22 Mar

Limoges pendant la Seconde Guerre mondiale, 2

Description de l'image Filiol, Jean Paul Robert.jpg.

Jean Filliol Le Populaire, organe du Parti socialiste (SFIO), n° 5448, 14 janvier 1938.

En novembre 1942, les Allemands entrent à Limoges et installent la Kommandantur place Jourdan, la gestapo investit une villa à l’angle de l’impasse Tivoli et du cours Gay-Lussac (parmi ses séïdes, une quinzaine de Français). L’Ordrugs Polizei s’installe rue Montalembert. Les Etats-Majors et services investissent le Central Hôtel, l’Hôtel Moderne, l’Hôtel de Bordeaux. La répression s’intensifie, le Service du Travail Obligatoire est mis en place, les pénuries s’accroissent – impression de désolation accentuée par un hiver très rude. Face aux importantes restrictions alimentaires, la presse a donné depuis longtemps des recettes pour utiliser les déchets : feuilles vertes des choux, feuilles de salsifis, de betteraves ou de radis, etc. Les habitants font la queue devant les boutiques lorsqu’un arrivage est annoncé, ils économisent tout ce qu’ils peuvent : vêtements, crayons, papier. Dans les cours et les jardins, on élève des poulets ou des lapins, on cultive un potager. Ceux qui peuvent partent en tramway ou à vélo s’approvisionner à la campagne. Les véhicules fonctionnent surtout au gazogène, des voitures à cheval circulent à travers la ville.

Le dimanche 28 février 1943 a lieu à Limoges l’assemblée constitutive de la Milice, pour la Haute-Vienne et les parties non occupées de la Charente et de la Vienne. Les formations des miliciens se regroupent place de la Cathédrale puis gagnent le cirque-théâtre où le public est nombreux. En guise de décor, un immense portrait du fondateur Joseph Darnand et une banderole : « Contre le communisme, la Milice ». Les miliciens chantent leur hymne et même La Marseillaise ; ils défilent ensuite au square de la Poste puis les autorités et personnalités se retrouvent dans le hall des jardins de l’Evêché pour partager le déjeuner des miliciens. Parmi ceux qui sont favorables au mouvement, le médecin Verger, dont le fils s’engagea dans la Milice, et dont la femme tenait des propos extrêmes – la rumeur locale lui prêtait même le désir d’un « sac à main en peau de maquisard ». En 1944, Jean de Vaugelas est à la tête du mouvement dans la région (mais il a aussi autorité sur la Garde mobile, les G.M.R. et la gendarmerie). Avec lui, Jean Filliol, cofondateur de La Cagoule, est chargé de la Franc-garde et du renseignement. Il a investi, avec ses séïdes, le Petit Séminaire, près de l’Hôtel de Ville : les tortionnaires opèrent au deuxième étage du bâtiment B, chambre 19. Entre deux beuveries, avec acharnement, ils cravachent, frappent à coups de gourdins, de matraques, de nerfs de bœuf, brûlent à la cigarette, lardent de coups de couteau. Parmi les victimes, un Juif meurt défenestré, le résistant Louis Cacaly succombe à une hémorragie interne, des femmes sont violées. On fusille des résistants dans la cour de la prison, place du Champ de Foire. A la fin de la guerre, la Milice s’installe au Petit Quartier du lycée Gay-Lussac. Dans la biographie qu’il a consacrée à l’écrivain limousin Robert (Bob) Giraud, auteur du célèbre Le vin des rues, Olivier Bailly a raconté comment celui-ci, âgé de 23 ans, maquisard, est arrêté en juin 1944 par un ancien camarade du lycée, milicien, et envoyé au Petit Séminaire où il est torturé. Il croise là et réconforte André Schwarz-Bart (futur Prix Goncourt 1959), adolescent résistant lui aussi torturé. Les prisonniers sont sauvés d’une mort certaine par la libération de la ville.

A suivre…

12 Mar

Quand l’écrivain Pierre Bergounioux se souvient de son passage en hypokhâgne au lycée Gay-Lussac

contributor_10008_195x320

Editions Gallimard

« Rien n’a plus compté dans mon existence que le passage par Gay-Lussac. Jusqu’au printemps de l’année du bac, j’envisageais de devenir instituteur dans la campagne voisine. C’est à quoi tout me poussait, l’isolement, l’arriération, l’indigence de la Corrèze natale. A quelques semaines de l’examen, mon professeur de lettres a rendu visite à mes parents pour les presser de m’inscrire en hypokhâgne, à Limoges. Je n’avais pas dix-sept ans. Je ne croyais pas avoir mon mot à dire et me suis rangé, la mort dans l’âme, au décret des adultes.

    Gay-Lussac fut, l’espace d’une quinzaine, la négation de la vie champêtre, rétrograde, rêveuse que j’aurais menée sous le béret noir et la blouse grise légendaires des maîtres d’école. Je porte la blouse grise, mais c’est celle des internes en classe préparatoire. Et puis je m’avise très vite, au contact de mes petits condisciples, de l’ignorance morne à laquelle le désert vert dont je sors, réduit ses occupants. J’ai franchi, à mon insu, les seuils géographique, démographique, donc social, scolaire qui sépare une métropole de cent mille habitants des chétives sous-préfectures de l’arrière-pays rural, Tulle, Guéret. Après les cours, dont la teneur a changé, plus élaborée, plus exigeante, je parle librement avec de délurés compatriotes, au fond de la grande cour fermée, dans les réduits, sous les combles. Ils vont se charger de m’édifier. C’est là, grâce à eux, que j’ai accédé à l’univers second, merveilleux, de la culture lettrée. Mieux, que j’ai reçu les premiers éléments d’une conscience politique dont rien n’a plus modifié les contours ni l’orientation.

