La disparition de Pierrette Fleutiaux

(c) Actes Sud

 

Née à Guéret en 1941, la romancière Pierrette Fleutiaux vient de disparaître. Elle avait obtenu le prix Femina 1990,  pour Nous sommes éternels.

Elle éaitt issue d’une famille d’enseignants – sa mère étant professeur de sciences naturelles et son père directeur de l’Ecole normale d’instituteurs, lui-même appartenant à une lignée d’instituteurs, les fameux « hussards noirs de la République », qui vivaient leur profession comme un véritable sacerdoce.

Pierrette Fleutiaux a vécu dans la ferme de ses grands-parents paysans ; elle évoque des moments heureux avec son jeune frère dans un petit village creusois qui remonte aux Gallo-romains, où sa famille maternelle était implantée depuis des générations.

Lorsque elle se remémore ses souvenirs, ce sont comme des flashes de la petite enfance : une vache devenue folle dans la cour, des bombardiers passant haut dans le ciel, deux prisonniers allemands affectés à la ferme, l’un qui semblait gentil et l’autre qui faisait peur. 
C’est aussi le souvenir de la guerre de 14-18, celle de ses grands-parents, la Grande Guerre, qui avait rempli le cimetière de jeunes hommes qui étaient leurs cousins, neveux… Et malgré tout, le bonheur de vivre à la campagne, dans cette ferme de la France rurale presque disparue aujourd’hui.

La petite et la jeune fille était passionnée par la lecture, aussi bien de la collection rose et verte que des ouvrages de la bibliothèque de l’école dirigée par son père.

Elle a ensuite suivi des études à Limoges, Poitiers, Bordeaux, et Londres.

Pierrette a obtenu une agrégation d’anglais à la Sorbonne. Elle a vécu à New York en étant enseignante au Lycée français, a travaillé quelque temps pour l’ONU. De retour à Paris, elle a été professeur d’anglais, notamment au lycée Chaptal.

La romancière a d’abord été publiée par Anne Philippe, devenue directrice littéraire chez Juillard après la mort de Gérard. Cette rencontre d’une éditrice et d’une amie a été capitale, elle l’a d’ailleurs racontée dans le livre Bonjour Anne. Pierrette Fleutiaux a ensuite été publiée par Roger Grenier chez Gallimard.

Elle a beaucoup voyagé, notamment à l’Île de Pâques, ce qui a nourri son roman L’Expédition, publié chez Gallimard. Elle a également écrit des contes opéras radiophoniques.

Pierrette Fleutiaux vivait à Paris et à Royan. Son dernier ouvrage, Destiny, a été publié il y a deux ans par Actes-Sud. Ses ouvrages ont été couronnés par de nombreux prix.

28 Fév

Les statues à Limoges: un patrimoine à préserver (1)

Photos réalisées le 27 février 2019 (c) L. Bourdelas, tous droits réservés

Statues de la Vienne et du Taurion, Champ de Juillet

Monument aux morts de la guerre de 1870, place Jourdan

Nymphe (?), place Jourdan

Jourdan, place Jourdan

Monument aux morts de 14-18, place Jourdan (déplacé du square de La Poste en 1963)

L’un des deux aigles de l’ancien Hôtel de commandement militaire, place Jourdan

Gay-Lussac, jardin du lycée Gay-Lussac, boulevard Georges Périn (une autre se trouve à l’intérieur, dans le hall)

Vierge, rue des Allois

Buste de Louis Longequeue, ancien maire de Limoges, jardin de l’Evêché

Les deux lions du jardin de l’Evêché

Statues devant le Musée des Compagnons, jardin de l’Evêché

« Notre-Dame du peiteu », rue du Rajat

http://ponticauds.com/la-rue-du-rajat.html

Cippe romain, chevet de la cathédrale St-Etienne, rue Porte Panet

Crucifix, rue Neuve Saint-Etienne

Jeanne d’Arc, par Maxime Real del Sarte, 1942

Statue de saint Martial, place Saint-Michel

Lions romains de chaque côté du portail de l’église Saint-Michel-des-Lions

Anne, Marie et l’Enfant Jésus au rognon (reprise de la statue de la chapelle St-Aurélien), rue de la Boucherie

