14 Déc

1927: André Thérive évoque les bouchers de Limoges.

Paul-Laurent Courtot, 33 rue de la Boucherie (1919) (c) Paul Colmar

 

André Thérive, de son vrai nom Roger Puthoste, né le 19 juin 1891 à Limoges, mort le 4 juin 1967 à Paris, est un écrivain, romancier, journaliste et critique littéraire français. Il est connu sous plusieurs autres pseudonymes : Candidus d’Isaurie, Candidus Isaurie, Zadoc Monteil, Romain Motier, A.T..

Après la grande guerre Thérive enseigne au collège Stanislas, publie L’expatrié commencé pendant la guerre et obtient le Prix Balzac en 1924 et une bourse Blumenthal en 1926. À partir de cette date il devient critique littéraire, à la Revue critique des idées et des livres et à l’Opinion et collabore au Nouveau Siècle. Entre 1929 et 1942 il succède à Paul Souday comme critique littéraire au journal Le Temps. De 1937 à 1942 il succède à Jean Vignaud comme président de l’Association de la critique littéraire. Proche des Croix de feu (il collabore à l’organe du mouvement), il fonde avec Léon Lemonnier l’école dite « populiste » qu’il définit comme un retour du roman « à la peinture de classe, à l’étude des problèmes sociaux ».

 

 

Extrait de Le Limousin par André Thérive dans la collection « Portrait de la France » aux Editions Emile-Paul Frères, Paris, 1927

 

… la rue de la Boucherie, célèbre dans l’univers, érige sur cette démocratie le donjon d’une féodalité sourcilleuse. Là, le sang coulant à flots, ou séché, règne par son odeur âcre et tonique sur des victimes tremblantes, qui errent devant Moloch. Moloch, ce sont les bouchers, à qui toute la rue appartient, ouvrant des échoppes de bois si pleines de chevalets à supplices, avec des étaux, des billots, des crocs, des tenailles, des scies et des poignards, que la dépouille des veaux et des moutons semble humaine, et plus qu’à demi. Des familles entières se perpétuent dans cette gorge meurtrière, où les vertus patriarcales florissent comme nulle part ailleurs. Familles, castes plutôt ; aristocratie sans cesse croisée et métissée d’elle-même, ressortissant à trois ou quatre noms, variés de surnoms délicieux (Malinvaud dit Tant-petit, Malinvaud dit Mouton, Malinvaud dit l’Ange) et assise en sa puissance comme le Seigneur-des-armées sur la fumée des holocaustes. Les bouchers, formés en corporation, ont eu le privilège de chevaucher et de porter l’épée, de recevoir les princes du sang et de l’église, de défier les autorités républicaines, de voter blanc (eux qui virent rouge) et de conserver une chapellenie particulière, le sanctuaire de leur patron saint Aurélien : on dirait d’une fabrique Moyen Âge dans un studio de cinéma, si la vétusté, le mouvement, l’âme enfin ne portaient les caractères sacrés de la vie. Généreux comme au temps jadis, puisque grands seigneurs, nobles dans leur métier héréditaire, libéral puisque semblable à celui des soudards, les bouchers ne recevaient pas, voici quinze ans, la clientèle sans exiger la conversation, sans donner une cervelle ou un rognon pour la marmaille, sans déplorer les malheurs du siècle et les défaites de la vertu. Dans chaque boutique, une vieille fille de la famille servait d’ange gardien, et de comptable, pucelle sans tache parmi ces fauves combattants. Elle avait droit, entre la grille massive et la caisse, à un coin qu’on appelait son boudoir et où elle faisait causette. C’est à ces saintes personnes que l’on devait la transmission du feu sacré et la tradition des idées d’autrefois. Elles avaient un douaire : elles monopolisaient à leur profit, pour les bonnes œuvres, le plus souvent, la vente des abats, des andouilles, des tripes et de ce boudin fétide aux oignons, qu’on appelle la gogue, dont les prolétaires de jadis se nourrissaient à foison. Vous n’irez pas en paradis, assure pourtant une chanson locale : Empoisounarias lou Boun Di !

