22 Déc

Le doyen et le benjamin du Conseil Régional sont des élus Front National

Il n’y aura pas de surprise lundi 4 janvier : Carole Delga sera élue présidente du Conseil régional Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon. Un moment historique pour la future grande région. Un instant solennel pour la nouvelle présidente.

Mais, un petit caillou s’est glissé dans la chaussure de la future présidente socialiste. Comme le prévoit le règlement, la séance du 4 janvier à l’hôtel de région de Toulouse, où l’assemblée sera réunie pour la première fois pour désigner l’exécutif, sera présidée par le doyen d’âge. Il sera assisté par le benjamin de l’assemblée qui fera office de secrétaire de séance.

Or, le hasard fait que ces deux élus, le plus âgé et le plus jeune, sont tous les deux issus du groupe des 40 élus Front National. A 74 ans, Gérard Maurin, élu de Lodève dans l’Hérault, chef d’entreprise à la retraite, sera donc le président de séance. A 28 ans, Quentin Lamotte, cadre bancaire de Toulouse, sera le secrétaire de séance.

Gérard Maurin et Quentin Lamotte, doyen et bienjamin du Conseil régional et élus FN.

Gérard Maurin et Quentin Lamotte, doyen et bienjamin du Conseil régional et élus FN.

Au Conseil régional, où l’on prépare la session d’investiture du 4 janvier, ce « binome » FN pour ouvrir la nouvelle vie de la région fait un peu grincer des dents. On rappelle que la loi prévoit que le doyen d’âge doit « organiser l’élection du président » et que cette élection se fait « sans débat ». Une façon de dire que rien n’indique que le doyen doit prononcer un discours. 

Le cas s’est pourtant produit, vendredi 18 décembre, à Marseille lors de l’élection à la tête de la région PACA de Christian Estrosi (LR). Le doyen de l’assemblée Jean-Pierre Daugreilh (FN) n’a pas raté l’occasion de prononcer un discours introductif dans lequel il a notamment rappelé que Christian Estrosi avait été, dès 1998, le chantre de l’alliance de la droite avec le FN !

Alors que va-t-il se passer le 4 janvier à Toulouse ?

Gérard Maurin savait qu’il était le doyen du groupe FN mais nous lui avons appris qu’il était aussi celui de toute l’assemblée régionale. Remis de ces émotions, il confirme qu‘il fera bien un discours introductif avant de faire procéder au vote des 158 élus. De quoi va-t-il parler : « Il est encore trop tôt pour le dire, je vais affiner mes idées pendant les congés de Noël ! »

Louis Aliot, le vice-président du FN (non-élu à la région), qui fut lui-même benjamin de l’assemblée de Midi-Pyrénées en 1998, confirme que « c’est un pur hasard » si le doyen et le benjamin sont issus des rang du FN. Quant au discours du doyen lors de la première session plénière c’est pour lui « une coutume républicaine sur laquelle on ne peut pas revenir, un discours souvent peu politique mais de consensus ».

« Si quelqu’un veut empêcher Gérard Maurin de parler, poursuit Louis Aliot, alors il sortira de l’assemblée avec le benjamin, il n’y aura donc plus de bureau d’âge et l’élection de la présidente devra être reportée à une autre date !« 

Avant de conclure : « Certains vont devoir s’habituer à notre présence, car nous serons le plus gros groupe politique du Conseil Régional ! »

Fabrice Valéry

Le Parti de Gauche va garder sa « totale liberté de vote et d’action » au Conseil Régional

Dans le nouvel organigramme du futur Conseil régional de Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, révélé lundi lors de la présentation de l’accord entre les composantes des listes Delga et Onesta, un absent : le Parti de gauche.

Guihem Serieys

Guihem Serieys

Le « PG » faisait pourtant partie intégrante de la liste de « Nouveau monde en commun » de Gérard Onesta au premier tour des régionales, puis de la liste fusionnée avec celle de Carole Delga (PS) au second tour. Il a d’ailleurs obtenu 3 élus : Muriel Ressiguier, Jean-Christophe Sellin et Guilhem Sérieys.

Mais au moment de constituer l’exécutif et d’affirmer une majorité stable pour gérer la future grande région, le PG manque à l’appel.