    Le régime auquel nous étions soumis, en 1967, restait celui, spartiate, carcéral, des lycées du Premier Empire. Mais – me croira-t-on?-, dès l’instant où m’est révélée la rayonnante perspective de la connaissance approchée, savante, les grandes salles austères, le triste réfectoire, l’immense dortoir, les sonores et froids corridors changent de signe. Ils deviennent le cadre nécessaire, heureux, bienfaisant où travailler sans relâche ni cesse à dépouiller l’âme ombreuse, anachronique que m’avait faite la vieille Corrèze pour devenir, s’il se peut, le contemporain de mon âge, être au monde, en conscience, vivre au présent.

    Parce que les gens du Ministère de l’Education, rue de Grenelle, à Paris, nous tiennent toujours pour une ethnie grossière, disgraciée, inégale aux vertus et capacités nationales – des « escholiers limozins »-, il n’y a pas de khâgne, à Limoges. C’est un maître d’internat dont le nom me reste, M. Berthelemot, qui nous en parle, un soir de juin, dans la salle d’eau. Le lendemain, à la première heure, je frappe à la porte du bureau du proviseur. On me donne un dossier d’inscription. La rentrée suivante me trouvera à Bordeaux.

    Mais tout ce qui a pu m’arriver, par la suite, se déduit des dix mois passés à Gay-Lussac. Je n’ai plus rien fait que transférer, si loin que mes pas m’aient conduit, les habitudes contractées, une bonne fois pour toutes, entre ses quatre murs. Si quelque chose m’amuse et m’effraie, les deux, c’est de voir le vieux monsieur que je suis devenu obéir aveuglément à l’injonction qu’un adolescent lui adresse, de Limoges, du fond du temps. »

 

(c) L. Bourdelas, Histoire de Limoges, Geste Editions, 2014.

 

05 Mar

Limoges pendant la Seconde Guerre mondiale (1)

03-B - Occupation - Denis-Dussoubs (pl) 01-2 - blockhaus (photo Lascaux) - Photothèque Paul Colma

Blockhaus pendant l’Occupation, place Denis Dussoubs

(c) P. Colmar et Histoire de Limoges, Geste Editions, 2014

Le 3 septembre 1939, c’est la déclaration de guerre au IIIème Reich. Ceux qui sont mobilisés le sont sans joie – le souvenir de 14-18 hante encore les mémoires. La « drôle de guerre » commence. Progressivement, les réfugiés d’Alsace et de Lorraine arrivent à Limoges, le plan d’évacuation des régions frontalières le prévoyant depuis avant le conflit. A Brachaud, quatre canons de 75 sont installés pour assurer une éventuelle défense anti-aérienne. Rue Jules Noriac, on prévoit la distribution de masques à gaz, qui n’a finalement pas lieu. On attend.

Et puis, le 10 mai 1940, c’est l’attaque allemande, la percée du front, L’étrange Défaite, pour reprendre la célèbre expression de Marc Bloch. Des prisonniers originaires de Limoges sont envoyés en Allemagne, pour travailler dans les usines et les champs. Les réfugiés belges, hollandais, français venus du Nord, de Picardie, affluent. La population de Limoges double, ce qui ne va pas sans créer des problèmes et des tensions : on s’installe comme on peut, où l’on peut : square des Emailleurs, certains vivent dans leurs voitures, ailleurs, on couche sous tente ou à la belle étoile. Le 31 mai, sous un chaleureux soleil, Léon Betoulle, le maire, accueille à l’Hôtel de Ville les ministres et parlementaires belges qui fustigent (dans la salle des mariages) la capitulation du roi Léopold III. Ceux-ci – qui étaient environ 170 – se sont retrouvés là, avec femmes, enfants et divers assistants, après bien des vicissitudes ; on leur a concédé des bureaux à la mairie, des locaux dans un casino désaffecté, le président du Sénat occupe à la Préfecture la chambre réservée au Président de la République. On a pavoisé l’Hôtel de Ville avec les drapeaux français et belges. Le 19 juin, trois avions allemands larguent des bombes sur et autour de la gare : trois personnes sont blessées dans la cité des Coutures ; sur un quai de la gare, un sous-officier est tué, d’autres victimes blessées. Le 22, c’est la signature de l’armistice entre l’Allemagne et la France, selon la volonté de Philippe Pétain. Le 25, une cérémonie est organisée à Limoges : à 11 heures, les autorités déposent une gerbe au monument aux morts de 1914-18 encore situé square de la Poste. Le clairon sonne Aux morts. Une délégation de Belges réfugiés est présente, la foule nombreuse. Le 10 juillet, l’Assemblée Nationale (Chambre des députés et Sénat) attribue les pleins pouvoirs constituants au maréchal Philippe Pétain. La nouvelle constitution devant « garantir les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie. » 649 suffrages sont exprimés, dont 80 contre – parmi eux, les corréziens Jean-Alexis Jaubert (Parti radical), François Labrousse (Gauche démocratique), le Haut-Viennois Léon Roche (S.F.I.O.). Léon Betoulle (S.F.I.O.) vote pour, comme d’autres parlementaires limousins et parmi 90 de la S.F.I.O. Beaucoup accueillent l’appel à Pétain – dont les portraits et affiches ornent bientôt la ville – puis l’armistice du 22 juin comme un soulagement, d’autant plus que Limoges se situe dans la zone non occupée par les Allemands. Mais en mars 1941, Vichy substitue à Betoulle le candidat de droite aux municipales d’avant-guerre : André Faure. En visite dans la ville les 19 et 20 juin 1941, le vieux maréchal reçoit un accueil en apparence triomphal de la population, comme le montrent les films tournés à cette occasion, où l’on voit les Limougeauds massés tout au long du parcours (on avait amené par bus des habitants de toute la Haute-Vienne, et les scolaires n’avaient pas le choix…). La propagande peut alors s’en donner à cœur joie, comme dans Le Courrier du Centre du 18 juin (Le Populaire a cessé de paraître), qui affiche un portrait du Chef de l’Etat accompagné d’un « Vive Pétain », et affirme que « La France a enfin un homme à aimer ». Georges Jubin évoque le « miracle Pétain », R. Maroger précise que la corporation des bouchers remettra les clefs de la ville au maréchal, et appelle la population à venir nombreuse : « Que vos clameurs lui montrent que Limoges et le département aspirent à prendre largement et loyalement leur place dans l’organisation de la France nouvelle. » Le programme est annoncé, comprenant les visites des usines Haviland (porcelaine) et Heyraud (chaussures), les associations de jeunesse et professionnelles se mobilisent, les enfants des écoles répètent leurs chansons de bienvenue. Le voyage semble être une réussite. L’avenue qui mène du Champ de Juillet à la place Denis-Dussoubs porte le nom de Maréchal-Pétain. En octobre 1942, c’est l’amiral François Darland qui visite la ville : une foule nombreuse assiste à la prise d’armes au champ de Juillet, tout comme à son arrivée à l’hôtel de ville – mais les commentaires privés, parfois défavorables, vont bon train. Les premiers convois de prisonniers rapatriés commencent à arriver gare des Bénédictins. En 1942 a également été inaugurée, place Fournier, la statue de Jeanne d’Arc, œuvre du royaliste d’Action Française Maxime Real Del Sarte, Grand Prix national des Beaux-Arts en 1921.

