21 Juin

Les frères Todeschini offrent un nouveau visage à Mangot

Voilà 10 ans que Karl et Yann Todeschini font un travail de fond à Saint-Etienne-de-Lisse à la propriété familiale, château Mangot. Avec le millésime 2018 qu’ils viennent de mettre en bouteille, ils signent là le nouveau « visage de Mangot » comme ils disent. 2020 sera aussi le premier millésime certifié en agriculture biologique, après 10 ans de pratique bio.

Yann et Karl Todeschini, pour les vendanges 2017, à Mangot © Jean-Pierre Stahl

Quand Mangot dévoile son nouveau visage, on se demande si l’opération s’est bien passée ? Rassurez-vous, même si c’est une transformation en profondeur qui est menée depuis 10 ans par les frères Todeschini, vous y retrouverez vos petits… et leur bonne tête.

Car cela fait des lustres que je les suis, pas autant que cette date où le domaine a été fondé, 1515 (selon les traces écrites retrouvées par un historien, même date que Marignan…), mais tout de même, pas loin de 10 ans.

A Mangot, c’est donc un travail de fond qui est entrepris par les frangins, Karl et Yann, les surdoués de la vigne, ceux qui tutoient le cep tous les matins pour que demain « le goût du lieu » se retrouve dans le verre. Depuis 12 ans, « nous mettons tout en oeuvre pour que nos raisins expriment notre terroir, pour que nos raisins aillent vraiment puiser l’ADN de notre sol » commente Karl Todeschini. Depuis toutes ces années, la volonté affichée a été de rendre les sols plus vivants et d’obtenir un équilibre nutritionnel au niveau du végétal, voilà donc 10 ans qu’ils se sont orientés vers le bio avec une conversion de leur vignoble, 34 hectares, depuis le millésime 2017, et donc leur premier millésime estampillé AB sera le 2020. Après, bon il ne faut pas trop l’ébruiter, mais les Todeschini, en perfectionnistes, sont déjà axés sur la biodynamie et entament également une conversion, mais chut ça il ne faut pas le dire.

Le résultat est à la hauteur de leurs exigences: une recherche de « fraîcheur, d’opulence, d’élégance, de fuit, ce côté dense mais aussi avec de la délicatesse »commente Karl, qui encense aussi le travail réalisé en commun avec Yann, mais aussi Thomas Duclos, notre oenologue, « c’est le travail d’une famille mais aussi d’une équipe, mobilisée presque H24: « on a travaillé hier toute la journée, mais aussi dimanche dernier pour traiter et on n’a pas un pet de mildiou… »

Mise en bouteille en cette fin de semaine du millésime 2018 au © château Mangot

Il y a la patte des vignerons, mais aussi « l’identité du cru, on fait un vin de lieu » sur le terroir argilo-calcaire de Saint-Emilion ici à Saint-Etienne-de-Lisse : « un terroir de taré » partagé avec « Faugères, Fleur Cardinal, il y a là un dynamisme énorme. »

Le nouveau visage, c’est aussi le flacon et l’étiquette, repensés, tant concernant château Mangot que l’autre cuvée signature. La réflexion a été menée durant le confinement. Karl et Yann se sont tournés vers Vincent Pousson pour le travail graphique et l’originalité.  Château MANGOT reprend la gravure authentique de 1897 du Feret, une étiquette presque « intemporelle, épurée, au gout du jour, sans artifice graphique ou de technique d’impression.  Simplement ancrée à l’histoire en s’appuyant sur des objets historiques du château… », commente Yann Todeschini.

