21 Mai

De Léon Betoulle à Louis Longequeue

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Pavillon du Verdurier, détail.

Pour évoquer « l’ère de Léon Betoulle » (1912-1956), Louis Pérouas parlait d’une « longue somnolence » ; Jean-Marc Ferrer et Philippe Grandcoing évoquent des « décennies grises » mais aussi un « désir de modernité », en fait principalement urbanistique. En 1912, le socialiste a battu le Dr Adrien Desbrières et s’est installé très durablement au pouvoir, régnant à l’Hôtel de Ville, mais étant aussi élu député – votant, on l’a dit, les pleins pouvoirs à Philippe Pétain – puis sénateur, tout juste absent sous l’Occupation et l’immédiat après-guerre, aux affaires jusqu’à sa mort le 30 novembre 1956. Sans doute s’est-il révélé au moment de la Première Guerre mondiale, sachant mettre l’administration municipale au service des  soldats blessés de guerre et des réfugiés belges, et du nord de la France. De même, comme l’a noté Vincent Brousse, a-t-il fait « entendre une voix, un peu distincte de l’unanimisme patriotique et ce, dès 1915. En effet, sous la houlette d’Adrien Pressemane, la fédération socialiste de la Haute-Vienne demande à ce que l’on prête une oreille attentive au moindre signe de paix. » Durant son mandat, la ville change : des immeubles bourgeois modernes sont construits dans le centre (en particulier boulevard Louis Blanc et rue Jean-Jaurès), mais également des cités ouvrières.

Parmi les constructions emblématiques, celle du Pavillon du Verdurier, Ce projet est intégré dans la reconstruction du quartier du même nom, démoli à partir de 1913 lors du percement de la rue Jean-Jaurès. Ce bâtiment de plan octogonal a été conçu par l’Office départemental du ravitaillement comme pavillon frigorifique pour approvisionner la population en viande importée congelée d’Argentine, le secteur agricole ayant beaucoup souffert en Limousin. Il aurait été également un moyen mis en œuvre par la Ville pour contourner le corporatisme des bouchers limougeauds, alors très fort. Le projet est présenté par le maire le 4 mars 1919. La construction est achevée en 1920. Conçu par Léon Gauthier en style Art déco, il occupe une superficie de 400 m2. Il est habillé par une belle parure de carrelage en grès flammé à dominante verte, avec une haute frise de bouquets bleus sur fond or. Elle a été réalisée par les céramistes Alphonse Gentil et François Bourdet (Boulogne-Billancourt), le décor peint de la voûte l’étant par l’entreprise Chigot. En 1924, l’usage du frigo étant périmé, le matériel est vendu et le Pavillon sert de gare routière jusqu’en 1976. Complètement restauré par la ville de Limoges en 1978, il est transformé en pavillon municipal d’exposition et gagnerait sans doute à être encore mieux mis en valeur. A Limoges, l’Office Public des Habitations à Bon Marché (O.P.H.B.M.) naît en 1919. Il doit remédier à l’état déplorable du logement des catégories populaires en cette période d’entre-deux-guerres. La municipalité socialiste engage un important programme de construction. De 1924 à 1956, l’O.P.H.B.M. livre 1 800 logements, sur huit sites différents. L’agréable cité-jardin de Beaublanc, construite par Roger Gonthier, en est le premier exemple. Elle se compose de 202 logements allant du deux au quatre pièces (avec gaz, électricité, eau courante), dans des petits bâtiments en pierre de deux niveaux avec jardin individuel pour chaque famille et des équipements collectifs (lavoirs, bains douche). En 1929, les premiers immeubles de la Cité des Coutures voient le jour (trop proches de la gare… selon les bourgeois). La construction s’achève en 1932. 540 logements, dotés du confort, sont répartis dans des bâtiments de quatre étages, avec des équipements collectifs et des commerces en pied d’immeuble. 25 ans plus tard, une troisième tranche de 75 logements est ajoutée aux deux premières. (A la fin des années 2000, deux cages d’escaliers de la rue Pressemane sont démolies, afin d’ouvrir l’intérieur de la cité.) Divers ouvrages et témoignages ont montré combien ces cités populaires avaient marqué ceux qui y avaient habité, combien un « esprit » propre s’y était développé. Les Coutures furent un lieu de résistance, pendant la guerre, mais aussi au moment des luttes sociales, par exemple en mai 1968. De 1936 à la veille de la seconde guerre mondiale, Limoges se dote de quatre nouvelles cités, de différents styles architecturaux : Casimir Ranson, Léon Betoulle, Ernest Ruben, Victor Thuillat (du nom du Vénérable des « Artistes Réunis » qui oeuvra à la transformation de Naugeat en hôpital spécialisé et à la réalisation de cités ouvrières), soit 524 logements. Mais les besoins en logements sont loin d’être satisfaits et le nombre de logements insalubres augmente. En 1950, les Habitations à Bon Marché deviennent les Habitations à Loyer Modéré (H.L.M.). L’Office H.L.M. de Limoges construit le Mas-Neuf, une partie de la cité du Docteur Jacquet, rehausse la cité Victor Thuillat d’un cinquième étage et adjoint un bâtiment à la Cité Casimir Ranson (soit 220 logements). En 1954, suite à l’appel de l’Abbé Pierre, les cités d’urgence sortent de terre (deux cités d’urgence, rue Colette et Paul Eluard : 100 logements), suivies par les logements populaires familiaux  » LOPOFA  » (Docteur Jacquet 100 logements) et les opérations Millions (Raoul Dautry : 120 logements). Ces constructions de logements sociaux s’accompagnent de l’organisation de colonies de vacances et de centres aérés qui permettent aux jeunes limougeauds modestes d’aller prendre l’air sur les rivages de l’océan ou à la campagne. Michel Laguionie a montré comment les francs-maçons (très présents dans l’entourage du maire) s’étaient préoccupés du développement des œuvres post et périscolaires, s’intéressant par exemple de près au Mas-Eloi.

