17 Avr

A propos du théâtre amateur à Limoges en 1835

« Depuis longtemps, on voit avec plaisir l’artisan limousin chercher les amusements les moins bruyants et les plus capables de développer son intelligence. Au premier rang nous devons placer l’amour qu’il montre pour le théâtre. C’est avec une sorte de contentement qu’on a vu quelques-uns d’entre eux se réunir en société pour jouer la comédie, et parvenir à la jouer d’une manière très satisfaisante pour des amateurs (…) Nous n’oublierons pas que, si nous ne devons, dans leur salle, rien dire de capable de les décourager, nous leur devons des conseils au dehors ; et c’est pour cela que nous ne saurions trop leur recommander de profiter de leurs moments de loisir pour aller à ce théâtre [municipal], pourvu de plusieurs sujets distingués, y apprendre à jouer encore avec plus d’ensemble, à mieux dire la phrase, à ne pas confondre une sorte de hardiesse avec ce qu’on appelle aplomb dramatiquement parlant, et voir tout ce qui leur manque du côté de la tenue théâtrale.

Ce serait aussi avec peine que nous les verrions, se jetant dans les pièces à grands fracas, aller déterrer tous ces vieux mélodrames aussi mal digérés que mal pensés et mal écrits, capables enfin de corrompre le goût et de nuire à l’esprit : il existe tant de petites comédies, tant de petits vaudevilles pleins de sel et d’esprit qu’ils trouveront toujours à choisir.

(…)

Le conseil que nous donnons ici à nos artisans acteurs, nous nous le permettrons aussi à l’égard de nos acteurs militaires qui ont, de leur côté, établi un théâtre à la caserne.

(…)

Nous croyons devoir terminer cet article en rapportant le mieux qu’il nous sera possible les paroles d’un haut fonctionnaire qui a honoré l’un de ces théâtres de sa présence : J’aime à voir, disait cet homme respectable, j’aime à voir les ouvriers se délasser par de tels amusements : cela les détourne de ces jouissances grossières capables de nuire à leur santé et à leur intelligence ; et d’ailleurs ce sont des plaisirs desquels au moins leurs femmes et leurs jeunes enfants peuvent profiter. »

 

Annales de la Haute-Vienne, Journal administratif, politique, littéraire, commercial et agronomique, Feuille d’annonces et avis divers, vendredi 6 mars 1835.

05 Avr

Le credo limousin de l’écrivain Charles Silvestre

Né à Tulle en 1889, mort à Bellac en 1948, l’écrivain Charles Silvestre, distingué notamment par le Prix Fémina en 1926, puis un prix de l’Académie Française dix ans plus tard, sut chanter avec beaucoup de talent sa terre limousine dans de beaux textes ouverts à l’universel. A sa mort, Georges-Emmanuel Clancier le compara avec justesse à Giono, Robert Margerit prononça un discours au nom de la Société des Gens de Lettres et on lui rendit hommage des Nouvelles littéraires au Figaro littéraire (Jean Blanzat).

(Cliquer pour agrandir)

Document fourni par Gérard Frugier

28 Mar

Dom Juan ou Le Festin de Pierre Un spectacle de Jean Lambert-wild et Lorenzo Malaguerra

En 1991, j’avais aimé le Don Juan d’origine de Louise Doutreligne, ou la représentation improbable du Don Juan de Tirso de Molina par les Demoiselles du Collège de Saint-Cyr en l’an 1696, d’après Tirso de Molina et la correspondance de Madame de Maintenon, une pièce mise en scène comme toujours avec talent par Jean-Luc Paliès. Le beau spectacle de Jean Lambert-wild et de Lorenzo Malaguerra vient à nouveau de me réjouir, de manière différente. En 1957, dans le Bulletin hispanique, Charles-V. Aubrun écrivait, à propos de la pièce de Tirso de Molina, El burlador de Sevilla : « … le personnage se prête volontiers à une interprétation toute moderne : étranger dans un monde sans lois valables, il se damne en toute lucidité ; seul, il assume son destin. » La version proposée à L’Union est tirée, inspirée, à la fois par Molière, mais aussi par « le mythe de Don Juan », après « la lecture de mille et une versions littéraires, théâtrales et fantasques du mythe ». Et dans ceux qui ont réfléchi [à]et construit ce mythe, on songe aussi inévitablement à Albert Camus, dont on se souvient qu’il fit l’apologie de Don Juan dans Le Mythe de Sisyphe, faisant de lui un exemple de l’homme absurde, en tant que personnage séducteur, conquérant et acteur, qui vit dans l’accumulation d’un présent lucide sans espérer la promesse d’une éternité. « Il ne nourrit aucune espérance quant à l’au-delà, et il se contente d’accumuler le nombre de ses séductions, d’épuiser ses chances d’aventure et de vivre le plus intensément possible chaque instant. Camus considère que la séduction de Don Juan est libératrice. »[1]

