06 Oct

Bernard Carayon : « la gauche et les macronistes ont fait le choix des riches et des immigrés »

Candidat à la présidence du parti Les Républicains, Laurent Wauquiez est dans le Tarn ce vendredi 6 octobre. A cette occasion, le président de LR81, Bernard Carayon livre son analyse sur la situation de la droite française, la présence au gouvernement de Bruno Le Maire et Edouard Philippe. Deux personnalités issus des rangs LR. Le maire de Lavaur donne également son point de vue sur les premiers pas du député « macroniste », Jean Terlier.

Bernard Carayon, maire de Lavaur.

Bernard Carayon, maire de Lavaur.

Le Blog Politique. Vous recevez, ce vendredi 6 octobre, Laurent Wauquiez dans votre ville de Lavaur. Quel est le sens politique de cette venue ?

Bernard Carayon. Le choix d’une petite ville du Tarn de 11 000 habitants, comme Lavaur, n’est pas innocent : c’est celui de la France des terroirs où l’on aime son pays comme sa famille, la France des gens qui se lèvent tôt pour gagner souvent peu, la France des « territoires oubliés de la République », mais c’est aussi la ville qui a su attirer le groupe Pierre Fabre, un groupe industriel à la fois enraciné et ouvert sur le monde.  C’est aussi une marque d’encouragement et d’amitié pour celui qui coordonne avec bonheur la campagne d’un homme remarquable dans les départements de l’ancienne région Midi-Pyrénées…

Le Blog Politique. Laurent Wauquiez est accusé par La République En Marche de pousser à un rapprochement entre Les Républicains et Marine Le Pen.

Bernard Carayon. C’est le procès d’intention classique et malhonnête de la gauche à l’égard d’une droite qui veut et doit renouer avec ses racines populaires comme avec le bon sens : l’autorité de l’État, la lutte contre les communautarismes, en particulier islamique, le choix du peuple contre les pseudo-autorités morales qui croient, avec arrogance, incarner l’intelligence, la raison, l’ouverture ; l’affranchissement, enfin, de la tutelle qu’exercent sur notre pays, technocrates bruxellois et financiers sans patrie. La gauche et les « macronistes » ont fait le choix des immigrés et des riches : la droite doit incarner le peuple français, l’espoir de ceux qui l’ont perdu, le progrès dans le respect de l’éthique, et des travailleurs.

La tutelle qu’exercent sur notre pays, technocrate bruxellois et financier sans patrie

Le Blog Politique. Quel diagnostic faites-vous au sujet de la droite française, après la double défaite des législatives et de la présidentielle ?

Bernard Carayon. La droite – de droite -, pas celle qui est « à droite » par commodité, c’est celle qui a une vision gaulliste de l’Histoire et de l’avenir de notre pays. Elle s’est laissée tétaniser depuis 30 ou 40 ans par les mots et les anathèmes de la gauche ; elle s’est laissée absorber par le discours lénifiant et gestionnaire de ceux qui, chez nous, dans le fond, s’intéressent plus au sort de ceux qui payent l’ISF qu’à ceux qui n’ont plus rien le 20 de chaque mois ! La droite ne peut plus laisser s’abîmer la France sur de seuls objectifs, économiques et budgétaires, déterminés par Bruxelles. La droite doit incarner une vision pour notre pays, ni mercantile ni mondialiste : patriote, conquérante, souveraine dans ses choix essentiels.

Depuis 30 ou 40 ans, la droite s’est laissée tétaniser par les mots et les anathèmes de la gauche

Le Blog Politique. Quelle est votre réaction en voyant des représentants de votre famille politique au gouvernement ?

Bernard Carayon. Ce sont des hommes de qualité intellectuelle qui ne peuvent ignorer que saisir une opportunité, même flatteuse en apparence, ne suffit pas à répondre aux défis de la France : tenir notre place diplomatique et économique parmi les grandes puissances, éradiquer de notre sol le salafisme, inspirer l’Europe dans sa reconstruction politique et morale, rendre à chaque Français l’espoir d’une vie meilleure et la fierté d’appartenir à un pays singulier.

Le Blog Politique. Comment jugez-vous les premiers pas du député En Marche, Jean Terlier, sur votre circonscription ?

Bernard Carayon. Il est la preuve que la fonction ne crée pas l’organe ! Autrement dit, que gagner au loto n’a pas de conséquences sur le code génétique.

Propos recueillis par Laurent Dubois (@laurentdub)

06 Sep

Gérard Bapt : « J’exclus totalement de redevenir maire »

Pendant 34 ans, les rentrées de Gérard Bapt se sont faites au Palais-Bourbon. Mais, en ce début septembre 2017, l’ancien député de la Haute-Garonne est à la retraite. Comment vit-il ce changement de vie ? Quels sont ces projets et ses nouvelles activités ? Interview

Gérard Bapt, ancien député de la Haute-Garonne. Photo : MaxPPP

Gérard Bapt, ancien député de la Haute-Garonne. Photo : MaxPPP

Le Blog Politique. Comment analysez-vous votre défaite aux législatives ?

Gérard Bapt. Le soir de l’élection, le fait de ne pas être au second tour a été une douche froide. Quand on me demande comment j’analyse le résultat, j’ai l’habitude de dire que c’est lié à l’age, au cumul des mandats et à la situation politique. J’ai été coincé, sur ma circonscription, entre Mélenchon et Macron. On peut ajouter le bilan subjectif de François Hollande et les zizanies en interne. Au final, au regard de tout cela, ce n’est pas étonnant.

une douche froide le soir du 1er tour

Le Blog Politique. Quelles sont vos activités désormais ?

Gérard Bapt. Je suis toujours membre du comité de suivi des plans de santé. Je pensais démissionner. Mais le ministère de la Santé a pensé que je pouvais être utile. D’ailleurs, à ce titre, je vais participer aux états généraux de l’agroalimentaire. J’ai également une sollicitation dans le privé mais je vais expertiser cette proposition. Je ne souhaite pas être en situation de dépendance vis-à-vis des laboratoires pharmaceutiques. Enfin, une association de patients m’a sollicité.

Une sollicitation dans le privé

Le Blog Politique. Vous être 1er adjoint à la mairie de Saint-Jean. Allez-vous redevenir le maire de votre commune ?

