15 Sep

EDITO : Loi montagne, ne pas dévisser !

Le projet de loi montagne a été présenté hier en Conseil des Ministres.Un projet sur lequel a travaillé Jean-Michel Baylet, Ministre de l’Aménagement du territoire. Le dépôt du projet devrait se faire à l’Assemblée Nationale avant la fin octobre, examen au Sénat d’ici fin novembre, pour une promulgation en décembre 2016.

Jean-Michel Baylet, ministre de l'Aménagement du Territoire. Photo : MaxPPP

Le projet de loi montagne a-t-il accouché d’une souris ?

Le 28 juillet dernier, lors de sa visite ministérielle dans les Hautes-Pyrénées afin de constater les travaux effectués après les crues de juin 2013, Jean-Michel Baylet l’avait déjà bien signifié : « Il faut que chacun puisse trouver sa place dans la montagne »

Autrement dit un élu doit pouvoir faire construire quand il a un projet mais il ne faut pas déranger les marmottes. Ménager la chèvre et le chou ou plutôt le mouton et l’ours ! Pas évident.

Parmi les grands axes de cette future loi je cite : « Faciliter la réhabilitation de l’immobilier de loisir et renforcer les politiques environnementales ». Rien de bien nouveau.

Mais avance-t-on vraiment ? « Peut mieux faire » selon le Conseil Economique, Social et Environnemental. « Trop timide » rétorquent aussi certains élus de montagne.

Seulement ces derniers le répètent assez. Leurs territoires sont d’une extrême diversité : Diversité dans les ressources (industrie, tourisme, pastoralisme, hydro-électricité, parcs naturels) mais aussi diversité dans les territoires (vallées, moyennes ou haute montagne).

Alors comment satisfaire tout le monde ? En n’allant pas trop loin justement et en s’arrêtant juste au bord de la ligne de crête. C’est ce qu’a fait Jean-Michel Baylet.

Patrick Noviello

14 Juin

Edito : Le retour des (faux) loups solitaires

Forces de l'ordre et enquêteurs, la nuit dernière, sur les lieux de l'assassinat du policier et de sa compagne à Magnanville dans les Yvelines. Photo MAXPPP

Forces de l’ordre et enquêteurs, la nuit dernière, sur les lieux de l’assassinat du policier et de sa compagne à Magnanville dans les Yvelines.
Photo MAXPPP

 

Ce matin, chaque policier de France a dû se lever avec une certaine amertume, une profonde tristesse et forcément beaucoup d’inquiétude. Mais ici plus qu’ailleurs, dans la ville et la région où a sévi Mohamed Mérah, cet assaut aussi lâche que sordide marque les esprits. Qui a oublié l’école Ozar Hatorah et ses enfants à terre, la caserne de Montauban et ses trois soldats tombés en uniforme sans oublier Imad Ibn Ziaten abattu froidement ?

 

En plein Euro de football, alors que les forces de l’ordre sécurisent des périmètres bien précis de notre territoire ressurgit le spectre du (faux) loup solitaire. Personne n’oublie non plus ces scènes de guerre en terrasse des cafés parisiens et les otages du Bataclan fuyant, blessés, ou miraculeusement indemnes la salle de spectacle. Mais aujourd’hui, à nouveau, les islamistes radicaux ont choisi un mode d’opération moins structuré : celui qui fait appel à l’individu, isolé mais décidé, seul mais relié à un réseau.

 

Comme Mohamed Mérah qui a froidement abattu des enfants ou tiré sur des hommes désarmés, ceux trop injustement qualifiés de « loups solitaires » n’ont aucune limite. Le forcené de 25 ans qui a frappé dans les Yvelines s’est rendu au domicile même du policier et de sa compagne, et a agi en présence d’un enfant de trois ans. « Comment va-t-on faire pour lutter contre des terroristes qui n’ont pas les mêmes valeurs que nous ? » s’interrogeait un sociologue invité dans « La Voix est Libre » après les attentats parisiens.

 

Nommé « Djihadisme individuel », le mode opératoire pose évidemment de nombreuses questions. A la fois sur les limites d’intervention du Renseignement français, mais aussi plus profondément sur le parcours de ces radicalisés issus de notre pays. Quelle riposte organiser face à cette manipulation mentale de jeunes esprits fanatisés ? Quatre ans après les atrocités commises par Mérah à Toulouse et Montauban, il semble que nos pouvoirs publics cherchent encore la parade.

