28 Juin

Petit manuel de la fraude électorale en Occitanie

Le conseil constitutionnel doit se prononcer sur un soupçon de fraude électorale en Haute-Garonne. Cette affaire soulève une question : comment est-il possible de frauder ? Enquête.

Photo MaXPPP

Photo MaXPPP

Des assesseurs, des cahiers d’émargement, une carte d’identité obligatoire et un dépouillement ouvert au public. A priori, la fraude est impossible. Les élections sont ultra-sécurisées. Les scrutins  « bidonnés » semblent réservés au continent africain ou à la Corse. Et pourtant. Sans être généralisée, la triche existe. De temps en temps, une affaire remonte à la surface. L’Occitanie est, d’ailleurs, à la pointe. A Perpignan, lors des municipales 2008, des chaussettes ont servi à dissimuler des bulletins de vote. De manière moins folklorique, c’est au tour du Comminges d’alimenter la chronique. Pas de chaussettes, de casquette ou de musette. De « simples » procurations et signatures non conformes sont sur la sellette.

Ce dossier (pas encore jugé et qui bénéficie à ce titre de la présomption d’innocence) rappelle que la fraude est possible. Le Blog Politique s’est livré à un petit recensement des principales techniques.

La « bousculade » et l’enveloppe des 100

La technique a été utilisée lors de municipales dans une commune du Lauragais. Elle repose sur une bousculade (judicieusement) organisée au sein d’un bureau de vote. Le but du chahut est de remplacer une enveloppe (contenant 100 bulletins de vote) par une autre enveloppe (préparée à l’avance et contenant des bulletins favorables à un candidat). Cette substitution s’opère après l’ouverture des urnes et avant le dépouillement.

Pour être crédible et passer inaperçue, l’enveloppe frauduleuse ne doit pas contenir 100 bulletins favorables. Généralement, ce sont 97 ou 98 bulletins (sur les 100 contenus dans l’enveloppe) qui portent le nom du candidat favorisé. En cas de question, les fraudeurs (forcément membres du bureau de vote) peuvent toujours expliquer cette vague de vote par : « ça doit correspondre à la sortie de la messe » ou même jouer l’étonnement;

Matériellement, cette technique est très simple à mettre en oeuvre. Dans tous les bureaux de vote, le nombre de bulletin de vote est supérieur aux nombre de bulletins mis à disposition des électeurs. Il suffit de piocher dans ce stock (exigé par le Code Électoral) pour fabriquer une « vraie-fausse » enveloppe de 100. Avec une ou deux enveloppes frauduleuses, un scrutin peut complètement être renversé.

Dans le Lauragais, une bousculade a servi de viatique. Mais la technique de l’enveloppe des 100 suppose (simplement) de subtiliser une enveloppe pour la remplacer par une autre. La bienveillance des assesseurs peut suffire. Surtout s’ils ont été « préparés ».

Des assesseurs « cuisinés »

La méthode est labellisée « toulousaine ». Elle a eu cours lors de municipales. Mais cette spécialité locale est parfaitement transposable en d’autres lieux et sous d’autres cieux. Elle passe par un bon buffet, de la bière et du vin rouge. Les assesseurs sont des êtres humains. Un jour de vote est une longue journée. Il faut bien subvenir à un besoin naturel : l’hydratation. Mais l’alcool ne se contente pas de ranimer les gosiers. Il anesthésie la vigilance.  Des assesseurs fatigués et alcoolisés sont des assesseurs qui (involontairement) ferment les yeux. Ou (ce qui revient au même) ce sont des assesseurs qui ne regardent pas au bon moment au bon endroit.

La « vraie-fausse » feuille d’émargement

 Après le dépouillement, une feuille d’émargement doit être envoyée (en double exemplaire) à la Préfecture et à la mairie centrale. Cette feuille doit être signée par les assesseurs et le président du bureau de vote. Lors de municipales, à Toulouse, un président de bureau de vote a proposé aux assesseurs de remplir à leur place un des deux exemplaires. Après une lourde journée, cette proposition de service a été acceptée avec soulagement. Mais la feuille d’émargement « complétée » par le président du bureau de vote n’était pas conforme à celle remplie et signée par les assesseurs. Et c’est ce « vrai-faux » document qui a été envoyé en préfecture.

Le vote « fantôme » des malades et des retraités.

