13 Août

Bilan de 2 jours d’orages à Bordeaux: des propriétés très sinistrées mais au global ce ne sont pas des « sinistres massifs »

Ces 2 jours d’orages auront été très douloureux pour quelques propriétés en Gironde. Bernard Farges, le président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux revient sur les orages qui ont « fait payer cher « à certains, quelques centaines d’hectares endommagés de 5 à 80% en Gironde, mais dans l’ensemble beaucoup d’autres propriétés sont passées à travers ces grêlons ravageurs.

De nombreux grains tranchés par les grêlons qui ne pourront pas atteindre ni la maturité ni la période optimale de récolte © Sophie Aribaud

C’est la triste loi du sort, « ce sont des orages classiques d’été » comme le souligne Bernard Farges, le président du CIVB, lui même viticulteur. C’est souvent « très injuste chez qui ça tombe », ce sont ce qu’on appelle des « sinistres qui sont jaloux, à quelques centaines de mètres près, tu peux être sinistré et ton voisin pas du tout. »

Globalement, ce ne sont pas des sinistres massifs, mais l’orage de grêle qui est tombé sur certaines propriétés, cela fait cher… » Bernard Farges, président du CIVB

D’après les remontées d’informations, du terrain, hier « quelques propriétés ont été touchées dans le blayais, autour de Langon à Saint-Pierre-de-Mons, avant hier dans les Graves, sur Saint-Morillon, Baurech très très touchées dans l’Entre-deux Mers à Saint-Germain-du-Puch. et Sauveterre. Ce sont au total plusieurs centaines d’hectares et ça peut aller de 5 à 80% de dégâts sur les parcelles. »

Les dégâts de la grêle sur les blancs © Sophie Aribaud

Des orages classiques mais malheureusement dévastateurs pour certains comme le château Cajus qui a posté sur Facebook : « 15 minutes. Il n’a fallu que 15 minutes pour détruire notre récolte. Triste journée à château Cajus, nous ne pouvons que constater les terribles dégâts qu’a causé l’orage de grêle d’hier. A priori très localisé sur notre village de Saint-Germain-du-Puch, il a endommagé pratiquement toute notre récolte ». De tout coeur avec ce château et d’autres dans cette épreuve.Une de plus puisque « après le gel de 2017, la grêle de 2020  vient assombrir une  fois de plus les perspectives pour l’avenir et nous rappelle notre dépendance au climat, »ajoute château Cajus.

Du côté des orages, le plus gros semble passé, les 8 à 10 jours qui s’annoncent plus frais seront plus tranquilles de ce côté, « les vendanges devraient commencer sous peu, les crémants déjà et la semaine prochaine certaines propriétés de Pessac-Léognan vont ouvrir le bal, »ajoute Bernard Farges.

12 Août

Orages en Gironde : de fortes rafales de vent, de la pluie et des grêlons très localisés

Les orages, même s’ils étaient annoncés ont semblé surprendre beaucoup de monde. La Gironde était placée en vigilance jaune aux orages, accompagnés de grêle localement et de fortes pluies et rafales de vent, cela n’a pas loupé dès 20h et encore cette nuit, c’était un festival. Le point sur les dégâts qui semblent très localisés dans le Bordelais et notamment dans les Graves.

Des grêlons assez importants, parfois de plus de 2 cm de diamètre, tombés hier soir à Saint-Morillon en Gironde© Eric Duron

On a beau dire, on a beau faire, quand c’est annoncé, en général, cela tombe. Et on découvre sur les réseaux les vidéos de terrasses et parasols emportés comme au Pyla ou sur Bordeaux, qui nous rappellent que face aux éléments, mieux vaut prévenir que guérir.

Les viticulteurs (pour ceux qui n’étaient pas encore partis en vacances) étaient pour bon nombre sur le pont pour essayer de minimiser les possibles orages de grêle avec leur canons à grêle. Pas facile comme combat, mais parfois ou même souvent payant.

Les secteurs les plus touchés ont été selon les premiers retours Saint-Morillon où Eric Duron a pris ces photos de gros grêlons, La Brède et Saint-Selve, on attend des précisions des Graves pour estimer s’il y a des dégâts importants dans les vignes.

A Baurech, Frédéric Sadrès, responsable technique viticole Région Gironde Ouest Vitivista, constate ce matin au micro de mes collègues Gilles Coulon et Patricia Mondon de France 3 Aquitaine les dégâts importants : « on peut estimer les pertes sur une parcelle comme celle-ci à hauteur de 30%, les pertes immédiates car après il y aura les incidences pathogènes de type botrytis qui vont venir s’attaquer à des grappes abimées, blessées, avec le retour de la chaleur… En moyenne ici à Baurech on est à 25-30% des vignes touchées, avec parfois des parcelles un peu plus touchées. »

Un ciel très menaçant hier soir sur Bordeaux © JPS

Parmi les vignerons joints ce matin, Léa Rodrigues-Lalande du château de Castres : « on a eu un peu d’eau mélangé à de la grêle, je vais aller faire un tour dans les vignes un peu plus tard, cela n’a pas duré très longtemps, surtout beaucoup de vent, mais apparemment cela n’a pas l’air d’avoir été plus touché que cela...Davantage la partie nord des Graves. » José Rodrigues Lalande, son père sur la route du retour de vacances, a fait le point avec son chef de culture : « nous n’avons pas été touché en Pessac-Léognan, en revanche nous avons de petits impacts sur Saint-Morillon, Saint-Selve, Beautiran où la grêle est tombée. Sur Castres et Portets, c’était mélangé avec beaucoup d’eau.Cela a vraiment été un couloir entre Beautiran et Saint-Selve, ce n’est pas catastrophique mais juste un peu compliqué… »

Philibert Perrin, président du syndicat viticole de Pessac-Léognan se veut rassurant ce matin : « il y a eu quelques grêlons hier soir sur le secteur de Cadaujac, mais pas de dégâts apparents, ce matin il y a eu quelques grêlons isolés sur Martillac et Villenave d’Ornon, des grêlons mélangés à de l’eaudans le vignoble on ne voit quand même pas de feuilles percées, mais l’eau on en avait besoin, on a eu environ 30 millimètres de pluie sur le secteur de Martillac. Sur les secteur de la Brède et Saint-Sèlve, cela aurait été plus important. »

 