A suivre…

17 Mai

Un siècle de socialisme municipal jusqu’à l’alternance

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Caricatures de Betoulle par Anthéor

Le talentueux écrivain limougeaud Bernard Cubertafond a livré sa vision acérée et littéraire du socialisme municipal dans un très beau petit récit paru en 1987 chez Dumerchez-Naoum : Province Capitale Limoges, qu’il faut absolument lire. Quelques courts extraits en ouverture de ce chapitre : « Ici tout est bien rangé. Rien à dire. Campagne anti-bruit permanente […] Evènements, muets. Délinquance, minimale. Culture, juste ce qu’il faut. Université, très convenable […] Discrétion avant tout. Ne pas faire de vagues. Ne pas choquer. Gardons nos secrets […] Le maire se tait mais chacun sait qu’il est là et bien là, qu’il veille, qu’il quadrille […] Dans ce pays laïc une manière de Dieu le père […] Modifier peu à peu mais sans rien heurter […] On use donc très peu de maires. Le parti socialiste en engendre deux ou trois par siècle selon une procédure dont la transparence échappe aux non initiés. » La littérature exprime parfois mieux les réalités que l’histoire. Léon Betoulle, Louis Longequeue, Alain Rodet, ou un siècle de « socialisme municipal », jusqu’à l’alternance de 2014, qui raviva l’expression selon laquelle il ne faut pas s’endormir sur ses lauriers.

C’est ce que je vais vous raconter dans les prochains billets.

08 Mai

Les cyclos-touristes du Limousin pendant la guerre

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On vient de me confier les archives des comptes-rendus des sorties du club des cyclos du Limousin dans les années 1940. Ils sont rédigés à la main et illustrés, regorgent de détails. Ils mériteraient sans doute d’être en partie édités… Ici, un dessin montrant le retour espéré des prisonniers de guerre (« la quille ») à la gare de Limoges-Bénédictins…

05 Mai

L’écrivain Pierre Bergounioux était de passage au lycée Gay-Lussac le 4 mai 2017

P. Bergournioux P. Laumond Gay-Lussac

Dans la cour du lycée limougeaud, l’écrivain retrouve son ancien condisciple Pierre Laumond – qui enseigna par la suite en prépa littéraire à Gay-Lussac.

P. Bergounioux salle HK Gay-Lussac

Photo historique: Pierre Bergounioux retrouve sa place dans la classe d’hypokhâgne, où il était élève en 1967, avant d’intégrer l’Ecole Normale Supérieure.

P. Bergounioux Gay-Lussac

L’écrivain retrouve le rituel traditionnel: toucher le pied de la statue de Gay-Lussac, pour réussir à un examen.

Pierre B.

La poète Marie-Noëlle Agniau, Jean-Pierre Levet, président des Anciens élèves, Pierre Bergounioux et Pierre Laumond.