La technique est valable dans les petites communes. Des électeurs glissent un bulletin dans l’urne sans avoir mis les pieds dans le bureau de vote. Il suffit de savoir qui est malade ou de connaître les retraités qui ne se déplacent pas. En milieu rural, ce genre d’information est facile à collecter. Surtout pour les maires qui (en principe) président les bureaux de vote. Les fraudeurs votent à la place de la personne alitée ou empêchée. Ils imitent la signature ou se contentent d’un vague paraphe.

Si, par malheur, le vrai électeur finit par se déplacer, il suffit de plaider une erreur.

Le procédé du « vote fantôme » se déroule habituellement entre midi et deux. A un moment où le bureau de vote est vide.

La technique du fer à repasser.

C’est la technique de fraude la plus sophistiquée. Il faut un peu de matériel : un fer à repasser. Il s’agit de coller ensemble deux enveloppes. Au moment du dépouillement, il y a (inévitablement) plus de bulletins de votes que de signatures dans le cahier d’émargement. Dans ce cas de figure, le code électoral est clair : il faut retirer 1 voix à chaque candidat.

Pour les fraudeurs, c’est le but de la manœuvre. En effet, si on retire plusieurs fois 1 voix à chaque candidat, le candidat favorisé y gagne tout de même.

Toujours dans la même idée (faire invalider des votes) il existe une variante : la mine de crayon sous les ongles.

Cela permet de tacher un bulletin et donc de le faire retirer du dépouillement.

Laurent Dubois (@laurentdub)

 

 

26 Juin

Soupçons de fraudes sur l’élection du député PS de Haute-Garonne Joël Aviragnet

Info France 3 Occitanie -L’élection du dernier député PS de la Haute-Garonne fait l’objet d’un recours contentieux. Ce mardi 27 juin, le Conseil constitutionnel va être saisi par le concurrent (LREM) de Joël Aviragnet. Motif : une suspicion de fraude.

Joël Aviragnet (Photo : Vincent Isore / MaxPPP)

Joël Aviragnet (Photo : Vincent Isore / MaxPPP)

Le recours n’a pas d’effet suspensif. Joël Aviragnet peut continuer à exercer son mandat de député. Mais le Conseil constitutionnel va devoir se prononcer sur le maintien au Palais-Bourbon du parlementaire du Comminges. Le recours est déposé par le concurrent (malheureux) de Joël Aviragnet. Michel Montsarrat (candidat sous l’étiquette En Marche !) demande l’annulation d’un scrutin qui s’est soldé par un résultat (extrêmement) serré :  91 voix d’écart.

Un recours pointant une fraude électorale

Ce finish sur le fil est déterminant pour la suite des événements. En matière de contentieux électoral, l’annulation d’une élection n’est (évidemment) jamais acquise. Les juges disposent d’un pouvoir (souverain) d’appréciation des faits. Mais il existe une condition de base : la faiblesse de l’écart de voix. Que ce soit devant le Conseil d’Etat (pour les élections locales) ou devant le Conseil Constitutionnel (compétent s’agissant des législatives), la jurisprudence applique toujours le même principe. Pas d’annulation (même avec une liste de fraudes digne du bottin téléphonique) si le vainqueur est  largement élu. Or dans ce cas, il y avait au second tour 91 voix d’écart.

Cette condition élémentaire a bien été identifiée par les avocats de Michel Montsarrat. Des avocats qui ont d’ailleurs bénéficié de l’appui et de l’expertise du service juridique de La République En Marche. Selon nos informations, cela fait plusieurs jours que LREM collecte des éléments auprès de la préfecture de la Haute-Garonne mais aussi de témoins et d’élus.

Des pièces ont été collectées et versées au dossier. Michel Montsarrat insiste sur un point :

Si nous n’avions pas des éléments solides, des preuves solides et une vraie chance de gagner, je n’aurai jamais déposé de recours. Si je le fais, c’est qu’il existe des faits précis.

Le recours déposé par Michel Montsarrat vise des procurations jugées douteuses. Mais des signatures non conformes (entre le 1er et le 2nd tour) sont également ciblées. Plus d’une centaine de votes sont sur la sellette. Plusieurs bureaux de vote, dans plusieurs communes, ont été recensés par LREM.

Les communes de Cazères, Encausse-Les-Thermes (dont est originaire Joël Aviragnet), Beauchalot et Saint-Bertrand sont particulièrement suspectées.

