21 Avr

Yves Beck sur le millésime 2019 à Bordeaux : « quand on a autant d’homogénéité, on est sur une grande année… »

Notre ami Yves Beck, le critique suisse surnommé le « Beckustator », confiné à Bordeaux avant même le début du confinement vient de sortir ses commentaires et notes sur 638 vins de Bordeaux dégustés sur le millésime 2019. Il est un des rares critiques à avoir pu faire cet exercice et à sortir ses notes.Il est l’invité exclusif de « Parole d’Expert » pour Côté Châteaux.

© Yves Beck, le critique en vins suisse, en dégustation début mars

Jean-Pierre Stahl : « Bonjour Yves Beck, en fait vous êtes confiné en France et à Bordeaux depuis le début du confinement et même bien avant ? »

Yves Beck : « je suis arrivé le 28 février, j’avais un voyage avec des clients suisses pour visiter des châteaux et plutôt que de retourner en Suisse, je me suis dit que j’allais commencer ma session de dégustation du millésime 2019 le 6 mars, un peu plus tôt que d’habitude. Donc entre le 6 et le 16 mars, cela m’a permis de déguster pas mal de vins avant le confinement, entre 200 à 250 vins ».

« A partir du 17 mars, la donne a changé, si je retournais en Suisse, j’étais obligatoirement placé en quarantaine (car venant de France) et mon épouse qui est infirmière ne devait plus aller à l’hôpital, on a trouvé plus judicieux que je reste confiné en France. Cela s’est su et des amis oenologues se sont arrangés pour me faire parvenir des échantillons à Saint-Emilion, au château La Voûte »

Jean-Pierre Stahl : « Vous êtes confiné, confiné à déguster, c’est original…mais avec des conditions de dégustations particulières ? »

Yves Beck : « Les conditions finalement sont optimales. On réceptionne les bouteilles, les gens déposent les échantillons devant le portail, on prend des gants, on les stock et met au chai au moins 24h, avec toutes les règles d’hygiène, elles sont stockées à 13-14° maxi.

Quant à la dégustation elle est vraiment top: je suis seul à un endroit, même si ce n’est pas une méthode de travail que j’aime car j’ai envie d’habitude de rencontrer les gens qui font le vin, mais là je comprends certains critiques, c’est pratique, efficace et pour la sérénité, c’est pas mal. »

JPS : « Par rapport aux détracteurs qui pourraient dire que Yves Beck n’a pas jouer le jeu, Yves Beck au contraire est resté confiné ? »

Yves Beck : « Complètement, depuis le 17 mars, je n’ai plus quitté le château la Voûte. Quand je le quitte, c’est juste pour faire des courses ou marcher un peu, avec mon autorisation de déplacement dérogatoire. Mais je joue complétement le jeu du confinement, c’est tout-à-fait normal ».

« Et je me tiens aussi aux directives de l’Union des Grands Crus de Bordeaux. J’ai dégusté un bon tiers des crus classés de l’UGCB, on m’a demandé, et non imposé, si j’étais OK de ne pas publier mes commentaires et notes, ce que j’ai fait. Mais si un château me demande mes commentaires et notes, je les lui donnerai, ce qu’il en fait cela ne me regarde pas. De toute manière, tous les vins de l’UGCB que j’ai goutés, c’était avant les directives de l’Union. Il n’y a pas eu de château qui disait on donne nos vins à goûter à Yves Beck on s’en fout.  Non, s’ils le font ce sera après le confinement et de manière collégiale et groupé…Sans les vins de l’Union, on m’a présenté 638 vins, cela montre quand même un intérêt… »

JPS : « Alors quels types de vins, Yves ? »

Yves Beck : « J’ai dégusté de tout, de toutes les régions, du Médoc à l’Entre-Deux-Mers, ceux que j’ai dégusté le moins ce sont ceux de Pessac-Léognan (il faut dire qu’il y a beaucoup de crus classés (rires)), beaucoup de Médoc, de Haut-Médoc, Pauillac, Saint-Estèphe, Saint-Emilion en force, Pomerol, Fronsac, et quelques Sauternes mais pas beaucoup, mais cela m’a inspiré, de haut niveau. »

JPS : « Au final quel est votre ressenti sur le 2019 ? »

Yves Beck : « Par rapport au 2019, on a des bons vins partout. Saint-Emilion, Saint-Estèphe ressortent du lot. C’est un indice très important, que ce soit un Médoc, un Entre-Deux-Mers, un Fronsac, un Pauillac, autant en blanc qu’en rouge, en sec qu’en doux…

Quand on a autant d’homogénéité, on est sur une grande année, pas une année exceptionnelle, mais une grande année », Yves Beck.

« On a beaucoup de fraîcheur sur les 2019, de beaux tanins, belles structures, acidités et de beaux équilibres, ce qui fait qu’on va les savourer dans leur jeunesse mais aussi ils ont cette capacité de garde que l’on recherche à Bordeaux, avec des vins sur plus de 20 ans, sans problème. »

2019 est donc une grande année qui arrive dans un contexte malheureux, mais il y a de belles perspectives avec ce millésime »

© Yves Beck avec Eric Boissonot le 10 mars dernier

JPS : « C’est une année en 9 en prime, et souvent ces années en 9 sont réussies… »

Yves Beck : « Tout-à-fait, quand on reprend le 99 c’était une bonne année sur la fraîcheur, 2009 une année chaleureuse avec du gras, du corps, des vins suaves et tanniques…

2019, ce qui le différencie, il a bien plus de corps qu’en 1999 et plus de fraîcheur qu’un 2009″

« La loi des 9 est assurée, avec aussi 1989, si je me souviens bien une année chaude et sèche… »

JPS : « Est-ce que la sécheresse en 2019, cela a joué ? »

Yves Beck : « C’est clair que les terroirs calcaires, ils ont joué leurs atouts. Ce sont eux qui arrivent le mieux à gérer le stress hydrique. Saint-Emilion a profité de son terroir calcaire, tout comme Fronsac qui s’en est bien sorti…

« Si on regarde du côté de Saint-Estèphe, ils ont eu une parfaite maturité des cabernet-sauvignons, difficiles à détrôner, Saint-Estèphe sur 2019, cela donnera de grands vins…A Pomerol, ça a été un peu plus compliqué avec des sols sableux, mais les argiles ont joué, c’est plus en dents de scie que d’habitude. »

En résumé parfaite maturité des cabernet-sauvignons sur la rive gauche et avantage aux beaux terroirs calcaires en Saint-Emilion et Fronsac, il ya une belle complémentarité ».

JPS : « On peut dire que c’est un millésime sauvé des eaux ou plutôt de la canicule, grâce aux mois d’août et septembre ? »

Yves Beck : « Les pluies en août ont été salutaires, on a eu l’impression que la météo était réglée comme une horloge suisse, s’il n’y avait pas eu ces épisodes, cela aurait été encore plus compliqué, cela aurait manqué surtout de fraîcheur et d’équilibre… »

Il y a du pep’s, de la gniaque, dans un style très complet. On a de l’ampleur, de très belles notions d’équilibre avec surtout de la fraîcheur.

JPS : « Et vous avez déjà publié vos notes et commentaires…? »

Yves Beck : « J’ai sorti un premier carnet avant hier avec 638 vins qui sont présentés. Le gros est passé, je ne vais pas attendre, attendre, c’est la première partition. Mais déjà j’ai reçu une cinquantaine d’échantillons supplémentaires, arrivés depuis le 18 avril, évidemment tout le monde n’était pas au courant que j’étais là. il y aura une deuxième carnet avec une centaine de crus et potentiellement un troisième avec la dégustation de l’Union, mais on ne sait pas où ni comment ? Mais je préfère me concentrer sur ce que j’ai à faire. »

JPS : « Et vous notez sur une échelle de 100 comme Robert Parker autrefois. »

Yves Beck : « Je travaille toujours sur des notes potentielles en dégustation primeurs, on déguste à un instant T, on déguste quelque chose en cours d’élevage. Mes meilleures notes on été décernées à Lafleur à Pomerol 98/100 et à Tertre Roteboeuf à Saint-Emilion 98-99/100, mais ce qui est aussi réjouissant c’est château Lousteauneuf qui obtient 95-97 en Cru Bourgeois, cela montre la capacité du propriétaire à produire de grands vins mais aussi la logique d’un grand millésime où l’on voit des crus plus modestes dans la course.

