02 Sep

Histoire de La Jonchère et de son arboretum (12)

(c) L.B.

L’arboretum

 

 

Les fondateurs

Martial Henri Gérardin (1825-1907) était magistrat, grand propriétaire, secrétaire général de la Société d’Agriculture de la Haute Vienne, et fut maire (ou conseiller municipal) de La Jonchère-Saint- Maurice. Il était né à Limoges, place des Bancs, d’Antoine Henry Gérardin, avocat, conseiller préfectoral (1792-1858) et de Rose du Boys, fille de négociant (1796-1877). Léonard, son grand-père (1762-1828) était propriétaire, ancien notaire seigneurial puis maire ou adjoint de La Jonchère, de 1800 à sa mort – parfaite illustration, comme son fils, de cette « France des notables » étudiée par A. Jardin et A.J. Tudesq. En novembre 1846, Henri partit à Paris pour faire des études de Droit. Il obtint sa licence en 1848 et, le 28 août suivant, il prêtait, devant la Cour d’Appel de Limoges, le serment d’avocat. En 1865, il fut nommé juge suppléant à la Cour d’Appel de Limoges où il siégea pendant près de vingt-cinq ans. Les documents officiels font état d’abord de sa domiciliation à Limoges, puis au bourg de La Jonchère. Le 5 octobre 1852, il épousa Marie Herminie Morterol, fille de négociants (1831-1895) en l’église Saint-Pierre de Limoges. Ils eurent trois enfants, dont deux filles et Pierre Albert. Nommé premier édile en août 1852, suite au coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte de décembre précédent, il prête serment le 17 février 1853 : « Je jure obéissance à la constitution et fidélité à l’empereur. » Il le demeure tout le Second Empire, jusqu’en 1871 ; avant d’être régulièrement élu conseiller municipal (il l’est encore en mai 1904). Il entre au Conseil général en 1867, comme élu du canton de Laurière. Sur le plan politique, c’est incontestablement un héritier de la droite conservatrice, qui doit sa nomination à un pouvoir arguant, avec Morny, que le coup d’Etat est une mesure préventive de sauvegarde de la société, se ralliant ainsi ces notables conservateurs[1]. A sa mort, sa propriété est composée de six domaines, d’une superficie totale de 241 hectares[2]. Incontestablement, comme l’a écrit l’historien Pascal Plas, c’est un avocat et agronome.

Son fils Albert (1856-1910), qu’il associa à ses affaires, marié à Jeanne-Marie Béraud-Dupalis (avec qui il eut quatre enfants), était avocat à Limoges et devint en juillet 1895 conseiller général conservateur du canton de Laurière, dès le 1er tour de scrutin (il obtint 250 voix sur 270 votants à La Jonchère). Il fut battu en 1901. Il fut conseiller municipal de La Jonchère de 1908 à 1910. Henri (1885-1956), fils d’Albert, avoué puis professeur à l’Ecole de droit, fut maire de 1935 à 1943 – date à laquelle il démissionna de son mandat. La famille Gérardin est mentionnée également jusqu’au XXème siècle pour son catholicisme : « Le jour de la fête Dieu, les cloches sonnaient (…) Devant chez les De Léobardy, les Gérardin, chez Madame De Sagazan, on s’arrêtait devant un autel brodé, qu’une lampe ou une bougie éclairait. Le plus riche des reposoirs, pour moi, se trouvait place de la mairie : devant chez Gérardin. » L’un des membres de la famille contribua à la création de l’école Ozanam.

On peut lire dans la Revue des Eaux et Forêts, en 1907, le texte suivant concernant Henri Gérardin: «…. A l’administration de ses propriétés de La Jonchère, de Pierrefiche et Puy Bonnieux, sur laquelle il marqua bien vite et profondément son empreinte d’éminent agriculteur, il joignit, tant était grande la fécondité de son esprit d’initiative, l’exploitation d’importants gisements de kaolin, et peu après, il créa et dirigea pendant plus de trente ans, les magnifiques pépinières de La Jonchère qui font chaque jour l’admiration des visiteurs. Le reboisement des terrains improductifs, soit qu’il fut opéré par des particuliers, soit qu’il dût être fait par les Communes, lui apparaissait comme une transformation susceptible d’augmenter la prospérité de son cher Limousin et l’embellissement de ses sites.» Et dans le Bulletin de la Société d’horticulture et d’arboriculture, au moment de sa disparition: «Longtemps l’associé et le collaborateur de M. André Laurent, dont la mort n’a précédé la sienne que de quelques jours, il a consacré pendant trente années la meilleure part d’une inlassable activité à la direction de ces magnifiques pépinières de La Jonchère qui font l’admiration de tous les visiteurs. Les travaux de reboisement qu’il a fait exécuter, l’ardeur qu’il a mise à sélectionner et à propager les meilleures essences, les remarquables résultats qu’il a obtenus, l’exemple salutaire qu’il a donné pour la mise en valeur de nos terrains incultes et l’embellissement de nos sites limousins, font de son œuvre une véritable œuvre d’utilité publique. » [3]

Le 22 juin 1907, les congressistes de l’Arbre et de l’Eau et les élèves de l’Ecole forestière de Nancy, sous la conduite de leur directeur, se rendirent à La Jonchère en vue d’inaugurer une plaque à la mémoire d’H. Gérardin : devant la maison, en présence de la famille et des élèves des écoles communales, M.M. Charles Henry et Pardé, inspecteur des forêts, lui rendirent hommage[4]. Le Dr Mercier, de Montluçon, remercia au nom de la famille. Suivit une excursion dans les pépinières à propos de laquelle le journaliste ne tarit pas d’éloges, parlant même de « nouvel Eden ».

 

Oraison funèbre d’Henri Gérardin prononcée par M. Teisserenc de Bort, sénateur de la Haute-Vienne, au nom de la Société d’Agriculture de ce département

 

« Messieurs, c’est le cœur étreint par la plus douloureuse émotion que je viens adresser ce dernier adieu, au nom de la Société d’agriculture, à celui qui en était le plus ancien membre, en même temps qu’un des plus fidèles et des plus dévoués collaborateurs.

Indulgent pour tous, mais dur pour lui-même, se plaisant à faire le bien, entouré de l’affection de sa nombreuse famille qu’il était si heureux de grouper autour de lui dans sa patriarcale demeure de la Jonchère, il laisse à tous ceux qui ont eu le bonheur de l’approcher le souvenir et l’exemple d’une existence chrétienne utilement remplie qui aura, jusqu’à la dernière heure, ignoré le repos.

A l’administration de ses propriétés de la Jonchère, de Pierrefiche et de PuyBonnieux, sur laquelle il marqua bien vite et profondément son empreinte d’éminent agriculteur, il joignit, tant était grande la fécondité de son esprit d’initiative, l’exploitation d’importants gisements de kaolin, et peu après, et ce fut bien là son œuvre de prédilection il créa, et dirigea pendant plus de 3o ans, les magnifiques pépinières de la Jonchère qui font chaque jour l’admiration des visiteurs.

Le reboisement des terrains improductifs, soit qu’il dût être opéré par les particuliers, soit qu’il dût être fait par les communes, lui apparaissait comme une transformation susceptible d’augmenter la prospérité de son cher Limousin et l’embellissement de ses sites. Sa longue expérience était là pour l’en convaincre.

Aussi notre ami regretté a-t-il consacré une bonne part de sa laborieuse vie à nous faire connaître et apprécier les essences forestières les plus recommandables. Son nom restera attaché à cette œuvre de rénovation forestière et son souvenir sera certainement rappelé dans notre prochain congrès de l’arbre et de l’eau auquel il s’était empressé de donner son entière adhésion avec promesse de nous diriger lui-même, dans ces plantations qu’il avait si merveilleusement réussies. Cette idée de la mise en valeur des terrains de montagne par le reboisement était une de celles qu’il aimait à développer au cours de ses conversations familières dont ses amis n’oublieront pas le bon sens pratique et le tour délicat que ce fin lettré savait leur donner.