(c) L. Bourdelas

30 Avr

La fin de la Seconde guerre mondiale à Limoges (5)

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Georges Guingouin après un discours au monument aux morts de Limoges, à l’occasion d’une cérémonie de commémoration de la libération de la ville, au début des années 1990. On distingue sur la gauche Roland Dumas, Alain Rodet (député-maire), Marcel Rigout. (c) L. Bourdelas

Les Limougeauds apprennent le débarquement allié en Normandie par la B.B.C. puis par la presse officielle. Le 7 juin 1944, la division S.S. Das Reich, qui comprend environ 8 500 hommes (parmi lesquels des « malgré nous » alsaciens), en repos entre Agen et Montauban, reçoit l’ordre de remonter vers la Normandie en utilisant la Nationale 20 ; elle le fait en commettant plusieurs crimes (incendies, meurtres) car la mission est de semer la terreur. Le 9 juin, c’est la pendaison de 99 otages à Tulle et la déportation de nombreux habitants. Le gros des troupes stationne à Limoges rue Théodore-Bac et place Marceau (à la caserne, on répare les engins) ; des miliciens, des G.M.R., des Allemands sillonnent la ville. Des réunions ont lieu : entre miliciens à Limoges, puis le samedi 10 au matin successivement à Limoges et à Saint-Junien, entre officiers Waffen S.S. et policiers SS en poste à Limoges. Des miliciens suivent les opérations. L’« action exemplaire », envisagée depuis plusieurs jours (une note du général S.S. Lammerding commandant la division date du 5 juin, confirmée par une nouvelle note du même en date du 10), est alors mise au point. Le 10, c’est l’ignoble massacre d’Oradour-sur-Glane, durant lequel 642 femmes, enfants et hommes sont assassinés, fusillés, brûlés. Les cadavres sont éliminés par le feu et la fosse commune pour empêcher leur identification. Des rumeurs circulent à Limoges lorsqu’une grande lueur rouge est distinguée à l’ouest. Une motrice de tramway est rentrée précipitamment, après qu’un de ses machinistes aient été abattu par un S.S. alors qu’il demandait pourquoi Oradour était bloqué. Les premiers témoins découvrent l’abomination dans les heures qui suivent le départ des S.S. et la nouvelle parvient à Limoges par le bouche à oreille.

Au début du moins de juin, Georges Guingouin reçoit de Léon Mauvais, cadre important du parti communiste, chef des FTP en zone Sud, l’ordre de prendre Limoges, mais il n’obtempère pas, craignant un bain de sang – ce qui déplait au P.C.F. Dans la nuit du 23 au 24 juin, grâce aux renseignements de la Résistance, l’aviation alliée bombarde la gare de triage de Puy-Imbert, empêchant la circulation pendant plus d’une semaine. Bien entendu, la population riveraine est inquiète pendant le déroulement des opérations : une bombe ne va-t-elle pas manquer sa cible et tomber ailleurs ? ; dès le lendemain, les Allemands mobilisent la main-d’œuvre limougeaude disponible pour déblayer, sous un soleil de plomb. De temps à autre, on démine une bombe à retardement. Fin juin, les miliciens arrêtent l’évêque de Limoges, Mgr Rastouil, qu’ils jugent pas assez collaborateur, et l’assignent à résidence à Châteauroux. Durant le mois de juillet, de grandes formations de bombardiers alliés traversent le ciel ; un avion britannique largue des tracts et journaux pour informer la population de la situation : on se précipite pour ramasser les papiers et les lire, tandis que les miliciens ramassent ce qu’ils peuvent. On sait que les maquisards sont proches. L’angoisse étreint les esprits. Mi août, les F.F.I. sont à Feytiat et à Boisseuil ; des raids sont lancés à travers la ville : deux Allemands sont abattus rue Armand-Barbès. Le 16, les miliciens fuient, accompagnés par femmes et enfants, entassés dans une centaine de voitures chargées d’armes et de vivres. Ils sont harcelés par les maquisards, aidés par les Allemands ; leur périple passe par Guéret, Dijon, en direction de l’Alsace, ils participent à des combats en Italie du Nord ou sur le front de l’Est. De Vaugelas se réfugie ensuite en Argentine et Filliol en Espagne franquiste, où il travaille pour la filiale d’une célèbre entreprise française de cosmétiques. Le 22 août, quelques miliciens isolés tirent depuis les toits du lycée sur la foule de la ville libérée, sans conséquences funestes.

