17 Nov

Saint-Emilion: un château conteste en justice la vente d’un grand cru classé à Clarins

Un grand cru de Saint-Emilion a entamé une action en justice pour faire annuler la vente pour 75 millions d’euros d’un château voisin au groupe cosmétique Clarins, estimant avoir été « lésé » par la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer), a-t-on appris mardi auprès de son gérant.

Château Beauséjour HDL © CF

Mathieu Cuvelier, gérant de clos Fourtet, premier grand cru classé B de Saint-Emilion, a expliqué à l’AFP avoir le sentiment d’être le « dindon de la farce » et d’avoir été « considéré de façon déloyale » dans cette procédure de vente gérée par la Safer Nouvelle-Aquitaine au nom des vendeurs, la famille Duffau-Lagarosse.

Selon lui, clos Fourtet avait initialement été désigné en novembre 2020 comme acquéreur par une majorité des associés propriétaires du château Beauséjour, propriété de 6,24 hectares plantés également classée B et dans le giron des Duffau-Lagarosse depuis 1847.

Mais une fois devant la Safer, société à but non lucratif placée sous tutelle de l’Etat et qui intervient légalement dans ce type de cession, « on s’est rendu compte qu’on avait été totalement ignorés », a ajouté M. Cuvelier.

En avril, la Safer avait attribué le château à la société Beauséjour Courtin, menée par la famille Courtin-Clarins (groupe Clarins) et Joséphine Duffau-Lagarrosse, « sous la condition de garantir et de sécuriser l’installation » de cette dernière en « jeune agricultrice ». La Safer avait indiqué avoir examiné trois autres offres, sans les nommer.

Joséphine Duffau-Lagarrosse, jeune trentenaire, ne s’était dans un premier temps pas manifestée pour se porter acquéreuse, faute de soutien financier, selon le site spécialisé Vitisphère, qui a révélé mardi l’action en justice du clos Fourtet.

Me Christine Jaïs, avocate de clos Fourtet, a expliqué à l’AFP que la famille Cuvelier demandait la nullité de la vente de Beauséjour au motif notamment que la décision de la Safer était « irrégulière » et que les conditions attachées à cette décision n’avaient « pas été respectées ».

Une première audience est prévue le 6 décembre au tribunal de Libourne.

M. Cuvelier a par ailleurs dit espérer que cette démarche judiciaire permette de « mettre au ban » les « pratiques un peu décriées » de la Safer.

Sollicitée par l’AFP, la Safer n’a pas répondu.

AFP