16 Mar

De l'utilisation de Dipity comme outil journalistique

Parmi les problèmes souvent rencontrés dans mon quotidien de journaliste, il y a celui du traitement chronologique d’un évènement sur une période plus ou moins longue.

Jusqu’à présent je compilais de façon quotidienne ou hebdomadaire les informations des sujets concernés : Arcelor en 2011Skylander, ou encore Cattenom.

Avec de questions récurrentes concernant la lisibilité qui forcément se complique avec le temps : tout détailler ? Listing chronologique ou antéchronologique ? Etc.

J’avais découvert Dipity il y a quelques mois et créé à l’époque un compte pour France 3 Lorraine. Mais les limitations de l’outil dans un compte gratuit me paraissaient vraiment contraignantes : au maximum 50Mo d’upload, 3 time lines et pas plus de 150 insertions, pas de positionnement horaire mais juste par date…

Toutefois, confronté à la couverture pour le web du mouvement des salariés d’ArcelorMittal à Florange (Moselle) pour la défense de leur emploi, il m’a paru judicieux de proposer à nos télénautes lorrains (ce groupe que nous avons souhaité identifier en tant qu’internaute et téléspectateurs) un frise chronologique racontant les différentes étapes du mouvement depuis l’AG initiale.

Avec un compte plus performant mais payant (dans lequel il faudra sans doute investir au niveau de la chaîne ou du groupe sauf à se voire proposer un outil interne au moins aussi performant) il serait possible de préciser sur certains jours, quasi heure par heure l’évolution d’une situation. Ce serait le cas par exemple pour la journée à Paris qui a tellement défrayé la chronique… Il serait également possible d’inscrire l’évènement dans une chronologie plus longue. Par exemple, pour ce sujet, remonter un an en arrière à l’annonce de la fermeture du 1er haut-fourneau, voire encore plus loin : à l’arrivée de Mittal dans le dispositif sidérurgique lorrain.

Mais les journalistes ne sont pas les seuls à pouvoir s’emparer de l’outil : il peut intéresser nos cadres et nos collègues de la communication comme outil de rétro-planning et de suivi d’activité, ou encore la documentation pour un procès, un dossier au long cours, un parcours politique ou la biographie d’une personnalité (utile en cas de nécrologie, mais pas seulement).

Et vous, l’avez-vous utilisé ? En quelles circonstances ? Quel bilan faites-vous de son utilisation ? Avez-vous une ou des solutions alternatives crédibles ?

Vos réponses m’intéressent  !

Et en attendant vous pouvez découvrir notre Dipity Arcelor en cliquant sur l’image :

Billet publié à l’origine sur mon blog Numelog

27 Fév

L'utilisation de Twitter par France 3 Lorraine

Dès le lancement, en septembre 2010, de la démarche stratégique pour le web 2.0 à France 3 Lorraine, nous nous sommes posé la question de l’utilisation des réseaux sociaux. Plus précisément de l’usage éditorial de ceux sur lesquels nous avons choisi d’être le plus présents : Facebook et Twitter.

Nous n’avions pas de schéma déterminé pour tisser ces échanges avec les internautes. Des échanges qui étaient déjà, dans le principe, une nouveauté pour des journalistes. Et même pour certains une révolution culturelle. Bref c’est en marchant, parfois maladroitement, que nous avons appris à marcher.

Facebook est progressivement devenu le lieu de l’interaction à partir d’une série de pratiques qui se sont installées dans notre quotidien : météo à 6h30teasing du site régional (2 à 4 en moyenne), appel à envoi de photos-météo, sollicitations de commentaires sur l’actualité pour nos inserts interactifs d’abord dans le JT de 19h (C’est vous qui le dites), puis à partir de septembre 2011 dans une émission dédiée (13avecVous) et depuis le 30 janvier 2012 dans le JT interactif de midi, le e1213. Mais dès le départ c’est un journaliste qui a eu la responsabilité de gérer et modérer cette communauté d’internautes et ses interactions avec la rédaction.

Tout cela peut encore évoluer, les préconisations actuelles de nos camarades parisiens étant légèrement  différentes de nos pratiques actuelles.