Les explications, les trois élus les ont fournies lundi soir :  l’accord de majorité présenté pour la nouvelle mandature régionale « engage les forces politiques qui seront partie prenantes de l’exécutif régional. Ce n’est pas le cas des élus du Parti de Gauche »

Le PG reconnaît cependant qu’il y a des points positifs dans le projet de la nouvelle majorité : « renouvellement important du fonctionnement démocratique de l’Assemblée ou moratoire sur les financements régionaux des projets ferroviaires non consensuels ».

Mais là où ça coince c’est, selon le Parti de gauche, que « l’exécutif régional n’affirme pas clairement son indépendance avec la politique gouvernementale. C’est cela qui a conduit, dans la mandature précédente, à des choix aussi contraires à l’intérêt général que la privatisation de l’aéroport de Toulouse Blagnac ou l’acceptation des restrictions budgétaires imposées aux collectivités territoriales ».

Enfin, le PG sanctionne aussi le souhait de Carole Delga de cumuler ses fonctions de présidente de région avec son mandat de députée : « Le refus de Carole Delga de démissionner de son mandat de député et la présence au sein de l’exécutif régional de Sylvia Pinel, ministre du gouvernement, nous semblent en contradiction avec la volonté affichée de renouveler profondément la démocratie ».

Précisons cependant que Sylvia Pinel a affirmé à France 3 qu’elle souhaitait quitter le gouvernement… mais devrait après cela retrouver automatiquement son mandat de députée du Tarn-et-Garonne !

Les trois élus PG vont donc garder leur « totale liberté de vote et d’action« .

Ils ne sont pas les seuls à affirmer cette position parmi ceux qui ont été élus sur la liste conduite par Carole Delga au second tour. Ainsi la seule représentante du mouvement « Ensemble! » (Front de Gauche), Myriam Martin avait-elle affirmé dès le soir du second tour sur le plateau de France 3 qu’elle continuerait à lutter contre la politique du gouvernement et du PS !

Fabrice Valéry

21 Déc

Sylvia Pinel : « Elue 1ère vice-présidente de la Région, je vais quitter le gouvernement »

Alors que Carole Delga et Gérard Onesta présentaient ce lundi à Toulouse leur accord de gouvernance du Conseil Régional Midi-Pyrénées Languedoc Roussillon, la ministre du Logement Sylvia Pinel (PRG), promise à un poste de 1ère vice-présidente de la Région, en a profité pour confirmer qu’elle voulait quitter le gouvernement. 

François Hollande et Sylvia Pinel

François Hollande et Sylvia Pinel

J’ai toujours dit pendant la campagne que je ferai le choix de la Région, a indiqué Sylvia Pinel au micro de France 3 Midi-Pyrénées, et que je quitterai le gouvernement. Je rencontrerai prochainement François Hollande et Manuel Valls pour parler de cela. J’espère que l’organigramme que nous proposons sera validé et en fonction de la discussion que j’aurai avec le Président de la république et le Premier ministre, j’espère pouvoir quitter le gouvernement dans les prochaines semaines ou les prochains mois ».

Selon l’organigramme présenté ce lundi, Sylvia Pinel sera dès le 4 janvier prochain première vice-présidente de la région, en charge de l’aménagement du territoire, des TIC et des politiques contractuelles. 


Après l’annonce de Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, respectivement présidents (LR) des régions Nord-Pas de Calais Picardie et Île de France de démissionner de tous leurs autres mandats, des voix s’élèvent à gauche pour demander que les élus de gauche suivent leur exemple.

Carole Delga, qui va cumuler le mandat de présidente de la future grande région avec celui de députée de la Haute-Garonne, a déjà indiqué qu’elle ne démissionnera pas de ce dernier. Une démission actuellement provoquerait une législative partielle difficile pour le PS et un risque d’affaiblissement de la fragile majorité socialiste à l’Assemblée Nationale.

Sylvia Pinel, elle, semble vouloir se défaire de son portefeuille de ministre au profit de la région, dont elle visait la présidence avec l’appui du patron du PRG Jean-Michel Baylet. Une sortie du gouvernement qui pourrait se faire lors d’un prochain remaniement, peut-être dans les premiers mois de l’année 2016.

Mais en quittant le gouvernement, Sylvia Pinel redeviendrait automatiquement… députée du Tarn-et-Garonne ! Et se retrouverait ainsi dans la même situation que Carole Delga.

