21 Avr

Un moment historique à la chapelle St-Aurélien de Limoges

Le mercredi 20 avril, à l’occasion d’une rencontre privée entre les Confréries concernées et les Compagnons du Tour de France, pour la première fois dans l’histoire, les reliquaires de Saint Aurélien (ci-dessus) et de Saint Martial (ci-dessous) ont été mis en contact dans la magnifique chapelle de la rue des Bouchers.

Un moment tout à fait exceptionnel, au coeur des Ostensions limousines, alors que la Cité des Métiers et des Arts accueille l’exposition Ostendere.

Cliquer ici pour accéder au site présentant l’exposition…

12 Avr

Des photographies inédites du bombardement du Puy-Imbert par les Alliés en 1944

Dans la nuit du 23 au 24 juin 1944, grâce aux renseignements de la Résistance, les Alliés bombardent la gare de triage du Puy-Imbert à Limoges, empêchant la circulation des trains pendant plus d’une semaine. Dès le lendemain, les Allemands réquisitionnent la main-d’oeuvre disponible pour déblayer et déminer… sous un soleil de plomb.

M. Filloux, ex chef de gare à Limoges-Bénédictins, a remis ces photographies exceptionnelles à Jean-Marie Bourdelas. Nous les mettons en ligne ci-dessous (tous droits réservés).

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Georges-Emmanuel Clancier, Le temps d’apprendre à vivre Mémoires 1935-1947, Albin Michel, 2016

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Avec ce nouveau volume de ses Mémoires, l’écrivain limousin Georges-Emmanuel Clancier, né en 1914 (« L’Eternité plus un jour », pour reprendre le titre d’un roman paru en 1969), offre un ouvrage fort bien écrit et capital pour ceux qui s’intéressent à la vie et à l’œuvre du poète et romancier – qui nous propose ici des clefs pour comprendre l’élaboration de ses poèmes et romans –, mais aussi au Limousin et à Limoges à cette époque – et il apporte des informations passionnantes –, à la « Résistance littéraire », à l’histoire des revues – ici avec Les Cahiers du Sud, Fontaine puis Centres, fondée avec Robert Margerit et René Rougerie.

Après avoir traversé le XXème siècle avec ses espoirs et surtout ses tragédies, l’auteur du Pain noir a éprouvé le besoin de rédiger ces feuillets autobiographiques qui forment un livre de 550 pages dont le titre reprend un vers d’Aragon, qu’il croisa à diverses reprises : Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard. La première chose que dut apprendre le jeune homme, c’est à vaincre ses lésions pulmonaires, qui l’empêchent d’achever ses études au lycée de Limoges, où des professeurs lui ont donné le goût de la poésie, qu’il commence à écrire lui-même au début des années 1930. A propos de cette époque, il écrit : « Durant ces quatre ou cinq années depuis 1930-1931, je pourrais dire que pour moi vivre s’était quasiment identifié à livre. » Ce ne sont alors que dévorations de livres (romans, poèmes, essais), qui « contaminent » jusqu’à son entourage familial. Clancier appartient à cette étrange cohorte d’écrivains et poètes passés par la montagne magique – comme Eluard et Gala, pour ne citer qu’eux. Peut-être leur faut-il encore plus de souffle pour échapper à la maladie – de souffle poétique et littéraire ? Comme le note Clancier, il faut vaincre les forces de mort en soi au moment où elles obscurcissent l’Histoire (depuis 1932, les nazis ont gagné les élections législatives en Allemagne, depuis 1936, de l’autre côté des Pyrénées, Franco fait la guerre aux Républicains et, en Italie, Mussolini est au pouvoir). Car ce récit est avant tout celui de la vision de la guerre mondiale imposée par le nazisme au Monde, avec ses légions d’atrocités, de la destruction systématique des Juifs d’Europe à celle des civils japonais d’Hiroshima et Nagasaki ou même ceux de Royan. Mais, malgré ces évènements apocalyptiques (parfois « annoncés » par des poèmes prémonitoires), Le temps d’apprendre à vivre est aussi celui d’espérer en poésie, d’aimer Anne Marie Yvonne (étudiante en médecine rencontrée en 1935 épousée en 1939) et de devenir père – de Juliette, d’abord, de Sylvestre ensuite.