            On raconte mille anecdotes sur la grandeur des bouchers de Limoges ; avec quelle magnificence ils traitèrent le duc de Nemours, sous la dernière royauté, au point de faire rouler le syndic sous la table devant le prince, – comment ils suivaient à cheval les Ostensions en habit à la française, le fer au poing, leurs gros chiens derrière le coursier, la langue tirée, la gueule respectueuse, – comment un évêque de la ville, venu du Nord, mais comprenant les usages, dînait chez eux tous les ans, sous les poutres enfumées, dans l’odeur du sang, et bénissait leurs outils, leur marmaille : c’était autour de lui une rivalité de politesses criardes : Jeantou, Cati… Hé ! coupe une cote à Monsegnour, de porc, qui la regarde… Ou bien Sauf votre honneur, Monsegnour, j’ai besoin de sortir… Mais je retournerai ! »

            Heureuse simplicité des âges naissants, comme a dit le Cygne de Cambrai ! Temps révolus de la France patriarcale, dont il ne restera bientôt que des riches négociants à camionnettes, des abattoirs aseptiques, des moutons en série et des bœufs en conserve, – mais le dimanche parfois, dans la ruelle rouge et noire qui monte à Saint-Aurélien, assise dans l’ombre de la boutique sanguinaire, parmi les mouches gorgées, une vieille bouchère attifée comme une châsse, assise sur un billot, et qui tripote une tapisserie centenaire où elle n’ose faire un point pour garder le jour du Seigneur…

28 Nov

Le millénaire de la Corporation des bouchers de Limoges

(c) Photothèque Paul Colmar

 

A l’automne 1930, ont lieu les « Fêtes du Millénaire de la Corporation de Saint-Aurélien », sous la présidence des évêques de Saint-Flour, Angoulême, Poitiers, Tulle, Clermont, Le Puy et Limoges – la tradition (en l’absence d’écrits) faisant remonter la fondation de la Confrérie à 930. Les jeudi 23, vendredi 24 et samedi 25 octobre a lieu un Triduum[1] préparatoire pour les seuls confrères, en la chapelle. Le dimanche 26 octobre, une messe de communion est célébrée en la chapelle à 7 heures, puis une messe pontificale à 10 heures en l’église Saint-Pierre-Du-Queyroix et à 15 heures les vêpres pontificales à la cathédrale – le sermon étant prononcé par l’abbé Berger, curé-doyen de Pierre-Buffière. Les chants sont ceux du plain-chant grégorien et ils sont exécutés sous la direction de M. Arlet, Maître de Chapelle à la cathédrale. Les syndics sont alors F. Malinvaud, J. Parot, G. Parot et Cibot-L’Ange. Dans son discours, l’abbé Berger déclare : « La Confrérie, antérieure sans doute à la Corporation (…) parfait dans l’ordre religieux et social l’œuvre de la Corporation. Ici, elles sont l’une et l’autre si étroitement unies qu’elles ne font qu’un. On dit indistinctement : la Corporation ou la Confrérie de Saint-Aurélien. » Il cite le Président de la Corporation affirmant, le 19 avril 1925, au soir de la clôture des Ostensions : « … nous sommes restés attachés à la foi catholique de nos pères. Ils ont eu la sagesse de placer au centre de notre rue la maison de Dieu et la statue de Marie, de mettre dès l’origine, sous la protection de saint Aurélien, leur quartier, leur famille et leur corporation. » Et plus loin : « Il me faut bien avouer, Messeigneurs, que la dévotion de nos bouchers envers leur saint patron n’a pas toujours été conforme, dans ses manifestations, aux règles d’une stricte théologie. Leur esprit chatouilleux à l’endroit de la prééminence de leur glorieux patron, trouve, il me semble, une excuse dans la sincérité même. Pour les vieux bouchers, rien n’était au-dessus de saint Aurélien ; ils le regardaient comme le plus grand saint du Paradis et encore ! L’un d’eux ne disait-il pas un jour : « Ah ! lou brave saint saint Aureillo, si aurio vougu ô sirio lou boun Di » (« Ah ! le bon Saint aurélien, s’il avait bien voulu, il serait le Bon Dieu. » « Quant à saint Martial, il ne fallait pas en dire trop de bien… au Moyen Age, une violente dispute s’éleva entre eux et les Saint-Marceaux au sujet de la place occupée dans le Ciel par leurs patrons. Chaque parti revendiquait la première pour son saint. On allait en venir aux mains quand, très opportunément, un violent orage vint rafraîchir les têtes et obliger les combattants à remettre la partie à un autre jour. » « Porter la châsse de leur patron était autrefois un honneur pour tous. L’on mettait cette fonction aux enchères et il n’était pas rare de voir ces hommes se disputer et payer jusqu’à 70 à 80 francs l’octroi de ce privilège. » Un « Salut » adressé aux évêques présents par le curé de Saint-Pierre a fait l’objet d’un tiré-à-part. On peut notamment y lire : « Messieurs les Bouchers, vous êtes à l’honneur, aujourd’hui, et c’est justice (…) En visitant votre chapelle, parterre constamment fleuri, étincelant de lumière, on voit, on sent, on devine les soins et la vénération dont vous entourez l’insigne relique du deuxième Evêque de Limoges, resté, grâce à vous, si populaire, si aimé, si souvent invoqué dans notre cité des Lémovices. Votre rue, magnifiquement pavoisée, traduit également vos sentiments à l’endroit de votre illustre Patron. » Dans un courrier du 13 octobre, le président de la Confédération française des professions commerciales, industrielles et libérales (Union Economique des Catholiques) écrivait qu’il se joindrait à tous ceux qui viendraient « fêter l’exemple unique d’un esprit de collaboration et d’organisation qui a résisté à tous les changements de régime et à toutes les révolutions dans les idées et dans les mœurs. »