Pietà, rue de la Boucherie

Pietà, place Saint-Aurélien

Pietà, rue de la Boucherie

Saint Aurélien, rue du Canal

Mémorial des Ardents, saint Martial, rue J.B. Blanc, Montjovis

19 Fév

A cheval en Limousin

Dès l’enfance, mes parents m’amenèrent en promenade vers l’écurie du Puytison et son rustique château, sur la commune de Feytiat, en Haute-Vienne, pour admirer et caresser des chevaux en liberté dans les prairies verdoyantes. A huit ans, en 1970, on m’offrit un bel album illustré paru chez Hachette, rédigé par un Anglais : Nos amis les chevaux. Mais bien qu’il fit l’histoire de l’équidé depuis les temps les plus anciens, il ne mentionnait pas le cheval limousin.

Et pourtant, ce cheval limousin était réputé dès l’Antiquité : même les Arvernes préféraient les chevaux élevés par les Lémovices pour leur cavalerie. Celle de Vercingétorix aurait aussi était constituée de chevaux limousins, ce qui – on s’en doute – attira l’attention de Jules César qui aurait confié à Labienus le commandement d’un corps de chevaux et cavaliers limousins. C’est en tout cas ce qu’affirme la tradition. Certains pensent même que, dès l’occupation romaine, des étalons au sang arabe auraient sailli des juments limousines. Lorsque les Sarrasins passèrent par le Limousin, nul doute que des échanges aient pu avoir lieu entre eux et les éleveurs de la province, permettant également l’apport de sang royal. L’élevage de chevaux se développa avec la nécessité de fournir des montures aux chevaliers médiévaux, mais encore plus avec l’apparition des armes à feu sur le champ de bataille, nécessitant non plus des armures et de lourds chevaux, mais des animaux agiles et rapides. Et l’on disait que le cheval du cru était une bête « si fine, si svelte, si adroite et si sûre ». Henri IV, qui institua les haras royaux dès 1601, aimait particulièrement le cheval limousin que lui avait offert le chevalier de l’Hermite – on ne sait pas, toutefois, si c’était le célèbre « cheval blanc »… Dans son Histoire naturelle, Buffon n’hésita pas à écrire que « Les meilleurs chevaux de selle viennent du Limousin, ils ressemblent assez aux Barbes et sont comme eux excellents pour la chasse ». Le célèbre écuyer Antoine de Pluvinel considèrait lui-même les chevaux du Limousin comme excellents par leur beauté et leur bonté et Jérôme de Pontchartrain ajouta que ce sont les plus beaux et plus fins chevaux de France. Le maréchal de Turenne était réputé pour avoir possédé une jument limousine surnommée « Pie », qui aurait participé à vingt batailles. A sa mort, les officiers ayant perdu leur général, étaient – écrit un certain P.J.B.N. dans son livre Des chevaux célèbres contenant un recueil des anecdotes relatives à ce noble animal paru à Paris en 1821 – embarrassés de la marche qu’ils devaient faire tenir à l’armée. Les soldats s’en aperçurent. Ils s’écrièrent : « Qu’on mette la pie à notre tête, qu’on la laisse aller, et nous suivrons partout où elle ira. »