Dès le début du livre, un épisode met en lumière l’une des ambiguïtés du temps : Clancier croise une républicaine espagnole dans le train, qui lui lance : « Oui, vous, votre jeunesse se préoccupe de littérature pendant que nous nous battons… Vous ne voyez pas que nous combattons pour vous aussi, là-bas ? pour que, demain, vous puissiez continuer à lire, à vivre, libres ?… Et pourtant, si jamais nous étions vaincus, ce serait votre tour… », avant de proclamer : « No pasaran ! » Bien entendu, la militante a raison ; comme les jeunes qui s’intéressaient à la littérature aussi. Clancier est l’incarnation de la résistance par les lettres, lorsqu’il s’agit – au risque d’être arrêté et, peut-être, déporté – de faire passer des textes de poètes et écrivains de France métropolitaine vers Tanger, où s’est repliée la rédaction de la revue résistante Fontaine, animée par Max-Pol Fouchet. La résistance littéraire, la force des mots d’Aragon ou du Liberté de Paul Eluard, parachutés avec les armes, participe de la résistance en général, celle de De Gaulle et de Jean Moulin, celle de Georges Guingouin, « le préfet du maquis » limousin dont Clancier évoque la mémoire, celle aussi des faux-papiers et des actes administratifs protecteurs qu’accomplit également Georges-Emmanuel Clancier en truquant des listes professionnelles pour protéger des boulangers qui n’en sont peut-être pas ou en accueillant dans son service le frère de Jean Blanzat pour le faire échapper au S.T.O.

S’il éclaire de façon complémentaire à ce que l’on savait par ailleurs de la vie à Limoges et en Limousin sous l’Occupation – jusqu’au terrible massacre d’Oradour-sur-Glane (dont Clancier aurait pu être victime) et aux scènes sauvages de l’Epuration (mêlant étrangement beauté et obscénité lorsqu’il s’agit de fusiller une jeune fille nue sous sa robe légère) –, s’il est ponctué de « moments suspendus » presque en dehors du conflit lors d’échappées familiales ou littéraires, comme dans une ferme du côté de La Croisille-sur-Briance où il convient de se mettre à l’abri, s’il évoque aussi la famille Clancier – des grands-parents de l’auteur jusqu’à sa sœur et ses enfants –, Le temps d’apprendre à vivre propose aussi une magnifique galerie de poètes et écrivains que fréquente l’auteur devenu « poète reconnu ». C’est qu’il est vite accueilli par la revue Les Cahiers du Sud de Jean Ballard, grande revue intellectuelle et littéraire. Le récit commence d’ailleurs par les rencontres culturelles qu’organisent Clancier et ses jeunes amis à Limoges avant-guerre, constitués en « amis de la culture ». On voit fourmiller dans la capitale de la porcelaine tout un petit monde intellectuel et culturel, avec par exemple Georges Blampied, conservateur de la bibliothèque de l’Union des coopérateurs, ou Marc Labatut, jeune professeur d’espagnol, jusqu’au salon d’une Haviland férue de théâtre. Certains écrivent, comme François Dornic, jeune enseignant breton, d’autres vivent en poésie, comme le postier rimbaldien Alexandre Dumas. On croise encore l’un des critiques et auteurs limougeauds d’alors, Raymond d’Etiveaud, ou le peintre Eugène Alluaud, disciple de Guillaumin – l’une des scènes amusantes du livre. Et puis l’on rencontre tour à tour Joë Bousquet (vers la sombre ruelle duquel Clancier part en pèlerinage à Carcassonne), Jean Blanzat – résistant et écrivain d’origine limousine parfois oublié, malheureusement –, Aragon, René Daumal, Queneau (réfugié en Haute-Vienne où il parcourt la campagne en se faisant passer pour un voyant auprès des paysannes afin de récupérer un peu de nourriture…), Michel Leiris, également réfugié en Limousin, comme Kanhweiler (le célèbre marchand d’art), Claude Roy, Pierre Seghers, Pierre Emmanuel, Max-Pol Fouchet, Marc Bernard, prix Goncourt 1942, et son épouse Else Reichmann, juive autrichienne, Jacques Prévert, Sartre et Beauvoir,le photographe Izis Bidermanas, et beaucoup d’autres, parmi lesquels des Limousins de grand talent, comme l’écrivain, peintre et journaliste Robert Margerit – qui semble vouloir vivre hors du temps –, le peintre Elie Lascaux ou l’écrivain Robert Giraud – auteur du Vin des rues. Clancier, qui évolue entre Limousin et Paris, brosse donc le tableau d’une vie littéraire et artistique en des temps plus que dangereux.