Confirmation auprès de Mayeul L’Huillier, le directeur du syndicat viticole des Graves : « il y a eu de la grêle sur la Brède, Saint-Morillon, et Saint-Selve, mais là il n’y a pas énormément d’exploitations. Côté évaluation des dégâts: « apparemment des dégâts importants du côté de Saint-Morillon et la Brède, avec des grappes touchées. On parle aussi de dégâts du côté d’Ayguemorte. Cette année, cette zone paie un prix pour entre les gelées de mars, la grêle de mai et celle d’hier. Le tout dans un contexte global compliqué. »

Sophie Aribaud, conseillère viticole, complète. « cela a tapé à Baurech, Tabanac et à Saint-Germain-du-Puch. Sur mon secteur habituel Grézillac, Branne, Saint-Emilion et en Entre-Deux-Mers, il n’y a rien eu. En revanche, les jeunes plans souffrent de la sécheresse en ce moment, il faut les arroser tout le temps… »

Dans le Médoc, Julien Vignault du Conseil des Vins du Médoc, confirme qu’« hier soir c’est un peu tombé mais surtout de la pluie, c’était encore très orageux dans le nord-Médoc ce matin mais il n’est tombé que de grosses gouttes » et c’est tant mieux. Hélène Larrieux pour l’ODG Médoc, Haut-Médoc et Listrac : d’après les retours d’une dizaine d’administrateurs, « pas de grêle à déclarer. » En revanche, « de très beaux spectacles visuels et sonores hier soir et une répartition de pluies assez hétérogène sur le territoire. Ce matin, il y a eu jusqu’à 40 millimètres de pluie à Cissac-Médoc et Vertheuil par exemple. Une pluie salvatrice  pour la vigne et faciliter le travail du sol qui va permettre d’ameublir la terre. L’eau va contribuer à ce que le cycle de maturité se passe de façon idéale alors que la plante commençait à offrir du manque d’eau. Le timing est parfait pour que la plante continue sa photosynthèse et apporte aux raisins les sucres et les polyphénols nécessaires à une vendange de très belle qualité. »

Dans d’autres secteurs, les vignerons désespèrent d’avoir un peu d’eau, plusieurs me confiaient hier et aujourd’hui n’avoir pas eu une goutte durant cet épisode…

 

Ce mercredi en fin d’après-midi de nouveaux orages de grêle ont pu être observés vers Loubens, Sauveterre, St Pierre de Mons ou encore le Pian sur Garonne, des vignerons dépités qui voient se poursuivre ces aléas climatique qui devraient encore se poursuivre demain. Le nombre d’hectares touchés commence à augmenter en Gironde. Pas facile la vie de vitis… Côté Châteaux est de tout coeur avec eux.

26 Juin

Vigilance orange aux orages sur 13 départements

Météo France alerte sur des orages qui pourraient être violents avec phénomène électrique et grêle par endroits. 13 départements sont placés en vigilance orange. Le phénomène devrait débuter en fin d’après-midi ou début de soirée.

On croise les doigts. On espère que ces orages annoncés ne soient pas si violents, notamment pour les vignerons qui ont déjà payé un lourd tribut depuis le printemps avec une intensification début juin notamment en Gironde et Dordogne.

La ce sont la Dordogne et le Lot-et-Garonne en Aquitaine qui figurent parmi les 13 départements placés en vigilance orange. On se souvient encore des dégâts qui il y q 15 jours ont été importants pour le vignoble de Buzet.

Voici en substance l’alerte et la description de Météo France : « des orages se déclenchent à nouveau par le sud Aquitaine en fin de journée. D’abord peu virulents, ils s’organisent en progressant vers l’est Aquitaine, l’ouest Midi-Pyrénées le Limousin et l’Auvergne ce soir et la nuit prochaine. Ils devraient être accompagnés d’une activité électrique parfois intense, de chutes de grêle pouvant être marquées, et de rafales de vent pouvant atteindre 90/100 km/h, localement 110/120 km/h. De fortes précipitations associées à ces orages sont aussi attendues, avec des intensités pouvant atteindre 30 à 50 mm par heure ; les orages sont cependant assez mobiles.

Atténuation progressive du risque orageux par le sud en première partie de nuit ».

13 Juin

Un violent orage de grêle s’est abattu sur le vignoble de Buzet

C’est un épisode dramatique de plus qui vient frapper cette fois le vignoble de Buzet, cette AOC du Lot-et-Garonne, créée en 1973. Un orage de grêle très violent puisqu’il aurait endommagé plus d’un tiers du vignoble de Buzet.

Les dégâts constatés aujourd’hui par ©Vincent Leyre à Mongaillard

2020, une année terrible. Les orages de grêle n’en finissent plus. Après avoir touché de nombreux vignobles le 17 avril en Gironde et en Dordogne, après 3 épisodes survenus depuis début juin, les 1er, 4 et 9 juin sur des endroits localisés de Gironde, voici hier un orage de grêle très violent qui s’est abattu sur le vignoble de Buzet. Vincent Leyre, président du Conseil de Surveillance des Vignerons de Buzet témoigne pour Côté Châteaux.

Jean-Pierre Stahl : « Salut Vincent, comment ça va, j’imagine…comment s’est passé cet orage de grêle d’hier ? »

Vincent Leyre : « De la grêle, un orage de grêle qui n’était pas prévu, cela s’est passé hier soir vers 20h30 – 20h45, il y a eu 10 minutes de grêle intense, de la grêle pas énorme, entre 0,5 et 1 centimètre de diamètre. A priori, le dispositif de lutte contre la grêle n’a pas été mis en route. »

Il y a eu beaucoup de grêle, comme s’il avait neigé, rendant les champs tout blancs, avec beaucoup beaucoup de vent et un effet mécanique très fort », Vincent Leyre

C’était un orage violent, localisé avec des vents tempétueux, mais ce n’était pas une tornade dans le sens où il n’y a pas eu de dégâts sur les toitures qui se seraient envolées.

JPS : « Quels sont les dégâts, Vincent ? »

Vincent Leyre : « Cela a pris la zone où il y a le plus de vigne. L’appellation est vaste, 2000 hectares, mais l’épicentre a pris là où il y avait le plus de vigne : sur Mongaillard, Vianne, Buzet, Xaintrailles…Là où la densité de vigne est la plus forte ».

On a 300 hectares touchés sérieusement à plus de 70% et après de 500 à 700 hectares touchés entre 20 et 50%. C’est pénalisant pour l’appellation. 