Lorsque, en 1665, Colbert et Louis XIV organisèrent les haras royaux, c’est logiquement qu’en Limousin, Pompadour, résidence de seigneurs entretenant des régiments de cavalerie, devint le centre naturel de l’élevage équin du Limousin. En 1787, l’agronome anglais Arthur Young déclara que le Limousin était la meilleure race de cheval de selle française, soutenant la comparaison avec le Pur-Sang. Lorsqu’Antoinette Poisson, favorite du roi Louis XV, devint la marquise de Pompadour, elle s’intéressa, en bonne cavalière qu’elle était, à cet élevage, y envoyant, en 1751, neuf juments – dont deux barbes de ses propres écuries et six danoises provenant des écuries du roi. Pompadour fut également gratifié d’étalons. En janvier 1764, le haras fut rattaché aux « haras particuliers de Sa Majesté ». A la veille de la Révolution Française, l’effectif y était de 18 étalons, 131 juments ou pouliches et 135 poulains de 1 à 5 ans. Didier Cornaille précise qu’ « on dénombrait, en Limousin et Basse-Marche, 338 étalons et 1800 poulinières de première classe. » Pompadour a accueilli assez tôt des courses sur son bel hippodrome. Dans Château en Limousin, paru chez Flammarion, Marcelle Tinayre a évoqué celles de la Monarchie de Juillet : « Le champ de courses de Pompadour s’étend devant le magnifique château du XVIe siècle. De grands arbres encadrent la pelouse verte où des barrières blanches jalonnent la piste. Ce dimanche d’août 1839, le gros bourg qui s’agglomère autour de haras était envahi par la foule bariolée et bruyante. Toutes les classes et tous les métiers se coudoyaient. » Suit une plaisante description de toute la société venue assister à l’évènement. Un siècle plus tard, le Club Med ouvrit à Pompadour en 1972 un village dédié à l’équitation, qui ferma en 2014. Je me souviens encore des clients bling bling arrivant de Paris par le Capitole et de Limoges par l’omnibus : pour eux toute une aventure pittoresque ! Deux ans après la fermeture, Jean-Pierre Gourvest annonçait dans Le Parisien que le lieu allait retrouver son lustre grâce à une riche famille libanaise passionnée de cheval. Cela méritait bien une inauguration par François Hollande, président de la République dont l’ancien fief électoral était la Corrèze, avec repas concocté par le chef du nouveau domaine : foie gras de la ferme cuit au torchon, carré de veau du Limousin et fraisier contemporain.

Bien avant Pompadour, on ignore souvent que Tulle proposait déjà des courses hippiques très courues. Des centaines d’habitants de la ville préfecture s’y rendaient pour voir s’affronter plus d’une vingtaine de chevaux sur une boucle de deux kilomètres. Cette compétition, qui s’est d’abord déroulée à la fin du mois d’août, sur un terrain proche de l’étang de Ruffaud, sur la commune de Gimel-les-Cascades, s’est tenue pendant une quinzaine d’années. C’est le général Milet-Mureau, préfet de la Corrèze, qui s’était chargé de son organisation. Il s’agissait de créer une émulation parmi les éleveurs de la région. Un jury, présidé par le préfet, supervisait cette course où étaient engagés jusqu’à une trentaine de chevaux provenant d’élevages corréziens ou de départements limitrophes. Ils concouraient en trois catégories : juments, mâles et chevaux de moins de 5 ans. Les prix étaient remis aux propriétaires, lors de la fête de la Saint-Clair, le 1 er juin à Tulle. En 1836, le maire de Gimel tourna définitivement cette page d’histoire en proposant à la commune de Pompadour de lui céder tout le matériel stocké chez lui et qui avait servi à l’ancien hippodrome de Tulle.

Un autre lieu emblématique de l’élevage de chevaux fut Nexon, en Haute-Vienne. On s’occupa en effet d’élever des chevaux de luxe à Nexon dès le commencement du XVIIème siècle. Par la suite, un grand nombre de poulinières existèrent à Nexon et presque tous leurs produits étaient vendus pour les écuries du Roi et pour les officiers supérieurs de l’armée. Les haras de Pompadour en achetèrent plusieurs. Au XIXème siècle, la famille Gay de Nexon poursuivit cette activité et fit courir des chevaux. Ce n’est qu’à la fin du siècle suivant que Ferréol de Nexon, héritier du domaine et des terres, abandonna peu à peu l’élevage chevalin devenu peu rentable. Après avoir cédé le château à la municipalité en 1983, il vendit sa dernière poulinière en 1990 et mit fin, à 500 ans d’histoire de sa famille et de l’élevage du cheval dans le bourg de Nexon.