Les bouchers savent faire bonne chère. Au menu du midi du 26, après les hors-d’œuvre, des pâtés friands, du civet de lièvre, des croquettes Saint-Aurélien, des poulets rôtis, de la salade au jambon d’York, de la tarte limousine, le tout bien arrosé. De même un dîner, préparé par le traiteur Grelet, propose-t-il un consommé printanier, du turbot sauce rose, du filet de bœuf périgourdine, de la poularde du Mans rôtie et des cèpes à la bordelaise, du pâté de perdreau en croûte, de la salade, de la glace plombière et des petits fours, accompagnés de Sainte-Croix-du-Mont 1904, de Moulin-à-Vent et de Champagne Cliquot.

Dans son édition du 28 octobre, L’Echo de Paris, journal conservateur et patriote proche de la Ligue des Patriotes de Paul Déroulède, donne l’occasion à l’écrivain Charles Silvestre[2] de rendre hommage à la corporation des bouchers: « Depuis dix fois cent années, à travers les vicissitudes de l’histoire, ses splendeurs et ses déclins, des hommes exerçant un métier rude et nécessaire se sont succédé, sans interrompre leurs travaux ni leur esprit, au même lieu, sur le même roc de la même terre, dans la même ville (…) ils demeurent dans une rue étroite, qui est leur sombre domaine : il ne faut pas chercher là des couleurs exquises, mais au contraire violentes, une odeur qui suffoquerait une jouvencelle sujette aux vapeurs. Les viandes rutilent et se pressent à l’étal dans un mélange qui ravirait les peintres amis de carnages ; les foies de pourpre noire pendent à des crocs, évoquent on ne sait quel supplice ; le sang coule sur les pierres des échoppes. Un ruisseau jaunâtre ne peut laver cette rue étrange que le peuple de Limoges a justement nommée : la rue Torte. Certains soirs, le passant aperçoit des garçons qui rasent le poil d’une tête de veau, nettoient le museau d’un cochon décapité, gardant un rictus sinistre, tandis qu’un patron campe sa chaise au bord de la chaussée, et bien assis, fume sa pipe, comme un maître laboureur au seuil de sa grange. Beaucoup d’échoppes, où l’on prépare des tripes fameuses, d’incomparables langues de mouton fumées, les meilleurs filets-mignons, sont décorées d’une vieille horloge paysanne à gros balancier de cuivre doré, et de quelque commode ancienne. Par la porte entr’ouverte, on voit la salle de famille qui s’ouvre de plain-pied sur les dalles luisantes et rougeâtres. De la naissance à la mort apparaît une merveilleuse application au métier. On ne sait pas assez qu’un tel métier est difficile et qu’il exige autant d’adresse que de force (…) La corporation, puissante dans le passé, garde encore son prestige. Les bouchers de Limoges parlaient librement aux personnages consulaires ; ils avaient une jalouse fierté. Ils étaient les fournisseurs des bonnes fêtes populaires, où triomphe la viande rôtie et le vin rouge. Rien n’abbatit leur esprit d’union, leur « compagnonnage » ; on savait que ces abatteurs de bœufs étaient redoutables et déterminés. Un impie n’aurait pas osé porter une main sacrilège sur une vierge de bois qui protégeait leur fief ; et à plus forte raison il ne fallait pas manquer de respect à saint Aurélien, leur patron. Leurs muscles, leur franc-parler ne déplaisaient pas aux rois comme aux chefs de gouvernement ; depuis longtemps ils avaient acquis une sorte de noblesse, et ce n’est pas en pure moquerie que le titre de princes du sang leur été décerné (…) il reste qu’une telle corporation millénaire a duré à travers les âges pour ses qualités de vaillance, de patience et d’économie, ses vertus familiales et civiques. Elle s’est contentée de bien faire sa rude besogne quotidienne : elle est riche, et l’on sait qu’elle fut toujours secourable aux malheureux. Elle a ses fiertés mais elle n’a pas d’orgueil. Il faut saluer dans son domaine une flamme de tradition et d’amitié, que dix siècles n’ont pas éteinte. »