Mais dès le 19 Août 1944, la négociation auprès des autorités d’occupation commence pour obtenir la reddition de la garnison allemande sans qu’il y ait de sang versé. Des instructions très précises sont données pour une capitulation sans condition. Un rendez-vous est pris le 20 Août 1944 à 12h 45 à la kommandantur. Les conditions proposées sont rejetées par les Allemands. Georges Guingouin réplique immédiatement en expliquant que la ville est encerclée par 1500 hommes du maquis, et qu’en cas de refus le centre serait bombardé sans hésiter par les alliés (Londres a envisagé d’appuyer la Résistance, au besoin, avec l’aviation : parmi les objectifs, les casernes, le lycée, l’école du Pont-Neuf). Le 20 Août, il informe Staunton, major de la mission interalliée, que les entretiens préalables à une entente pour la libération de Limoges sont en cours. Le 21 Août 1944, Jean d’Albis, arrière-petit-fils de David Haviland, agent consulaire suisse, reçoit la reddition allemande (en présence du poète et critique Luc Estang) mais une fusillade retarde l’entrée de Guingouin et de ses hommes dans Limoges. Le plus gros effectif de la garnison allemande a commencé de quitter la ville dès 17 heures. Lors de cette opération le général Gleiniger trouve la mort (assassiné par les S.S.). Durant la nuit, les F.F.I. occupent la ville : la préfecture, l’hôtel de ville, la Banque de France. L’Etat-Major s’installe à l’hôtel Haviland. Les maquisards sont entrés par les routes de Lyon et de Toulouse, accueillis par la foule venue notamment du quartier des ponts. Tous ceux qui portent un uniforme allemand et qui ne se seraient pas échappés sont faits prisonniers. Vers 22h 10, Limoges est totalement libérée. Le lendemain, c’est la liesse ; la population s’en prend à des locaux pétainistes, des dossiers sont éparpillés dans les rues, des femmes sont malheureusement tondues et humiliées ; des immeubles décorés aux couleurs nationales ; des musiciens animent des bals ; on démolit les blockhaus allemands ; des collaborateurs sont emprisonnés (le commerçant Dalpayrat est presque lynché) ou passés par les armes (des prostituées connaissent aussi ce sort). « L’épuration » commence : un tribunal spécial est mis en place. Selon Guingouin, il « travaillait de six à douze heures par jour, samedi et dimanche compris. » En Haute-Vienne, on pense qu’environ 350 exécutions auraient eu lieu, suite à des décisions de tribunaux militaires ou civils ou « hors jugement ». A Limoges, c’est au Malabre que les collaborateurs étaient fusillés. Dans une intéressante communication au Musée de la Résistance de Limoges le 8 avril 2014, Pascal Plas a observé, à propos de l’épuration « sauvage » économique dans la grande région de Limoges que les comités provisoires d’épuration (non reconnus par la puissance publique), souvent moins politisés qu’on voulut bien le dire durant la guerre froide, firent un travail d’enquête sur le personnel (surtout d’encadrement), établirent des rapports et réfléchirent à quelles mesures prendre pour « chasser » ceux qui s’étaient compromis. Lorsqu’on licenciait, on justifiait la décision. L’intérêt des travaux historiques actuels est de montrer que tout autant les faits de collaboration ou de zèle vichyste, ce sont plutôt ceux considérés comme « mauvais chefs », « arbitraires », qui furent sanctionnés, parfois pour des situations remontant à avant la guerre (par exemple la répression des grèves de novembre 1938 sévèrement réprimées), comme si une mémoire ouvrière des conditions sociales permettait à cette occasion de « rejouer » des conflits historiques. Selon l’historien, c’est bien ici l’illustration de la « théorie des conflits emboîtés » et la réémergence d’histoire(s) ancienne(s).