Le spectateur de L’Union est d’abord face à un décor imposant : une jungle tropicale et colorée – presque psychédélique – en tapisserie en point numérique d’Aubusson alliée à de la porcelaine de Limoges (escalier monumental, superbes souliers), une scénographie magnifique de Jean Lambert-wild et Stéphane Blanquet, réalisée avec le soutien de la fabrique Porcelaines de la Fabrique et l’entreprise Néolice. Les lumières de Renaud Lagier, le son de Nourel Boucherk, contribuent à rendre le lieu à la fois vivant, étouffant et inquiétant. A n’en pas douter, la moiteur menace. D’ailleurs, Dom Juan est malade, il tousse – l’ensemble est malsain. Est-ce une allusion à Hispaniola, où Tirso de Molina fut prêcheur ? A La Réunion où Jean Lambert-wild passa sa jeunesse et dont il voulut s’échapper ? Aux plantations de tabac dont quelques sacs décorent la scène, comme pour illustrer la fameuse tirade de Sganarelle, chez Molière, qui affirme que « le tabac inspire des sentiments d’honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent. » ? On est heureux que l’artisanat d’art limousin soit mis à l’honneur, même si, à un moment, on s’amuse à casser le vase en porcelaine de Limoges comme jadis Molière cassa l’image du Limousin en le moquant sous les traits de Monsieur de Pourceaugnac.

Jean Lambert-wild et Catherine Lefeuvre ont quelque peu modifié l’ordre des dialogues de Molière, adapté le texte pour le rendre, en quelque sorte, plus dynamique. On retrouve avec plaisir, dans le rôle de Dom Juan, le clown blanc Gramblanc – personnage cher au directeur de L’Union – les cheveux orange comme ceux d’Alex DeLarge, le jeune délinquant obsédé par le sexe dans Orange mécanique de Stanley Kubrick (d’ailleurs, dans cette pièce comme dans le film, on fait apparaître un fauteuil roulant). Dom Juan serait-il un punk ? On le sait, il semble être un libertin – au sens du XVIIe siècle. Il s’agit de refuser la morale dogmatique, celle dispensée au nom d’un créateur dans lequel Dom Juan ne croit pas. Chez Molière, c’est dans la scène II de l’Acte V qu’il dénonce avec force l’hypocrisie, « un vice à la mode ». Ce fut aussi le combat du dramaturge dans Tartuffe. Une dénonciation ô combien d’actualité au fur et à mesure que se dévoilent les errements de certains au sein de l’Eglise contemporaine. Cependant, le  faux  libertin  est  la  réponse  de  Molière  à  la  censure  du  faux  dévot et le salut n’est pas non plus dans la posture d’Alceste, le faux misanthrope. L’étymologie grecque du mot hypocrite nous rappelle qu’il a un lien avec la comédie, la mauvaise conduite, et même le jeu d’acteur. Don Juan est aussi au centre de tout cela. Le décor lui ménage en hauteur une petite loge d’acteur où il peut se maquiller à loisir. Car c’est un noble débauché et dangereux – pour le malheur de son père qui lui reproche  de  ne pas  faire  preuve  des  qualités  intérieures  qu’exigeraient ses privilèges – qui utilise le mensonge pour séduire les femmes et circonvenir les hommes. Ce n’est qu’à ce prix qu’il peut devenir aimable. Et ses justifications philosophiques, dans son dialogue quasi socratique permanent avec Sganarelle – interprété avec puissance et avec un immense talent par Steve Tientcheu, grand comédien, laquais noir face à son maître blanc – ne sauraient finalement lui donner raison, puisqu’il fait souffrir ses conquêtes. Il est d’ailleurs ici armé de pistolets pétaradants et n’hésite pas à percer comme un ballon de baudruche le ventre d’Elvire enceinte, dont le costume sombre n’est pas sans rappeler à la fois celui de la veuve d’amour qu’elle est devenue et celui des femmes d’avant 1914, qu’essayaient de délivrer les « faiseuses d’anges » à l’aide de mortelles aiguilles à tricoter. Dom Juan le cruel absolu. Sganarelle résume : « le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté, un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique, qui ne croit ni Ciel, ni Enfer, ni loup-garou, qui passe cette vie en véritable bête brute, un pourceau d’Epicure, qui ferme l’oreille à toutes les remontrances qu’on peut lui faire, et traite de billevesées tout ce que nous croyons. » Certes, mais attention aux donneurs de leçons hypocrites : lorsque Dom Juan fait l’aumône à un pauvre hère, sous couvert d’humanisme, c’est Sganarelle qui le dépouille et le fait trépasser avec force hémoglobine.