« J’utilise les notes entre 80 et 100/100, en dessous comme 75 cela n’intéresse personne et je suis davantage Das une logique positive. La critique est dans la note, si vous obtenez 90 c’est très bien mais il vous manque 1à pour aller à 100. Je suis plus dans le positif, cela ne m’intéresse pas de dire du mal, il faut être respectueux des gens qui produisent du vin et c’est mon approche.. »

JPS : « Ce n’est pas l’Ecole des Fans tout de même où tout le monde a gagné…? »

Yves Beck : « Non, mais si ton gamin rentre de l’école et te dit qu’il a obtenu juste à 88 sur 100 questions, tu ne vas pas lui foutre une claque, tu vas lui dire bravo c’est bien tu connais bien la matière, mais 88 dans le milieu ça ne vaut pas assez, on commence à s’intéresser à toi si tu as 92 points ou plus, c’est dommage mais c’est comme cela. A 88, j’ai des petits vignerons qui me remercient d’avoir eu 88 points, et y en a d’autres plus grands qui râlent quand j’ai mis 92 à leur vin… »

JPS : « Par rapport à Robert Parker qui a fait la pluie et le beau temps à Bordeaux, et qui a laissé un grand vide, vous êtes plusieurs critiques à vous exprimer aujourd’hui, est-ce que vous l’avez tous remplacé…? »

Yves Beck : « A court et à moyen terme, une telle influence comme Robert Parker a eu, il n’y en aura plus ! C’était mon idole, quand j’étais adolescent j’étais fasciné par ce gars, j’achetais les vins qu’il notait et je les goutais, j’étais un grand fan. C’est un peu grâce à lui et par goût que je suis devenu dégustateur et critique e vins; mais une telle domination et suprématie, c’est dangereux, à l’époque Bordeaux l’a acceptée. 

Le monde des critiques doit être coloré et multiple, aujourd’hui il y a beaucoup plus de dégustateurs et de consommateurs qui s’impliquent et qui commentent, cela s’est démocratisé et diversifié, il y a presque autant de dégustateurs que d’entraîneurs en foot »

James Suckling est très actif à plein d’échelles, sur les vins américains Italiens, Bordelais, il joue sur beaucoup de tableaux, il est très suivant aux USA ou en Asie, il y a aussi Neal Martin, Jeb Dunnuck  très influent sur les Usa mais plus axé Vallée du Rhône et Lisa Peretti du Wine Advocate sur Bordeaux.

« Si on regarde, le consommateur est intéressé, c’est fondamental d’avoir différents sons de cloche et c’est bien que ce monde de critiques soit coloré, c’est plus attractif, plus fun, plus dynamique aussi. Cela ne m’intéresse pas d’être un grand critique mondialement reconnu, je vis de mon métier et je partage le plaisir du vin. C’est vrai que j’ai grandi depuis deux ans, mais je n’ai pas de prétention surdimensionnée, vivre de la critique de vin, c’est tout sauf évident mais je me dédie 100% à cela, j’aime mon métier ».

Pour tout savoir et suivre Yves Beck c’est ici

19 Avr

Côté Châteaux au plus près des vignerons en proie aux intempéries

Durant cette période de confinement difficile pour tous, Côté Châteaux continue de vous tenir au courant de l’actualité du monde du vin et en premier lieu des vin…tempéries qui ont touché de nombreux vignerons à Bordeaux, Bergerac, et ailleurs. Merci pour votre suivi et votre fidélité… #laVigneContinue.

Les dégâts de la grêle sur la vigne ce vendredi en Gironde © Sophie Aribaud

Allez pour faire un clin d’oeil à notre cher chanteur Christophe disparu, « et j’ai crié, crié…la vigne, pour qu’elle revienne… » C’est un peu une double tristesse en ce moment d’avoir perdu notre célèbre chanteur, emblème national, et pour les vignerons de Bordeaux très impacté par la grêle, d’avoir vu disparaître leurs bourgeons et leur espoir de récolte. Ils sont quelques-uns à avoir tout perdu en 5-10 minutes vendredi soir à cause de ces satanés orages de grêle, en avril, du jamais vu. A Saint-Cibard, dont on parlera ce soir sur France 3 Aquitaine, à Saint-Méard-de-Gurçon dont nous avons évoqué la situation hier soir dans le  19/20 ou encore à Moulon ou Grézillac…la vigne a souvent été hachée, laissant un paysage hivernal après la grêle.

Vendredi soir dès 18h45, grâce à son réseau, Côté Châteaux vous a alerté sur l’intensité de ces premiers épisodes de grêle sur la Gironde à Moulon, Grézillac et autour de Saint-Emilion, épisodes qui se sont poursuivis en Dordogne dans l’appellation Montravel notamment. Un article (De fâcheux épisodes de grêle en cet fin d’après-midi sur le vignoble de Bordeaux et celui de Bergerac) actualisé dans la soirée et encore toute la journée de samedi, faisant un tour d’horizon assez complet des vignobles concernés et donnant la parole aux vignerons touchés. Vous avez été 20 000 personnes à lire cet article, 6500 à liker sur les réseaux sociaux et notamment Facebook, c’est un retour qui montre non seulement le sérieux des informations, mais aussi la réactivité grâce aux vignerons, responsables de syndicats et conseillers viticoles et le CIVB, interrogés, et cela montre aussi l’ampleur du phénomène de grêle.

Fin mars, début avril, les vignerons très sollicités sur ce millésime 2020, avaient du faire face au gel, 10 jours intenses avec 6 à 7 matinées en dessous de 0° dans plusieurs endroits et quelques dégâts. Là aussi Côté châteaux a consacré 3 articles au gel et à ce combat acharné des vignerons, avec un pic les vendredi 27 et samedi 28 mars : « Gel à Bordeaux : 2020 commence décidément très mal… », un article lu par 37 000 personnes. Là aussi, une info de première main, relatée dès le début de matinée. Bref 125 000 lecteurs depuis mars et en ce mois d’avril.

Merci encore pour votre fidélité au blog Côté Châteaux et en espérant pour les vignerons moins de « maux et bleus » et comme « avec les filles », qu’ils renouent avec un « succès fou ».

#SoutienAuxVignerons #LaVigneContinue #CoteChateaux #CarpeDiem

Regardez le reportage à Tayac et Saint-Cibard en Gironde de mes confrères Gilles Bernard et Nicolas Pressigout :

17 Avr

De fâcheux épisodes de grêle en cet fin d’après-midi sur le vignoble de Bordeaux et celui de Bergerac

Il ne manquait plus que cela. Après le gel du début de mois, voici la grêle alors que la vigne était bien sortie et avait surmonté même le gel. Les secteurs les plus touchés se situent dans l’Entre-deux-Mers à Grézillac et Moulon, dans les Côtes de Francs à Saint-Cibard, autour de Saint-Emilion à Lussac et Puisseguin il y a eu un peu de grêle aussi dans le Sauternais. Des dégâts sont aussi recensés sur le vignoble de Bergerac.

On le voit bien, la vigne ici été hachée par la grêle sur le secteur de Saint-Christophe-des-Bardes © Croix de Labrie

Sur les réseaux sociaux, cela tombe comme à Gravelotte. Non seulement la grêle, mais la preuve par l’image vidéo et photo, de nombreux secteurs sont très durement touchés par cette satanée grêle qui s’est invitée juste avant l’heure de l’apéro, sauf que personne n’a été prévenu et ça ne se fait pas!

Malheureusement, ce n’est pas que du virtuel, elle a fait de sacrés dégâts avec des grêlons de type « petits pois » et gros pois » selon Sophie Aribaud conseillère viticole, bref jusqu’à 1 centimètre mais pas mal tranchant….et c’est suffisant pour faire du vilain.

Après le gel, la grêle, c’est la m… Je pense qu’il va y avoir de gros dégâts », Pierre Coudurié du château La Croix de Labrie

« C’est venu pour nous en 3 fois », continue de commenter Pierre Coudurié du château Croix de Labrie qui a des vignes à Saint-Christophe-des-Bardes et Saint-Sulpice-de-Faleyrens. « Je ne sais pas trop si on a bien pris, on verra cela un peu plus tard, c’était des grêlons qui faisaient jusqu’à un centimètre de diamètre. Et pourtant on a fait du préventif, sur Saint-Sulpice notamment, on était 16 domaines mobilisés pour faire de la lutte anti-grêle avec des canons, et le concept Celerys, c’est plutôt efficace », mais bon c’est tombé, disons que peut-être cela a diminué l’intensité et la taille des grêlons ».

© Sophie Aribaud

Ainsi Sophie Aribaud me détaille les secteurs touchés qui sont malheureusement très nombreux : « une cellule orageuse est passée entre 17 et 18h sur des secteurs souvent touchés : la Sauve, Haux, Grézillac comme d’habitude, Gourgue, et puis c’est descendu sur Moulon, cela a traversé la rivière Saint-Sulpice, Saint-Pey et Saint-Laurent des Combes, et une partie de Saint-Emilion, cela a touché le bourg.

Il y a eu des chocs, cela a bien tapé, avec des rameaux cassés et des petites grappes au sol », Sophie Aribaud conseillère viticole

Philippe Carille du château Poupille à Sainte-Colombe commente également : « une partie de Castillon a bien pris, on a bien pris sur une partie de Saint-Emilion aussi, il faudra voir dans 24-48 heures…Tayac cela a bien pris. A un moment donné tu as le noir qui arrive, puis tout est blanc… »

Cela a bien rasé par endroits, c’est comme en hiver, il n’ya plus de feuilles » Philippe Carille.