Gérard Bapt. Je vais rester 1er adjoint car je suis très attaché à ma commune. J’exclus totalement de redevenir maire de Saint-Jean. Je suis resté 1er adjoint pour accompagner Marie-Dominique Vézian (ndlr : maire de Saint-Jean). Je ne l’ai pas fait dans l’idée d’organiser un jeu de chaises musicales.

J’exclus de redevenir maire de Saint-Jean

Le Blog Politique. Vous avez écrit à la ministre de la Santé au sujet du Levothyrox. Quel est selon vous le problème s’agissant du changement de molécule du médicament ?

Gérard Bapt. Il y a une double légèreté de la part de l’agence du médicament. Elle a lancé l’opération sans tenir compte d’échecs internationaux, aux Pays-Bas et en Nouvelle-Zélande. Dans ces pays le Levothyrox a été retiré. L’autre légèreté concerne l’étude clinique. 50 patients c’est trop peu. Tout cela débouche sur une folie. On trouve toujours l’ancienne formule sur le marché en Allemagne, en Italie ou en Espagne. Un commerce se développe sur internet ou l’on trouve l’ancienne formule contre de l’argent et sans ordonnance. Sur le plan de la santé publique, je suis inquiet. Le changement de molécule peut influencer le développement du fœtus chez les femmes enceintes. Quand on connaît l’importance de la thyroïde dans le développement du cerveau, on peut se poser des questions.

Laurent Dubois (@laurentdub)

29 Juin

Valérie Rabault et le « bateau ivre » de l’Assemblée Nationale

Elle est l’une des rares députées sortantes socialistes de Midi-Pyrénées à être retournée à l’Assemblée Nationale cette semaine. Valérie Rabault, députée socialiste du Tarn et Garonne et ancienne rapporteure du budget revient pour nous sur cette folle semaine au Palais Bourbon.

Valérie Rabault. Photo AFP Eric Piermont

Valérie Rabault. Photo AFP Eric Piermont

Le Blog politique : Revenons tout d’abord sur votre candidature à la Présidence de la Commission des Finances où vous avez échoué ce jeudi. Pourquoi cette candidature ?

Valérie Rabault :Ma démarche reposait sur l’article 39 qui stipule que la présidence de cette commission doit revenir à un membre de l’opposition. Il n’y pas de règlement écrit mais la Vème République a toujours tenu à respecter l’opposition, par son temps de parole et sa représentativité.

Or certaines candidatures étaient plus vicieuses que d’autres à l’image du groupe des « constructifs » qui sur sa déclaration explique pourtant être « dans l’opposition ». Peut-on être « constructifs » et « dans l’opposition » face au gouvernement et à Emmanuel Macron ?

LBP : Mais ce vote était-il biaisé dès le départ ?

V.R : Je ne dirai pas ça… Tout est parti du désordre sans nom au moment de l’élection du poste de questeur hier soir. Au lieu d’élire un Républicain, l’Assemblée a choisi un « constructif », en l’occurrence Thierry Solère. Initialement Les Députés La République En Marche devait participer à cette élection pour la Commission des finances mais suite au pataquès d’hier soir, ils y ont renoncé. En 2012, la majorité (NDR : Socialiste) avait tenu à participer au vote.

Certains ont bien su exploiter les failles »

LBP : Et ça a donc donné le résultat qu’on connaît : l’élection comme président de la Commission des Finances du Républicains « non-constructif » Eric Woerth. Comment avez-vous vécu cette première semaine ?

V.R : Franchement ? J’ai eu l’impression d’être dans un bateau ivre sans commandant à bord. Nous sommes pour l’instant assis par ordre alphabétique et non par groupes politiques. Hier soir, mes voisins, nouveaux députés LREM étaient pour la plupart inquiets et ne comprenaient pas ce qui se passait pendant la suspension de séance de plus de deux heures. Ce n’est peut-être que le début, et il faut leur laisser le temps. Mais hier soir, tout a dérivé. Et puis certains ont bien su exploiter les failles comme Jean-Luc Mélenchon. Il a été malin. D’autres chefs de groupes  expérimentés comme Christian Jacob (LR) sont aussi capables de s’emparer de ces moments de flottement. Quand Claude Bartolone était au perchoir, il avait cette capacité à percevoir quand il fallait s’arrêter ou suspendre. Hier, je le répète, ça a dérivé.

Il faudra maintenant voir comment vont être abordés les dossiers de fond. Mélenchon veut s’imposer comme le seul opposant à Macron, mais ce n’est pas le cas. C’est aussi pour ça que j’ai tenu à me présenter à la Commission des Finances.

On peut encore faire bouger les lignes »

LBP : Dans ces conditions et dans l’opposition, quels sont justement vos objectifs sur cette mandature qui débute ?

V.R : Tout d’abord les volets de fond comme l’augmentation de la CSG. Je pense que sur ce dossier on peut encore faire bouger les lignes. Il y a 55000 retraités en Tarn et Garonne.

Ensuite, il y a les dossiers locaux comme la Ligne Grande Vitesse Toulouse-Paris. Je suis affligée par l’annulation de la déclaration d’utilité publique. Il est indispensable qu’en juillet-août des personnes sérieuses refassent une étude sur l’impact économique de cette ligne. Et puis la SNCF bloque également. Elle devait rendre ses études relatives au projet en janvier pour que nous puissions affiner le coût de la réalisation. Nous les attendons toujours. J’ai écrit à Guillaume Pepy pour le lui dire. Il faut maintenant que le gouvernement s’empare de ce dossier. Nous ne pouvons pas ne pas avancer sur ce projet et laisser pendant que les autres villes et métropoles déjà desservies par le TGV prospèrent.

Propos recueillis par Patrick Noviello (@patnoviello)

21 Mar

Jean-Christophe Lagarde : « L’UDI cherchera toujours des accords de programme avec Les Républicains »

En visite de soutien en Haute-Garonne à ses candidats pour les Législatives mardi 21 mars, le patron de l’UDI revient pour nous sur le départ de Philippe Folliot vers Macron. Il décrypte aussi cette campagne Présidentielle dans le sillon houleux de François Fillon.