Les environs de Limoges disposent de L’hippodrome de Texonnieras, qui se situe à Couzeix. Inauguré en 1821 et modernisé au début des années 1970, il est ouvert au galop avec une piste en herbe de 2 000 mètres et au trot avec une piste en sable de 1 300 mètres, avec corde à droite. Il s’agit aussi d’un centre équestre situé à environ 500 m de l’hippodrome. Le Dorat accueille aussi un hippodrome, où l’on pratique le plat, le trot et l’obstacle.

Les bons services militaires du cheval limousin entraînèrent de fréquentes réquisitions sous la République et le Premier Empire, en particulier pour la guerre de Vendée et les différentes guerres napoléoniennes, ce qui causa une raréfaction de la race. Croisé à l’Arabe et au Pur-Sang durant le XIXème siècle, puis reconverti dans les courses hippiques, le cheval limousin disparaît à l’orée du XXème, en particulier sous l’influence de l’Anglo-Arabe.

Aujourd’hui, nombreux sont les centres équestres dans la région. Les circuits de randonnées équestres, très nombreux, permettent de faire le tour du lac de Saint-Pardoux, de caracoler à travers les bruyères des Monédières, de s’enfoncer dans les mystères des Monts de Blond ou encore de faire étape sous des tipis à Vassivière. A Alleyrat, de robustes chevaux de trait emmènent toute la famille pour une randonnée attelée et un pique-nique dans la vallée de la Creuse. Différentes formules offrent la possibilité de partir seul ou accompagné, et de jalonner ses balades de haltes en chambres d’hôtes et en tables du terroir.

 

02 Fév

Cuir en Limousin

Je me souviens qu’Alain Souchon avait cassé son image en chantant : « J’veux du cuir ». Il est une ville limousine à la riche histoire qui aurait satisfait à tous ses bonheurs – on la surnomme la « capitale de la ganterie » – c’est Saint-Junien. A défaut d’être limogé, le chanteur aurait pu devenir Saint-Juniaud ; nul doute qu’il aurait trouvé l’inspiration en longeant la Vienne du côté de l’impressionnant chaos rocheux où le peintre Jean-Baptiste Corot eut l’habitude de venir planter son chevalet pour peindre dans les années 1850.

C’est dans la qualité des eaux de la Vienne et de la Glane, exemptes de calcaire et par sa situation au cœur d’un important bassin d’élevage que la ville a trouvé les sources de sa vocation industrielle : le travail du cuir. La tradition fait remonter au XIème ou XIIème siècle la naissance de l’activité gantière à Saint-Junien. Dès la fin du XVIIème, la ganterie est la principale activité de la ville. Les gantiers qui fournissaient les personnes de haut rang mégissaient eux-mêmes leurs peaux (c’est-à-dire les assouplissaient par un bain d’alun). Petit à petit, ils se consacrèrent uniquement à la fabrication de gants et confièrent cette activité à d’autres artisans. C’est ainsi qu’est née la mégisserie sur les bords de Vienne, les petits ateliers devenant de véritables usines employant plusieurs centaines de personnes.

A la fin des années trente, la ville compte 11 400 habitants et l’industrie du cuir est le plus gros employeur. Lisons ce qu’écrivait Georges Gaudy dans La Ville rouge en 1925 : « Les longues et dures journées procuraient de modiques salaires. Les ouvriers, à part les gantiers qui connaissaient un métier rare, vivaient dans la gêne. On voyait les mégissiers et les papetiers partis pour l’usine avec un petit porte-dîner garni de soupe ou de haricots froids. Le soir, ils mangeaient en famille, dans la rue, comme des nomades, leur soupe et leur pain de seigle. Ils s’abreuvaient à la fontaine. Le dimanche et les jours de paye, ils emplissaient des tavernes enfumées où, face à face, accoudés sur des tables graisseuses, ils buvaient d’un seul trait de grands verres de vin rouge. Parfois, dans les solennités, ils achetaient de la viande. Pour le carnaval, beaucoup s’endettaient, car c’était une loi de se gaver en cette occasion. Dès la matinée, la veille, d’énormes tourtes, des pâtés de toutes tailles se succédaient chez le boulanger, portés par des gamins et de triomphantes ménagères. Pourtant la gaieté rayonnait, dans les yeux, une flamme brillait qu’on chercherait vainement aujourd’hui. On voyageait peu. Nos grands-pères ignoraient Limoges et ne songeaient même pas à s’y rendre. Mais ils se tutoyaient entre eux. Ils s’aimaient. Dès qu’un voisin tombait malade, on se hâtait de le secourir. »