La saisine du Conseil constitutionnel va déboucher sur une (véritable) bataille juridique. En vertu du principe du contradictoire, les personnes mises en cause vont devoir présenter leur défense (sous forme d’un mémoire ou directement devant le juge en cas de convocation). De son côté, le juge électoral peut ordonner une enquête et exiger la transmission de toutes les pièces utiles.

Mais, parallèlement à la guérilla contentieuse, l’intervention du juge électoral prend une tournure (éminemment) politique.

Un recours politiquement explosif

Joël Aviragnet n’est pas n’importe quel député socialiste. Le député du Comminges a profité d’une mobilisation (hors norme) de l’appareil socialiste en Haute-Garonne. Comme le précise un vieux militant :

Je n’ai jamais vu cela. Des voitures sont venues de Toulouse remplies de militants, de cadres de la Fédé et d’élus du conseil départemental. Du jamais vu de toute ma vie de militant.

L’artillerie lourde ne s’est pas limitée à un déploiement de troupes et un bombardement de tracts sur les marchés. Des élus commingeois témoignent de l’arrivée (opportune) de subventions. Certaines sont (même) arrivées la veille du scrutin.  Un (vieux) dossier géré par le Conseil Départemental (présidé par le socialiste Georges Méric) a trouvé (subitement) une issue favorable.

Evidemment, c’est un simple hasard. Mais il fait (très bien) les choses.

Un fait résume l’engagement massif du PS de la Haute-Garonne. La soirée électorale pour le 2nd tour a été délocalisée… à Saint Gaudens, dans le Comminges. Il ne restait plus grand chose à fêter sur Toulouse. Tous les députés PS sortants ont été balayés au 1er tour. Mais la présence des éminences socialistes aux côtés de Joël Aviragnet va bien au-delà d’un geste symbolique.

La 1ère des socialistes d’Occitanie, Carole Delga, s’est comportée en véritable « directrice de campagne » de Joël Aviragnet. La présidente de Région a multiplié les réunions publiques et les visites dans les communes aux côtés du candidat en titre. Carole Delga s’est même affichée sur les… affiches électorales de Joël Aviragnet.

La décision du juge électoral reste aléatoire. Dans le passé, il est arrivé que le Conseil constitutionnel énumère une demi-douzaine de fraudes sans annuler le scrutin. Mais une chose est certaine. La sentence ne sera pas uniquement scrutée par Joël Aviragnet.

Laurent Dubois (@laurentdub)

23 Juin

Le numéro 3 du PS Christophe Borgel quitte la vie politique

Christophe Borgel a été battu au 1er tour des législatives. L’ancien député de la Haute-Garonne en tire les conséquences et quitte son poste du numéro 3 du PS.

Christophe Borgel, député de la Haute-Garonne et numéro 3 du PS. Photo MaxPPP/Padillat

Christophe Borgel, député de la Haute-Garonne et numéro 3 du PS. Photo MaxPPP/Padillat

C’était le premier et ce sera le dernier mandat législatif de Christophe Borgel. Battu aux législatives de 2017, l’ancien député de la Haute-Garonne renonce à tout mandat électif. Christophe Borgel se retire également de la vie interne du PS et abandonne le secrétariat national aux élections.

Après des mandats locaux et régionaux en Île-de-France, Christophe Borgel a débarqué en Haute-Garonne en 2012. Une arrivée polémique et qui a secoué le PS départemental. La circonscription d’accueil était initialement réservée à une femme. Mais, à l’époque, Christophe Borgel est le tout puissant patron des élections au PS. Spécialiste de la carte électorale, au cœur du dispositif des investitures, Christophe Borgel s’est imposé.

C’est une nouvelle venue en politique, la journaliste (LREM) Sandrine Mörch, qui a interrompu la trajectoire de Christophe Borgel.

Éliminé dès le 1er tour, le Monsieur Elections du PS décide donc de quitter la scène politique.

Christophe Borgel annonce à France 3 Occitanie qu’il reste un homme de gauche, avec des convictions, mais qu’il démissionne de son poste de secrétaire national et entame une nouvelle vie avec de nouveaux projets professionnels.

Cette décision sera rendue officielle demain, samedi 24 juin, lors d’un bureau national du PS.