Jean-Christophe Lagarde. Photo AFP

Jean-Christophe Lagarde. Photo AFP

Le blog Politique : Emmanuel Macron a fait imploser le PRG. Il crée également des dissensions chez vous avec le ralliement du député sortant, Président de l’Alliance Centriste, Philippe Folliot à l’ancien Ministre de l’Economie ?

Jean-Christophe Lagarde : On regrette le départ d’un de nos candidats sortant pour les Législatives. Mais c’est assez marginal. L’Alliance Centriste a 5 candidats en France. Quatre d’entre eux dont Patrice Gausseran à Gaillac et Jean-Marc Dumoulin à Villemur-sur-Tarn restent à l’UDI. L’UDI compte 30 000 militants dans le pays. L’alliance Centriste 400 dont 300 dans le Tarn. Pour la très grande majorité, pas question de suivre cette dérive.  Je prends donc acte du choix de Philippe Folliot.

Le blog Politique : Il va donc être radié de l’UDI et perdre son investiture. Qui pour le remplacer ?

Jean-Christophe Lagarde : Une commission d’investiture aura lieu demain à Paris. C’est une candidate Les Républicains qui va être investie. Nous perdons donc une circonscription qui nous était attribuée car celle d’un sortant UDI.

On aurait souhaité un changement de candidat pour la Présidentielle

Le blog Politique : Alors justement, vous avez des accords avec Les Républicains dans certaines circonscriptions comme à Villemur-sur-Tarn ou Gaillac et pas dans d’autres comme à Saint-Orens avec Dominique Faure. Comment expliquez-vous cela ?

Jean-Christophe Lagarde : Sur toute la France, nous avons 91 candidatures communes avec Les Républicains et 45 « Primaires » où les candidats LR et UDI vont s’affronter au premier tour. Pour Dominique Faure, c’est le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, qui a souhaité lui opposer un candidat Les Républicains (N.D.R : Arnaud Lafon, maire de Castanet).

Le blog Politique : Pour revenir à la campagne de la Présidentielle, n’est-elle pas plus difficile qu’à l’accoutumée pour vous après l’affaire Fillon ?

Jean-Christophe Lagarde : On aurait souhaité un changement de candidat. On l’a dit, moi le premier. Mais Les Républicains ne l’ont pas voulu. Nous avons souhaité malgré tout conservé notre alliance avec LR pour faire face à Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Il nous reste trente jours pour gagner. C’est plus difficile mais bon… Et puis il y a également, derrière la Présidentielle, les Législatives à emporter pour pouvoir gouverner. C’est ça le risque que fait courir Emmanuel Macron, ne pas avoir de majorité qui lui permette de diriger le pays s’il est élu.

 La vertu du programme Fillon, c’est qu’il ne raconte pas de bobards

Le blog Politique : C’est donc quand même plus difficile avec François Fillon ?

Jean-Christophe Lagarde : Oui c’est plus dur que si nous avions changé de candidat. Mais je vois beaucoup de gens qui disent aujourd’hui que de toute façon c’est le seul choix qui nous reste et que son programme est le meilleur. Il est le seul à ne pas vouloir faire payer les retraites à nos enfants. La vertu du projet Fillon, c’est qu’il ne raconte pas de bobards.

Le blog Politique : Et une fois ces scrutins passés, quel avenir pour l’UDI et le centre ? N’auriez-vous pas dû avoir un candidat à la Présidentielle ?

Jean-Christophe Lagarde :  Oui, personnellement, je pense qu’on aurait dû avoir un candidat. Mais la majorité dans notre camp croyait en la victoire d’Alain Juppé. Pour l’avenir de l’UDI, notre ambition c’est d’avoir la représentativité la plus forte possible.

Le blog Politique : Quel nombre de députés visez-vous ?

Jean-Christophe Lagarde : Difficile à dire. Tout dépendra de la Présidentielle. Nous avons également beaucoup d’espoirs pour les Sénatoriales. Mais quoi qu’il arrive, l’UDI cherchera toujours des accords de programme avec Les Républicains. Quand je vois ce qui est arrivé aux Verts et au PRG qui ont disparu de la représentation nationale… C’est en restant dans les assemblées que nous pouvons porter nos idées. Regardez notre TVA Sociale que nous avons présentée à l’Assemblée Nationale, aujourd’hui tout le monde l’a reprend.

Propos recueillis par Patrick Noviello (@patnoviello)

03 Nov

Emmanuel Macron : « Je vais au contact de la réalité et des Français »

Une conférence. Une rencontre avec des étudiants. Une réunion publique. Un rendez-vous avec le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc. La visite d’une entreprise à Colomiers. Ce vendredi 4 novembre, la journée haute-garonnaise d’Emmanuel Macron est chargée. L’ancien ministre de François Hollande continue son tour de France et à mettre en mouvement son En Marche ! 

Emmanuel Macron (Photo : AFP)

Emmanuel Macron (Photo : AFP)

Emmanuel Macron entretient le suspens sur ses intentions et une éventuelle candidature à la présidentielle de 2017. Mais son déplacement toulousain, comme tous ses autres déplacements dans l’Hexagone, a un air de pré-campagne. Interview.

Le Blog Politique. Vous participez à l’édition 2016 de Futurapolis. Une édition consacrée aux voitures sans pilotes et aux drones. Qu’est ce qui vous motive cette participation ?

Emmanuel Macron. C’est l’état d’esprit de tous ceux qui y participent que je suis venu saluer et soutenir. Je pense qu’il faut mettre en valeur cette France qui ose et qui entreprend. Je souhaite contribuer à la réconcilier avec celle qui a peur de l’avenir et que je comprends tout autant car la situation est difficile pour beaucoup.

Le Blog Politique. Vous allez passer une journée dans une des nouvelles grandes régions françaises. Que pensez-vous de la réforme territoriale menée par François Hollande et de la création de super-régions ?

Emmanuel Macron. C’est un pas dans la bonne direction ! Mais le principal est pour moi de rendre le pouvoir à ceux qui font et qui sont sur le terrain, je pense notamment aux élus locaux et la route est encore longue ! Ce n’est pas qu’une question de découpage administratif : c’est un enjeu d’efficacité et de démocratie.