Arrivé à un âge qui eût imposé le repos à tout autre qu’à lui, il n’hésitait pas, il y a trois semaines encore, à braver les risques d’une température rigoureuse, pour surveiller sur les belles collines de la Jonchère, qui lui doivent leur verte frondaison, le repeuplement des boisements communaux entrepris sous sa direction, il y a une trentaine d’années. Il est tombé sur la brèche, dans toute la force de sa vive intelligence, et en pleine exécution de l’œuvre d’utilité publique à laquelle il a employé le meilleur de sa vie. Il ressentait les premières atteintes du mal qui l’a terrassé, quand une dépêche vint lui annoncer que sa magnifique exposition d’arbres verts qu’il avait organisée, mais qu’il lui avait été impossible d’aller installer lui-même à Paris, venait d’obtenir la médaille d’or au dernier concours général agricole. Il avait consacré une bonne partie de son existence aux arbres et c’est à eux qu’il a donné ses derniers moments.

Jurisconsulte distingué, magistrat au tribunal civil de Limoges, maire, membre du conseil général, secrétaire général de la Société d’agriculture de ce département, quelle que fût la situation qu’il occupât, sa grande activité, tout entière mise au service de ses concitoyens, n’a eu d’égal que son inépuisable bonté. »

 

Revue des Eaux et Forêts, t. 46, 1907, p.p. 390-391.

Un discours fut également prononcé par M. de Léobardy, maire de La Jonchère et vice-président de la Société d’agriculture : « je viens saluer une dernière fois un de ses enfants [à la commune] les plus dévoués et les plus fidèles (…) La commune n’oubliera pas les services rendus et la mémoire de cet homme de bien lui sera toujours chère. »

 

[1]                      J.-F. Sirinelli (dir.), Les droites françaises de la Révolution à nos jours, Folio Histoire Gallimard, 1995, p. 222.

[2]                      Cette information est donnée par G. Dumont.

[3]                      T. 46, p. 3.

[4]             Limoges illustré, 1er juillet 1907.

27 Août

Histoire de La Jonchère et de son arboretum (11)

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De la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale

Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, deux habitants de La Jonchère, incorporé dans le 71e mobiles, trouvent la mort : Selin Blaise, âgé de 24 ans – mort sans doute de ses blessures, puisqu’à Limoges – et Léonard Valade, 22 ans.[1] En 14-18, quarante-cinq « morts pour la France » ont leur décès transcrit à La Jonchère dont trente natifs de la commune[2]. Un monument aux morts leur rend hommage place de l’Eglise, une colonne surmontée d’un coq en fonte (fondeur : Durenne). L’ouvroir du Queyroix est transformé par ses propriétaires en hôpital militaire bénévole (d’origine privée) n° 14 bis, du 10 août 1914 au 1er avril 1919, avec 26 lits et une unité de chirurgie de la cavité buccale[3]. En effet, face à l’afflux de blessés dès le début de la guerre, les hôpitaux permanents, militaires ou civils, sont rapidement saturés et des établissements temporaires ouvrent sur tout le territoire pour fournir des lits supplémentaires. A proximité de La Jonchère, un hôpital bénévole existait aussi à Ambazac.

Au début du siècle, passant par La Jonchère, Ardouin-Dumazet observe : « Que de débits d’alcool et de vins ! Presque chaque maison en a un, portant comme inscription le mot buvette. (…) Quincaillers, épiciers, boulangers, charcutiers, ont tous ce mot fatidique : en lettres d’or, peint, même écrit à la craie. Il y en a plus de quarante. »[4] Comme le note l’historien Michel Kiener, « les gens de bien » peuvent déplorer les « dépenses futiles au café », mais il s’agit aussi d’un lieu de sociabilité important, notamment pour les paysans venus au bourg.

Le 16 novembre 1910, dans ses « Variétés », Le Courrier du Centre publie un petit article où il est dit que le bourg est « assez terne aujourd’hui (…) Sous l’influence de M.M. de Léobardy, de grands progrès agricoles se sont réalisés et se réalisent tous les jours à La Jonchère (…) Le développement du réseau d’Orléans et la création d’une station non loin (…) ont surtout contribué au relèvement économique de La Jonchère, en facilitant l’écoulement des produits du pays : grains, denrées, bois, terre à porcelaine, plants d’arbres (…) La Jonchère est appelée à un agrandissement appréciable – commencé déjà – ayant pour causes le voisinage de cette localité par rapport à Limoges et le mouvement très en progrès, qui met journellement en rapport les Limogeois (sic) et les habitants de La Jonchère. » A-t-il raison ? Observons les chiffres de la population : en 1790, 533 habitants ; en 1861 : 682 ; en 1876 : 1173 ; en 1891 : 1407 ; en 1906 : 1343 ; en 1921 : 1195 ; en 1946 : 1149 ; en 1968 : 990 ; en 1975 : 975.[5]

Dans les années 1920, la description faite par H. Pailler évoque huit fontaines et quatre lavoirs publics ; une école libre (Saint Joseph) fondée par les sœurs de la Croix en 1854 sur un terrain donné par la famille de Léobardy et deux écoles communales, celle des garçons et celle des filles ; des patronages de garçons et de filles ; un dispensaire qui soigne gratuitement les pauvres. Vingt-deux villages ou hameaux sont sur le territoire de la commune : les Grands et Petits Marmiers, le Mas, les Petites Maisons, la Malissin, le Vignaud, les Vignes, le Buisson, le Puy-Bernard, Chez-Perrière, les Chevailles, l’Hermont, les Fondelles, les Batilles, le Thibard, Laborie, Chez la Dame, le Verger, les Adoux, les Combes, le Cheyroux, le Gouteil. Les jeunes écoliers parcourent les chemins à pied pour aller en classe, en groupes, les galoches aux pieds – le premier arrivé doit allumer le poêle si nécessaire. Parfois, les responsables de l’école privée démarchent les parents chez eux[6]. L’éclairage public (35 lampes) fait son apparition en 1923.

En février 1924, Léon Brandy est autorisé à exploiter une tuerie particulière près de la gare. Le centre d’abattage ferma au début des années 1960.

Le dimanche 23 décembre 1929, l’Eicola dau Barbichet, continuant sa tournée de « propagande », donna à La Jonchère-Saint-Maurice, dans la salle des Ecoles, une grande matinée limousine qui obtint un très gros succès. « Un public nombreux et enthousiaste, où les jeunes paysans dominaient, a applaudi chaleureusement les diseurs et les chanteurs de l’Eicola dau Barbichet et les excellents artistes de sa troupe théâtrale qui ont interprété avec leur maîtrise habituelle La Pena de chauzir et Carnavar en Eiti, les deux amusantes comédies limousines de R. Farnier. Au début de cette représentation qui avait été organisée à la perfection par M. Gérardin, avoué à Limoges, conseiller municipal, et. par M. Courtaud, le sympathique instituteur de La Jonchère, le majoral R. Farnier avait indiqué dans une allocution très applaudie les principes directeurs du Félibrige. »[7]

En 1931, la revue Lemouzi évoque également un divertissement dans le bourg : « la troupe théâtrale de l’Eicola dau Barbichet a prêté son concours à la Grande Kermesse organisée à La Jonchère-Saint-Maurice le dimanche 27 juillet, et qui a obtenu un plein succès. Les danses limousines, exécutées au son de la vielle, ont été fort goûtées du public. Le soir, dans une vaste grange transformée en théâtre, pleine à craquer, on a joué « Lou Bose de las Surpresas », qui a déchaîné le rire des spectateurs.»[8]

En mai 1937, le Dr Bompeix, président des sections de l’Union Fédérale des Anciens Combattants de La Jonchère-Saint-Maurice, assiste au XXIe Congrès national à Aix-les-Bains et écrit par la suite: « nous avons eu le sentiment d’être à notre tour l’expression du monde combattant ligué tout entier contre la guerre, et d’affirmer par notre accord la certitude de notre confiance mutuelle dans la durabilité de la Société des Nations. Une dernière réception nous réunit ensuite au Bureau International du Travail ; tous ces hommes, qui avaient quitté, pour quelques jours, le bureau, l’usine, l’atelier, le chantier ou les champs, se sentaient chez eux dans le Temple du Travail ; ils savaient que la Société des Nations a pour but d’établir la paix universelle et qu’elle a pour complément logique ce Bureau International où soixante-deux Nations se sont donné pour mission l’organisation et la défense du travail. »[9] Malheureusement, les rêves pacifistes furent balayés par le nouveau conflit mondial.

