30 Déc

Régionales 2015 : les socialistes du Languedoc hors jeu ?!

Une nouvelle année dans deux jours. Et une nouveauté de taille. Dans les dernières semaines de décembre 2014, le Parlement a voté une fusion des régions. 2015 va débuter avec une carte inédite. Et se terminer par l’élection d’une assemblée régionale mêlant, pour la première fois, élus languedociens et midi-pyrénéens. Tour d’horizon de ce panorama avec une personnalité socialiste qui a un pied dans les deux régions. Universitaire toulousain, André Viola est le président du département le plus midi pyrénéen du Languedoc-Roussillon : l’Aude. Favorable à la fusion, il revient sur ses conséquences. Et surtout il fixe une règle pour les investitures de janvier. André Viola est catégorique. Le candidat à la présidence de la future grande Région doit être un partisan de la réforme. Du côté de Montpellier (ou les résistances ont été nombreuses dans les rangs socialistes), cela pousse du monde vers la sortie. En premier lieu, le président sortant du Languedoc, Damien Alary.

André Viola. Président PS du CG 11

André Viola. Président PS du CG 11

Midi-Pyrénées Politiques. La nouvelle super région n’est elle pas hors sol ? Les citoyens vont-ils se retrouver dans cette immense collectivité ?

André Viola. Aujourd’hui les conseillers régionaux ne sont pas toujours connus. La fusion va avoir cet effet. Mais ce n’est pas complément nouveau. Le maintien des départements ruraux est plus que jamais nécessaire. Ce sont eux qui vont permettre le maintien de la proximité. D’ailleurs ce serait une erreur de croire que l’on va rapproche les régions des citoyens en leur confiant la compétence des routes et des collèges. Les régions ne doivent pas se soucier de la gestion au quotidien. Elles doivent se concentrer sur les grandes orientations et les politiques stratégiques.

Midi-Pyrénées Politiques. En Midi-Pyrénées plusieurs noms circulent pour la présidence pour la présidence de la future grande Région. En revanche, du côté du Languedoc, le casting semble plus pauvre. Le leader PS aux régionales sera-t-il fatalement midi- pyrénéen ?

André Viola. Il existe des ressources politiques en Languedoc. Mais c’est vrai que peu de personnalités ont été favorables à la fusion. Et il est évident que les militants ne désigneront pas des candidats qui ont combattu la création d’une grande région. On voit mal quelqu’un qui a combattu la fusion être candidat. Ca ne passera pas. Le leader du PS ne pourra pas incarner une stratégie de repli.

Midi-Pyrénées Politiques. Parmi les sujets qui peuvent fâcher, celui du choix de la capitale régionale. Pour vous, c’est Toulouse ou Montpellier ?

André Viola. Je suis favorable à ce que les deux métropoles aient une place. Ce n’est pas possible de faire vivre une double capitale. Mais il y a des solutions. On peut imaginer que les commissions se réunissent à un endroit et que l’assemblée régionale siège à un autre. On peut aussi imaginer un siège politique dans une métropole et le transfert des services dans une autre. La présidence de la Région peut aussi se trouver dans une ville et la préfecture de la Région dans une autre.

Propos recueillis par Laurent Dubois

 

 

 

 

11 Déc

Elections professionnelles : quels enseignements ?  

 

Elles viennent de s’achever dans la Fonction Publique. Constituent-elles vraiment un indicateur des aspirations sociales et politiques des fonctionnaires ? Mettent-elles en exergue des tendances politiques ? Pas évident.

 

Quoi de neuf tout d’abord ? Une première depuis 38 ans : FO perd la majorité à la Mairie de Toulouse. Il faut dire que l’affaire Falba, du nom de son ancien leader soupçonné d’abus de confiance, a laissé des traces. La CGT en profite. Un syndicat donc plus à gauche dans une mairie qui vient de repasser à droite. Premier signe que les personnels ne suivent pas forcément la tendance politique.

 

Autre place forte où FO perd le leadership : la police. Alliance passe devant en termes de suffrages mais les deux syndicats ont au final le même nombre de sièges : quatre. Assiste-t-on à une droitisation des troupes dans une période où l’ordre public est ébranlé par une série de manifestations dures en centre-ville de Toulouse et après l’impopularité des forces de l’ordre liée au décès de Rémi Fraisse à Sivens ?

