23 Avr

Limoges, je me souviens (1)

L’église St-Paul St-Louis et l’école de la Monnaie vues des voies SNCF en gare des Bénédictins (c) L.B.

 

  1. Je me souviens de l’école maternelle des Pénitents Blancs et de l’école primaire du Boulevard Saint-Maurice.
  2. Je me souviens de La Pantoufle moderne.
  3. Je me souviens du Bazar Mandonnaud et de la boîte-aux-lettres pour le Père Noël.
  4. Je me souviens du château-fort et des figurines dans la vitrine du coiffeur René Juge, rue Aristide Briand – et qu’il était descendant d’une famille de bouchers et un collectionneur de minéraux.
  5. Je me souviens du saumon servi au repas de ma communion solennelle par une dame qui avait cuisiné à la place de ma mère.
  6. Je me souviens que ma grand-mère me tricotait des vestes en laine qui me piquaient mais que je devais mettre pour aller manger chez elle.
  7. Je me souviens que nous criions « Pompidou des sous ! Pompidou des sous ! » en revenant de la classe du Cours Préparatoire le soir.
  8. Je me souviens que le 20 juillet 1969, Armstrong a fait son premier pas sur la Lune et prononcé cette phrase : « C’est un petit pas pour l’homme, mais un bond de géant pour l’humanité ».
  9. Je me souviens du boulanger qui nous livrait chaque matin avec sa 4L fourgonnette et qui me donnait souvent un croissant. Il avait un béret et il fumait.
  10. Je me souviens que l’on pouvait passer en voiture sur le pont Saint-Etienne.
  11. Je me souviens qu’il neigeait en hiver.
  12. Je me souviens que nous écrivions à la plume et à l’encre, que nos encriers étaient en porcelaine blanche, remplis par le maître avec une bouteille à bec, que nous utilisions des buvards roses et que nous n’avions pas le droit d’écrire au stylo bille.
  13. Je me souviens de A la grâce de Dieu.
  14. Je me souviens que nous avions été passer une journée d’été à Belle-Île avec le boucher de la rue Aristide Briand.
  15. Je me souviens avoir embrassé P., en revenant du lycée sous des trombes d’eau. Elle avait de longs cheveux blonds et portait une chemise blanche à manches longues et nous étions sous le pont de chemin de fer en métal qui enjambe la rue, à côté de la passerelle Montplaisir, au-dessus du dépôt S.N.C.F.
  16. Je me souviens que mon grand-père Marcel a cassé une assiette à carreaux bleus et blancs en coupant son steak.
  17. Je me souviens que mon chien Tex, un beagle croisé, a fait pipi sur la table de la cuisine en formica où mes parents l’avaient posé lorsqu’il m’a vu pour la première fois.
  18. Je me souviens que lorsque j’avais six ans, à La Gaillardie (Ladignac-le-Long), une nuit, nous sommes descendus avec Patricia et Liliane par le balcon contre lequel était posé une échelle, et nous sommes partis faire de la barque au milieu de l’étang.
  19. Je me souviens que mon père racontait avoir vu l’eau gelée à l’extrémité des lances des pompiers au moment de l’incendie des Nouvelles Galeries juste avant Noël 1963.
  20. Je me souviens que rue Jean Jaurès, je tirais un chien rouge en bois à roulettes et que je tenais la main de ma mère. Elle me montrait par le vasistas des boulangers travaillant dans un sous-sol.
  21. Je me souviens de la Maison du Fromage.
  22. Je me souviens que le père Dutertre, qui nous faisait l’Histoire Sainte, roulait très vite dans sa deux-chevaux et nous montrait des films de Tintin au patro, avec un projecteur 16 mm.
  23. Je me souviens du centre de réinsertion sociale de la rue des Augustins.
  24. Je me souviens des cours de natation avec un maître-nageur le samedi matin à la piscine d’hiver de Beaublanc.
  25. Je me souviens des boiseries installées au milieu du hall de la gare des Bénédictins.
  26. Je me souviens que mes grands-parents paternels nous ont offert notre première télévision en couleurs.
  27. Je me souviens qu’il fallait montrer ses mains et ses ongles propres à l’instituteur en arrivant à l’école.
  28. Je me souviens qu’un jour où nous passions devant le lycée Gay-Lussac sous la neige avec mon père, nous avons vu les élèves jouer aux boules de neige dans la cour et que mon père m’a dit que j’y serai un jour élève moi aussi.
  29. Je me souviens que le réveil de mon grand-père Eugène était sur le frigo et que même quand nous étions chez lui le dimanche, il sonnait la fin de sa sieste.
  30. Je me souviens que j’étais bon en calcul mental.
  31. Je me souviens que Bénédicte, qui portait un pull bleu clair, m’avait dit que je lui avais fait mal en lui tapant la poitrine par inadvertance et qu’une fille c’était sensible à cet endroit.
  32. Je me souviens que j’imitais les Wallace Collection en chantant Daydream avec un manche à balai en guise de micro lorsque j’avais sept ans. Ils étaient en photo tous les six sur le disque 45t avec une photo dans les tons roses et bleus.
  33. Je me souviens que je vomissais sur le trottoir en allant à l’école et que la charcutière à l’angle de la rue du Maupas et du boulevard de la Cité m’apportait un verre d’eau.
  34. Je me souviens des cures à La Bourboule : le brouillard, les gargarismes et l’eau chaude en fin d’après-midi.
  35. Je me souviens d’un panier d’oranges devant la crèche à la cathédrale de Limoges.
  36. Je me souviens des leçons de morale et des phrases que le maître écrivait au tableau pour commencer la matinée.
  37. Je me souviens qu’un soir où nous étions tous les deux, mon père a sorti un double 33t de jazz New Orleans et que nous avons dansé.
  38. Je me souviens que ma marraine m’avait offert pour Noël un château-fort à construire et qu’il me faisait penser à celui de Châlucet où nous allions nous promener avec mes parents.
  39. Je me souviens que j’aidais les autres élèves en orthographe et que j’aimais apprendre les poésies mais que les réciter me rendait malade.
  40. Je me souviens de la botte rouge des chaussures Barret, rue Ferrerie.
  41. Je me souviens que nous escaladions les deux plantureuses statues représentant la Vienne et le Taurion au Champ de Juillet.
  42. Je me souviens des crêpes à la Chandeleur, avec une pièce dans la main.
  43. Je me souviens qu’avec ma grand-mère Rose, nous jetions des noyaux de cerises par la fenêtre de son appartement Cours Gay-Lussac – là où nous nous installions aussi pour regarder le feu d’artifice du 14 juillet.
  44. Je me souviens que Jean-Eric faisait des maquettes d’avion lorsqu’il avait douze ans.
  45. Je me souviens du vendeur de châtaignes grillées devant les Nouvelles Galeries et de son four en forme de locomotive – il les servait dans des cornets en papier journal et elles brûlaient les doigts.
  46. Je me souviens des ânes qui faisaient le tour du bassin du Champ de Juillet.
  47. Je me souviens que ma première maîtresse de maternelle, à l’école des Pénitents Blancs, avait dessiné une machine à vapeur au tableau et que j’avais cru que c’était à mon intention car mon père était cheminot.
  48. Je me souviens de la messe des Rameaux à l’église Saint-Paul Saint-Louis et des filles habillées en blanc, avec des bandeaux dans les cheveux, qui tenaient des feuillages avec des guimauves.
  49. Je me souviens que mon père tirait de l’eau du puits pour arroser les plates-bandes fleuries qu’il avait entouré de pierres récupérées à la carrière du Chambon à Condat-sur-Vienne.
  50. Je me souviens de « La rentrée », une récitation extraite du Livre de mon ami d’Anatole France, dans laquelle j’avais découvert le mot « gibecière », que nous avait expliqué le maître.
  51. Je me souviens de la passerelle du Chinchauvaud, au-dessus de la ligne d’Angoulême.
  52. Je me souviens du club de sports La Saint-Antoine, où je jouais au tennis-de-table, et de son portail en fer bleu et blanc.
  53. Je me souviens que nous passions beaucoup de temps à la piscine des Casseaux et que nous passions sous l’eau entre les jambes écartées des filles.
  54. Je me souviens que ma mère ne travaillait pas pour s’occuper de moi et qu’elle a passé beaucoup de temps à me faire apprendre la leçon sur le château-fort en cinquième.