Laurent Dubois (@laurentdub)

Qui pour remplacer Sylvia Pinel à la 1ère vice-présidence de la Région Occitanie ?

Sylvia Pinel a été réélue députée du Tarn-et-Garonne. Contrainte à la démission par la loi anti-cumul, l’ancienne ministre doit quitter la 1ère vice-présidence du Conseil Régional.

Carole Delga et Sylvia Pinel à la tribune du conseil régional d'Occitanie. Photo MaxPPP

Carole Delga et Sylvia Pinel à la tribune du conseil régional d’Occitanie. Photo MaxPPP

Effet domino. Sylvia Pinel conserve son siège au Palais-Bourbon. Conséquence : la députée du Tarn-et-Garonne doit quitter la 1ère vice-présidence du Conseil Régional. Sylvia Pinel occupe ce poste en vertu d’un accord avec Carole Delga. Un accord qui remonte aux régionales de 2015 et qui porte sur un poste honorifique et pas vraiment stratégique.

Selon plusieurs élus régionaux, Sylvia Pinel n’est pas une 1ère vice-présidente très active. Dans la précédente assemblée régionale (avant la création de la Grande Région Occitanie), Sylvia Pinel a brillé par son absence. Le terrain régional n’a jamais été le terrain privilégié de l’ancienne ministre de François Hollande. Mais l’application de la loi anti-cumul va priver Sylvia Pinel d’un bâton de maréchal(e).

Selon un élu régional, la nouvelle attribution de la 1ére vice-présidence n’est pas décisive. C’est au niveau des présidents de groupe et de commissions que les leviers se trouvent. Et ça va bouger prochainement. L’évolution des rapports entre le Parti de Gauche et la France Insoumise, la possible création d’un groupe estampillé Macron sont les véritables enjeux.

Mais, symbolique ou pas, il va falloir remplacer Sylvia Pinel. Du côté de la présidence de Région, pas de commentaire ou de calendrier. Mais, selon nos informations, le changement pourrait se limiter à un jeu de chaises musicales. Le numéro 2, derrière Sylvia Pinel, pourrait devenir le 1er vice-président. Il s’agit de Damien Alary. L’ancien président de la région Languedoc présente un avantage. C’est une personnalité consensuelle et qui ne fait d’ombre à personne.

Damien Alary a été pressenti, au moment des élections régionales, pour occuper un poste de président délégué. Face à une polémique nationale, ce projet (décrié) a du être oublié. Mais l’attribution de la 1ère vice-présidence pourrait être un lot de consolation.

Le PRG va (très certainement) demander à conserver, dans son camp, la 1ère vice-présidence. Un coup de fil de Jean-Michel Baylet est plus que probable. Mais, comme l’indique un membre de la majorité régionale, l’accord entre Sylvia Pinel et Carole Delga était un accord « Pinel-Delga ». Ce n’est pas un accord PS-PRG, valable d’une manière générale et impersonnelle.

Une fois redevenue (simple) conseillère régionale, Sylvia Pinel n’a pas vocation à transmettre le relais à un(e) de ses camarades du PRG. Ce scénario (couplé à un glissement entre la 1ère et le 2nd vice-président) a un avantage : éviter d’ouvrir la boîte de Pandore.

En effet, un vrai renouvellement avec une nouvelle entrée remettrait en cause les équilibres politiques.

Dans ce cas, la troisième composante de la majorité Delga pourrait entrer dans la danse. Le Nouveau Monde de Gérard Onesta a obtenu la présidence du bureau de l’Assemblée.

Mais, en cas de redistribution des cartes, des prétentions nouvelles pourraient être mises sur la table.

Laurent Dubois (@laurentdub)

Les dessous de l’affaire Vignon

La députée (LREM) de la Haute-Garonne, Corinne Vignon, est poursuivie en justice. Son camp politique anticipe sa possible condamnation. Nouvelles révélations, où il est aussi question de Jean-Luc Moudenc.

Corinne Vignon (Photo : Vincent Isore/MaxPPP)

Corinne Vignon (Photo : Vincent Isore/MaxPPP)

L’ouverture d’une enquête préliminaire est tombée sans préavis, 48 heures avant le 2nd tour des législatives. Mais l’affaire Vignon occupait les services fiscaux depuis des semaines. Le dossier de la députée de la Haute-Garonne est arrivée sur le bureau du Procureur de Toulouse au terme d’une investigation de la direction du contrôle fiscal. Une enquête qui, selon une source, aurait duré deux mois.

