11 Mai

New-York, Londres, Shanghaï et Casablanca : à quoi servent les maisons de l’Occitanie à l’étranger ?

La région Occitanie est présente sur 3 continents. Des « ambassades » existent en Afrique du Nord, aux Etats-Unis, en Chine et en Grande Bretagne. Combien coûtent ses maisons à l’international ? A quoi servent-t-elles ? Enquête.

New York. Photo : MaxPPP

C’est un héritage de Georges Frêche. Le président de l’ex Languedoc-Roussillon a légué 4 implantations internationales à la nouvelle région Occitanie. Le transfert aurait pu être plus important. En 2008, Milan a été fermé et Barcelone a également mis les clés sous la porte. L’Occitanie a « uniquement » récupéré New-York, Londres, Shangaï et Casablanca.

La gestion de ces implantations internationales est assurée par Sud de France Développement.

Le budget est fourni par la direction des affaires européennes et internationales du conseil régional.

18 personnes et plus de 4 millions d’euros de budget annuel

Pour 2018, le budget de fonctionnement est de 3 182 050 euros. Ce somme correspond aux crédits effectivement consommés. Mais l’autorisation de programme (c’est-à-dire le plafond des dépenses) est 4 192 050 euros.

Maisons des Régions

Ces budgets de fonctionnements inclus notamment la rémunération du personnel :

  • Shanghaï : 8 personnes
  • Londres : 3 personnes
  • Casablanca : 3 personnes
  • New York : 4 personnes

Sur la durée du premier mandat (6ans) de la nouvelle Occitanie l’investissement s’élève à un peu plus de 20 millions d’euros.

1050 entreprises clientes

Vitrine pour les produits régionaux, tête de pont pour les entreprises régionales. La vocation des maisons de l’Occitanie va de la « publicité vivante » au soutien logistique.  A New York, sur une des plus prestigieuses avenues de la ville et face à Trump Tower, on trouve un espace de travail pour les entrepreneurs mais aussi une présentation des vins « made in Occitanie ».

La vraie question est l’utilité de cette présence sur plusieurs fuseaux horaires. Le conseil régional organise des missions économiques à l’international. Du 26 mai au 7 juin prochain, une délégation va ainsi se rendre au Japon avec 17 entreprises de la région. L’existence de maisons permanentes, dans des capitales étrangères, simple gadget ou vrai tremplin ?

Un des « pères fondateurs » des Maisons (ayant participé sous la présidence Frêche à leur création), l’utilité des Maisons n’est pas évidente Par expérience, cette source estime que les entreprises qui souhaitent se lancer dans l’export ont déjà un réseau. Ce serait particulièrement vrai s’agissant du Maroc.

Autre limite du genre : le profil des entreprises « cibles ». Une enquête menée auprès des PME et TPE de l’ex-Languedoc-Roussilon montre que 95% des entreprises ne maîtrisent pas la langue anglaise.

Ainsi, à New-York ou Londres mais aussi en Chine, le fait de mettre à disposition des espaces de travail est assez virtuel. Les entrepreneurs ne peuvent pas se contenter  d’une prise électrique et d’un bureau. Ils ont besoin d’être accompagner au niveau linguistique. Et lorsqu’ils disposent de contact locaux, généralement, ils n’ont pas besoin d’un pied-à-terre pour se connecter à internet et poser leurs dossiers.

Du côté du gestionnaire des Maisons, un nombre est mis en avant  : 1050. C’est le nombre des entreprises qui utilisent les services  et ont participé aux actions des Maions. Ce chiffre porte sur l’ensemble des Maisons. Dans le détail c’est la Maison de New York qui est la plus porteuse (510 entreprises bénéficiaires). Londres (483 bénéficiaires) et Shanghaï (323 bénéficiaires) sont ensuite les sites le plus porteurs.

Casablanca arrive en queue de classement avec 123 entreprises qui ont utilisé les services ou bénéficié de l’action de la Maison Occitanie.

Plus de 8000 entreprises font de l’export en Occitanie. 80% des exportations sont liées aux activités aéronautiques. Des activités qui, par nature, ne correspondent pas à la vocation des Maisons de la Région. Le cœur de cible sont essentiellement les PME TPE de l’agro-alimentaire.

Ces entreprises, principalement tournées vers la production viticole, sont un peu plus de 1600. Si on effectue un ratio entre le nombre total d’entreprises exportatrices en Occitanie et les entreprises utilisatrices le résultat est modeste : un peu plus de 12%.

En revanche, s’agissant de l’agroalimentaire le ratio est bien meilleur : 65%.

Néanmoins, ce chiffre est à relativiser puisque une même entreprise peut utiliser plusieurs Maisons afin de se positionner sur plusieurs marchés, principalement américains et chinois.

Ces deux marchés sont particulièrement « ciblés » par les viticulteurs de notre région.

À noter que  les utilisateurs des Maisons de l’Occitanie bénéficient également d’autres aides à l’export. Ainsi la Métropole de Montpellier dispose d’une Maison à Shingdu, dans la province chinoise du Sichuan.

En Occitanie, les collectivités locales ne lésinent pas sur leur aide aux viticulteurs.

Selon les derniers chiffres fournis par les services de l’Etat, la culture et l’élévage représentent 4,3% des exportations en Occitanie. Mais ce secteur d’activité peut compter sur la mobilisation des pouvoirs locaux et de leurs budgets.

Laurent Dubois (@laurentdub)

 

 

 

27 Fév

Absentéisme des conseillers régionaux : quels sont les élus sanctionnés financièrement ?

Le conseil régional d’Occitanie publie le taux d’absence des élus régionaux. Une évaluation unique en France et qui conduit à une sanction financière.

Assemblée Plénière du conseil régional d'Occitanie. MaxPPP/Esdourrubailh

Assemblée Plénière. conseil régional d’Occitanie.Photo : MaxPPP/Esdourrubailh

Pour la deuxième fois depuis le début du mandat, le conseil régional pointe les absences de élus régionaux. Cette transparence était totalement absente dans l’ex-région Languedoc-Roussillon. Mais elle existait, avant la création de la Grande Région, côté Midi-Pyrénées. Néanmoins, c’était un dispositif peu efficace. En effet, un mécanisme d’excuses permettait à un élu d’être considéré comme « présent à 100% » alors qu’il pouvait être absent en permanence.