 

Pendant ce temps, les forces de l’ordre, elles, restent en première ligne. C’est leur mission, leur devoir, un des piliers de notre société. En ce jour de deuil républicain, nous pensons évidemment à elles et réagissons à chaud. Mais au même titre que les Etats-Unis s’interrogent en pleine campagne présidentielle, après le drame d’Orlando, nous attendons de nos élus qu’ils élaborent une véritable réflexion sociétale pour affronter ce phénomène de radicalisation poussant certains à devenir des loups faussement solitaires car sortis, en réalité, d’une invisible meute.

 

Patrick Noviello

10 Mai

[EDITO] Quand « La manif pour tous » détourne la journée de commémoration de l’esclavage

Cette journée du 10 mai devrait être sacrée. C’est la journée nationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage. Un moment où tous les Français devraient se retrouver autour de la même pensée : celle de se féliciter qu’en 1848, la France mit fin à cette abomination de croire qu’un être humain pouvait en posséder un autre et le réduire en esclavage. 

Cette journée mérite à elle seule un instant de communion. Pourtant, certains pensent que d’autres combats peuvent être menés en parallèle, en se raccrochant à cette commémoration de manière intellectuellement contestable. 

C’est de « La Manif pour tous » dont on parle ici. Mais si, souvenez-vous, ce mouvement né contre la loi Taubira sur le mariage pour tous et qui depuis la promulgation en 2013 survit de manière groupusculaire mais néanmoins spectaculaire en sautant sur toutes les occasions pour faire passer ses messages.

Lors d'une "Manif pour tous" à Toulouse (Photo : AFP)

Lors d’une « Manif pour tous » à Toulouse (Photo : AFP)

Dernier en date, donc, faire de ce 10 mai, la « journée d’action contre la GPA à l’occasion de la journée de commémoration de l’esclavage », avec un slogan-choc : « GPA = esclavage ».

Plusieurs rassemblements sont prévus en France, dont un mardi soir à Toulouse.

La GPA, c’est la gestation pour autrui. Autrement dit, une « mère porteuse » porte pendant 9 mois l’enfant d’un couple qui pour des raisons physiologique ne peut pas avoir d’enfant. Rappelons-le, cette pratique est interdite en France. 

Bien-sûr, il ne s’agit pas ici d’empêcher quiconque de participer au débat (qui d’ailleurs n’a pas véritablement lieu actuellement en France) pour ou contre la GPA. Chacun à le droit de penser ce qu’il veut. D’ailleurs, certains intellectuels (de gauche) s’étaient mobilisés en 2015 contre la GPA sur le thème de « l’exploitation des femmes les plus démunies », un argument tout à fait audible

Non, ce qui choque, c’est la méthode. Rattacher le débat sur la GPA à la journée de commémoration de l’esclavage, c’est souiller la mémoire des esclaves, ne pas respecter leurs descendants. 

« La Manif pour tous » n’en est plus à un coup d’éclat près. Mais en agissant de la sorte, elle ne sert pas ses idées. Faut-il rappeler que la France est le seul pays à avoir déclaré la traite négrière et l’esclavage « crimes contre l’humanité » ?

Cette journée appelait donc recueillement et silence. Pas de gesticulations idéologiques. Dommage.

Fabrice Valéry (@fabvalery)

07 Mai

Hérault – Le 1er fédéral du PS qualifie les journalistes de BFM de « fachos »

La fusion est vraiment en marche. Du moins au niveau des deux plus grandes fédérations PS de la Grande Région. Le vendredi 6 mai, un militant (et ancien cadre) du PS de Haute-Garonne qualifie le premier ministre, Manuel Valls, de national-socialiste sur les réseaux sociaux. Moins d’un jour après, c’est le 1er fédéral de l’Hérault qui « gratifie » les journalistes de BFM du qualificatif de…fachos.

Raison du « pétage de plomb » : un bandeau indiquant que le nouveau maire de Londres est musulman. Visiblement, le 1er Fédéral de l’Hérault regarde la chaine d’info en continue et la vision de l’inscription « Sadiq Kahn : Londres en passe d’élire son premier maire musulman » le fait sortir de ses gonds.