Une enquête judiciaire débroussaillée par le fisc

Le déclenchement de l’affaire Vignon proviendrait d’une dénonciation. C’est classique en matière fiscale. Le plus important n’est pas de savoir qui a allumé la mèche. Le plus déterminant (pour la suite des événements) est la procédure suivie par le fisc. Comme le précise un magistrat, une saisine du parquet par le service des impôts suppose (et même impose) une consultation d’une commission interne à l’administration fiscale. Il s’agit de la Commission des Infractions Fiscales (CIF). Cette dernière donne un avis sur la solidité du dossier transmis à la justice. S’agissant de l’affaire Vignon, la CIF a délivré un « feu vert ».

Corinne Vignon est dans son rôle et plaide la non-culpabilité. Mais, sans remettre en cause la présomption d’innocence, un fait est avéré. L’enquête préliminaire ouverte par le Parquet repose sur des bases solides. En amont de l’action judiciaire, une première enquête fiscale a été menée et elle débouche sur une conclusion : les faits reprochés sont suffisants lourds pour justifier l’intervention des tribunaux.

D’ailleurs, selon nos informations, le ministre de l’Action et des Comptes Publics, Gérald Darmanin, a téléphoné à la Direction Régionale des Finances Publiques, à Toulouse. Ce contact a eu lieu la veille du communiqué de presse du parquet de Toulouse annonçant l’ouverture d’une enquête préliminaire. Selon une source, le fisc de la Haute-Garonne a confirmé à son ministre de tutelle la gravité des charges pesant sur Corinne Vignon.

Selon nos informations, la même analyse est faite du côté du ministère de l’Intérieur. Gérard Collomb, a convié des parlementaires à une rencontre place Beauvau.

A cette occasion, un haut responsable du ministère de l’Intérieur a confié à un parlementaire d’Occitanie son sentiment : Corinne Vignon est dans la nasse.

Evidemment, il faut attendre les conclusions de l’enquête judiciaire. Mais une chose est certaine. L’affaire Vignon n’est pas une simple vengeance politique ou une boule puante. Dans les services fiscaux et au plus haut sommet de l’Etat, le dossier est jugé (suffisamment) sérieux pour évoquer (ouvertement) l’imminence de foudres judiciaires.

Dans ce contexte, une question agite les rangs parlementaires de La République En Marche. Corinne Vignon, comme tous ses collègues de l’Assemblée, doit s’inscrire dans un groupe parlementaire. Élue sous l’étiquette LREM, Corinne Vignon a une vocation naturelle : un siège dans le groupe La République En Marche. Mais, en cas de condamnation, ce même groupe LREM ne pourra pas exclure Corinne Vignon.

Un autre volet de l’affaire Vignon ne pose pas un problème d’exclusion. Mais d’inclusion. Selon plusieurs sources, Corinne Vignon « associe » le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, à l’activité qui lui vaut d’être poursuivie en justice : la voyance.

Jean-Luc Moudenc client de Corinne Vignon ?

Au premier degrés, l’affaire Vignon a un côté cocasse. Derrière l’enquête du fisc et l’intervention de la justice se trouve une activité de voyance. Ce profil atypique n’a pas échappé aux collègues de la nouvelle députée. Lors de son arrivée à la buvette de l’Assemblée, Corinne Vignon a été saluée par un « ah voilà la voyante », lancé par un parlementaire du nord de la Loire.

Le ton est beaucoup moins innocent du côté de Toulouse. Selon plusieurs sources, Corinne Vignon affirme que le 1er magistrat de la Ville Rose a eu recours à ses lumières.

Contactée par France 3 Occitanie, Corinne Vignon n’a pas souhaité s’exprimer. Ce silence ne vaut pas confirmation. Mais ce n’est pas (non plus) un démenti.

En revanche, Jean-Luc Moudenc récuse catégoriquement les allégations prêtées à Corinne Vignon. Le maire de Toulouse affirme n’avoir jamais eu recours au talent astrologique de la nouvelle députée.

