11 Juin

Baptême du feu

 

Assemblée Nationale-MaxPPP

Assemblée Nationale-MaxPPP


Souvenez-vous mesdames et messieurs les parlementaires de votre première fois… Oui votre première question au gouvernement. Emissaire de votre parti politique, de votre groupe ou de vos concitoyens, vous voilà tout à coup debout, face au micro, votre petit papier en main (les questions sont rarement apprises par cœur ou improvisées, d’où souvent le manque de conviction dans le ton).

Ce mercredi Laurence Arribage n’a pas eu un baptême facile. Peu après 15h30 la voilà dans l’hémicycle sur une question d’actualité faisant référence à l’affaire Quentin Fisset. Ce jeune haut-garonnais a été poignardé mortellement dans la nuit du 12 au 13 mai à la sortie d’un bar de nuit toulousain. Trois suspects sont alors écroués et le principal d’entre eux vient d’être relâché pour vice de procédure. La Chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse a laisser passer de 24 heures la date avant laquelle elle devait se prononcer sur une demande de remise en liberté présentée par ses avocats.

La toute fraîche députée de Haute-Garonne effectue donc son baptême du feu en interpellant la Garde des Sceaux sur cette erreur. Un chemin escarpé, celui qui mène de l’actualité et des pages Faits Divers à la volonté d’en faire une question politique. La voix ne tremble pas, les collègues de l’opposition l’encouragent d’applaudissements, l’examen de passage est apparemment bel et bien passé. L’adjointe au maire de Toulouse en charge des sports vient de remporter le premier round et se rassoit dans les travées.

Mais Christiane Taubira n’est pas du genre à tomber à la première droite (sans rapport avec le bord politique) verbale. Elle place dès l’entame de sa réponse le curseur dans la zone « polémique ». Les bancs de l’opposition grondent et la ministre de la justice enchaîne en argumentant sur le nombre de décisions judiciaires rendues, les réductions d’effectifs et de budget votées sous la précédente majorité de droite et conclue sur ce qu’elle essaie aujourd’hui de relancer avec son projet de loi, notamment l’écoute des victimes.

Mais les victimes justement goûtent-elles de telles joutes ? Peu probable. En tout cas les coups et les parades de la démocratie auront encore été portés cet après-midi. Fougue de la débutante et stratégie de l’expérimentée se seront confrontées. Ainsi va la République.

Patrick Noviello

Pour aller plus loin :
Retrouvez l’intégralité des questions d’actualité sur le site de l’Assemblée Nationale.
Cette semaine « La Voix est Libre » est consacrée à la réforme pénale.

26 Mai

Euro-catastrophés et après ?