Après son élection à la tête de la nouvelle région, Carole Delga a introduit un nouveau pointage. Les excuses sont limitées et encadrées. Il existe 3 cas de figure : un mandat de représentation de la Région empêchant de participer à une réunion, une raison de santé justifiée par un certificat médical, des empêchements professionnels ou personnels. Cette dernière catégorie d’excuse comporte 3 « jokers ».

Si, malgré ces excuses justifiées, un élu n’est pas présent, une sanction financière financière s’applique : une retenue sur les indemnités. Cette pénalité s’applique à partir de 10% d’absences et elle est proportionnelle : 10% d »absence = 10% de retenue, 20% = une retenue de 20%….La retenue s’applique sur quatre mois .Après cette période, le compteur est remis à zéro.

Sur la base de ce système, des conseillers régionaux vont donc perdre une partie de leur indemnité.

  • France Jamet (FN) : 10% de retenue correspondant à un taux d’absence de 13,89%
  • Jean-François Fons (UEDC) :  20% de retenue pour un taux d’absence de 27,27%
  • Jean-Christophe Sellin (Non Inscrit) : 10% de retenue pour un taux d’absence de 17,24%
  • Sacha Briand (UEDC) : 10% de retenue pour un taux d’absence de 13,04%
  • Emmanuel Crenne (FN) : 20% de retenue pour un taux d’absence de 20%
  • Yoan Gillet (FN) : 10% de retenue pour un taux d’absence de 16,67%

La retenue la plus importante concerne Anne-Marie Collard (FN) : 40% de retenue pour un taux d’absence de 42,86%

Le conseiller régional du Lot, Aurélien Pradié, figure également parmi les plus gros « perdants » : 30% de retenue pour un taux d’absence de 36,6%. Mais c’est sans conséquence.  En effet, Aurélien Pradié a démissionné de son mandat régional pour se consacrer à son activité parlementaire. De ce fait, il n’y aura pas de sanction financière pour le jeune élu du Lot puisqu’il ne perçoit plus d’indemnité au titre de son ex-mandat régional.

Tous les conseillers régionaux ne perçoivent pas la même indemnité. La rémunération dépend des fonctions exercées au sein du conseil régional (membre de la commission permanente, vice-présidence) mais aussi d’un éventuel cumul de mandat (parlementaire ou local).Evidemment, plus d’indemnité est importante et plus la sanction financière est élevée. Au regard de ces critères, voici le montant des retenues :

  • France Jamet (FN) : 157,93 euros.
  • Jean-François Fons (UEDC) : 410,30 euros.
  • Jean-Christophe Sellin (Non Inscrit) : 186,50 euros
  • Sacha Briand (UEDC) : 63,95 euros
  • Emmanuel Crenne (FN) : 315,23 euros
  • Yoan Gillet (FN) : 191,12 euros

Logiquement, c’est Anne-Marie Collard (FN) qui va perdre le plus d’argent : 766,44 euros

Ses sanctions financières sont relatives car elles reposent sur un système de contrôle qui a des failles. Selon nos informations, des élus contournent les règles. Au moment des Assemblées Plénières (AP), des conseillers régionaux signent en fin de matinée la feuille de présence. Ils déjeunent puis pointent en début d’après-midi avant de quitter la réunion. Lors de chaque AP, le pointage se fait par demi journée : matinée, après-midi et éventuellement soirée. Il suffit d’être présent entre 11 heures 30 et 14 heures 30 pour avoir de bonnes statistiques. Ainsi, des élus affichent  un taux d’absence à 0% alors qu’ils se contentent d’une présence minimale. De plus, les indicateurs portent sur un nombre limité de réunion : 3 assemblées plénière par an, 10 commissions permanentes par an, 10 commissions sectorielles par an. Les réunions dans les organismes extérieurs ne sont pas comptabilisés. Et, évidemment, le travail sur le terrain n’est pas contrôlé.

Ces limites relativisent l’intérêt et la portée du taux d’absence des élus régionaux. Mais le système a un intérêt indéniable : il existe.

Laurent Dubois (@laurentdub)

04 Jan

Haute-Garonne : enquête sur la commune qui a fait tomber le PS aux législatives

Le dernier député socialiste de la Haute-Garonne a perdu son siège. C’est à cause d’une commune qui a mal géré les opérations électorales. La municipalité épinglée a-t-elle commis une erreur exceptionnelle  ou est-elle « abonnée » aux dérapages ? Enquête.

Mairie de Gensac-de-Boulogne; Haute-Garonne

Gensac-de-Boulogne. Haute-Garonne

La commune de Gensac-de-Boulogne est à  l’origine d’un véritable séisme politique. Le conseil constitutionnel a annulé l’élection du seul député PS de la Haute-Garonne. Cette annulation repose essentiellement sur un procès-verbal non transmis par un village de 117 habitants. Le maire de la commune minimise l’affaire.

Une erreur administrative pour le maire

Dans un communiqué de presse, le maire de Gensac-de-Boulogne met en cause la Préfecture et une absence de « contrôle précis » de la part des services préfectoraux. Mais il plaide surtout pour une erreur :

Une erreur a été commise comme il en arrive malheureusement de temps en temps. J’en assume la totale responsabilité en tant que maire.

Daniel Labarthé récuse tout idée de « triche » et résume l’affaire à « une erreur de transmission de document ». Pour le 1er magistrat de la commune, il s’agit donc d’une simple mésaventure. Il regrette d’ailleurs que le concurrent du député invalidé et auteur du recours en annulation, Michel Montassarat,  « profite d’une erreur administrative pour faire organiser une nouvelle élection ».

En résumé, pour le maire de Gensac-de-Boulogne, la décision du conseil constitutionnel est un regrettable incident et il s’en excuse auprès des électeurs. Néanmoins, selon nos informations, le bureau de vote de Gensac-de-Boulogne a de drôles de pratiques. Un témoin évoque, notamment, un « bourrage » d’urne au moment des élections départementales.

Un « bourrage » d’urnes selon un témoignage

Dans le Comminges, les opérations électorales prennent parfois une tournure « folklorique ». Lors de la présidentielle de 2012, dans un petit village, un président de bureau de vote a pris sous le bras une urne et a fait le dépouillement à domicile, avant d’envoyer les résultats à la préfecture. S’agissant de Gensac-de-Boulogne, la préfecture ne mentionne pas d’incidents ou de signalements. Contactés par France 3 Occitanie, les services préfectoraux indiquent :

Depuis 2013 au moins, pas d’irrégularités signalées dans la commune de Gensac lors d’élection locales ou nationales

Un témoin, proche de la municipalité, dessine un autre tableau. Il évoque un « bourrage » d’urne lors d’une élection départementale. Le témoin souhaite évidemment conserver l’anonymat. Mais il est très précis sur les faits et affirme avoir assisté personnellement à l’opération. Une opération qui s’est déroulée entre midi et quatorze heures. Selon ce témoignage, l’urne a été ouverte, des bulletins ont été extraits et remplacés par plusieurs dizaines de bulletins préparés à l’avance et tous favorables à un même candidat.