Le malaise (pour ne pas dire l’agacement) est perceptible. C’est logique. L’association d’une personnalité politique de premier plan à l’astrologie n’est pas simple à assumer. L’astrologie n’est pas la magie noire ou la lecture dans les entrailles de poulet. Les horoscopes s’étalent à longueur de journaux. Les astrologues et la politique ont même eu leur heure de gloire. François Mitterrand a fait entrer les études astrales à l’Elysée. Malgré ce précédent, Jean-Luc Moudenc n’a pas (forcément) envie de se retrouver avec l’image d’un maire lisant son avenir dans les étoiles.

Mais c’est surtout l’aspect purement « terrestre » de l’affaire Vignon qui peut contrarier le Capitole.

L’activité astrologique de la députée Vignon finit devant les tribunaux.

Et ça c’est vraiment un mauvais alignement des planètes.

Laurent Dubois (@laurentdub)

 

21 Juin

Parti Socialiste : Vers quel renouveau ?

Photo AFP

Photo AFP

33 Premiers secrétaires Fédéraux du PS dont ceux de l’Aveyron et de l’Ariège ont signé ce mardi 20 juin une tribune dans le journal Libération. Pour eux, « le renouveau du PS doit passer par les militants ». Explication et état d’esprit par l’un des signataires de notre région l’aveyronnais Bertrand Cavalerie et un autre premier fédéral qui, lui, n’a pas signé mais a aussi son idée sur la question, le haut-garonnais Sébastien Vincini.

En préambule de la tribune, les jeunes premiers secrétaires disent ne pas vouloir se faire voler leur refondation. Mais voler par qui ? « On ne vise personne. C’est une tribune consensuelle » tempère Bertrand Cavalerie ». Le 1er Fédéral de l’Aveyron explique que « les socialistes ont besoin de se retrouver ». « Il ne faut pas que regarder dans le rétro. On a pris une grande claque, moi le premier aux Législatives, mais il faut maintenant regarder vers l’avenir, on ne peut que remonter ».

« Pour moi, cette tribune est justement trop consensuel » assène Sébastien Vincini. Le patron du PS 31, n’a pas « voulu signer un papier qui dit que pour que tout change, il faut que rien ne change ». « Je ne veux pas rentrer dans de nouvelles querelles de personnes. Il y a nécessité de rebâtir plus en profondeur ».

Décentraliser »

Pour les signataires de la tribune, le premier écueil à éviter est celui de retomber dans une centralisation du Parti. « On a parfois l’impression que nos dirigeants ne sont pas connectés aux territoires. Moi, je ne veux pas la tournée des grands mouvements ou des chapelles qui ne rassemblent chacun qu’un demi-point de l’opinion française» développe Bertrand Cavalerie.

Sébastien Vincini le rejoint sur ce point. « Plus rien ne remontait à la direction. Nous sommes devenus un parti très parlementaire où il n’y avait d’échanges qu’entre Solferino (NDR : siège parisien du PS) et l’Assemblée Nationale. Il faut repartir des aspirations des territoires sur des thèmes comme la vitalité de la ruralité, la question du péri-urbain et la ghettoïsation des faubourgs des métropoles par exemple ».

Parole aux militants »

Les signataires de la tribune veulent également remettre les militants au centre de la réflexion. En Aveyron, ils sont environ 500. « Certains ont trahi, comme Marie-Lou Marcel (NDR : ancienne députée PS qui ne se représentait pas), ex-frondeuse aujourd’hui macroniste. Mais ce phénomène a été vu dans à peu près toutes les fédérations » commente Bertrand Cavalerie. « Mais le cœur des militants est resté là. Le problème aujourd’hui est qu’il ne correspond plus forcément à la société française. »

« Il faut aller plus large qu’à nos simples militants. Si on reste sur notre corps actuel, on va retomber dans nos mêmes querelles. Il faut une vraie consultation citoyenne. Alors on ne va pas distribuer des tracts dans des boîtes aux lettres, on ne va pas aller agresser les gens » assure Sébastien Vincini. Pour le 1er Fédéral de Haute-Garonne, il faut mettre en place « un vrai processus avec des outils collaboratifs permettant des rencontres et des débats ». « Quand les Indignés sont passés à Podemos, ils ont organisé des forums avec des grandes questions à trancher. Aujourd’hui on parle écologie mais on ne tranche pas sur le diesel ou le nucléaire par exemple ».