Dès le début du  XXe siècle, La Jonchère est signalée dans les guides touristiques. Ainsi, par exemple, dans le Guide national et catholique du voyageur en France édité à Paris en 1900.  Dans Villégiature-tourisme dans le Limousin, le Quercy, le Périgord, Creuse, Corrèze, Dordogne, Haute-Vienne, Lot…, édité par la Fédération des syndicats d’initiative, Limousin, Quercy, Périgord en 1929, on peut lire : « Jolie localité au pied des Monts du Limousin. A proximité, pèlerinage célèbre à Sauvagnac. Ascension du Puy de Sauvagnac. Hôtel de la Gare. — M. Raoul FRANÇOIS, propriétaire. Onze chambres : cinq à 1 lit ; six à a lits. Prix des chambres : de 8 à 15 fr. Electricité. Garage. Téléphone n° 1. Prix du repas : 12 fr. Pension par grande personne : «5 fr. par jour ; une voiture Renault fait les voyages de l’hôtel et un service d’autobus La Jonchère-Bourganeuf. Membre du S. I. » En 1930, le bourg est d’ailleurs incorporé à un circuit de découverte estival dans le Limousin, au départ de Limoges les dimanches, assuré par les autobus départementaux : Limoges (dép. 8 h.), La Crouzille-Saint-Silvestre, Grandmont, Saint-Léger-la-Montagne, Sauvagnac, La Jonchère, Saint-Goussaud, Châtelus-le-Marcheix (déjeuner), Saint-Martin-Sainte-Catherine, Le Pont-du-Dognon, Saint-Martin-Terressus, Saint-Priest-Taurion, Limoges (retour vers 19 h.). — Prix du transport par place : 45 francs. »[10] Le 20 juin 1937, c’est la Société archéologique de Limoges, présidée par Franck Delage, qui organise une excursion passant par La Jonchère ; en effet, après avoir visité l’église d’Ambazac, les visiteurs, font une halte au Vignaud, reçus par le colonel de Léobardy et ses filles, qui leur font les honneurs du château et du parc.[11] La première automobile – une Peugeot cinq chevaux – est mentionnée dans le bourg vers 1928 : c’est celle de M. Dégorceix[12]. En 1938, c’est le « chemin de grande communication n° 50 » qui passe par le bourg. Ses abords et caniveaux sont entretenus par le Conseil général et la commune[13].

Les témoignages parlent de « petite rivalité » entre quartiers (« ceux de la gare, il ne fallait pas leur dire qu’ils étaient du bourg »), mais aussi entre ceux de l’école privée et ceux de l’école laïque. Certains évoquent des « bagarres de garçons » : « S’il y en avait un de la gare qui s’attardait après l’école, il fallait qu’il se dépêche pour rentrer, sinon il passait à la casserole ! » (et inversement) – la guerre des boutons à La Jonchère ![14]

 

La Seconde Guerre mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, en dehors des victimes de l’Exode de 1940, environ quatre cent cinquante habitants du village de Keskatel, en Alsace, sont réfugiés à La Jonchère. Bien entendu, les choses ne sont pas faciles, d’autant plus que les uns parlent plus volontiers le dialecte alsacien et les autres l’occitan. Au final, seules six familles sont restées durant toute l’Occupation. Certains Alsaciens travaillèrent la terre, d’autres dans les mines de kaolin, d’autres enseignèrent. Des Juifs – comme Mme Moët (famille du Champagne Moët et Chandon ?) ou le Dr Loewy et sa fille Nicole – et des réfractaires au Service du Travail Obligatoire ont été cachés. Parmi les réfugiés : Pascal Bastia (nom de plume de Pascal Simoni, 1908-207), installé avec son frère – dessinateur – et sa mère à l’hôtel Saint-Maurice jusqu’à la fin de la guerre. Fils du chansonnier-parolier-acteur-chanteur et cinéaste Jean Bastia, mort en 1940, c’était un compositeur d’opérettes qui avait connu le succès dès 1933 avec Dix-neuf ans, spectacle jazzy et la chanson Je tire ma révérence, tirée de Le Groom s’en chargera, fut un véritable tube, chanté par Jean Sablon. « Il avait fait descendre de Paris sa troupe (…) Ils donnaient leurs représentations à la salle paroissiale et ensuite, il avait acheté un vieux car pour partir faire des séances dans les communes environnantes. »[15] Il a vraisemblablement composé, à La Jonchère : La Star et le Champion (1941), et Quel beau voyage ! (1942)[16].  La Jonchère vit à l’heure de la guerre comme les autres communes de France, en particulier lorsque la zone non occupée est envahie : des hommes prisonniers, les restrictions et la pénurie, le marché noir, l’écoute discrète de Radio Londres, mais aussi les bals clandestins dans les granges. En juin 1941, Philippe Pétain vient au château de Valmath, en extérieur, où l’on demande aux jeunes de chanter Maréchal nous voilà. Certains accrochent des portraits du maréchal chez eux, des commerçants dans leurs vitrines[17]. Des artisans lui offrent des cadeaux, on oblige les enfants à lui offrir des dessins. La Résistance se met cependant progressivement en place aux alentours (Grandmont, Saint-Sylveste, Saint-Sulpice-Laurière…) et les échanges existent entre les habitants et les résistants. Les maquisards de Georges Guingouin font quelques opérations dans le secteur : le 9 janvier 1944, ils font dérailler un train de matériel et de soldats allemands entre Saint-Sulpice et La Jonchère, sur la ligne Limoges-Châteauroux : vingt wagons sont détruits, le trafic est interrompu plus d’une journée ; le 1er février, ils détruisent une locomotive et cinq wagons par sabotage de la voie.[18] La veille du massacre d’Oradour-sur-Glane, une section nazie passe par le bourg puis par Ambazac. Le 18 août 1944, les miliciens limougeauds qui s’enfuient avec leurs familles, font une halte à La Jonchère. Lorsqu’ils repartent, ils sont pris à parti par les maquisards à la sortie du Puy Courty, au lieu-dit Chez Cornard. Il y a des blessés et des morts (trois miliciens sont enterrés au cimetière). Appelés à la rescousse, les Allemands encerclent le bourg mais il n’y a pas d’attaque[19].

 

[1]                      Comte de Couronnel, La garde mobile de la Haute-Vienne, Limoges, 1897, p. 139.

[2]                      L. Fessemaz, La base des Morts pour la France de Haute-Vienne construite par Canopé Limoges, site Canopé, 2014.

[3]                      G. Dumont, La Jonchère…, vol. 2, déjà cité, p. 28.

[4]             Cité par M. Kiener, in « Du rural à l’urbain », Paysage et environnement en Limousin de l’Antiquité à nos jours, sous la direction de P. Grandcoing, PULIM, 2010, p. 249.

[5]             I. Empereur-Bissonnet, Paroisses et communes de France, Dictionnaire d’histoire administrative et démographique Haute-Vienne, C.N.R.S., 1981, p. 162.

[6]             C. Barat, Racontez-moi La Jonchère, La Veytizou, 2008, p. 15.

[7]                      Lemouzi, organe mensuel de l’E̛cole limousine félibréenne, 1929, p. 17.