Pour assurer la tranquillité et la discrétion de la fraude, des guetteurs étaient postés devant la porte de la mairie.

Un autre témoignage va dans le même sens. Un élu du Comminges, candidat à une élection locale, affirme que plusieurs électeurs (une 15aine) de Gensac-sur-Boulogne ont  déclaré avoir voté pour lui. Mais, bizarrement, les voix en question ne figurent pas dans le résultat final et le dépouillement du scrutin. Evidemment, le second témoignage est moins capital que le premier. Un électeur peut prétendre voter pour un candidat et changer d’avis dans l’isoloir ou même faire le contraire de ce qu’il déclare. Néanmoins, cela montre que le climat dans la petite commune de Gensac-de-Boulogne est moins paisible qu’il n’y parait.

Sollicité par France 3 Occitanie, la mairie de Gensac-de-Boulogne n’a pas souhaité s’exprimer sur les témoignages rapportés ci-dessus.

Laurent Dubois (@laurentdub)

 

 

 

19 Oct

« Génération Identitaire » : enquête sur l’ultra-droite toulousaine

Le parti d’ultra-droite, « Génération Identitaire » lance une campagne d’affichage sur l’agglomération toulousaine. Qui sont les « Identitaires » ? Combien sont-ils ?

Affichage dans le quartier de l'Hers, Toulouse. Photo : L/Dubois

Affichage dans le quartier de l’Hers, Toulouse. Photo : L/Dubois

Depuis plusieurs jours, les toulousains croisent de drôles d’affiches. Le message est clair : Défendons l’Europe, Face aux Islamistes. En revanche, l’identité des auteurs est assez mystérieuse. Il faut avoir un bon œil et un peu de mémoire.Il y a quelques mois, les « Identitaires » ont connu leur heure de gloire médiatique.

Eté 2017, ils affrètent un bateau et lancent une campagne « anti-migrants’L’aventure maritime en Méditerranée a tourné court. Le navire est immobilisé à Chypre. Au final, l’escapade navale dure une petite semaine. Mais l‘opération attire les projecteurs sur le micro-parti. Le navire est immobilisé à Chypre. Au final, l’escapade navale aura duré un mois. Mais la tempête médiatique et les remous suscités offrent une publicité « géante » à un mouvement confidentiel.

« Génération Identitaire » est fondé en septembre 2012. Il est actuellement présidé par Arnaud Delrieux.

Sur son site, Génération Identitaire, se présente comme un mouvement de résistance :

Nous appelons la jeunesse à relever la tête : face à la racaille, face à ceux qui veulent fliquer notre vie et nos pensées, face à l’uniformisation des peuples et des cultures, face au raz de marée de l’immigration massive, face à une Ecole qui nous cache l’histoire de notre peuple pour nous empêcher de l’aimer, face à un prétendu vivre-ensemble qui vire au cauchemar…

En Haute-Garonne, sur sa page Facebook, Génération Identitaire a 40606 likes. Mais, selon nos informations, le nombre de militants est d’une cinquantaine sur Toulouse. Ils ont entre 16 et 25 ans. Il s’agit majoritairement d’étudiants mais aussi de salariés. Le responsable toulousain, Adrien Dominguez, appartient, d’ailleurs, à cette dernière catégorie.  Depuis plusieurs années, le mouvement essaye de se structurer et de se développer. Mais il est victime d’un important turn over. Les jeunes Identitaires sont majoritairement des étudiants, parfois des salariés.

Un connaisseur du mouvement précise : « au fur et à mesure qu’ils deviennent plus sages et prennent de l’âge, les militants prennent leur distance ».

Selon nos informations, des ex-Générations Identitaires finissent au Front National. Cela reste marginal au niveau du FN31. Moins d’une demi-douzaine d’adhérents Identitaires ont pris une carte au Front National. Il suivent l’exemple d’une figure Identitaire, Philippe Vardon. L’ex-dirigeant du Bloc Identitaire sera d’ailleurs l’invité, le 26 octobre prochain, de la fédération de la Haute-Garonne.

S’agissant des relations entre Génération Identitaire et le FN31, le secrétaire départemental du parti Frontiste, Julien Léonardelli précise :

Je connais 2 ou 3 membres de Génération Identitaire. Mais nous n’avons pas de contact et il n’y a pas de rencontres. En revanche, je l’ai dit publiquement et ouvertement. J’ai soutenu leur action en Méditerranée. C’était une action de bon sens et humanitaire. Il s’agissait d’éviter des drames humains en récupérant des  migrants et en les ramenant sur leur côte.

Le départ de Florian Philippot du Front National, pourrait faire bouger les lignes. L’ancien lieutenant de Marine Le Pen s’est toujours opposé à une porosité entre les Identitaires et le parti Frontiste. Sa disparition de l’organigramme du FN peut créer un appel d’air favorable à un rapprochement.

Laurent Dubois (@laurentdub)

 

28 Juin

Petit manuel de la fraude électorale en Occitanie

Le conseil constitutionnel doit se prononcer sur un soupçon de fraude électorale en Haute-Garonne. Cette affaire soulève une question : comment est-il possible de frauder ? Enquête.

Photo MaXPPP

Photo MaXPPP

Des assesseurs, des cahiers d’émargement, une carte d’identité obligatoire et un dépouillement ouvert au public. A priori, la fraude est impossible. Les élections sont ultra-sécurisées. Les scrutins  « bidonnés » semblent réservés au continent africain ou à la Corse. Et pourtant. Sans être généralisée, la triche existe. De temps en temps, une affaire remonte à la surface. L’Occitanie est, d’ailleurs, à la pointe. A Perpignan, lors des municipales 2008, des chaussettes ont servi à dissimuler des bulletins de vote. De manière moins folklorique, c’est au tour du Comminges d’alimenter la chronique. Pas de chaussettes, de casquette ou de musette. De « simples » procurations et signatures non conformes sont sur la sellette.

Ce dossier (pas encore jugé et qui bénéficie à ce titre de la présomption d’innocence) rappelle que la fraude est possible. Le Blog Politique s’est livré à un petit recensement des principales techniques.