[1] Espace de trois jours où l’on célèbre une seule fête.

[2] Charles Silvestre est un romancier d’inspiration régionaliste né à Tulle le 2 février 1889 et mort à Bellac le 31 mars 1948. Ami de Charles Maurras, il collabora à l’Action française. Ses romans ont pour cadre habituel les confins du Limousin et du Poitou.

25 Nov

N’oublions pas les deux tableaux de Jean-Louis Paguenaud sur le site de l’ancien buffet de la gare de Limoges

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Reproduction en noir et blanc dans le tiré à part

Paysages du Limousin

édité par la région du Sud-Ouest S.N.C.F. à l’automne 1948

 

 

Il y avait, sur le site de l’ancien buffet de la gare de Limoges-Bénédictins, un triptyque du peintre Jean-Louis Paguenaud. L’un des tableaux du peintre avait disparu – comme bien des choses, y compris des boiseries! dans cette gare… – et l’on dit, sans certitude, qu’il serait à l’hôtel de ville de Limoges… mais où?

Il subsistait encore, il y a environ un an, deux autres tableaux. A qui appartiennent-ils? A la S.N.C.F.? Si oui, je suggère qu’ils soient déposés par elle au Musée des Beaux-Arts de Limoges. L’un d’eux représente le viaduc de Rocherolles.

 

Jean-Louis Paguenaud, est né le 30 juin 1876 à Coussac-Bonneval.

Il vécut à Alger une partie de son enfance et y découvrit la mer, avant que son père, gendarme, ne soit muté à Limoges. Là, il suivit les cours de l’école d’arts décoratifs tout en travaillant comme peintre dans une fabrique de porcelaine, chez Haviland.

Il étudia ensuite auprès de William Bouguereau puis s’engagea dans la marine. En mai 1902, il s’embarqua à bord du Ker-Joseph pour la Martinique, où il arriva juste pendant l’éruption de la Montagne Pelée. Il obtint la médaille d’or du courage et du dévouement pour son aide au sauvetage. Il rapporta de ce voyage des gouaches et des dessins et exposa pour la première fois au Salon des Artistes Français.

En 1905, il résida au Pays basque où il rencontra un riche polonais grâce à qui il fit de nombreux voyages jusqu’en 1912 : Liban, Palestine, Guinée, La Tibériade, Alexandrie, Le Caire. A Hendaye, il se lia également avec Edmond et Jean Rostand et Pierre Loti.

En 1914, la guerre interrompit sa carrière de peintre. Malade, il fut évacué à Limoges. Il apprit la mort de son frère, « Louis » tué au combat à Senlis. A partir de cette date, il modifia sa signature et signa désormais Jean-Louis Paguenaud, en hommage à son frère.

En 1922, Paguenaud fut reçu au concours de peintre officiel de la Marine. Il fut d’ailleurs qualifié par Paul Valéry comme étant « l’amiral des peintres, peintre des Amiraux ».

En 1925, il travaille dans son atelier de Limoges pour honorer de nombreuses commandes ; il expose aussi à Paris au cercle interallié. L’année suivante, il entre à la Société des Gens de Lettres. En 1927, il visite à bord du croiseur Lamotte-Piquet, le Cap-vert, le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et les Antilles.  Le 27 octobre, il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur. En 1929, il propose une exposition personnelle à Paris. L’année suivante, il achète une péniche qui fut sa résidence parisienne jusqu’en 1940.

En 1934, ses œuvres sont exposées aux Etats-Unis et en 36, il participe à l’Exposition Universelle de Paris. Trois ans après, il effectue son dernier voyage dans les Balkans et en Serbie d’où il rapporte des Vues de l’Adriatique.