[8]                      Lemouzi : organe mensuel de l’E̛cole limousine félibréenne, Brive, t. 301, p. 173.

[9]                      Le Combattant du Limousin, juillet-août 1937.

[10]                    La Revue limousine, 15 janvier 1930, p. 15.

[11]                    La Revue limousine, 25 juillet 1925, p. 109.

[12]           C. Bariat, déjà cité, p. 94.

[13]                    Rapports et délibérations … / Conseil général de la Haute-Vienne, Limoges, 1938, p. 41.

[14]           C. Bariat, déjà cité, p. 27.

[15]           C. Bariat, déjà citée, p. 57.

[16]           http://www.operette-theatremusical.fr

[17]           C. Bariat, déjà cité, p. 54.

[18]           D. Lormier, La Résistance pour les nuls, Editions First-Gründ, 2013.

[19]           C. Bariat, p. 70.

28 Juil

Une histoire de La Jonchère et de son arboretum (10)

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Kaolin.

Le kaolin est présent dans les environs. Les  pegmatites  des  Monts  d’Ambazac  ont  été  exploitées , dès le XVIIIe siècle et surtout au   cours  du  XIXe  siècle  pour  leur   kaolin  (résultant  de  l’altération  de  roches  magmatiques  acides   et  riches   en  feldspaths  potassiques  et  pauvres  en  minéraux  ferromagnésiens)  et  le  feldspath  nécessaires  à  l’industrie  porcelainière de Limoges.[1] Très vite de grands gisements ont été localisés, essentiellement sur le Puy de Sauvagnac,  le Grand Puy (St Laurent les Eglises – La Jonchère) et le plateau entre Marzet et Les Combes (St Léger la Montagne). François Alluaud – qui établit à l’entrée des Casseaux, à Limoges, une importante usine de porcelaine dès 1818 –, passionné de géologie, en découvrit une grande partie. Les carrières du Buisson (Société anonyme des kaolins de La Jonchère, mise en activité en 1855 par de Léobardy), des Vignes, du Cheyroux et du Puy-Bernard (Alphonse puis Marcel Bonnaud) se développent sur la commune de La Jonchère-Saint- Maurice, au côté de « micro exploitations ». Les installations d’affinage étaient édifiées en contrebas de la future carrière, et si possible bien en dessous de sources[2]. Dès 1850, les pompes à eau mues par la vapeur ou  des pompes dites « à bélier » permirent de remonter aisément l’eau au-dessus des exploitations ce qui évita les inconvénients liés au transport du minerai. Les installations d’affinage se présentaient ainsi: réservoir supérieur pour l’eau, bassin où arrivait l’eau du réservoir et où était jeté le kaolin, canal d’évacuation de l’eau chargé en kaolin, en forte pente arrivant sur des grilles, l’eau kaolinisée passant dans des bassins de décantation, puis conduite menant à une série de  bassins à mica, et arrivée dans les bassins terminaux de décantation (décantoirs)  du kaolin. Le front de taille dépassait les 10 mètres et souvent vers 20 -30 mètres, l’exploitation était menée en gradins où étaient installées des voies Decauville pour évacuer le minerai, ou sur des échafaudages rudimentaires où étaient mises en place des conduites d’eau à ciel ouvert  où  le kaolin était jeté à la pelle. Quand la hauteur du front de taille était trop importante, ou que la rocaille et l’arène granitique avaient une teneur en kaolin faible, les terrassiers devenaient des mineurs pour n’exploiter que les riches filons et en poursuivaient l’extraction sur quelques dizaines de mètres. Des hangars de séchage aux multiples étagères en claies de châtaigner et couloir central étaient édifiés à proximité.

Le travail – des adultes comme des enfants – est très difficile, avec des pelles, des pioches, de grosses masses et des barres à mines et se fait dans la poussière minérale, qui entraîne des difficultés respiratoires. La journée de travail excède parfois les douze heures, la plupart du temps six jours par semaine, sous la pression du contremaître, la direction du chef de chantier et du chef d’exploitation et sous l’œil du propriétaire paternaliste mais intraitable. Les ouvriers mangeaient et parfois dormaient sur place. Les blessures et accidents du travail étaient nombreux – sans parler des aléas climatologiques (chaleur, froid, pluie). Les cadres eux-mêmes n’étaient pas à l’abri des problèmes : Marcel Bonnaud (Le Puy-Bernard) meurt de la silicose en 1966 ; Jean Fressinaud Mas de Feix (Vaux), à bicyclette, est écrasé par l’un de ses camions de kaolin le 23 décembre 1936.

Avant l’arrivée du train, ce sont des charrettes tirées par des bœufs ou des mules qui livraient le kaolin, jusqu’à Limoges. Ensuite, les tombereaux – puis les camions de Bonnel et de Rebeyrolle – apportèrent leur cargaison jusqu’à La Jonchère, permettant le développement économique et démographique de celle-ci. On comptait 415 habitants en 1806, 480 habitants en 1837, 950 habitants en 1870, 1400 habitants en 1895  et 1560 en 1910. « Et avec cette augmentation fulgurante de la population : bureau de poste, banques, hôtels, restaurants, buvettes, boulangers, épiceries (le Caïffa a toujours sa rue), des dizaines d’artisans de toutes professions, des couturières et même une modiste (…) la construction d’une gendarmerie, la création d’un corps de sapeurs-pompiers en 1907 (…), la création des écoles laïques vers 1880 (…), l’arrivée de médecins, pharmacien et dentiste, de nouvelles places pour les foires et marchés ainsi qu’une halle, un abattoir, une usine de paillons, et même la reconstruction de l’église en 1894, etc. …»[3] Gérard Dumont, dans son La Jonchère-Saint-Maurice d’hier et pour demain », a publié des reproductions de factures de commerçants et d’artisans témoignant de cette activité prospère. De même a-t-il indiqué les noms des manufactures de porcelaine utilisant le kaolin de La Jonchère et des environs : William Guérin, Delhoume et Duteillet, Barotte et Faye, GDA, Lanternier, Dugény frères, La Société porcelainière de Limoges, Marquet, Tharaud, Vandenmarcq, en Haute-Vienne, mais également Pillivyut, Larchevêque et Lourioux dans le Cher, les faïenceries de Somain et Buchert dans le Nord, celles d’Orléans dans le Loiret ou de Ségovie en Espagne.

Pendant un siècle et demi, l’exploitation des gisements de pegmatite des Monts d’Ambazac fournit les porcelainiers de Limoges et attirèrent d’illustres minéralogistes et naturalistes. Mais l’activité déclina à partir des années 1930 avec la disparition progressive des exploitations de kaolin, jusqu’à la dernière, en 1964.

En 1905, on trouve cette mention dans la revue Lemouzi : « Nous avons maintes fois expliqué comment notre éminent compatriote, le professeur Grancher, s’est mis à la tête de « l’Œuvre de préservation familiale » qui prend dans nos familles d’ouvriers émigrés à Paris atteints de tuberculose, et où la contagion est inévitable, les enfants encore sains pour les renvoyer à campagne : une première station est fondée à La Jonchère, dans le Haut-Limousin. »[4] Dans le même numéro, il est fait mention de ce « sanatorium pour tuberculeux établi à La Jonchère par les soins du Comité parisien des Dames Limousines et Marchoises. » Dès 1903, la revue mentionnait également une colonie de vacances destinée aux filles d’ouvriers maçons, dirigée par Mme Demonts, présidente du Comité.

[1]                      Mine de Chabannes et souterrains des Monts d’Ambazac, Groupe Mammalogique et Herpétologique du Limousin, 2002, p. 16.