Fabrice Valéry (avec S. Bousquet et P. Lagorce)

Carole Delga accorde un « bureau de l’assemblée » à Gérard Onesta

Après une semaine de négociations, parfois tendues, les composantes de la majorité du nouveau Conseil régional Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon ont révélé ce lundi 21 décembre les contenus de l’accord de gouvernance qu’ils ont signé.

Carole Delga et Gérard Onesta (photo : AFP)

Carole Delga et Gérard Onesta (photo : AFP)

Comme nous vous l’indiquions en milieu de semaine, Carole Delga (PS) sera bien la candidate de toute la gauche pour l’élection à la présidence le lundi 4 janvier (en direct sur France 3 à la télé et sur le web dès 9h30).

Un « bureau de l’assemblée » pour Onesta

Gérard Onesta (EELV) avait réclamé la présidence de l’assemblée, laissant l’exécutif à sa collègue socialiste. Une présidence scindée en deux, comme cela se passe en Corse. Refus de Carole Delga, qui avait expliqué sur France 3 lundi 14 décembre, au lendemain de l’élection, que la loi ne prévoyait pas un tel dispositif. Mais…

Finalement, les composantes sont tombées d’accord pour créer une nouvelle structure, permettant de « renouveler la gouvernance« . Ce bureau de l’assemblée sera composé de 5 conseillers régionaux non-membres de l’exécutif. Il sera présidé par… Gérard Onesta, qui, comme il en avait fait l’annonce dès le soir du premier tour sur le plateau de France 3, ne sera donc pas vice-président du Conseil Régional.

Une répartition de l’exécutif à la proportionnelle

Les composantes multiples (PS-PRG-MRC-EELV-FDG-Ensemble!-Occitanistes) de la nouvelle majorité ont conclu un accord sur un projet politique pour gérer la nouvelle grande région. Un projet politique qui passe par un projet de gouvernance avec un partage des responsabilités à la proportionnelle. 

Sur 15 vice-présidences (comme le prévoit la loi), 11 vont à la liste de Carole Delga issue du premier tour (dont 3 au Parti Radical de Gauche) et 4 à la liste « Nouveau Monde » de Gérard Onesta (deux pour EELV et deux pour le Front de Gauche).

Carole Delga sera la présidente de la Région (et de l’assemblée).

  • La ministre PRG du Logement Sylvia Pinel, 1ère vice-présidente chargée de m’aménagement du territoire et du numérique.
  • Damien Alary, jusqu’au 31 décembre président (PS) de la région Languedoc-Roussillon, obtient la deuxième vice-présidence, pour les relations internationale.
  • L’écologiste élue des Pyrénées-Orientales Agnès Langevine sera la 3ème vice-présidente chargée de la transition écologique, de la biodiversité et des déchets.
  • le radical de l’Aude Didier Codorniou obtient la 4ème vice-présidence (économie maritime, ports, aéroports)
  • 5ème vice-présidente, Nadia Pellefigue (PS-31) sera en charge du développement économique, de la recherche et du développement et de l’enseignement supérieur.
  • Jean-Luc Gibelin (PCF-30) sera chargé des mobilités et des infrastructures de transports (6ème vice-président)
  • L’éducation, le sport et la jeunesse reviennent à Kamel Chibli (PS-Ariège), 7ème vice-président.
  • 8ème vice-présidente en charge de l’emploi de la formation professionnelle et de l’apprentissage : Béatrice Négrier (PS-34).
  • (la suite des délégations dans le document publié ci-dessous).

F. Valéry et P. Lagorce

LE DOCUMENT REMIS A LA PRESSE PAR LA NOUVELLE MAJORITE :

 

19 Déc

Les 15 vice-présidents de Carole Delga

8 vice-présidents PS. 4 vice-présidents « Nouveau Monde » et 3 vice-présidents PRG. A quelques jours de Noël, Carole Delga a composé son exécutif régional.

La loi fixe le nombre de vice-présidents à 15. Le compte est bon et la répartition des postes tient compte des équilibres politiques. D’après nos informations, Sylvia Pinel sera en charge de l’organisation territoriale et du numérique.

Laurent Dubois

Dominique Reynié élu président du groupe LR-UDI au Conseil Régional

Dominique Reynié vient d’être élu président du groupe LR-UDI à la Région. Sur les 25 élus de la droite et du centre, 23 ont votés (physiquement ou par l’intermédiaire d’une  procuration) et 2 conseillers régionaux étaient absents (Bernard Carayon et Joseph Francis). Le politologue aveyronnais était le seul candidat en lice. 