Le mythe éternel nous est conté, la tragédie se joue. On nous l’annonce dès le début, par le costume-même de Sganarelle (un squelette omniprésent), par le squelette avec lequel joue Dom Juan, par le crâne qu’il essaie de cacher, par l’horloge aux aiguilles cassées car l’heure du trépas a déjà sonné, par la toux incessante – un cancer des poumons dû au tabac, peut-être, ou des accès de tuberculose tels qu’en connut Camus. La présence menaçante et fumeuse du Commandeur est suggérée, jusqu’à l’arrivée des spectres à la fin, qui portent le même costume que celui qu’ils vont emporter, signifiant par là que c’est bien lui l’artisan de son propre trépas. C’est une danse macabre permanente qui accompagne le séducteur amoral, comme celle que l’on peut voir sur les murs de l’église de Kernascléden, dans le Morbihan, comme celles chantées dans les gwerzioù bretonnes, notamment par Yann-Fañch Kemener, artiste ami de Jean Lambert-wild, qui disparut au moment de la préparation de la pièce. Le festin de pierre nous attend tous, ne l’oublions pas.

Mais on rit aussi, à ce spectacle tragique, devant le clown cynique et narcissique qui cabotine et cabriole, sautant avec souplesse sur les tables ou grimpant les escaliers comme Buster Keaton dans ses plus belles scènes. On s’amuse honteusement des mauvais tours qu’il joue aux femmes, goûtant ses artifices abjects, de la peur qu’il inflige à Sganarelle ou à ce chœur extraordinaire qui accompagne tout le spectacle : trois formidables musiciens et chanteurs suisses perchés – dans tous les sens du mot –, de la Compagnie de l’Ovale, avec leurs instruments de cirque et bizarres (la scie musicale), leur jeu burlesque désopilant. Après tout, les musiciens ont aussi souvent été inspirés par Don Juan, Glück, Gazzaniga ou le génial Mozart. Ici, on désacralise, entre disco, paillettes, et rock-jazz. De jeunes comédiens de l’Académie de L’Union sont associés à la création et se relaient pour interpréter les autres personnages.

Le spectacle est donc particulièrement réussi, beau et divertissant et nous fait réfléchir de belle manière aux grandes questions éternelles qui sont soulevées par le mythe donjuanesque, puisque la pièce jouée est éminemment philosophique. Liberté, liberté chérie, mais à quel prix ?

[1] R. de Diego, « Le « donjuanisme » de Camus », MuseMedusa Revue de littérature et d’art modernes

18 Mar

« Orage » – fureur à Oradour-sur-Glane

(c) L. Bourdelas

 

A chacune de mes visites au village-martyr d’Oradour-sur-Glane, une à deux fois par an, je suis toujours interloqué par ces lettres restantes au fronton de la gare de tramway: Oradour-sur-Glane est devenu: « Orage »… Quel hasard signifiant, qui en 5 lettres dit la furie meurtrière de ceux qui massacrèrent atrocement toute une population innocente.