Lorsque la guerre éclate, il se réfugie à Limoges avec son épouse où il mourut en 1952.

Ses œuvres sont conservées à Paris au musée de la Marine et à Bordeaux à l’école de Santé navale.

 

Quand le baptistère de Limoges sera-t-il enfin mis en valeur?

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Sans doute originaire d’Orient, saint Martial serait arrivé en Limousin vers la fin du IIIème siècle ou au début du IVème siècle, accompagné par Alpinien (réputé exorciser les possédés) et Austriclinien. Il se serait ensuite fixé dans la cité dont il aurait converti la population au christianisme, devenant le premier évêque de Limoges – le siège épiscopal étant attesté en 475. C’est à ce moment qu’aurait été construite une ecclesia primitive, sans doute sous l’actuelle cathédrale. En 2005, une fouille archéologique a permis la découverte d’un des plus vastes baptistères des Gaules (290 m2), composé d’une salle hexagonale de plus de dix mètres de diamètre – au centre de laquelle se trouvait une piscine baptismale de forme circulaire – et de six pièces périphériques quadrangulaires ouvrant sur l’hexagone central. Ce monument fut transformé en église dans le courant du haut Moyen Âge.

Les éléments protégés sont : les vestiges de l’église et du baptistère en totalité, situés dans le sol de la place Saint-Etienne (non cadastré, domaine public) et dans le sol de la parcelle EO 72 : classement par arrêté du 23 juin 2009. Le site est propriété de la commune.

Depuis sa redécouverte, le site du baptistère est à l’abandon et la végétation rudérale prend de plus en plus d’importance. C’est particulièrement regrettable, car la cristallisation des ruines et une signalétique adéquate permettrait d’ouvrir les lieux aux Limougeauds et aux touristes venant visiter la cathédrale et son quartier, ainsi que le Musée BAL. (A noter également: un boulodrome – ancien – sous des arbres qui mériterait un toilettage). Un lien pourrait d’ailleurs être fait avec la mise en valeur des ruines du site de l’abbaye Saint-Martial, dans le quartier du Château.

Il me semble que l’équipe municipale d’Emile-Roger Lombertie, qui semble sensible aux questions patrimoniales, pourrait prendre la mesure de cette urgence, treize ans après la fouille.

 

Reconstitution 3D du baptistère de Limoges. Elle a été réalisée par Cyril Lachaud . Site de la cathédrale de Limoges.

 

Voir ci-dessous un article scientifique de Julien Denis:

https://www.persee.fr/doc/galia_0016-4119_2006_num_63_1_3291

Voir un article complémentaire:

https://www.hades-archeologie.com/operation/le-baptistere/

 

 

11 Nov

Images de la guerre de 14-18 à Limoges (cliquer pour agrandir)

Champ de Juillet, départ du 63ème RI de Limoges, le 5 août 1914, garde et drapeau

Toutes les photos sont extraites de: Laurent Bourdelas, Histoire de Limoges, Geste Editions, 2014 (c) Paul Colmar

Hôpital militaire au lycée Gay-Lussac, Limoges

Hôpital militaire de l’Ecole normale d’institutrices, Limoges

Hôpital militaire – remise de décoration, Ecole Montalembert, Limoges

Hôpital militaire, 5 boulevard des Petits Carmes, Limoges

Cuisine d’hôpital militaire, soldats et infirmières, Limoges, 2 novembre 1914

11 novembre 1918, annonce de l’armistice, la foule rue du clocher à Limoges. Hommage aux soldats américains (il y avait un hôpital militaire américain dans la ville)

11 novembre 1918, annonce de l’armistice, la foule carrefour Tourny (à gauche: église St-Pierre, à droite: Nouvelles Galeries). Hommage aux réfugiés belges.

13-14 septembre 1919, retour des troupes. Passage devant le monument des morts de la Haute-Vienne de la guerre de 1870, Limoges.

13-14 septembre 1919, retour des troupes. Boulevard Victor Hugo, Limoges.