[2]                      Certaines informations proviennent du site Le kaolin des Monts d’Ambazac L’industrialisation des Campagnes: L’or blanc des collines, Kaolin et Kaoliniers des Monts d’Ambazac… mis en ligne en 2009. Il est précieux notamment pour les témoignages récoltés. D’autres de « Les minéraux des pegmatites des Monts d’Ambazac (Haute-Vienne) », hors-série XIV de Le règne minéral Revue française de minéralogie, 2008. D’autres enfin des ouvrages de G. Dumont, déjà cités.

[3]                      Site Le kaolin des Monts d’Ambazac L’industrialisation des Campagnes: L’or blanc des collines, Kaolin et Kaoliniers des Monts d’Ambazac.

[4]                      Lemouzi : organe mensuel de l’Ecole limousine félibréenne, Brive, 1905, p. 276.

22 Juil

Histoire de La Jonchère et de son arboretum (9)

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A la fin du XIXème siècle, une foire est mentionnée à La Jonchère le 17 novembre et le 18 de chaque autre mois, ainsi qu’un marché le dimanche.[1] Elles se poursuivirent jusqu’au siècle suivant. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, il y avait des bals les jours de foire, qui attiraient du public de tous les alentours. Il y avait un champ de foire des bovins en face de l’école et celui des cochons, place de la bascule. Nombre de camelots venaient vendre leurs marchandises à ces occasions. Il faut dire que notamment avec la famille de Léobardy, La Jonchère participe à l’amélioration de la race bovine limousine. Ainsi en 1854, lors du concours de Bordeaux, Charles de Léobardy obtient le 2ème et le 3ème prix pour ses vaches[2]. Né en 1821, cadet d’une famille de six enfants, il a hérité à la mort de son père en 1853 de trois domaines sur la commune. Notable monarchiste, il est maire de La Jonchère, conseiller général de Laurière, premier président du syndicat de la race bovine limousine en 1893. C’est un partisan convaincu du métayage. Le propriétaire décrit ainsi ses terres : « dans la vallée, il n’y a plus aujourd’hui de pâtures : tout se fauche. Dans les domaines situés sur le coteau, il y a encore quelques parties en pâturage. Car là, le sol tourmenté, garni de rochers, de fougères et de genêts, ne permet pas d’y faucher. Ces pâtures servaient autrefois à la nourriture des bêtes bovines ; ce qui n’a pu être converti en prairies sert aujourd’hui au parcours des bêtes à laine. » En Limousin, progressivement, la polyculture régresse, landes et forêts reculent, et les surfaces en herbe augmentent. Avec la création en 1886 du Herd-Book limousin, le bétail s’améliore en qualité et en quantité ; l’élevage se développe avec la demande accrue de viande. L’arrivée du chemin de fer permet celle des engrais permettant d’améliorer les fourrages et le rendement des cultures. Charles de Léobardy, aidé de son colon Royer, très bon éleveur, rejoint par d’autres éleveurs (Teisserenc de Bort, Barny de Romanet, Caillaud, Delor, Duvert, de Catheu, Delpeyrou, Parry, de Laborderie, de Bruchard, Chauveau…), utilise le Shothorn anglais comme un modèle à copier : on donne aux bovins une nourriture riche et abondante, on choisit les reproducteurs avec soin. La meilleure alimentation des vaches pleines ou qui viennent de vêler entraîne une plus grande précocité des veaux et leur sevrage plus tardif[3]. On note que des liens unissent une étroite élite de grands propriétaires : ainsi trouve-t-on dans les étables de Bort, à la fin du siècle, un taureau provenant de celles de Charles de Léobardy[4]. De 1854 et jusqu’en 1896, l’étable du Vignaud est récompensée 265 fois et en 1889, lors de l’Exposition universelle, de Léobardy reçoit le grand prix d’honneur, toutes races confondues. Dans les archives familiales Gérardin, on trouve un courrier à Henri Gérardin d’E. Devies, commisionnaire en bestiaux, 154 rue d’Allemagne à Paris, faisant état des cours des bêtes de celui à qui il écrit – preuve s’il en était besoin, qu’H. Gérardin est aussi propriétaire de bovins. En 1897, Albert Gérardin était le vice-président du Comice agricole du canton de Laurière. Plus tard, en 1949, la famille Gérardin obtient un premier prix dans la catégorie des taureaux lors du comice. Il est précisé : « fermier Desimon, Le Thibard, La Jonchère. D’autres prix lui sont décernés, dans les catégories génisses, vaches pleines, vaches suitées.

Notons qu’en 1905, Charles de Léobardy fit installer une bascule publique dans la commune, achetée à Léon Dubain, balancier à Limoges, pour peser les animaux et les voitures ; Jacques Volondat, de La Jonchère, construisit le kiosque. Elle est située sur le foirail des porcs, à l’intersection de la rue de Saint-Laurent et de la rue longeant le champ de foire[5].

Jacques de Léobardy a publié quelques documents généalogiques sur sa famille, où il écrivit par exemple : « Certes gentilhommes, nos ancêtres ne le furent pas dès l’origine. Il leur fallut plusieurs générations pour accéder à la Noblesse. Puis, quand ils furent enfin bien installés dans ce milieu, paré à leurs yeux de toutes les grâces et doté de tous les avantages, la Révolution survint, sans qu’ils s’en doutent le temps des Notables avait déjà commencé. Heureusement, ils ne surent pas mal s’en accommoder »[6].

[1]                      Petit guide du Limousin, Ducourtieux, 1889, p. 85.

[2]                      D. Danthieux, P. Grancoing, La Limousine histoire d’une race bovine XIXe-XXe siècles, Pulim, 2007, p. 109 et 127.

[3]                      D. Meiller, P. Vannier, Limousines L’aventure de la race bovine limousine en France et dans le monde, La Manufacture, 1992, p. 114.

[4]                      P. Grandcoing, R. Julien, La belle Limousine, La vache en Limousin, un patrimoine historique et génétique, Culture & Patrimoine en Limousin, 2004, p. 39.

[5]                      G. Dumont, La Jonchère…, vol. 2, déjà cité, p. 34.

[6]                      Déjà cité, p. 142.

15 Juil

Histoire de La Jonchère et de son arboretum (8)

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La gare de La Jonchère

La gare de La Jonchère est mise en service – après une longue mobilisation déterminée des élus – le 2 juin 1856 par la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (PO), lorsqu’elle ouvre à l’exploitation la section d’Argenton à Limoges. Pour le tracé dans la région, on observa en effet que de Laurière à Limoges, « les terrains de La Jonchère, d’Ambazac, de Beaune et de Rilhac n’offrent rien de rebelle au talent de nos ingénieurs. »[1] Napoléon III, dit-on, accueillit les représentants de la Haute-Vienne, de la Creuse, de la Dordogne et de la Corrèze, plaidant pour l’arrivée du chemin de fer, avec la plus grande bienveillance. Il « s’informa de la situation de nos populations ouvrières et de nos diverses industries avec la plus vive sollicitude, et, en la quittant, chacun emporta l’espérance que toutes les difficultés allaient s’aplanir sous l’intelligente et puissante volonté de Sa Majesté. Cette confiance ne fut pas trompée. Quelques jours après, un décret inséré au Moniteur comprenait le chemin de fer jusqu’à Limoges dans une concession que l’Empereur faisait à la compagnie d’Orléans. Grâces donc à la justice éclairée de S. M., nos départements, si longtemps déshérités , recueillent enfin le fruit de leurs persévérantes réclamations. Il nous reste à dire que les études, commencées par M. Pihet, furent terminées par MM. de Leffe et Carvalho, ingénieurs ordinaires. Leur tracé , développé successivement dans les vallées de la Bouzanne, de la Creuse, de Celon, de Saint-Sébastien, de la Sédelle, de la Sème, de la Gartempe, de l’Ardour, du Rivailler , de Lacour, du Beureix et de la Vienne, se dessine par les stations suivantes entre Châteauroux et Limoges : Chateauroux, Luan, Lothiers, Chabènes, Argenton, Celon, Eguzon, Saint-Sébastien , Forgevieille , La Souterraine, Fromental, Bersac, Laurière , La Jonchère, Ambazac, Limoges. L’exécution de ce tracé a nécessité de grands travaux, surtout dans la partie qui traverse la Haute-Vienne, à travers les montagnes du Limousin. »[2] Le passage du train par La Jonchère est évoqué dans les années 1920 dans une nouvelle de Jean-Richard Bloch – « Locomotives » –, parue dans son ouvrage Les chasses de Renaut : « Le halètement de la machine n’a pas ici le son formé, arrondi qu’on lui prête de loin ; on est trop mélangé aux forces qui le suscitent ; il émane de nous-mêmes comme notre souffle propre. Son creux et sa précipitation expriment la violence terrible de notre marche. Le seuil de La Jonchère atteint, le terrain nous manque tout à coup : rampe de dix, à nouveau, mais en notre faveur. Nous nous lançons à corps perdu. La hâte devient frénétique. Un halo de lueurs se forme en avant de nous. Il monte et nous descendons ; nous l’atteignons, mais il nous attend maintenant trop haut pour nous. Nos proportions fondent sous les ombrelles de lumière qu’élargissent les interminables pylônes de béton. La majesté passe de nous à eux. Tout à l’heure, notre mouvement concentrait en lui une puissance souveraine. Voici que l’immobilité de ces grands lampadaires en hérite. Le calme l’emporte sur la furie. Cet express, qui tranchait la nuit comme un dieu, court à présent comme un rat, un rat à ras de terre. C’est en vain que le frein retrouve son crachement de bête venimeuse : notre entrée en gare a quelque chose de rabougri et de pelotonné. »[3]