Le Blog Politique. Votre déplacement en Haute-Garonne ne se limite pas à Futurapolis et à une rencontre avec des étudiants. Vous allez également visiter une entreprise et tenir une réunion publique. Cela ressemble beaucoup à l’agenda d’un candidat en campagne. C’est juste une impression ?

Emmanuel Macron. Je parcours le pays sans discontinuer depuis plus de deux ans, pour mettre en valeur les belles initiatives dont on ne parle jamais assez et soutenir celles et ceux qui souffrent et pour qui on ne fait jamais assez. Je n’ai pas changé de méthode depuis que je ne suis plus ministre : je vais au contact de la réalité et des Français. C’est cela qui me plaît et cela aussi de cela que se nourrit ma réflexion sur les changements nécessaires pour le pays.

Le Blog Politique. Depuis votre départ du gouvernement, vous avez entamé une nouvelle vie. Sans regret ? Quels sont les changements les plus notables et que vous trouvez les plus appréciables dans ce nouveau départ ?

Emmanuel  Macron. J’ai quitté avec tristesse une fonction que je suis honoré d’avoir exercée. Mais je n’ai aucun regret : toute mon énergie est maintenant consacrée à faire grandir le mouvement de l’espérance. Car notre pays vaut mieux que le découragement ambiant !

Le Blog Politique. Vous êtes libéré de votre agenda ministériel. A priori vous avez plus de temps pour lire. Avez-vous lu le livre qui « cartonne », au sens propre comme figuré  : « un président ne devrait pas dire ça » ?

Emmanuel Macron. Non.

Le Blog Politique. Dans une autre existence, vous avez été l’assistant de Paul Ricoeur. Le philosophe établit une filiation entre le vouloir et le désir : « le vouloir serait faiblement efficace s’il n’était aiguillonné par une pointe de désir ». On voit bien votre « vouloir ». Vous participez au débat public. Vous êtes un acteur de la vie politique, mais c’est quoi la « pointe de désir » d’Emmanuel Macron ?

Emmanuel Macron. L’action. Participer au débat public, c’est bien. Mais faire, c’est mieux.

Le Blog Politique. On sent bien que vous êtes tenté par une aventure présidentielle. Il existe des indices : nombreuses réunions avec vos soutiens, déplacements dans toute la France. Qu’est ce qui pourrait vous retenir ?

Emmanuel Macron. Rien d’extérieur à En Marche ou à ma réflexion personnelle.

Le Blog Politique. Jean-Luc Mélenchon vous qualifie de « droite moderne » et d’ultra-libéral. Ce genre d’étiquette, cela vous agace ?

Emmanuel Macron. Sur ce point, je suis un vrai claustrophobe : je n’aime pas être enfermé dans une case ! Ma conviction, c’est que l’offre politique actuelle reste structurée par des oppositions anciennes qui n’ont plus lieu d’être. Aujourd’hui, les partis politiques traditionnels sont traversés par des clivages entre progressistes et conservateurs. Et par delà les partis, des gens peuvent se retrouver, sur des sujets aussi essentiels que l’Europe, l’éducation, ou la sécurité. En Marche!, en permettant la double adhésion est un mouvement qui permet à tous les progressistes de se retrouver.

Propos recueillis par Laurent Dubois (@laurentdub)

21 Oct

Didier Martinez -SCP FO Police : « c’est la haine totale des policiers »

Didier Marinez SGP FO Occitanie

Didier Marinez
SGP FO Occitanie

Des cocktails Molotov mettent le feu dans les rangs de la police. Le 8 octobre dernier, 4 policiers ont été blessés par des engins incendiaires alors qu’ils effectuaient une mission de surveillance. Suite à ce fait divers, les policiers descendent dans la rue avec armes et véhicules de service. Le mouvement est né en région parisienne. En quatre jours, il s’étend à l’ensemble du territoire national. A Toulouse, une centaine de policiers a manifesté sa colère. Les syndicats sont court-circuités et critiqués. Le secrétaire général de SGP FO en Occitanie, Didier Martinez, revient sur ce mouvement inédit et attend une réaction concrète de la part du gouvernent. Interview.

Le Blog Politique. Les manifestations de policiers qui se déroulent à Lyon, Paris, Toulouse sont-elles inédites ? Au cours de votre parcours syndical, vous avez connu un tel mouvement ?

Didier Martinez. C’est absolument inédit. Ce qui est nouveau, c’est le côté récurrent. En 2001, suite à l’assassinat d’un collègue au Plessis- Trévise lors d’un cambriolage, la base s’est spontanément mobilisée. A l’époque Daniel Vaillant était ministre de l’Intérieur. Cette mobilisation a débouché sur une réforme indemnitaire et indiciaire. La prime de risque a notamment été augmentée. En 2012, nous avons défilé sur les champs-Elysées suite à la mise en examen après qu’il ait utilisé son arme de service. Mais, c’est pareil, comme en 2001, en deux, trois jours tout rentre dans l’ordre.

Le Blog Politique. Pensez-vous que le gouvernement a une responsabilité dans le mouvement actuel ?

Didier Martinez. Aucun gouvernement n’a eu autant de manifestations durant un quinquennat. Même sous Sarkozy. Ils n’ont jamais entendu le message. La contestation autour de la loi Taubira aurait dû les alerter. Il y a eu la signature d’un protocole. Mais il est totalement vide et creux. Le gouvernement, s’est contenté de paroles sympathiques et de compassion. Pour que ça bouge, il aura fallu que la base dise : ça suffit. Les syndicats vous n’arrivez à rien.

Le Blog Politique. Comme vous le précisez, le mouvement vient de la base et se déroule en marge des syndicats. C’est un constat d’échec pour le syndicaliste que vous êtes ? 

Didier Martinez. Jamais un syndicat ne peut donner de consignes qui exposent nos collègues à des sanctions. Nous avons tout mis dans la balance pour faire avancer les exigences de la base. Mais on ne peut pas utiliser certaines méthodes comme bloquer un périph. C’est injuste de nous reprocher notre inaction. S’agissant de l’action des collègues, ils l’ont fait et ça marche. Je m’en réjouis.

Le Blog Politique. Pensez que l’action de vos collègues va faire bouger le gouvernement ?