Twitter nous a posé d’autres questions. Personnellement c’est un outil que j’ai toujours plus utilisé que Facebook, le voyant comme un lieu de veille tout autant que de diffusion d’informations là où Facebook me semblait surtout un lieu d’exposition (voire d’exhibition) dont on pouvait illusoirement penser qu’il était fermé, réservé à des amis et peu accessible au reste du monde. Je le pensais moins journalistiquement intéressant que Twitter. Réflexion paradoxale puisqu’après tout Twitter a été d’abord créé pour se raconter ! Au final c’est l’apparition des Pages de Facebook qui m’a permis de saisir leur intérêt pour notre média, à la fois comme lieu de diffusion de nos travaux (et pas seulement journalistiques) mais également comme un point de rencontre avec ces internautes dont il faut au quotidien les convaincre de venir nous visiter (5100 aujourd’hui, pour une page lancée en septembre 2010). Des internautes jeunes (le chiffre de 70% de 18-45ans restant une constante), loin du public type de France 3. Un nouveau public donc que je tente de cerner au mieux, y compris en le rencontrant (ce que nous ferons probablement à nouveau cet été) afin d’échanger avec lui IRL (in real life, dans la vraie vie), comme nous l’avons fait avec Josiane, une jeune mamie désignée « internaute France 3 Lorraine 2011 » en décembre dernier.

Twitter a d’abord été un outil personnel autant que professionnel que j’utilisais dès 2008 pour recueillir et diffuser de l’information et des états d’âmes sans cacher mon origine professionnelle. A une époque où l’outil, encore jeune, était en pleine expansion et n’offrait pas encore les fonctionnalités actuelles. Mais il me semblait qu’il pouvait provoquer un coup de fouet ludiquedans la vitesse de diffusion de l’information. Avec tous les risques potentiels qui se sont révélés souvent exacts par la suite lorsque des rumeurs ou des canulars ou des faits rapportés de façon imparfaite ont parfois été pris pour des informations avérées. Comme mes collègues (et notamment en Lorraine @RTLgrandest et @J_Beneteau qui ne twittent pas de la même façon que moi mais sont d’excellents connaisseurs de la Twittosphère) j’ai été confronté à ces situations pour lesquelles -mais n’est-ce pas notre rôle de journaliste ?- j’ai du batailler pour démêler le faux du vrai. Me demandant parfois si la chronophagie progressive de l’usage de ce réseau social méritait d’être aussi prégnante dans mon quotidien… Mais l’outil est addictif et surtout ludique, voire magique.

Imaginez la puissance avec laquelle vous jouez lorsque seul possesseur (au Monde ou localement, ou linguistiquement) d’une information vérifiée, vous êtes le premier à la diffuser. De façon instantanée grâce à Twitter. Les autres finissent par s’y habituer, faisant de vous celle ou celui qu’il faut suivre pour connaître  tel ou tel type d’information. L’expression est apparue rapidement dans la sphère numérique : « personnal branding » : de personne lambda vous devenez une marque. De journaliste, vous incarnez votre média, parfois le remplacez, en valeur d’information numérique. Car ces informations, vous les diffusez en dehors de l’habituel cadre réglementaire : pas seulement à midi et à 19h, mais à n’importe quel moment du jour et de la nuit.

Bien sûr je force le trait. N’empêche. Il fut un temps où @jcdr (devenu @jcdrpro) incarnait France 3 Lorraine sur Twitter, alors même que @F3Lorraine n’existait pas. Ce qui finissait par poser problème à mes collègues comme à moi: comment et pourquoi un simple journaliste pouvait-il donner le sentiment aux internautes qu’à lui seul il faisait le travail de toute une rédaction ?

Puis le compte Twitter @F3Lorraine fut créé en août 2010. Sans savoir vraiment où je mettais les pieds. Sans savoir vraiment de quelle façon l’utiliser. Devait-il relayer mes tweets, devais-je relayer les siens ? Serai-je le seul à tweeter à partir de ce compte ou la rédaction entière devait-elle s’en emparer ? Et dans ce cas pour délivrer quel message, quels informations ? Etais-ce un outil pour la rédaction ou au-delà pour toute l’antenne régionale, services documentation et communication inclus ? Il n’y avait pas de mode d’emploi. Là aussi je l’ai créé en pratiquant.

Par exemple en associant la diffusion de messages sur Facebook avec la production de tweets. En systématisant dans les tweets l’utilisation de mots-clés (# : hashtags), un au moins (de géolocalisation) par message : #Lorraine. En modulant la taille des messages (maximum 140 caractères par tweet) en fonction de leur contenu : 80 caractères pour un message destiné à être relayé et commenté, 120 caractères s’il peut juste être relayé.