Limoges accueille dès l’été 1940 trois quotidiens parisiens : Le Journal et L’Action Française – sur le départ pour Lyon – et La Croix. Ce dernier est de fait dirigé par Alfred Michelin, qui a noué des liens amicaux avec Georges Ardant, le vicaire général de l’évêque Rastouil. Du 15 juillet 1940 au 20 juin 1944, l’imprimerie Charles Lavauzelle permet la parution du journal. Une cinquantaine d’employés sont venus s’installer dans la ville avec leurs familles. La rédaction est installée 3 place de l’Ancienne-Comédie. Il faut souvent jouer avec la censure, exercée à Limoges par Marcel Pays, ancien journaliste du quotidien Excelsior, et remédier à la pénurie de papier. Le 17 janvier 1941, le Ministère de l’Intérieur  supprime Le Populaire du Centre – qui ne renaîtra que le 7 septembre 1944 – et le 7 février, apparaît L’Appel du Centre, favorable au régime, dirigé par Jean Clavaud.

A suivre …

20 Fév

Limoges et la « Grande guerre » (1914-18)

02-D - Hôpitaux 02-1 - hôpital n° 2 - lycée Gay-Lussac - salle d'opération (02.01.1915) - Phototh

Hôpital militaire au lycée Gay-Lussac, Limoges

(c) Paul Colmar et L. Bourdelas, Histoire de Limoges, Geste Editions, 2014

02 A - 63e RI - départ 01-1 A - drapeau et garde - Champ-de-Juillet (05.08.1914) Photothèque Paul

Départ du 63ème R.I., Champ de Juillet, août 1914

(c) Paul Colmar et L. Bourdelas, Histoire de Limoges, Geste Editions, 2014

A la veille de la Grande Guerre, Limoges compte 93 000 habitants. Le 1er août 1914, dans une chaleur étouffante, ceux qui sont en âge de partir au combat sont mobilisés. La majorité de la population semble acquise à l’idée du conflit, une position confortée par l’Union sacrée. Le maire de Limoges, Léon Betoulle déclare : « Une seule chose importe maintenant : défendre le sol national, sauvegarder la République. Nous verrons ensuite.» Ceux qui partent au combat sont acclamés à la gare. Un passant ayant crié « A bas la guerre » est passé à tabac par la foule. Le Populaire se met à publier la liste des tués et blessés socialistes. Néanmoins, le 31 juillet, Jean Jaurès a été assassiné. Le 6 août, dans Le Populaire du Centre, Paul Faure écrit qu’il faut maudire la guerre, « de toutes nos douleurs et de toutes nos larmes de demain. » Il rédige bientôt des articles hostiles à la guerre sous le pseudonyme de Pax. Sous son influence, la fédération S.F.I.O. de la Haute-Vienne est gagnée par les idées pacifistes, défendues aussi par le député Adrien Pressemane. Le 1er mai 1916, le petit-fils de Karl Marx, Jean Longuet, assure à Paris la direction d’un journal imprimé à Limoges, le Populaire-Revue, où s’exprime cette tendance. Par la suite, certains limougeauds demeurent sensibles à ces idées, lors des grèves de 1917, de la conférence de Stockholm – dont les parlementaires Parvy, Betoulle, Pressemane et Valière rendent compte devant 5 000 personnes – ou encore des manifestations de permissionnaires.

Le XIIème corps d’armée (45 000 hommes), qui comprend notamment les trois départements limousins, est placé sous le commandement du général Roques, en garnison à Limoges. On y trouve le 63ème régiment d’infanterie de Limoges, deux bataillons du 78ème également dans la capitale régionale, le 20ème dragons et le 21ème chasseurs à cheval. Le XIIème corps d’armée est envoyé dans la Marne, non loin de Verdun, pour percer le front allemand, ce qu’il ne peut faire, subissant de lourdes pertes. Les régiments limousins combattent à Verdun, dans la Somme, en Champagne, au Chemin des Dames, en Italie. Ils sont mis à dure épreuve, avec leurs tués, blessés, gazés, disparus – parfois ensevelis par une explosion sans qu’on les retrouve ou que leurs camarades ont juste le temps de sauver, comme le ponticaud Emile Bourdelas. Pour le Limousin, la différence entre les recensements de 1911 et 1921 est de – 108 537 personnes. 40 000 soldats sont morts pour la France. Beaucoup sont aussi devenus des « gueules cassées ». A l’automne 1918, la pandémie de la grippe espagnole frappe aussi la population limousine et donc limougeaude.