Hussein Bourgi poste alors sur twitter :

@BFMTV arrêtez de parler de maire musulman. On ne parle pas de vous en disant les journalistes fachos de #BFNTV

 

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Deux dérapages la même semaine, dans la même région et au sein du même parti cela fait beaucoup.

Le parti socialiste est loin d’avoir le monopole des outrances verbales et des débordements. Mais ce n’est pas une raison. Les excès des uns n’excusent pas les délires des autres. Un « détail de l’histoire » lepeniste, « le bruit et l’odeur » d’un Chirac ou « l’homme africain » sarkozyste ne justifient pas les allusions nauséeuses et malsaines au fascisme.  Des allusions nauséeuses et malsaines et pas simplement déplacées.

Bien évidemment, Hussein Bourgi (comme tous les autres téléspectateurs de BFM ou de France 2) peut parfaitement trouver que le fait d’insister sur la religion musulmane du nouveau maire de Londres est déplacé. Un homme ne se réduit jamais à sa religion, à son goût pour les fruits des mers, ses origines géographiques ou ses racines familiales.

Le secrétaire d’Etat en charge des affaires européennes, Harlem Désir a déclaré : « ce n’est pas un maire musulman mais un maire travailliste« . Il est parfaitement possible de défendre ce point de vue et de reprocher à BFM une dérive « communautariste » : un musulman est un musulman avant d’être un maire, un chirurgien ou un pilote d’avion.

En revanche, l’utilisation du mot « fachos » est totalement absurde. Elle est franchement irresponsable s’agissant d’un « responsable » politique.

Les qualificatifs de fascistes ou de national-socialiste renvoient à des réalités historiques et à des pratiques politiques (terriblement) précises : culte et utilisation de la violence, discours belliciste, parti unique…
Un lycéen de seconde est capable de distinguer des fascistes de…journalistes de BFM TV.

Visiblement, ce n’est pas le cas du 1er fédéral de l’une des plus importantes fédérations PS de France.

L’Université d’été de Nantes approche.

Ce rendez-vous annuel de tous les socialistes de l’Hexagone et de l’Outre-Mer est l’occasion de passer de bonnes soirées entre camarades et de participer à des séances de formation. Il est visiblement urgent de prévoir quelques cours d’histoire…élémentaire.

Il n’est pas certain qu’Hussein Bourgi accepte de s’inscrire dans ce séminaire. Il assume totalement :

Sur le fond de mon tweet, je ne retire rien. Je le revendique avec fierté et honneur

 

Laurent Dubois (@laurentdub)

 

 

 

24 Avr

EDITO – Fête de la musique à Toulouse : la polémique inutile

A Toulouse, « même les mémés aiment la castagne » et une fois encore l’histoire montre que Nougaro ne s’était pas trompé. Une référence musicale pour une polémique inutile. Une de plus.

Lors de la fête de la musique 2015 à Toulouse (Photo : Rémy Gabalda / AFP)

Lors de la fête de la musique 2015 à Toulouse (Photo : Rémy Gabalda / AFP)

Pour résumer la situation à ceux qui auraient passé ses derniers jours sur une autre planète ou au fond d’une grotte en Ariège, la mairie de Toulouse a annoncé que l’accès à la place du Capitole se ferait le 21 juin prochain exclusivement sur accréditation, les Toulousains souhaitant y assister devant s’inscrire sur internet. La ville avance des raisons de sécurité. Cris d’orfraie pour une partie (seulement) de la gauche. Un groupe facebook lance une opération de boycott. Une partie (seulement) de la presse locale s’égosille contre cette « privatisation » de la soirée et sort même Jack Lang, l’inventeur de la Fête de la Musique, de sa retraite à l’Institut du Monde arabe pour exhorter Jean-Luc Moudenc à changer d’avis.

La polémique enfle artificiellement et le community manager du maire de Toulouse, qu’on a vu souvent plus inspiré, répond sur Twitter à l’ancien ministre de la culture usant d’une référence hasardeuse au logement de l’ancien ministre de la culture. 

Une maladresse, sans doute, car si l’on devait ausculter les habitations des élus toulousains on tomberait, sans aucun doute, sur quelques « appartements luxueux ». La meilleure défense c’est l’attaque. Pour le coup, l’intervention de Jack Lang n’appelait peut-être pas de réponse.