 Votes et manifs 

La CGT gagne du terrain à la mairie mais en perd chez Airbus.  Il faut dire que dans cette entreprise le « marqueur » lutte sociale est moins fort qu’ailleurs, la centrale reconnue comme particulièrement contestataire y recueille donc moins de suffrages.

 

Un théorème qui ne se vérifie pas à l’hôpital où les grèves et autres rassemblements sont incessants depuis des mois. La Confédération Générale du Travail reste majoritaire mais perd 11% de ses voix en trois ans pendant que la CFDT en gagne autant pour se placer deuxième centrale devant FO et Sud.

 

Autre zone de contestation syndicale : les collectivités locales. La nouvelle carte des régions y entraîne une crainte de suppressions de postes. C’est l’argument massue de la CGT à l’Hôtel de Région. Au Conseil Général de Haute-Garonne, Sud-Solidaire préfère pointer le spectre de la métropolisation. Argument gagnant, le syndicat remporte un siège supplémentaire et vire en tête.

 

Top et flop de participation

 

De grands écarts de participation caractérisent enfin ces élections professionnelles d’un secteur à l’autre. Les hospitaliers se sont peu déplacés aux urnes, moins d’un tiers de votants, contrairement aux Finances Publiques qui remportent la palme du civisme avec 90% de participation. Des services des impôts où la grogne a été active tout au long de l’année et largement relayée par le syndicat qui reste majoritaire : Solidaires.

 

Que retenir de tout cela ? Qu’aucun bastion n’est imprenable évidemment, mais aussi qu’on peut toujours tomber plus bas. Ensuite que dans l’ensemble, les syndicats ont peiné à mobiliser d’avantage, dans les urnes comme dans la rue. Enfin qu’il y a des secteurs comme l’Education Nationale ou les Finances Publiques où le changement n’est pas pour maintenant.

 

Patrick Noviello

03 Déc

Mort du juge Michel : affaire politique ?

Ce mercredi sort sur grand écran « La French » (*) dernière superproduction avec Jean Dujardin mais surtout l’histoire de la mort du juge Michel. Une affaire qui mêle politique et Milieu. L’auteur toulousain Thierry Colombié nous donne quelques clés supplémentaires pour comprendre ce dossier avec son ouvrage qu’il qualifie de « contre-enquête sur l’assassinat d’un incorruptible ».

L’ouvrage, comme le film, démarre sur les chapeaux de roues. « Monsieur, je vous invite à la prudence : oui, c’est une affaire politique mais peut-être pas celle que l’on croit » confie à Thierry Colombié la femme d’un avocat marseillais.

Une affaire où se mêlent milieu marseillais, mafia italienne et classe politique

Et l’auteur de poursuivre : « comprendre l’affaire Michel, offrir une version qui s’apparenterait à « une affaire politique », pour reprendre l’expression de l’épouse de l’avocat, nécessite en effet de replonger dans le contexte de la fin des années 1970, avant et après l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République. Et de faire un saut de l’autre côté des Alpes, à Palerme, Milan ou Rome, pour comprendre les enjeux liés à la guerre que se livraient les clans mafieux criminels et les représentants de l’Etat, sans oublier les manipulations dont furent l’objet les partis extrémistes, de gauche ou de droite ».

Comment en est-on arrivé là ? Autrement dit à ce 21 octobre 1981, 12h49, où un magistrat à moto est abattu de 3 balles en plein centre de Marseille. Le juge s’attaquait au Milieu, et à 38 ans à peine avait déjà fait arrêter plus 70 trafiquants de drogue, provoquant la haine de nombre d’entre eux. Au début du livre, Pierre Michel se rend à Palerme pour essayer d’établir des connections entre réseaux français et italiens. Un des malfrats qu’il interroge sans succès, Gerlando Alberti, dit le Zio, constate que « le Français s’acharnait à nier la puissance d’un monde souterrain qui, par bien des astuces comptables, participait à financer des caisses de nombreux Etats, donc à faire vivre magistrats et policiers. »

Un juge haï par le Milieu

Dans sa méthode d’interrogatoire le juge Michel ne fait pas dans la nuance bousculant verbalement ses adversaires qui commencent à lui vouer une haine farouche. « Le Zio aurait préféré un peu plus de reconnaissance de la part d’un juge qu’il pouvait éliminer, ce soir, (…) ou dans dix ans si Michel osait de nouveau se hisser à sa hauteur et le traiter de menteur ». Le juge procèdera de la même sorte avec le parrain Gaétan Zampa qui dément tout lien avec son assassinat.