A la fin août 1914, Joseph Joffre prend la décision de sanctionner environ 150 officiers ayant été jugés inefficaces. Parmi ceux-ci, quelques-uns sont envoyés à Limoges. Dans ses souvenirs parus en 1937, Adolphe de Messimy, ministre de la guerre en 1914, a revendiqué l’invention du limogeage : « … Le général Michel, pour la deuxième fois « limogé » – le mot n’existait pas encore, puisque c’est moi qui en ait enrichi la langue française… ». Il poursuit : « Il fallait aviser à ne pas laisser se créer, dans la capitale, un centre d’intrigues contre le chef de nos armées. Guillaumat, d’après mes ordres, leur enjoignit de quitter Paris (…) Il me fallait opter : Limoges fut choisi. Cette belle ville du Sud-Ouest a dû à ce choix non seulement un supplément passager de garnison, mais une célébrité qui a survécu à la guerre : le verbe « limoger » est entré définitivement dans le vocabulaire français. » C’était là un moindre mal pour les exilés, puisque Messimy avait proposé la peine capitale à Joffre pour les officiers en question.

La ville s’organise pour accueillir les blessés ; en Haute-Vienne, on compte 65 hôpitaux à la fin de la guerre. On réquisitionne divers bâtiments, casernes (3 000 à 4 000 lits), établissements d’enseignement et même le musée de l’Evêché. L’usine de porcelaine Haviland du Mas-Loubier, des maisons religieuses, se transforment en centres de soins. On opère au lycée Gay-Lussac. Aux côtés des médecins, chirurgiens, étudiants, des infirmières religieuses ou de la Croix Rouge se dévouent pour soigner et réconforter.

Limoges a vu partir ses enfants vers le front. Elle voit parfois arriver des convois de prisonniers allemands, comme celui photographié par Jean Jové (photographe catalan installé dans la ville) en 1914 : il pleut, les hommes en uniformes passent au milieu des limougeauds massés là pour les observer, sous de sombres parapluies. De même voit-elle passer les troupes coloniales en route vers le front, comme ces Indiens voyageant en train de Marseille à Saint-Omer, à qui la population offre en gare des boissons et de la nourriture. Certains blessés des hôpitaux appartiennent d’ailleurs aussi bien aux troupes françaises, des colonies (Afrique Noire et Maghreb, Indochine), ou allemandes. Des habitants de la ville découvrent ainsi d’autres couleurs de peau, physionomies et cultures. En particulier, peut-être, les Américains qui s’y installent de la fin de 1917 à mai 1919, après l’entrée en guerre des Etats-Unis. Si l’Etat-Major s’installe près d’Aixe-sur-Vienne, le nouveau séminaire en construction rue Eugène-Varlin accueille une partie du service de santé américain, ce qui permet l’achèvement rapide de sa toiture ; les Haviland étant d’origine américaine, ils mettent à disposition un espace qui compte 510 lits dans leur usine ; dans le quartier Montjovis, un camp de baraques dépend du 28ème hôpital principal des services de santé américain ; un centre de loisirs s’installe au cinéma-théâtre de la rue Croix-Mandonnaud ; des locaux sont mis par la Ville à disposition pour la Coopérative militaire américaine. D’ailleurs, les Editions Ducourtieux impriment un guide en anglais, avec un drapeau américain sur la couverture, où fleurissent les publicités pour séduire les Sammies. Des histoires d’amour ou d’amitié voient le jour. Le 4 juillet 1918, on organise des jeux et un concert. Lorsque la population limougeaude fête l’armistice, elle défile à travers la ville et passe devant les hôpitaux américains pour faire part aux blessés qui les regardent aux fenêtres de leur reconnaissance.

La guerre affecte l’industrie de la porcelaine qui tourne au ralenti, la clientèle française et étrangère se faisant plus rare, les transports étant désorganisés. Dès 1914, l’entreprise du très patriote Alfred Lanternier – bientôt imitée par d’autres fabriques – se met à produire des têtes de poupées au regard bleu alors qu’avant le conflit, elles étaient toutes allemandes. Les moules sont adaptés à la main-d’œuvre féminine, qui a pris de l’importance après le départ des hommes. La fabrication dura surtout jusqu’au milieu des années 30, parfois 70. Les usines de porcelaine fabriquent aussi des objets patriotiques : ainsi Haviland réalise-t-elle des assiettes où l’on voit un poilu ou un blessé. Lanternier produit une statuette de Clémenceau. La manufacture Jules Teissonnière réalise des couronnes mortuaires en porcelaine. L’industrie, comme partout dans le pays, s’oriente vers la production de guerre : métallurgie avec la confection d’obus, draps pour les uniformes, chaussure avec les commandes de brodequins pour l’armée – ce qui va permettre l’accumulation de capitaux profitables par la suite, la chaussure connaissant son apogée à Limoges dans les années 20.