Clancier évoque également les premiers balbutiements de Radio-Limoges dont il est l’un des artisans après-guerre, et son entrée comme « grand reporter » au populaire du Centre, livrant même dans ce livre le texte de ses entretiens avec les écrivains Pham Van Ky –  Annamite –, Léopold Sédar Sengor – Sénégalais – et Jean Amrouche – Berbère. C’est une réflexion sur la création francophone – avant même que ce mot soit à la mode.

Ce que l’on voit aussi à travers ces Mémoires, c’est la naissance et l’affirmation d’un vrai poète et écrivain, qui nous raconte même le processus de sa création, par exemple l’écriture d’un poème inspiré par la rencontre avec une jeune vachère dans la campagne limousine ou l’origine du titre Le Pain noir pour sa célèbre saga. Il raconte comment se construit une œuvre importante, nourrie par les sensations quotidiennes et l’Histoire. Il témoigne également d’un humanisme constant, qui justifie l’engagement, éclairé par les trois valeurs essentielles à ne pas oublier en cette époque sombre : « Liberté Egalité Fraternité », qui sont celles de la République, qu’il partage aussi bien avec les écrivains résistants, les maquisards du plateau limousin ou un jeune instituteur croisé dans un bourg rural. Sans jamais être dupe de ceux qui voudraient les anéantir, de Pétain aux staliniens de la « guerre froide » ou aux défenseurs du colonialisme. Debout, toujours, camusien, finalement.

 

31 Mar

Des années noires à Limoges

L’hôpital général de Limoges (Bfm Limoges)

Les années 1690 – 1714 sont terribles pour le Limousin. Les problèmes graves s’y succèdent : gelées fortes et tardives, pluies continuelles, entraînent des crises agricoles et donc alimentaires. Ainsi, l’hiver 1709-1710, dix-sept jours d’une froid extrême font éclater les arbres, cause la mort des pauvres, des oiseaux, du gibier que l’on voit gisant sur le sol durci ; on se réfugie dans les caves pour avoir moins froid. Disettes et épidémies s’accroissent. L’intendant Bernage écrit : « plus j’ai approché de Limoges plus j’ai trouvé de misère et de disette… J’ai été effrayé en abordant ici de la prodigieuse foule de pauvres. » De nombreux mendiants gagnent la ville. Ils y meurent parfois de froid et de faim. Les bourgeois s’inquiètent, on limite les aumônes pour pallier aux risques d’abandons des terres, de sédition et d’épidémie.

L’activité économique décline, le commerce souffre de plus du mauvais état des routes. La crise financière menace et pourtant la fiscalité est forte. La contestation gagne la province, des incidents ont lieu à Limoges on s’en prend à l’intendant, les commerçants font parfois la « grève des boutiques ». En 1702, suite à des rumeurs à propos d’un nouvel impôt, des émeutes éclatent à Limoges : on y voit des paysans, des pauvres, des femmes et même des enfants. Mais les compagnies bourgeoises matent la révolte ; un émeutier est pendu, une femme est fouettée au pilori, marquée au fer, certains sont bannis. Trois ans plus tard, on appelle à se rassembler contre la gabelle. Paysans et pauvres de Limoges se regroupent, armés de pistolets, fusils et autres armes. La maison du fermier de l’octroi est incendiée, le feu gagnant quatorze autres maisons du faubourg Montmailler. La bourgeoisie, elle-même surchargée d’impôts, n’intervient pas.