La soirée du 21 juin place du Capitole, ce n’est pas la Fête de la Musique, c’est une émission de télé ! »

Le problème dans cette affaire c’est que tout le monde se trompe de sujet. La Fête de la Musique c’est quoi ? C’est l’occasion pour des artistes amateurs de s’installer dans la rue, devant des terrasses de cafés, dans leur quartier, dans leur ville, et de jouer leur musique librement, jusqu’au bout de la nuit. On peut d’ailleurs s’étonner de la proportion que prend cette polémique concernant la Place du Capitole, alors que l’an passé peu de voix se sont élevées contre la décision de la ville de Toulouse de limiter les concerts à une heure du matin. Circulez saltimbanques, à une heure du mat’ on remballe ! En l’occurrence, une mesure qui, elle, n’était pas dans l’esprit de la Fête de la Musique voulue par Jack Lang.

Pour les spectateurs, la Fête de la Musique, c’est l’occasion en tournant le coin d’une rue de passer de Bach à du Heavy Metal, de découvrir des papys reprenant du Brassens à 50 mètres d’adolescents jouant du rock des années 80. D’accélérer le pas quand un groupe « massacre » gentiment, mais dans l’esprit, quelques standards. La Fête de la Musique, c’est ça !

Le spectacle présenté par Garou qui aura lieu le 21 juin prochain place du Capitole, ce n’est pas la Fête de la Musique. C’est une émission de télévision, organisée par une chaîne nationale, à l’occasion de la Fête de la Musique. Mais c’est avant tout… une émission de télé !

Que l’on prenne des précautions, en plein état d’urgence, pour assurer la sécurité de cet événement retransmis dans le monde entier (via TV5) et devant des millions de téléspectateurs sur France 2, ne devrait choquer personne.

Même ceux qui s’emparent de l’affaire pour défendre l’esprit « Jack Lang » savent que la Fête de la Musique, la vraie, l’authentique, ne sera pas Place du Capitole ce soir-là. Elle sera à Saint-Cyprien, aux Carmes, aux Minimes, aux Argoulets, à Bellefontaine, à Esquirol et partout où des groupes ou des musiciens vont tirer un câble électrique pour brancher les guitares ou poser un siège et jouer pour leur plaisir et celui des spectateurs. Elle sera dans ces petits bistrots où les patrons auront poussé quelques tables pour laisser la place à des musiciens qui ne se produisent que rarement en public. Loin de Garou et de ses invités.

Que les milliers de personnes qui se seront inscrites pour voir une « émission musicale en direct » place du Capitole en profitent. Les autres ne seront pas pour autant empêchés de vivre leur Fête de la Musique ailleurs dans la ville. 

Fabrice Valéry (@fabvalery)

19 Avr

Edito : Des Primaires secondaires ?

Thierry Solère, président de la commission nationale de la primaire de la droite et du centre (Photo Max PPP)

Thierry Solère, président de la commission nationale de la primaire de la droite et du centre (Photo Max PPP)

Je suis peut-être de la vieille école mais n’ai jamais vraiment adhéré au concept de « Primaires ». En politique, un chef ne devrait-il mieux pas s’imposer de lui-même ? Un seul antécédent pour ce type d’expérience en France : la désignation à gauche  de François Hollande en 2012. On ne peut pas dire que ça lui a porté chance ou donner une réelle assise… Quant à une nouvelle tentative de la gauche en matière de Primaires, elle reste pour l’heure en suspend.

Onze au départ, combien à l’arrivée ?

Hier donc, Thierry Solère était de passage à Toulouse pour lancer les Primaires de la droite et du centre. 11 candidats officiellement en lice, pour l’instant, sans compter Nicolas Sarkozy. « Mais ils ne seront sas doute pas tous à l’arrivée », rassure le président de la commission nationale d’organisation.

Parce qu’il y a quand même des règles, qui forcément vont institutionnaliser ce vote mais le certifier également. On ne peut pas tout avoir… 250 parrainages d’élus dont vingt parlementaires et 2500 soutiens d’adhérents issus de quinze départements. Mais est-ce que ça légitime une femme ou un homme ? Pas sûr…

Etre électeur et de droite

Ensuite qui va voter ? Des électeurs, ayant leur carte, qui devront signer un engagement dans lequel ils se revendiquent des valeurs de droite. Obligation donc d’être déjà dans la boucle civique et de se positionner politiquement.  Avis aux amateurs mais pas évident que ces critères de participation séduisent de nouveaux citoyens qui souhaitent s’investir dans la vie politique du pays.