04 Nov

Gay-Lussac, un lycée d’écrivains et de poètes à Limoges

à gauche: Pierre Bergounioux revient au lycée de sa prépa (à droite, son compatriote Pierre Laumond qui enseigna en Lettres supérieures)

(c) L. Bourdelas

 

Le Limousin est une région où, depuis les troubadours, on écrit beaucoup et nombreux sont les poètes, romanciers, diaristes, dramaturges, historiens ou critiques et journalistes qui en sont originaires[1]. Gay-Lussac ayant été longtemps le lycée de Limoges, il est logique que nombre de ces littérateurs soient passés par ses salles et ses couloirs. Leurs écrits ou le simple fait qu’ils y aient usé le fond de leurs pantalons contribue à en faire un établissement littéraire et à lui conférer une identité particulière. La place manque ici pour faire toute l’histoire des écrivains du lycée, déjà amorcée[2] et être exhaustif, mais on peut toutefois citer quelques noms qu’il conviendrait de ne pas oublier. Je place ce petit exercice de commémoration sous les auspices bienveillants de Pierre Delage, qui enseignait les lettres classiques et modernes lorsque j’étais élève, pour le plus grand plaisir intellectuel de ces ouailles, qui écrivit des ouvrages sur l’histoire régionale et un magistral Lycée Gay-Lussac cinq siècles d’enseignement (Le Puy Fraud éditeur).

Georges Fourest, né à Limoges le 6 avril 1864, acquit une excellente culture classique au lycée, puis suivit des études de droit à la faculté de Toulouse, puis de Paris, mais n’exerça pas son métier d’avocat (se déclarant lui-même «avocat… loin la Cour d’appel»). Fréquentant les cercles symbolistes et décadents, poète du Chat Noir, il collabora à plusieurs revues. Il se targuait de pouvoir « incague[r] la pudeur » et « convomi[r] le bon goût ». Il est l’auteur de deux recueils de poèmes, nourris entre autres des œuvres de grands auteurs (Corneille, Racine, Hugo), parodiés de manière burlesque, voire gaillarde. Il se place ainsi dans la lignée de Rabelais et des poètes du début du XVIIe siècle (d’Assoucy, Saint-Amant, Guillaume Colletet, etc.). La négresse blonde et Le Géranium ovipare sont toujours édités par Corti. Fourest contribua également à des revues limousines, comme Limoges Illustré. Il mourut à Paris, au 24, rue de Milan, le 25 janvier 1945. Quittant le Limousin, il avait écrit : … la campagne toujours me sembla monotone et bête (…) je sais une chose plus belle que le Chant du départ, c’est le départ des champs ! ». En 2017, Yannick Beaubatie, grand exégèse de Fourest, a publié deux recueils (délectables) posthumes du poète aux Editions du Lérot. S’il repose dans la 65ème section du Père-Lachaise à Paris, une rue porte son nom à Limoges, une autre à Isle.

Parmi d’autres, saluons la mémoire de Robert Aladière (dit Adeiléria), qui publia en 1925 Le Barbare, un roman d’amour et de sang au temps de la guerre de l’indépendance des Gaules, autour d’Alésia, de Limoges, et dans une Italie où s’agitent déjà les Romains de la décadence. Il poursuivit dans la veine historique avec Sous le regard d’Horus, une peinture de la civilisation hellénistique sous Cléopâtre et les aventures d’une prêtresse de Vénus-Astarté. L’écrivain, fondateur du Cercle d’escrime de Limoges, disparut en 1928.

Jean-Marie-Amédée Paroutaud, né à Limoges en 1912 et mort en 1978, avocat, professeur, écrivit divers textes d’apparence fantastique, à mi-chemin entre le roman noir et le roman réaliste, dont un captivant roman kafkaïen, camusien : La Ville incertaine, qu’il faut absolument découvrir. Robert Savy lui avait rendu hommage : « … il aimait l’amitié, la joie d’être ensemble : ses condisciples du Lycée Gay-Lussac, et ceux qu’il honorait de son amitié l’ont souvent vérifié. »

Robert Giraud (1921-1997) passa son enfance et sa jeunesse à Limoges, où il écrivait des poèmes.  Résistant, arrêté par les nazis, enfermé à la prison du Petit Séminaire de Limoges, il échappa à la condamnation à mort grâce à la libération de la ville par les forces de Georges Guingouin. En 1944, il devint rédacteur en chef du journal Unir, issu de la Résistance, et gagna Paris avec l’équipe rédactionnelle qui comprenait notamment le journaliste et futur éditeur René Rougerie. Presque toute l’équipe d’Unir repartit pour Limoges dès la fin du journal, tandis que Robert, que désormais l’on appelait Bob Giraud, s’installa dans la capitale, au 5 de la rue Visconti, près de la rue de Seine[3]. Il devint écrivain des rues, de la nuit et des clochards, lexicographe spécialiste de l’argot, ami de Doisneau, auteur, entre autres ouvrages, d’un magnifique Vin des rues. C’était aussi l’ami d’Antoine Blondin, que l’on croisait de temps à autre à Limoges, entre la capitale et Linards.