La « bousculade » et l’enveloppe des 100

La technique a été utilisée lors de municipales dans une commune du Lauragais. Elle repose sur une bousculade (judicieusement) organisée au sein d’un bureau de vote. Le but du chahut est de remplacer une enveloppe (contenant 100 bulletins de vote) par une autre enveloppe (préparée à l’avance et contenant des bulletins favorables à un candidat). Cette substitution s’opère après l’ouverture des urnes et avant le dépouillement.

Pour être crédible et passer inaperçue, l’enveloppe frauduleuse ne doit pas contenir 100 bulletins favorables. Généralement, ce sont 97 ou 98 bulletins (sur les 100 contenus dans l’enveloppe) qui portent le nom du candidat favorisé. En cas de question, les fraudeurs (forcément membres du bureau de vote) peuvent toujours expliquer cette vague de vote par : « ça doit correspondre à la sortie de la messe » ou même jouer l’étonnement;

Matériellement, cette technique est très simple à mettre en oeuvre. Dans tous les bureaux de vote, le nombre de bulletin de vote est supérieur aux nombre de bulletins mis à disposition des électeurs. Il suffit de piocher dans ce stock (exigé par le Code Électoral) pour fabriquer une « vraie-fausse » enveloppe de 100. Avec une ou deux enveloppes frauduleuses, un scrutin peut complètement être renversé.

Dans le Lauragais, une bousculade a servi de viatique. Mais la technique de l’enveloppe des 100 suppose (simplement) de subtiliser une enveloppe pour la remplacer par une autre. La bienveillance des assesseurs peut suffire. Surtout s’ils ont été « préparés ».

Des assesseurs « cuisinés »

La méthode est labellisée « toulousaine ». Elle a eu cours lors de municipales. Mais cette spécialité locale est parfaitement transposable en d’autres lieux et sous d’autres cieux. Elle passe par un bon buffet, de la bière et du vin rouge. Les assesseurs sont des êtres humains. Un jour de vote est une longue journée. Il faut bien subvenir à un besoin naturel : l’hydratation. Mais l’alcool ne se contente pas de ranimer les gosiers. Il anesthésie la vigilance.  Des assesseurs fatigués et alcoolisés sont des assesseurs qui (involontairement) ferment les yeux. Ou (ce qui revient au même) ce sont des assesseurs qui ne regardent pas au bon moment au bon endroit.

La « vraie-fausse » feuille d’émargement

 Après le dépouillement, une feuille d’émargement doit être envoyée (en double exemplaire) à la Préfecture et à la mairie centrale. Cette feuille doit être signée par les assesseurs et le président du bureau de vote. Lors de municipales, à Toulouse, un président de bureau de vote a proposé aux assesseurs de remplir à leur place un des deux exemplaires. Après une lourde journée, cette proposition de service a été acceptée avec soulagement. Mais la feuille d’émargement « complétée » par le président du bureau de vote n’était pas conforme à celle remplie et signée par les assesseurs. Et c’est ce « vrai-faux » document qui a été envoyé en préfecture.

Le vote « fantôme » des malades et des retraités.

La technique est valable dans les petites communes. Des électeurs glissent un bulletin dans l’urne sans avoir mis les pieds dans le bureau de vote. Il suffit de savoir qui est malade ou de connaître les retraités qui ne se déplacent pas. En milieu rural, ce genre d’information est facile à collecter. Surtout pour les maires qui (en principe) président les bureaux de vote. Les fraudeurs votent à la place de la personne alitée ou empêchée. Ils imitent la signature ou se contentent d’un vague paraphe.

Si, par malheur, le vrai électeur finit par se déplacer, il suffit de plaider une erreur.

Le procédé du « vote fantôme » se déroule habituellement entre midi et deux. A un moment où le bureau de vote est vide.

La technique du fer à repasser.

C’est la technique de fraude la plus sophistiquée. Il faut un peu de matériel : un fer à repasser. Il s’agit de coller ensemble deux enveloppes. Au moment du dépouillement, il y a (inévitablement) plus de bulletins de votes que de signatures dans le cahier d’émargement. Dans ce cas de figure, le code électoral est clair : il faut retirer 1 voix à chaque candidat.

Pour les fraudeurs, c’est le but de la manœuvre. En effet, si on retire plusieurs fois 1 voix à chaque candidat, le candidat favorisé y gagne tout de même.

Toujours dans la même idée (faire invalider des votes) il existe une variante : la mine de crayon sous les ongles.

Cela permet de tacher un bulletin et donc de le faire retirer du dépouillement.

Laurent Dubois (@laurentdub)

 

 

23 Fév

Le collaborateur « fantôme » de Jean-Michel Baylet

La France se demande s’il n’existe pas d’emplois fictifs à l’Assemblée Nationale. Mais dans le Tarn-et-Garonne, c’est un emploi bien réel qui aiguise toutes les curiosités. Un proche de Jean-Michel Baylet dirige une structure intercommunale (PETR Garonne Quercy Gascogne) présidée par le ministre. Problème : ce collaborateur omniprésent et très influent est fantôme. Aucun arrêté de nomination en préfecture. Aucune trace dans les effectifs du PETR. Retour sur un « mystère ».

Jean-Michel Baylet (AFP)

Jean-Michel Baylet (AFP)

Jean-Michel Baylet est le ministre de l’Aménagement du Territoire de François Hollande. Mais il préside également une importante structure inter-communale dans son département, le Tarn-et-Garonne. Ce simple fait n’est pas banal. Le PETR (Pôle d’Equilibre Territorial et Rural) de Jean-Michel Baylet permet un financement au travers de contrats de ruralité créés par…  le ministre Baylet.  Mais le côté cocasse ne s’arrête pas là. Le PTER Garonne-Quercy-Gascogne présidé par Jean-Michel Baylet est dirigé par un proche à la fois très présent et totalement « transparent ».

Un rôle opérationnel

Max Courrègelongue est très régulièrement présent dans les locaux du PETR, à Castelsarrasin. Il assiste aux commissions. Mais, ce n’est pas tout. Max Courrègelongue a un véritable rôle opérationnel. Il a, notamment, organisé et coordonné la réunion du conseil syndical du 10 février dernier. Selon plusieurs sources, Max Courrègelongue se comporte comme le « patron » du PETR. Des élus se plaignent, d’ailleurs, d’un interventionnisme permanent. Et pourtant. L’omniprésent et actif Max Courrègelongue n’apparaît pas dans les effectifs. Dans un rapport présenté en février 2017, l’état du personnel mentionne trois agents : un attaché principal (contractuel) en charge de la coordination des politiques territoriales et du projet de territoire, un attaché (fonctionnaire stagiaire) en charge de l’animation des politiques territoriales, un attaché (contractuel) gestionnaire d’un programme.