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Le scrutin n’était pas prévu. L’ordre du jour de la réunion qui s’est déroulée à Carcassonne mentionnait simplement l’organisation du groupe et le bilan de la campagne. Mais, face au risque d’une division et aux pressions exercés sur Dominique Reynié, un vote à mains levées a été organisé dans la toute dernière ligne droite.

Sur les 23 votants, Dominique Reynié a obtenu 20 voix. On compte 2 abstentions et 1 vote contre.

Parmi les votes « pour » on comptabilise deux proches de Jean-Luc Moudenc (Jean-Jacques Bolzan (UDI) et Sacha Briand (LR)). Mais également une fidèle du sénateur-maire de Revel, Alain Chatillon : Jennifer Courtois-Périssé.

Dans la garde-rapprochée de Dominique Reynié, on parle d’une victoire incontestable.

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Néanmoins, un représentant de la droite régionale qualifie le « scrutin d’informel et sous pression ». Un cadre Républicain déplore, quant à lui, « la duplicité de certains qui, encore hier soir, parlait d’un retrait de Dominique Reynié et ont voté pour lui. Plusieurs ont prétendu qu’ils ne participeraient pas à la réunion et ils s’y sont rendus. Sans parler d’un Alain Chatillon qui ne veut plus entendre parler de Reynié et sa protégée vote pour lui ».

Pour un élu de droite, la partie n’est pas finie. Le nouveau règlement intérieur de la future assemblée régionale doit mettre le seuil pour la constitution d’un groupe à 4 élus. Malgré les efforts de Dominique Reynié, un groupe concurrent pourrait bien voir le jour.

Laurent Dubois

 

 

18 Déc

[Exclusif] Dominique Reynié prié de renoncer à la présidence du groupe d’opposition

Demain, samedi 19 décembre, Dominique Reynié réunit les conseillers régionaux de la droite et du centre. La rencontre doit se dérouler entre les murs de l’hôtel Mercure à Carcassonne. Début de la réunion à 9 heures 30. L’ordre du jour est l’organisation du groupe d’opposition à la Région. Mais, en réalité, c’est l’avenir politique de Dominique Reynié qui va se jouer. Le politologue aveyronnais vise la présidence du groupe. D’après nos informations, plusieurs participants vont lui expliquer, sans détour, qu’il doit lâcher la main.

Dominique Reynié conseiller régional

Dominique Reynié conseiller régional

Depuis le soir du second tour, Dominique Reynié ne cache pas son ambition. Largement battu dans les urnes, il brigue la présidence du groupe. Ce n’est pas seulement un lot de consolation. Le leadership de l’opposition régionale offre deux belles opportunités : un tremplin et une base logistique. Un tremplin afin de rebondir et des ressources en termes de moyens financiers et de ressources humaines (collaborateurs, secrétariat…).

Pour l’ancienne tête de liste régionale, la présidence du groupe est donc une évidence. Impossible de passer à côté du tiroir caisse et de la boite à outil d’un groupe à l’hôtel de Région. Seul problème, le chemin vers l’El Dorado est barré.

Des participants à la réunion de demain vont lui expliquer que ce n’est pas pour lui. D’après une source, le discours qu’il va recevoir en pleine face est d’une redoutable limpidité. Faute d’une unanimité autour de son nom, Dominique Reynié va être prié de renoncer.

Pour décrocher la présidence du groupe, Dominique Reynié doit pouvoir compter sur la majorité des 25 conseillers régionaux de la droite et du centre. Or, d’après nos informations, le président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, a donné consigne à ses élus de ne pas siéger aux côtés de Dominique Reynié. Au début de la réunion carcassonaise, une motion traduisant cette directive va être lue.

Cette perte des élus centristes va être alourdie par la défection d’élus Républicains. Bref, Dominique Reynié risque de se retrouver placer en situation de minorité. 

D’après un fin connaisseur de la droite régionale, 10 conseillers régionaux sont hostiles à une présidence Reynié, une autre dizaine pourrait le suivre et les 5  derniers sont suspendus dans le vide. 

Le risque est d’aboutir à une explosion de l’opposition régionale.