 

 

17 Avr

A propos du théâtre amateur à Limoges en 1835

« Depuis longtemps, on voit avec plaisir l’artisan limousin chercher les amusements les moins bruyants et les plus capables de développer son intelligence. Au premier rang nous devons placer l’amour qu’il montre pour le théâtre. C’est avec une sorte de contentement qu’on a vu quelques-uns d’entre eux se réunir en société pour jouer la comédie, et parvenir à la jouer d’une manière très satisfaisante pour des amateurs (…) Nous n’oublierons pas que, si nous ne devons, dans leur salle, rien dire de capable de les décourager, nous leur devons des conseils au dehors ; et c’est pour cela que nous ne saurions trop leur recommander de profiter de leurs moments de loisir pour aller à ce théâtre [municipal], pourvu de plusieurs sujets distingués, y apprendre à jouer encore avec plus d’ensemble, à mieux dire la phrase, à ne pas confondre une sorte de hardiesse avec ce qu’on appelle aplomb dramatiquement parlant, et voir tout ce qui leur manque du côté de la tenue théâtrale.

Ce serait aussi avec peine que nous les verrions, se jetant dans les pièces à grands fracas, aller déterrer tous ces vieux mélodrames aussi mal digérés que mal pensés et mal écrits, capables enfin de corrompre le goût et de nuire à l’esprit : il existe tant de petites comédies, tant de petits vaudevilles pleins de sel et d’esprit qu’ils trouveront toujours à choisir.

(…)

Le conseil que nous donnons ici à nos artisans acteurs, nous nous le permettrons aussi à l’égard de nos acteurs militaires qui ont, de leur côté, établi un théâtre à la caserne.

(…)

Nous croyons devoir terminer cet article en rapportant le mieux qu’il nous sera possible les paroles d’un haut fonctionnaire qui a honoré l’un de ces théâtres de sa présence : J’aime à voir, disait cet homme respectable, j’aime à voir les ouvriers se délasser par de tels amusements : cela les détourne de ces jouissances grossières capables de nuire à leur santé et à leur intelligence ; et d’ailleurs ce sont des plaisirs desquels au moins leurs femmes et leurs jeunes enfants peuvent profiter. »

 

Annales de la Haute-Vienne, Journal administratif, politique, littéraire, commercial et agronomique, Feuille d’annonces et avis divers, vendredi 6 mars 1835.

05 Avr

Le credo limousin de l’écrivain Charles Silvestre

Né à Tulle en 1889, mort à Bellac en 1948, l’écrivain Charles Silvestre, distingué notamment par le Prix Fémina en 1926, puis un prix de l’Académie Française dix ans plus tard, sut chanter avec beaucoup de talent sa terre limousine dans de beaux textes ouverts à l’universel. A sa mort, Georges-Emmanuel Clancier le compara avec justesse à Giono, Robert Margerit prononça un discours au nom de la Société des Gens de Lettres et on lui rendit hommage des Nouvelles littéraires au Figaro littéraire (Jean Blanzat).

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Document fourni par Gérard Frugier