Ces 3 agents à temps complet représentent près de 186 000 euros de charge de personnel.

Aucune trace de Max Courrègelongue. Selon nos informations, la préfecture n’a aucune trace d’un arrêté de nomination. Selon la Cour des Comptes, le Tarn-et-Garonne ne brille pas en terme de contrôle de légalité. Mais, malgré cela, le préfet devrait avoir trace d’un arrêté portant nomination.

Un très proche de Jean-Michel Baylet

Cette absence des écrans radars est pour le moins surprenante. Max Courrègelongue est l’ancien directeur général des services (DGS) de Jean-Michel Baylet au conseil général. C’est dans le cadre de cette fonction qu’il a connu en 2011 une condamnation pour délit de favoritisme. Sa grande proximité et sa fidélité absolue envers le ministre-président du PTER peut expliquer son implication.

Mais une question reste en suspens : quel est son statut dans une structure regroupant 4 communautés de communes et 113 municipalités ?

Pas bénévole mais pas non plus rémunéré par le PETR

Absent des effectifs du PETR, Max Courrègelongue est une sorte de « DGS » bénévole. Juridiquement, le statut de collaborateur occasionnel est encadré par la jurisprudence du Conseil d’Etat. Max Courrègelongue semble correspondre aux critères : une participation effective, une contribution à une activité d’intérêt général. Généralement ce cas de figure s’applique à des parents assurant la circulation à la sortie de l’école. En revanche, la gestion opérationnelle et la direction d’un PETR, c’est vraiment pas banal.

Contacté par France 3 Midi-Pyrénées, Max Courrègelongue se présente « comme un fonctionnaire retraité ». L’ancien DGS reconnaît un travail de secrétariat et dément avoir le moindre rôle dans la préparation des réunions de travail. Max Courrègelongue refuse le qualificatif de chargé de mission. Mais il reconnaît « assumer les missions qu’on lui confie ».

Sur la question de la rémunération, Max Courrègelongue réfute le terme de bénévole. Mais il refuse de préciser qui le rémunère et insiste uniquement sur un point : il n’est pas appointé par le PETR, ni par le ministère de Jean-Michel Baylet.

Laurent Dubois (@laurentdub) et Fabrice Valery (@FabValery)

04 Jan

Mais où est passé le groupe socialiste au Conseil Régional ?

Le député de l’Hérault, Christian Assaf fête sa première année à la tête de la plus importante formation du conseil régional. L’anniversaire ne prend pas (forcément) un air de fête. Le groupe PS paraît absent des écrans radars. Peu de communiqués de presse. Pas de déclaration qui attire les lumières médiatiques.  A la différence du passé et notamment de la présidence Malvy, le groupe PS manque de visibilité et semble ne pas exister.

Fausse impression ou réalité ? La double casquette de Christian Assaf, député et président du groupe, est-elle un handicap pour les socialistes de la Région ?  Enquête.

Christian Assaf, député de l'Hérault et président du groupe PS au Conseil Régional Occitanie. Photo : MaxPPP

Christian Assaf, député de l’Hérault et président du groupe PS au Conseil Régional Occitanie. Photo : MaxPPP

De nouvelles frontières et un nouveau nom. Mais, côté coulisses, la toute jeune grande région a également accouché d’un groupe socialiste (historiquement) important. Dans l’ex-Midi-Pyrénées, l’ancien groupe Socialiste et Républicain (issu des élections régionales de 2010) comptait 36 élus. En ex-Languedoc-Roussillon, Fabrice Verdier était à la tête de 31 élus socialistes. Le groupe socialiste d’Occitanie comporte, quant à lui, 49 conseillers régionaux. Politiquement, il n’a pas la majorité absolue. Il faut l’appui et l’appoint des radicaux de gauche et du groupe Nouveau Monde de Gérard Onesta pour que la socialiste Carole Delga puisse diriger et gérer la région.

Néanmoins, arithmétiquement, le groupe de Christian Assaf reste numériquement le plus important. Ce poids (en terme d’effectifs) contraste avec la présence du groupe dans le débat public et sur la scène médiatique. Les socialistes du conseil régional n’ont jamais été aussi nombreux. Mais ils semblent plus effacer que jamais.

Une léthargie relative

Sous la présidence de Martin Malvy, le président du groupe PS, Thierry Suaud, faisait régulièrement entendre sa voix. A la tribune du conseil régional, comme le fait actuellement son successeur Christian Assaf, c’était normal. Mais, surtout, dans les médias régionaux. Les communiqués de presse du groupe socialiste arrivaient quasiment à flux tendu dans les rédactions. Des réactions ou des déclarations sur le plan rail, la réforme territoriale ou les questions économiques.

Néanmoins, il faut replacer cet « activisme » dans son contexte. Comme le précise Thierry Suaud :

Il n’est pas possible de comparer deux périodes différentes. L’expression du groupe était liée à une forte actualité nationale. Les retraites. La réforme du conseil territorial défendue par Nicolas Sarkozy. Le parti socialiste était dans l’opposition et, en accord avec Martin Malvy, nous défendions nos positions. Maintenant (ndlr : sous la présidence de Carole Delga), le groupe est concentré sur les intérêts régionaux.

Contacté par France 3 Midi-Pyrénées, Christian Assaf est sur la même ligne :

L’expression du groupe socialiste alors que le gouvernement est socialiste et que la présidente est socialiste c’est de défendre les propositions et l’action du conseil régional.

Pour le président du groupe PS, le principal travail est un travail en amont avec les élus du groupe :

Une grande partie de nos élus ne sont pas membres de l’exécutif ou de la commission permanente (ndlr instance de décision). Une trentaine des élus du groupe, c’est la loi qui le prévoit, participent uniquement 4 à 5 fois par an aux assemblées plénières. Il faut donc faire preuve de pédagogie pour expliquer les dossiers. C’est un gros travail.