Didier Martinez. Le fait que François Hollande reçoive les syndicats prouve que le gouvernement a pris la mesure du malaise. Mais le gouvernement va devoir présenter une palette de réponses. Je sais notamment que les collègues attendent une réponse sur le pouvoir de riposter. Actuellement, c’est compliqué de sortir son arme. Quand une voiture refuse de s’arrêter et nous dépasse, on ne peut pas tirer dans les pneus. Nous sommes enfermés dans le cadre de la légitime défense et cela suppose d’être devant le véhicule. On ne peut pas tirer.  Il y a un risque permanent de révocation et de mise en examen. Le climat est devenu intenable. Nous n’avons pas les moyens de réagir. C’est la haine totale des policiers. Dans les manifestations, on voit des gens armés qui veulent se battre et crever du flic. Nos collègues ont un sentiment de vulnérabilité et l’exaspération a atteint son paroxysme.

Propos recueillis par Laurent Dubois (@laurentdub)

 

20 Oct

Primaire Ecolo-Guillaume Cros : « Cécile Duflot a trop joué le second tour à la Jospin »

Le PS et la droite ne sont pas les seuls à organiser des primaires. Les écologistes votent également pour désigner leur candidat à la présidentielle de 2017. Les résultats du 1er tour conduisent à l’élimination surprise de Cécile Duflot. L’échec est brutal pour l’ancienne ministre du logement : 24% des votes. Un de ses soutiens en Occitanie revient sur cette défaite brutale. Guillaume Cros est un vice-président (EELV) du Conseil Régional. Interview.

Guillaume Cros. Conseiller régional EELV. Photo : L.Dubois

Guillaume Cros. Conseiller régional EELV. Photo : L.Dubois

Le Blog Politique. Cécile Dufflot est éliminée dès le 1er tour de la primaire organisée par Europe-Ecologie. Comment expliquez-vous cet échec ?

Guillaume Cros. Cécile Dufflot avait envie depuis longtemps de cette primaire et elle s’est longuement préparée. Si on essaie de voir ce qui n’a pas marché, c’est peut-être que Cécile Dufflot a trop joué le second tour, à la Jospin. Des personnalités ont apporté son soutien à Cécile Dufflot, notamment des économistes. Cela montrait qu’elle gagnait en crédibilité. Si on rentre dans les détails, je pense que l’on a peut être mal évaluer le côté anti-Dufflot. Son passage au gouvernement. C’est vrai que l’on peut mettre davantage en avant son bilan. Il y avait des choses positives. Je sentais une mobilisation. C’est vraiment dommage car on n’a besoin qu’un écolo soit présent dans la présidentielle et Cécile Dufflot avait une vraie notoriété. Et elle a gagné en notoriété.

Le Blog Politique. Il reste deux candidats en piste pour le second tour : Yannick Jadot et Michelle Ravasi. L’un des deux candidats décrochera l’investiture pour la présidentielle. Vous êtes confiant ?

Guillaume Cros. Cela va être très difficile. La présidentielle va être sanglante. Je soutiendrai le ou la candidate qui va gagner la primaire. Mais ce sera d’autant plus compliqué avec un ou une candidate qui sort comme ça.

Propos recueillis par Laurent Dubois (@laurentdub)

27 Sep

Monique Iborra : « Je n’aurai pas peur de porter les couleurs d’Emmanuel Macron »

Dimanche 25 septembre, Emmanuel Macron a participé, à Lyon, au sommet des réformistes européens. La présence de l’ancien ministre des Finances a transformé une simple conférence et des tables rondes en pré-campagne présidentielle. Traque de la petite phrase. Pointage et comptage des soutiens et des ralliements.

Parmi la photo de famille « macronienne » la députée de Haute-Garonne, Monique Iborra. L’ancienne coordinatrice de la loi Travail annonce son soutien à Emmanuelle Macron. Exclue du PS en juillet 2016, Monique Iborra est candidate à sa succession sur la 6eme circonscription de la Haute-Garonne. Elle est prête à endosser le dossard d’Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron et la députée de la Haute-Garonne, Monique Iborra à Lyon

Emmanuel Macron et la députée de la Haute-Garonne, Monique Iborra à Lyon au sommet de Réformistes Européens

Le Blog Politique. Vous étiez ce week-end avec Emmanuel Macron à Lyon. Pourquoi ?

Monique Iborra. J’y étais invitée par Gérard Collomb, maire socialiste de Lyon, qui appartient au groupe des Réformateurs, le thème de l’Europe s’invite légitimement dans les prochaines échéances électorales, réfléchir à son évolution et à sa restructuration est indispensable.

Le Blog Politique. Que retenez-vous de cette nouvelle séquence ultra-médiatisée d’Emmanuel Macron ? Au delà de la couverture media, il y a eu des débats de fonds à Lyon ?

Monique Iborra. Si la séquence a été partiellement médiatisée, elle est sans doute le fait que certains ont cru bon d’avoir des stratégies d’empêchement… Il y a eu de véritables débats de fond dans les ateliers préparés depuis de longs mois avec des questions, des remises en cause et des perspectives.

Le Blog Politique. C’est un pas de plus vers une candidature Macron à la présidentielle de 2017 ?

Monique Iborra. Je pense qu’il faut dissocier cet événement de la candidature d’Emmanuel Macron. Je pense qu’aujourd’hui bien qu’il ne l’ait pas annoncé qu’il se présente dans la perspective de l’élection présidentielle.Il n’est pas dans une démarche d’opposition mais de dépassement et de clarification, de mobilisation de ceux qui se sont désengagés souvent avec raison, ses discours et sa pensée sont très structurés et il agit par étapes, sortir des postures et des incohérences, et il y en a de nombreuses à droite comme à gauche.

Bien qu’il ne l’ait pas annoncé, il se présente dans la perspective de l’élection présidentielle

Le Blog Politique. Etes vous prête à soutenir Emmanuel Macron s’il déclare sa candidature ?

Monique Iborra. Aujourd’hui quel est le paysage politique et l’offre politique ? A gauche la division, le retour d’alliances qui se sont fracassées à l’épreuve du pouvoir, à droite la surenchère irresponsable, en embuscade l’extrême droite qui peut déboucher sur l’organisation d’une véritable « guerre civile » en France.Tout ce qui correspond à une alternative possible est à prendre en compte. Macron peut représenter cette réelle alternative dont le pays a besoin.