 

UNE PREMIERE EVALUATION CE SAMEDI DES SECTEURS TOUCHES AVEC LE CIVB

Christophe Chateau, du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux a fait ce samedi matin un tour d’horizon des secteurs très touchés à commencer par « l‘Entre-Deux-Mers avec Espiet, Grézillac, Moulon, les châteaux Marjosse et Bonnet » par exemple, « un peu sur Saint-Emilion, Saint-Etienne de Lisse, beaucoup sur les Côtes de Francs, avec notamment château Le Puy ». 

CASTILLON ET LES SECTEURS AUTOUR DE SAINT-EMILION AUSSI CONCERNES

Françoise Lannoye, la présidente des Côtes de Bordeaux me confie que « Castillon a été touché sur certains secteurs, mais que sur Puisseguin cela a fait encore des dégâts colossaux ». 

C’est catastrophique, finalement cela devient invraisemblable, on a été pris de court, cela n’a été indiqué sur aucune station météo » Françoise Lannoye présidente des Côtes de Bordeaux

Pour Franck Binard, directeur du Conseil des Vins de Saint-Emilion: « on a des retours partiels, il faudra attendre quelques jours pour voir l’évolution. C’est assez hétérogène. Lussac et Puisseguin ont été assez touchés, la taille des grêlons variait de un demi-centimètre à 1,5 centimètre. Pour ceux qui ont été touchés, les estimations peuvent varier entre 10 et 30% de vigne impactée. Dans cette sinistrose, les viticulteurs que j’ai pu avoir au téléphone restent optimistes…J’ai eu Jean-François Quenin, il m’a dit qu’en 23 ans il n’avait jamais vu cela à Pressac, tout était blanc… »

Il faut avoir une sacrée dose d’optimisme, vu le contexte, il ne manquerait plus qu’un nuage de sauterelles ! » Franck Binard directeur du Conseil des Vins de Saint-Emilion.

Une vigne meurtrie, plus une feuille, plus de grapillon, plus rien au © château Le Raz

DANS LE BERGERACOIS, LE SECTEUR DE SAINT-MEARD-DE-GURCON MEURTRI

De nombreux vignerons ont commenté ce soir sur Facebook leur ressenti et la situation dramatique comme Patrick Barde au château le Raz à Saint-Méard de Gurçon : »très gros orage sur notre vignoble, la récolte ne sera pas pour cette année », avec des photos à faire frissonner et des grêlons de 2 centimètres de diamètre. Selon Quentin Deffarge, responsable de la section Montravel, « c’est assez localisé finalement: surtout sur Saint-Méard de Gurçon, au tour de Saint-Michel de Montaigne pas de gros dégâts, assez superficiel sur Fougeyrolles et le nord de l’appellation ».

Joint par téléphone, Patrick Barde dresse ce samedi l’état des lieux :

On ne peut que constater les dégâts aujourd’hui sur les 70 hectares de la propriété, on a a minima 60% touchés et a maxima 100%. On est impuissant devant les éléments, » Patrick Barde château Le Raz.

« Cela s’est passé vers 19h45, après que le Saint-Emilionnais ait été touché, on se doutait que cela allait nous arriver dessus ». Un déluge d’eau puis de grêle dont se serait bien passé Patrick Barde: « la crise, il n’y a pas un vigneron qui ne la sent pas. Pour nous la commercialisation se fait d’habitude par l’export, la restauration et les cavistes. En ce moment il n’ya qu’eux qui marchent et à 20%, on tourne donc à 10% de ce que l’on fait habituellement…Mais bon je positive et j’ai toujours du vin à vendre, pour rassurer mes clients. »

DANS LES COTES DE FRANCS : « SAINT-CIBARD, RAYE DE LA CARTE, AU NIVEAU DE SES VIGNES »

Joint ce samedi matin, Yann Thienpont du château Puygueyraud et Clos Fontaine a fait un tour des vignobles des Francs en Côtes de Bordeaux, puisqu’il est président de cette appellation: 

Francs est touché légèrement, Tayac durement touché et Saint-Cibard quasiment rayé de la carte au niveau du vignoble. C’est totalement exceptionnel. De mémoire de vigneron et selon les anciens, on n’a jamais vu cela ! », Yann Thienpont président du syndicat de Francs.

Et de poursuivre: c’est un phénomène unique, au niveau hygrométrie on a la plus faible car on est équidistant entre la vallée de l’Isle et la Dordogne, on culmine au plus haut à 110 mètres et nos vignes sont à 80-100 mètres d’altitude, bon ça n’a pas raté mais c’est exceptionnel la dernière fois c’était en 1985. On a quelques parcelles sur le haut du plateau pas trop touchées, nous espoirs maintenant ce sont sur les contre-bourgeons pour faire des bois pou l’année prochaine. En 2017 on a eu le gel, en 2018 le mildiou, en 2019 c’était plutôt tranquille, et là en 2020on espérait un rendement correct, mais non, c’est une année bissextile ! C’est une méga catastrophe avec toutes les difficultés que l’on connaît. Il risque d’y avoir des bouleversements prochainement avec des anciens qui vont vouloir arrêter…

Un rang de vigne avec des abats de grêle au © château Le Raz

GREZILLAC ET L’ENTRE-DEUX-MERS BIEN TOUCHES AUSSI

Pierre Lurton, le PDG d’Yquem et de Cheval Blanc, possède à Grézillac son propre château Marjosse: « j’ai grêlé, 30 hectares bien sérieusement, en revanche les vignes plus qualitatives qui font le grand Marjosse sur 15-20 hectares n’ont pas été touchées. Tout ce qui est héritage de mon père, ça cela a été touché…

On s’est pris un peu de gelée, puis la grêle, et on n’est qu’au 18 avril, cela commence vraiment bien.Et en plus on est confiné…Mais on s’en sortira », Pierre Lurton château Marjosse.

Bruno Baylet, président du syndicat de l’Entre-Deux-Mers confirme ce samedi après-midi des dégâts sur « Haux, La Sauve, Targon, Saint-Léon, Daignac et Grézillac, avec par endroits des vignes touchées à 100%, c’est le même couloir qu’en 2017″. Un lourd tribu car des dégâts considérables avaient déjà eu lieu en 2009 et 2013 sur certains de ces secteurs.

Concernant l’évolution de la vigne, Sophie Aribaud apporte encore cette précision: « On avait 5 à 6 feuilles étalées et allongées, et des grappes visibles, elles avaient doublé voire triplé de volume en une semaine !Là il va falloir non seulement constater les dégâts, mais aussi revoir les traitements de la vigne effectués cette semaine: « tous les gens qui avaient traité, le traitement est au sol ! »

A tous ces vignerons touchés à des degrés divers, on leur souhaite du courage et on s’associe à leur peine face à ces éléments souvent très violents et injustes.

16 Avr

Oenotourisme à Bordeaux: un coup d’arrêt enregistré déjà avant le confinement

Parmi les nombreux secteurs qui souffrent du manque de fréquentation, celui de l’oenotourisme est lui face à « un mur ». Un secteur à l’arrêt. Les annulations ont commencé avant le confinement, les touristes annulant les uns après les autres.  Réactions de Chloé Cazaux Grandpierre spécialiste des tours culinaires ou wine tours, et de Vincent Labergère, dont le château Rayne-Vigneau dans le Sauternais, a connu ces dernières années un fort développement oenotouristique. Ces acteurs attendent une embellie et ont de beaux projets à venir.

© Chloé Cazaux Grandpierre (à droite) faisait découvrir à de nombreux touristes le vignoble de Bordeaux, ici au château Guiraud

S’il y a bien un secteur en pleine explosion à Bordeaux et en Gironde, c’est bien celui de l’oenotourisme. Alain Juppé se vantait il y a moins de 3 ans, alors qu’il était encore maire, que le tourisme avait été multiplié par 3 à Bordeaux en 15 ans… Le classement de la ville au Patrimoine Mondial de l’Humanité en 2007 a eu un effet notable, mais pas seulement il y a eu la renaissance de la ville et aussi l’accueil dans les châteaux car parmi les touristes français ou étrangers interrogés, 46% reconnaissaient venir aussi pour visiter le vignoble bordelais.

Surfant sur cette déferlante, de nombreux acteurs oenotouristiques ont créé leur société et concept. C’est le cas de Chloé Cazaux Grandpierre avec C & W Expériences, une Sarl spécialisée comme elle me l’explique dans ce que les anglo-saxons considèrent comme « des tours culinaires », cela recoupe les vins, spiritueux, la gastronomie, la culture et le patrimoine.