Et puis il y a la cuvée qui leur tient à coeur qu’ils ont baptisée « Distique »: «réunion de deux vers de mètre différent, formant un sens complet », alors là je dis à Yann, là on tombe presque dans le « mystique » « oui ou le Todestique », me répond-il : « c’est notre défouloir et tripe artistique », avec Karl. « On essaie de se mettre d’accord , de pousser plus loin une signature, il y a là un côté plus personnel. Sur Saint-Emilion et Mangot, on s’attend à un majorité de merlot, typique d’un grand cru de Saint-Emilion, là sur Distique on a 40% merlot, 40% cabernet France et 20% de cabernet sauvignon. On adore les cabernets et particulièrement le cabernet franc. On veut ici pousser le cabernet franc et notamment en amphore. On ne met pas d’année sur l’étiquette, mais on décompte depuis nos débuts: c’est notre XIIe millésime sur le 2018. Ce sont 6000 bouteilles produites et qu’on va commercialiser après 3, 5 ou 7 ans », quand le vin pourra pleinement s’apprécier.

Nouveau visage aussi, car Karl et Yann sont en train de terminer de concrétiser le passage de relais avec leur père et leur mère: « c’est en cours, une passation pour continuer à perdurer ». Le domaine avait été acheté en 1952 par leur grand-père. « En France, les transmissions familiales sont compliquées, on n’est pas vraiment aidé, et quand on voit le nombre d’investisseurs qui continuent à investir dans le vignoble, ils ont des moyens qu’on n’ pas…Mais on se débrouille par le travail et l’intelligence ». Pour sûr, Karl et Yann, ce sont des bosseurs, des vignerons talentueux et surtout qui ne dorment pas.

21 Avr

Primeurs 2019 : l’Union des Grands Crus et le négoce envisagent « un format ajusté d’ici la fin de cet été »

Confirmant ce que Côté Châteaux vous avait annoncé en primeur, l’UGCB et Bordeaux Négoce envisagent que les primeurs puissent se tenir d’ici la fin de l’été 2020, dans une formule ajustée, vu le contexte lié au déconfinement et au coronavirus. Sans doute au début de l’été.

Ronan Laborde, lors de sa première campagne primeurs en tant que nouveau président de l’UGCB en avril 2019 au hangar 14 pour la dégustation de l’Union © JPS

C’est « une formule nouvelle, exceptionnelle, adaptée et pragmatique » qui sera proposée pour faire déguster le millésime 2019. Une formule qui va tenir compte du déconfinement progressif et la reprise progressive de l’activité.

Elle consisteraient en « sessions de dégustations organisées à Bordeaux et dans d’autres villes du monde », des « sessions adaptées pour offrir les meilleurs garanties sanitaires tout en maintenant le même niveau de professionnalisme », selon l’UGCB

DES CERCLES RESTREINTS POUR DEGUSTER

Cela veut dire un nombre limité de dégustateurs en un même lieu et en même temps, ce que l’Union et le Bordeaux Négoce dépeignent comme « des cercles restreints de professionnels de la distribution, de critiques et de journalistes », avec « plusieurs sessions privatives successives permettant le resect des gestes barrières et des règles de protection sanitaires » Reste à confirmer tout cela vers le 11 mai au moment du déconfinement (progressif).

« L’UGCB et ses membres restent prudents. La priorité aujourd’hui demeure de lutter contre la maladie », commente Ronan Laborde. « Nous ne pouvons cependant pas renoncer à imaginer le jour d’après » (en espérant que cela n’ait aucun rapport avec le film éponyme « the Day After ») Et de poursuivre:

La formule que nous envisageons pour ces primeurs ne sera pas festive, elle sera professionnelle et intimiste » Ronan Laborde, président de l’UGCB.