Le juge Pierre Michel.  Photo AFP de Gérard Fouet

Le juge Pierre Michel.
Photo AFP de Gérard Fouet

Autre question majeure de l’enquête de Thierry Colombié : le juge Michel gênait-il d’autres sphères que celle des trafiquants de drogue ? « Tradition oblige, le Milieu finançait les campagnes électorales à droite comme à gauche » confie un policier à Lionel Collard, un des leaders du S.A.C. Le Service d’Action Civique, c’est à l’origine une « police parallèle » sensée constituer la « garde rapprochée » du général De gaulle à son retour en 1960. Mais vingt ans plus tard, le service d’ordre dérape et est mêlé à des affaires de détournement de fond et même à des assassinats. Il est dissous par Mitterrand en 1982.

« Regarder sous les jupes de la cinquième République »

C’est la tuerie d’Auriol qui est le déclencheur de cette mesure. Il s’agit de l’assassinat de Jacques Massié, chef local du SAC marseillais, et de toute sa famille. La scène est décrite sans fioriture dans l’ouvrage avec notamment la mise à mort d’un garçonnet. A la manœuvre : les hommes de Massié qui croient qu’il va les trahir au profit de la gauche. Certains d’entre eux sont incarcérés et le juge Michel instruit. « Il aurait fallu que le SAC lui-même soit mis en examen pour ratisser le plus large possible (…) renverser tous les placards de France et de Navarre ; or personne au sein de la magistrature ne parvenait, disait-on, à prendre une telle décision de peur que les profanes puissent regarder sous les jupes de la Cinquième République. »

Pierre Michel n’aura donc pas le temps de mener tous ses dossiers à leurs termes. Son assassin et ses complices sont retrouvés cinq ans après qu’il ait été abattu. C’est un repenti arrêté pour un trafic en Suisse qui livrera leurs noms. François Checchi a tiré pendant que Charles Altiéri pilotait la moto. L’opération était commanditée par deux membres de la French : François Girard et Homère Filippi. L’ouvrage de Thierry Colombié décrypte aussi magistralement les sombres motivations de ces hommes du Milieu.

Patrick Noviello

« La mort du juge Michel : contre enquête sur l’assassinat d’un incorruptible » Thierry Colombié, Editions La Martinière

« La French » de Cédric Jiménez, sortie le 3 décembre.

(* )Allusion à la « French Connection » réseau de narcotrafiquants qui importe de la morphine d’Orient, la transforme en France dans des laboratoires clandestins puis l’exporte aux Etats-Unis.

27 Nov

Sivens : « bye, bye » l’argent européen

L’Europe fait barrage. Bruxelles se penche sur le projet de Sivens. Le dossier est désormais entre les mains de la Commission. Le respect d’une directive « eau » est sur la sellette. La ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, réaffirme la nécessité d’un ouvrage dans la vallée du Tescou. Mais l’intervention des instances communautaires bloque les fonds européens. Début de la fin ? Péripétie temporaire ? Gérard Onesta exprime son point de vue. Un point de vue « partial ». L’élu régional est écologiste. Hostile au projet. Mais son point de vue est loin d’être « partiel ». L’actuel vice-président à la Région a été pendant des années le vice-président du Parlement Européen. Gérard Onesta connaît bien les arcanes Bruxelloises.

 

Gérard Onesta- vice-président EELV de la Région

Gérard Onesta- vice-président EELV de la Région

-Midi-Pyrénées Politiques : D’après vous, qu’est-ce qui explique l’intervention de la Commission ?

Gérard Onesta : « Hommage au Collectif (du Testet). Hommage à ceux qui ont tenu bon. Si le Collectif n’avait pas défendu mètre par mètre le site de Sivens et, si malheureusement, un gamin n’avait pas perdu la vie, la Commission ne serait pas intervenu avant 2 ou 3 ans. Je connais le fonctionnement de la Commission. C’est parce que l’on parlé de Sivens dans les médias que Bruxelles a bougé ».

-Midi-Pyrénées Politiques : Pas de lobbying des Verts auprès de la Commission ?

Gérard Onesta : « Il y a eu des relais via le Parlement Européen, nos élus régionaux et nationaux. Mais la cause principale de l’intervention de la Commission c’est la médiatisation. Les commissaires ont entendu parlé de Sivens. Ils se sont saisis du dossier ».