A titre personnel, j’ai des parcelles, 15 hectares, touchées entre 70 et 100%. Il n’ y a plus de feuilles, il n’y a plus que les fils de fer, il n’y a plus rien. C’est le métier, il faut se raccrocher à cela. C’est déjà arrivé et cela arrivera encore.

C’est rageant, c’est une super récolte qui s’annonçait, précoce, on n’avait pas de maladie, pas de mildiou, cela a un côté très frustrant.

Sur de nombreux bois, il ne reste ni feuille, ni grappe ici à Mongaillard © Vincent Leyre

« En tout le vignoble fait 2000 hectares, je pense que 1000 hectares n’ont pas été touchés, après 300 l’ont été fortement et entre 500 et 700 plus ou moins. On va voir comment cela évolue. Si le temps est pourri, ce sera difficile, s’il refait beau on fera quand même quelque chose. C’est dur à dire pour le moment. Il y aura un impact quantitatif, ça c’est sûr, qualitatif c’est trop tôt. »

JPS : « Est-ce que votre vignoble de Gueyze emblématique et le vignoble expérimental ont été touchés ? »

Vincent Leyre : « Le vignoble de Gueyze a été impacté à 30%, celui qui produit le château de Gueyze et le vignoble expérimental aussi touché, ce sont des vignes en formation, plus tendres. Il fait sec les blessures vont noircir, cicatriser, cela va être très moche. Dès lundi avec les techniciens, on fera le tour pour expertise de manière plus précise. »

« Quand ça t’arrives, tu te dis : « je suis raclé », mais tout compte fait cela fera peut-être une demi-récolte…En tout cas, cela ne fait pas plaisir. »

Regardez le reportage de mes confères J.Sousa BP Morin et C.Rabréaud  

JPS : « Vincent, avec la crise du coronavirus, est-ce que Buzet avait  fortement été touché par les problèmes de commercialisation ? »

Vincent Leyre : « Avec le covid-19, on a été impacté surtout au mois de mars, au début du confinement. En avril, on était en retrait, mais cela n’a été que passager, car en mai on a fait comme l’année dernière. On n’a pas été dans la mouise comme certains…Au niveau de la cave, on commercialise, on a du stock et on va quand même faire une récolte, il faut être non pas optimiste mais réaliste. Il n’y aura pas zéro récolte de Buzet cette année, il ne faut pas tomber dans la psychose. C’est vrai qu’on s’en était bien sorti par rapport au covid et aux maladies de la vigne, cela se présentait trop bien… »

Bon courage à tous les vignerons de Buzet face à ce nouvel épisode climatique.

Pour mieux faire connaissance avec les vignerons de Buzet, regardez ce numéro spécial Côté Châteaux Buzet tourné en mai 2019 par Jean-Pierre Stahl et Sébastien Delalot pour France 3 NOA : 

12 Juin

Bordeaux : une forte attaque de mildiou amplifiée par les pluies à répétition

 Le vigneron ne sait plus où donner de la tête. Dans chaque rang, le mildiou pointe le bout de son nez partout à Bordeaux. D’autres régions viticoles sont aussi atteintes. Des pertes estimées de 10 à 100% de la récolte 2020. Reportage à Montagne chez deux vignerons attaqués, l’un en conventionnel, l’autre en bio.

Des grappes atteintes par le mildiou à gauche et une grappe saine à droite

En janvier 2020, les vignerons se souhaitaient la bonne année: « 2020, l’année du vin ». En ce mois de juin, ils en plaisantent eux-mêmes : « 2020, l’année du rien… »

Bruno Marchand du château Haut-Bonneau, 25 hectares en Montagne-Saint-Emilion (vignoble conventionnel) et Pierre Taïx du château Gadet-Plaisance, 10 hectares en bio, également à Montagne, sont tous deux attaqués par ce satané mildiou, maladie provoquée par des microorganismes oomycètes, entre le champignon et l’algue brune…

Un mildiou de plus en plus vicieux, dans le temps on le trouvait sur feuilles, désormais on voit beaucoup de mildiou sur grappes, autant dire ces grappes attaquées vont toutes avorter… Du coup, les vignerons redoutent de perdre une bonne partie de récolte, pour quelques-uns il n’y en aura pas cette année.

« C’est vrai qu’il a tendance à être beaucoup plus présent sur grappes, le mildiou a muté génétiquement, on voit qu’il est devenu plus résistant à beaucoup de produits… Pas tellement dans la culture biologique car finalement il n’est pas devenu résistant au cuivre, mais on s’aperçoit qu’il est extrêmement virulent sur grappe… », témoigne Pierre Taïx.

C’est très inquiétant, on est début juin et le mildiou reste potentiellement actif et capable de détruire une récolte, au moins jusqu’à la véraison. » Pierre Taïx du château Gadet-Plaisance

La grêle du 17 avril dernier et le week-end de fortes pluies 3 semaines plus tard avec 60 millimètres d’eau tombés  en un jour ont eu pour conséquences des attaques de mildiou 10 à 15 jours plus tard. Hier encore il est tombé 25 millimètres de pluie ! De quoi « lessiver » les protections de la vigne et en climat océanique, cela ne pardonne pas.

On est confronté effectivement à des contaminations de mildiou quasi permanentes…avec des dégâts allant de 10-15% à parfois 100% et la destuction de la récolte complète chez certains viticulteurs », Bruno Marchand président du syndicat de Montagne-Saint-Emilion.

Bruno Marchand du château Haut-Bonneau et Pierre Taïx de Gadet-Plaisance © JPS

C’est vrai que les vignerons que nous sommes, nous nous posons beaucoup de questions sur nos parcours techniques, que ce soit des parcours techniques en viticulture conventionnelle ou en agriculture biologique, ou même biodynamique, aujourd’hui tout le monde est confronté à ce problème dramatique de mildiou, » commente encore Bruno Marchand.

Les produits qu’ils utilisent auraient-ils perdu en efficacité ? Certains se posent des questions, certains voidraient même attaquer les firmes…Depuis l’abandon de certains produits phytosanitaires les plus dangereux, cela pourrait être une explication, mais pas forcément. En conventionnel comme en bio, tous sont confrontés au même problème. Bruno Marchand en est lui à 7 ou 8 traitements, Pierre Taîx en bio effectuait ce matin son 11e traitement.