10 Mar

La statue du sculpteur limougeaud Henri Couteillhas a quitté la ville de Limoges qu’elle orna durant des décennies pour celle de Saint-Junien!

Le sculpteur limougeaud Henri Coutheillas (né à Limoges en 1862 – décédé en 1927) revient dans l’actualité limousine à l’occasion du déplacement de son groupe Le Chêne et le Roseau des entrepôts de la ville de Limoges à la ville de Saint-Junien il y a un an. En 1900, l’Exposition universelle consacra le talent du sculpteur formé à Limoges et Paris (élève de Ch. Gauthier, Aimé Millet, Cavelier, Barrias. Expose à partir de 1890. Médaille de troisième classe en 1892, de deuxième classe en 1894, de première classe en 1900) pour son marbre remarquable Le Chêne et le Roseau. Sa République est dans les salons de la Préfecture de Limoges, depuis le 03/07/1905. Il réalisa aussi des médaillons commémoratifs de particuliers dans plusieurs cimetières limousins, ou celui qu’il propose à la ville de Saint-Junien en 1904 en hommage au peintre Corot qui séjourna régulièrement au bord de la Glane. Il est considéré dès les années 1900 comme le « vrai maître » de la sculpture limousine. À l’issue du premier conflit mondial il est retenu en Limousin pour de nombreux monuments aux morts dont il réalise les figures féminines tant à Guéret en Creuse, avec Paysanne, qu’à Bellac, Châlus ou Saint-Léonard-de-Noblat en Haute-Vienne. Il est l’auteur de différentes sculptures visibles en France et en Limousin, parmi lesquelles celle réalisée – par souscription des Limougeauds – pour rendre hommage à l’ancien maire François Chénieux, longtemps devant l’hôtel de ville de Limoges, aujourd’hui invisible par les habitants car, semble-t-il, en partie « perdue » et en partie à la clinique Chénieux. C’est dire si c’est un Limougeaud dont il conviendrait que la Ville (d’art et d’histoire) le mette en valeur, ainsi que ses œuvres. On imagine même qu’une exposition pourrait lui être consacrée au Musée des Beaux-Arts. Après tout, on vient d’y honorer, avec juste raison, Gustave Guillaumet, pourquoi pas un important sculpteur local ?

Preuves de l’attachement des Limougeauds à la statue: les nombreuses cartes postales la représentant. Ici au Jardin d’Orsay.

Le monument à François Chénieux (c) P. Colmar

Le baiser à la source, acquis par l’Etat au Salon de 1908 pour 10 000 F., pour le palais de l’Elysée, aujourd’hui à Bagnères-de-Luchon, parc du Casino

Parmi les monuments aux morts réalisés par Coutheillas, celui de Guéret (1923)

Monument au docteur Lagrange, devant la mairie de Pierre- Buffière, place de la Libération (toujours actuellement), 1910

La ville d’Issy-les-Moulineaux est propriétaire de la statue Repos du soir d’Henri Coutheillas (c) site Historim http://www.historim.fr/2011/02/le-repos-du-soir.html

Buste de Monsieur H. Lemasson.
Epreuve en bronze à patine brune signée, dédicacée  » à Monsieur H. Lemasson, en cordial souvenir. H. Coutheillas 1901 « . Fondeur Mariot. Sur socle de marbre.
H. totale : 67 cm. (en vente le 10 mars 2019 sur le site Interenchères)

 

La statue Le Chêne et le Roseau – l’une des préférées des habitants de Limoges – a longtemps orné le Jardin d’Orsay, puis celui de l’Evêché, avant de disparaître aux yeux des Limougeauds. Le site d’Orsay la situe même toujours dans un entrepôt de la ville, alors que ce n’est plus le cas depuis plusieurs mois. Faire l’histoire de ce groupe sculpté et de sa propriété n’est d’ailleurs pas si évident, car les documents se contredisent (ou se complètent ?) parfois. La propriété de la statue semble être originellement celle de la Ville de Limoges. Si l’on en croit la mention de l’Exposition universelle « acquis par la ville de Limoges ». Cependant, sur le site du CNAP, il est indiqué : « Achat à l’artiste en 1898. Inv. : FNAC 1579, Centre national des arts plastiques ».