Parlement Européen, Strasbourg ©Gerald Cercles - AFP

Parlement Européen, Strasbourg ©Gerald Cercles – AFP

« Un séisme », « un choc », « une éruption volcanique aux pluies très acides » bref Armageddon, quoi ! Les grands mots n’ont pas manqué hier soir pour commenter les résultats des élections européennes. Certes le Front National a fait quatre fois plus de voix qu’il y a cinq ans en Midi-Pyrénées. Mais y-a-t-il lieu de crier à la catastrophe ? Seul notre dernier eurodéputé Midi-Pyrénéen, José Bové, semblait vouloir garder de la mesure hier soir sur les plateaux télé, en déclarant « les français se sont lâchés », expliquant que pour eux, ces élections défouloirs n’avaient pas d’importance car les enjeux avaient probablement été mal expliqués donc mal compris.
Autre question qui taraude les esprits : va-t-on passer, nous français, pour des europhobes ou des grands protectionnistes, parce que nous envoyons la plus grosse cohorte d’élus d’extrême droite au parlement européen ? Nous n’en sommes pas encore là. Le Front National n’est pas Aube Dorée, et nous n’avons pas Viktor Orban comme Premier Ministre. Donc a priori, pas de leçon d’ouverture à recevoir de nos voisins… Qu’ont-ils fait d’ailleurs nos voisins directs ? L’Espagne a fait émerger « Podémos » un parti né de la révolte des « indignés » alors que chez nous Jean-Luc Mélenchon et le Front de Gauche stagnent.
Un Jean-Luc Mélenchon, réélu du Sud-ouest, attristé, au bord des larmes même en conférence de presse hier soir, qui appelle les travailleurs à se ressaisir. Parce qu’au fond, c’est aussi l’ensemble de la gauche qui a pris une claque ce dimanche 25 mai. Y compris dans notre région où seul l’Aveyron, dernier bastion de droite en Midi-Pyrénées, a placé l’UMP devant le FN. Il faut bien dire que les socialistes sont partis dans cette campagne à reculons, avec une tête de liste qu’ils n’avaient pas choisie, la PRG Virginie Rozière.
Le patron du PRG, Jean-Michel Baylet dit avoir reçu le message des urnes : « nous comprenons l’amertume et la désillusion d’une partie de nos concitoyens face à l’état de l’Europe aujourd’hui et sommes conscients qu’il faudra tirer les conséquences d’un tel résultat. » Pour Martin Malvy, « c’est davantage qu’une correction, un sérieux avertissement pour l’avenir ». Et l’avenir quel est-il ? Des élections cantonales et régionales dont on ne connait pas la date, réforme territoriale oblige.
Il serait trivial d’imaginer déjà un FN en tête sur ces futurs scrutins. Premier élément : pas question de proportionnelle dans ces élections, les candidats frontistes devront donc ferrailler dans un second tour, s’ils s’y qualifient… Ensuite, même si la participation est loin d’être garantie, voter pour la couleur politique de sa région peut sans doute mobiliser plus que les questions européennes. Ces élections locales resteront sans doute le réel test d’évaluation des forces de la gauche traditionnelle ici en Midi-Pyrénées. Et pour l’électeur l’occasion de rassurer ou pas les « euro-catastrophés ».
Patrick Noviello

28 Avr

Pacte de responsabilité : combien de divisions ?

« Nous sommes conscients de la nécessité de redresser nos finances publiques, de soutenir nos entreprises pour la compétitivité et l’emploi, mais nous voulons le faire avec le souci de la justice sociale ». D’une seule voix ou plutôt d’un seul communiqué tous els députés socialistes de la Haute-Garonne, le disent sans détours, « demain nous soutiendrons le plan présenté par le gouvernement ».

 Ces neuf-là (Gérard Bapt, Christophe Borgel, Carole Delga, Monique Iborra, François Imbert, Patrick Lemasle, Catherine Lemorton, Martine Martinel et Emilienne Poumirol) vont donc appuyer manuel Valls et ce malgré d’autres élus de gauche du même département qui les avaient pourtant appelés à voter non.

 « Quand on est un député de gauche, on n’applique pas la politique voulue par le Medef. Quand on est un député de gauche, on ne recourt pas aux vieilles recettes économiques de la droite.  Vos électrices et électeurs, du premier comme du second tour, dont nous sommes, ne vous ont pas élu pour cela » leur écrit Martine Croquette, candidate du Front de Gauche dans la troisième circonscription.

Manuel Valls à l'Assemblée Nationale. AFP PHOTO / JACQUES DEMARTHON

Manuel Valls à l’Assemblée Nationale. AFP PHOTO / JACQUES DEMARTHON

Bref ici comme ailleurs, le fossé se creuse entre la gauche socialiste et sa gauche. Ambiance, ambiance en perspective dans certains conseils municipaux ou autres collectivités locales. Un signe d’apaisement toutefois pour le Premier Ministre, il pourra a priori compter sur les Radicaux de Gauche. Ils semblent lui avoir donné leur aval via un message de leur patron, Jean-Michel Baylet.

« Les petites retraites, inférieures à 1200 euros, ainsi que les fonctionnaires de catégorie C, ne seront pas impactés par les mesures d’économies annoncées, le Plan pauvreté sera quant à lui appliqué comme prévu et ses financements sanctuarisés. Ce sont là trois revendications portées par le Parti Radical de Gauche qui ont été reprises par le Gouvernement. » Le Président du Parti Radical de Gauche, se félicite d’avoir été entendu et appelle donc à voter le plan Valls.

Rendez-vous donc demain à l’assemblée nationale pour compter les voix et les divisions.

Patrick Noviello

20 Avr

En attendant Hollande

Le Président François Hollande se rendra mercredi à Carmaux dans le Tarn pour rendre hommage à Jean Jaurès. La figure tutélaire du Socialisme a été assassinée voilà cent ans et les commémorations se multiplient. L’occasion aussi pour le PS de revenir à ses fondamentaux ?