Mais jusqu’à présent, la question du choix du compte à utiliser pour la diffusion d’une information sur Twitter n’avait pas été tranchée.

Diffusion initiale par le compte personnel d’un journaliste puis reprise (=RT) par le compte de la rédaction, ou le contraire ?

Les deux ont leur intérêt, en fonction du contenu du message et de l’identité de celui qui le délivre. Mais qui France 3 Lorraine doit-il mettre en avant sur Twitter ? Ses journalistes dans leur individualité ou la rédaction comme un tout. Etant simple journaliste au sein de la rédaction, j’avais sur ce point atteint une limite. Sans légitimité hiérarchique, pas de possibilité de faire plus que suggérer -voire promouvoir- l’une des deux options.

Fraichement arrivé, avec une déjà longue pratique du web et de Twitter (@manudeshayes), Emmanuel Deshayes, notre nouveau rédacteur en chef a tranché. Et il a fait le choix du personnal branding.

En dehors des messages d’informations rédigés sur Facebook dont chacun génère un tweet que tout journaliste de la rédaction peut relayer s’il le souhaite auprès de ses abonnés, c’est à chaque journaliste de diffuser, sous son compte propre (un compte professionnel de préférence) les informations pertinentes et vérifiées dont il dispose et pour lesquelles il est précisément suivi par une partie (voire la majorité) de ses abonnés. Les tweets les plus importants seront alors relayés par @F3Lorraine, compte dont seule une poignée de journalistes désignés auront l’accès.

Quelques exemples.

Un journaliste sportif couvre un match, connait le nom de l’arbitre, constate qu’untel est remplacé ou expulsé dans le cours de la rencontre. Autant de tweets qu’il peut rédiger sur compte Twitter pro. Les internautes s’habituant à suivre ce compte Twitter de notre journaliste sportif afin de vivre les temps forts de ces rencontres.

Mais @F3Lorraine ne retwetera que le score à la mi-temps et à l’issue de la rencontre.

Même chose pour les journalistes chargés de la rubrique culturelle, politique ou européenne.  Chacun fait vivre sur Twitter sa spécialité et est suivi pour cela. Le fait que @F3Lorraine relaye par un RT certains de leurs tweets valorisent ceux-ci tout autant que les journalistes eux-mêmes, apportant une dimension supplémentaire, celle de la validation éditoriale.

La décision est prise, il s’agit désormais de la mettre en pratique puis d’en tirer les enseignements pour, à terme, ajuster au mieux ce choix éditorial, qui reste pour l’instant de l’ordre de l’expérimentation.

Mais qui pourrait fort bien dans quelques mois devenir la règle à suivre.

Jean-Christophe Dupuis-Rémond / Rédaction Web France 3 Lorraine

Billet rédigé initialement sur mon blog pro Numelog

24 Jan

France 3 Lorraine : fin du #13avecVous et naissance du #e1213

Pour répondre à la nouvelle grille régionale des programmes décidée par les responsables de France 3, l’antenne de Lorraine fait le choix de laisser la place de l’émission interactive 13 avec Vous à un nouveau rendez-vous de découverte du territoire régional : Lorraine 13 heures porté par l’équipe qui animait depuis septembre 2012 Lorraine matin.

Mais l’interactivité mise en oeuvre via les réseaux sociaux dans l’émission en direct 13avecVous ne disparaît pas des programmes de France 3 Lorraine.

Au contraire, le délégué régional Olivier Brumelot a demandé à la rédaction télévisuelle et à la rédaction web de construire ensemble une nouvelle formule du journal de midi : le 12/13Lorraine devient à partir du lundi 30 janvier 2012 le #e1213 Lorraine, un JT interactif, le premier de ce type en région, qui va jouer au maximum la carte du web 2.0.

Plus d’infos sur le blog Numelog.

15 Déc

De l'adaptation au réel pour rendre compte du Fantastique

C’est le problème de la passion.