En 1870, La Jonchère bénéficie d’un bureau de direction de La Poste. Sur le point culminant de Sauvagnac existait une tour sur laquelle était installé le signal ou télégraphe aérien, désigné dans le langage du pays sous le nom de Babôyo (« vieille femme radoteuse »), indique H. Pailler.

[1]                      Le chemin de fer à Limoges, Martial Ardant Frères Editeurs, juin 1856, p. 8.

[2]                      Idem, p. 19.

[3]                      Extrait paru dans La Revue limousine, 1er août 1927, p. LXIII.

 

06 Juil

Le roman de Franck Bouysse, Né d’aucune femme, chez La Manufacture de livres.

Ce n’est pas pour rien que Dostoïevski est cité (avec Emerson et Kafka) en exergue du roman de Franck Bouysse : « Ce n’est pas devant toi que je me suis prosterné, mais devant toute la douleur humaine. » En nous faisant partager le chemin de croix de Rose, vendue par son père misérable à un propriétaire de forge[1], l’écrivain aborde à nouveau la thématique du mal. De même que le Russe, arrêté par le tsar et condamné à quatre ans de bagne en Sibérie, avait découvert les couches populaires brimées, le romancier français envisage la souffrance particulière d’une adolescente captive devenant femme asservie, en Limousin, pour atteindre une réflexion universelle. Et même intemporelle, car les choses, si elles sont situées aux abords de la Vézère, rivière corrézienne, ne sont pas exactement datées. Peut-être la fin du XIXe siècle, ou le début du XXe, avant l’hécatombe de 14 dont il était question dans Glaise, le précédent roman. Mais c’est ici l’envers de la Belle époque. Pauvreté limousine, pauvreté universelle, comme celle racontée par Pierre Michon dans Les Onze lorsqu’il évoque « les Limousins de malheur » semblables aux « nègres d’Amérique ». De quoi faire songer au « Temps des métairies », le premier tome du Pain noir de Georges-Emmanuel Clancier, situé lui aussi en Limousin, chez les paysans pauvres, dont les premières lignes disaient : « La mère dit un conte comme cela où des parents trop miséreux abandonnent leurs enfants (…) Qu’est-ce que c’est la misère ? Il y avait une immense forêt dans ce conte et un géant, comment donc ? Ah ! un ogre, il mangeait les enfants. Ne plus penser à cela ! Se cacher de nouveau sous les draps, mais il y fait noir : si l’ogre aussi allait s’y tapir ? » C’est cela que raconte Franck Bouysse : un conte très sombre où l’ogre tant redouté de nos enfances est réellement venu se tapir dans la chambre de Rose, dans ses draps, à qui il va faire subir le pire, avec la complicité d’une vilaine femme, bien pire que la fée Carabosse. Un ogre absolu, en quelque sorte, un vampire à la Bram Stocker, chasseur d’homme comme le comte Zaroff, un ogre dont la forge maléfique sert à faire disparaître l’adversaire, comme un Vulcain diabolique annonciateur d’autres crémations à venir – Bouysse se rapproche ici de Shakespeare associant dans Hamlet la figure de Vulcain et celle du diable. Le roman frôle d’ailleurs l’épouvante, le fantastique, la maison de maître où Rose est prisonnière faisant parfois vaguement songer aux Mystères d’Udolphe d’Ann Radcliffe. « J’aurais voulu quitter la maison, en être capable, partir à travers les bois… » écrit Rose, confrontée à la présence fantomatique de l’épouse du propriétaire des lieux. Persiste alors en nous, tout au long de cette lecture, le duo tragique interprété par Nick Cave et Kylie Minogue, Where The Wild Roses Grow, avec cette première phrase : « They call me The Wild Rose »…

La religiosité est présente dans cet ouvrage, et l’on peut dire qu’il est habité par le péché, la monstruosité, la violence absolue, jusqu’à la négation des corps, le meurtre, l’infanticide, la tentation du suicide, le mal – qui tient les uns et les autres dans ses rets enchevêtrés –, la folie, le désespoir et le remords. Le père de Rose est une figure possible de Judas, ne pouvant supporter d’avoir livré le Christ pour trente deniers et finissant par se pendre. Le romancier s’inscrit là dans une tradition littéraire que l’on ferait volontiers aller de saint Augustin à Camus, ici peut-être aussi à Bernanos, avec un prêtre recevant l’histoire de Rose écrite dans des cahiers. Dans le Journal d’un curé de campagne, le curé d’Ambricourt médite à propos de l’idée « du mal lui-même, cette énorme aspiration du vide, du néant. » Onésime le paysan racle « la merde », les rêves sont « vides de rêves » et le cœur ne semble être que la « dérisoire métaphore d’un sentiment diffus, empêché, parce que, quelque interprétation qu’on en fasse, le cœur n’est pas d’or, il sert à peu de choses, pour ne pas dire à rien. » Franck Bouysse, après Louis Guilloux, évoque un « sang noir » et « le goût vivant du sang mort dans [l]a bouche ». Dès lors se pose la question, sans doute également importante dans Né d’aucune femme, de la rédemption (d’autres utiliseraient peut-être l’expression à la mode « résilience »). Est-elle possible ? L’incontestable suspense de ce roman y conduit-il, ou conduit-il à la déchéance absolue ? Et par où pourrait-elle advenir, cette rédemption ? De l’amour salvateur, malgré tout ?

Des mots, peut-être. Encore et toujours. Rose a besoin d’écrire ce qui lui est arrivé, elle dit : « la seule chose qui me rattache à la vie, c’est de continuer à écrire » et elle invente un nouveau verbe : « écrier ». Génie, un autre personnage, a besoin de l’entendre, comme le prêtre va vivre son existence avec ce texte douloureux. Et le grand ordonnateur de ce livre puissant et vibrant – à l’image des chevaux qui y sont mis en scène –, qui a laissé plonger son inspiration au plus profond de l’humain puis remonter vers la lumière, c’est Franck Bouysse dont l’écriture, sans être aussi lyrique que dans Plateau, demeure stylistiquement parfaitement maîtrisée (avec un usage remarquable des variations des temps des verbes et de la syntaxe selon les locuteurs), poétique (littéralement, par exemple lorsqu’Edmond s’exprime) et originale (sachant dire aussi l’animal, une constante chez cet auteur). C’est lui qui, comme Rose, dit, à propos des mots, « je les respire, les mots-monstres et tous les autres. » Il nous les fait respirer, et après l’avoir lu, nous respirons mieux.