C’est aussi le temps où l’on pratique certes la charité (les consuls mettent parfois à la charge des habitants un certain nombre d’indigents), mais où l’on « renferme » les mendiants à l’hôpital général (ainsi le 5 décembre 1661, les sergents de police arrêtent les mendiants qu’ils rencontrent dans les rues et les y conduisent). Au milieu du XVIIème siècle, le prêtre Martial Maldent de Savignac est à l’origine de celui-ci, ayant fait entreprendre des travaux de réfection de la partie de l’hôpital Saint-Gérald à conserver et la construction de deux ailes nouvelles. Les sœurs hospitalières de Saint-Alexis, communauté fondée par Marie de Petiot, et les Prêtres de la Mission gèrent le lieu. On fait travailler les enfermés misérables, on veille à leur « salut », il est interdit de se parler entre hommes et femmes, de blasphémer, de s’aviner, de chanter des chansons profanes, de circuler librement, sous peine du fouet, du carcan ou de la prison. Les prostituées ou les femmes infidèles peuvent aussi être enfermées au Refuge, près de l’hôpital ; parmi les humiliations subies, indique Georges Vérynaud : « se mettre à genoux, demander pardon en public, lécher la terre, porter des habits salis, aller en cellule au pain sec et à l’eau, avoir les cheveux rasés. » L’hôpital reçoit aussi les enfants abandonnés, dont la vie est souvent bien courte. Ici, c’est bien « surveiller et punir », pour reprendre le titre de l’ouvrage de Michel Foucault et il faut attendre la fin du XIXème siècle pour que l’hôpital se consacre exclusivement aux soins des malades.

La population se serre à l’intérieur des remparts. Des logements ont été construits partout où c’était possible, les maisons sont en bois et torchis (ce qui facilite les incendies), on élève des animaux dans les cours. Certes, il y a des andeix (des places où se tiennent des marchés) mais la ville est obscure et sale, l’équipement sanitaire insuffisant, on fait ses besoins dans la rue. Les eaux usées, envoyées directement dans les rues, aboutissent dans des ruisseaux et canaux collecteurs. De temps à autre, on ouvre les étangs de la Motte (eux-mêmes remplis d’immondices) pour un grand nettoyage à travers les rues en pente. L’ensevelissement du corps des notables dans les églises rend malsaine l’atmosphère de celles-ci. Des épidémies dysentériques surviennent régulièrement et tuent les plus faibles, comme les enfants. La démographie stagne. Même la maison communale menace ruine : en décembre 1695, les consuls en font dresser l’état des lieux, elle est inhabitable et trop obscure pour y travailler. En 1710, son mur de clôture s’écroule, ce qui provoque enfin des travaux de réfection et de décoration. En février 1715, un incendie ravage le quartier des Combes.

26 Mar

Le sculpteur Marc Petit entre dans l’histoire de Limoges

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Le maire de Limoges, Emile-Roger Lombertie, accueille Marc Petit au Jardin de l’Evêché, le samedi 19 mars 2016 (c) L. Bourdelas

Nul n’est parfait: Marc Petit n’est pas Limousin, il est né le 27 juin 1961 à Saint-Céré (Lot). Selon son site officiel, c’est à Cahors où il passe son enfance, qu’il réalise ses premières sculptures dès l’âge de 14 ans. Il y côtoie deux sculpteurs, anciens élèves des beaux arts de Paris, qui corrigent régulièrement son travail : René Fournier lui apprend les bases du modelage et lui transmet l’enseignement de Marcel Gimond; Jean Lorquin, premier grand prix de Rome lui apporte sa vision, ses connaissances mais aussi une vraie réflexion sur la sculpture. À 24 ans, il présente sa première exposition personnelle à Villeneuve sur Lot.

En 1989, Il est lauréat de la fondation de France puis en 1993 lauréat de la fondation Charles Oulmont.
La même année est organisée une exposition de ses oeuvres au musée Jean Jaurés de Castres. Depuis son travail est régulièrement présenté en Europe dans des foires d’art et en galeries.