 

Les calendriers sont parfois cruels… Il y a quasiment deux ans jours pour jours, le candidat Hollande faisait campagne en terre carmausine. Il était alors accueilli dans la ferveur par deux mille personnes qui criaient « on va gagner » ou « Hollande Président ». Sur la photo de Jean-Marie Lamboley  pour le quotidien régional, on voit le futur locataire de l’Elysée entourée de figures locales du socialisme.

Que sont mes amis devenus ?

A sa droite Philippe Martin, devenu quelques mois ministre de l’environnement puis remplacé lors du remaniement, à sa gauche Martin Malvy dont on ne sait s’il repartira aux prochaines Régionales, derrière lui Jean-Michel Baylet qui se serait bien vu Ministre mais qui entre temps, a été mis en examen dans une affaire de frais de bouche, et enfin au dernier rang, les surplombant, Jean-Pierre Bel, président du Sénat qui a annoncé son retrait de la vie politique, Kader Arif, un des derniers hollandais pur sucre conservé au gouvernement et Jacques Valax député de la circonscription balayé aux municipales albigeoises.

François Hollande ©SEBASTIEN BOZON / AFP

François Hollande ©SEBASTIEN BOZON / AFP

 

Les soutiens présidentiels d’alors seront certainement à nouveau là ce mercredi, mais ils ont, chacun à leur niveau, éprouvé le fait d’être dans la majorité présidentielle. Une majorité qui a 50 milliards d’économie à trouver et dont le leader s’est depuis déclaré « social-démocrate ». Alors pas sûr évidemment que l’accueil réservé au Président par les carmausins soit exactement le même que lors de la campagne de 2012.

Jaurès pour tous

Plus largement, ils sont nombreux ceux qui commémorent Jaurès, se recommandent de lui ou tout simplement commentent ce que sa pensée est devenue aujourd’hui, et ce même à droite. Bernard Carayon patron de l’UMP tarnais s’apprête même à sortir un ouvrage intitulé : « comment la gauche a kidnappé Jaurès ». Le 16 avril 2012, à la tribune, à Carmaux, François Hollande a ses mots : « En 2007, à Toulouse, Nicolas Sarkozy avait cité 32 fois le nom de Jaurès. Il y a cinq ans, c’était sa référence. Aujourd’hui a-t-il cité une seule fois son nom ? Il ne le pouvait plus. Il y a tant de différences entre ses paroles et ses actes ». A présent, bon nombre d’observateurs seraient tentés de renvoyer aujourd’hui cette citation à son auteur.

Et François Hollande de poursuivre ce même jour d’avril 2012 : « Je me réclame de la synthèse de Jean Jaurès entre l’idéal que nous devons servir et le réel qui est devant nous. » Seulement, est-ce que le réel n’a pas écrasé l’idéal ? En 1914, le fléau c’est la guerre mondiale qui s’annonce. Jaurès s’y oppose avec ferveur, le pacifiste sera assassiné pour ses idées. Aujourd’hui, pas de guerre mondiale à l’horizon mais pour beaucoup le fléau s’appelle « mondialisation » ou « finance ». Cette finance que Hollande avait qualifiée d’ennemie lors du meeting du Bourget.

Le fléau a changé, les temps aussi, et le socialisme forcément.

Patrick Noviello

10 Avr

Adieu monsieur le maire !

En novembre dernier, nous le recevions Laurent Dubois et moi pour une Spéciale « Défenseur des Droits ». Voilà presque un an que j’attendais de faire cette émission avec Dominique Baudis, mais, lui, pendant ce temps, luttait déjà contre la maladie. Un invité pas comme les autres pour moi tant il a jalonné ma carrière professionnelle.

baudis

On parle souvent de connivences entre journalistes et hommes politiques, il n’y en avait pas entre nous. Je doute d’ailleurs qu’il en ait eu avec mes confrères et collègues tant il respectait trop notre métier pour cela. Il a d’ailleurs été des nôtres, et de quelle manière, à la fois sur les terrains les plus durs pour montrer et à la fois en plateau pour expliquer.