Macron peut représenter cette réelle alternative dont le pays a besoin

Le Blog Politique. Quels sont, d’après vous, les atouts d’Emmanuel Macron ?

Monique Iborra. Sa capacité et son honnêteté intellectuelles, sa détermination appuyée sur des convictions, son courage et son goût des autres… Sa liberté d’action et d’expression vis à vis des appareils politiques qui ne sont plus adaptés à la société telle que nous la vivons aujourd’hui.

Le Blog Politique. Quels sont, selon vous, les défauts et les failles d’Emmanuel Macron ?

Monique Iborra. Les défauts de ses qualités : sa propension à penser, je crois, qu’il suffit de convaincre pour transformer… Mais c’est en même temps sa force… Mais nous ne sommes qu’au début du processus.

Le Blog Politique. Vous avez annoncé votre candidature pour les législatives. Etes vous prête à porter les couleurs Macron sur votre circonscription en Haute-Garonne ?

Monique Iborra. J’ai été la seule députée aux primaires de 2012 à promouvoir la campagne de François Hollande sur ce département, comme j’étais seule à porter celle de Ségolène Royal, je n’aurais pas peur de porter celle d’Emmanuel Macron car je serai cohérente avec mes choix politiques.

Je n’aurai pas peur de porter la couleur d’Emmanuel Macron

Le Blog Politique. Pensez que d’autres députés sortants ou des candidats peuvent également suivre Emmanuel Macron ?

Monique Iborra. Je pense que d’autres députés pourraient être tentés, ailleurs que sur ce département qui lui, est adepte du soutien à Martine Aubry et à Arnaud Montebourg en ce qui concerne l’appareil politique et les responsables départementaux dans leur majorité, mais ils sont contrairement à moi, tenus par les anathèmes de Jean-Christophe Cambadélis pour les désignations… En ce qui me concerne je suis selon celui-ci devenue la jurisprudence Iborra et donc…

D’autres députés pourraient être tentés

Le Blog Politique. Une candidature Macron à la présidentielle et des candidats Macron aux législatives, cela revient à prendre la responsabilité de la division et d’une défaite de la gauche ?

Monique Iborra. Je trouve injuste et formidablement hypocrite de faire porter à Emmanuel Macron la responsabilité d’une défaite de la gauche, quand nous avons vécu pendant 4 ans à l’Assemblée les coups de boutoir des frondeurs, de ceux qui ont déposé à 2 reprises des motions de censure contre le Gouvernement, qui aujourd’hui pour certains sont candidats aux primaires socialistes et qui n’espèrent qu’une chose… l’échec de François Hollande ! Un grand nombre de militants socialistes, que je salue, partage également cette analyse.

Le Blog Politique. Vous avez été exclu du PS. Des parlementaires socialistes, dont le président du groupe parlementaire, Bruno Le Roux, demande votre réintégration. Le fait de soutenir Manuel Macron signifie que vous rompez définitivement les amarres avec le PS. Vous assumez ?

Monique Iborra. Je salue Bruno Le Roux, président du groupe qui a exercé pendant 4 ans une mission impossible. Je ne romps avec la gauche, avec mes convictions qui sont aujourd’hui compatibles avec celles d’Emmanuel Macron. Je n’approuve pas le sectarisme et les manœuvres de l’appareil socialiste qui résume sa stratégie à des accords d’appareil dont hélas, nous en avons la preuve tous les jours, y compris dans cette nouvelle grande région, constituent un échec dissimulé certes, mais un échec tout de même, qui fait que je ne regrette rien de mes choix passés.

Propos recueillis par Laurent Dubois (@laurentdub)

14 Sep

Nadia Pellefigue : « la majorité régionale est clairement de gauche »

De La Rochelle à l’Hôtel de Région. Le week-end dernier, Nadia Pellefigue a participé à la rentrée politique des Frondeurs. Une rentrée organisée dans la préfecture de Charente-Maritime, en présence des deux ténors de la gauche anti-Hollande : Arnaud Montebourg et Benoit Hamon. Le lendemain du rendez-vous de La Rochelle, lundi 12 septembre, l’élue d’Occitanie a retrouvé son agenda de vice-présidente du Conseil Régional en charge du développement économique. Un pied à La Rochelle et parmi les Frondeurs. Un autre dans les dossiers économiques régionaux et la majorité d’une ancienne ministre de Manuel Valls, Carole Delga. Ce sont les deux facettes de Nadia Pellefigue.

Comment Nadia Pellefigue a-t-elle vécu la rentrée politique des Frondeurs ? A la Région, Nadia Pellefigue défend le rôle des entreprises. Contradiction avec son positionnement à gauche du PS ? La vice-présidente du Conseil Régional a-t-elle des ambitions municipales à Toulouse ? Interview

Nadia Pellefigue, vice-présidente de la Région Occitanie. Photo : MaxPPP

Nadia Pellefigue, vice-présidente de la Région Occitanie. Photo : MaxPPP

Le Blog Politique. Quelle était l’ambiance à La Rochelle ?

Nadia Pellefigue. Conviviale et studieuse. Ces deux journées étaient avant tout des journées de travail et de débat. Elles se sont déroulées dans un esprit de responsabilité, de gravité même : nous sommes dans un moment politique important où la gauche française, dans son ensemble, se trouve confrontée à des choix qui conditionnent l’avenir de notre pays et de nos concitoyens. Face à l’extrême droite qui loin d’apporter des solutions aux problèmes réels des français, cultive les peurs pour augmenter son influence électorale et à une droite qui devient elle-même de plus en plus extrême dans ses propositions et réactions, il nous faut absolument proposer une alternative crédible à gauche, pour défendre nos valeurs : car c’est bien l’avenir de tout notre modèle républicain qui est en jeu. Nous avons donc proposés une méthode et un objectif : construire une plate forme programmatique commune pour une candidature unique à l’issue de primaires de toute la gauche.

Le Blog Politique. Vous êtes, depuis plusieurs années, un soutien de Benoît Hamon. Vous le soutenez dans sa candidature aux primaires ?