 

[1] Au même moment et dans un tout autre style, Roselyne Bachelot raconte chez Plon dans Corentine l’histoire de sa grand-mère bretonne vendue à sept ans par ses parents à un marchand de chevaux de Roudouallec.

Histoire de La Jonchère et de son arboretum (7)

Linteau de l’ancien collège (L. Bourdelas)

La place de l’église (c) Paul Colmar

Place et statue Denis Dussoubs à Limoges

 

Le  XIXème siècle et le début du XXème

Un monument de La Jonchère – le collège – a accueilli, dans sa jeunesse, un hôte illustre : Denis Dussoubs, né à Saint-Léonard-de-Noblat en 1818. Construit dès la publication de la loi Falloux, ce grand édifice connaît ses heures de gloire de 1830 à 1845. Le maître d’œuvre, et futur directeur de l’établissement, le « vénérable » curé Chassaing (curé à La Jonchère de 1828 à 1840) fait édifier le bâtiment et ses dépendances avec les pierres provenant de la partie ruinée et non reconstruite de l’église Saint-Maurice, alors décrite « comme une grange en désolation ». Ce collège brille par la qualité de son enseignement et par la renommée de ses précepteurs, tel Léon de Jouvenel (philosophe, baron, député conservateur, président du conseil général de la Corrèze, maire de Varetz, opposant à Napoléon III). Denis Dussoubs en est un des plus célèbres élèves. Michel Laguionie a précisé, à propos de son frère et lui : « Soucieux de pourvoir ses neveux d’une solide instruction, l’oncle Gaston les mit en pension au collège (…) Disciple de Voltaire, l’oncle ne tenait pas les religieux en grande estime, mais l’établissement était réputé dans toute la région, pour la qualité de son enseignement. »[1] Devenu avocat fort renommé, partisan à Limoges de la révolution de 1848, il meurt le 2 décembre 1851 d’une balle dans la tête sur les barricades parisiennes, lors du coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte, alors qu’il remplaçait son frère Marcellin, député démocrate socialiste, malade. Gérard Dumont précise qu’alors qu’il était collégien à La Jonchère, celui-ci « afficha sa vivacité d’esprit en démasquant un mystificateur qui jouait les fantômes dans le cimetière. »[2] Denis Dussoubs avait également étudié au lycée de Limoges, puis à la Faculté de droit de Paris. Le collège ne survécut cependant point à un scandale, « dont les héros – précise encore Laguionie – étaient un prêtre-professeur et une jeune cuisinière. Dans un débarras, ces deux personnages se livraient aux jeux innocents de l’amour. Pour leur malheur, un élève, passant par là, avait collé un œil sur un trou que formaient des planches disjointes. Tous ses condisciples, invités par lui, étaient venus assister à ces tableaux on ne peut plus vivants ! »

En 1847, Jean Bonnaud édifia, à côté de l’église, les halles couvertes, démolies en 1925 et remplacées par la salle des fêtes.

[1]                      La vie généreuse et pathétique de Denis Dussoubs, Lucien Souny, 1989, p. 17.

[2]                      G. Dumont, La Jonchère-Saint-Maurice d’hier et pour demain », auto-édition, 2012, p. 482. Il indique : « De nos jours, l’ancien collège subsiste toujours, transformé en logements et commerces. De la grisaille de ses murs émerge encore une inscription latine qui témoigne de son passé : « has edocendae juventuti fecit aedes Chassaing rector Parochiae, anno domini Mdcccxxx » «  Chassaing, curé de la Paroisse, a fait édifier ce bâtiment pour servir à l’éducation de la jeunesse, l’an du Seigneur 1830 ».

30 Juin

Histoire de La Jonchère et de son arboretum (6)

(c) L. Bourdelas

Temps révolutionnaires à La Jonchère

En février 1790, M. de Léobardy du Vignaud, trésorier de France du bureau des finances de la Généralité de Limoges, est nommé (premier) maire de La Jonchère (il fut ensuite administrateur du district de Bellac et juge de paix de Laurière). M. Raby du Chéron et M. Raby des Bastilles sont nommés échevins et M. Gérardin procureur syndic. M. de Valeyze est élu secrétaire-greffier[1]. Une garde nationale de la paroisse, constituée de cinquante volontaires, est constituée. Le 14 juillet, on se réunit avec tambour et drapeau pour prêter le serment à la loi et au roi. On dit la messe sur un autel en planches construit sur la place de Laurière[2].

Juste avant la Révolution, en février 1789, Jean Richard (salué pour son éloquence), âgé de 40 ans, issu d’une famille de cultivateurs de Bersac, est nommé curé de la paroisse. Il assiste à l’assemblée du clergé pour la nomination des députés aux Etats Généraux. En 1791, il est prêtre réfractaire (et reçoit la protection de Gérardin et de Valeyze). C’est un certain Gabriel Lafont qui lui succède, mais les paroissiens le mettent en quarantaine et rappellent son prédécesseur qui organise un lieu de culte à la Tantolie. Raby des Bastilles, maire de la commune, tente de l’intimider, ainsi que ses fidèles, avec des hommes de la garde nationale. En 1793, le prêtre est finalement obligé de s’exiler en Espagne. Le 5 mars, le Registre de la Commune de La Jonchère donne une liste de « suspects », privés de particule pour l’occasion : la citoyenne Jeanne Brie, veuve Savignac, et son fils Léonard (en 1794, elle fut conduite en charrette à Limoges puis à la Conciergerie) ; Guillaume Léobardy, la citoyenne Catherine Verthamont son épouse et Thérèse, leur fille ; Léonard Gérardin et son épouse Anne Gay Delage ; la citoyenne Pierre Valize (90 ans), Magdeleine Valeize (80 ans) et Marguerite Valeize (72 ans). Le 24 novembre, les cloches de l’église sont descendues pour être fondues à Limoges et faire des canons pour la défense de la République. Le 30 novembre, on plante un arbre de la liberté avec feu de joie place de l’église, et l’on fait brûler les titres de rentes dues aux Sgr de Vaux et au Sgr du Vignaud. Le 17 décembre, des commissaires révolutionnaires font un discours anticlérical à l’église et renversent des croix sur leur chemin. Durant la Terreur révolutionnaire, un certain Raby du Sirieix, lieutenant criminel à Limoges, fut emprisonné pour « faits d’aristocratie ». Deux membres de cette famille, Joseph et Pierre-Louis Raby du Sirieix, de La Jonchère, émigrèrent en 1791[3]. En 1794, le tribunal criminel de la Haute-Vienne condamne François Rivière, instituteur à La Jonchère, pour avoir recelé des effets nationaux provenant de la maison des enfants émigrés de Françoise de Brie, veuve Savignac.[4] La même année, on ordonne de détruire des tours au Vignaud, car elles sont considérées comme des emblèmes féodaux. Notons que le 26 août 1796, le presbytère fut vendu comme bien national au sieur Raby (le maire ?), pour la somme de 1 440 livres[5]. Une autre personnalité de La Jonchère connut un destin particulier. Martial de Savignac, né au château de Vaux en 1758, prêtre réfractaire de la paroisse de Vaiges, en Mayenne, devint aumônier des chouans à la demande de Jacques Bruneau de La Mérousière, avant de rejoindre le chef chouan Michel Jacquet dit Taillefer. Le jour de Pâques, 27 mars 1796, Martial de Savignac dit la messe à Bazougers devant toute la division. Les Bleus[6] parurent. Le curé se trouva au milieu des combats, jusqu’au moment où deux hommes le dégagèrent et le conduire à l’écart. Malgré les avertissements qu’on lui donna alors de s’éloigner, il revint le 29 avril à Bazougers pour son ministère. Mais il fut surpris dans un verger, lisant son bréviaire, arrêté et conduit à Meslay, puis à Laval. Ses amis, aidés même par des patriotes qui admiraient le curé de Vaiges, mirent tout en œuvre pour sauver sa vie. Un premier jugement, le 7 mai 1796, porta la peine à 15 ans de fers. Des témoins étaient venus déposer que le prêtre leur avait sauvé la vie, et lui-même jura qu’il n’avait eu d’autre désir que de procurer la paix, d’arrêter l’effusion du sang et qu’il n’avait prêché que le pardon. Le général républicain Chabot ordonna la révision du procès, qui fut cassé, et le 9 mai 1796 fut formée une nouvelle commission militaire devant laquelle Martial de Savignac parut sans illusions. En entendant la sentence de mort à 5 heures du soir, il ne dit que ces mots en levant les yeux au ciel : In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum[7]. Il fut fusillé le mardi 10, à midi, sur la place du Gast à Laval[8]. Ses deux frères, Léonard et Joseph de Savignac avaient participé à l’expédition de Quiberon. Organisé afin de prêter main-forte à la Chouannerie et à l’armée catholique et royale en Vendée, le débarquement des émigrés espérait soulever tout l’Ouest de la France afin de mettre fin à la Révolution française et de permettre le retour de la monarchie. Il fut repoussé le 21 juillet 1795 et échoua. Les frères Savignac furent fusillés le 28 août et le 1er septembre 1795, parmi  748 autres condamnés. Leur mère Françoise de Brie de Soumagnac (1724-1801) fut emprisonnée à Limoges[9].