Le futur règlement intérieur de la nouvelle Assemblée Régionale fixera le seuil pour la composition d’un groupe. Il est actuellement à 3 en Languedoc-Roussillon et 6 en Midi-Pyrénées. Si on reste sur les mêmes bases, deux voire trois groupes pourraient voir le jour. D’après nos informations, ce scénario est parfaitement possible. On se dirigerait vers un seuil à 4 élus.

C’est pour éviter cette balkanisation mortifère que des participants à la réunion du Mercure vont plaider pour un retrait de Dominique Reynié.

Le politologue aveyronnais a montré sa pugnacité. Pas évidemment qu’il rende les armes.

Les discussions vont être âpres et la bataille de Carcassonne peut tourner à la guerre de tranchée.

En tout cas, une chose est certaine. Une partie des protagonistes a déjà pris le maquis. Plusieurs conseillers régionaux conviés par Dominique Reynié ne vont pas se déplacer. D’après nos informations, ce sera le cas de Bernard Carayon et de plusieurs de ses soutiens mais également de représentants de l’UDI.

Pour eux, « participer c’est se compter ». Pas question d’entrer dans de pseudos négocations avec Dominique Reynié (le retrait ou le clash).

Pour une frange de la droite régionale, Dominique Reynié est hors jeux. C’est acté. Inutile de se rendre dans un hôtel pour l’affirmer.

Laurent Dubois

 

 

 

 

 

 

 

La lettre qui récuse : une militante PS face aux « arguments » des président(e)s de région cumulards

Stéphanie Calas, élue locale et militante PS

Stéphanie Calas, élue locale et militante PS

« Je trouve dommage que je sois obligée de faire une lettre publique moi petite élue et petite militante qui souhaite juste travailler sur la probité des élus ». Au bout du fil, la voix est douce mais ferme. Stéphanie Calas explique simplement et clairement pourquoi elle a publié sur sa page Facebook un texte dénonçant le cumul des mandats. Depuis sa mise en ligne, la lettre publique fait le buzz. Stéphanie Calas interpelle Carole Delga, Alain Rousset, Jean-Yves Le Drian, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, Didier Robert. Toutes ces nouvelles « éminences » régionales ont un point commun. Homme ou femme, de droite ou de gauche, ce sont des « cumulards ».

« Si nous voulons détourner les électeurs du FN et faire revenir nos concitoyens vers les urnes, vous devez être exemplaire…Chacun de vous a de « bonnes » raisons de cumuler. Il y a M Superman capable de tout faire à même temps, Mr je reste connecté avec le terrain, Mr le ministre indispensable pour des Raisons d’Etat, le Député qui ne veut pas donner le sentiment d’abandon à ses électeurs mais qui ne se posaient pas la question depuis 6 mois ».

Le style direct et cinglant fait mouche. Mais Stéphane Calas se défend de toute envie de faire un « carton ». Le buzz qui entoure sa lettre l’étonne. Et, surtout, elle récuse toute « agressivité » ou envie d’en découdre. L’élue locale et militante PS insiste :  » j’ai défendu bec et ongle Carole Delga et il n’y a pas le moindre conflit entre nous. Simplement, Carole et d’autres députés ont voté la loi sur le non-cumul (NDLR applicable en 2017) et la moindre chose c’est qu’ils se l’applique à eux-même. Il ne faut pas prendre les gens pour des idiots ».

Stéphanie Calas n’a pas (encore) eu Carole Delga au téléphone. Un échange pourrait intervenir prochainement. Il y a très peu de chances pour qu’une conversation convertisse la future présidente de Région. Mais la prise de contact pourrait être utile à une chose : le rappel d’une évidence. Stéphanie Calas se contente d’exprimer le ressenti de l’immense majorité des militants socialistes. L’élue locale et militante de base porte la voix d’une grande partie de ses concitoyens.

Tous les sondages le répètent en boucle. Les français sont allergiques au cumul des mandats.

Laurent Dubois

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Une victime colatérale des Régionales : la présidence de Laurence Arribagé contestée

Les Régionales viennent juste de se terminer. Un autre scrutin commence. Les 30 et 31 janvier prochain, les 3200 militants de la fédération haute-garonnaise des Républicains doivent voter. La députée et actuelle présidente par interim, Laurence Arribagé est candidate. Mais, fortement contestée, elle est confrontée à plusieurs candidatures concurrentes. Les noms de Vincent Terail-Novès, Elisabeth Pouchelon et Xavier Spanghero circulent. Ce scrutin interne est fortement impacté par les mauvais résultats des Régionales. Mais c’est surtout une critique ouverte de la gestion de la Fédération qui va peser. 