Il était donc finalement venu au rendez-vous, seul, sans escorte ni cour. Seul face à nos questions dont l’inévitable, sur cette calomnie qui a changé sa vie à jamais. Cette expérience lui a-t-elle donné encore plus envie de défendre les autres comme l’exigeait son ultime fonction ? 
« Ce qui ne tue pas rend plus fort » nous avait-il confié, avouant malgré tout qu’il avait souffert. Aujourd’hui qu’il n’est plus là et qu’aucune connivence ne peut nous être attribuée, je dois le dire : j’ai perdu un ou deux amis en le défendant à l’époque de l’affaire Alegre. Je le respectais trop pour le croire capable des horreurs dont on l’accusait.

Ironie de l’histoire, il s’en va alors que celui qui se dit son héritier revient au Capitole. On ne le voyait plus guère dans les rues de Toulouse mais il a du goûter l’ironie des destins. Les temps ont changé, la politique sans doute encore plus. Beaucoup de néo-toulousains ne savent pas qui est Dominique Baudis et pourtant ils ont une partie de son travail sous leurs yeux.
On peut sans doute lui reprocher beaucoup de choses, le suffrage universel est là pour dire qu’il y a des pour et des contre, mais il a été un maire qui restera à jamais ancré dans l’histoire de notre ville.

Il aura certainement un ou plusieurs lieux à son nom. Lui qui l’aimait tant rentrera certainement dans l’histoire d’une façon ou d’une autre, la collective évidemment mais aussi la notre, à chacun d’entre nous, comme ceux qu’ils croisaient et écoutaient dans la rue en notant sur des post-it ce qu’ils avaient à lui demander. Il posait ensuite toutes ses doléances sur son bureau au Capitole et avant chaque réunion avec son staff demandait à ce qu’elles soient étudiées une à une.

À compter de ce jour, beaucoup de toulousains vont à garder dans le coin de leur tête un post-it avec son nom marqué dessus.

Patrick Noviello

A la vie, à la mort !

Nous sommes en 2014, en France, dans une région ni pauvre, ni richissime. Avez-vous entendu parler de l’histoire de cette fillette de huit ans enterrée dans un caveau anonyme et communal de Nailloux en Haute-Garonne ?

Non ce n’est ni du Zola, ni du Hugo. Ça se passe aujourd’hui, près de chez nous.

Les parents d’élèves de la commune ont lancé un appel aux dons pour lui donner une autre sépulture. Évidemment nous ne sommes pas tous égaux face à la vie. On ne choisit pas la condition sociale de sa famille et donc le cadre économique dans lequel on va grandir. On ne choisit pas non plus sa constitution physique qui va peut être nous faire disparaître trop tôt d’une maladie incurable. Mais apparemment nous ne sommes pas non plus égaux face à la mort. Ne jouons pas les surpris.

Qui n’a pas été confronté à la mort soudaine d’un proche à qui il faut donner une sépulture dans l’urgence ? Le deuil n’a pas débuté qu’il faut déjà faire les comptes. Indécent ? Non, logistique. Quelle cruauté quand même… Des annonceurs nous préviennent pourtant vantant leurs assurances obsèques à longueur d’année, mais tout le monde ne peut pas lâcher cinq Smic pour prévoir ce que beaucoup d’entre nous ne souhaitent à personne et encore moins à leurs proches ou eux-mêmes.

Imaginez les parents de cette fillette ! Ils ont du se résoudre à la laisser aux côtés d’inconnus, elle, qu’ils imaginent désormais si seule et si loin d’eux. Il n’est point question de religion ici. Chacun doit pouvoir se recueillir comme il le souhaite face à une tombe, une urne, un endroit chéri du disparu où ses cendres ont été répandues et que sais-je encore. Mais chacun doit au moins avoir ce choix. Rien d’utopique là-dedans. Il s’agit d’un choix de société.

La fin des concessions à perpétuité voilà peu a commencé à interpeller l’opinion, mais certainement pas assez.

En démocratie, l’Etat est le garant de la vie de ses concitoyens à une multitudes de niveaux (crèches, écoles, emploi, santé, retraite, etc…) mais que doit-il en être de leur mort ? À méditer.

Patrick Noviello

 

24 Fév

Manif pour tous ?