Le 22 août, le pasteur Albert Chaudier est désigné comme président du Comité départemental de libération – il a consacré un ouvrage à Limoges capitale du maquis. Les mouvements de résistance, les partis et les syndicats désignent les 27 membres de la municipalité provisoire. Le Dr Henri Chadourne devient maire. Les journaux préexistants sont réquisitionnés et fusionnent en un (éphémère) journal unique : Le Centre Libre. M. Dorsannes devient directeur des émissions à la radio. Pierre Boursicot est nommé Commissaire de la République, il intronise le communiste Jean Chaintron préfet de la Haute-Vienne. Le 4 mars 1945, le général De Gaulle, accompagné par Tixier et Lacoste, est à Limoges : « L’accueil y est magnifique – écrit-il dans ses mémoires de guerre –. pourtant, des troubles graves ont agité le Limousin. Mais l’ordre a gagné la partie […] Au nom de la France, j’accomplis le pèlerinage d’Oradour-sur-Glane. » Georges Guingouin, Compagnon de la Libération en qui Charles De Gaulle voyait l’ « une des plus belles figures de la Résistance », est élu maire de Limoges du 29 avril1945 au 19 octobre1947. Il a battu la liste socialiste de Jean Le Bail, professeur de philosophie au lycée, qui n’a pas résisté durant la guerre mais le poursuit de sa vindicte. Alors que Lou Grand doit faire face à l’hostilité du Parti Communiste (qui n’aime pas les esprits libres et l’exclue) et de la S.F.I.O., Léon Betoulle reconquiert la mairie et la conserve jusqu’à sa mort en 1956 (avec l’aide des non socialistes). Entre-temps, en 1953, poursuivi par des haines tenaces, Georges Guingouin a été accusé de meurtre, emprisonné et a failli mourir, tabassé par ses gardiens. Il faut attendre 1959 pour qu’un non lieu soit prononcé. Libéré, l’ancien instituteur reprend son métier dans l’Aube, dont son épouse, Henriette, est originaire. François Marthouret a consacré un beau téléfilm à « l’affaire Guingouin » en 2011 : Le Grand Georges.

Un monument aux morts commémore toutes les victimes du conflit à l’arrière du Jardin d’Orsay, ouvrant sur la place des Carmes.

La Seconde Guerre mondiale et ses suites ont très largement nourri les débats et les positionnements politiques à Limoges et en Limousin au XXème siècle. En janvier 2012, après avoir été abrité dans une aile du Musée de l’Evêché, un Musée municipal de la Résistance digne de ce nom a été ouvert à Limoges dans le quartier de la cathédrale, rue Neuve Saint-Etienne : « il illustre les valeurs citoyennes et solidaires portées par la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Dédié à tous ceux qui se sont sacrifiés pour défendre les valeurs fondamentales de la République, il a pour vocation de faire vivre la mémoire en offrant un lieu pédagogique et de diffusion de l’information, notamment pour le jeune public. »

 

19 Avr

L’écrivain Pierre Bergounioux revient à Gay-Lussac!

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(France Culture)

Jeudi 4 mai à 18h précises, j’aurai le plaisir d’animer une rencontre avec l’écrivain et sculpteur Pierre Bergounioux, originaire de Brive, édité notamment chez Gallimard et Verdier. Il passa par la classe prépa littéraire du lycée avant d’intégrer l’ENS. L’entrée est libre, sous réserve de s’inscrire en cliquant sur le lien ci-dessous:

http://www.anciensdegaylu.com/event/rencontre-de-gay-lussac-6-pierre-bergounioux/

15 Avr

Limoges pendant la Seconde guerre mondiale, 4: résistances

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Edouard Lecomte-Chaulet et sa femme, Rose Vinoy, Françoise Vinoy

(c) L. Bourdelas

 