La ligne »

« Il faut définir une ligne et la tenir. L’étalage de nos divisions à Paris ces dernières années a été nocif » analyse le premier fédéral de l’Aveyron. « A gauche, un parti social-démocrate est capable de rassembler » poursuit-il. Mais la première force de gauche actuelle dans les urnes n’est-elle pas La France Insoumise ? « Je pense qu’il faut travailler avec tout le monde, mais en ont-ils envie ? Je ne crois pas » avoue sans détour Bertrand Cavalerie.

« On peut être progressiste et défendre des acquis sociaux. La social-démocratie a fait beaucoup mais au XXème siècle. La question aujourd’hui est de savoir comment élargit-on les acquis sociaux à une société ubérisée » resitue Sébastien Vincini. « Je ne vais pas vous dire aujourd’hui quelle est la ligne précise. Si on l’avait eu, les français l’auraient vue. Mais entre Macron qui a une image moderne du libéralisme et La France Insoumise dans la contestation systématique de la mondialisation, il y a une voie ».

« En Marche », c’est du vent ! »

Seul problème, c’est qu’actuellement cette gauche socio-démocrate, vantée par Bertrand Cavalerie et à faire évoluer selon Sébastien Vincini, est partie vers « En Marche ». «Pour moi, Macron c’est Giscard. Il va dériver vers le centre-droit et dans cinq ans ce sera un libéral » prévoit Bertrand Cavalerie. « En Marche, c’est du vent. Sur quoi repose ce mouvement ? Avez-vous vu des grandes manifestations de joie citoyenne le soir de l’élection d’Emmanuel Macron ? » insiste le leader du PS Aveyronnais. « Je ne sais pas sur quoi le mouvement du Président repose. Nous, on sait sur quoi se retrouver. »

Premier test grandeur nature pour se retrouver : samedi. Le Parti Socialiste tiendra un conseil national à Paris. Jeudi soir à Toulouse, Sébastien Vincini animera, lui, un conseil Fédéral. Il a notamment dans l’idée de créer une plateforme de consultation numérique. Il en débattra avec ses troupes. Il réfléchit aussi avec Carole Delga, la Présidente Socialiste d’Occitanie, à une synergie entre les forces socialistes du territoire. La reconstruction commence.

Patrick Noviello (@patnoviello)

20 Juin

Sénat : En Marche forcée ?

Le Sénat, Photo AFP.

Le Sénat, Photo AFP.

Le sénateur ex-PS François Patriat vient d’envoyer une charte fondatrice d’un futur groupe En Marche à tous les Sénateurs. Les principaux visés : ceux du groupe RDSE et les Socialistes. Réactions de nos élus régionaux au Palais du Luxembourg.

« Je vais être franche avec vous. Je pensais au départ qu’il s’agissait d’un groupe En Marche, à gauche, mais il semble que François Patriat veuille rassembler plus large » s’interroge Françoise Laborde. « Elue PRG, je me considère comme une « petite cousine du socialisme », je veux rester libre et à gauche. Je ne sais pas si je veux aller dans un groupe En Marche pour voter toutes lois systématiquement ». La sénatrice PRG de Haute-Garonne, plutôt pro-Macron depuis déjà un moment ne semble pour l’heure pas prête à franchir le pas. « J’ai eu François Patriat au téléphone, je lui ai dit que c’était un peu tôt » avoue-t-elle.

Si Françoise Laborde est affiliée au groupe RDSE, le groupe PS est aussi visé par cet appel du pied de François Patriat. « Le gros des troupes viendra de là » estime Gérard Miquel. Le sénateur socialiste du Lot est un fervent supporteur du projet d’Emmanuel Macron. « Je pense qu’on peut avoir un groupe de plus de cent élus si la logique est respectée. Pour l’instant le Président de la République fait un parcours sans faute. Je sens une volonté de se rassembler autour de lui » s’enthousiasme le maire de Saint-Cirq-Lapopie.

Chacun veut garder son groupe »

Beaucoup moins d’enthousiasme en revanche du côté de Claude Raynal. L’ancien maire de Tournefeuille se qualifie d’impossible à convaincre. « Ce n’est pas mon sujet » assène-t-il. Le sénateur socialiste a toutefois son avis sur la question : « Il faut voir quel va être le périmètre de ce groupe. Vingt, vingt-cinq membres ou plus ? Les socialistes intéressés se sont déjà manifestés. Et ceux qui voudraient se faire plaisir ou marquer une impulsion, pour la plupart, ils ne se représentent pas.  Et puis, il me semble que les RDSE et les UDI veulent garder leur groupe ».