Selon la police, ils étaient 2000 dans les rues de Toulouse ce samedi pour une manifestation contre l’antisémitisme, l’homophobie et les néo-nazis. A l’origine de cette protestation, des tags qui ont souillé la ville ces derniers jours, comme ils ont souillé l’idée qu’on peut se faire du vivre-ensemble et de la tolérance.Une leçon à retenir (il reste encore des imbéciles pour réaliser ce type de tags), un combat à mener contre les extrémismes de tous bords également et enfin l’envie de prouver qu’un peuple est aussi capable de se soulever pour aller crier dans la rue sa colère face à tout type de discriminations. Pour ce dernier point, c’est raté ! L’exclusion n’a jamais été la solution à l’exclusion.

Or le cortège n’a pas accueilli tout le monde. La présidente du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France de Midi-Pyrénées en témoigne : « on vire des juifs d’une manifestation qui s’exprime contre l’antisémitisme.» « Yardeni casse-toi, le Crif fasciste, sionistes, cassez-vous », voilà le type d’insultes auxquelles elle a eu droit. Inacceptable, même si le service d’ordre s’est efforcé de repousser les manifestants agressifs et que les organisateurs ont présenté leurs excuses.

Autre exclusion : celle de l’UMP et de son candidat toulousain Jean-Luc Moudenc qui a essuyé des quolibets. Son parti s’est effectivement majoritairement opposé à la loi sur le mariage pour tous, mais cela n’en fait pas pour autant des homophobes. « En arrivant ici, les organisateurs m’ont dit que je n’avais pas ma place ou alors au fond avec mes amis. C’est un comportement qui est scandaleux, un comportement de haine » a dénoncé le président de l’UMP31.

Cette manifestation était-elle réservée à la gauche ? Non puisque Pierre Cohen, maire socialiste sortant et à nouveau en lice pour les prochaines élections a préféré ne pas défiler, se postant simplement devant le départ du cortège à l’espace des diversités, en signe de soutien. Avait-il senti le coup venir ? Quoi qu’il en soit, Pierre Cohen n’a pas mâché ses mots : « Il faudrait maintenant rassembler toutes les forces républicaines, les forces démocratiques, les forces progressistes pour arriver enfin à faire que les fascistes et les antirépublicains rengainent leur bile.»

Une doléance qui, si on souhaite l’appliquer au pied de la lettre, renvoie les organisateurs de la marche de samedi à leur propre échec. La Ligue des Droits de l’Homme quant à elle expédie ce lundi un communiqué de presse qui sonne comme une incantation : « Contre l’homophobie, le racisme et les idées d’extrême droite : unité d’action ! » Alors à quand une vraie manif pour tous ? A priori la lutte contre les toutes les formes de discriminations devrait pouvoir faire l’unanimité, non ?

Patrick Noviello

14 Fév

Incroyable Italie

Imaginez le premier secrétaire du PS allant  négocier avec Nicolas Sarkozy ou François Fillon un accord sur une nouvelle loi électorale ! Imaginez un chef de parti renversant le premier ministre, du même bord que lui, par un vote interne ! Imaginez un gouvernement de coalition qui mêle droite et gauche. Inimaginable en France et pourtant le quotidien de l’Italie.

 

Letta poussé dehors

 

« L’Italie donne l’image d’un pays fatigué, apeuré, résigné, difficile à changer. Elle n’est pas, ne peut pas être ainsi. Nous méritons mieux » lance Matteo Renzi  dans son projet lors des Primaires du Parti Démocrate en décembre dernier. Après avoir remporté ce scrutin interne, et sans plus attendre, il a poussé Enrico Letta à la démission ce jeudi. Le pays se retrouve donc une nouvelle fois sans gouvernement. Mais le florentin de 39 ans est en embuscade et a sûrement déjà tout prévu.

 

            Revoir la carte administrative du pays, diminuer de 15% les dépenses des administrations…Un programme qui rappelle deux des dernières doléances de François Hollande : des fragrances de centre gauche ou de social démocratie ? Une différence toutefois avec le chef de l’Etat français. Président de la province de Florence à 29 ans. Premier ministre 10 ans plus tard ? Rien ne semble pouvoir stopper « l’étoile filante » Renzi comme il est surnommé.

 

Aléas et fiction

 

Auparavant seul Pierluigi Bersani l’avait battu, là encore lors de primaires, mais ce dernier n’avait pas réussi à former de gouvernement. Aléatoire, ainsi est la politique de la péninsule, aléatoire, tout autant sa constitution avec un Président de La République « obligé » de se représenter contre sa volonté tant le pays est au bord du gouffre.