Dès 1940, la Résistance s’est progressivement mise en place et organisée en Limousin et à Limoges ; on pourrait dire qu’elle avait commencé lorsque Léon Roche, député de la Haute-Vienne (Rochechouart), ne vota pas les pleins pouvoirs à Pétain. Dès le mois d’août, Alphonse Denis, membre du Parti Communiste, réunit les premiers volontaires au café de Bordeaux, boulevard Gambetta. Parmi eux, Charles Bach, franc-maçon, socialiste, fondateur d’une manufacture de confection. C’est dans une buvette de l’actuelle rue Emile de Girardin que Georges Guingouin aurait décidé de franchir le pas, avant de revenir à Saint-Gilles-des-Forêts pour constituer son réseau de maquisards. Des jeunes se regroupent aussi dans le quartier de la gare autour d’Henri Lagrange, dirigeant du P.C. clandestin à Limoges – celui-ci fut arrêté en janvier 1941 puis mourut en février 1943. Les cheminots résistants s’organisent. On commence à distribuer des tracts à travers la ville, on lacère les affiches de Vichy, on écoute Radio Londres – ainsi, rue du Pont Saint-Martial, « Chez Janicot », un bar tout droit sorti du XIXème siècle, avec sa devanture lie-de-vin à carreaux, son zinc, son plancher, ses tables et ses chaises. Dans l’arrière salle, un poste de radio. Mon père Jean-Marie, âgé d’une dizaine d’années, s’asseyait là en début de soirée, pour écouter Radio Londres avec les autres ; ce qui lui plaisait, c’était les messages codés énumérés par Franck Bauer. En 1941, le réseau Libération se met en place avec notamment Armand Dutreix, entrepreneur électricien à Limoges (fusillé en 1943 au mont Valérien), François Perrin, professeur d’anglais (fusillé en 1943 au mont Valérien), Valentin Lemoine, marchand de vins à Limoges (mort en déportation) et son fils Georges (tué à Saint-Sylvestre en 1944), Jean Gagnant, comptable (mort à Dachau), Gabrielle Sarre, Georges Dumas, socialiste, directeur des contributions à Limoges (fusillé en 1944), Henri Lafarge, fabricant de porcelaine, qui subtilise des armes. L’année suivante, les Groupes Francs du mouvement se constituent. Elève au lycée Gay-Lussac, Roland Dumas, fils de Georges, entre également en résistance. 1942 est l’année de la structuration. Combat est surtout constitué de chrétiens, parmi lesquels Martial Pradet, chef du service de renseignement des MUR (fusillé en 1944), Léon Rouberol, propriétaire d’une mercerie en gros rue d’Isly, chargé en particulier des faux papiers. Une des actions du groupe est la diffusion du journal Combat, dirigé par André Bollier –  au début de 1944, un million et demi d’exemplaires et des tracts clandestins sont diffusés dans l’ancienne zone non occupée. Dans la cité des Coutures, en contrebas de la gare, c’est le Front National (proche du P.C.) qui se développe, avec Francis Demay, Marie-Louise Lagrange ou Maria Roche. Le mouvement Franc-Tireur s’organise sous la direction D’Edgar-Eugène Lecomte-Chaulet, marchand de tissus place des Bancs, avec l’aide de son fils Robert-Jean. Parmi les membres du réseau, Arsène Bonneaud, professeur à l’Ecole de médecine de Limoges révoqué par Vichy (mort en déportation à Buchenwald), secondé par Maurice Rougerie, instituteur – père de René, lui-même résistant et futur célèbre éditeur de poésie. Pierre Lavaurs, entrepreneur, gère la réception du journal Franc-Tireur (2 000 exemplaires distribués en 1943). En octobre 1942, le Front National organise une manifestation contre le S.T.O. qui regroupe des milliers de manifestants, prévenus par les tracts imprimés par Etienne Rivet et ses amis. Au lycée Gay-Lussac, des élèves créent le réseau du 17ème barreau, qui regroupe une quarantaine de membres rédigeant et distribuant des tracts. Plusieurs sont déportés en 1943. Michel Kiener et Pascal Plas leur ont consacré un ouvrage en 2008. De 1938 à 1944, Joseph Storck, le proviseur, sauve de nombreux pensionnaires juifs en leur donnant de fausses identités fabriquées dans son imprimerie clandestine. Il les cache lors des perquisitions de la Gestapo et de la Milice ; il place les jeunes en danger dans des familles d’accueil. De son côté, l’abbé Robert Bengel, prêtre à Solignac, cache dans la campagne des enfants qui lui sont confiés par le Dr Lévy, médecin d’enfants à l’O.S.E de Limoges. Le 11 novembre, les Allemands franchissent la ligne de démarcation et la répression s’intensifie. En 1943, Combat, Libération et Franc-Tireur fusionnent au sein des M.U.R. La lutte s’organise, à Limoges et dans la région, avec notamment les maquisards de Georges Guingouin. Parmi les résistants : Thérèse Menot, qui travaille et agit à l’usine Gnome et Rhône ; dénoncée, elle est arrêtée en janvier 1944 et déportée à Ravensbrück ; Suzanne Rodi-Boyer et Lucien Berdasé, fonctionnaires à la mairie, qui fournirent fausses cartes d’identité, divers papiers officiels ou des cartes d’alimentation (Berdasé entre ensuite en clandestinité et passe à l’action militaire). Le 1er septembre 1943, c’est la parution du journal clandestin Valmy !, imprimé rue de la Mauvendière sous la direction d’Alphonse Denis, avec l’équipe d’Etienne Rivet. La Résistance-Fer se développe sous la direction de René Deville et effectue des sabotages de plus en plus nombreux. Les F.T.P. de Jean Sautour font sauter les pylônes électriques de l’usine Gnome et Rhône, route du Palais, spécialisée dans la construction de moteurs d’avion (à l’intérieur oeuvraient déjà des saboteurs). En 1944, les maquis sont présents, organisés et entraînés, actifs, partout en Haute-Vienne ou presque. Maurice Rousselier a pris le commandement des Forces Françaises de l’Intérieur de la Région 5, dont le Délégué Militaire Régional est Eugène Déchelette. Georges Guingouin est le commandant pour la Haute-Vienne. A Limoges même, la résistance agit, relayée par diverses personnes en de multiples lieux, privés, commerciaux (Marcel Vinoy imprimant par exemple de faux-papiers dans la cave de son magasin de vin place des Bancs) et administratifs. Parmi les résistants (dont plusieurs nommés ci-dessus), on compte de nombreux francs-maçons (dès l’automne 1940, le Temple de la rue des Coopérateurs avait été placé sous séquestre ; les travaux des Artistes réunis ne reprendront qu’en janvier 1945). Le poète Georges-Emmanuel Clancier participe à la résistance littéraire en contribuant à la revue Fontaines. Le futur maire de Limoges, Louis Longequeue, âgé de 30 ans, pharmacien aux Coutures, membre du parti socialiste clandestin, et de nombreux personnels infirmiers et médicaux ont  rejoint la Résistance. Les actions des maquis qui entourent la ville sont de plus en plus nombreuses et efficaces. La population accomplit aussi des actes de résistance en apparence anodins, mais qui révèle son état d’esprit : ainsi n’est-il pas rare que les spectateurs du « Ciné-Union » sifflent les actualités filmées qui servent la propagande allemande et vichyste.