Qu’est-ce que ce CNAP ? « Le Centre national des arts plastiques (Cnap) est un établissement public du ministère de la Culture. Il s’attache à soutenir et à promouvoir la création artistique contemporaine dans sa plus grande diversité, tant du point de vue des disciplines – peinture, sculpture, design, photographie, vidéo, design graphique, etc. – que des parcours professionnels. Il apporte son expertise et son soutien à l’émergence de nouvelles formes en accompagnant les artistes et les professionnels de l’art contemporain. Le décret no 2015-463 du 23 avril 2015 a fait évoluer ses statuts et a clarifié ses missions. Le Cnap intervient dans l’économie artistique en tant que collectionneur public et par des actions de soutien à la création. Il enrichit, pour le compte de l’État, une collection nationale dénommée Fonds national d’art contemporain. Prospective et unique par son ampleur, cette collection compte aujourd’hui plus de 102 500 oeuvres, acquises depuis plus de deux siècles, et forme l’une des plus importantes collections publiques d’Europe. C’est une « collection sans murs », le Cnap ne disposant pas de lieu d’accueil du public ou de présentation des œuvres. À travers les acquisitions, le Cnap soutient la création vivante, est en repérage permanent, attentif aux pratiques les plus actuelles. Par ailleurs, le développement de projets de recherche sur la collection se traduit par une implication dans plusieurs programmes de recherche et la mise en place d’appels à candidatures pour des bourses de recherche curatoriale. Une des vocations de l’établissement est de diffuser la collection dont il a la charge par une politique active de prêt, pour des expositions temporaires, et de dépôt auprès des institutions culturelles françaises et internationales – en premier lieu les musées –, auprès des administrations (ambassades, ministères, etc.), ainsi que par des manifestations en partenariat. Ces partenariats lui permettent de faire connaître les œuvres et les artistes, d’offrir des regards singuliers et des clés de compréhension de la scène artistique (…) ». Le site du CNAP précise que le dépôt est la mise à disposition d’une œuvre du Fonds national d’art contemporain, géré par le Cnap, destinée à être présentée au public, qu’elle soit installée dans une administration ou une institution muséale pouvant l’abriter pour une durée de plus d’un an. La convention de dépôt peut être conclue pour une période maximale de dix ans, renouvelable. Parmi les structures pouvant accueillir ces œuvres: les musées de l’État ou relevant des collectivités territoriales ou de leurs groupements, les parcs, jardins et espaces constituant des dépendances du domaine public, les immeubles affectés aux collectivités territoriales, à leurs groupements et à leurs établissements publics dès lors que le public y a accès.

Sur la base de données Archim, il est fait mention d’un Album de photographies des œuvres achetées par l’Etat intitulé : « Direction des Beaux-Arts. Ouvrages commandés ou acquis par le Service des Beaux-Arts. Salon de 1900. Photographies de L. Mercier. » Œuvres exposées au salon annuel organisé par la Société des artistes français, en 1900, place de Breteuil à Paris. Et l’on trouve un tirage photographique sur papier albuminé représentant : – Le chêne et le roseau, d’après Jean de La Fontaine, sculpture par Coutheilhas [Henri Coutheillas], No 1908, groupe en plâtre. Mais la base de données Arcade (Archives Nationales) mentionne une subvention de 5 000 francs attribuée le 11 avril 1898 à la Ville de Limoges pour réparer un personnage endommagé sur le groupe en marbre « le chêne et le roseau », localisé à Limoges (« affectations diverses : ville »/ Cote F/21/4880 dossier 47 ; [Dossier par département (attributions, subventions et autres)]). Il y eut donc deux statues, un plâtre originel, puis le marbre, ce que confirme plus loin une assertion du maire de Saint-Junien.