En 2005, on pouvait voir près de 150 de ses œuvres au Lazaret Ollandini à Ajaccio. En 2006, la ville de Cahors et le conseil général du Lot lui consacrait une double exposition, au musée de Cahors Henri Martin et au musée Rignault de Saint-Cirq-Lapopie. Le Musée Marc Petit ouvre ses portes le 18 octobre 2008 dans les murs du Lazaret Ollandini à Ajaccio. Eté 2011, le centre d’art contemporain de l’abbaye d’Auberive présente une importante rétrospective dans les parcs et la trentaine de salles du centre d’art. Le 22 octobre 2011 est inauguré L’Espace Marc Petit à la galerie Artset à Limoges. Le 24 mars 2012 ouverture de l’espace permanent ‘Le Clos de Sculpture Marc Petit’ – Galerie le Clos des Cimaises à Saint-Georges-du-Bois (17).

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Guillaume Couffignal face à son four… (c) L. Bourdelas

Pourtant, et c’est fort surprenant, Marc Petit n’avait jamais bénéficié d’un accueil « officiel » de la ville de Limoges, près de laquelle il crée depuis de nombreuses années, en collaboration, notamment, avec la magnifique fonderie de Guillaume Couffignal à Aixe-sur-Vienne. C’est désormais chose faite, la municipalité ayant décidé d’exposer 74 de ses sculptures dans les magnifiques jardins de l’Evêché, près du musée des Beaux-Arts. Dans le même temps, la galerie Artset offre au regard des pièces récentes et inédites de l’artiste. De plus, Marc Petit vient d’arriver en tête d’une enquête de Miroir de l’art demandant à un millier de galeristes quel était, selon eux, les plus grands sculpteurs français vivants. L’artiste entre ainsi dans l’histoire de Limoges en y proposant sans doute l’une des plus belles expositions jamais accueillies en ces lieux, depuis que le voyageur anglais Arthur Young en avait dit le plus grand bien à la veille de la Révolution: « L’évêque actuel a édifié un grand et beau palais, et son jardin est ce que l’on peut voir de plus beau à Limoges, car il domine un paysage dont la beauté peut difficilement être égalée ; il serait vain d’en donner une description plus développée que celle qui est strictement nécessaire pour pousser les voyageurs à le contempler. Une rivière serpente à travers la vallée, environnée par des collines qui présente l’ensemble le plus gai et le plus animé de villas, de fermes, de vignes, de prairies en pente et de châtaigniers, si harmonieusement mêlés qu’ils composent un tableau vraiment délicieux. »

La sculpture de Marc Petit, dans la lignée de prestigieux prédécesseurs, dit l’Humain, dans sa fragilité et sa souffrance, dans l’angoisse, sans doute, mais aussi une intemporalité séculaire et magnifique. Se promener au milieu de ses oeuvres constitue une formidable aventure méditative et même philosophique.

20 Mar

Ces étranges ostensions …

 

En 2007, Jean-Marie Allard et Stéphane Capot ont publié une captivante Histoire des Ostensions – cette pratique religieuse (certains – comme Calvin – parleraient de superstition…) qui consiste, depuis au moins le XIIIème siècle, à célébrer les ostensions des reliques des saints limousins, conservées dans de magnifiques reliquaires, en commençant par la reconnaissance du crâne de saint Martial.

Ce furent d’abord des cérémonies pour tenter de se protéger contre les malheurs des temps : épidémies, famines ou guerres, qui finirent par s’institutionnaliser et revenir régulièrement, tous les sept ans, à partir du XVIème siècle. Malgré une interdiction partielle de 1870 à 1945 par la municipalité de Limoges, les Ostensions reprennent de plus belle par la suite, avec le clergé, les dix confréries concernées, les autorités civiles, les fidèles et… les touristes.

A l’occasion des cérémonies de 2009, les libres penseurs ont attaqué en justice les collectivités locales qui avaient accordé des subventions pour les organiser. Les juges du Tribunal Administratif leur ont donné raison. En décembre 2013, les Ostensions limousines sont inscrites au patrimoine immatériel de l’Unesco. « Finalement, cela a été une reconnaissance positive que ces manifestations sont évangéliques et chrétiennes, pas simplement folkloriques, analyse aujourd’hui le P. Mallet-Guy. Comme toute manifestation religieuse profonde, elles créent une identité, du patrimoine. Il n’y a pas d’ostensions sans création, en termes de décoration des villes, de musique religieuse… Du culturel est produit à partir de l’événement religieux. C’est cela que l’Unesco a reconnu. » (La Croix). Les Ostensions participent bien, depuis longtemps, de l’identité limougeaude et limousine. Elles témoignent de l’attachement d’une partie de la population aux saints locaux, parfois issus des temps païens et, vraisemblablement, celtiques.