31 Mar

Le rabbin Abraham Deutsch et la communauté juive pendant la guerre

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Le rabbin Abraham Deutsch, réfugié d’Alsace, âgé de 37 ans, fait de sa résidence à Limoges un centre de résistance. Tout laisse d’ailleurs à penser que la population limougeaude n’est guère gagnée par l’antisémitisme. Aux environs et après la grande guerre, quelques familles séfarades de Grèce et de Turquie s’étaient établies dans la ville ; avant guerre, la communauté était présidée par Léon Goetschel, fabricant de chapeaux rue du Clocher – en mai 2014 est sorti le documentaire (France 3 Limousin/Leitmotiv Production) que Pierre Goetschel a consacré à la mémoire de ses grands-parents à partir des objets familiaux et diverses archives. La Seconde Guerre vit affluer des centaines de familles d’Alsace et de réfugiés juifs d’autres régions. On trouva un local 18 rue Manigne (une ancienne imprimerie) qui servit d’abord de synagogue, puis pour les offices de la semaine et les cours du Talmud-Thora. Au printemps 1940 fut établie une seconde synagogue 5 rue Cruveilhier. Le rabbin – entouré de laïcs comme Henry Bloch, Julien Wolff, Jules Bollack, Edouard Bing – réussit l’ouverture, à Limoges, d’un petit séminaire, école secondaire du deuxième cycle, qui devait préparer ses élèves à l’école rabbinique, alors dans la banlieue de Clermont-Ferrand. Peu de ces élèves devinrent rabbins, mais parmi eux certains furent plus tard les leaders du judaïsme français comme éducateurs, universitaires et enseignants. Abraham Deutsch, secondé par son épouse Marguerite, essayait d’accueillir et d’aider ceux qui, alors nombreux, étaient en difficultés (y compris en participant au sauvetage des enfants avec l’O.S.E. et ses pouponnières clandestines, par exemple celle de Germaine May dans le quartier Varlin). En revenant d’un office à la synagogue – d’autres disent après un enterrement – Abraham Deutsch fut arrêté par la Gestapo, avec son ministre-officiant. Il fut libéré le lendemain et poursuivit sa tâche comme auparavant. Les choses étaient devenues très difficiles avec la grande rafle des Juifs étrangers en août 1942 – à Limoges, certains, prévenus par le rabbin mis au courant par le président de la Croix Rouge, purent se mettre à l’abri. Dans la région de Limoges, beaucoup furent néanmoins arrêtés, détenus au camp de Nexon avant d’être transférés à Drancy. Au moment de « l’aryanisation » des biens juifs, 200 entreprises furent recensées comme juives. Les choses devinrent encore plus dangereuses avec l’implantation de la kommandantur à partir du 11 novembre, secondée par les collaborateurs et les miliciens. En juin 1944, la milice vint arrêter le rabbin à son domicile et il fut interné dans un camp de la région jusque quelques jours avant la libération où le maquis vint délivrer les prisonniers. Il rentra en Alsace en 1945 et finit ses jours à Jérusalem.