« Après des moments difficiles, nous souhaiterions pouvoir proposer dans les prochaines semaines à nos amis et partenaires de se retrouver d’une façon un peu différente autour du millésime 2019, qui suscite tant de curiosité et à tant à dire. Cette nouvelle organisation, dont les détails devraient pouvoir être fixés dans » quelques jours, tiendra pleinement compte du caratère progressif et contraint du déconfinement qui devrait intervenir en France après le 11 mai. »

Eric et Andrea Perrin dans le chai de vins blancs du château Carbonnieux  © JPS

LES PROPRIETES PRETES  A S’ADAPTER

Joint par téléphone, Eric Perrin co-propriétaire de château Carbonnieux estime qu’effectivement « il n’y aura pas la place pour 300 châteaux, moi je vois les membres de l’Union (134 membres) et une trentaine supplémentaires, une campagne avec 150 châteaux  ou marques significatives pour un marché primeurs sur Bordeaux. Comment cela va s’organiser, une partie de dégustation et une partie d’échantillons , il faudra forcément imaginer un système différent, avec un système d’envoi et cibler les gros importateurs américains comme KLW ou Wally’s sur la Côte Ouest ou MS Walker ou Frederick Wildman sur la côte est. Je ne voyais pas faire 2 campagne primeurs en 2021, sur la même année pour les négociants ce n’était pas possible. D’un point de vue commercial, c’est clair qu’il va falloir une politique commune à l’extérieur comme avec l’Union. »

Une belle couleur et une belle intensité, pour le 2018 l’an dernier et bientôt le 2019 à déguster © JPS

LES REACTIONS DE COURTIER ET NEGOCIANT

« Pour l’instant c’est un peu prématuré d’en parler maintenant, car on ne sait pas ce qui va se passer le 15 juin. Ce qui est valable le 21 avril à ce jour, ne le sera pas forcément le 15 juin », commente Thimothée Bouffard co-gérant du bureau Ripert à Bordeaux.

« Après, je trouve bien de dire : il faut faire goûter les vins , en début d’été c’est une bonne chose, cela sera ramassé sur un certain nombre de marques, beaucoup moins large que d’habitude, mais tout dépendra de la capacité des clients et du négoce… 

Thimothée Bouffard, du bureau Ripert, courtier en vins depuis 30 ans © JPS

Le phénomène important sera le prix… Avant la crise du covid-19, l’élément prix allait être un élément fondamental, car depuis 3 ans on a une campagne très difficile, là l’impact du prix sera encore plus important » Thimothée Bouffard du cabinet Ripert

Yann Schÿler, PDG de la Maison de Négoce Schröder & Schÿler commente : « si tout le monde s’est mis d’accord, c’est très bien allons-y ! S’il y a du mouvement, cela ne peut être que bon, si tout le monde est partant, tout le monde partira et on fera le maximum.Il faut avancer, on en a marre de piétiner, tout le monde veut faire des affaires et une filière qui est unie, il faut se donner cette chance là, il faut que le coup parte et on l’accompagnera. »

Pour Jean-Pierre Rousseau, manager de la Maison de Négoce Diva à Bordeaux: « cela me va très bien, c’est une très bonne idée, on a besoin de cette campagne, toute la filière, les châteaux ont besoin de faire travailler les équipes. la période la plus adaptée pour moi serait fin juin, la retarder nous handicaperait sérieusement.

Mais faut tout de même s’arrêter et réfléchir un instant, il y a une crise de commercialisation actuelle assez importante et notamment un marché des livrables qui chute avec notamment des acheteurs chinois qui font baisser. « Ce qui est dramatique, c’est la valorisation des stocks du négoce qui a baissé fortement »,  commente Thimothée Bouffard. Elle serait de l’ordre de 15 à 30%, car il y a beaucoup de vin sur la place: « ce qui a été commandé pour le nouvel an chinois n’a pas été consommé, les Britanniques ont beaucoup de vin à vendre et Bordeaux aussi… » Pour Jean-Pierre Rousseau, « pour l’instant la chute des prix n’est pas énorme, on n’est pas encore en négatif comme pour le pétrole…Mais il y a des adaptations et plus le temps passera plus elles seront sévères d’où l’utilité d’une campagne qui permettra de remettre de l’argent dans la trésorerie3

Il y aura toujours des gens intéressés par les vins de Bordeaux, c’est un grand millésime, mais Bordeaux doit s’adapter à la situation...Donc la campagne, on peut la faire si on a un prix: si on trouve des 2019 à des prix inférieurs au 2015, voire en dessous de 2014, cela dépend de chaque marque. Mais en tout cas, il faudra que ce soit beaucoup moins cher que 2016, 2017 ou 2018. Si on a un bon prix, il n’y a pas de raison que nos clients ne soient pas inintéressés. Cela sera fonction de leur capacité financière ».