-Midi-Pyrénées Politiques : Une procédure est ouverte. Mais, d’après vous, le « verdict » va tomber dans combien de temps ?

Gérard Onesta : « Ce n’est que mon pif politique. Mais je me dis que s’ils se sont saisis relativement rapidement du dossier ce n’est pas pour trancher dans quelques années. Mais plutôt dans quelques mois. Encore une fois, c’est une simple intuition ».

-Midi-Pyrénées Politiques : L’intervention de la Commission marque un coup d’arrêt au projet ?

Gérard Onesta : «  L’ouverture d’une procédure d’infraction c’est « bye, bye » l’argent européen. La perte du financement européen c’est un coup dur et peut être même fatal au projet. C’est un quart du budget qui disparaît. Je suis catégorique. Pour les deux millions européens c’est cuit. Ils ne les auront pas (les conseillers généraux du Tarn, maitres d’œuvre du projet). Il n’y a plus de carotte européenne. Et, en plus, c’est un coup de bâton avec un risque de condamnation de la France ».

-Midi-Pyrénées Politiques : L’entrée en scène de la Commission va-t-elle influencer la position de Ségolène Royal ?

Gérard Onesta : « Ségolène Royal a désormais une porte de sortie supplémentaire. Elle sait que la responsabilité de l’Etat français peut être recherchée. Cela peut déboucher sur des pénalités financières. Elle va tout faire pour s’en prémunir. De plus la Commission vise la directive sur l’eau. Je n’imagine pas une seule seconde qu’elle n’en tire pas toutes les conséquences ».

Propos recueillis par Laurent Dubois

18 Nov

Départements : le changement c’est maintenant?

Après Augustin Bonrepaux en Ariège, Pierre Izard s’apprête à passer la main en Haute-Garonne. Et après lui d’autres ? Les élections de mars prochain promettent donc de faire émerger de nouveaux présidents dans un contexte très agité pour les départements.

 

Pierre Izard ne briguera pas un nouveau mandat pour la présidence du Conseil général de Haute-Garonne.

Pierre Izard ne briguera pas un nouveau mandat pour la présidence du Conseil Général de Haute-Garonne.

Rien d’officiel mais une certitude administrative : Pierre Izard n’a pas déposé sa candidature paritaire avant-hier soir minuit comme le processus de désignation interne l’impose. Le PS 31 a donc pris acte de la décision du président du Conseil Général de Haute-Garonne de ne pas se représenter.

 Une page qui se tourne

« Une page de l’histoire de la gauche en Haute-Garonne qui se tourne » dit le Premier Fédéral. On peut même parler d’un chapitre voire d’un tome tant la présidence Izard fut longue. Conseiller général depuis 1967, il avait pris la direction du département en 1988. Alors qui pour lui succéder ? Trop tôt pour le dire. Des prétendants sont en lice mais à l’heure actuelle c’est un peu pour eux la devise du « premier qui bouge a perdu ». Pas un mot donc des Jean-Michel Fabre, Georges Méric ou encore Jean-Jacques Mirassou. Chacun sait ce que parler aujourd’hui peut lui coûter…

 

Ne pas se dévoiler trop tôt, c’est en ce moment la règle d’or des socialistes. La campagne sera rude. Le parti de gouvernement mise sur un rajeunissement des têtes d’affiche et sur un renouvellement des candidats. Exemple en Haute-Garonne seuls 21 des 39 sortants se représenteront. Mais est-ce que cela suffira à donner le change face à un gouvernement et une politique de plus en plus impopulaires ?

 Quels enjeux ?

Rappelons tout de même que les départements de gauche de notre région (tous hormis l’Aveyron) possèdent de solides majorités, parfois même écrasantes comme en Ariège. Deux d’entre eux sont détenus par le PRG, Hautes-Pyrénées et Tarn et Garonne. Dans ce dernier, Jean-Michel Baylet, battu aux Sénatoriales (donc par la volonté des grands électeurs), devra mener une campagne des plus stratégiques.

 

Le patron des Radicaux De Gauche se targue d’avoir été celui qui a sauvé les départements ruraux lors des négociations de son parti avec le gouvernement. Un trophée à son tableau de chasse qui pourrait lui permettre de récupérer  pour le prochain scrutin les soutiens qui lui ont fait défaut aux Sénatoriales.