Nadia Pellefigue. Je défends effectivement depuis de nombreuses années, au sein de mon parti, un certain nombre d’idées dans des combats partagés avec Benoît Hamon qui, par son engagement, est un des plus connus porte-parole de mon courant de pensée. Il est par ailleurs un ami. Mais le choix de soutenir telle ou telle candidature aux primaires ne s’opère pas que sur la qualité des liens personnels. Il doit d’abord se faire sur un projet, et sur la capacité de le porter. Nous parlons ici de l’avenir du pays, pas de la préparation d’un congrès du PS ! Quatre candidats déclarés aujourd’hui à la primaire sont issus de la motion que je représente en Haute-Garonne (B.Hamon, G.Filoche, MN.Lieneman, A.Montebourg). Les divergences entres eux sont minimes. Il faut, comme ils l’ont fait à La Rochelle, qu’ils continuent de se parler afin que nous puissions d’ici deux mois n’avoir qu’une candidature issue de nos rangs.Nous nous battons pour une candidature unique de toute la gauche à l’élection présidentielle. Il serait donc pour le moins curieux que nous n’arrivions pas dans un premier temps à choisir déjà une seule candidature chez nous !

Nous nous battons pour une candidature de toute la gauche à l’élection présidentielle

Le Blog Politique. Benoit Hamon, comme Arnaud Montebourg, pense que François Hollande ne doit pas se présenter en 2017. Selon vous, qu’est-ce qui justifie cette disqualification de François Hollande ? Son bilan ? Son style ?

Nadia Pellefigue. Ils ont raison. Aujourd’hui, François Hollande n’a pas réuni les conditions politiques pour que sa candidature permette en 2017 à la gauche d’être victorieuse. Et je pense que de le dire ne doit pas être jugé à l’aune d’une pseudo loyauté au Président de la République, il s’agit là de lucidité quant à l’état de l’opinion publique. Souvent, quand la Gauche est au pouvoir, on dit qu’elle ne tient pas toutes ses promesses. Et c’est vrai que par le passé, sous François Mitterrand ou Lionel Jospin, il y a eu des manquements à nos engagements. Et, d’ailleurs, à chaque fois (1986, 1993, 2002) cela c’est soldé par un échec électoral. Mais aujourd’hui c’est autre chose. Il ne s’agit pas de promesses non tenues, il s’agit de politiques économiques et sociales qui sont à l’opposé de ce que la gauche a toujours défendu : le CICE, la déchéance de nationalité, l’allongement de la durée de cotisation pour les retraites ! Et la Loi dite « Travail », la manière de la faire adopter en renonçant au dialogue social comme au débat parlementaire, son article 2 qui fait prévaloir le contrat sur la loi, est un contre-sens historique. Or, c’est tout le contraire qu’il faut faire : reprendre la marche de la réduction du temps de travail, redonner du pouvoir d’achat, créer de nouveaux droits pour les salariés en prenant en compte l’émergence de nouveaux modes de production, de nouveaux modes managériaux avec le développement de l’innovation, du numérique…Ce n’est évidemment pas une question de personne ou de style. François Hollande est un Président qui représente très honorablement sa fonction. Et les attaques contre sa personne ou personnalité supposée sont inacceptables. Simplement, il n’est plus en position de représenter nos idées.

Il ne s’agit pas de promesses non tenues, il s’agit de politiques économiques et sociales qui sont à l’opposé de ce que la gauche a défendu

Le Blog Politique. Pour vous l’échec du quinquennat de François Hollande est-il imputable à François Hollande ? à Manuel Valls ? Au contexte ?

Nadia Pellefigue. Ce quinquennat est d’abord l’héritage d’une situation dramatique économiquement, socialement, budgétairement de la politique menée par la droite et Nicolas Sarkozy. Nous avons eu tort d’insuffisamment dire la réalité à laquelle nous avons été confrontés en 2012. Le contexte international, les violences inédites auxquelles nous avons dû faire face sont aussi des éléments à prendre en compte. Comment assurer la sécurité quand vos prédécesseurs ont supprimé des milliers de postes de policiers, supprimé les outils précieux de renseignements ? Comment préparer l’avenir quand des postes d’enseignants, leur formation même, ont également été supprimés ? Mais nous sommes dans la Cinquième République. Et dans ce système c’est bien le Président de la République qui est responsable. C’est à dire qu’une fois élu, il peut faire, il fait, conformément ou non à ses engagements, à ceux de son parti ou même de sa majorité parlementaire. On l’a vu récemment avec le passage en force par le 49.3. C’est lui qui nomme son Premier Ministre. Lui qui le maintient ou le change. Cette constitution a vécu. Si l’on veut redonner confiance à nos concitoyens, il faut moderniser notre démocratie. Il nous faut changer de République.

Le Blog Politique. Vice-présidente à la Région, vous « gouvernez » avec une ancienne ministre de Manuel Valls et de François Hollande, Carole Delga. Il reste du Valls et du Hollande dans la gestion de la région par Carole Delga ?

Nadia Pellefigue. La Présidente Delga est une femme de gauche sincère et assumée. La majorité régionale est elle aussi clairement de gauche. Nous avons gagné les élections avec une liste d’union de la gauche PS/PCF/FG/EELV/PRG/NGS/POC, unique en France, et nous mettons en place des politiques régionales issues d’un programme commun. Carole Delga est une femme qui tient tous ses engagements et je peux vous dire que depuis son élection en janvier, la feuille de route qu’elle a donnée à ses Vice-Président-e-s et à sa majorité va tout a fait dans le sens d’une Région forte dans une République forte ! Notre drapeau commun c’est la Région Occitanie, Pyrénées-Méditerranée. Et nos valeurs sont communes.

La présidente Delga est une femme de gauche sincère et assumée

Le Blog Politique. Au sein du parti socialiste, vous incarnez la « gauche du PS » et, en tant que vice-présidente du conseil régional en charge du développement économique  vous déclarez «  ce sont les chefs d’entreprises qui font la richesse ». D’un côté un positionnement Hamon et de l’autre un discours avec un relent Macron-Valls. Pourquoi ?