Un président de groupe député

Pour Christian Assaf, la communication et les déclarations publiques ne constituent pas l’essentiel de son travail de président de groupe. En tant que député de l’Hérault, le conseiller régional s’exprime dans la presse sur la théorie du genre à l’école ou la crise grecque. Mais, s’agissant de l’animation du groupe PS au conseil régional, Christian Assaf insiste sur un travail de fond, loin des projecteurs et en profondeur. Un travail mené en liaison directe et permanente avec Carole Delga et son cabinet

Les réunions de groupe se font quasi exclusivement en présence de Carole Delga. Je rencontre toutes les semaines le directeur de cabinet de Carole Delga, Laurent Blondiau. Mais au minimum 2 fois par an, j’organise des réunions de groupe territorialisées, Gard-Lozère ou Pyrénées-Orientales-Aude et systématiquement un chargé de mission du cabinet est présent.

Présence constante de la présidente de Région, communication permanente avec le cabinet de Carole Delga. Ce mode de fonctionnement fait la force de Christian Assaf. Le président du groupe PS ne risque pas de conflit ou de mésentente avec sa présidente. Mais cette proximité a fatalement un coût : une absence d’autonomie.

Pour un membre de la majorité régionale, le « système Assaf »souffre surtout un handicap.  C’est une présidence à temps partiel : « au delà des qualités de Christian Assaf, le fait d’avoir un président de groupe député, ce n’est pas un gage d’animation du groupe. Surtout à l’approche des législatives, jusqu’en juin prochain, son agenda n’est pas régional ».

Christian Assaf ne peut pas nier une évidence. A la différence de son prédécesseur ex-midi-pyrénéen, le président du groupe cumule sa fonction avec un mandat parlementaire. Mais Christian Assaf estime que les deux casquettes sont parfaitement conciliables :

C’est quelque chose qui s’organise. En gros, je suis 3 jours sur Paris et je consacre une journée et demie par semaine au groupe.  Alternativement je passe alternativement à Toulouse et à Montpellier avec les élus et les collaborateurs de groupe.

Une navette en Toulouse et Montpellier

Une source confirme l’existence d’une navette Toulouse-Montpellier. Christian Assaf est régulièrement aperçu dans les couloirs et les salles de réunion de l’Hôtel de Région toulousain. L’Héraultais Assaf vient régulièrement à  Toulouse pour rencontrer ses élus ex-midi-pyrénéens. Malgré des déclarations de principe, l’équilibre des territoires et l’égalité « Toulouse-Montpellier » ne sont pas toujours respectés. C’est du moins ce qu’expriment et ressentent les élus ex-midi-pyrénéens. Mais, du côté de Christian Assaf, les deux ex-régions sont sur un pied d’égalité.

Ce souci des équilibres risque d’être bousculé par la campagne des législatives. Plus que jamais, le centre de gravité politique de Christian Assaf va se trouver dans la 8ème circonscription de l’Hérault.

Mais les législatives vont finir par appartenir au passé et le mandat régional de Christian Assaf reste d’actualité pendant les 5 prochaines années.

Cela laisse du temps pour reprendre les (bonnes) habitudes.

Laurent Dubois (@laurentdub)

15 Déc

Ces associations qui financent Jean-Luc Moudenc et Laurence Arribagé

Tous les 6 mois, les Toulousains et les Toulousaines reçoivent un « drôle » de tract dans leur boite à lettres. Un tract avec le logo « Toulouse Métropole Ensemble » qui comporte un bulletin d’adhésion et propose une cotisation. Les habitants de la ville rose sont également invités à rejoindre « Celles et Ceux« . Derrière ces initiatives, deux personnalités politiques. Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, et la députée de la Haute-Garonne, Laurence Arribagé.

A quoi correspondent « Toulouse Ensemble Métropole » et « Celles et ceux » ?

Enquête.

Jean-Luc Moudenc et Laurence Arribagé

Jean-Luc Moudenc et Laurence Arribagé (Photo : AFP)

Le 27 novembre dernier, au milieu des bulletins de vote pour François Fillon et Alain Juppé, les électeurs toulousains ont eu droit à des tracts (totalement) extérieurs à la politique nationale. « Toulouse Métropole Ensemble » a profité du second tour de la primaire de la droite pour faire campagne. Ce n’est pas la première fois que les Toulousains croisent le nom de l’association. Elle s’invite régulièrement dans le courrier des quartiers de la Côte-Pavée, de Saint-Michel ou des Chalets. La nature des documents ne laisse planer aucun doute. Il s’agit de soutenir Jean-Luc Moudenc. Photo digne d’une affiche électorale et mise en avant de l’action municipale. Mais un détail fait toute la différence et donne lieu, parfois, à des sarcasmes du Facebook. Ainsi, un Toulousain ayant reçu un bulletin d’adhésion a posté une remarque amusée : « Merci, j’ai déjà donné en payant mes impôts locaux« .

Il y a une part de vérité dans cette ironie. « Toulouse Ensemble Métropole » sert bien à collecter de l’argent. Déclarée en préfecture le 2 décembre 2014, l’association « a pour but exclusif de récolter des fonds destinés au financement des activités politiques« . En fait, il s’agit de l’une des 200 associations de financement qui existe en France. Le président de l’association, Jean-Michel Lattes, rappelle sa vocation :

Il ne s’agit pas simplement de financer des campagnes électorales mais aussi des opérations qui sont menées dans les quartiers. C’est le cas, par exemple, de la galette des rois de Mermoz (NDLR une salle municipale) et qui réunit plus de 1000 personnes ou encore des tracts qui sont distribués tous les 6 mois ».

Nombre d’adhérents et montant du budget ? Jean-Michel Lattes ne souhaite pas communiquer les chiffres. Des chiffres qui sont transmis à un commissaire aux comptes et à la Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements Politiques (CNCCFP). Cette procédure permet de décrocher un précieux sésame : un quitus fiscal offrant aux (générateurs) donateurs une défiscalisation des sommes versées (7500 euros maximum). Mais l’accès aux comptes et aux fichiers n’est pas public.

Jean-Michel Lattes précise toutefois la principale ressource de « Toulouse Métropole Ensemble » : les contributions des élus municipaux. Chaque élu du groupe « Toulouse Ensemble«  verse, tous les mois, un pourcentage de ses indemnités. Les élus ne sont pas simplement une manne. C’est également une ressource privilégiée par Jean-Michel Lattes : « avec les élus on connait la provenance de l’argent. C’est transparent et sûr« .

Avant la création de « Toulouse Métropole Ensemble« , Jean-Luc Moudenc disposait d’une autre structure : « Toulouse Avenir« . Ce précédent permet de lever un peu le voile sur le montant des sommes collectées par Jean-Luc Moudenc. « Toulouse Avenir » a déposé ses comptes auprès de la CNCCFP. Des comptes publiés au Journal Officiel et qui mentionnent 43 610 euros pour les dons de personnes physiques.