22 Mar

Caviste à Fronsac et à Paris, Thomas Noël a « décidé de fermer pour ne pas participer à la propagation du virus »

Une semaine après l’annonce de la fermeture des commerces par le Premier Ministre, Thomas Noël caviste à Fronsac mais aussi à Paris, me confie son état d’esprit, sa décision de fermeture, pas facile à prendre car il n’a pas droit à des aides, comme d’autres cavistes d’ailleurs en France. Il revient aussi sur sa passion et espère des jours meilleurs pour tous. Il est ce mois-ci en focus dans la rubrique « le vigneron du mois »

Alexandra et Thomas Noël lors de l’ouverture du © Wine Shop à Fronsac en juillet 2019

Jean-Pierre Stahl: « Bonjour Thomas Noël, comment ça va ? Cela fait une semaine qu’Edouard Philippe a annoncé la fermeture samedi à minuit de tous les commerces non-alimentaires, cafés et restaurants, avec cette précision apportée le lundi suivant que les cavistes pouvaient rester ouverts s’ils le souhaitaient » ?

Thomas Noël : « On fait aller… Entre ce qu’on a le droit de faire et ce que l’on fait, c’est deux choses différentes. A titre personnel, j’ai décidé de ne pas être un point de relais de propagation du virus pour la santé de nos concitoyens… »

JPS : « C’est une décision sage… »

Thomas Noël : « Economiquement non, éthiquement oui, une décision que je ne regrette pas. Je suis super passionné de ce que je fais depuis longtemps, tant à Paris avec la Maison des Millésimes qu’à Fronsac avec le Wine Shop que je tiens avec mon épouse Alexandra. Au final grâce à Fronsac, cela va être un instinct de survie, en étant moins dépendant de Paris. »

JPS : « Comment cela se passe-t-il au niveau des aides ? »

Thomas Noël : « Cela change toutes les 5 minutes, mais aux dernières nouvelles, comme nous avons le droit d’être ouvert, nous n’avons pas le droit aux aides, tant à titre personnel qu’au niveau des salariés pour bénéficier du chômage partiel, donc c’est la double peine.

Mais qu’est-ce que l’économie par rapport à la santé, la question ne se pose pas, car si on n’est plus là, l’économie n’existe plus non plus, la santé doit primer avant tout. »

JPS : « A Paris, il y avait déjà une baisse ces dernières semaines ? »

Thomas Noël : « Avant l’annonce du Premier Ministre, je dois dire que c’est une cave pérenne et qui fonctionne bien, l’emplacement au 137 boulevard Saint-Germain est pas trop mal, mais nous avons subi la succession d’événements entre les attentats, les gilets jaunes et le coronavirus, cela a créé un climat d’anxiété, on n’est pas très serein et là où on est placé on voit ce qui se passe très très vite. Evidemment avant l’épisode du coronavirus, j’avais été impacté par ces autres événements, mais c’est une cave qui existe depuis 12 ans, ce qui fait qu’on a les reins solides, mais c’est beaucoup plus dur ces dernières années. »

JPS : « Il y a eu aussi le Bordeaux bashing, comment l’avez-vous ressenti ? »