Au XXe siècle, les deux grandes figures tutélaires de la poésie limousine – et bien plus que cela – sont sans doute Georges-Emmanuel Clancier – G.E.C. –, devenu « parisien », poète reconnu édité par Gallimard, et Joseph Rouffanche (né en 1922 à Bujaleuf, professeur qui enseigna au lycée et donna le goût de la poésie à nombre de ses élèves). Le premier, habité par le « désir de vivre en poésie », écrit une œuvre « du minéral, de l’eau, des nuages, du ciel », qui chante l’être aimé et le souvenir de l’enfance, la révolte, « un lyrisme inspiré par la mémoire et le contemporain. » Le second, reconnu plus tardivement, sans doute parce que resté à Limoges, a publié notamment chez Seghers et Rougerie. En 1984, il a cependant obtenu le prestigieux Prix Mallarmé. Divers colloques universitaires (aux actes desquels je renvoie pour une étude plus approfondie) ont été consacrés à ce lyrique poète de l’émerveillement auquel ont rendu hommage Clancier, Soupault ou Bachelard. C’est l’universitaire Gérard Peylet, ancien du lycée, qui les organisa. De même que Michel Bruzat, metteur en scène, directeur du Théâtre de La Passerelle à Limoges, ancien élève de Rouffanche à Gay-Lussac, adapta des textes de celui-ci sur scène. Chacun le sait, Georges-Emmanuel Clancier n’est pas qu’un poète de grand talent, c’est aussi un romancier, auteur notamment de la saga Le Pain Noir, publiée entre 1956 et 1961, qui raconte la vie d’une famille pauvre, les Charron, dans une ferme du Limousin entre 1870 et la fin de la Première Guerre mondiale, sur un fond de luttes sociales et morales. Oserais-je écrire que chaque Limougeaud devrait avoir lu ce livre, adapté en feuilleton télévisé en huit épisodes de 90 minutes, réalisé par Serge Moati et diffusé du 20 décembre 1974 au 3 février 1975 sur la deuxième chaîne de l’ORTF ? Les souvenirs d’enfance, d’adolescence et de jeunesse publiés par Clancier sont également captivants. Ainsi, dans L’écolier des rêves, dès la première page, raconte-t-il sa rentrée, en octobre 1924, avant même d’avoir atteint l’âge de 11 ans, en sixième B, comme boursier de la République. Suivent de savoureux passages.

Sa parente Agnès Clancier, née à Bellac en 1963, ancienne élève du collège Donzelot (conçu comme une annexe du lycée) puis du lycée Gay-Lussac et de l’E.N.A., haut-fonctionnaire, est une romancière et poète de talent, éditée par diverses maisons, comme par Gallimard ou Arléa. En 2014, elle a laissé affleurer une partie de ses souvenirs dans Karina Sokolova et trois ans plus tard, avec Une trace dans le ciel, livré un beau portrait de l’aviatrice limougeaude Maryse Bastié et quelques belles pages sur Limoges.

Un grand écrivain français – briviste – est passé, en prépa, avant l’E.N.S., par Gay-Lussac : Pierre Bergounioux. Il a écrit : « … tout ce qui a pu m’arriver, par la suite, se déduit des dix mois passés à Gay-Lussac. Je n’ai plus rien fait que transférer, si loin que mes pas m’aient conduit, les habitudes contractées, une bonne fois pour toutes, entre ses quatre murs. Si quelque chose m’amuse et m’effraie, les deux, c’est de voir le vieux monsieur que je suis devenu obéir aveuglément à l’injonction qu’un adolescent lui adresse, de Limoges, du fond du temps. »[4] Il faut lire le reste de son témoignage pour comprendre comment Gay-Lussac peut être, à sa manière, inspirant.