L’autre micro-parti/association de financement toulousaine est celle de la députée de la Haute-Garonne, Laurence Arribagé. La vocation et les missions sont identiques à la structure de Jean-Luc Moudenc. Contacté par France 3 Midi-Pyrénées, Yoann Rault-Wita :

Celles et Ceux a été créée afin de permettre de fédérer les soutiens de Laurence Arribagé. Certains donnent de leur temps. D’autres participent financièrement en fonction de leur envie et de leur possibilité. Celles et Ceux qui s’engagent financièrement permettent à Laurence de communiquer plus largement sur son action comme nous l’avons fait en distribuant dans les 52 000 boîtes à lettres de la circonscription son journal de mandat« .

Comme pour « Toulouse Ensemble », pas de détails sur les chiffres, les fichiers et les comptes. Mais un même objectif : récolter de l’argent et des soutiens tout au long du mandat, ce qui peut se révéler très utiles au moment de la campagne !

Laurent Dubois (@laurentdub)

17 Nov

Un corbeau menace de mort les élus de Verdun-sur-Garonne (82)

Menaces de mort. Lettres anonymes. Insultes et agressions physiques. Dégradations. Dans le Tarn-et-Garonne, une commune vit dans un climat délétère. La nouvelle équipe municipale de Verdun-sur-Garonne subit, depuis plus d’un an et demi, des pressions permanentes. Des plaintes ont été déposées. La justice est saisie. Mais malgré des appels aux secours répétés, le préfet et le procureur de la République refusent de se saisir du dossier. Plusieurs demandes de rendez-vous ont été adressées à la préfecture et au parquet de Montauban. Elles sont restées lettres mortes. Enquête sur une drôle d’histoire.

La tour de l'horloge à Verdun sur Garonne (Photo : Google)

La tour de l’horloge à Verdun sur Garonne (Photo : Google)

Verdun-sur-Garonne, avec sa halle et sa tour de l’horloge, a toutes les apparences d’une cité paisible. Et, pourtant, derrière les murs et les façades se cachent de vives tensions. Depuis mars 2015, un « corbeau » déverse des lettres anonymes dans les boîtes aux lettres. Elus municipaux et habitants de la commune reçoivent des missives contenant des injures. Un cap est franchi avec un courrier manuscrit adressé le 30 septembre 2016 au maire de la commune, Aurélie Corbineau. Le texte est sans ambiguïté : « Tu vas me le payerJe vais te crever… J’attends le moment fatidique« .

Une préfecture et un parquet étonnamment silencieux

Des menaces aussi claires contre une élue de la République devrait mobiliser préfecture et parquet. En fait, le préfet du Tarn-et-Garonne estime que l’affaire n’est pas de son ressort. Aurélie Corbineau a sollicité plusieurs rendez-vous. Sans succès. Contactés par France 3 Midi-Pyrénées, les services préfectoraux déclarent : « les faits évoqués par la maire de Verdun-sur-Garonne relèvent du parquet. La préfecture accompagne par ailleurs les projets de la commune et la maire a été reçue à plusieurs reprises dans ce cadre ces derniers mois« .

D’un point de vue strictement juridique, la préfecture du Tarn-et-Garonne n’a pas (complètement) tort. L’engagement de poursuites dépend du procureur de la République. Néanmoins, le préfet est le « patron » des services déconcentrés de l’Etat dans son département. A ce titre, il peut donner des directives aux services de gendarmerie et de police. Tous les préfets de France et de Navarre le font régulièrement. Ainsi, lors de la manifestation des agriculteurs à Montauban, le 14 novembre dernier, le préfet du Tarn-et-Garonne était en première ligne. Sur le site de la préfecture, un bulletin d’information recense les effectifs de police et de gendarmerie mobilisés sur le terrain. Ce même bulletin fait un compte rendu des opérations des forces de l’ordre et notamment de l’utilisation de gaz lacrymogène

Visiblement, il existe une exception s’agissant de l’ordre public à Verdun-sur-Garonne. La préfecture du Tarn-et-Garonne se mobilise contre les cambriolages. En revanche, la protection fonctionnelle des élus (pourtant prévue par les textes) ne vaut même pas un rendez-vous entre les élus concernés et les autorités préfectorales.

Face à une menace de mort (proférée par écrit et au domicile privé d’un maire), le préfet refuse d’ouvrir sa porte ou de décrocher son téléphone et renvoie vers le parquet. Un parquet qui partage avec le préfet une même ligne de conduite : pas de communication avec la mairie. 6 plaintes et 2 mains courantes ont été déposées. Mais les demandes de rendez-vous sont classées sans suite. Contacté par France 3 Midi-Pyrénées, le parquet de Montauban ne souhaite pas s’exprimer.

Le silence du parquet n’est pas forcément synonyme d’inaction. Des enquêtes peuvent être menées en toute discrétion. D’ailleurs, selon nos informations, des analyses ont été effectuées par la gendarmerie sur la lettre proférant les menaces de mort. Néanmoins, l’attitude des pouvoirs publics est étonnante. Elle devient franchement troublante lorsque la mairie demande une protection pour la tenue d’un conseil municipal et que la gendarmerie… refuse. Mais, d’une manière générale, le « mutisme » et la « passivité » des pouvoirs publics interpellent.

Il existe peut-être une explication. En effet, Verdun-sur-Garonne est un véritable terrain miné. La gestion de la commune par l’ancienne majorité est entre les mains de la Chambre Régionale des Comptes. L’ancienne majorité est sur la sellette et son ex-patron est un proche du ministre Baylet. En langage administratif cela s’appelle une « patate chaude ».

Verdun-sur-Garonne, un terrain miné

Simple coïncidence ou conséquence ? Les premières manifestations du « corbeau » débutent avec l’intervention de la Chambre Régionale des Comptes (CRC). Le « verdict » doit tomber début 2017. Mais le rapport de la CRC risque de pointer de sérieux accrocs sur les marchés publics. Plusieurs centaines de milliers d’euros pourraient être épinglés. Le déclenchement des hostilités peut être lié à un fait : la transmission de documents aux juges financiers. Au delà d’éventuelles « représailles », il peut également s’agir d’un simple mouvement de dépit. La nouvelle majorité peut être en butte avec des soutiens de l’ex-équipe municipale.