Chloé Cazaux Grandpierre © Roger Savry

Chloé est guide conférencière, mais aussi diplômée en sommellerie et exploite un VTC, elle a ainsi créé sa micro-entreprise en 2012 puis une Sarl en 2017. Avec son concept Expériences by Chloé and Wines, elle proposait de nombreux wine tours, des tours pédestres de Bordeaux « le gourmet food tour » ou tour une véhicule de découverte de 3 vignobles, comme celui du Médoc entre Pauillac, Saint-Julien et Margaux, mais aussi rive droite avec Saint-Emilion et Pomerol, ou rive gauche avec Graves et Sauternais, mais aussi Cognac, etc…des formules très abouties où elle servait de guide-chauffeur et réalisait avec les châteaux les visites et dégustations. Tout marchait bien,  avec 357 personnes accueillies en 2018 et encore plus en 2019, jusqu’à cette sacrée épidémie de coronavirus…

Cela a commencé 15 jours avant l’annonce officielle de confinement du Président de la République, on a commencé à avoir des annulations avec remboursements, dans 95% des cas, ou des reports. Et quand Trump a annoncé la fermeture des frontières, cela a été la catastrophe, tout a été annulé », Chloé Cazaux Grandpierre

Chloé Cazaux Grandpierre reconnaît avoir pu travailler jusqu’à la mi-mars, mais « depuis je n’ai aucune réservation à venir, rien du tout, jusqu’en septembre où un tour a été reporté », il avait été réservé avec un bateau de croisière qui devait faire escale.

« Au début, cela a été très difficile de voir les annulations et de faire les remboursements d’acomptes, mais bon ce sont des cas de force majeure et donc avec les agences et les plateformes, on a remboursé bien sûr au client, mais je l’ai très très bien vécu, je suis restée philosophe. On est tous dans le même cas de figure et mieux vaut se concentrer sur l’après. »

Même si sa clientèle est à 100% internationale (90% d’américains, mais aussi des asiatiques de Hong-Kong, Singapour, du Canada ou d’Australie), Chloé sait qu’elle va rebondir, elle prospecte actuellement de nouveaux clients potentiels, relance son blog Chloé and Wines avec un article par semaine et commence une quinzaine digitale: « on va parler de vin, d’oenotourisme avec Rayne-Vigneau, de vin et musique avec Fleur Cardinale et de spiritueux avec Cognac et Rémi Martin, et de gastronomie avec le chef Stéphanie Bottreau de Cook and Tinem ». Un rendez-vous chaque soir sur Instagram à 18h. Chloé Cazaux Grandpierre continue donc d’occuper le terrain via internet et les réseaux sociaux, en attendant une embellie et le retour des touristes qui bien sûr vont chercher à revenir dans cette belle région viticole bordelaise.

Le château © Rayne-Vigneau, 1er cru classé de Sauternes situé à Bommes

Au château Rayne-Vigneau, Vincent Labergère reconnaît que l’oenotourisme « est une activité qui est devenue importante, depuis 2012 on a une progression à deux chiffres, cette activité connexe à la production de vin, permet de vendre du vin, d’établir un fichier client, d’avoir une visibilité et une certaine notoriété ».

On avait plein de projets de développement cette année, les projets pleuvaient de partout au niveau oenotouristique, mais aujourd’hui on est dans un mur, tout est annulé au niveau des groupes jusqu’à début juillet, » Vincent Labergère directeur du château Rayne-Vigneau.

© Rayne Vigneau à cheval permet une découverte du terroir de Sauternes

C’est une offre très complexe et complémentaire que Vincent Labergère a mis sur pied avec ses équipes : depuis la visite découverte avec dégustation de 3 vins, « Secrêt de Rayne-Vigneau » visite chais et propriété avec aussi dégustation,  à « Millésimez-vous  » avec une dégustation verticale de 6 vins de la propriété, sans compter un « atelier d’assemblage » pour se mettre à la place du maître de chai et repartir avec son propre vin, la visite des « 5 sens en éveil » (comment comprendre par exemple le parallèle de qualificatifs sur un vin entre le toucher et la dégustation « soyeux », « doux », « velouté » sur la base d’une palette à toucher…et une autre sur les couleurs…),la découverte du terroir à cheval, un escape game « Sweet Game » ou encore une « dégustation perchée » dans un cèdre à 12 mètre en hauteur…

Un véritable succès puisque le château a enregistré 7000 visites payantes en 2019, et si on ajoute le week-end des portes-ouvertes cela monte à 10 000 personnes. Une reconnaissance aussi par les Best Of Wine Tourism qui avaient consacré l’an dernier cette visite des « 5 sens en éveil » par un trophée Best Of d’Or.

Un dépaysement total avec cette dégustation perchée du © château Rayne Vigneau à 12 m de haut

Mais tout cela, c’était avant ce satané virus qui fait dire avec humour à Vincent Labergère « on va allumer un cierge pour se relancer ». Mais dans ce secteur, comme dans d’autres, c’est souvent le travail et l’originalité qui sont récompensés: « on va continuer notre communication sur les réseaux sociaux et continuer à travailler notre visibilité. On organise d’ailleurs actuellement un concours de coloriage pour les moins de 12 ans avec un tirage au sort pour permettre de gagner une dégustation perchée pour 4 personnes, il y aura aussi des ateliers d’assemblage et visites découvertes à gagner pour les parents bien sûr. On réfléchit aussi pour le retour à un week-end pétanque et à des visites dégustations. Je pense que en juillet et en août on va retrouver une clientèle spontanée et locale car les gens ne vont pas pouvoir partir à l’étranger a priori, et on devrait reprendre une activité normale en septembre. »  

Aujourd’hui l’absence de touriste et d’oenotouristes représente un grand vide, presque à donner le vertige quand on sait que 900 000 d’entre eux passent chaque année par l’Office de Tourisme de Bordeaux et qu’un tiers avouent avoir visité au cours de leur séjour au moins un château. 37% des ventes de visites à l’Office de Tourisme sont des visites dans le vignoble. Quant au nombre de nuitées vendues sur la métropole bordelaises, ce sont 6,35 millions qui ont été vendues en 2019, de quoi mesurer quelque peu le manque à gagner actuel tant pour les hôteliers, restaurants, guides, wine-tours que pour les châteaux.

Pour Sophie Gaillard, responsable de l’oenotourisme à l’Office du Tourisme de Bordeaux Métropole le contexte lui fait dire : « on ne va pas avoir de touristes étrangers ou très peu cet été, il va falloir trouver d’autres pistes; la clientèle française et locale vont être nos cibles privilégiées, mais ce ne sont pas les mêmes produits que l’on vend à des Français ou à des Américains. D’habitude notre offre de wine tours est pas mal ciblée sur une clientèle étrangère, désormais la tendance au locatourisme se profile. »

Allez on va positiver et on espère que cela va repartir dès que la situation sanitaire va s’arranger. Hauts les coeurs !

15 Avr

Primeurs à Bordeaux : il y a un certain appétit malgré la crise

C’est une année à marquer d’une pierre blanche. Une première depuis que le système des primeurs existe. Ni les propriétés, ni la place de Bordeaux, ni l’Union des Grands Crus n’ont pu faire déguster dans les mêmes conditions que d’habitude en mars-avril le millésime 2019 aux journalistes, critiques et distributeurs français et étrangers. Une campagne primeurs qui pourrait malgré tout se tenir… Enquête de Côté Châteaux.

Les Primeurs à Bordeaux, c’est la Grand-Messe où le nouveau né est présenté avec sa belle robe rouge ou or à de très nombreux parrains… C’est vrai, c’est quasi cérémonial, avec des  règles définies par l’Union des Grands Crus de Bordeaux qui organise la venue traditionnellement de 5000 à 6000 professionnels du monde du vin en mars et avril, avec une messe qui dure en général 4 jours, sur cette fameuse semaine (officielle) des Primeurs. Elle devait se tenir du 30 mars au 2 avril cette année, mais patatras, il y a eu ce que personne n’aurait imaginé il y a encore un an en arrière, une épidémie, une pandémie même qui a mis à genou l’économie mondiale car d’abord il fallait gérer cette crise sanitaire, que certains ont dépeint comme « une guerre ».

Jacques Dupont, dégustant les crus artisans du Médoc en avril 2018 © JPS

Jacques Dupont, journaliste du magazine le Point, est l’un des grands critiques, dont les paroles et les notes sont bues par de nombreux amateurs de vin; en général il ne fait pas trop de laïus, ce n’est pas le genre curé, il va à l’essentiel car chaque année il déguste plus de 2000 vins pour donner son avis sur le millésime, qui ne sera livré en général que 2 ans après. C’est ça les primeurs, un exercice assez périlleux et pointu, de donner un avis sur un vin qui n’a que 4 mois d’élevage. La propriété va le vendre au négoce, qui lui-même va vendre aux particuliers ou sociétés à partir de mai-juin, pour permettre au château de se faire de la trésorerie, avec en général un petit avantage sur le prix et une livraison près de 2 ans plus tard. Mais cette année a pour lui une saveur particulière…Il n’y aura pas de guide « Spécial Bordeaux » par Jacques Dupont comme de l’accoutumée dans le Point fin mai.