Les murs du lycée sont aussi imprégnés des souvenirs du passage, au XXe siècle, de poètes de grand talent comme Alain Lacouchie, Gérard Frugier, du plasticien et auteur Max Grandjean, de l’auteur de polars limousins Franck Linol, de la romancière Anne Lagardère, qui y enseigna, comme la poète et philosophe Ingrid Auriol, ou encore Patrick Mialon, critique d’art, écrivain, qui a écrit des livres profonds et référencés. Souvenirs vivaces (ou présence actuelle) aussi des nombreux historiens : Alain Corbin, Michel Kiener, Vincent Brousse, Philippe Grandcoing ou Anne Manigaud, pour ne citer qu’eux. Peut-être le sont-ils aussi par cette année d’hypokhâgne qu’y accomplit la poète et écrivain Marie-Noëlle Agniau qui, dans son livre Capture, a rendu un si bel hommage au Limousin, sa région d’adoption.

Et surtout, il faut espérer que sont actuellement assis sur les chaises de notre vieux bahut les futurs auteurs de demain qui, pour certains d’entre eux peut-être, affrontent déjà la page blanche…

 

[1] L. Bourdelas, Du Pays et de l’Exil Un abécédaire de la littérature du Limousin, Les Ardents Editeurs, 2008.

[2] L. Bourdelas, « Des écrivains à Gay-Lussac », Bulletin des Anciens de Gay-Lu, 2012.

[3] Olivier Bailly, Monsieur Bob, Stock, « collection Écrivins », 2009.

[4] L. Bourdelas, Histoire de Limoges, Geste Editions, 2014.

29 Oct

Jubés, portes ou arcanes de Guillaume Couffignal, fondeur d’art et artiste limousin

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(escalier)

Plus qu’à l’âge du bronze, Guillaume Couffignal nous plonge au cœur du Moyen Âge, avec ses sculptures qui évoquent des portes ou des jubés, ces tribunes d’où l’on faisait la lecture de l’épître et de l’Evangile, mais qui cachaient le célébrant aux yeux des fidèles, instituant une séparation entre l’initié et les profanes : le chancel. Jube, Domine, benedicere : « Daigne, Seigneur, bénir », chantait-on avant la lecture de l’épître.

Selon l’endroit où l’on se trouve pour contempler les œuvres d’airain, percées de hautes ouvertures pouvant laisser passer la lumière, on est le profane ou l’initié – celui qui a accès à l’arcanum, la chose cachée et secrète traquée par les prêtres, les poètes ou les alchimistes. C’est donc bien un voyage initiatique que nous propose l’artiste. Arcane, arc-boutant, arc-doubleau ? Ne demeurerait ici que l’essentiel, une fois tout effondré. Ce qui résiste à la ruine, ce qui seul demeure. Comme à l’abbaye de Beauport, en Bretagne, comme à Jumièges, en Normandie, que Maurice Leblanc associa à La Comtesse de Cagliostro (Balsamo, autre initié). Comme, différemment, à Stonehenge, que selon certaines versions primitives de la légende arthurienne, Merlin édifia à l’aide de la magie et de géants africains qui l’aidèrent à transporter les pierres depuis la plaine de Salisbury.

Corinthiens, 3:14 : « Si l’œuvre bâtie par quelqu’un sur le fondement subsiste, il recevra une récompense ». Le premier initié, bien sûr, est le sculpteur. Il est comme Hiram de Tyr, le bronzier que son roi envoya auprès de Salomon pour travailler au Temple. C’est le fils de la lumière, l’homme aux trois vertus : la sagesse, l’intelligence et la connaissance.

Plus que des portes ouvrant sur un possible mais incertain paradis, différentes aussi du miroir d’Alice, les portes de Guillaume Couffignal sont plutôt celles que Janus ouvre et ferme cycliquement, comme le font aussi Jean l’Evangéliste et Jean le Baptiste – les portes solsticiales. Nous sommes, dans le réel de la matière, entre le passé qui n’est plus et l’avenir qui n’est pas encore ; c’est la manifestation tangible du présent. Toucher ce bronze, c’est vivre l’instant présent. Ne négligeons pas l’enseignement d’Euripide : « L’instant présent est à nous, le reste est à la fortune. » C’est peut-être aussi ce dont se souvenait Charles Baudelaire : « J’ai longtemps habité sous de vastes portiques (…) C’est là que j’ai vécu dans les voluptés calmes. » La révélation ne serait ni d’un côté, ni de l’autre, mais au milieu. C’était celle de l’Ecclésiaste (קהלת Qohelet) 3, 1-12 : « Ainsi, je le sais, le seul bonheur pour eux [les humains], c’est de se réjouir et de profiter de la vie. » Car après, viendra le temps du Sheol (שאול), le séjour des morts.