 

A gauche, les défections sont donc désormais actées, reste maintenant à connaître quelles seront les forces en présence pour les élections départementales des 22 et 29 mars prochains. Du côté de la droite, l’espoir de conquérir de nouveaux sièges est largement avoué, celui de viser la conquête d’un département reste plus ténu.

 

Patrick Noviello

13 Nov

Qui est Ben Lefetey, le leader des anti-barrage de Sivens ?

Tête de Turc des pro-barrages. Porte-drapeau des anti-Sivens. Ben Lefetey attire les micros et attise les rancœurs. L’ancien pâtissier, fils de paysan normand, est l’interlocuteur incontournable des médias. Il incarne la lutte contre le projet de Sivens. Pour certains, c’est un agitateur professionnel. Un activiste qui souffle sur les braises. Pour d’autres, c’est un militant connaissant son dossier et le monde agricole. Un interlocuteur constructif. Ben Lefetey accepte de lever le voile sur son parcours, ses intentions. Au delà des questions sur sa personnalité, le militant Europe-Ecologie avance des propositions alternatives pour une sortie de crise.

Ben Lefetey © MaxPPP

Ben Lefetey © MaxPPP

Midi-Pyrénées Politiques : Comment vous êtes vous retrouver au cœur de la lutte contre le barrage de Sivens ?

Ben Lefetey. Je suis arrivé dans le Tarn, il y a deux ans. Après un séjour de huit ans et demi en Asie ou je me suis occupé de tourisme équitable. Avec ma famille, nous avons décidé de rentrer en France et nous avons choisi le Tarn parce que des amis habitent à côté de Rabastens. En plus, on souhaitait être proche d’une grande ville, Toulouse, sans être à Toulouse. Gaillac était un bon choix. Je ne connaissais pas Sivens. Un jour, j’ai trouvé un tract sur le pare-brise de ma voiture. J’ai travaillé 13 ans dans des ONG nationales. Notamment à Greenpeace France. J’avais donc une sensibilité. Je ne pouvais pas rester indifférent. Je me suis dit : on continue les projets agricoles dépassés.

Midi-Pyrénées Politiques : Avez vous un passé politique ? Notamment du côté de l’extrême gauche ?

Ben Lefetey. Non. Je n’ai jamais milité dans un mouvement d’extrême-gauche. Au NPA ou ailleurs. Je n’ai jamais milité dans un parti politique. Sauf depuis l’an dernier ou j’ai adhéré à Europe-Ecologie.

Midi-Pyrénées Politiques : Vous n’avez donc jamais fait le coup de poing dans des manifestations violentes ? Pas de passé d’activiste ?

Ben Lefetey. J’ai été salarié pendant 13 ans de Greenpeace et d’autres ONG dont « Les amis de la Terre ». J’ai été formé à Greenpeace aux actions « coups de poing ». Mais des actions non-violentes et symboliques. J’ai vu et subi la violence des forces de l’ordre. Notamment dans une manifestation en région parisienne avec le DAL (Droit Au Logement). Mais je n’ai jamais basculé dans la violence. « Utiliser la violence pour gagner » n’a jamais été ma théorie. D’ailleurs cette théorie n’a jamais fait la démonstration de sa réussite.

Midi-Pyrénées Politiques : C’est vous qui avez fait venir les Zadistes qui occupent le site de Sivens ?

Ben Lefetey. Non. J’ai même dissuadé en février 2013 des Zadistes de venir.

Midi-Pyrénées Politiques : Avez vous des ambitions politiques ? Vous serez candidat à des élections ?

Ben Lefetey. Avant mon départ pour l’Asie, j’ai passé plus de dix ans dans des ONG qui sont des contre-pouvoirs. On n’obtient pas de changement significatif en tant que contre-pouvoir. J’ai participé à la rédaction d’un livre blanc sur « la politique de développement durable en France » sous le gouvernement Raffarin. Il a fini à la poubelle. Alors oui.

Midi-Pyrénées Politiques : Le dossier de Sivens est devenu un dossier politique. Avec notamment l’intervention de Ségolène Royal. Comment jugez-vous la première réunion qui s’est déroulée au ministère de l’Ecologie ?