Lorsque les derniers religieux furent sortis de l’abbaye de Grandmont, Mgr d’Argentré fît distribuer aux paroisses du diocèse les reliques et les reliquaires de son trésor. Une partie des richesses qui le composaient, a pu, grâce à leur éparpillement sur tous les points du diocèse, échapper au vandalisme révolutionnaire. Ainsi furent réservées pour La Jonchère des reliques de deux compagnons de saint Maurice, martyrs, sans reliquaire.[10]

Un document publié par Jacques de Léobardy indique qu’une épidémie a tué trente personnes dans la force de l’âge à La Jonchère, entre septembre 1796 et janvier 1797. En 1797, la récolte des foins et des blés s’est levée sans une goutte d’eau. L’été 1798 est particulièrement sec et les fontaines n’ont plus d’eau. La même année, la récolte de châtaignes est particulièrement abondante et en décembre 1799, on cueille encore des roses dans le jardin du Vignaud[11].

[1]                      Peut-être s’agit-il de Pierre Candide de Valeyze, né vers 1736 et mort après 1793, fils de Pierre (chirurgien) mentionné comme « milicien, tailleur d’habits Chez-Brouillaud » ? (source : site Geneanet).

[2]                      J. de Léobardy, Une histoire de famille, auto-édition, Lavauzelle-Graphic (Panazol), 1998, p. 112.

[3]                      B.S.A.H.L., t. 75, 1934, p.31.

[4]                      B.S.A.H.L., t. 45, 1897, p. 539.

[5]                      A. Lecler, Dictionnaire historique…, déjà cité, p. 393.

[6]                      Républicains.

[7]                      Ô Seigneur, entre tes mains je remets mon esprit.

[8]                      « Martial de Savignac », dans Alphonse-Victor Angot, Ferdinand Gaugain, Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Goupil, 1900-1910.

[9]                      A. Lecler, Dictionnaire historique…, déjà cité, p. 395.

[10]                    B.S.A.H.L., t. 60, 1910, p. 437.

[11]                    Une histoire de famille, déjà cité, p. 132.

23 Juin

Histoire de La Jonchère et de son arboretum (5)

Le Vignaud, par L. Bourdelas

Le Vignaud, ancienne carte postale (c) P. Colmar

La croix des prisonniers, par L. Bourdelas

 

 

Des Temps modernes à l’Ancien Régime

Un bas-relief – anonyme –, provenant d’une chapelle aujourd’hui démolie, a été logé dans une muraille au Vignaud. Il représente la Nativité et date probablement du XVIème siècle. La Vierge est représentée à genoux, les mains jointes, cheveux flottants sur les épaules. Elle adore l’Enfant divin, étendu tout nu sur une claie d’osier. En face d’elle, saint Joseph, à la barbe opulente et frisée, relève son manteau de la main gauche et tient de la main droite un objet cylindrique, sans doute une chandelle. Le bœuf et l’âne, minuscules, sont au second plan. Le fond de la scène est occupé par un massif de rochers où se déroule un tableau champêtre. Un jeune berger vêtu d’un bliaud court, coiffé d’un capuchon, tend le bras droit vers le ciel, des moutons paissent ou dorment. Sur la gauche, un autre berger, un adolescent, est assis et porte un doigt à ses lèvres. Il regarde le groupe de la Sainte Famille[1].

Au XVIe siècle,  la Réforme trouva en Limousin des adeptes convaincus et des martyrs; tel un malheureux vicaire de La Jonchère, Guillaume du Dognon, qui fut brûlé en 1555, au pilori de la place des Bancs à Limoges.[2]

A La Jonchère, au XVIIe siècle, les sieurs de Valèze, qui paraissent avoir rempli des offices de plume, tiennent aussi journal des événements importants ou curieux de la contrée. Mais leur œuvre, restée manuscrite, est mal connue.[3]

Pailler évoque l’existence d’une prison à « La Croix des Prisonniers » et observe, en 1921, qu’il ne reste « qu’un amas de pierres surmontées d’un magnifique calvaire en granit que la famille de Léobardy a fait édifier sur l’emplacement. »

Les vieux documents nous livrent parfois de savoureuses informations, ainsi la mention de « M. Christophe Rivière de Traymond, prêtre en 1749, curé en 1750, d’un caractère violent, emporté, inquiet, chicanneur, de mauvaise foy en affaires, ahi (sic) et craint dans sa paroisse. »[4]

La paroisse de La Jonchère entretenait un milicien. Le 6 février 1756, Pierre Chardon, cardeur, s’engage pour servir pendant six ans de milicien pour la paroisse, moyennant la somme de cent vingt livres.

Pailler a consacré un chapitre de sa petite monographie à l’organisation de la charité à La Jonchère. Depuis au moins le règne de Louis XIV, il existait un « conseil, ou bureau de charité » d’une dizaine de membres choisis par les notables de la paroisse, examinant famille par famille la situation de tous les pauvres qui lui étaient signalés « et attribuait à chacun d’eux, non pas une aumône uniforme, mais un secours qui allait jusqu’à le nourrir complétement, si besoin était. »

Notons qu’une native de La Jonchère fut l’une des « Demoiselles de Saint-Cyr » : Marie Françoise de Savignac-Vaux, née le 9 novembre 1763, jusqu’au 17 juillet 1775, date à laquelle elle mourut[5]. La Maison royale de Saint-Louis était un pensionnat pour jeunes filles créé en 1684 à Saint-Cyr (actuelle commune de Saint-Cyr-l’École, Yvelines) par le roi Louis XIV à la demande de Madame de Maintenon qui souhaitait la création d’une école destinée aux jeunes filles de la noblesse pauvre. La mère de Marie Françoise, Françoise de Brie-Soumagnac, dont nous reparlerons, avait été pensionnaire de 1733 à 1743, ainsi que ses sœurs.

[1]                      Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, t.78, 1939, p. 142.

[2]                      B.S.A.H.L., t. 52, 1903, p. 47.

[3]                      B.S.A.H.L., t. 34, 1887, p. 36.

[4]                      Chartes, chroniques et mémoriaux pour servir à l’histoire de la marche et du Limousin, publiés par Alfred Leroux, et feu Auguste Bosvieux, Tulle, 1886, p. 435.

[5]                      « Les Demoiselles de Saint-Cyr », liste du département de la Haute-Vienne, site des Archives départementales des Yvelines. Et site Geneanet.

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