Vouloir faire toujours plus parce que les outils le permettent. Un sentiment d’autant plus fort quand l’envie date d’avant les outils. Et provoquait alors une terrible frustration. Puis ceux-ci ont été créés, de plus en plus efficaces, de plus en plus compacts, de plus en plus accessibles. Et la croyance qu’ils vont finalement permettre de concrétiser l’envie se transforme en une frustration plus grande encore face au soudain constat que le facteur humain est le vrai blocage. Insoluble…

Alors le réel devient accessible derrière le fantasme et doit absolument être accepté et même savouré, au risque sinon de finir dans le mur.

S’adapter au réel. C’est ce que nous allons faire en janvier 2012 pour la couverture du festival du film fantastique de Gérardmer dans les Vosges.

Une couverture à taille humaine, raisonnable, loin du Barnum que nous avions mis en place pour l’édition 2011. Une décision basée sur les enseignements tirés de cette 1ère expérience de couverture web et de celle de Chambley. Oui, il est possible de donner à l’internaute beaucoup, toujours plus, grâce à la technique. Mais à condition que les moyens humains soient proportionnés. En 2011, ils ne l’étaient pas et les contraintes d’une trop lourde organisation technique on fait que trop de choses promises n’ont pu être réalisées à travers un superbe mini-site mais finalement trop lourd à gérer qui fut  trop faiblement alimenté.

Pour l’édition 2012, en faisant le choix d’un dispositif allégé, j’ai donc le sentiment que nous pourrons mieux faire vivre l’événement de l’intérieur et en plusieurs points simultanés.

Le dispositif :

–       Une seule entrée pour l’internaute : une fiche info sur notre site internet régional.

–       Deux personnes sur le terrain du mercredi soir au lundi matin pour couvrir l’intégralité du festival, un journaliste (moi) et une webmestre.

–       Deux appareils photo (un chacun) pour alimenter un diaporama contributif permanent ou des diaporamas quotidiens ou des diaporamas thématiques durant les 5 jours, cela reste à définir.

–       Un coveritlive intégrant le hashtag dédié #gerardmer permettant ainsi de capter et diffuser nos tweets et ceux des usagers présents sur le festival utilisant ce mot-clé (le plus utilisé en 2011).

–       Un iPad pour alimenter le coverit, un smartphone pour envoyer des photos sur le fil twitter.

Ainsi Nathalie et moi pourront circuler librement à toute heure du jour et de la nuit pour faire vivre les multiples facettes du festival géromois, des coulisses aux files d’attente, de l’intérieur des salles aux espaces interviews, des pistes de skis à la zombie Walk, sans oublier l’annonce en direct du palmarès final.

Et nous ne ferons aucune vidéo.

Celles de l’équipe du journal régional  (2 directs et 3 pages spéciales pendant les 5 jours) seront traitées depuis Nancy par Thierry, le second journaliste de la cellule web de France 3 Lorraine, qui les intégrera dans la fiche info.

La priorité pour nous sur le terrain sera double, réactivité et proximité, par le texte et l’image fixe.

Car ce n’est pas la vidéo qui aujourd’hui génère le plus de trafic sur notre site internet régional, mais bien l’info, texte et photo(s).

Un choix de traitement adapté aux attentes de l’internaute :

Le constat fait au cours de cette année au sein de la cellule web se confirme à chaque fois que nous mettons en ligne un diaporama réalisé sur le terrain. Le nombre d’internautes les consultant est toujours supérieur au nombre de clics sur les vidéos de reportage des JT que nous mettons en ligne quotidiennement.

Peut-être n’est-ce pas une vérité absolue, mais sur le site de France 3 Lorraine, il nous faut prendre en compte le fait que nos internautes s’intéressent désormais moins à nos reportages vidéo qu’à nos reportages écrits.

Cela impose de revenir aux canons de l’écriture journalistique scripturale : titraille, pyramide inversée, etc. Des canons relativement éloignés de ceux du journalisme télévisé d’aujourd’hui mais qu’il va falloir se réapproprier pour garantir la capacité de multi-écriture qui sera demain, sans aucun doute, la règle.

Faire accepter cela ne sera pas aisé, l’ assumer et le réaliser, probablement moins encore. Mais c’est la garantie, j’en suis certain, de la survie de notre métier. Et sans doute de notre média.

Non pas tout faire en même temps, ni même forcément être capable de tout faire. Mais connaître l’essentiel (et l’essence) de ces différentes écritures et être capable d’en maîtriser les fondamentaux.

Ce billet a également été publié sur le blog de @jcdrpro