Autre paramètre en effet qu’il ne va pas falloir éluder pour « Les Républicains » et les partis centristes, ces primaires s’annoncent aussi comme un test grandeur nature sur l’état de mobilisation de leurs troupes. On sait qu’une Présidentielle (surtout au premier tour) se gagne sur un socle d’électeurs issus des partis.

Un débat malgré tout

Référence de base pour ces Primaires à forte connotation interne sans vouloir l’être, les trois millions d’électeurs qui s’étaient prononcés en 2011 pour départager François Fillon et Jean-François Copé à la tête du parti. Ils avaient alors aussi pu voter par internet, ce qui n’est plus le cas cette fois-ci. Seul hic de cette précédente expérience, la confusion qui en était ressortie des urnes : impossible par exemple de savoir qui l’avait emporté dans les 158 bureaux de vote de la Haute-Garonne.

Élément positif tout de même de ce scrutin prévu les 20 et 27 novembre prochain : le débat qu’il amorcera. Chacun va faire valoir son premier jet de programme, ses positions sur des grands thèmes de société et ses éventuelles orientations présidentielles. C’est peut-être, selon moi, le seul vrai intérêt de ces Primaires.

Patrick Noviello

15 Avr

Hollande au pays des «pas contents»

Crédit : AFP

Crédit : AFP

Parfois, il ne sert à rien de nager à contre-courant et de se débattre, mieux vaut se laisser emporter pour débarquer un peu plus loin sur la rive.

François Hollande l’a-t-il compris, lui qui a essayé de défendre un bilan que ni les français, ni sa majorité et encore moins les médias ne sont en état d’entendre ?

« Il m’a écouté mais il ne m’a pas entendu » déclare à la fin de l’émission, l’étudiant qui a posé ses questions au Président. Et vice et versa ?

L’écoute et la compréhension sont deux attitudes de plus en plus rares aujourd’hui dans notre pays. Et pourtant, on ne cesse de nous rabâcher les concepts de « participation citoyenne » ou de « démocratie participative ».

Nous sommes un peuple qui préfère s’exprimer dans la rue, qui aime s’y époumoner, et s’il ne s’estime pas entendu, y retourne et retourne encore battre le pavé.

Les français « éternels râleurs », « pas contents » avec même une nouvelle tradition, pratiquée partout dans le pays et qui commence à s’essouffler depuis 4 ans moins 100 jours : le Hollande Basching.

Difficile de dresser de façon objective le bilan de ce quinquennat non encore achevé, comme l’a répété le chef de l’état. Plus que jamais, les chiffres se plient à diverses interprétations, que ce soit ceux du chômage, ceux des aides versées aux uns et aux autres, des migrants accueillis, etc.

D’autant plus difficile donc pour les éventuels futurs adversaires du Président (s’il se représente) de faire entendre leur propre musique si le point de comparaison n’est pas fiable et établi.

Pendant ce temps, la rue continue de s’animer mais différemment selon les experts de la vox populi. Des citoyens passent leurs nuits debout, sur les places publiques, pour débattre voire faire naître des propositions pour notre société.

Seulement, eux comme les autres, seront-ils entendus au pays des « pas contents » ?

Patrick Noviello

07 Avr

Emmanuel Macron « En Marche ! » : qui pourrait le suivre dans notre région ?

Le ministre de l’Economie a choisi sa ville natale, Amiens, pour lancer son mouvement, En Marche !. Mais Emmanuel Macron a des « attaches » régionales. Comment son initiative est-elle perçue aux pieds des Pyrénées et aux bords de la Méditerranée ? A Toulouse et Montpellier, dans les fédérations PS de la Grande Région des militants sont-ils prêts à le suivre ? Emmanuel Macron parle d’une démarche « ni de droite, ni de gauche ». Quel accueil dans notre région auprès des élus sans étiquette ? Eléments de réponse.

Emmanuel Macron, ministre de l'Economie

Emmanuel Macron, ministre de l’Economie

La Picardie, Strasbourg, le Touquet et, évidemment, Paris. L’enfance, les études (dans la capitale alsacienne) à l’Ena, les week-ends en famille et la vie professionnelle d’Emmanuel Macron sont loin de Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon. Mais il existe tout de même des points de rencontre.