« En bio, on est quand même limité par la quantité de cuivre à l’hectare, la norme maintenant c’est 4 kilos à l’hectare par an (au lieu de 6), donc il faut passer souvent avec des quantités relativement faibles, quasiment homéopathiques…Parfois cela ne suffit pas »  Pierre Taïx du château Gadet-Plaisance

Et de compléter : « si on anticipe mal les précipitations à venir, si on n’a pas été assez vigilant ou si les pulvérisateurs étaient mal réglés, on a vite des pertes importantes de récolte. » En 2018, ce vigneron en bio a perdu près de la moitié de ses récoltes sur ses 4 châteaux (Fongaban en Castillon, Rigaud (Puisseguin), la Mauriane et Gadet-Plaisance (Montagne St Emilion): 2050 hectolitres en 2018 contre 4050 en 2019… Pour Bruno Marchand, ce fut une perte de 15% : « Le mildiou détruit les parties vertes de la vigne, mais n’impacte aucunement la qualité de raisins et du vin vinifié…On a quand même pu avec des tries importantes avoir une belle qualité de raisin ».

Sur l’appellation Montagne-Saint-Emilion, nous avions des rendements de l’ordre de 38 hectolitres à l’hectare, quand en année normale on approche plutôt 48 à 50 hectos à l’hectare » Bruno Marchand.

Malheureusement la météo de la semaine à venir n’est pas vraiment favorable, des pluies et de l’humidité sont encore à redouter.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Philippe Turpaud et Boris Chague : 

10 Juin

Bordeaux : 3e épisode de grêle en 10 jours et ce n’est pas fini…

Les orages et la grêle n’en finissent plus… A Bordeaux, la saison semble bouleversée. Des épisodes à répétition qui touchent les vignerons, très souvent de manière localisée, mais avec une intensité impressionnante. Dernier épisode en date ce mardi après-midi, avec quelques endroits touchés en Gironde.

Les impacts de grêle sur les baies de raisin à Ladaux en Gironde © Jonathan Ducourt

1er juin, 4 juin et 9 juin. Trois épisodes, allez on va dire tous les 3 jours… Heu, ça commence à faire. Il semble que la saison des orages cette année est bel et bien avancée, elle a déjà causé d’énormes dégâts, notamment le 17 avril dernier. Il faut dire que l’été s’était invité très tôt à Bordeaux.

Hier après-midi, ce sont les vignobles Ducourt qui ont été touchés à Ladaux en Gironde:« il a grêlé en face de notre bureau, un orage violent, assez impressionnant » témoigne ce matin Jonathan Ducourt; « ce ne sont pas de gros grêlons, mais cela a percé les feuilles et les raisins sortis des rangs; ceux qui étaient sous les feuilles ont été moins touchés ».

« Là on a fait un tour des parcelles, mais les dégâts sont difficiles à estimer, ce n’est pas comme les années où il n’y a plus rien sur la vigne, là on voit juste des impacts sur certaines feuilles. Après, il faut voir, s’il pleut pendant 15 jours cela va pourrir, ou voir si cela va tomber, la saison est compliquée…Cela a touché Ladaux, Cantois, mais à 500 mètres en bas chez ma grand-mère, il n’y a rien ».

« Là, on a 15 jours d’orages, au final on verra bien à la fin…une fois que ce sera passé. Mais avec en plus la pression mildiou, et la pression commerciale, c’est une année tendue. »

« C’était un bel orage de grêle, tombé vers 14h, très puissant, qui n’a pas duré très longtemps, c’était de jolis petits grêlons qu’on voyait tomber sur le gazon, mais un spectacle moins sympathique sur la vigne car 5 hectares sur 20 ont été grêlés, côté nord… » commente à son tour Nathalie Ducourneau du château Vincent, en Bordeaux Sup. « Toutes les grappes ont été touchées, avec une moyenne de 10 impacts par grappe. C’était vraiment un couloir qui n’a pas touché tous les vignerons, mais ciblé sur le centre du village de Saint-Vincent de Paul…alors qu’on n’est pas trop sujet à cela sur la presqu’île d’Ambes. 

Ces petits grêlons semblent plus préoccupants que de gros selon Nathalie Ducourneau: « cela massacre un peu plus la vigne, cela hache; il va y avoir un stress, les grains ne vont pas gonfler, j’espère que cela ne va pas pourrir le reste de la grappe…On est passé de 6 millimètres de pluie avant l’averse à 22 après avec un bel arrosage » Et de philosopher : « c’est notre métier qui veut cela mais cela fait un peu râler… »

Joint ce matin également, Damien Landouar me confirme avoir été touché, pas au niveau de château Gaby, mais sur une autre propriété : « hier, on a eu un petit peu de grêlons au niveau de Saint-Aubin-de-Branne sur la propriété Auguste… Il est tombé 25 millimètres en 15-20 minutes, c’est tombé très fort. On a vu le nuage arriver, c’était chargé en plein milieu, on s’est douté que quelque chose de pas sympathique… »

« On a 7 hectares de touchés sur les 30 de la propriété, c’est sur le devant de la propriété à l’entrée du village : 25% des grappes sont touchées. A Fronsac, on a pris pas mal d’eau, 15 millimètres, ce n’est pas formidable avec la pression de mildiou, on est sur le qui-vive. Montagne, Lussac, St-Emilion, il y a quelques propriétés très sensibles au mildiou, c’est une année compliquée, il flotte, il fait chaud, on a des difficultés à passer avec les tracteurs…C’est une année de vigneron, pas facile. »

Une fois de plus les aléas climatiques se sont rappelés à quelques vignerons, bizarrement, cela tourne, pas forcément les mêmes endroits touchés cette année. On souhaite à tous bon courage et on croise les doigts pour la suite. En début de semaine prochaine, d’autres orages pourraient arriver.

04 Juin

Vignoble bordelais : ras-le-bol de la grêle !

Encore un nouvel épisode de grêle ce jeudi en fin d’après-midi, assez localisé; après l’orage de grêle de lundi en Gironde. Trop c’est trop. Les viticulteurs du Bordelais voient ces épisodes se répéter et il reste plus de 3 mois avant la récolte !

La grêle cet après-midi saisies par © Fabian Goulard

Cette fois-ci l’orage de grêle a touché le sud-Gironde sur les secteurs de St Pierre de Mons et Mazeres. « C’est sans fin cette histoire, pour le moment je n’ai pas énormément d’informations, mais il y a eu en fin d’après-midi un orage qui a tourné en grêle au dessus de Mazères. Il semblerait qu’il y ait des dégâts. »

Pour l’heure, plusieurs vignerons que j’ai joints sont sur le terrain pour évaluer les dégâts. On va en savoir plus dans la soirée.