Ben Lefetey. Le bilan est très positif. C’est l’instauration d’un dialogue. Nous avons discuté de la méthode. Pas du fond. Tout le monde était forcément d’accord. Lors de la seconde réunion (qui s’est déroulée ce jeudi 13 novembre), nous allons soulevé la question du coût, du financement. Prochainement, nous allons demander que soient associés les 200 agriculteurs de la vallée du Tescou.

Midi-Pyrénées Politiques : Vous parlez de dialogue. Dans le cadre de négociations, êtes vous prêt à faire un geste et à évacuer une partie du site de Sivens ?

Ben Lefetey. C’est aux pouvoirs publics de voir à quelles conditions les Zadistes peuvent partir. Ils doivent prendre contact avec eux. Je l’ai dit à un conseiller de Ségolène Royal. D’ailleurs il faut associer les Zadistes aux réunions avec les autres acteurs du dossier. Les Zadistes sont des lanceurs d’alerte. Ce ne sont pas des voyous, des assistés et des casseurs. Le noyau dur c’est 30 ou 40 personnes. Et contrairement à ce que l’on prétend, elles sont originaires de Midi-Pyrénées. Il y a beaucoup de Tarnais parmi eux. De Gaillac, Castelnau de Montmirail.

Midi Pyrénées Politiques : Quelles sont vos propositions alternatives ?

Ben Lefetey. Il faut trouver de l’eau pour la vallée du Tescou. Il faut regarder la quantité et pour qui. Une fois cette évaluation faite, il faut regarder si il ne faut pas financer des réserves au niveau des fermes.

Midi-Pyrénées Politiques : Et si le création de réserves ne suffit pas ? Un barrage ?

Ben Lefetey. Oui. S’il reste encore des besoins, construire une retenue en amont ou en aval du site actuel. Mais je pense que la création de réserves individuelles suffira. En revanche, il est impossible et impensable de faire des travaux sur le site où est mort Rémi Fraysse. C’est devenu un lieu de sépulture.

Midi-Pyrénées Politiques : Les pro-barrages descendent dans la rue samedi. Une réaction ?

Ben Lefetey. On est complétement dans l’irrationnel. Il s’agit de manifester soi-disant pour défendre la démocratie. Mais ceux qui manifestent veulent imposer par la force un projet retoqué par des experts. Les associations n’ont pas été entendues. Les avis défavorables émis contre le projet ont été méprisés. Le prétendu respect de la démocratie locale invoqué par les manifestants a été bafoué.

Propos recueillis par Laurent Dubois

05 Nov

Sivens : dossier politique

Réunion au Ministère de l'Ecologie, hier soir. AFP PHOTO / ERIC FEFERBERG

Réunion au Ministère de l’Ecologie, hier soir. AFP PHOTO / ERIC FEFERBERG

Comme de l’eau retenue, il stagne…. Ni abandon, ni reprise des travaux, le projet de barrage de Sivens est à l’arrêt. A l’issue de la réunion organisée au Ministère de l’Ecologie par Ségolène Royal, pas de décision définitive donc. A quoi pouvait-on s’attendre d’autre ?

Certains de mes confrères se sont bien agités hier en fin d’après-midi croyant un abandon possible, mais je ne préfère ne voir là que la crainte d’une nouvelle réaction épidermique d’un gouvernement totalement imprévisible.

Non finalement Ségolène Royal aura choisi la retenue (NDR : selon l’expression consacrée, n’y voyez aucun rapport avec sa préférence quant au projet). Et voilà qu’elle promet l’envoi de trois nouveaux experts : hydrologue, agronome et biodiversité. La vallée du Testet aura décidément été examinée sous toutes les coutures.

Et le grand public de se demander : « mais ça avait pas été fait tout ça déjà ? Si si… Ce qui conforte Jacques Valax Conseiller Général du Tarn dans sa position : « si le travail pour lequel j’ai été élu ne sert à rien, je rends mon tablier ! »

Le cœur du débat politique porte sur deux conceptions de la manière de porter des dossiers comme celui de Sivens. D’un côté des élus écologistes et Front de gauche qui demandent à ce que le citoyen soit plus écouté et qui se retournent vers l’Etat pour demander un moratoire.

De l’autre la majorité des élus départementaux qui disent avoir justement suivi la procédure légale imposée par l’Etat pour mener le projet et qui aujourd’hui expliquent que si le citoyen doit être plus entendu, c’est à l’Etat de le décréter. Ce sera tout l’enjeu du débat que nous allons impulser ce samedi 8 novembre dans « La Voix est Libre » dans le cadre de notre polémique de la semaine.