 

Le héros du dernier film de Roberto Andò se prénomme Enrico, comme Letta. Tiens, tiens… Il est interprété par Toni Servillo. Dans la fiction, ce leader de parti (qui ressemble au Parti Démocrate) est en route vers des élections, que ses ennemis comme ses alliés pronostiquent perdues d’avance. Il décide alors de disparaitre. Son spin-doctor lui trouve un jumeau, sorti de l’asile, pour le remplacer. Ce dernier aussi fou que poète se met à parler à un peuple qui retrouve espoir et confiance.

 

Et après ?

 

Ce n’est hélas que du cinéma. Mais pour Tony Blair à qui on compare souvent le maire de Florence : « Renzi représente optimisme et espoir pour l’Europe ». Seulement, qu’est-ce qui prouve que l’ambitieux toscan fera mieux que son prédécesseur ? Quelle combinazione peut encore sortir du chapeau ou des secrets de Palais ? Réponse aux prochaines élections.

 

Patrick Noviello

29 Jan

Les fractures françaises et l’impossible analyse

Notre pays est-il en train de se refermer sur lui-même ? C’est ce que tend à prouver le baromètre Ipsos-Steria « fractures françaises » réalisé pour Le Monde, France Inter, la Fondation Jean Jaurès et le Cévipof. 79% des français interrogés y pensent qu’ « on n’est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres ». Que vaut une société qui n’a plus confiance en elle-même ou en autrui ? A quelles extrémités peut-elle se livrer ?

Au regard de la morosité qui s’installe dans l’opinion publique, cette étude fait planer quelque chose d’inquiétant chez les analystes sociétaux que nous sommes. Rajoutons à cela que 66% des interrogés sont d’accord avec l’idée qu’il y a trop d’étrangers en France et que près de 50% des français seraient pour le rétablissement de la peine de mort, on sent évidemment comme une radicalisation de l’opinion.

Quelles préoccupations ?

Défiance également à l’égard de la classe politique, phénomène que nous connaissons bien. Nous, journalistes politiques, ne sommes pas forcément là pour combattre ce phénomène mais pour essayer de rendre le débat démocratique accessible voire intéressant. Pourtant, toujours selon cette étude, pour 74% des sondés,  les journalistes ne parlent pas des vrais problèmes des français.

Je me permets donc une légère riposte. Que penser de cette réponse en rapport avec les premiers mots de cette chronique (Notre pays est-il en train de se refermer sur lui-même ?) ? Est-ce nous qui ne captons pas les préoccupations majeures des français ou celles-ci sont-elles si individuelles qu’impossibles à exposer dans leur ensemble ?

Dans un autre registre, la divergence de point de vue n’est-elle pas aussi trop opposée désormais. Prenons l’exemple, certes souvent ressassé mais toujours marquant, du clivage entre les catégories populaires et plus aisées, toujours selon ce baromètre. Comment expertiser un thème comme la mondialisation quand pour 68% des cadres elle est une opportunité et quand pour 74% des ouvriers, elle représente une menace ?

Municipales au révélateur

Autant vous dire que le prochain scrutin va se dérouler dans un véritable chaudron idéologique, pas forcément très fin en termes d’ingrédients contenus, mais très brûlant. Le maire est sensé incarné l’élu le plus proche et populaire pour les citoyens. Ça tombe bien quand toutes les autres institutions sont au plus bas (72% des français n’ont pas confiance dans l’Assemblée Nationale, 73% dans le Sénat). Paradoxalement 84% des personnes interrogées s’accordent à dire qu’on a besoin d’un vrai chef en France pour remettre de l’ordre. Ils sont aussi nombreux à penser que les hommes et femmes politiques agissent principalement pour leurs intérêts personnels.

Ces Municipales ne constituent-elles pas pour la classe politique l’occasion de prouver le contraire ? Les candidats ont l’occasion d’exposer des projets collectifs et concernant pour le grand public, le tout à l’échelle d’une commune. Profitons-en parce que dès ce scrutin passé, les élections Européennes, elles, vont plutôt nous ramener à des considérations de partis voire de blocs de partis. Une guerre d’étiquettes qui ne risque pas d’améliorer l’image de l’élu dans l’opinion publique.

Patrick Noviello