Jacques Dupont dégustant les primeurs en Fronsac et Canon Fronsac l’an dernier © JPS

« On devait démarrer le 15 mars, mais la veille on a entendu Edouard Philippe, avant de partir et avec Olivier Bompas on s’est concerté et on s’est dit on ne va rien faire, on a vu progressivement les châteaux annuler les uns après les autres, du coup on a tout annulé, car on ne voyait pas bien la porte de sortie… D’habitude Olivier part pour 3 semaines et moi 4 à Bordeaux pour déguster, là c’est un retard qu’on ne peut pas combler, même s’il y avait une tentative de sortie en primeurs en juin, je ne vois pas bien comment on pourrait faire. Déjà elle était mal en point cette campagne primeurs avec le marché américain qui a connu une hausse de 25% sur les achats qu’ils ont fait en primeurs sur les 2017 et 2018 avec les taxes Trump, certains qui ont acheté vont vendre à perte. Bon quand le négoce veut faire une campagne primeurs sur une quarantaine d’étiquettes, on peut les comprendre:  les négociants ont déjà goûté, les courtiers aussi, entre eux ils peuvent faire une campagne comme cela, mais la campagne ne sera pas une grande campagne, même si la place de Bordeaux fait toujours un boulot formidable avec les grands crus. Cela va peut-être mener à vendre des vins livrables, moins chers et qui se tournent plus vers la France car le marché de Bordeaux est atone et cela serait bien de faire redécouvrir les Bordeaux aux Français… »

Jane Anson, journaliste anglaise et critique pour Décanter reconnaît que c’est une année aussi particulière: « je ne vais pas publier de notes, je vais publier quelque chose pour donner un feeling global sur le millésime. J’ai pu déguster beaucoup de Crus Bourgeois ou des Crus de Saint-Emilion, ce sont des échantillons qui m’ont été envoyés, on respecte les consignes, on laisse les vins dans le garage pour 24h avant de déguster, je me débrouille ainsi… »

Didier Fréchinet, Miguel Aguirre de la Tour Blanche, David Bolzan de Lafaurie-Peyraguey, Vincent bergère de Rayne-Vigneau et Pierre Montegut de Suidiraut pour la dégustation des primeurs au Chapon Fin en 2019 © JPS

Rare sont ceux qui ont pu organiser des dégustations en public, avant la mise en place du confinement : il y a eu par exemple la dégustation des Fronsac et Canon Fronsac au Grand Hôtel de Bordeaux et des Sauternes comme d’habitude avant la semaine des primeurs comme me le précise Vincent Labergère, directeur du château Rayne-Vigneau (1er cru classé de Sauternes): « on a fait notre dégustation au Chapon Fin le 11 mars et cela s’est arrêté là, c’était le premier maillon de la chaîne des dégustations, mais après aucun client ou journaliste n’a pu déguster. La position de l’Union des Grands Crus était de ne pas faire circuler d’échantillons, mais on sait tous il y avait à droite ou à gauche une demande d’échantillons et de faire déguster. Il y a des notes de journalistes étrangers qui vont sortir car certains auront envoyé des échantillons.

Le millésime est pourtant de grande qualité, mais au niveau de la mise en marché on est arrêté pour le moment. L’idéal serait une mise en marché au mois de juin pour Rayne-Vigneau, plus qu’au mois de septembre où le nouveau millésime va arriver, » Vincent Labergère directeur du château Rayne-Vigneau

Stéphanie de Boüard-Rivoal dans les chais d’Angélus en avril 2019 © JPS

Pour Stéphanie de Boüard-Rivoal, directrice du château Angélus (1er cru classé A de Saint-Emilion): « il faut envisager tous les scénaris, éviter les choses hâtives, Bordeaux est très solide et a montré sa capacité à surmonter les crises. A la propriété, on souhaite qu’il y ait une campagne sur le Millésime 2019, même décalée de quelques mois, dans le courant de l’été ou à l’automne, mais après cela serait trop tard. Juillet serait parfait, il n’est pas impossible d’envisager aussi à l’automne. Même si elle est a minima, elle permettrait de garder la dynamique, si on arrive à la faire cela voudrait dire que la crise est alors surmontée. Jusqu’ici, on n’a jamais fermé la porte aux dégustations à la propriété, demain matin on a un journaliste, mais ce sera le premier, avec des mesures sanitaires, et une personne à la fois. On n’a pas envoyé d’échantillon, mais on n’exclut pas quand cela sera possible de se déplacer dans quelques pays qu’on aura ciblé avec des échantillons, ce sont des hypothèses que l’on a en tête.  2019 est un millésime extraordinaire en profondeur et en densité et en tension apportée par le cabernet franc, qui me fait penser à 2001″.

Fabrice Bernard, le Pdg de Millésima au tasting des crus classés de Saint-Emilion au château Villemaurine  en 2017© JPS

Du côté du négoce, Fabrice Bernard PDG de Millésima me confie que la période est compliquée mais « oui la campagne, il faut qu’elle ait lieu. On a cet énorme avantage à Bordeaux avec ce système de primeurs, si elle s’arrête on va redevenir comme tous les autres vins d’autres régions viticoles. 

Cette campagne, elle aura peut-être lieu en juin ou juillet, il faut la faire, d’autant que ce sont des vins de qualité avec des volumes. Ce n’est pas un petit millésime, mais on a un bon millésime, plutôt sympa », Fabrice Bernard de Millésima.

« Mais il y a aussi le problème du prix : il faudra attendre cette sortie de crise, il ne faut pas que Bordeaux soit arrogant.Au contraire, les châteaux ont interrogé leurs importateurs britanniques ou américains, pour savoir si ils s’en sortent ou pas. On finira par trouver un consensus au bon moment et au bon prix, un prix raisonnable, en adéquation avec le marché et avec une baisse significative.

Yann Schÿler PDG de la Maison Schröder & Schÿler reste les pieds sur terre et ne veut pas d’une tonalité trop optimiste:

Régis Deltil et Yann Schÿler à la cave Latitude 20 à la Cité du Vin en 2017© Jean-Pierre Stahl

Il faut faire une campagne primeurs quand il y a un marché, et pas quand on a envie de la faire ! » Yann Schÿler de Schröder & Schÿler.

Et de préciser si elle a lieu : « elle pourrait avoir lieu en janvier ou en septembre à la rigueur, mais pas avant quand la moitié des pays sont confinés ou en confinement partiel. Là il n’y a pas d’acheteur ou alors pour une dizaine de marques, mais on ne fait pas une campagne juste pour 10 marques. En bourse, tous les actifs ont chuté, tout le monde a bu le bouillon, tous les opérateurs sont affaiblis, et les personnes fortunées sont confinées, donc c’est une crise qui touche tout le monde ».

« Aujourd’hui, le marché de demain, je ne le vois pas. Premièrement, il faut qu’il y ait des acheteurs, il n’y même pas eu de dégustation, comment faire monter la mayonnaise…? Et deuxièmement, pour faire une campagne primeurs il faut que 70% des vins trouvent preneurs… Les Usa ne vont pas bien du tout, les Chinois s’en remettent à peine et l’Europe n’est pas sortie non plus…Il faut être pragmatique, je pense comme Emmanuel Cruse pas avant septembre, et il ne faut surtout pas prendre ses désirs pour des réalités. »

Ronan Laborde, le président de l’UGCB  © JPS

Tous les regards sont dès lors tournés vers l’Union des Grands Crus de Bordeaux qui a les clés de cette campagne des primeurs. Joint également ce matin Ronan Laborde son président m’a confié tenir demain une réunion de son bureau qui va décider: « comme on avait dit que les primeurs étaient suspendus, on avait envisagé une déprogrammation ultérieure sur une nouvelle formule. Jusqu’à présent on a été très prudent, on avait recommandé de ne pas faire goûter et envoyer des échantillons, pour ne pas partir dans tous les sens, pour que tout se goûte au même moment. On est en concertation avec le négoce et les courtiers.On fera ce que le marché a envie de faire, il ya quand même pas mal d’acteurs qui sont intéressés par une campagne primeurs même une campagne dégradée.

Si les gens ne peuvent pas voyager, les marchandises peuvent voyager, ce sera un format nouveau vraiment exceptionnel, par son ampleur de travail et par les défis à relever. On a une envie et un intérêt sur le 2019″, Ronan Laborde président de l’UGCB.