Nadia Pellefigue. Je ne comprends pas bien votre question. Bien sûr que les chefs d’entreprises font la richesse. Qui peut nier cette évidence ? Par contre, dire « Vive l’entreprise ! », c’est idiot. C’est comme dire « Vive les poissons ! ». Chez les poissons, il y a des requins et des sardines.Les chefs d’entreprises initient et portent des projets qui font la richesse. Mais ils ne sont pas les seuls. Ils vous le diront : il n’y a pas de richesse produite sans les millions de salariés de ce pays. Sans même les fonctionnaires qui eux aussi, à la place qui est la leur, génèrent les conditions à la production de la richesse : formation, recherche, sécurité… Tous contribuent par leur effort au travail, leur impôt, leur consommation, à la croissance et à la richesse d’un pays. Moi je n’oppose pas les uns aux autres.Et je sais distinguer parmi les entreprises celles qui sont des TPE, des PME, qu’il nous faut aider dans leur développement, dans la mobilisation de capitaux alors même qu’elles sont chaque jour confrontés à la frilosité du secteur bancaire traditionnel. Macron est un banquier, je suis une élue locale en contact avec les femmes et les hommes pour lesquels nous nous devons de faire en sorte que l’action politique, l’action publique, favorisent le maintien et la croissance de l’activité dans notre territoire.

Bien sur les chefs d’entreprises font la richesse. Par contre, dire « Vive l’entreprise, c’est idiot

Le Blog Politique. Les municipales sont encore loin. Mais votre nom circule. Toulouse en 2020, ça vous tente ?

Nadia Pellefigue. Il ne vous a pas échappé que je suis une femme de combat. Le prochain n’est pas celui-ci. C’est celui de 2017 pour lequel je souhaite une gauche forte de ses valeurs et de son unité. En tant que Vice-Présidente de la Région au Développement Economique, à l’innovation, à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche, je m’intéresse tous les jours à Toulouse. Les dossiers dont j’ai la charge sont souvent reliés à la capitale régionale ; une des toutes premières villes universitaire, industrielle, d’innovation et de recherche d’Europe. C’est passionnant. J’adore mon mandat qui me permet aussi via ces sujets de m’occuper du quotidien et de l’avenir des habitants de notre belle et désormais très grande région. Les Toulousaines, les Toulousains en font partis et j’en suis !

Propos recueillis par Laurent Dubois (@laurentdub)

14 Juil

Le dernier 14 juillet avec l’arme nucléaire et « Sentinelle » ?

La tradition est respectée mais elle prend une tournure exotique. Pour la première fois depuis 1880, des troupes australiennes et néo-zélandaises vont défiler sur les Champs-Elysées. Des guerriers maoris seront parmi les troupes à pied. Cette présence haute en couleur et originale est liée à la commémoration de la bataille de la Somme. Le temps d’une cérémonie, les képis blancs de la Légion vont côtoyer les frères d’armes des poilus de 1916.

Le défilé du 14 juillet, c’est un feu d’artifice d’uniformes, de véhicules blindés et d’avion de combat. Mais, en 2016, le rendez-vous prend une tournure particulière.

Les attentats ont mis du kaki dans les rues, devant les écoles, dans les hall de gare ou les guichets de l’aéroport de Blagnac. Les habitants d’Occitanie croisent, tous les jours, des bérets rouges, noirs ou bleus marines. Famas sur l’épaule.

Est-ce le rôle de l’armée de jouer les sentinelles dans nos villes ? L’armée a-t-elle les moyens d’assurer ses missions ?

Le député du Tarn Philippe Folliot répond à ses questions. Le parlementaire membre de la commission de la Défense Nationale. Mais c’est également un élu qui a, sur sa circonscription, le fameux « 8 ». Un 8eme  RPIMA (Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine) qui s’est illustré notamment Afghanistan. Interview.

Philippe Folliot, député du Tarn et membre de la commission de la Défense.

Philippe Folliot, député du Tarn et membre de la commission de la Défense.

Le Blog Politique. Des troupes qui vont défiler le 14 juillet, sont présentes tous les jours dans les rues dans le cadre de l’opération « Sentinelle ». Une opération qui se traduit par des patrouilles ou des gardes statiques devant des bâtiments. Les effectifs vont être réduits. Etes-vous d’accord avec cette décision ?

Philippe Folliot. C’est une nécessité par rapport aux forces. C’est un dispositif qui utilise beaucoup de moyens. Ce n’est pas le travail des forces armées. En plus, cela nuit à la préparation opérationnelle des armées. Nos forces ont besoin d’entrainement et de repos pour effectuer leur mission : le déploiement à l’extérieur. Des policiers ou même des entreprises privées peuvent largement suffire pour effectuer des gardes statiques.

Le Blog Politique. Nicolas Sarkozy estime que le budget de l’armée est sacrifié. Vous partagez cette critique ? Pensez-vous qu’il faille renforcer le budget militaire ?

Philippe Folliot. C’est une question de priorité et de choix. Si on veut faire de la France une super Belgique, on peut continuer dans la même direction. Mais on est arrivé au bout du bout du système s’agissant de la baisse des effectifs et du renouvellement du matériel. Le renouvellement du matériel est forcement onéreux. Et il ne s’agit pas simplement d’acheter du matériel. Le matériel moderne impose des coûts supplémentaires. L’heure de vol d’une Gazelle est d’environ 1 500 euros. Pour un Tigre (ndlr hélicoptère de combat de dernière génération), on passe à 15 000 euros.

Le Blog Politique. Pour trouver de l’argent, la solution n’est-elle pas, comme le préconise l’ancien ministre de la Défense Paul Quilès, d’abandonner l’arme nucléaire ? Une arme extrêmement onéreuse et dont l’utilité est devenue douteuse depuis la fin de la guerre Froide. 

Philippe Folliot. L’abandon de l’arme nucléaire ne permettra pas d’économies immédiates. C’est la première remarque. Ensuite il faut savoir. Tous les Etats membres du conseil de sécurité des Nations Unies disposent de l’arme nucléaire. Si on veut être déclassé, on peut renoncer. Mais ce n’est pas la position que je défend. Ce n’est pas raisonnable de revenir sur la dissuasion nucléaire. En revanche, c’est une autre question s’agissant de la composante tactique et aéroportée.

Propos recueillis par Laurent Dubois (@laurentdub)