Suite à l’armistice du 11 novembre 1918, la liesse gagne progressivement la population limougeaude, même si beaucoup déplorent la perte ou les blessures d’un proche. Le 17, Cecilio Charreire, l’organiste de Saint-Pierre-du-Queyroix, interprète La Marseillaise sur les grands jeux de l’orgue, après la messe. Le 14 juillet 1919 revêt une solennité particulière. Par la suite, des cérémonies sont organisées pour accueillir le retour des troupes. Ainsi le 17 août 1919, défilent-elles en passant sous un arc de triomphe de verdure. Des jeunes filles en barbichet leur jettent des fleurs. Ils passent ensuite au Champ de foire puis poursuivent jusqu’à l’hôtel de ville où les attendent les gueules cassées, les veuves et les orphelins. Le mois suivant, la foule se presse à nouveau pour saluer le retour du 63ème régiment d’infanterie.

En 1925, le conseil municipal décide d’apporter son soutien à un comité constitué afin “d’ériger un monument qui serait non pas une commémoration des souffrances de la guerre, mais un monument à la gloire de la paix”. Ainsi est-il inscrit : « Aux enfants de Limoges morts pour la France et la paix du monde ». La liste des victimes n’apparaît pas. Une femme figure la Paix tandis qu’un dragon terrassé représente la Guerre ; la femme à genoux personnifie la Douleur. De chaque côté, un ouvrier de la porcelaine et un de la chaussure, représentés au travail, rappellent les principales activités de la ville. En 1931, le monument qui a coûté 188 000 francs est inauguré square de la Poste, où il est bien mis en valeur, avant d’être transféré en 1963 place Jourdan. L’architecte en est Henri Vergnolle, le sculpteur André Augustin Sallé. Au lycée Gay-Lussac, face à l’entrée principale, un monument aux morts de diverses guerres rend hommage aux personnels et élèves disparus. Ceux de la guerre de 14-18 sont environ 220. Un bas-relief est réalisé en 1921 : la victoire ailée couronne les orphelins et les veuves, ainsi que le poilu couché. Deux plaques avec les noms l’entourent. Chaque mois de novembre – toujours aujourd’hui – le lycée (représenté par des élèves de classes préparatoires) et l’association des anciens élèves, rendent hommage aux morts lors d’une cérémonie avec dépôt de gerbes.

05 Fév

1870: la guerre oubliée

8330_image_31

Le 18 juillet 1870 éclate la guerre franco-prussienne, dite « guerre de 1870 », qui oppose le Second Empire français au royaume de Prusse et ses alliés. Le conflit, qui dure du 19 juillet 1870 au 29 janvier 1871, et dont les origines sont multiples, marque le point culminant de la tension entre les deux puissances, résultant de la volonté prussienne d’unifier l’Allemagne. Il se termine par une défaite française qui entraîna la chute du Second Empire français et de Napoléon III ainsi que la perte du territoire français de l’« Alsace-Moselle » (appelée parfois Alsace-Lorraine).

Le Limousin et Limoges prennent part à la guerre : un bataillon entier de la garde mobile est constitué dans la ville sous la direction du capitaine Duval. Les engagements volontaires se multiplient, comme celui de M. Etienne, alors âgé de 67 ans ou de Louis Dutour, qui avait 17 ans. Le 23 septembre, les soldats du 71ème Mobiles partent au combat avec seulement 102 cartouches par homme pour tout le conflit, les autres accessoires de la vie des camps lui arrivant peu à peu, tout au long de la campagne. Lorsque le 10ème régiment de Dragons quitte Limoges par le train au petit matin, des habitants nombreux viennent l’encourager. On chante La Marseillaise, on crie : « Vive l’armée ! Vive Limoges ! Vive la France ! Au revoir ! ».

Dans un livre publié en 1897 pour rendre hommage aux soldats, le comte de Couronnel, ancien capitaine, a raconté en détail la tragique épopée. Il indique par exemple qu’aucune carte du département dans lequel le 71ème Mobiles devait opérer n’avait été mis à la disposition des combattants. Il précise que tout manque : les vivres, les ustensiles, les couvertures, les sacs à dos, les chaussures aux bonnes pointures, l’expérience des soldats qui font « partir leurs armes en voulant les charger. » Celles-ci sont d’ailleurs de piètre qualité, d’anciens modèles. Voulant se procurer du bois pour réchauffer la troupe, un homme fait une chute mortelle en tombant d’un arbre. Les bataillons stationnent sans abri plusieurs heures sous la pluie et dans la boue. Ils se couchent parfois sans rien manger. Les ordres reçus par les capitaines sont imprécis. Le 2 décembre, dans un froid glacial, après une nuit passée à faire brûler tout le bois disponible et à marcher pour se donner un peu de chaleur, le 71ème Mobiles est engagé dans la bataille de Loigny (il a été complété par un petit contingent arrivé la veille de Limoges). Pour parvenir au contact de l’ennemi, il faut progresser en ligne de bataille, à travers les champs et les chemins bordés de fossés ; certains s’égarent. Malgré l’enthousiasme initial des Limousins, l’artillerie adverse fait bientôt de gros dégâts, les canons français étant démontés, la plupart des chevaux sont tués ou blessés. « L’impression d’un combat d’artillerie est toujours profonde sur de jeunes troupes, autant à cause du vacarme que des blessures horribles qui en sont la conséquence », remarque le comte de Couronnel. « Nous restions sous une pluie d’obus telle que nos vieux troupiers disaient n’en avoir jamais vu de pareille. » Le lendemain, ce qui reste du bataillon se replie en direction d’Orléans, où des ordres contradictoires sont donnés ; malgré des combats sporadiques, l’armée est en pleine retraite. « La route qu’il nous fallut prendre (…) était encombrée de caissons et de cavaliers de toutes armes (…) Nous étions tous exténués. » Le bataillon est accroché par l’ennemi qui lui envoie une volée d’obus – des victimes tombent à nouveau. La neige vient, les hommes vont nu-pieds en raison de la mauvaise qualité de leurs chaussures, leurs vêtements en lambeaux, ils sont blessés, fatigués. Ils ont faim. Pourtant, il faut repartir vers Chambord d’où les soldats sont chassés par les Prussiens, puis se réfugier à la gare de Salbris, où passent sans interruption des voitures, des fuyards et des blessés. Le 11 décembre, un millier d’hommes environ restant du 71ème Mobiles est dirigé vers Limoges, le voyage en train durant deux jours et deux nuits. Le séjour au chef-lieu du département dure près de trois semaines pendant lesquelles arrivent les blessés transportables ainsi que des soldats ayant pris des chemins différents. Les nouveaux mobilisés sont quant à eux cantonnés au Champ de foire dans un froid toujours exceptionnel qui cause la mort de certains d’entre eux. Le 71ème Mobiles est installé dans une brasserie du faubourg Saint-Martial, puis dans la caserne des Vétérans et au manège de la cavalerie. Le 31 décembre, il est renvoyé vers le Mans où certains contractent la petite vérole. Il faut à nouveau progresser dans la neige, alterner marches et retraites, se contenter pour manger de graisse étalée sur des tranches de pain, jusqu’au 29 janvier où les hommes apprennent l’armistice à Laval avant de regagner enfin leurs foyers. Une ambulance avait suivi les combattants, sous la direction de M. Raymondand, alimentée en dons divers, concentrés à la préfecture, sous la présidence de Mme Vandenmarcq. L’ambulance fut prisonnière des Prussiens, ses fourgons pillés. Certains soldats furent prisonniers des Allemands, parmi eux quelques-uns parvenant à s’échapper, comme le commandant Champcommunal, blessé à la poitrine, qui revêtit un costume de prêtre pour l’occasion.