La semaine des primeurs en 2017 pour déguster le fameux 2016 au château La Louvière © JPS

La campagne de primeurs à Bordeaux pourrait se tenir sur fin juin ou en juillet par exemple, « c’est le bureau qui va en décider, puis on va le soumettre au négoce. Mais on ne peut rien faire jusqu’au déconfinement, tant que les résultats de propagation de l’épidémie se font ressentir aussi, dans les 15 prochains jours, on connaîtra les conditions du déconfinement. On verra si on peut aussi accueillir dans une salle 20, 30 à 50 personnes, mais on sait que tout grand rassemeblement ne peut pas se faire avant mi-juillet. On reste prudent avec la visibilité nécessaire. »

09 Avr

Bordeaux Fête le Vin devrait être finalement reporté à l’année prochaine

Une petite exclu… L’annonce devrait être faite demain par le Maire de Bordeaux Nicolas Florian. La version que l’on connaît de Bordeaux Fête le Vin ne devrait  pas se tenir comme prévue initialement du 18 au 21 juin.

L’une des entrées su site Bordeaux Fête le vin en 2018 © JPS

Selon les informations de Côté Châteaux, Bordeaux Fête le Vin ne se tiendra pas en juin prochain, mais en 2021. C’est une décision sage prise par Nicolas Florian de concert avec les organisateurs, le CIVB et Bordeaux Grands Evénements; le Maire de Bordeaux tiendra demain un point presse pour expliquer plus en détails ce report. Ce qui a motivé cette décision c’est le manque de perspectives sur la sortie de crise actuelle liée au coronavirus.

C’est une décision sage, vus les moyens qui devaient être engagés par la filière où généralement les 65 appellations de Bordeaux et celles du grand sud-ouest sont présentes, sans parler de grandes maisons de négoce, vue aussi la fréquentation de masse où généralement on considère que près de 500 000 personnes sont assidues à l’événement durant ces 4 jours de festivités.

01 Avr

Quand des chefs cuisiniers se mettent aux fourneaux pour soutenir les personnels soignants du CHU Pellegrin

C’est une nouvelle démarche qui vient du coeur et qui voit le jour ce mercredi. Une bande de copains cuisiniers et pâtissiers du saint-émilionnais se mobilise pour égailler le quotidien des soignants du service Covid-19 à l’Hôpital Pellegrin à Bordeaux en leur préparant de bons petits plats. 

Les chefs de Saint_emilion et alentours mobilisés pour l’Hôpital © Alexandre Baumard

A l’origine, c’est une bande de copains, des chefs qui partagent avec les soignants une tenue blanche. Mais au-delà de l’aspect vestimentaire, il y a aussi l’élan du coeur de ces chefs étoilés ou de restaurants bistronomiques: vouloir « soutenir ces gens qui font un travail remarquable », comme me l’explique Alexandre Baumard le chef étoilé du Logis de la Cadène à Saint-Emilion.

« On a l’habitude de se retrouver tous les 2 mois, à faire un repas chez les uns ou chez les autres », commence à m’expliquer Alexandre. Cette bande de copains, ce sont des figures de la gastronomie tout autour de Saint-Emilion: il y a Thomas l’Hérisson de l’Auberge Saint-Jean (*), David Charrier des Belles Perdrix(*) , Kendji Wongsodikromo de la Table de Catusseau à Pomerol, Stéphane Casset du Caffé Cuisine et Jean-Baptiste Depons de château Canon, auxquels se sont ajoutés Damien Amilien chef pâtissier et Mathieu Texier second du Logis de la Cadène (*).

Les chefs étoilés et de restaurants bistronomiques en pleine préparation ce midi © Alexandre Baumard

« Là durant le confinement, on prend notre café en visio par Messenger et un jour je leur ai dit : « cela ne vous dirait pas de récupérer un max de denrées de nos producteurs, avec lesquelles nous travaillons d’habitude, des produits parfois jetés, pour les apporter à l’hôpital. Les amis étaient prêts à me suivre, et en parallèle Stéphanie de Bouard Rivoal (la propriétaire du Logis de le Cadène et d’Angélus) m’a aussi proposé d’apporter un soutien à notre façon auprès des hôpitaux…Elle m’a dit avoir une connaissance au niveau de l’hôpital Pellegrin et qu’elle allait voir ce qu’on pouvait faire. Je suis rentré ainsi en contact avec Frédérique Albertoni, la directrice du mécénat du CHU et après plusieurs échanges avec cette dame fantastique, j’ai présenté le projet, qui a été validé lundi. »

Ainsi on a contacté aussi nos producteurs et éleveurs chez qui je suis passé ce matin chercher les matières premières…

Durant 3 semaines, à raison de 2 fois par semaine, sans doute les mardis et vendredis, on va livrer 120 repas en verrines au CHU Pellegrin » Alexandre Baumard

C’est aujourd’hui mercredi leur première livraison qui doit se faire entre 16h30 et 17, une livraison pour les personnels soignants qui sont dans le service Covid 19.

« En plat, on a fait un flan champignons et épinards avec du saumon deux cuissons, condiments, poivrons, crevettes grises et feuille d’huître et en dessert un crumble de pommes sur une base cacahuète ». Le tout réalisé en verrines, car ici avec la réalisation de paniers repas nous avons l’habitude et l’avantage de pouvoir stériliser avant d’utiliser les bocaux et après, cela fait une protection supplémentaire. »

Le Professeur Denis Malvy à droite qui co-gère la cellule de crise sur le coronavus civid-19 depuis le début

Pour la réalisation, les chefs ont bien sûr pris les protections nécessaires avec masques, gants et respecté un minimum de distance. « C’est l’idée de se retrouver entre copains et surtout de soutenir ces gens de l’hôpital qui font un travail remarquable. »

« En prime, Stéphanie de Bouard Rivoal et son père ont déposé un peu plus d’une centaine de bouteilles de leurs propriétés qu’on va partager sur les 6 prestations qu’on va faire, » complète Alexandre Baumard.

Un grand bravo à tous, chefs, producteurs et viticulteurs.

A Bordeaux, les maisons de négoce continuent de fonctionner dans un marché « compliqué »

Avec la pandémie du coronavirus, le monde économique s’est brusquement ralenti. Pour les négociants bordelais, il a fallu déjà organiser le travail, alléger les équipes présentes, prendre des mesures de précaution, de distanciation, ou faire du télé-travail. Quant aux marchés, ils se sont très fortement ralentis en mars avec des baisses de commandes de 50 à 80%. Comment les chefs d’entreprises de ces maisons de négoce gèrent cette crise, Côté Châteaux les a interrogés ce matin.

C’est une période difficile pour tout le monde et les maisons de négoce qui commercialisent le vin ne sont pas épargnées. « On est un peu comme les capitaines de navire, parés à virer, un coup de barre à droite, un coup à gauche, et on prend des coups de tous les côtés », commente Jean-Pierre Rousseau de Diva à Bordeaux.

Thierry Decré, le PDG de LD Vins (archive 2017) © Jean-Pierre Stahl

Déjà, il a fallu organiser le travail qui continue comme me l’explique Thierry Decré Pdg de LD Vins à Bordeaux : « c’est un peu compliqué, nous on a mis une partie en chômage technique, une autre en en garde d’enfants confinée, et une autre au travail. On était trop serré, on avait des gens inquiets et d’autres qui avaient des enfants, on a donc géré en fonction de chacun. Pour la dizaine de collaborateurs qui viennent, tout le monde se déchausse en entrant (ils ont apporté une paire de pantoufles ou de chaussures qui restent à l’intérieur du bureau), on se désinfecte les mains avec du gel hydro alcoolique avant d’entrer, si on doit parler l’un en face de l’autre, on respecte 2 à 3 mètres de distance et autrement pour tenir une réunion, on met alors des masques. On fait une journée continue qui s’arrête à 16 heures ».

Chez Diva, quai de Bacalan à Bordeaux, Jean-Pierre Rousseau témoigne: « je viens au bureau tous les jours, on est 1/3 du staff, chacun son bureau, on fait les gestes barrières… » Chez Twins à Bruges, Anthony Moses m’explique que « la veille de l’annonce du confinement, on a mis tout le monde en télé-travail. Progressivement on va mettre en place du chômage partiel (pas forcément intégralement certains auront une activité de 20 à. 50%), en arrêt maladie ou en garde d’enfants. A distance, on n’est pas capable d’avoir une productivité optimale car on est en open space… »

Quant à la commercialisation, certains me confient « c’est le bordel », les situations sont particulières pour tous. « C’est un ralentissement partout, en France où c’est le confinement; c’est compliqué, la Grande-Bretagne continue de chercher des bonnes affaires au coin du bois, c’est du rail… » selon Thierry Decré. « Jusqu’en février tout s’est tenu, on mars on enregistre une baisse d’environ 50%, dont une partie sera reportée quand cela va repartir. »

Jean-Pierre Rousseau (novembre 2019) © Jean-Pierre Stahl

Jean-Pierre Rousseau était ce matin en ligne avec une Compagnie Maritime : « voilà deux secteurs dans les choux, le duty free et le travel retail. Sur les bateaux de croisière et dans les ports. Comment doit-on récupérer de la marchandise déjà partie et pas livrée car le bateau n’a pas accosté par exemple, ce sont des trucs de folie dont on n’a pas idée ! Là, on a sorti les avirons et on rame à contre-courant…C’est dommage, on avait fait un bon début d’année, et là on sait déjà qu’en avril ce sera Waterloo ! »

« A l’export, en Asie, la situation est diversifiée. Hong-Kong est complètement mort. Tous les petits arrangements de vins qui partaient de Hong-Kong vers la Chine, c’est terminé » explique Jean-Pierre Rousseau. « La situation commence à s’améliorer en Chine, à Taïwan et en Corée, avec des résultats remarquables sur Taïwan et la Corée où il y a eu très peu de morts.Singapour, la Malaisie et les philippines, on espère que cela va repartir…Les opérations internet marchent très bien pour Vivino, tout ce qui est restauration et hôtels c’est mort, en grande distribution cela marche à peu près, malheureusement beaucoup de cavistes sont fermés… » « Enfin aux Usa, Bordeaux est impacté même si ça continue de fonctionner, ce n’est pas la joie car les gens passent devant les rayons de Bordeaux rouge et même de champagne sans s’arrêter, préférant d’autres pays producteurs, avec la taxe de 25% qui a marqué les esprits. » Diva enregistre « une chute en mars de 75% des commandes et on s’attend à ce qu’avril soit du même acabit ».