La crise économique de la fin du vingtième siècle, la concurrence étrangère et sans doute la mode vestimentaire qui a relégué le gant au rang d’accessoire, ont fait chuter la production. Il ne reste aujourd’hui que deux mégisseries et trois ganteries. Mais les savoir-faire accumulés tout au long des siècles permettent à cette production de garder sa notoriété. Le dynamisme et la créativité des gantiers s’expriment désormais pour la haute couture qui leur assure un débouché prestigieux . La perpétuation de cette activité à un si haut niveau conforte le statut de Saint-Junien de Capitale française du gant de peau de luxe et lui vaut le label « Villes et Métiers d’art » couronnant des siècles de labeur des maîtres coupeurs et des couturières à domicile. Saint-Junien continue d’inspirer : de nouvelles activités liées au cuir se sont installées dans la ville et ses environs : Daguet (ceintures belles et colorées, entre créativité contemporaine et traditionnelle, maroquinerie et accessoires de mode, autour de Thibault Favre de Lapaillerie, ancien compagnon du tour de France), Parallèle (chaussure de luxe) à Rochechouart, sellerie bourrellerie à Saint-Laurent sur Gorre. Il existe aussi une sellerie à Pompadour, qui a pris le nom de Fleur de Lys. Toutes les selles sont conçues et fabriquées en France dans une recherche constante de perfectionnement, de confort et de respect de la monture.

L’ancienne coopérative de Saint-Junien, créée en 1919, travaille avec Hermès depuis 1981 et a été rachetée par la maison de luxe en 1998. L’établissement s’est agrandi et a formé des artisans à la fabrication de portefeuilles. La ganterie-maroquinerie de Saint-Junien s’est installée en juin 2017 dans une nouvelle manufacture en bord de Vienne – une ancienne usine de traitement de laine rénovée, un bâtiment de 1500 m2.

La mégisserie Colombier a été créée par Léon Colombier qui a commencé une activité de teinture à Saint-Junien dès 1925 – il fut également résistant pendant la deuxième guerre mondiale. Les bâtiments actuels datent de 1952. La production, jusque dans les années soixante, a surtout été tournée vers la peau pour vêtement. Cette diversification des produits se poursuit et à partir des années 1970, la mégisserie ajoutant à sa gamme la peau d’agneau et de mouton pour chaussure, maroquinerie et articles pour l’administration. Depuis une dizaine d’années, et parallèlement à la peau d’agneau et de mouton, Colombier a développé la peau de chevreau haut de gamme pour le gant de luxe, fabrication qui place l’entreprise au rang de premier spécialiste français de cet article.

La réussite d’Agnelle, dont la boutique est au cœur de Paris, dans le 1er arrondissement, est particulièrement emblématique. En 1937, c’est sa création par Joseph Pourrichou, pour son fils Lucien. Deux années plus tard, celui-ci part à la guerre et sa femme Marie-Louise reprend les rênes de l’entreprise. En 1955, elle construit une usine dans le centre de Saint-Junien. A cette période Agnelle fait de la sous-traitance pour les grands magasins américains et pour la chaine « Dames de France». Dix ans plus tard, Marie-Louise décède et sa fille Josy Le Royer lui succède. Le gant n’est pas très à la mode mais elle fait preuve d’imagination, d’audace et innove vers le haut de gamme. Ses efforts sont récompensés puisqu’elle obtient en 1970 une première collaboration avec une maison de haute de couture : Christian Dior. Dix ans plus tard, elle décroche des contrats avec différentes maisons. En 1986, c’est l’arrivée de Sophie Grégoire, quatrième génération et fille de Josy, aux commandes de l’entreprise. Cette même année c’est l’inauguration des stands aux Galeries Lafayette et au Bon Marché. En 1997, c’est le lancement de son Prêt-à-porter par Louis Vuitton. Agnelle commence à travailler avec Christian Lacroix. Deux ans plus tard, la ganterie est achetée par un groupe américain, avant d’être reprise par Sophie Grégoire, l’arrière-petite-fille du fondateur de l’entreprise. De nombreuses autres maisons travaillent désormais avec elle. On note que cette saga doit beaucoup à des femmes d’exception.