Camille Leymarie a souligné combien les Limougeauds avaient été solidaires des soldats, les soignant, leur envoyant même des bonnets tricotés ou des chaussettes : « Je pourrais citer les noms de quelques femmes mortes de la variole contactée en donnant des secours à de malheureux soldats frappés par la terrible maladie. » Des centres de soins furent installés à Limoges, en particulier par la Loge maçonnique des Artistes Réunis : 44 lits rue Gaignolle, sous la direction du docteur Mandon, une infirmerie à la gare pour les premiers soins. Diverses souscriptions furent ouvertes durant la guerre au profit des soldats mobilisés, des prisonniers et de l’ambulance, une loterie dotée par les industriels et commerçants de la ville pour offrir des mitrailleuses, des dons furent faits pour acheter une épée d’honneur au maréchal de Mac-Mahon. Au total, ce sont environ 40 000 souscripteurs qui se manifestèrent à ces diverses occasions – les dons en nature étant très nombreux.

Parmi les morts du Limousin, on compte 79 Limougeauds. En 1892, un comité se constitue pour honorer les deux bataillons du 71ème Mobiles de la Haute-Vienne morts pour la défense de la patrie. Au mois d’avril, une souscription (laborieuse) est ouverte sous le patronage des autorités publiques, relayée par les instituteurs. En août 1899, c’est la mise en place des sculptures en bronze d’Adolphe Thabard, à l’angle de la place Jourdan et de l’avenue de la Gare, et le 1er octobre, l’inauguration en présence des ministres socialistes Alexandre Millerrand, ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et télégraphes et de Baudin, ministre des Travaux publics, invités par le maire radical-socialiste Emile Labussière, ce qui ne plut pas aux conservateurs. Une figure féminine rappelant Marianne personnifie la Haute-Vienne, avec ses sabots et sa coiffe (barbichet), entraînant les soldats au combat dans un mouvement très dynamique. A ses pieds, le blason de Limoges. On peut lire sur le piédestal : « A la mémoire des enfants de la Haute-Vienne morts pour la défense de la patrie en 1870-1871 ». Au lycée Gay-Lussac, une plaque de marbre noire où sont gravés en lettres d’or les noms des anciens élèves morts pour la France, encastrée dans un monument mettant en parallèle les études au lycée et la mort violente sur le champ de bataille, est réalisée par Gardien et Champrenet, d’après des dessins d’Alfred Charles, directeur de l’Ecole municipale de Limoges. L’ancien aumônier du lycée, l’abbé Rousier, qui connaissait les disparus, célèbre la messe d’inauguration dans la chapelle décorée pour la circonstance, en présence des anciens et actuels élèves et des familles des disparus.

27 Jan

Mais où est donc passée la rue Gustave Goetschel à Limoges ?!

Nouvelle note

Nouvelle note(1)

En 2014, j’avais assisté, au Théâtre de L’Union à Limoges, à la projection d’un documentaire exceptionnel :  « L’héritage retrouvé » de Pierre Goetschel co-produit par Leitmotiv Production et France 3 Limousin.

À partir des quelques objets et documents rassemblés dans deux boîtes d’archives, le réalisateur part sur les traces de Fernande et Gustave Goetschel, installés à Limoges parmi les juifs français et étrangers, les grand-parents qu’il n’a pas connus. À travers les lieux, les documents et les derniers témoins retrouvés, cette enquête retrace le destin singulier de ce couple de Juifs originaires d’Alsace. Retissant les fils d’une mémoire dont il interroge les empreintes autant que les silences, Pierre Goetschel faire résonner leur existence brisée par la Shoah dans un dialogue entre mémoire intime et histoire collective.

heritage

Pierre Goetschel raconte l’histoire de Fernande et Gustave, sa grand-mère et son grand-père, arrêtés à Lyon, prisonniers à Montluc et déportés à Auschwitz. Dans le sillage d’Yvan Jablonka parti à la recherche des grand-parents qu’il n’a pas connus, Pierre Goetschel propose de retracer le fil de l’histoire de ses grands-parents pendant la Seconde Guerre mondiale, à partir des archives familiales que son père lui a remises. Le film met en scène cette enquête qui permet de découvrir des lieux, des personnages et le fil d’une mémoire familiale. Outre le témoignage de la déportation de sa grand-mère, Fernande, écrit au retour des camps, et la disparition de son grand-père Gustave, il découvre notamment leur engagement dans des activités de sauvetage en direction des juifs de l’Est dont Limoges a été un centre névralgique. Le grand-père a apporté son soutien à des opérations de Franc-tireur, ce mouvement de résistance qui fut d’abord un journal. Arrêtés à Lyon. Emprisonnés à Montluc en 1944. Déportés à Auschwitz. Gustave est gazé dès son arrivée au camp. (source : Leitmotiv Production).