Dans le compte-rendu du Conseil Municipal de Limoges du 22 août 1900, p 561, que m’a transmis un lecteur de ce blog, on peut lire : « Demande de crédit pour le transport et la mise en place du groupe en marbre « Le Chêne et le Roseau » acquis par la ville à M. Coutheillas ». Et dans celui du 12 octobre 1900, p 671-672 : « M. le Maire expose que le groupe en marbre de M. Coutheillas « Le Chêne et le Roseau », acheté au compte à demi avec l’Etat pour la ville est sur le point d’être expédié à Limoges. » Il apparaît donc que la Ville est bien propriétaire de la statue – au moins de moitié. Ce qui est corroboré par un article du Bulletin de la SAHL (réputée pour son sérieux) n°56, p. 422: «  – Au square d’Orsay: La Céramique, par Eug. Guillaume (don de l’Etat, 1882-1883); Le Chêne et le Roseau, par Coutheillas (acquis par l’Etat et la Ville, 1900). »

Cécile Vignial, documentaliste au Service de la documentation du CNAP m’écrit le 8 mars 2019 : « L’œuvre Le Chêne et le roseau d’Henri Coutheillas est bien inscrit sur l’inventaire du Fond national d’art contemporain, suite à un achat de l’État en 1898. Ce groupe sculpté a ensuite fait l’objet d’un dépôt à Limoges en 1900, avant d’être dernièrement déposé à Saint-Junien. » Voilà qui a le mérite d’être clair (mon mail à la mairie de Saint-Junien était demeuré sans réponse, tout comme mes messages aux élus limougeauds) ! Alors que certains – y compris dans les médias – disaient que la statue pourrait quitter Limoges pour Saint-Junien, le site du CNAP précise : « en dépôt depuis le 01/02/2018 : Mairie de Saint-Junien ». On ne comprend donc pas bien, si l’œuvre y est depuis un an, pourquoi lors de la séance de la commission municipale du patrimoine du 15 janvier 2019, où il a été question du sort des statues qui ornèrent la voie publique, M Pauliat-Defaye, maire-adjoint en charge du patrimoine, a annoncé que l’œuvre de Coutheillas « devait être envoyée à Saint-Junien » (source : site de Renaissance du Vieux Limoges).

La notice du CNAP indique, très précisément :

1900 Sculpture, Ronde-bosse Groupe relié Marbre blanc 220 x 170 x 160 cm S.D.DR. sur la plinthe : H. Coutheillas/1900 Achat à l’artiste en 1898 n° inv. : FNAC 1579

Centre national des arts plastiques

Cotes A.N.: F/21/2163 Dossier n° 25 (série artistes) F/21/7667 (*) Folio n°29 (série photos des salons). En dépôt depuis le 01er février 2018 : Mairie de Saint-Junien (Saint-Junien) décision du 05/04/2017 Expositions : •Salon des Artistes Français, n°1908. Paris : 1900

  • Exposition Universelle, n°161. Paris : 1900 Bibliographie : ◦ L’Etat et l’art (1800-1914) : l’enrichissement des bâtiments civils et militaires en Limousin : catalogue édité à l’occasion de l’exposition au Pavillon du Verdurier, Limoges, 7 juillet-24 septembre 1999 n° isbn 2-911167-22-8 – Reprod. et cit. p. 172.

Il avait effectivement été question de la sculpture Le Chêne et le Roseau lors du conseil municipal de la commune de Saint-Junien, le jeudi 16 mars 2017.

Etaient présents: ALLARD Pierre, ARNAUD Sylvie, BALESTRAT Claude, BALESTRAT Yoann, BEAUBREUIL Bernard, BEAUDET Hervé, BRANDY Claude,CHABAUD Mireille, CHAULET Christel, CHAZELAS Laurence, COINDEAU Lucien, COUTET Claudine,DESROCHES Bernadette, DUMASDELAGE Marie Jo,DURAND Patrick,FILLOUX Paulette, GANDOIS Philippe,GRANET Thierry, JËBAI Hassan,MALAGNOUX Bruno, NEBOUT LACOURARIE Martine,PFRIMMER-PICHON Joëlle,RATIER Joël, REVELON Angeline,ROY Didier,TRICARDStéphanie, WACHEUX Christophe.