Pendant 26 ans, la mairie a été dirigée par une figure forte du PRG départemental. Denis Roger est un proche de Jean-Michel Baylet. Fils d’un sénateur allié de la famille Baylet, l’ancien maire de Verdun-sur-Garonne a été battu aux municipales de 2014. Denis Roger reste président de la Communauté de Commune Pays de Garonne et Gascogne. Mais il a du faire le deuil de son fief. Une nouvelle équipe Sans Etiquette a conquis l’hôtel de ville. Après le décès prématuré du nouveau maire, Philippe Botkovitz, c’est une jeune élue, Aurélie Corbineau, qui prend le relais. Une telle alternance laisse forcément des traces. Des rancœurs peuvent toujours naître. De là à faire dans l’insulte et la menace… Mais la nature humaine est ainsi faite que même les comportements les plus improbables et irrationnels peuvent se produire.

D’ailleurs, les raisons pour alimenter une rancœur ne manquent pas.

L’actuelle majorité municipale a réduit des financements. La Maison des Jeunes et de la Culture (MJC) a notamment subi une sévère coupe. De 230 000 euros, le financement. est passé à 75 000 euros. Ce qui explique, probablement, que le président de la MJC a relayé lui-même (avec un mail à en-tête de son établissement) une lettre anonyme. Du côté de la mairie, Aurélie Corbineau refuse de pointer du doigt son opposition et les soutiens de l’ancien maire. Néanmoins, elle n’exclut pas complètement l’hypothèse.

En revanche, la maire de Verdun-sur-Garonne insiste sur des détails troublants. L’envoi des lettres anonymes et les menaces ont été adressées au domicile des élus. Par définition, ces données ne sont pas publiques. Elles sont confinées dans des fichiers. De même, un des courriers contient des éléments issus d’un rapport interne aux services municipaux. Aurélie Corbineau ne tire pas de conséquences de ce fait. C’est un mystère de plus dans cette (ténébreuse) affaire.

Laurent Dubois (@laurentdub)

28 Oct

Un très « cher » musée pour le Conseil Départemental de la Haute-Garonne

Le mardi 18 octobre, le conseil départemental de la Haute-Garonne a annoncé la création d’un nouveau musée. La nouveauté est relative. Le département récupère une structure créée et gérée depuis 2014 par une communauté de communes du Comminges, la Communauté de Communes des Terres d’Aurignac. Le département de la Haute-Garonne est très fier de cette acquisition : « le musée de l’Aurignacien, c’est tout un patrimoine de l’Humanité connu dans le monde entier « . Un important déficit et une fréquentation plus que modeste assombrissent ce beau tableau.

Le nouveau musée départemental est une opération de sauvetage. L’ancien gestionnaire peut déboucher une bouteille de champagne. La Communauté de Communes des Terres d’Aurignac (CCTA) est au fond du trou. La Chambre Régionale des Comptes examine son cas et la justice est saisie s’agissant de son fonctionnement. Le fait d’être délesté d’un musée déficitaire est le bienvenu. En revanche, le contribuable est loin d’y trouver son compte.

Aurignac-Musée forum de l'Aurignacien. Photo : ministère de la Culture

Aurignac-Musée forum de l’Aurignacien. Photo : ministère de la Culture

L’engagement financier du Département est à la hauteur du « riche ensemble de plus de 300 objets archéologiques provenant des fouilles du site préhistorique commingeois découvert en 1860« . Le conseil départemental a déjà dépensé 200 000 euros. Au travers d’un Syndicat Mixte (crée pour une durée illimitée), le contribuable haut-garonnais va financer 80 % du budget de fonctionnement du Musée de l’Aurignacien. Les finances départementales vont également rembourser un emprunt en cours auprès d’une banque. Montant : 1 millions d’euros. Plus de 500 000 euros restent à couvrir.

Ces investissements sont à mettre en vis-à-vis avec le tableau de bord du musée. Déficit en 2015 : 226 490 euros. Ce mauvais résultat correspond à de très faibles recettes. En 2015, les recettes liées à la vente de tickets d’entrée s’élèvent à… 2634 euros. Des ventes à la boutique du musée (1015,43 euros) et de café (136,69 euros) permettent de dégager un chiffre d’affaires de… 4320 euros en 2015. 

Le total des recettes (toujours en 2015) est de : 13  870,61 euros.

Ces recettes commerciales sont à la hauteur de la fréquentation du lieu. Pour le mois de février 2016, on dénombre 356 visiteurs : 219 adultes, 59 jeunes, 19 « – de 6 ans », 59 scolaires. En janvier 2015, c’est pire. 171 entrées. 94 adultes. 10 jeunes. 5 enfants. 62 scolaires. Petite précision : les scolaires ne payent pas de ticket d’entrée.

Lors de sa création, en 2014, le musée de l’Aurignacien a été présenté comme un « joyau » capable de faire venir des visiteurs d’Australie. C’est possible que des habitants de Sidney se déplacent. Mais, comme les visiteurs toulousains, bordelais ou parisiens, ils ne débarquent pas en bus. Une « marraine » du projet, Carole Delga,a réussi à décrocher un label rare pour une musée en zone rurale. Le label « musée de France ». Mais, cela ne suffit pas à remplir les caisses.

Le ratio entre les charges de fonctionnement (177 077,36 euros de charges de personnel, 11 960,26 euros de publicité et communication, 1700 euros de voyages et 3588,44 euros de frais de téléphone et d’internet…) et les recettes est totalement déséquilibré. 

Des subventions de l’ancien gestionnaire limitent un peu les dégâts : 59 000 euros de subvention d’équilibre et 35 000 de participation aux frais de fonctionnement en 2015.

Le problème c’est que la Communauté de Communes des Terres d’Aurignac est elle-même exsangue : 748 746 euros de déficit au compte administratif de 2015. La Chambre Régionale des Comptes doit rendre prochainement un rapport public. Deux procédures ont été déposées concernant sa gestion. Une plainte déposée en gendarmerie porte sur un détournement de fond et l’autre vise un soupçon de « fausse délibération » concernant une ligne de trésorerie de 600 000 euros. 12 conseillers communautaires ont fait un signalement auprès du Procureur de la République. L’ancien président de la Communauté de Commune et promoteur du musée a du démissionné. Selon nos informations, ce proche de Carole Delga, ancien secrétaire de section du PS, travaille désormais au conseil régional.

Dans ce contexte, la décision du Conseil Départemental dépasse largement le cadre de la politique touristique. Elle peut faire plaisir aux amateurs de préhistoire. Mais le nouveau musée départemental fait surtout plaisir à certains élus du Comminges.

Laurent Dubois (@laurentdub)