Laurence-arribagé

Deux défaites électorales en moins de 10 mois. La fédération des Républicains 31 traverse une série noire. Les départementales ont été mauvaises. Les Régionales sont carrément catastrophiques. Depuis le soir du second tour, militants et cadres font le bilan. Ils scrutent à la loupe bureaux de vote et circonscriptions. Le verdict est sans appel. La droite haute-garonnaise est au bord du naufrage. Face à ce sombre tableau, beaucoup de militants et de cadres pointent une absence d’auto-critique.

Laurence Arribagé soutient Dominique Reynié. Elle trouve le personnage intéressant. Seul problème, le politologue aveyronnais vient d’offrir son pire score électoral à la droite régionale. Les militants attendent une analyse froide et sans a priori. Lors des départementales, la droite a été éliminée au 1er tour dans plusieurs cantons ruraux : Auterive, Saint-Gaudens, Grenade…Le choc à peine passé, un nouvelle déroute vient remettre du sel sur les plaies. A Toulouse, 251 des 256 bureaux de la ville Rose ont voté pour la socialiste Carole Delga. L’électorat de droite a boudé les urnes dans les bastions de la Côté Pavée ou de l’avenue de Lardenne.

Pour de nombreux militants, la coupe est pleine.

La gifle des Régionales appelle et nécessite une vraie remise en cause. A la place, la présidente de la Fédération s’est contentée d’une interview jugée « plate et lénifiante » (dixit un cadre Républicain). La proximité de l’élection pour la présidence de la Fédération transforme la grogne en fronde.

Une source affirme que Vincent Terail-Novés est très sollicité pour redresser la situation. D’après l’entourage du maire de Balma, aucune décision n’est prise. Mais un duel « Arribagé-Novès » pourrait bien se dessiner. Une source précise :  « de nombreux militants et cadres poussent Vincent en raison des problèmes de fonctionnement de la fédération. Une fédération qui est actuellement gérée dans l’unique intérêt de sa présidente par interim ».

Vincent Terail-Novès, maire de Balma et conseiller régional

Vincent Terail-Novès, maire de Balma et conseiller régional

La récente démission d’Elisabeth Pouchelon de ses responsabilités fédérales confirme et conforte ce climat de défiance. Dans un mail envoyé le 17 décembre, la conseillère régionale lance une phrase lourde de sens : son fonctionnement (NDLR : de la fédération) a profondément changé depuis le départ de Jean-Luc Moudenc. En creux, c’est la présidence de Laurence Arribagé qui est pointée. L’hypothèse d’une candidature d’Elisabeth Pouchelon (face à Laurence Arribagé) circule de plus en plus. Mais, indépendamment de l’échéance électorale de janvier, la décision de la conseillère régionale révèle la crise que traverse la Fédération LR 31.

Elisabeth Pouchelon, conseillère régionale

Elisabeth Pouchelon, conseillère régionale

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Avec une retenue conforme à son tempérament, Elisabeth Pouchelon confirme un fait : l’échec des Régionales est un « simple » accélérateur de particules. Le malaise qui taraude la Fédération haute-garonnaise des Républicains est antérieur aux (mauvais) résultats de Dominique Reynié.

Clanisme, influence de son homme de confiance et collaborateur parlementaire, Yoann Rault-Wita. Les griefs sont extérieurs au scrutin des Régionales. Mais, en revanche, l’échec des 6 et 13 décembre alourdit encore davantage l’ardoise.

Dans quelques heures, Laurence Arribagé doit s’envoler pour le Mexique. La présidente par interim va passer Noël au soleil. Cette semaine de repos et de répit ne sera pas de trop. A son retour, elle va retrouver une situation politique pour le moins compliquée.

De retour sur le territoire national, elle risque de trouver sur son chemin des militants remontés et surtout des concurrents motivés.