Le conseil autorise notamment « le Maire à signer la convention de dépôt avec le Centre National des Arts Plastique [sic], propriétaire de l’œuvre « le Chêne et le Roseau » d’Henri Coutheillas ». Et il  autorise également « le Maire à signer les contrats à intervenir avec chacun des prestataires et de conduire les démarches utiles à la poursuite de ce projet. »

A Limoges, Emile-Roger Lombertie est le maire (Les Républicains) et Philippe Pauliat-Defaye l’adjoint chargé du développement de la politique culturelle de la ville, du patrimoine historique, archéologique, muséographique et archivistique. Certes, la politique de disparition ou d’ « abandon » des statues limougeaudes n’a pas été inaugurée par l’actuelle municipalité, mais comme on la croit sensible aux questions patrimoniales, on s’étonne d’autant plus du départ de la statue Le Chêne et le Roseau. Pour Michel Toulet, président de Renaissance du Vieux Limoges « la municipalité de Saint-Junien étant prête à rénover la statue, c’est une bonne opération pour celle de Limoges » qui ne mettra pas la main à la poche. Il a envoyé une lettre de protestation aux maires respectifs des deux villes, à savoir Émile Roger Lombertie et Pierre Allard, pour leur rappeler notamment que Le Chêne et le Roseau est « l’un des emblèmes de Limoges, largement représenté sur les cartes postales anciennes et présent dans tous les livres d’histoire locale ». Il suggère de l’installer au parc Victor-Thuillat. Pour ma part, je l’aurais bien vu également dans le jardin du Musée Adrien Dubouché , puisque celui-ci abrite Le Débardeur, autre œuvre du sculpteur limougeaud, ou dans la cour du Musée des Beaux-Arts, dont plusieurs salles sont dévolues à l’histoire de Limoges et à ses artistes.

Le Débardeur, H. Coutheillas, 1904, Musée Adrien Dubouché (C) RMN-Grand Palais (Limoges, Cité de la céramique) / Martine Beck-Coppola, Musée A. Dubouché, Limoges

 

Pierre Allard (c) Conseil départemental de la Haute-Vienne

 

Le 14 février 2019, M. Pierre Allard, maire de Saint-Junien (Alternative démocratie socialisme), conseiller départemental de la Haute-Vienne, a répondu à M. Michel Toulet, qui a publié la lettre sur le site de Renaissance du Vieux Limoges (c’est moi qui surligne en gras certains passages) :

« Monsieur le Président,

J’ai pris connaissance avec beaucoup d’intérêt de votre récent courrier par lequel vous souhaitez que l’œuvre  du sculpteur Henri Coutheillas, dénommée  »Le chêne et le roseau » puisse retourner à Limoges.

Je comprends tout à fait votre intérêt patrimonial pour cette sculpture qui, depuis trop longtemps, végétait dans le dépôt des services techniques de la ville de Limoges, ainsi livrée aux intempéries et aux herbes folles.

C’est pourquoi c’est sans aucune volonté d’appropriation que la ville de Saint-Junien, poursuivant la mise en valeur de l’œuvre de Henri Coutheillas, a entamé des démarches pour valoriser cette sculpture en déshérence. Nous avons donc effectué toutes les démarches légales auprès du Ministère de la culture (CNAP) et à la ville de Limoges, pour demander la mise en dépôt de cette œuvre, propriété de l’Etat, à Saint-Junien, où nous avons pour projet son installation sur le domaine public, après avoir procédé à sa restauration selon les règles de l’art.

Il est donc dommage de constater que nul ne se souciait de cette statue, remisée au  »diable vauvert » sous le lierre et dans la boue, oubliée de tous, et qu’il a fallu que Saint-Junien s’en préoccupât en mémoire de Henri Coutheillas, pour procéder à sa restauration et lui rendre son intégrité. Saint-Junien est donc légitime dans son action de sauvegarde de cette œuvre.

Enfin et sur un plan culturel plus général, la municipalité de Saint-Junien a, depuis plusieurs années, marqué sa volonté de célébrer les artistes limousins et singulièrement Henri Coutheillas, l’ami de Jean Teilliet. Une voie de la ville, près de la place Lacote, a été dénommée rue Henri-Coutheillas en l’honneur de ce sculpteur.

Pour renforcer cette légitimité historique, il est important d’indiquer que, lors de la constitution du musée municipal par le même Jean Teilliet, un première salle fut inaugurée en 1927. Cette salle était exclusivement consacrée aux œuvres de Henri Coutheillas, léguées par sa veuve à la ville de Saint-Junien, en mémoire de l’attachement de son mari pour cette ville et son amitié pour Jean Teilliet. Dans la salle Coutheillas du musée, les visiteurs pouvaient admirer, entre autres, le plâtre original de la tête du  »roseau ».