Allan Sichel lors de la dégustation des primeurs en avril 2019 de l’Union des Grands Crus de Bordeaux © JPS

Confirmation également auprès d’Allan Sichel de la Maison Sichel : « au fur et à mesure, il y a de plus en plus de confinement, tous les marchés sont confinés, ce qui marche encore un peu ce sont les supermarchés. Notre activité est donc ralentie même s’il y a une poursuite malgré tout sur la Grande-Bretagne et ses supermarchés. Dans ce contexte, on a mis aussi en place un dispositif de télétravail, au bureau nous avons 35 postes de travail d’habitude et là il n’y en a que 3 qui sont occupés, tout le reste se fait par le télé-travail dans des conditions satisfaisantes. On parle d’une reprise en Chine, mais il y a un traumatisme de la population et cela va être long avant que cela ne redevienne normal.Nous avons quelques commandes qui partent, mais il y a une difficulté pour le transport, fortement perturbé, avec la disponibilité de containers vides. Fixo continue à fonctionner, on a avis des craintes à l’approvisionnement de matières sèches, maison arrive à trouver des solutions… On fait tout pour maintenir l’activité existante. »

Anthony Moses dans les chais de Twins Bordeaux © JPS

Pour Anthony Moses de Twins : « l’activité est très légère, on fait essentiellement de l’export. Les ventes au détail sur internet marchent pas trop mal, les gens sont confinés chez eux et boivent, ils se font livrer du vin. C’est vrai en Grande-Bretagne, c’est vrai aux USA, au Canada. Il y a aussi une chute au niveau du prix de vente moyen, les gens achètent des vins meilleurs marchés car ils n’ont pas de visibilité.On ne sent pas poindre de remise en Asie à notre niveau… Notre baisse actuelle est de 70 à 80%, c’est vraiment une petite activité, mais on est habitué à avoir de grosses différences entre les mois. Les grosses maisons de négoce sont quand même capitalisées, mais on est inquiet pour l’avenir surtout pour la restauration, beaucoup auront du mal à s’en remettre.

Et s’il n’y avait que cela, certains déplorent aussi des commandes passées et payées qui n’ont pas été livrées du côté notamment d’un grand château du Médoc, ce qui fait que ces maisons de négoce ne peuvent pas livrer leurs clients…Et par ailleurs, des grands châteaux ne seraient pas accommodant pour étaler des paiements…

« Il faut dire que les vins les plus chers pourraient moins se vendre »aussi comme le souligne Anthony Moses car « les bourses en forte baisse ont un impact important, on est là dans une vraie crise. »

Thierry Decré regrette cette gestion de crise avec « pas de gel Hydro-alcoolique et de masques dans les pharmacies, pas suffisamment de tests comme en Asie; aujourd’hui les membres du Gouvernement peuvent dire ce qu’il veulent, ils n’ont pas fait ce qu’il fallait…Et quand on voit que les violons ne sont pas accordés avec ce professeur à Marseille qui avance avec la chloroquine, c’est une gestion un peu bizarre qui m’agace.. ».

Quant aux primeurs, Thierry Decré n’y est pas favorable pour le printemps, « il faut attendre septembre, car s’il y avait une mise sur le marché en juin, cela ne laisserait passer que les vins les plus demandés et n’aurait pas l’effet habituel d’aspiration des autres vins… » Jean-Pierre Rousseau est lui davantage « favorable à une campagne en juin si les choses le permettent, si elle a lieu », car « en septembre les gens auront la tête ailleurs. » « A mon avis, la campagne primeurs n’aura pas lieu, pense Anthony Moses, « mais cela n’engage que moi, est-ce que cela a un sens de faire une campagne alors qu’on parlera de morts et de faillites, ce ne sera pas un timing opportun… »

Allan Sichel commente : « ce que j’espère c’est que l’on sorte de cette pandémie, et que l’on fasse une campagne très concentrée sur fin mai-début juin, mais bien sûr il faut qu’il y ait un appétit et une sortie de crise pour les différents marchés. On pourrait imaginer une petite campagne sur quelques produits, mais il faut aussi se préparer sur pas de campagne du tout et là ce sera très négatif pour la filière bordelaise. Cela serait encore une complication de plus. »

Le seul point positif « continue Anthony Moses, « c’est que les gens boivent quand même un peu plus, donc chez nos clients en Grande-Bretagne, aux USA et au Canada, ils ont peur d’une pénurie et donc commandent. Mais pour les petits et moyens châteaux, qui souffraient déjà, cela risque d’être terrible, un vrai naufrage. »

31 Mar

Bordeaux : une longue et dure nuit à combattre le gel…

C’était une nouvelle fois une nuit bien froide qui a réservé son lot de surprises. La veille neige et humidité s’étaient installés dans le Bordelais, sans vraiment tenir. Cette nuit le thermomètre a fait le yoyo entre une température positive et une température négative. De nombreux viticulteurs étaient mobilisés pour combattre le gel avec bougies et éoliennes. Tous croisent les doigts en attendant de constater les dégâts dans les heures et les jours qui viennent.

« Certaines soirées sont plus difficiles et longues que d’autres… J’espère que l’on ne sera pas trop touchés… » © Paul Garcin château Haut Bergey

« Allumez, le feu… » « Après ces nuits de luttes contre les gelées, je pense toujours à notre bon vieux Johnny, » commente ce matin non sans humour Jean-Jacques Dubourdieu du château Daisy-Daene. « Allumez le feu… laisser derrière toutes nos peines, nos haches de guerre, nos problèmes », pour sauver le 2020 qui sera, si on parvient à le récolter, un millésime bien étrange », complète t-il son post Facebook.

Contacté dans l’après-midi, Jean-Jacques Dubourdieu commente pour Côté Châteaux: « on s’en est pas trop mal tiré, on a eu plus de dégâts dus au gel en fin de semaine dernière. C’était quand même couvert et cela s’est stabilisé très vite grâce à nos efforts, même s’il a quand même gelé. Clos Floridène est sur un terroir calcaire, un endroit généralement frais, en face sur les Côtes de Bordeaux  à château Reynon on a en général 3 à 4° de plus, mais là c’est tombé à 0°. A Daisy-Daëne, rien de dramatique, on s’en est sorti… L’an dernier on a gelé le 5-6 mai, cette année cela commence en mars, on a 5 semaines à tenir cela risque d’être long.

Paul Garcin du château Haut-Bergey à Léognan me confie ce matin: « on a une bonne gueule de bois, et on en a eu plusieurs même, cela fait des nuits presque sans dormir, mais ça va ça va...On est descendu à -1,2° au thermomètre, quand on sait que le point de détérioration est à -3°, donc à voir…

« On a mis en place des bougies de paraffine stéarine inodore, incolore, qui ne fait pas de fumée noire qui souvent donne l’impression de pourrir la planète, mais là c’est de la paraffine pas de la pétrochimie. Et par ailleurs on a deux tours sur les parties gélives, mais cette année c’est particulier, tout est décalé…Cela peut geler ailleurs. »

« Ce matin, on a un tracteur qui passe une préparation de valériane, c’est de l’homéopathie, qui permet un manteau de chaleur sur la vigne pour que cela aille mieux. Mais on en saura un petit peu plus cet après-midi, et surtout on se rendra bien compte de la réalité dans une semaine. Cette nuit, seuls les merlots ont pu être touchés, les cabernets ne sont pas sortis, les feuilles ne sont pas trop touchées. »

Au © château Haut-Bergey, en biodynamie, ce matin une préparation de valériane dynamisée pour protéger la vigne

Au château de France, également en Pessac-Léognan, Arnaud Thomassin reconnaît : « j’ai passé toute la nuit dehors; cela a commencé à geler à 22h30, on a alors utilisé nos tours à vent et nos bougies. Et on a gelé nulle part ! Même là où on n’était pas protégé…Il a pourtant fait -2°C vers 2-3 h du matin. Avec l’humidité de la veille et la neige, normalement cela accélère le risque… En fait, il s’est formé une épaisseur de glace, c’est peut-être cela qui a permis que la vigne ne gèle pas, donc c’est une bonne nouvelle », un peu comme le phénomène de l’aspersion que font notamment les Bourguignons.