Un cousin conseiller régional

Le premier est familial. Peu de conseillers régionaux le savent. Un de leur collègue appartient à la famille d’Emmanuel Macron. Michel Boussaton est discret sur le sujet. Mais le ministre de l’Economie ne se contente pas de dévaler les pistes de ski dans les Pyrénées. Il lui arrive d’échanger des SMS avec ce proche de Carole Delga. En charge des dossiers médicaux à l’hôtel de Région, Michel Boussaton (ancien chirurgien connu et reconnu) sollicite parfois l’avis du ministre de l’Economie.

Dialogue avec Jean Glavany

Second point de rencontre entre Emmanuel Macron et Midi-Pyrénées : Jean Glavany et les législatives. Dans un livre publié en 2015 (« L’ambigu Monsieur Macron », Flammarion), le journaliste Marc Endeweld rapporte une rencontre entre l’ancien ministre de François Mitterrand, député des Hautes-Pyrénées, et l’actuel locataire de Bercy. Au menu : une éventuelle candidature d’Emmanuel Macron sur la circonscription de Jean Glavany. « Entre la poire et le fromage, (Emmanuel Macron) reconnait être intéressé par la circonscription » écrit Marc Endeweld.

« En marche », mais avec qui ?

Depuis le mercredi 6 avril, les relations entre Emmanuel Macron et Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon ont changé. « En Marche ! » est un mouvement dont le sigle (EM) reprend les initiales du nom d’Emmanuel Macron. Ce détail est révélateur. Comme ailleurs en France, le ministre de l’Economie va devoir rallier des soutiens dans notre région. Il ne peut pas compter sur un parti dont il n’est pas membre et dans lequel il ne dispose d’aucun courant : le parti socialiste. C’est son équation personnelle qui va servir d’étendard.

C’est visiblement un bon calcul. Du coté des instances départementales et régionales du PS, l’accueil est prudent. Pour ne pas dire réservé.

Dans le Tarn, le premier fédéral, Patrick Vieu estime qu' »En Marche ! » « peut séduire des militants. On peut imaginer que des militants vont être tentés d’aller voir. On ne le découragera pas. On ne va pas imposer d’exclusivité. On va aborder le sujet lors du prochain conseil fédéral ». Dans une des plus importantes fédérations de la Grande Région, c’est le même son de cloche. Ce n’est pas un enthousiasme débordant. Le patron de la Fédé 34 déclare :  » A ce jour, dans la fédération de l’Hérault, personne n’a fait son coming out pour se réclamer de Macron. Si telle ou telle de ses réformes a pu convaincre certains militants, son positionnement hors parti n’est pas fait pour séduire des militants qui au contraire témoignent leur attachement à un parti en y adhérant« .

Un soutien dans le Tarn-et-Garonne

Emmanuel Macron revendique un mouvement trans-partisan et utilise le vocable de « rassemblement citoyen ». C’est plutôt judicieux car ce sont des élus sans étiquette qui semblent le plus intéressé par sa démarche. Le maire (Divers Gauche) de Castelsarrasin, Jean-Philippe Bésiers « trouve la démarche intéressante. Cela mérite d’être approfondi et étudier ». Selon nos informations, l’élu tarn-et-garonnais pourrait prendre prochainement contact avec Emmanuel Macron.

Le cas Saurel à Montpellier

Un grand élu de la Grande Région semble avoir le (parfait) profil pour soutenir Emmanuel Macron : Philippe Saurel. Le maire de Montpellier (proche de Manuel Valls) se positionne, comme le ministre d’Economie, au delà des partis. Mais le premier magistrat de la 8ieme ville de France précise :  « J’ai rencontré Emmanuel Macron le mois dernier à sa demande. J’ai passé deux heures dans son bureau à Bercy. Nous avons évoqué les dossiers de la Métropole et il était intéressé sur la recette de ma victoire à Montpellier. Mais c’est tout « .

Un membre du cabinet de Philippe Saurel envisage de créer une association des amis d’Emmanuel Macron. Mais, comme le précise Philippe Saurel, « je lui ai demandé que ce soit à titre personnel ».