 

Gérard Miquel va dans le même sens. « Le problème, c’est que les Présidents de groupe veulent garder leur pouvoir » affirme-t-il sans détour. « On est le plus vieux groupe du Sénat. On veut rester comme ça » annonce la RDSE Françoise Laborde. « Quand notre Président Jacques Mézard a été nommé Ministre, on lui a d’ailleurs dit». Une réunion est toutefois prévue mardi prochain pour en débattre mais les lignes semblent difficiles à bouger.

Sénatoriales en septembre »

« Maintenant, il faut voir combien nous serons à la fin » nuance Françoise Laborde. Sous-entendu si le groupe garde son nombre de membres minimum pour exister, c’est-à-dire dix. Le groupe RDSE compte actuellement 17 membres, deux sont déjà sur le départ pour rejoindre le groupe EM et quatre sont renouvelables en septembre. Quel sera l’impact de ce scrutin à grands électeurs ? Difficile de le dire pour l’instant.

 

Quant à la création d’un groupe En Marche, elle semble inévitable, peu importe sa géométrie et son agenda. « On n’est qu’au début du bouleversement » commente Claude Raynal. « Après, le Sénat n’est pas une maison de Révolution, ou alors on m’aurait trompé sur la marchandise » conclue-t-il en plaisantant.

Patrick Noviello (@patnoviello)

Battu de 91 voix, Michel Montsarrat (LREM) dénonce la campagne « bizarre et choquante » du PS de Haute-Garonne

Dans la 8ème circonscription de la Haute-Garonne, largement devancé au premier tour, le candidat socialiste Joël Aviragnet l’a emporté de justesse au second. Le candidat battu de la République en Marche dénonce les méthodes du PS dans l’entre-deux tours : « on continue à subir leur loi ».

Michel Montsarrat (Photo : France 3)

Michel Montsarrat (Photo : France 3)

Pendant la campagne de l’entre-deux tours des législatives, certains militants socialistes toulousains ont découvert que le département de la Haute-Garonne ne s’arrête pas au périphérique toulousain. A l’issue du premier tour, après la déroute qui a coûté leur place à 9 des 10 candidats socialistes, le PS de Haute-Garonne a sonné la mobilisation générale sur la 8ème circonscription, la seule où il restait un candidat PS. Et pas n’importe lequel : Joël Aviragnet, celui choisi pour succéder à Carole Delga qui ne se représentait pas.

Les socialistes ont donc sillonné, labouré, le Comminges et le Savès et ça a fonctionné ! Joël Aviragnet l’a emporté face au candidat d’En Marche! Michel Montsarrat qui disposait pourtant au premier tour de près de 7000 voix d’avance. Aviragnet l’a emporté avec 91 voix d’écart sur son adversaire. La « Remontada » ont dit les militants PS, euphoriques. « Une vague arrivée en travers », estime le candidat vaincu Michel Montsarrat.

« Je suis surpris, moi qui débute en politique, a confié le candidat battu. J’ai vu arriver une machine de guerre, des cohortes. C’est impressionnant. Mais finalement, c’est de bonne guerre ».

Mais Michel Montsarrat est aussi plus incisif :

Je trouve bizarre et choquant cette façon de faire. Jusqu’au premier tour c’était une campagne normale. Ensuite j’ai été battu par des candidats, pas par un candidat. Je suis tombé sur les poids-lourds »

Il faut dire que le PS a mobilisé pour garder l’ex-circonscription de Carole Delga : la présidente de région n’a pas compté son temps et son énergie aux côtés du candidat, le président du conseil départemental Georges Méric s’est mobilisé, le premier fédéral du PS Sébastien Vincini a mouillé le maillot.

Un  bon connaisseur du Comminges expliquait l’autre jour sur notre blog politique : « Si Aviragnet gagne on dira Carle a gagné et si Aviragnet perd on dira Carole a perdu ». Carole Delga a donc pesé de tout son poids de présidente de Région pour éviter la bascule du Comminges. 

L’opération « il faut sauver le soldat Aviragnet » a marché. Elle ferait presque oublier que le PS de Haute-Garonne a perdu 7 de ses 8 députés dans le département.

FV (@fabvalery)