© Célia Carillo de Wine Ressource, environnée de vignes à Mazères

Loïc Pasquet, même s’il n’est pas touché, situé à 20 kilomètres de là, se sent solidaire et m’avait alerté: « je ne sais pas si on rentrera du raisin à la fin de l’année… » D’après lui les secteurs touchés seraient St Pierre de Mons, Mazères, le sud Gironde, du côté de Langon : « c’est resté sur la rive droite de la Garonne, c’est parti de Blaye et cela a longé la Garonne…et c’est venu décharger après Langon. C’est un truc de dingue. Dans le temps les vignerons disaient tu fais 4 récoltes de bonnes pour une de mauvaise, maintenant cela devient 4 de mauvaises pour une de bonne. » Et on ne parle pas non plus du mildiou sur grappe qui a l’air de s’en donner à coeur joie en ce moment, certains auraient déjà perdu à cause de cette maladie près de la moitié de leur récolte.

On distingue bien sur cette photo de Jean-Baptiste Duquesne les grains touchés par ces petits grêlons

Jean-Baptiste Duquesne du château Cazebonne a publié sur la page Bordeaux Pirate sur Facebook « des vins en dehors des sentiers battus » : « tout le travail d’une année peut être mis à mal par un orage de grêle. C’est ce que l’on craignait le plus cette année ».
« Des grêlons d’un demi centimètre sont tombés sur nos parcelles de Darche, Bouché, Peyron et Peyrous. Difficile de mesurer les dégâts à ce stade. Les feuilles sont abîmées, mais encore là, les grappes ont pris quelques impacts.
Maintenant, il va falloir sauver ce que l’on peut, cicatriser tout cela, dès demain matin, pour éviter que le mildiou nous prenne ce qu’il nous reste de récolte. Ras le bol. »

Décidément, c’est une année à grêle, quelle année de m…On a bien été touché avec des petits grêlons d’un demi-centimètre, mais ça suffit à ce stade à toucher les baies, j’ai un grain sur trois touché » Jean-Baptiste Duquesne.

© Célia Carillo a pu constater le déluge de grêlons à Mazères, il a duré 20 minutes peu avant 16 heures

Joint ce soir, Jean-Baptiste Duquesne a été impacté à Saint-Pierre de Mons sur ses parcelles citées ci-dessus : « j’ai 20, 30, ou 40% de perte…(sur ces parcelles). Cazebonne n’a pas été touché, mais on a aussi des vignes à Mazères et on est touché à Mazères. C’est assez localisé. »

Et de compléter : « après 2018 où on avait pris 100%, on reprend à nouveau. Heureusement la floraison était finie, mais la grappe est extrêmement sensible. Pour les 10% de cabernet-sauvignons pour lesquels la floraison n’était pas encore passée, cela va avorter.

C’est le 4e épisode de grêle cette année, c’est hallucinant » Jean-Baptiste Duquesne

« En plus de cela, il y a le mildiou, il faut être extrêmement vigilant sur les traitements…Je vais être sur le pont dès demain matin, pour essayer de sauver 60%.  »

Les petits pois touchés deviennent vite marron © Fabian Goulard

Un orage de grêle tellement pernicieux : « à première vue, si tu regardes le feuillage, il n’y a rien, les feuilles ne sont pas hachées…mais les grappes sont tellement fragiles, on sort à peine de la fleur, et elles ont tout pris…Les grains petits pois sont impactés… », commente ce vendredi matin Fabian Goulard du château Haut-Peyrous.

La réalité de la récolte ? « On sait ce qu’elle va être, on va maintenant travailler pour produire du bois… », poursuit Fabian Goulard. Depuis l’orage, la plante va se mettre en stress, favoriser le mildiou puis le botrytis, et on est en bio, il va y avoir « du maille », Demain on va passer la journée à faire un traitement de cicatrisation et prévenir les maladies.

03 Juin

Grêle dans le Bordelais : à Moulis, Cédric Coubris a perdu une bonne partie de sa future récolte

C’est un épisode d’orage et de grêle supplémentaire. Un de plus. Il y en a quasiment tous les 10 jours ces derniers temps. Moulis, Listrac ont pas mal été touchés dans le Médoc. Cédric Coubris gérant du château la Mouline revient ce matin pour Côté Châteaux sur ce nouvel aléa climatique qui a touché de plein fouet la propriété qu’il manage avec son frère.

Les dégâts de la grêle de lundi après-midi à al Mouline pris en photos mardi matin © Cédric Coubris

 Jean-Pierre Stahl: « Bonjour Cédric Coubris, comment allez-vous ce matin ? »

Cédric Coubris : « Fatigué moralement ! Avec déjà les aléas économiques que l’on connaît : les taxes Trump, la chute des exportations vers la Chine, le Brexit, le Covid… Là, cela a mis en l’air les seuls et derniers sentiments de liberté qu’on ressentait dans le travail de la vigne. Là on te coupe les deux pattes… Moralement, c’est très difficile. On disait que 2020 c’était l’année du vin…oui, mais quelle année ! »

JPS : « Comment avez-vous vécu lundi ce nouvel épisode de grêle ? »

Cédric Coubris : « Je n’habite pas sur place, alors je ne me suis pas inquiété outre mesure, j’ai vu que ça montait et beaucoup de pluie… En tant que président des vignerons indépendants de Gironde, je m’inquiétais surtout pour les autres. La grêle n’est tombé quasiment nul part, sauf chez moi, le coeur du noyau. En fait, cela a tout de même touché plusieurs propriétés sur Moulis et sur Listrac ». 

Certains ont pris beaucoup d’eau, moi j’ai pris des cailloux, j’ai des grappes marrons au bout de 24 heures et ça c’est perdu… » Cédric Coubris château la Mouline

Après les techniciens sont arrivés assez rapidement, ils ont mis un cicatrisant, un anti-mildiou et un anti-botrytis, car avec la semaine qui arrive, on nous annonce encore des orages et beaucoup de pluie, on fait le maximum pour sauver ce qu’il y a à sauver.

Les épisodes de grêle, c’est tous les 10 jours, et dans des parties différentes du bordelais, cette année cela va être une année compliquée.