11 Mar

Limoges, la ville des trolleys

Bénédictins (nouv. gare des) 048-1 - campanile - trolleybus (1960) - Photothèque P. Colmar

(c) Photothèque Paul Colmar – Limoges années 1950 1960 1970, Geste Editions

Une rumeur traverse la ville selon laquelle le maire souhaiterait que les fils des trolleys disparaissent du ciel limougeaud. La fièvre monte et on lance une pétition contre la suppression de ces véhicules de transport en commun emblématiques de la cité porcelainière. Car oui, Limoges est bien la ville des trolleys.

Le tramway électrique se développa et connut un véritable succès à Limoges à la fin du XIXème siècle puis fut modernisé de 1928 à 1932. En 1933, la C.T.E.L., compagnie qui le gérait, proposa à la Ville une modernisation complète du réseau et l’adoption du trolleybus ; l’année 1935 marque le lancement du projet, suite à un voyage d’études d’élus et de fonctionnaires – conduits par Léon Betoulle – à Liège, ville pionnière dans l’introduction de ce moyen de transport. « Limoges est la première grande ville française à décider la transformation complète de son réseau de transport urbain en adoptant la technologie manifestement la plus moderne de l’époque », note Christian Buisson. Après divers obstacles – dont la déclaration de guerre –, la première ligne est inaugurée le 14 juillet 1943, ce qui n’est pas un hasard. A la Libération, la municipalité Guingouin voulut exploiter le réseau en régie directe, ce que ne permit pas le retour de Léon Betoulle. Celui-ci conduit lui-même le dernier tramway au dépôt en mars 1951. En juillet suivant, le programme fixé en 1938 est achevé et l’on peut organiser un défilé de trolleybus pavoisés à travers la ville. De 1954 à 1984, la Compagnie des Trolleybus de Limoges gère le réseau et le développe. Elle est l’un des principaux employeurs de la ville (chaque véhicule dispose d’un conducteur et d’un receveur). Le trolley (à prononcer avec l’accent limougeaud) s’inscrit dans le paysage ; les habitants s’attachent aux différents modèles : CB.60, gris puis rouge et blanc ; ER.100.H. Progressivement, Limoges s’étendant, les lignes sont prolongées jusqu’à la périphérie. Au lieu de remplacer, comme ailleurs, les trolleys de petite capacité par des autobus, la C.T.L., en accord avec le maire Louis Longequeue, décide de racheter 24 trolleys en bon état à prix intéressant à la R.A.T.P. Au fil du temps, la modernisation s’amplifie ; par exemple avec l’apparition des oblitérateurs automatiques). A partir de 1985, la Société des Transports en Commun de Limoges prit l’exploitation, la propriété des installations et du matériel roulant étant reprise par la Ville. Les années 1990 voient notamment la mise à niveau technique du réseau de lignes aériennes et d’alimentation électrique, une volonté d’Alain Rodet, le nouveau maire. En 2002, le nouveau Centre d’exploitation voit le jour au Clos Moreau (site historique), où sont regroupés administration, exploitation et maintenance. A partir de 2006 furent mis en service les nouveaux trolleys : les Cristalis (Irisbus) puis les Swisstrolley (Hess). Un véhicule a par ailleurs été décoré avec les personnages des « Légendaires », d’après la bande dessinée du limougeaud Patrick Sobral. On peut voir ailleurs dans cet ouvrage qu’un restaurant de la rue des Grandes Pousses porta le nom de « Trolley », avec du mobilier issu du célèbre moyen de transport – qui inspira également la troupe théâtrale Asphodèle pour l’une de ses créations, sur un texte de Joël Nivard.

