29 Déc

Limoges la Rouge (1)

Abbessaille - cathédrale - pont Saint-Etienne 001-14 - Photothèque Paul Colmar

L’abbessaille (c) Paul Colmar & Limoges années 1950 1960 1970 (Geste Editions)

Si la militante socialiste Pauline Roland qualifia la ville de « Rome du socialisme », si la couleur rouge évoque aussi celle répandue par les clapets ouverts des 135 fours à porcelaine, Limoges doit assurément son surnom à son ancrage à gauche.

Le mouvement ouvrier n’a cessé de se développer tout au long du XIXème siècle, sous diverses formes, comme les sociétés de secours mutuel ou les coopératives de production. La plus importante fut L’Union de Limoges, créée en 1881 : il s’agit de regrouper les consommateurs afin de leur donner la possibilité d’acheter à des prix intéressants des produits de première nécessité. L’Arédien Jean-Baptiste Couty – ouvrier peintre sur porcelaine depuis l’âge de 12 ans – en est le fondateur et elle regroupe au départ 45 familles pour un chiffre d’affaires de 932 francs ; en 1915, il y a 11 000 familles adhérentes pour un chiffre d’affaires de 5 millions de francs (ces chiffres augmenteront encore par la suite). Ce sont les Assemblées Générales qui décident de manière démocratique de la politique générale de L’Union (avec amendes pour ceux qui n’y participent pas). Il s’agit d’ « améliorer le sort de la classe ouvrière de tous ses moyens, de toutes ses forces » et de « poursuivre la disparition du régime compétitif et capitaliste actuel et l’appropriation des moyens d’échange et de production par les consommateurs associés. » Avec une devise : « Tous pour chacun, chacun pour tous. » L’Union s’installe rue de La Fonderie dans une ancienne fabrique de porcelaine, ce qui permet la construction d’entrepôts (il y en a également à la gare des Charentes) et de fours à pain, biscuiterie, confiturerie, torréfacteur pour le café et chais pour le vin. L’Union propose nourriture, vêtements, tissu, quincaillerie, mais aussi une bibliothèque de 13 000 volumes (en 1939), en particulier de littérature, revues et journaux, un foyer, des activités sportives (en particulier la lutte et la boxe), une salle de spectacles populaires (attractions diverses, théâtre, opéras et opérettes, cinéma) et de réunion, des chorales, des patronages, une colonie de vacances à La Boulinière (Île d’Oléron), une autre au Mas-Eloi, des cours de musique, de photographie, de calcul et français, des bains-douches. Des liens se tissent avec le mouvement syndical et socialiste.

Michel Laguionie a montré également de manière très précise le rôle émancipateur (et anticlérical) joué à Limoges par les Francs-Maçons, en particulier les frères de la loge des Artistes Réunis (fondée en 1827). Ils ont pris leur part dans l’action sociale et la politique, une vingtaine accédant au mandat de maire depuis la fin du XVIIIème siècle.

En septembre 1895, le congrès constitutif de la C.G.T., est le moment d’unification du mouvement syndical: il réunit les délégués de 28 fédérations d’industrie ou de métier, de 18 Bourses du travail et de 126 syndicats non fédérés (mais ll fallut attendre sept années encore pour que l’unification soit vraiment réalisée et que la Confédération commence à assumer réellement sa fonction de coordinateur et d’animateur des luttes). Le congrès s’est tenu dans la salle Antignac du café de Paris, boulevard de la Poste-aux-chevaux (aujourd’hui rue Louvrier-de-Lajolais). De cette salle, il ne reste rien ; les studios de Radio-Limoges ont été édifiés plus tard en grande partie à son emplacement.

04 Déc

Musées et bibliothèque à Limoges au XIXème siècle

Adrien_Bourcin_Dubouché_par_A._Lafond_1881

Huile sur toile de Adrien Dubouché par A. Lafond, 1881, Musée National Adrien Dubouché – Limoges

 

En 1845, le préfet Morisot, père de la célèbre peintre Berthe Morisot, fonde la Société Archéologique et Historique du Limousin et la charge d’organiser un musée d’archéologie locale et régionale ; quelques années après, toujours à la demande du préfet, la S.A.H.L. prend en charge l’organisation du Musée de céramique. Parmi les soixante-quinze fondateurs : Adrien Dubouché, né à Limoges dans une famille de négociants, fondateur de l’Association limousine des arts en 1862, qui devient directeur bénévole du musée, lui offrant de nombreuses pièces de collection – ce qu’il fait jusqu’à sa disparition en 1881. En 1868, il fonde également une école d’art pour former des artisans et des artistes pour l’industrie porcelainière. Il obtient l’année suivante que la ville mette à disposition du musée l’ancien hospice d’aliénés sur la place du champ de foire. En 1881, l’école et le musée deviennent des établissements nationaux. Comme l’a écrit Roland Schaer, « on pense qu’il faut obtenir des ouvriers qu’ils prennent exemple auprès des œuvres les plus belles, et des artistes qu’ils contribuent au perfectionnement des productions industrielles. Expositions industrielles, musées d’arts appliqués et écoles de dessin sont mis au service de cette ambition. » Entre 1894 et 1900, grâce notamment à un don légué par Dubouché, Henri Mayeux peut édifier le nouveau musée, éclairé par de grandes baies vitrées, présentant les collections dans de belles vitrines. La S.A.H.L., pour sa part, œuvre jusqu’à aujourd’hui à la recherche en histoire départementale, publiant un bulletin de haute tenue et pilotant des fouilles archéologiques. Le musée de l’Evêché est créé plus tard, lorsqu’en août 1909, l’Etat vend à la ville l’ancien palais épiscopal et ses jardins ; cet accord est considéré comme l’acte de naissance du musée de l’Évêché car il mentionne la création d’un « musée-bibliothèque ». En 1912, c’est donc l’ouverture du deuxième musée de Limoges, défini alors comme « scientifique, archéologique et historique ».

Une bibliothèque municipale est crée en 1847, installée d’abord dans l’ancien Présidial, puis rue Turgot. La place de la République, encadrée par des immeubles de trois étages, est le lieu festif où l’on se presse : il y a le théâtre municipal, inauguré en 1840, qui permet d’accueillir près de 900 spectateurs ; le magnifique Casino conçu par Charles Planckaert en 1901, café-concert-music-hall qui reçoit les grands artistes des cabarets parisiens et donnent des Revues très populaires ; la salle de conférences ; neuf cafés ou cabarets et, à partir de 1910, le cinéma Les Nouveautés. A l’occasion de foires diverses, on s’amuse de différentes attractions, comme un cirque en planches démontables. Au début du XXème siècle, Limoges devient « la capitale des liquoristes » internationalement reconnue grâce à ses distilleries.