JPS : « Surtout que vous avez déjà vécu d’autres épisodes climatiques, ces derniers temps ? »

Cédric Coubris : « En 2017, j’ai perdu 80% de la récolte à cause du gel. En 2018, on est passé à travers le mildiou. En 2019, on a perdu 3 hectares à cause du gel à nouveau, 150 hectolitres, cela fait 15% sur la propriété.

« Pour 2020, j’annonçais hier 90% de pertes mais j’espère n’être qu’à 60 à 70%, ce qui est déjà énorme. Après, la pression mildiou est bien là, cela risque de lessiver tout cela, et on n’est qu’en début de saison, il y a encore 3 à 4 mois à souffrir… »

Cédric Coubris, le Président des Vignerons Indépendants de Gironde dans son chai du château La Mouline à Moulis début mars 2020 © JPS

JPS : « J’imagine que vous étiez assuré ? »

Cédric Coubris : « Oui, depuis les aléas de 2017. J’avais été assuré pendant plus de 20 ans mais en 2008 j’ai pris la grêle, je payais 18 000 € d’assurance, il faut les sortir, mais cela n’a servi à quasiment rien; alors depuis j’ai pris le minimum entre 4000 et 5000 € mais je vais toucher 3 miettes…C’est un choix financier qui ne me permet pas de faire autrement. »

JPS : « Malgré tout, malgré ce nouvel épisode, vous aviez quelques lueurs d’espoirs de reprise ? »

Cédric Coubris : « Forcément, quand on voit que les restaurants et les caves peuvent de nouveau accueillir du public. Même si durant le confinement les cavistes ou les propriétés pouvaient recevoir du monde, personne n’y allait vraiment, là on a de nouveau un sentiment de liberté. Les gens reviennent dans les commerces. Pour pouvoir vendre du vin, c’est une bonne chose. »

« Sur internet j’ai triplé mes ventes en ligne et depuis le confinement, les 500 adhérents des vignerons indépendants sur le site des VI ont multiplié par 4 leurs ventes. Le déconfinement se passe bien, il y a une lueur d’espoir de se dire on redémarre et on va pouvoir débloquer les choses. »

Concernant la campagne des primeurs, on voit les maisons de négoce intéressées qui nous demandent de leur envoyer des échantillons. Donc oui, il y a un espoir.

« Si d’ici la fin de l’année on trouve un vaccin, il y aura à nouveau une confiance et une activité économique qui va repartir, avec une croissance dans 6 mois. Avec le covid, nous avons appris à vivre au jour le jour. Il faut espérer qu’il ne nous arrive pas d’incident sur notre parcours, car cela nous fragiliserait davantage ».

« Pour mon cas, cela risque d’être difficile en 2021 et 2022, si je n’ai pas de 2020 à vendre. Il va falloir que je vois si je peux prendre chez des voisins des vignes en fermage. Je pourrai peut-être aussi acheter de la vendange, mais pour commercialiser en vin de table ou en Médoc ou Haut-Médoc. Ma priorité pour le moment est de sauver mes vignes… »

Bon courage en tout cas à Cédric Coubris et aux autres vignerons qui ont aussi été victime de ce dernier épisode de grêle.

15 Mai

Vignes inondées, humidité, mildiou et black rot qui « pointent le bout du nez », pas simple le boulot de vigneron

Les épisodes de pluies intenses du week-end et du début de semaine ont engendré des inondations dans les vignes et d’énormes difficultés pour entrer sur les parcelles pour y effectuer des traitements tant en bio qu’en conventionnel. Les attaques de mildiou et aussi de black rot se font jour et devraient être encore plus fortes dans les jours à venir. Réactions dans le vignoble bordelais.

Pour le traitement de cette fin de semaine, je vais louer un hydroglisseur, ce sera plus facile – à Sainte-Terre © Benoît-Manuel Trocard

DU JAMAIS VU EN MAI, TRACTEURS PLANTES TRAITEMENTS DIFFERES

C’est du jamais vu, on a ici 15 centimètres d’eau dans la vigne, c’est vraiment haut », commente Benoît-Manuel Trocard, vigneron, face à une parcelle de vigne inondée de Sainte-Terre dont il s’occupe.

« Il y a des situations qui sont dramatiques… Des vignerons se sont plantés dans leur vigne. Qu’il pleuve, on est habitué, mais là… Avec 120 millimètres depuis 15 jours on a des coins totalement inondés, les sols sont gorgés d’eau, sur Sainte-Terre, Puisseguin, le Saint-Emilionnais à fond, le secteur de Langon, et le Médoc a pris cher aussi… Cela nous empêche de traiter le vignoble, que ce soit en tracteur ou à pied le terrain est inaccessible », Benoît Manuel Trocard. « Le problème c’est qu’on est déjà hors couverture, on a 14 jours pour refaire les traitements en systémique et en bio tous les 7 jours ».

« L’autre souci, c’est qu’on va être en pleine fleur dans une semaine, cela dure 2-3 jours et c’est très odorant; la peur c’est d’avoir aussi du millerandage: c’est quand il pleut, les pétales se collent sur la baie et font avorter l’oeuf. Quand il pleut trop, il y a de la coulure ou du millerandage, tu te retrouves avec la moitié ou un tiers de grappes en moins… » Si tu rates un traitement, tu mets en péril ta récolte. On ne les fait pas parce qu’on a envie d’en faire, mais parce que c’est nécessaire. Avec cette pluie et humidité, la vigne ramasse et le mildiou peut s’installer sur grappe , ce n’est pas bon à voir, en une semaine elle peut être déséchée complètement, c’est chaud patate… »

Attaque de mildiou sur grappe © Sophie Aribaud

DES SOLS SATURES EN EAU

« Plusieurs secteurs ont été inondés, les sols sont saturés en eau », confirme Sophie Aribaud conseillère viticole, qui a enregistré de 60 à 120 millimètres d’eau samedi-dimanche sur les domaines qu’elle suit entre le libournais et le langonnais. « Les gens essaient de passer dans leur vigne, mais énormément de tracteurs ont du être remorqués…

« Au niveau des maladies, on a vu l’apparition de taches de black rot un peu partout et des taches de mildiou, mais là pas forcément de grosses attaques car j’avais fait traiter très tôt mais je m’inquiète sur les semaines prochaines avec une incubation de 8 à 12 jours pour le mildiou« .

On est sur des formes chaotiques d’attaque de mildiou, avant il arrivait sur feuilles et descendait sur la grappe, là il peut prendre directement sur grappe » Sophie Aribaud conseillère viticole.