Les orgues de Bort, en Corrèze, s’étirent sur deux kilomètres de longueur et s’élancent sur 80 mètres de hauteur. Issues d’une coulée de phonolite venant du Cantal, elles dominent majestueusement la ville blottie à leur pied à une altitude de 430 mètres. Du haut des Orgues, les visiteurs s’émerveillent du point de vue exceptionnel qu’elles offrent sur l’Auvergne et le Limousin. La commune est aussi connue pour l’impressionnant barrage mis en eau en 1952 sur la Dordogne, troisième plus grande retenue française pour un barrage en béton. Elle abrite une usine du groupe de maroquinerie Le Tanneur, qui occupe environ 400 employés. Dans les années 2000, elle a entamé une montée en puissance afin de répondre à une demande croissante de ses donneurs d’ordres, grandes maisons de luxe françaises.

L’usine de chaussures Heyraud

Grève des gantiers en 1906 à Saint-Junien (Journal IPNS)

            Le cuir, c’est aussi la chaussure, dont l’industrie fut très présente en Limousin. Dès le début de la Monarchie de Juillet, la fabrication de cordonnerie en gros et de chaussures fines s’y développa. Un milliers d’ouvriers travaillaient pour 11 fabriques au XIXème siècle. En 1914, l’augmentation était nette, avec 17 usines et 2 780 ouvriers – dont les 700 de l’usine Monteux, rue de Châteauroux. Avec la première guerre mondiale, le progrès fut encore plus rapide, Limoges recevant les commandes de l’armée. Ce n’est pas pour rien que le monument aux morts réalisé en 1932 est flanqué d’un ouvrier porcelainier et d’un autre en chaussure. En 1920, Limoges compte 46 fabriques abritant  8 000 ouvriers et assure le quart de la production française.

Parmi les entrepreneurs de la chaussure, Alfred Heyraud, né en 1880 à Limoges. Il n’a que 20 ans quand il part à la conquête de Paris pour prendre la direction de la boutique-atelier Pinet, située dans la légendaire rue Cambon. De ces années durant lesquelles il côtoie les grands noms de la société parisienne et londonienne, il garda à jamais un goût prononcé pour l’élégance. Souhaitant voler de ses propres ailes, il revint à Limoges en 1913 pour ouvrir son atelier : la Maison Heyraud vit alors le jour. Le succès ne se fit pas attendre, lui permettant d’ouvrir en un temps record quatre ateliers dont un à Paris. C’est donc tout naturellement qu’il se lança en 1930 dans l’aventure industrielle avec l’inauguration de sa première usine. Son ambition était simple : fabriquer en grande série des souliers de qualité au « fini » irréprochable et à des prix abordables. Sa signature devint alors : « La qualité d’autrefois, l’élégance d’aujourd’hui ». Visionnaire et précurseur pour l’époque, il emprunta au monde du luxe un savoir-faire d’excellence, une main d’œuvre hautement qualifiée et des peausseries de qualité qu’il rendit accessibles au plus grand nombre. Rien n’était laissé au hasard, tout était pensé avec la même exigence de luxe y compris dans les boutiques, où la vente devint un véritable cérémonial. La Maison Heyraud existe toujours, mais ses usines ne sont plus en Limousin, plutôt en Italie, en Espagne et au Portugal.