06 Mar

1605 : Henri IV visite Limoges

 (c) Oratoire du Louvre

            Le 30 juillet 1845, l’archiviste de la Haute-Vienne A. Leymarie offre au duc et à la duchesse de Nemours le récit de la visite à Limoges d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret en 1556, et celle d’Henri IV, en 1605, annoncée aux consuls par le duc d’Epernon, gouverneur en Limousin. C’est à lui que nous empruntons pour évoquer cette venue.

La préparation de l’accueil du roi occupe trois semaines. Henri IV fait d’abord une entrée « sans cérémonie», comme vicomte, 30 000 personnes criant « Vive le Roy ! ». Six jours (pluvieux) après, il décide de faire son entrée royale (cette fois sous le soleil), au départ de Montjovis, où il commence par dîner avec les princes du sang, maréchaux de France, officiers et chevaliers. Prenant ensuite place sur un trône surélevé sous un dais, décoré de velours violet et de fleurs de lys dorées, il assiste à la procession du clergé, composée de 300 religieux avec leurs croix, qui passent en chantant, puis de 1 500 hommes des neuf compagnies des troupes de la ville, en tenues colorées, avec leurs bannières et au son des fifres et des tambours. Leur commandant prononce quelques mots de fidélité à l’égard du roi. Suivent cinquante jeunes hommes des familles réputées de la ville, en manteau écarlate, à cheval, précédés par des trompettes et clairons. Ceux-ci se proclament « très humbles, très obéissants et très fidèles sujets et serviteurs. » Viennent ensuite le vice-sénéchal et ses lieutenants, puis les hommes de Justice, en tenue, qui se mettent tous à genoux devant le souverain, tandis que le président Martin livre en leur nom un autre témoignage de fidélité et d’obéissance. Les consuls arrivent, montés à cheval, en robes de velours, accompagnés par les sergents, et par les bourgeois les plus notables. A chaque fois, le roi – dont on mentionne le visage joyeux – répond. On part ensuite vers la ville. Les consuls accompagnent Henri IV vers la porte Montmailler, décorée de rameaux et de peintures (représentant notamment un autel dédié à la clémence du roi), notamment par une statue de Lemovix, mythique fondateur de la ville, tenant dans sa main droite une clef d’argent et dans l’autre un cœur enflammé. Musiciens et chanteurs participent de l’accueil. Un enfant déguisé en ange apporte les clefs de la ville au monarque : « Avec ces clefs, les biens mêmes, la vie/De ce peuple est acquise à votre Majesté… » Depuis les Arènes, les canons de la ville se mettent à tonner. Les six consuls élèvent un somptueux poile coloré au-dessus du roi. Partout, sur le trajet, les maisons sont décorées, la foule se presse jusqu’aux toits, venue de toute la province, et crie « Vive le Roy ! ». Le cortège arrive à Saint-Martial – elle-même décorée – tandis que les cloches sonnent à toute volée. Henri IV est accueilli par l’évêque et par les religieux puis s’avance dans la nef parée comme le chœur de velours et de tapisseries, de rameaux de laurier et de lierre, tandis que s’élève le Te Deum. Les trésors sont ouverts, ainsi que le reliquaire du saint Patron de la ville. Lorsque le roi et les consuls sortent en direction du logis royal, sous une lune éclatante, torches et flambeaux éclairent les rues comme en plein jour.

Le lendemain, les consuls en grande tenue offrent à Henri IV deux médailles d’or le représentant ainsi que le Dauphin.

 

En 1610, après l’assassinat du roi, les consuls font parvenir leurs condoléances à la Reine-Mère et à Louis XIII, les assurant de la fidélité du Château.

04 Mar

La place des Bancs

Bancs (pl des) 050-2 - marché (circa 1960) (89 - Iris-Théojac) - Photothèque P. Colmar

(c) photothèque Paul Colmar – Limoges années 1950 1960 1970 (Geste Editions)

Bancs (pl des) 051-1 - marché (1970) (sn - Théojac) - Photothèque P. Colmar

En haut vers 1960, en bas vers 1970.

On note le magasin  Pomona, Eram, le Café des Girondins ou encore, à gauche, la boutique de l’ancien résistant Lecomte-Chaulet. En arrière-plan, l’églsie Saint-Michel-des-Lions. Les « bancs » sont les étals séculaires du marché.

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