 

Patrick Noviello

04 Nov

Ségolène Royal et Sivens : un simple tour de table

Fin de la réunion. Ségolène Royal vient de présenter à la presse son compte rendu. Pendant plus d’une heure, la ministre de l’Ecologie a reçu les acteurs du dossier Sivens. Les premières réactions sont mitigées. Le ressenti des participants est franchement négatif.

Ségolène Royal. Photo @AFP

Ségolène Royal. Photo @AFP

Du côté d’Europe Ecologie, le bilan est plutôt positif.

Guillaume Cros, président du groupe EELV à la Région estime qu’ « a priori on n’est pas dans une situation bloquée. Ce que l’on pouvait craindre ». Il retient surtout l’hypothèse de la création d’une retenue en amont. L’élu écologie avait plutôt en tête une alternative en aval. Mais il va réfléchir à cette piste.

Au final, Guillaume Cros continue «  à demander l’arrêt du projet ». Néanmoins, il précise immédiatement : « l’intervention de Ségolène Royal permet d’espérer une issue ».

Le point noir concerne l’appel à une évacuation de Sivens. Guillaume Cros est catégorique. La ministre demande la fin de l’occupation du site. L’élu écologiste estime que c’est « totalement irréaliste. Pour déloger les Zadistes, il faut renvoyer les gendarmes ».

Du côté des participants le ressenti est franchement négatif Un des invités salue l’ambiance sereine et la liberté d’expression. Néanmoins, pour lui, cette réunion se résume à un simple tour de table, sans échange. Un autre participant estime même qu’il entendu lors de la conférence de presse de la ministre des choses qu’il n’a pas entendu pendant la réunion.

Pierre Verdier (président de la commission développement durable du Conseil Général du Tarn) est plus modéré. Le conseiller général précise : « il ne faut pas trop attendre d’une première réunion. Nous avons pu exposer la position du conseil général ». Il repart « un peu frustré ».

 

Laurent Dubois

26 Oct

(Exclu) : Sivens, les Experts : poursuite du projet mais des réserves

Préfecture du Tarn. Lundi 27 octobre. Le rapport sur le barrage de Sivens va être présenté demain à 15 heures 30. Il est très attendu. Le 8 septembre dernier, la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royale a nommé deux experts pour évaluer le projet. En accord avec le conseil général du Tarn, un ingénieur des eaux et forêts et un inspecteur général de l’environnement sont désignés. Les experts doivent, selon l’expression de Ségolène Royal, « favoriser le dialogue et vérifier les garanties d’une gestion durable de la ressource en eau ».

@AFP

@AFP

Après des semaines d’auditions et d’études, le rapport des experts est arrivé sur le bureau de la ministre. Il n’a pas de caractère public.

Le document aurait pu rester dans les tuyaux gouvernementaux. Ségolène Royal a décidé une formule médiane : pas de conférence de presse ou de publication. Mais une restitution, à huis clos, aux acteurs du dossier.

D’après nos informations, la conclusion du rapport est « favorable » à la poursuite du projet. Les experts estiment qu’il peut continuer. Mais Ils mettent  en avant des raisons pratiques. Les sommes engagées et les travaux déjà réalisés rendent difficile un arrêt.

En revanche, les experts soulèvent des points négatifs :

Le surdimensionnement du projet. Le barrage (une digue de 315 mètres le long et 13 mètres de haut) doit permettre de stocker 1,5 millions de m3 d’eau. Il nécessite le déboisement des 13 hectares de la zone humide du Testet. Au total, ce sont plus de 40 hectares qui sont concernés. Les experts estiment que le volume de stockage (1,5 millions de m3) est 1,5 fois supérieur au besoin réel d’irrigation.

Une surestimation du nombre d’exploitations bénéficiant du barrage. Une guerre des chiffres oppose les pros et les anti-barrages. Pour les uns, le barrage doit permettre l’irrigation de 80 exploitations. Pour d’autres seules 20 exploitations bénéficieraient du barrage. Les experts estiment que le chiffrage du maitre d’ouvrage est surestimé.

Des questions sur le financement. Le projet coute 8,49 millions d’euros. Le budget de fonctionnement s’élève à 300 000 euros par an. L’Agence de l’Eau Adour-Garonne, le conseil général du Tarn, la Région Midi-Pyrénées et des fonds européens doivent financer. Les experts relèvent le fait que le tour de table financier n’est pas bouclé. Ils s’interrogent notamment sur les financements européens (Feader).