Emmanuel Macron a réussi son plan de communication en lançant un mouvement qui se retrouve à la Une de la presse nationale. La mise en orbite est médiatiquement réussie. Mais il va falloir maintenant que le ministre de l’Economie fasse décoller le second étage : une implantation régionale.

En Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon, il va falloir du temps.

Laurent Dubois (@laurentdub)

06 Jan

Martin Malvy : une décision mûrement réfléchie

Fin du suspens. Depuis des semaines, le landerneau politique s’interroge. Martin Malvy va-t-il être candidat ? Le président sortant sera-t-il sur la ligne de départ des Régionales de décembre 2015 ?

Martin Malvy. Président de la Région Midi-Pyrénées

Martin Malvy. Président de la Région Midi-Pyrénées

La décision est prise. Martin Malvy arrête. Son mandat actuel sera le dernier (lire ici notre article « Martin Malvy ne sera pas candidat aux élections régionales de 2015″, sur France 3 Midi-Pyrénées).

Martin Malvy occupe son fauteuil depuis mars 1998. Il restera le dernier président de Midi-Pyrénées. Il ne participera pas à la compétition électorale qui accompagne la fusion avec le Languedoc-Roussillon.

Martin Malvy a reçu des appels téléphoniques lui demandant de continuer. Sur Facebook, des soutiens se sont mobilisés. Pour des socialistes et ses alliés radicaux, il est le seul candidat capable de maintenir la future SuperRégion à Gauche. Président de Région le mieux élu de France en 2010, Martin Malvy dispose d’une véritable équation personnelle. Des communes ont voté à plus de 80% pour lui aux dernières régionales. Certaines ont même atteint le seuil des 100 % !!! Des voix de droite se sont portées sur une personnalité (re)connue pour sa bonne gestion et sa maîtrise des dossiers.

Malgré cela, Martin Malvy est resté insensible aux appels du pied.

Sa majorité et même l’opposition lui reconnaissent une capacité de travail hors du commun. Des capacités intellectuelles et une vivacité d’esprit « bluffantes ». Mais Martin Malvy va fêter le 24 février prochain ses 79 ans. Le président de la Région le répète. Les Malvy vivent vieux et vieillissent bien.

Néanmoins, Martin Malvy a conscience que son état civil est problématique.

A ces raisons personnelles s’ajoutent des considérations politiques.

Les élections régionales vont se dérouler sur un nouveau territoire. La fusion « Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon » dessine une « géographie » inédite. Du côté de l’Aude et du Gard, le Front National est fort. Le PS divisé. Qu’il s’agisse des électeurs ou des fédérations socialistes, c’est un autre univers. Martin Malvy laboure depuis des décennies Midi-Pyrénées. Il en connaît les contours et les détours. Le Languedoc-Roussillon, c’est une terre de mission.

De plus, le contexte national n’est pas celui de 2010.

C’est le PS qui est au pouvoir. Nicolas Sarkozy n’est plus l’agent électoral de la gauche. Martin Malvy bénéficie d’une vraie notoriété dans le Gers ou le Tarn. En revanche, vers Perpignan, c’est d’abord son dossard socialiste qui risque de sauter aux yeux. Martin Malvy dispose d’un bouclier sur ses terres. Dans l’autre partie de la nouvelle région, il est exposé aux flèches d’un vote sanction.

Martin Malvy ne peut ignorer ces risques. La campagne de 2015 va être difficile. Cette (més)aventure peut gâcher la fin de sa carrière politique. Le président sortant a accompli un joli parcours : ancien ministre, député, maire, conseiller général, président de Région. Une nouvelle candidature peut devenir la candidature de trop.

Martin Malvy n’est pas le seul à le penser. Sa femme, Brigitte, fait la même analyse. Elle a longtemps plaidé pour une décision raisonnable. Raisonnable et raisonnée.

Cela fait des mois (avant l’été dernier) que Martin Malvy réfléchit. Avec son entourage proche, il a pesé le « pour » et le « contre ». Il a notamment évoqué le sujet avec Laurent Fabius. Au moment de la réforme territoriale, il a annoncé à André Vallini (secrétaire d’Etat à la Réforme territoriale) sa décision de ne pas briguer un nouveau mandat. Mais, peu de temps après, il lui a téléphoné pour lui demander d’oublier leur conversation.