Il n’y a donc nulle volonté de notre part de priver les habitants de Limoges de cette œuvre d’art. Mais au travers de ces quelques indications, le souhait de vous inviter à la conciliation sur ce dossier. Je vous prie, etc. »

J’apprends par ailleurs que le président de Renaissance du Vieux Limoges et M. Pauliat-Defaye devrait se rencontrer très prochainement pour évoquer cette épineuse question. Nous verrons sur quoi débouchera cette concertation et nous en reparlerons. Je ne sais s’il plie, mais Michel Toulet ne rompt pas dans sa défense obstinée du patrimoine limougeaud. Il est évident que les arguments avancés par le maire de Saint-Junien sont étayés et se justifient de son point de vue, tout à fait louable. Il est non moins évident qu’avoir négligé depuis plusieurs années (avant 2014) et laisser partir cette œuvre – qui appartient semble-t-il au moins à moitié à la Ville de Limoges – d’un sculpteur limougeaud reconnu nationalement est fort regrettable car, contrairement à ce qu’affirme l’élu saint-juniaud (« Il est donc dommage de constater que nul ne se souciait de cette statue… »), de nombreux défenseurs du patrimoine (dont moi) se sont inquiétés du sort du Chêne et le Roseau (et plus largement des statues de la cité) depuis une dizaine d’années !

 

 

 

 

 

La disparition de Pierrette Fleutiaux

(c) Actes Sud

 

Née à Guéret en 1941, la romancière Pierrette Fleutiaux vient de disparaître. Elle avait obtenu le prix Femina 1990,  pour Nous sommes éternels.

Elle éaitt issue d’une famille d’enseignants – sa mère étant professeur de sciences naturelles et son père directeur de l’Ecole normale d’instituteurs, lui-même appartenant à une lignée d’instituteurs, les fameux « hussards noirs de la République », qui vivaient leur profession comme un véritable sacerdoce.

Pierrette Fleutiaux a vécu dans la ferme de ses grands-parents paysans ; elle évoque des moments heureux avec son jeune frère dans un petit village creusois qui remonte aux Gallo-romains, où sa famille maternelle était implantée depuis des générations.

Lorsque elle se remémore ses souvenirs, ce sont comme des flashes de la petite enfance : une vache devenue folle dans la cour, des bombardiers passant haut dans le ciel, deux prisonniers allemands affectés à la ferme, l’un qui semblait gentil et l’autre qui faisait peur. 
C’est aussi le souvenir de la guerre de 14-18, celle de ses grands-parents, la Grande Guerre, qui avait rempli le cimetière de jeunes hommes qui étaient leurs cousins, neveux… Et malgré tout, le bonheur de vivre à la campagne, dans cette ferme de la France rurale presque disparue aujourd’hui.

La petite et la jeune fille était passionnée par la lecture, aussi bien de la collection rose et verte que des ouvrages de la bibliothèque de l’école dirigée par son père.

Elle a ensuite suivi des études à Limoges, Poitiers, Bordeaux, et Londres.

Pierrette a obtenu une agrégation d’anglais à la Sorbonne. Elle a vécu à New York en étant enseignante au Lycée français, a travaillé quelque temps pour l’ONU. De retour à Paris, elle a été professeur d’anglais, notamment au lycée Chaptal.

La romancière a d’abord été publiée par Anne Philippe, devenue directrice littéraire chez Juillard après la mort de Gérard. Cette rencontre d’une éditrice et d’une amie a été capitale, elle l’a d’ailleurs racontée dans le livre Bonjour Anne. Pierrette Fleutiaux a ensuite été publiée par Roger Grenier chez Gallimard.

Elle a beaucoup voyagé, notamment à l’Île de Pâques, ce qui a nourri son roman L’Expédition, publié chez Gallimard. Elle a également écrit des contes opéras radiophoniques.

Pierrette Fleutiaux vivait à Paris et à Royan. Son dernier ouvrage, Destiny, a été publié il y a deux ans par Actes-Sud. Ses ouvrages ont été couronnés par de nombreux prix.

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