Toutes ces observations et la conclusion des experts n’ont pas un caractère « obligatoire ». Le rapport ne clôt pas le dossier. Il fournit uniquement des éléments de décision à Ségolène Royal. Et des arguments aux protagonistes. Le conseil général va évidemment s’appuyer sur la conclusion (le projet peut continuer). Les anti-barrages vont surtout retenir les réserves émises (surdimensionnement, financement non assuré). La bataille de Sivens est loin d’être finie.

Laurent Dubois

 

Correctif : Ce texte a été rédigé et mis en ligne le dimanche 26 octobre à 11 heures. A ce moment, seule une réunion de restitution était prévue. Elle devait se tenir à la Préfecture du Tarn à 15 heures 30. Le déroulement était le suivant : 1 heure de restitution et 1 heure de questions/réponses. L’accès à cette réunion devait se faire uniquement sur invitation. La presse n’était pas invitée. Lundi 27 octobre, vers 9 heures 40, une conférence de presse (14 heures à la Préfecture) a été organisée. La veille, dimanche dans la nuit, le rapport des experts a été mis en ligne sur le site de la Préfecture du Tarn. Cette mise à disposition du public n’était pas initialement prévue. 

 

23 Oct

« L’aménagement du territoire » selon Aurélien Bellanger

C’est au départ une critique de ce livre largement promotionné qui m’a interpellée. Elle disait « le roman que tous les élus locaux devraient avoir lu ! » Elle avait raison sur deux points. Il s’agit bien d’un roman. Et si nos politiques veulent ouvrir les yeux ou faire leur autocritique ces presque cinq-cents pages ne leur seront pas inutiles.

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Tout d’abord soulignons la justesse du propos de l’auteur. A titre d’exemple, si vous voulez comprendre comment la France s’est dessinée de l’Antiquité (voire avant) à nos jours, il suffit de lire les vingt premières pages et déjà, vous mesurerez la qualité des travaux, plus ou moins fictionnels, d’Aurélien Bellanger.

La notion d’équilibre est une notion clé de la géographie, et plus spécialement de la branche exécutive de celle-ci, nommée aménagement du territoire

D’entrée, l’auteur n’est pas tendre avec les technocrates, ceux qui se tiennent éloignés du suffrage universel pour garder toute leur influence : « L’image de l’hexagone permit alors aux haut-fonctionnaires du pays de jouer passionnément à un jeu qui tenait du puzzle, du casse-tête et du kriegspiel, mais qu’ils préféraient appeler aménagement du territoire. »
Exemple chez nous : « Un arc Atlantique fut créé pour revitaliser les deux faces ouest de l’hexagone. On pensa même le relier via un axe qui prenait Toulouse pour pivot, à l’arc méditerranéen »(…) « On désenclava, raccorda, modernisa ; le pont de Normandie et le viaduc de Millau furent vécus comme des assomptions républicaines. »

Airbus et la rationalité économique

Pas tendre non plus, Aurélien Bellanger évoque la norme de l’éclatement sur plusieurs sites européens de grands groupes comme Airbus « désastreuse en termes de pure rationalité économique ». Et puis l’auteur rappelle aussi, sous l’impulsion du Général De Gaulle l’émergence des régions.
Le livre se veut également d’une actualité brûlante à l’heure où l’on s’interroge sur la concession au privé de nos autoroutes et où la cour des comptes s’attaque sans détour à la rentabilité très contestable du TGV en France. « Pendant plus d’un quart de siècle, le rail allait incarner en France le progrès triomphant »(…) « Le TGV était un jouet de technocrate indifférent à l’existence du territoire réel. La carte de la grande vitesse était une carte autonome. »

Le TGV, un jouet

L’ouvrage critique également le partenariat public-privé qui va constituer le montage financier de notre future LGV dont nous débattions, il y a peu, dans « La Voix est Libre ». Tout cela parce que « Toulouse, la ville de l’Airbus, reliée à Paris par plus de 400 vols par semaine, voulait son TGV ».
Bref cet ouvrage, roman certes, au-delà de s’avérer d’instructif, est d’une actualité brûlante. A lire donc dans les plus brefs délais.

« L’aménagement du territoire », Aurélien Bellanger, Gallimard

Patrick Noviello