Autre maladie, le black rot qui a une période d’incubation d’une vingtaine de jours, « il peut aussi prendre sur grappe et le stade de sensibilité c’est jusqu’à pleine véraison », me précise Sophie Aribaud. « La dernière grosse attaque remontait à 2014, cela donne de sales goûts dans les vins, comme le botrytis et l’oïdium. »

Aussi en ce moment pour les traitements où il est difficile d’entrer dans certains rangs de vigne, c’est un peu « un passage en force, parfois avec des quais ou même à dos d’homme, à l’ancienne, et certains ne passent pas du tout…Sur les vignes en bio, ils sont à 5-6 traitements depuis le début et 3-4 pour les conventionnels ».

Ce sont des pluviométries digne des mois de novembre-décembre, mais pas de mois de mai, c’est du jamais vu depuis ces 20 dernières années », Sophie Aribaud.

Attaque de black rot sur feuille © Nicolas Lesaint

 

LES BIOS SUR LE QUI-VIVE

« On s’est pris 220 milimètres de pluie en 15 jours, c’est un truc de fou », commente Jean-Baptiste Duquesne, vigneron à Saint-Pierre-de-Mons et Mazères, certifié bio et Demeter cette année 2020 (qui était en conversion jusqu’ici). « On a pu traiter mardi la moitié des parcelles les mieux drainées et on attend pour traiter la deuxième moitié probablement demain ».

« Le fait que nos sols soient plus vivants, on a fait du bon boulot, l’eau est rentré, les couverts végétaux ont permis d’absorber l’eau et on a des sols poreux. L’enherbement, c’est sûr nous a aidé. Dans le sud-gironde, on ne peut pas rentrer dans les vignes; je pense que tout le monde va devoir réenherber et remettre de la nature organique.

Pour l’instant, ça tient, on n’est pas inquiet, même si le mildiou peut exploser à tout moment comme en 2018″ Jean-Baptiste Duquesne château Cazebonne

Jean-Baptiste Duquesne avait gelé en 2017, grêlé à 100% en 2018 et avait eu une faible récolte en 2019; « cela fait 3 années difficiles, cette année on espère que cela va aller… On une belle charge sur nos vignes. »

« LE GROS SUJET, CELA VA ETRE LE BLACK ROT »

Au château de Reignac à Saint-Loubès, Nicolas Lesaint témoigne : « au niveau pluviométrie, on s’est pris 70 millimètres samedi-dimanche, puis 30 millimètres en début de semaine. C’est vrai que c’est compliqué de passer, on pouvait le faire mardi ou aujourd’hui. Mardi, beaucoup ont eu leur enjambeur ou petit tracteur planté, c’était dans tous les sens. Moi j’étais passé avant et je traite aujourd’hui, cela roule bien, on a de la chance d’avoir pas mal de graves sur la propriété, pour la partie des argiles ce sera la semaine prochaine. »

Nicolas Lesaint a vu poindre un peu de mildiou mais surtout plus de black rot, il en a l’habitude, il avait déjà vu des attaques la saison passée : « j’ai une sorte d’habitude, cela revient et c’est spontané et dynamique »

Le gros sujet, cela va être le black rot sur ce millésime, » Nicolas Lesaint du château de Reignac.

« J’ai des voisins qui n’ont pas fait attention avec notamment un traitement de retard par rapport à nous, et ils ont eu une intensité d’attaque hallucinante sur feuilles. Là je n’en vois pas sur grappe, mais quand il va en y avoir ce sera trop tard. Il faut des conditions très sèches pour le freiner. Ce sont des petits ronds secs sur la feuille, la vigne a nécrosé cette partie et des petits points noirs vont se former. Et sur grappe, lors de l’attaque sur baie, elle va devenir beige et tout tombe. »

« Concernant le mildiou, cela va aussi être inquiétant, les contaminations ont eu lieu et rendez-vous dans 10 jours, il pourrait y avoir de grosses sorties sur feuilles et sur grappes. D’année en année, c’est de plus en plus chaotique ».

On se souvient en effet d’une année terrible il y a deux ans, où le vignoble bordelais avait connu une attaque sévère de mildiou. Certains avait perdu une bonne partie de leur récolte et millésime 2018

10 Mai

En Gironde la saison des orages se poursuit : beaucoup d’eau et de la grêle avec quelques dégâts

C’est une saison quelque peu avancée. D’habitude, on l’appréhende en été. Mais ce printemps décidément n’est pas de tout repos, après le gel fin mars-début avril, ce sont deux gros épisodes d’orages, notamment d’orages de grêle qui ont eu lieu le 17 avril et ce samedi 9 mai… Hier des dégâts dus à la grêle ont été enregistrés sur Pujols, Budos, et en partie sur le Médoc en Gironde. Tour d’horizon avec Côté Châteaux

Les dégâts ce matin à 7h30 dans des vignes de Pujols © LP

LE SECTEUR LE PLUS TOUCHE A PUJOLS-SUR-CIRON

Jean-Jacques Dubourdieu témoigne d’emblée en cette fin de matinée : « c’est pas la joie, on a pris la grêle sur le Clos Floridène…

On a pris une bonne dérouillée au Clos Floridène à Pujols-sur-Ciron, la moitié de la propriété très touchée. J’habite là et donc j’étais aux premières loges pour voir ce bel orage de grêle, à 20h-20h10 c’est comme si la nuit tombait d’un coup, cela reste triste » Jean-Jacques Dubourdieu.

Les dégâts ce matin au Clos Floridène © Jean-Jacques Dubourdieu

« C’est un bel orage de grêle qui a démarré à sec entre 20h30 et 21h, au début on a eu du vent avec des rafales assez fortes et ensuite de gros grêlons, puis cela s’est déplacé sur Barsac mais avec davantage d’eau. Les secteurs touchés, Pujols, Budos, un petit peu Barsac. On a une parcelle sur Illats qui n’a pas été concernée, comme disaient les anciens c’est bien de ne pas avoir tout d’un bloc. Nos autres châteaux Reynon, Doisy -Daëne et Cantegril ne sont pas concernés. Pujols, c’est une commune d’habitude pas concernée par le couloir de grêle, on n’en n’avait pas eu depuis 1987-88. Heureusement, on était assuré, mais cela ne remplace pas, et on sortait de deux belles années 2018  et 2019, qui permettront d’amortir le choc. Mais on ne devrait avoir que la moitié de la récolte vraissemblablement. »