En Castillon, à Sainte-Colombe, Philippe Carille du château Poupille avoue: « on n’a rien fait, mais pour le moment on a tenu ! On est peut-être descendu à -1°C, mais on n’a pas gelé, en revanche cela a pris en limite de Dordogne. Vendredi matin, c’était chaud patate, cela a été limite. »

 


Dans les Graves, au château Chantegrive, Marie-Hélène Lévêque me raconte cette nuit particulière: « le ciel s’est dégagé vers 21h-22h hier soir, on avait des ballots de paille, mais on ne pouvait pas allumer les feux à ce moment là, car la paille brûle plus vite que les bougies…A partir de 3h, on a eu un brouillard très épais qui nous a laissé espérer une protection jusqu’au petit jour…Cela oscillait entre 0° et -1°, la vigne gèle à -1,8°, c’était limite, si ça passe ce sera très juste. Les cabernets ne sont pas sortis, ils sont encore dans le coton. Quant aux merlots, les feuilles sont bien étalées, s’ils ont brûlé on aura des contre-bourgeons, mais enfin on n’avait pas besoin de cela… »

Cette nuit, le combat contre le gel avec des ballots de paille au © château Chantegrive

« A la limite, il aurait fallu allumé à 9h du soir mais quand on vous annonce 2°, on n’allume pas. Toutes les météos se sont trompées, j’en ai pourtant 7 différentes, elles disaient que cela ne descendrait pas en dessous de 2°… C’est vraiment très compliqué le gel. Vendredi, on a eu un petit coup de gelée à courant d’air, qui a endommagé quelques bourgeons, mais rien de bien méchant. On se souvient des grosses gelées quand il y a une lune rousse comme le 21 avril 91, le 27 avril 2017 ou encore l’année dernière les 13 avril et 5-6 mai… »

D’autres vignerons se veulent rassurants, comme Hervé Faye du château Laville en Bordeaux Supérieur à Saint-Sulpice-et-Camérac :  « pour le moment autour de moi, personne n’a été touché et c’est tant mieux, sachant que nous avons encore le mois d’avril à passer. C’est vrai que l’avance de la vigne fait paniquer un peu tout le monde. Mais pour le moment cela ne se passe pas trop mal, même si il y a cette ambiguïté du climat où les après-midis on peut presque enfiler un maillot de bain et les matinées où il faut sortir la doudoune… » En tout cas un épisode de gel forcément n’aiderait pas nos propriétés à commercialiser, on s’en souvient pour le millésime 2017 qui avait gelé et qui était un bon millésime. Surtout pas d’affolement. »

Du côté de la cité millénaire, Philippe Raymond responsable technique et du contrôle au Conseil des Vins de Saint-Emilion commente : «  les températures sur Saint-Emilion ont été un peu moins basses que la semaine dernière, mais cela dépend aussi des zones, il y a eu beaucoup de bougies, d’éoliennes mises en route et des hélicoptères sur Saint-Christophe-des-Berdes et la zone Figeac mais pas d’impact globalement, localement cela a pu souffrir un peu. La semaine dernière sur Saint-Pée d’Armens, cela a été plus violent quand même ». 

Du côté du Médoc, Claude Gaudin président de l’ODG Médoc, Haut-Médoc et Listrac confirme : « je n’ai pas eu d’infos sur des dégâts significatifs cette nuit, vendredi matin il avait fait plus froid avec des températures de -1°C sur les bords de Garonne, également au Pian Médoc, des hélicoptères avaient tourné au dessus des vignes, mais dans les 2 cas pas de dégâts significatifs qui mettraient en péril quoi que ce soit. Maintenant on attend vendredi avec un peu d’appréhension.

Christophe Château du CIVB corrobore un vignoble de Bordeaux très peu touché, « des dégâts très minimes mais zéro impact sur le récolte, cela repasse au doux pour les 15 jours à venir, il ne faudrait pas qu’il y ait une vague de froid fin avril comme en 2017, cela serait catastrophique. »

En tout cas, Côté Châteaux salue ici la mobilisation des vignerons et de leurs équipes, sur le front du gel, dans cette période délicate.

30 Mar

Le château Mayne-Lalande offre un week-end aux personnels soignants en guise de soutien moral et de solidarité

C’est une démarche désintéressée, qui vient du coeur. Un vigneron de Listrac, qui a côtoyé le monde médical il y a 10 ans et a vaincu une maladie, a décidé d’offrir 5 week-ends en septembre et 5 autres en octobre à des personnels soignants sur le front du coronavirus.

Le © château Mayne Lalande à Listrac Médoc, une belle longère qui va accueillir les soignants en septembre, octobre

Bernard Lartigue est un « vigneron parti de rien », comme me le décrit Loïc Siri;  un vigneron qui aujourd’hui a atteint 20 hectares au niveau de son château Mayne-Lalande, situé sur l’appellation Listrac dans le Médoc.

Son histoire est certes intéressante, c’est parait-il « un personnage », que j’ai hâte de rencontrer (et que j’ai déjà du croiser d’ailleurs) et qui est bien « scoré » dans le monde du vin. Mais moi, ce qui m’a touché, c’est sa démarche humaniste, cette fibre qui me tire souvent les larmes aux yeux quand le projet ou le film est beau. La semaine dernière, avec Loïc Siri son community manager, ils ont partagé sur Facebook une photo montage du domaine avec des personnels soignants habillés de la tête aux pieds pour se protéger du coronavirus, avec ce message « solidarité ».

Du coup j’ai cherché à en savoir plus et ai contacté Loïc Siri puis Bernard Lartigue… « Je ne me suis pas posé longtemps la question, puisque j’en ai l’occasion et la possibilité », me confie Bernard Lartigue. « Je me suis dit pourquoi ne pas offrir un week-end à ces gens, à ces soignants pour les soutenir, et pourquoi pas au moment des vendanges pour vivre une expérience avec les vendangeurs et leur organiser un repas gastronomique…un vrai moment de convivialité… »

Une initiative qui va sans doute réchauffer le coeur de nos soignants, une initiative signée Bernard Lartigue 

Je suis et j’ai toujours été admiratif et reconnaissant pour ces personnes qui travaillent dans le milieu médical. Ils font preuve de prouesse et d’un exceptionnel esprit de générosité, de dévouement et d’attention, avec pour certains soignants des rémunérations qui ne sont pas à la hauteur du travail et des responsabilités« , Bernard Lartigue vigneron.

« J’ai donc penser associer ces gens de la médecine avec nous le monde du vin dans cet endroit du Médoc pour un week-end. Cela sera un moment agréable ». Et dans le principe ?  « Ce sera un week-end en septembre et un autre week-end en octobre pour 5 couples à chaque fois car c’est notre capacité d’accueil. Il y aura non seulement la partie hôtellerie mais aussi gastronomie que je souhaite aussi, on mettra tout en oeuvre pour régaler ces personnes, c’est également important.

Derrière cette belle initiative, il y a une belle personne qui a vécu en 2008 une épreuve, un cancer : « oui, j’ai eu un cancer de la peau, un mélanome, que j’ai moi-même observé et que j’ai vu grossir, j’ai pris rendez-vous avec un dermatologue de Bordeaux, sans doute le meilleur, qui m’a diagnostiqué immédiatement et me l’a enlevé, puis j’ai eu 2 as de traitement, et si je suis là aujourd’hui c’est graves à eux, aux soignants qui font preuve de sérieux et d’un grand talent, face à la maladie qui peut être sournoise, comme pour moi, c’était une course cotre-la-montre. »

Aujourd’hui, c’est pour lui une évidence, un geste qui sonne presque comme un juste retour, quant aux réponses ? « On attend de voir, d’avoir les personnes, après on fera un tirage au sort, avec une représentativité un équilibre, on aura par exemple un(e) chirurgien, un(e) anesthésiste, un(e) infirmière et un(e) aide-soignant(e) bien sûr…une parcelle de tout le corps médical représenté, pour qu’il y ait ce moment de partage, d’échange et de dialogue, tellement nécessaire en cette période de confinement. »

Un coup de chapeau de Côté Châteaux et merci Bernard.

Et pour entrer en contact:  vous pouvez envoyer un mail à Bernard Lartigue à son adresse mail: blartigue2@wanadoo.fr ou joindre Bernard Lartigue au 06 12 70 97 28