Or, j’ai appris qu’une rue de Limoges aurait du porter le nom de Gustave Goetschel (voir délibérations du Conseil municipal de 1949 ci-dessus). Mais cela n’a jamais été le cas… Pourquoi ?

Une lecture musicale autour du Mystère de Châlucet

15940637_1855808307989550_6047115132034798371_n

J’aurai plaisir à vous retrouver le 10 février pour évoquer le site naturel, archéologique et historique de Châlucet comme lieu d’inspiration depuis un siècle.

Puis je vous proposerai des extraits du roman en compagnie de Marie-Noëlle Agniau et de Denis Pasquet, joueur de luth, pour des pièces médiévales…

(entrée libre)

22 Jan

Le grand poète limougeaud Joseph Rouffanche (1922-2017) vient de disparaître

Numérisation_20160216 (13) Numérisation_20160216 (11)

Joseph Rouffanche dans son jardin (2001) et lisant ses textes sur le pont Saint-Etienne à Limoges (1997)

(c) Laurent Bourdelas

Avec Georges-Emmanuel Clancier, Joseph Rouffanche (né en 1922 à Bujaleuf; professeur notamment au lycée Gay-Lussac à Limoges) était l’un des grands poètes limousins (limougeauds) et français du XXème siècle. En 1984, il avait obtenu le prestigieux prix Mallarmé pour Où va la mort des jours. Mais aussi le Prix Anne Van-Qui en 1962, le Prix Saint-Pol-Roux en 1958. Il fut notamment publié par Pierre Seghers ou René Rougerie et participa aux aventures des revues de poésie Friches, Analogie et L’Indicible frontière. Son écriture a été saluée par Gaston Bachelard ou Philippe Soupault.

Numérisation_20170122 (13)

Grand poète lyrique inspiré par le Limousin, sa nature – et l’émerveillement pour elle -, l’enfance et ses souvenirs, ouvert sur l’universel, Joseph Rouffanche était aussi un joueur de tennis, survolant les courts…

(c) Revue Analogie, 1991.

Numérisation_20170122 (2)

Joseph Rouffanche était marié à Yolande, professeur d’allemand.

(c) L. Bourdelas, 2003.

Numérisation_20170122 (3)

Le poète fut édité dès années 1950. Ici, un recueil paru chez Pierre Seghers en 1954.

Numérisation_20170122 (6)

Edition originale. Impression par José Millas-Martin, maître artisan, en avril 1955.

Exemplaire n° 129. Dessins de E. Haumesser. (coll. L. Bourdelas)

Numérisation_20170122 (4)

Numérisation_20170122 (5)

En 1962, il obtient le prix Anne Van-Qui, l’occasion d’être salué par Philippe Soupault.

Numérisation_20170122 (7)

Numérisation_20170122 (8)

En 1984, il obtient le prix Mallarmé pour ce recueil.

Numérisation_20170122

En 1991, la revue Analogie lui consacre un numéro spécial avec, en particulier, une préface de Gérard Peylet, professeur à l’Université de Bordeaux, qui a organisé plusieurs colloques universitaires à propos de Joseph Rouffanche, et une étude universitaire de Régine Foloppe (elle-même poète). Rouffanche était vice-président d’Analogie, avec le peintre Pierre Jarraud.

La revue Friches, dirigée par Jean-Pierre Thuillat, a également publié des entretiens, poèmes, critiques de Joseph Rouffanche.

Numérisation_20170122 (9)

Numérisation_20170122 (10)

En 1997, les Cahiers de Poésie Verte de J.P. Thuillat publient l’anthologie de Joseph Rouffanche.

Numérisation_20170122 (12)

Joseph Rouffanche a été publié à plusieurs reprises par son ami René Rougerie.

De magnifiques poèmes lyriques mais épurés, ancrés dans la terre limousine mais ouverts sur l’universel.

Numérisation_20161028

En 2001, Joseph publie des textes dans la nouvelle revue littéraire L’Indicible frontière.

Numérisation_20161227 96646balades-en-limousin-510x600

332254_medium 002630435 De nombreuses études sont parues à propos du poète et de son oeuvre dans divers ouvrages, ainsi que les actes des colloques universitaires organisés par Gérard Peylet à l’Université de Bordeaux, qui prouvent la grande richesse de cette écriture.

Le metteur-en-scène Michel Bruzat a présenté au Théâtre de La Passerelle La cicatrice ne sait plus chanter, d’après Joseph Rouffanche, dans les années 1980. Un hommage lui a été rendu par les Anciens élèves du lycée Gay-Lussac et en 2009, la Ville de Limoges lui a rendu un hommage officiel à la BFM, à l’initiative de Mme Monique Boulestin, députée de la Haute-Vienne et 1ère adjointe, au cours duquel intervinrent Jean-Pierre Thuillat, Gérard Peylet et Laurent Bourdelas, divers poètes et personnalités étant dans la salle. Joseph Rouffanche reçut à cette occasion la médaille de la Ville.