Prudence ou hésitation ? Une chose est certaine.

Il y avait de quoi hésiter.

Pour Martin Malvy, la Région c’est sa Vie et sa Vie c’est la Région.

Des parapheurs signés après minuit. Des centaines de kilomètres par semaine. Des journées qui dévorent les soirées. Pour Martin Malvy, quitter l’hôtel de Région est plus qu’une décision politique. C’est une rupture existentielle.

Malgré tout, un de ses amis le trouve, selon ses mots, serein.

La sérénité des décisions murement pesées.

 

Laurent Dubois

 

 

 

04 Juin

Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon : castagne au menu

Les fourchettes se mettent à gauche. Les couteaux se placent à droite. Les voitures françaises roulent en sens inverse des véhicules anglais. Le Coca-Cola ne se mélange pas avec le foie gras. Dans la vie, il existe des principes sacrés. Ils sont immuables et incontournables. La liste de ces dogmes intangibles contient désormais un précepte politique.

Tous les citoyens de France et de Navarre, tous les albigeois, montalbanais et tarbais sont priés de partager une conviction : point de salut en dehors de grandes régions. Pas de croyance sans pratiquant. La présidence de la République a donc décidé de graver cette belle conviction dans les faits.

Mardi dernier, François Hollande a annoncé une réforme territoriale. A coup de ciseau, il propose de retailler la carte régionale. Midi-Pyrénées se retrouve avec une façade méditerranéenne. Le tracé de la nouvelle région s’étend des plaines gersoises jusqu’aux plages montpelliéraines.

Motif de cette fusion-acquisition entre Toulouse et Nîmes : les kilomètres carrés. Les cerveaux surpuissants de l’Elysée le disent. C’est donc forcément pertinent. La France souffre de régions trop petites. Elles ne sont pas de dimension européenne. Pour trouver le chemin de l’Emploi et de la Croissance économique une seule solution : de l’espace.

Des mauvais esprits peuvent toujours rappeler que des länder allemands et des régions espagnoles sont plus petits que l’actuelle Midi-Pyrénées. Cela ne les empêche pas de lutter efficacement contre le chômage et de faire décoller les carnets de commandes des entreprises. Des langues perfides sont même capables de souligner une évidence. L’attractivité et les performances des territoires sont liées à la législation fiscale et sociale. De l’autre côté du Rhin, l’empire BMW repose sur l’utilisation intensive de travailleurs de l’Est. L’absence de smic et la souplesse des licenciements ne sont pas des données géographiques. D’ailleurs, il n’est pas évident que ce genre d’exemple fasse rêver les midi-pyrénéens et les lorrains. Mais peu importe.

Le mouvement est une vertu absolue. Les cyclistes le savent bien. Il suffit d’arrêter de pédaler pour « manger » du gravier. La Réforme c’est l’Alpe d’Huez des présidents. Touché à la carte de France, retoucher les régions est une épreuve noble. Elle est censée conférer l’aura des grimpeurs.

Mais François Hollande pédale plutôt dans la « choucroute ». Les alsaciens peuvent apprécier cet hommage à une spéciale locale. En revanche, pour les mangeurs de cassoulet, la recette n’est pas vraiment appétissante. Pas de critère convaincant. Les ciseaux passent et l’intelligibilité trépasse.

Pourquoi l’Aquitaine reste seule ? Pourquoi le Pays de Loire ne rejoint pas son port d’attache naturel, la Bretagne ? Pourquoi ne pas avoir choisi une approche plus fine ? On sait bien que Millau est tournée vers Montpellier et une partie de Gers vers l’Aquitaine.

Les raisons de ce brouillard sont limpides. La grosse voix d’un président de Région ou les intérêts d’un ancien premier ministre expliquent des choix incompréhensibles. La « Réforme » ressemble à une motion de synthèse d’un Congrès socialiste. Une mauvaise synthèse. De nombreux élus PS sont furieux et sortent les fourches.

L’annonce faite par François Hollande n’est que le début du commencement. Les albigeois ne sont pas encore sous le même toit que les nîmois. La découpe des régions suppose une loi. L’Assemblée et le Sénat (qui probablement va (re)basculer à droite en septembre prochain) vont entrer dans la danse. Ca va swinguer. François Hollande va gouter à un plat typiquement toulousain : la castagne.

Laurent Dubois