Des grêlons tombés sur le secteur de Saint-Symphorien en Gironde…

Loïc Pasquet, vigneron de Liber Pater, m’alertait dès hier soir sur l’intensité « c’était tendu toute la nuit ! », avec par endroits de gros grêlons, et faisait un tour dans ses vignes et sur le secteur de Landiras et dans les Graves :

Cela me donnait l’impression d’orage de montagne, sur Pujols et Budos cela a grêlé, un petit peu à Landiras et des torrents d’eau dans Landiras », Loïc Pasquet, vigneron Liber Pater

Dominique Guignard, le président du syndicat viticole des Graves est sur le pont aussi en ce dimanche matin : « je suis au milieu des vignes, je fais le tour…

Les dégâts importants saisis grêle et eau par © Dominique Guignard à Pujols

On a eu beaucoup d’eau 40 millimètres dans la nuit et autant aujourd’hui et demain. D’ici demain soir on devrait avoir 100 à 150 millimètres de pluie »  Dominique Guignard syndicat des Graves

« On a eu de la grêle sur le sud, sur Roaillan entre Langon et Bazas… », continue Dominique Guignard. « Après à Saint-Pierre de Mons, Langon, pas d’impact, Saucats il y a eu de la grêle mais là il n’y a pas beaucoup de vigne, surtout des céréales et du maïs. Je suis sur le pont et continue mon tour; il y a eu aussi beaucoup de vent et beaucoup de casse à cause du vent, notamment sur de jeunes pousses…

« Et après avoir sillonné toute la matinée son secteur des Graves, il se révèle que peu d’endroits touchés, excepté un secteur très durement impacté :

Le secteur le plus touché se situe entre Budos et Barsac sur la commune de Pujols-sur-Ciron, avec des parcelles touchées entre 80 et 100% », Dominique Guignard président du syndicat des Graves

 

Marc Médeville qui possède 50 hectares dans les Graves compte 8 hectares bien touchés : « on a 10 hectares avec le château Peyreblanque, cela a effectivement bien grêlé sur Budos et Pujols, en revanche pas de grêle et de dégâts en Bordeaux et Bordeaux Supérieur. Il y a eu 2 orages de grêle, le premier est arrivé de Balizac, des Grands Chais de France de l’ouest de Landiras et a balayé ce secteur là de manièce violente : nos vignes sont cramées, il n’y a plus rien, c’est très jaloux, il y a la moitié de la propriété à Budos massacrée et l’autre qui n’a rien; et l’autre orage de grêle sur Rouaillan, Langon vers Saint-Maixant. Des orages très violents et très localisés. »

Au niveau du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux, Christophe Chateau recueille également des remontées d’informations sur les secteurs de Gironde les plus touchés : « les Graves, le secteur de Pujols sur Ciron avec des vignes bien gâchées, le sud de la rive droite et sud Gironde, du côté de Cadillac et un petit peu vers le Sauternais et un peu le Médoc… »

A Sauternes, Xavier Planty au château Guiraud, commente sur son secteur : « non, très peu de grêlons sur Sauternes, davantage sur Landiras, Illats, il semblerait qu’il y ait des dégâts, cela s’est passé vers 21h30 hier » Et Luc Planty de confirmer « des trombes d’eau et beaucoup de grêle sur Pujols, on a un copain sur Coimers dans les Graves qui a été touché, quelques feuilles hachées, mais rien de significatif, en tout cas pas de dégât sur Sauternes. »

« Incroyable orage de grêle hier en fin de journée à Saint-Laurent (10 kms de la propriété). Ce que vous voyez est un champ de jeunes pousses de maïs. Je tiens à rassurer tout le monde, le Chateau La Mouline est passé au travers » © Cédric Coubris

Dans le Médoc, Cédric Coubris du château la Mouline n’a pas été touché mais a partagé sur les réseaux sociaux une photo impressionnante d’un amas de grêle tapissant le sol : « on n’a pas de vignerons touchés sur mon secteur, il y a eu de gros grêlons sur Sainte-Hélène, Saint-Laurent, Carcans, Lacanau, cela tapissait le sol, à croire que c’est resté du côté forêt, car la vigne a été épargnée à Listrac, Moulis, Margaux. On croise les doigts car on ne peut pas faire grand chose, mis à part des canons à grêle, mais en ce moment les orages de grêle c’est tous les 10 jours… »

Juste avant les orages d’hier soir dans le Médoc © Rémi Denjean

DANS LE MEDOC DE LA GRELE MAIS LA VIGNE S’EN TIRE A BON COMPTE

Au château d’Arsac, Philippe Raoux tient à me rassurer : « non, je n’ai rien eu, on est passé au travers jusqu’à maintenant. Mais on a été complètement grêlé en 2017 donc ça va quoi…Cela va être un métier compliqué pour ce type de cru, car on ne vend pas si facilement que cela et si tous les 3 ans on a une catastrophe… Depuis 2010, on s’est équipé d’un canon à grêle, car en 2008-2009 on avait grêlé et perdu 30%, depuis on n’a jamais été grêlé. Cela a un coût mais il faut vraiment s’équiper. Hier le canon n’a même pas tonné… »

Claude Gaudin, le président de l’ODG Médoc, Haut-Médoc et Listrac confirme : « à l’heure qu’il est, pas d’informations avec des dégâts, sur Salaunes et Saint-Hélène il y a eu effectivement des dégâts sur des véhicules et des chaussées blanchies, les secteurs qui semblaient les plus compliqués au niveau viticole Saint-Laurent et Saint-Sauveur, il y a eu beaucoup d’eau, mais pas de dégât a priori les canons à eau ont bien joué leur rôle. »

Des branches cassées, grêle , pluie et vent, ont touché sévèrement plusieurs parcelles en Gironde, ici dans les Graves © Dominique Guignard

Sophie Aribaud, conseillère viticole, commente que sur son secteur du libournais et de Saint-Emilion, elle n’a pas eu de retour de ses clients sur d’éventuels dégâts. « En revanche, il ne fait que pleuvoir et c’est embêtant. On risque d’avoir de la coulure et du millerandage, beaucoup de parcelles sont saturées en eau, inondées, surtout pour les merlots il n’aiment pas cela, la floraison a commencé pour les Malbec, les cabernet et maintenant les merlots avec 3 semaines d’avance. Et de trouver dans cette climatologie particulière une note plutôt indienne : « on a une saison des pluies puis une saison sèche sur les derniers millésimes, en général cela se présente bien en fin de saison pour la grappe… »