Lire à Limoges 2017

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Si vous souhaitez que nous parlions de l’histoire de la ville, je serai à Lire à Limoges 2017 chaque après-midi vendredi 31 mars (Page et plume), samedi et dimanche (France Bleu Limousin).

Je vous attends avec plaisir…

22 Mar

Limoges pendant la Seconde Guerre mondiale, 2

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Jean Filliol Le Populaire, organe du Parti socialiste (SFIO), n° 5448, 14 janvier 1938.

En novembre 1942, les Allemands entrent à Limoges et installent la Kommandantur place Jourdan, la gestapo investit une villa à l’angle de l’impasse Tivoli et du cours Gay-Lussac (parmi ses séïdes, une quinzaine de Français). L’Ordrugs Polizei s’installe rue Montalembert. Les Etats-Majors et services investissent le Central Hôtel, l’Hôtel Moderne, l’Hôtel de Bordeaux. La répression s’intensifie, le Service du Travail Obligatoire est mis en place, les pénuries s’accroissent – impression de désolation accentuée par un hiver très rude. Face aux importantes restrictions alimentaires, la presse a donné depuis longtemps des recettes pour utiliser les déchets : feuilles vertes des choux, feuilles de salsifis, de betteraves ou de radis, etc. Les habitants font la queue devant les boutiques lorsqu’un arrivage est annoncé, ils économisent tout ce qu’ils peuvent : vêtements, crayons, papier. Dans les cours et les jardins, on élève des poulets ou des lapins, on cultive un potager. Ceux qui peuvent partent en tramway ou à vélo s’approvisionner à la campagne. Les véhicules fonctionnent surtout au gazogène, des voitures à cheval circulent à travers la ville.

Le dimanche 28 février 1943 a lieu à Limoges l’assemblée constitutive de la Milice, pour la Haute-Vienne et les parties non occupées de la Charente et de la Vienne. Les formations des miliciens se regroupent place de la Cathédrale puis gagnent le cirque-théâtre où le public est nombreux. En guise de décor, un immense portrait du fondateur Joseph Darnand et une banderole : « Contre le communisme, la Milice ». Les miliciens chantent leur hymne et même La Marseillaise ; ils défilent ensuite au square de la Poste puis les autorités et personnalités se retrouvent dans le hall des jardins de l’Evêché pour partager le déjeuner des miliciens. Parmi ceux qui sont favorables au mouvement, le médecin Verger, dont le fils s’engagea dans la Milice, et dont la femme tenait des propos extrêmes – la rumeur locale lui prêtait même le désir d’un « sac à main en peau de maquisard ». En 1944, Jean de Vaugelas est à la tête du mouvement dans la région (mais il a aussi autorité sur la Garde mobile, les G.M.R. et la gendarmerie). Avec lui, Jean Filliol, cofondateur de La Cagoule, est chargé de la Franc-garde et du renseignement. Il a investi, avec ses séïdes, le Petit Séminaire, près de l’Hôtel de Ville : les tortionnaires opèrent au deuxième étage du bâtiment B, chambre 19. Entre deux beuveries, avec acharnement, ils cravachent, frappent à coups de gourdins, de matraques, de nerfs de bœuf, brûlent à la cigarette, lardent de coups de couteau. Parmi les victimes, un Juif meurt défenestré, le résistant Louis Cacaly succombe à une hémorragie interne, des femmes sont violées. On fusille des résistants dans la cour de la prison, place du Champ de Foire. A la fin de la guerre, la Milice s’installe au Petit Quartier du lycée Gay-Lussac. Dans la biographie qu’il a consacrée à l’écrivain limousin Robert (Bob) Giraud, auteur du célèbre Le vin des rues, Olivier Bailly a raconté comment celui-ci, âgé de 23 ans, maquisard, est arrêté en juin 1944 par un ancien camarade du lycée, milicien, et envoyé au Petit Séminaire où il est torturé. Il croise là et réconforte André Schwarz-Bart (futur Prix Goncourt 1959), adolescent résistant lui aussi torturé. Les prisonniers sont sauvés d’une mort certaine par la libération de la ville.

A suivre…

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