L’autre fleuron de la chaussure, c’est J.M. Weston. En 1891, Édouard Blanchard installa sa manufacture de chaussures pour hommes et femmes à Limoges. Son fils Eugène quitta la ville en 1904 pour apprendre la technique du cousu Goodyear à Weston (près de Boston, Etats-Unis) qui permettait de ressemeler durablement les souliers. Il introduisit le procédé à son retour pour privilégier la qualité et le service, en proposant plusieurs largeurs. C’est une course hippique qui scella le destin de la maison lorsqu’Eugène croisa le chemin de monsieur Viard, grande figure des mondanités parisiennes. Tous les deux s’associèrent en déposant le nom de J.M. Weston et en ouvrant la première boutique boulevard de Courcelles. Cette alliance inédite posa les fondations de la maison : un nom, un savoir-faire et un esprit parisien. L’entreprise ne cessa ensuite d’innover et de se développer, par exemple en 1946 avec, le Mocassin 180, devenu une icône indémodable. Une vingtaine d’années plus tard, il est récupéré par les « Minets » de la Bande du Drugstore des Champs-Elysées. En 1981, J.M. Weston reprend la Tannerie Bastin à Saint-Léonard-de-Noblat. Cinq après, une boutique est ouverte à New York, suivie par un réseau d’une quarantaine d’autres à l’étranger. En 2001, c’est l’arrivée de Michel Perry en tant que directeur artistique. Onze ans plus tard, Weston crée sa première collection de maroquinerie et en 2016, rend hommage à Yves Klein, en développant une édition limitée de 1500 paires de son Moc’ Weston dans la teinte exacte du Bleu Klein International, distribuée dans 9 boutiques à travers le monde.

 

Cette histoire, ces activités artisanales, comme la tapisserie ou les arts du feu, témoignent d’un savoir-faire très développé, par des femmes et des hommes attachés intimement et affectivement à leur travail, ce qui se ressent évidemment dans les produits fabriqués.

 

31 Jan

Une archive de la fête des épinettes à Limoges

Un lecteur m’adresse cette photo qu’il date de 1950 environ. Il s’agit d’un cliché de la « fête des épinettes » du quartier Aristide Briand. Il y avait un défilé costumé, un manège, un mat de cocagne – avec jambons et saucissons pour ceux qui grimpaient les attraper…

On remarque l’ancien arrêt de trolley (à gauche) et un trolley (à droite). Au fond à droite, il y a la passerelle Montplaisir.

Le grand pont de chemin de fer, aujourd’hui en contrebas de l’école du Grand Treuil, n’était pas encore construit. mais on distingue l’autre, sur la gauche.

Un lecteur de ce blog précise que c’était « un défilé humoristique : « La noce à Bouboule ». Le rôle du marié était tenu par Chinour, le fumiste de l’impasse d’Ambazac et celui de la mariée par un conducteur SNCF nommé Terrier. Leur calèche (absente sur la photo) était tirée par un âne affublé d’un pantalon de golf ; quelques lurons du quartier formaient la famille et les invités. Tout ce petit monde n’engendrait pas la morosité, surtout après de copieuses libations ! »

27 Jan

Trois vues colorisées de Limoges

Saint-Pierre et la place du même nom avant le début des années 1960, date à laquelle fut construit le nouveau quartier du lycée Gay-Lussac. On distingue à droite les anciennes façades des immeubles qui le précédèrent.

 

La cathédrale de Limoges, dont les travées de droite furent achevées en 1888.

Au jardin d’Orsay, le bassin et la statue du Chêne et du roseau, aujourd’hui disparue semble-t-il.

 

(Cliquer pour agrandir)

20 Jan

Hommage à Joseph Rouffanche à la Bfm de Limoges le 25 janvier 2019

(c) L. Bourdelas

 

A l’occasion de la parution aux PULIM d’un ouvrage de Gérard Peylet consacré au poète limougeaud Joseph Rouffanche, disparu il y a deux ans, un hommage est rendu le vendredi 25 janvier à 18h à la BFM de Limoges, en présence d’amis et parents de l’auteur, qui témoigneront et liront ses textes: Amélie et Dominique Rouffanche, Monique Boulestin, Marie-Noëlle Agniau, Michel Bruzat, Laurent Bourdelas, etc.

Nous vous espérons nombreux.