2009_0910Rouffanche090008

Yolande et Joseph Rouffanche, Monique Boulestin, lors de l’hommage.

2009_0910Rouffanche090011

Michel Bruzat lisant Rouffanche, lors de l’hommage.

2009_0910Rouffanche090012 2009_0910Rouffanche090013 2009_0910Rouffanche090014

2009_0910Rouffanche090007

Lors de l’hommage de 2009, Jean-Pierre Thuillat, Gérard Peylet, Raymond Leboutet, Laurent Bourdelas et Monique Boulestin.

21 Jan

Le catalogue de l’exposition de 1886 à Limoges

Numérisation_20170121

Durant de nombreuses années, l’Hôtel-de-Ville de Limoges a accueilli des expositions  – particulièrement dans le domaine des arts et de la porcelaine. En 1886, la Société Gay-Lussac organisa, sous la direction de M. L.-C. Geay, ingénieur-architecte, avec le soutien du maire Adrien Tarrade, une exposition des sciences et des arts et une exposition pédagogique. En cliquant sur la couverture du catalogue reproduite ci-dessus, on en constatera la richesse et on appréciera la lithographie d’H. Ducros représentant saint Martial – patron de la Ville – et l’Hôtel-de-Ville, somme toute assez récent, puisque inauguré le 14 juillet 1883. A cette époque, le président de la Société Gay-Lussac était le Dr E. Raymondaud, directeur de l’Ecole de Médecine et le commissaire général de l’exposition Paul Garrigou-Lagrange (1855-1927), scientifique, météorologiste et hydrologue.

11 Jan

Limoges la Rouge, 3

« Grèves de Limoges 19 avril 1905. Funérailles de Vardelle. Les couronnes et drapeau rouge de la bourse du Travail »

La gauche limougeaude se divise un temps. En 1906, Léon Betoulle, adjoint démissionnaire (avec 27 autres élus sur 33) de la municipalité Labussière, conduit une liste socialiste S.F.I.O., « ouvrière », opposée à une liste républicaine socialiste conduite par le Dr Raymond, autre démissionnaire, et à la liste conservatrice du Dr François Chénieux – qui finit par l’emporter et devenir maire (comme en 1892), malgré le meeting de Jean Jaurès venu soutenir la gauche (L’Assiette au beurre titra : « Faites-nous peur, Monsieur Jaurès, parlez-nous de Limoges ! »). Battu, Emile Labussière quitte Limoges pour les colonies et meurt en 1924 à … Perpignan. En 1908, c’est le ponticaud Louis Goujaud, ouvrier porcelainier, qui est tête de liste S.F.I.O., mais échoue à reprendre la mairie à Chénieux. C’est en 1912 que la gauche reprend Limoges, où elle s’ancre encore plus et qu’elle conserve – à l’exception de l’Occupation – jusqu’en 2014. Mais Louis Goujaud, le mieux élu de la liste, doit céder à Léon Betoulle le fauteuil de maire lors d’une élection où les ponticauds présents à l’Hôtel de Ville conspuent son adversaire. Le ponticaud meurt huit ans plus tard et un monument est érigé par souscription à la mémoire de cet « ami du peuple ». De même que la plaque funéraire de Camille Vardelle (réalisée d’après une photographie) inscrit dans le paysage limougeaud la mort de celui-ci – « tué par des balles françaises » –, élevée au rang de symbole de la lutte ouvrière. Sa tombe est d’ailleurs l’occasion de nombreuses manifestations de commémoration. Par ailleurs, Marcel Vardelle, le cousin de Camille, orphelin pauvre, relieur, syndicaliste, secrétaire de la section S.F.I.O. du Pont Saint-Martial, est député de 1932 à 1940. Il illustre à sa manière – de façon « familiale » – comment 1905 a marqué et influencé des destins individuels.

A Limoges, les luttes sociales et politiques s’écrivent aussi dans la pierre (et sur les plaques des rues).

Afficher l'image d'origine

Mais elles nourrissent et sont commémorées, aussi, par la littérature et la poésie. Ce fut notamment l’un des travaux d’écriture de l’écrivain – et surtout poète – limousin Georges-Emmanuel Clancier, ancien élève du Lycée Gay-Lussac de Limoges, âgé de plus de cent ans au moment où j’écris ces lignes, issu par sa mère d’une lignée d’ouvriers porcelainiers. De 1956 à 1961, Robert Laffont publie son roman Le Pain noir, qui raconte la vie d’une famille pauvre, les Charron, dans une ferme du Limousin puis à Limoges, entre 1870 et la fin de la Première Guerre mondiale. Cathie, petite paysanne devenue ouvrière, est l’héroïne de cette saga mélancolique. C’est le feuilleton télévisé en huit épisodes de 90 minutes, créé et réalisé par Serge Moati et diffusé du 20 décembre 1974 au 3 février 1975 sur la deuxième chaîne de l’O.R.T.F. qui permet à l’œuvre de rencontrer un vaste public, en Limousin, en France et à l’étranger. Le moment du tournage à Limoges est d’ailleurs un moment fort d’appropriation de cette histoire – qui fait la part belle aux événements de 1905 – par la population des années 70 et participe alors à sa manière au renforcement d’une identité de gauche. L’œuvre poétique de Clancier – extrêmement belle, publiée par Gallimard – est aussi inspirée par les évènements et plus largement par ce que furent les conditions de vie des paysans et des ouvriers : ses Poèmes du Pain noir en témoignent. « La poésie, pour moi, toujours se lie au souvenir », a dit celui que la Ville de Limoges a fini par honorer en 2013, alors qu’il avait déjà 99 ans, par une exposition à la Bibliothèque Francophone Multimédia, à l’occasion de la remise officielle des quatre manuscrits originaux du roman.

RSS