Laurent Dubois

Martin Malvy : le dernier discours

 Elus, directeurs d’institutions publiques, acteurs du monde de l’entreprise, du milieu associatif et sportif, représentants des cultes. Martin Malvy les avaient tous conviés hier soir à l’Hôtel de Région, officiellement à « l’occasion de la clôture de la mandature 2010-2015 ». Plutôt une manière de leur dire « au revoir et merci ».

Martin Malvy, hier soir à l'Hôtel de Région de Toulouse

Martin Malvy, hier soir à l’Hôtel de Région de Toulouse

Les discours d’adieu ne sont souvent pas les plus brillants. Martin Malvy le reconnaît lui-même à l’issue de son énoncé. Mais ces discours-là sont sans doute les plus difficiles à prononcer et les plus émouvants aussi. Tout à coup, alors qu’il a bien entamé sa « conclusion », le président de région sortant marque une pause. Le rhume qui voile sa voix depuis quelques jours n’est pas le seul responsable, une larme parcourt son visage. Les secondes qui s’écoulent sont lourdes. L’assistance, saisie, lance une salve d’applaudissements.

Etre utile

Martin Malvy reprend ses esprits : « si ce que j’ai cherché à faire avec ceux qui furent mes compagnons de route a pu être utile, alors je m’absenterai satisfait ». Et le président sortant de ne pas demander de la reconnaissance mais « un peu d’estime » qui « au terme d’un parcours vaut toutes les récompenses ». Ce sera le seul moment de ce long discours où le socialiste lotois fendra l’armure parce que pour le reste, l’animal politique est toujours là.

Dès le début de l’allocution, Martin Malvy rappelle le moment historique que sont en train de traverser nos régions : « ce que nous sommes en train de vivre ne se reproduira pas de sitôt ». Et de dénoncer le pessimisme ambiant, le « c’était mieux avant » qui « veut que toute réforme soit vouée à l’échec ». Il croit en cette nouvelle carte de France et le répète à l’envie.

Carole Delga au premier rang

Celui qui présidera encore jusqu’au 4 janvier martèle aussi les faits marquants de son bilan (le plan rail, la création du Sisqa…) Il parle d’une région visionnaire qui a su coller aux priorités nouvelles comme l’environnement. Il revient sur les 200 agents territoriaux à la création de Midi-Pyrénées aux 3400 actuels, preuve concrète selon lui d’une réelle décentralisation et non d’une gabegie. Il rappelle également à une Carole Delga, toute ouïe au premier rang, la salve de projets en cours qu’il faudra mener à bien. Même message de vigilance adressé au Préfet concernant les Contrats de Plan Etat Régions attendus pour continuer à financer la rénovation des universités.

Et puis sur le terrain plus politique encore il cherche Gérard Onesta dans la salle tout en insistant sur le devoir de travailler ensemble, notamment pour une majorité : « On ne décide jamais seul ». Martin Malvy sait pertinemment que le leader de « Nouveau Monde » (EELV et FG) sort à peine d’un nouveau round de négociation avec Carole Delga. Dans l’assistance aussi, d’autres partenaires, ceux du PRG emmenés par Jean-Michel Baylet, Sylvia Pinel ou encore Didier Codorniou.

Catastrophes et beaux gestes

Egalement dans le public des directeurs d’établissements de santé qui entendent Martin Malvy se remémorer les catastrophes auxquelles il a assisté sous ses différents mandats : AZF, l’affaire Mérah… Mais ces drames humains comme la fermeture de l’usine Molex à Villemur-sur-Tarn et bien d’autres entreprises. Mais il y eut aussi « des beaux gestes » tempère-t-il. Face à tout cela, mais pas seulement, « ce qu’on a pu faire un jour et qu’on a alors cru majeur sera oublié. Ainsi va la chose publique » nuance celui qui s’apprête à laisser la place.

Martin Malvy dit partir « sans nostalgie » et assure qu’il continuera à suivre la vie politique locale restant évasif et malicieux sur le rôle qu’il pourrait y jouer ou pas. Dans une période trouble pour le pays, il en appellera à ne pas oublier la jeunesse  et cette phrase qu’il a faite graver sous un buste de Jaurès à l’entrée de l’hôtel de région : « Il n’y a qu’une race, l’humanité ».

Martin Malvy ne s’en va pas encore tout à fait, il sera le premier président de la nouvelle grande région qui naitra officiellement le premier janvier. Son successeur sera élu quatre jours plus tard.

Patrick Noviello

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