La disparition du poète Ivan Pavlovitch Nikitine, qui vint régulièrement à Limoges

Ivan Nikitine dans les années 1970

1988: la revue limougeaude ANALOGIE publie un recueil de Nikitine

L’artiste Frédéric Deprun, Laurent Bourdelas, Ivan Nikitine et sa fille à la librairie Page et Plume en 1988

 

Le poète agenais d’origine russe Ivan P. Nikitine fut le compagnon de route des revues limougeaudes ANALOGIE et L’INDICIBLE FRONTIERE et vint régulièrement participer à des manifestations culturelles à Limoges, où il fut aussi traducteur de russe pour l’Académie théâtrale du CDNL. Il vient de disparaître suite à une crise cardiaque. Voici le texte que j’ai écrit pour son enterrement le lundi 21 janvier.

 

до свидания, mon cher Ivan !

 

Au revoir, mon cher Ivan. Je ne suis pas là pour ton enterrement et ton envolée vers les étoiles, mais je viendrai bientôt te saluer et boire un verre sur ta tombe.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous aurons été compagnons de route poétique et amis. Tu m’avais téléphoné l’été dernier et nous allions certainement nous revoir.

Cela avait commencé en 1987, alors que je dirigeais depuis peu la revue d’art et de critique Analogie, à Limoges. Dans une lettre du 16 août de cette année-là, tu m’écrivais à propos de ta double culture russe et française : « si cela offre des avantages, parfois c’est très inconfortable, car cela donne l’impression d’être assis entre deux chaises. Mon engagement russe est très complexe… » Tu me disais aussi : « Quant à la poésie, elle est venue très tôt mais mal et n’est devenue vraiment consciente que dans les années 70 avec la découverte de René Char. J’ai alors compris combien cela représentait de travail, d’effort et de douleur. » Et tu poursuivais plus loin : « Je dois dire que je suis un personnage de passions soudaines et très fortes, qui peuvent durer de quelques jours à quelques années. » J’avais moi-même étudié la langue et la littérature russes et il me semble bien que c’est moi qui t’ai convaincu d’ajouter Pavlovitch entre Ivan et Nikitine.

Au printemps 1988, j’ai eu le plaisir d’éditer ton recueil Une nuit au bord des gouffres, accompagné par des encres du jeune artiste Frédéric Deprun, qui était venu de Limoges pour te rencontrer et préparer cette création. Ton texte s’achevait par « Et la nuit d’ivoire pour quelque silence grivois. » J’espère que ta nuit est désormais d’ivoire, mais aussi qu’elle est étoilée. J’ai encore publié ton recueil Eclats et, plus tard, ta sublime Petite neige dans mon autre revue, L’Indicible frontière.

Tu es venu plusieurs fois à Limoges, y compris avec tes filles, à l’occasion de signatures, de lectures ou de colloques. Je me souviens qu’en 1989, tu avais participé à celui que j’avais organisé à propos de « poésie et révolution » et que tu avais rendu hommage aux poètes victimes du goulag. Tu m’avais fait découvrir les Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov. Je me souviens de nos conversations passionnées, des controverses poétiques, des rires, des repas au restaurant limougeaud Le Trolley et des verres de vodka, d’une soirée avec le musicien Alexis Litvine. Je me souviens du Passage, et de « Lectoure en poésie » où tu m’invitas. Et aussi de cette nouvelle de Nabokov pour ma revue dont je ne sus jamais si c’était un inédit ou une supercherie. Et puis il y avait eu tes séjours à Limoges comme traducteur de théâtre pour le Centre Dramatique National du Limousin.

Je me souviens qu’avec toi, la vie était vivante et passionnée. Et que son souvenir triomphe de la mort.

 

Comme l’écrivit Alexandre Blok en 1907 dans Le masque de neige :

 

« Au-dessus des neiges sans fin

Envolons-nous !

Par-delà les mers brumeuses,

Brûlons jusqu’au bout !

(…)

Que les braises de l’hiver

Calcinent la croix

Lointaine et menaçante ! »

 

 

Laurent Bourdelas