900Au tout début du début du commencement, Zombillénium était une série de bande dessinée imaginée par Arthur de Pins et publiée dans le journal Spirou. Aujourd’hui, Zombillénium devient un long métrage d’animation en salle le 18 octobre…

Trois albums, trois petits albums, auront suffit à faire de Zombillénium un phénomène de la BD et de ses personnages les nouvelles coqueluches des jeunes lecteurs et lectrices du journal Spirou.

Tout commence en octobre 2008 lorsque Frédéric Niffle, rédacteur en chef du journal, propose à Arthur de Pins de faire la couverture du spécial Halloween. L’auteur, plus connu dans le monde de la bande dessinée pour ses pin-ups que pour ses monstres, accepte. Bingo. « Je me suis beaucoup amusé à imaginer toute une galerie de monstres dans un cimetière. Frédéric s’est rendu compte que ça me plaisait, et il m’a proposé de développer l’univers pour en faire un album ».

Des zombies c’est bien, mais des zombies qui tiennent un parc d’attractions c’est mieux, c’est même excellemment mieux. Et voilà notre Arthur de Pins délaissant les formes avantageuses de ses pin-ups pour une galerie de monstres.

ZtJjGPrvSe0b2hc40TKERfCphxzAIgDi-couv-1200Trois tomes sont d’ores et déjà disponibles. La série en comptera six au final « et je sais comment ça se termine! », annonce Arthur de Pins.

Il sait comment ça se termine, pas nous. Et il faudra attendre encore un peu pour le savoir… Le troisième et dernier album en date est sorti en 2013, depuis, Arthur de Pins travaille sur l’adaptation de la BD en film d’animation. « J’ai passé au moins un an à ne faire que ça. C’était très nouveau pour moi. J’ai dû lire plein de livres, voir des conférences, regarder énormément de films, parce que le scénario au cinéma, c’es presqu’une science exacte, ça ne s’improvise pas ».

Le film sort en salle le 18 octobre. Les éditions Dupuis profitent de cette mise en avant pour rééditer le premier volet de la série, Gretchen, augmenté d’un dossier de 8 pages autour de son univers et de son adaptation cinématographique, ainsi qu’un magnifique artbook intitulé L’art de Zombillénium réunissant les interviews des principaux intervenants sur le film, des recherches graphiques, des photos, des extraits du storyboard et – plus rare – du colorboard.

Eric Guillaud (propos d’Arthur de Pins extraits de Zombillénium la BD du film)

L’art de Zombillénium, de Arthur de Pins. Éditions Dupuis. 32€

Zombillénium la BD du film, de Arthur de Pins. Éditions Dupuis. 14,50€

15 Oct

Hermann signe un Jeremiah… sans Jeremiah !

dWsCTERvvUCtdy7ff8fImp3gzwDf0D7U-couv-1200Un Jeremiah sans Jeremiah mais avec Kurdy, son fidèle acolyte qui depuis 35 albums et tout de même 38 ans l’accompagne dans ses aventures. Mais pas d’inquiétude, Jeremiah n’est pas mort, son ombre bouge encore…

Un album de Jeremiah sans Jeremiah, c’est un peu comme un album de Lapinot sans Lapinot, sauf que les aventures de Lapinot sans Lapinot existent et s’appellent Les formidables aventures sans Lapinot. Rien de tel ici, les aventures de Jeremiah sans Jeremiah s’appellent toujours Jeremiah. Et pour cause, il ne s’agit là que d’un épisode isolé qui va permettre à Hermann d’explorer – et de nous faire découvrir par la même occasion – un pan de la vie de Kurdy, son deuxième héros, avant sa rencontre avec Jeremiah.

Pas d’inquiétude, l’univers mis en place dans La Nuit des rapaces, le premier tome de la série paru en 1979, est en tout point respecté, à commencer par le contexte d’un monde dégénéré post-apocalyptique résultant d’une vision assez sombre de l’auteur sur le genre humain.

Et l’histoire ?

Elle est simple. Notre Kurdy, alors adolescent, débarque sans prévenir dans un coin paumé où se côtoient une vielle femme un peu allumée, Mama Olga, qui rêve de s’offrir une piscine, et un camp de rééducation dans lequel est emprisonné son ami Chorizo. Sa mission : libérer l’ami. Pour se faire, il accepte de jouer la mule pour la vieille paysanne et ses amis patibulaires. La drogue rentre, l’argent sort et tout le monde est content. Ou presque…

Sans rentrer dans les détails et raconter la fin, cette aventure devrait permettre à tous ceux qui connaissent bien la série et se posent quantité de questions sur le caractère de Kurdy, je n’en fais pas vraiment partie, de trouver quelques réponses.

Et Jeremiah ?

No stress, Jeremiah devrait être de retour très rapidement. Aucun risque à priori que la série parte en vrille, Hermann est quelqu’un d’assez pragmatique. « Le problème avec les longues séries… », expliquait-il récemment à un confère de Culturebox, « est qu’on peut perdre les idées. La veine s’épuise et on tourne en rond. Un phénomène d’usure. Mon seul juge sont les lecteurs. Si les ventes de Jeremiah reculent alors je jetterai l’éponge. Sinon je continue ». Vous n’êtes pas encore parti l’acheter ?

Eric Guillaud

Kurdy Malloy et Mama Olga, Jeremiah (tome 35), de Hermann. Éditions Dupuis. 12€

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13 Oct

Calypso : un Cosey qui sent bon l’encre et la papier

Il sent bon ! Oui je sais, ça va vous paraître étrange de commencer une chronique comme ça mais je ne sais pas pourquoi, en le prenant entre mes mains, j’ai ressenti une envie soudaine et irrépressible de plonger mon nez entre ses pages, avant même d’y jeter mes yeux. Le nouvel album de Cosey sent bon l’encre et le papier…

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Bon, je sais que ça ne suffit pas à en faire un bon album, alors je me suis repris, j’ai refermé le livre le temps de contempler la couverture. Puis d’entreprendre sa lecture. Avec une surprise de taille, le nouveau Cosey est en noir et blanc. Sublime ! Mais quand même…

Je ne me souviens absolument pas d’avoir lu un jour un album de Cosey en noir et blanc. Pourtant, j’en ai lu des Cosey, depuis Jonathan jusqu’au Bouddha d’Azur, en passant par À la recherche de Peter Pan ou Le Voyage en Italie. Il me semble même que la couleur faisait partie de son adn, de son oeuvre, de sa signature, des couleurs toujours douces et au service de l’histoire.

Bref, avec Calypso, le Grand Prix du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême 2017, président de fait de l’édition 2018, créé la surprise en allant là où personne, moi en tout cas, ne l’attendait pas vraiment.

Cosey en noir et blanc, c’est comme Corto Maltese en couleur, enfin un peu, ça surprend au début, on a l’impression d’être trompé. Et les yeux s’habituent, les neurones aussi, on redécouvre le trait qui a fait le succès de l’auteur suisse, puis cette façon de raconter les histoires, là c’est unique, c’est du Cosey et rien d’autre. On peut imiter sa touche graphique, on n’arrivera jamais à faire du Cosey dans le texte.

Mais que raconte Calypso me direz-vous ? Une histoire à la Cosey. Et je ne vous en dirai pas plus sauf peut-être qu’on y parle d’amour, de cinéma, du temps qui passe… Ne lisez surtout pas de synopsis avant, Calypso nous embarque à son rythme dans une très belle histoire. De quoi se dire que le neuvième art a encore de beaux jours devant lui… Merci pour ce bonheur Monsieur Cosey !

Eric Guillaud

Calypso, de Cosey. Editions Futuropolis. 20€

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