Thomas Noël : « Depuis 12 ans, 80% des ventes que je fais, ce sont des vins de Bordeaux. Le Bordeaux bashing, je l’ai vécu à Paris, mais je n’ai pas vu spécialement de renforcement du Bordeaux bashing en mettant en avant des vignerons comme Olivier Techer avec Gombaude Guillot ou les frères Todeschini avec Mangot. Il y a beaucoup de gens qui se remettent du bashing, beaucoup qui gomment les excès que Bordeaux a pu faire par le passé. Il y a encore beaucoup de gens qui consomment du Bordeaux et qui me prennent des 24 bouteilles de Bordeaux. Bordeaux n’est pas forcément le plus pollueur, le plus impropre de tous les vignobles, il a eu une image injuste entretenue par les médias, entre Bordeaux et les pesticides, c’est vraiment très lourd et c’est handicapant… »

JPS : « Et vous avez aussi créé votre cave à Fronsac…le Wine Shop »

Thomas Noël : « On habite à Fronsac depuis 8 ans. L’histoire a été une belle rencontre avec la famille Ponty. Comme on avait un peu de temps, on a décidé d’ouvrir une cave avec tous les coups de coeur que j’ai eus en 18 ans de dégustations. C’est comme cela que j’ai pu avoir des allocations de Dujac (Morey Saint Denis), Ramonet (Chassagne Montrachet) ou Gangloff (Condrieu), je n’avais pas envie que cela ne soit disponible que dans les beaux quartiers de Paris ou dans les grands palaces. Beaucoup de vignerons ont joué le jeu pour m’octroyer ces allocations, d’un point de vue humain et éthique c’est très intéressant, 2 mois après avoir ouvert on avait ainsi des Gangloff à disposition à Fronsac. Ce sont donc mes 600 vins préférés au même endroit, c’est vraiment ma cave perso idéale, on trouve des vins de toute la région, des vins « nature », « bio », en « biodynamic », des vins plus traditionnels, bref tout ce qui est bon et sain.

JPS : « Alors, comment on s’occupe en ce moment ? »

Thomas Noël : « On s’occupe avec la réalisation d’un joli catalogue, on a beaucoup de demandes, on fait parvenir ce catalogue avec beaucoup de réservations. Les gens se montrent solidaires et comptent remplir leur cave. Pour l’instant je mets de côté et ils viendront chercher quand cela ira mieux. Après on peut ouvrir sur rendez-vous de manière exceptionnelle comme un « drive », on prépare une commande, il n’y a pas de contact les gens ne touchent pas les bouteilles en boutique, on se salue de loin, je fais quelques livraisons aussi avec toutes les précautions. Finalement à Fronsac, on va faire un bon mois de mars. C’est le projet d’une vie, on espère que l’aventure va continuer, avec la solidarité dont les gens font preuve envers le Wine Shop, on pourra redémarrer solidement dans 2 mois, je trouve cela extrêmement touchant. vraiment, c’est mon projet et celui de mon épouse, on est deux, je kiffe et j’ai hâte de réouvrir car il y a de  bonnes bouteilles que je vais encore rentrer. »

12 Fév

« Off » de Vinexpo-Wine Paris : quand les Bordeaux Pirates montent à « Paname » pour faire goûter leurs vins

Ils ont créé un groupe facebook  « Bordeaux Pirate » voilà quelques semaines. Ces vignerons de Bordeaux qui en ont marre de la sinistrose et proposent « des vins en dehors des sentiers battus » faisaient déguster leurs vins hier soir au resto le 750 g. Voici les 7 pirates en plein cœur de Panam, à l’abordage du consommateur…

David Favard du château Meylet à Saint-Emilion -JPS

En marge du salon, à quelques centaines de mètres de la Porte de Versailles, les Bordeaux Pirates ont voulu organiser un « off » avec 7 vignerons atypiques. De 17h à 22h, ils faisaient déguster leurs pépites à Panam comme ils disent….

« Là, ce n’est pas autorisé en appellation bordelaise, car c’est un vin de macération…On a travaillé un vin blanc comme un vin rouge… Vous avez laissé les peaux, oui… » L’échange est fructueux et sympathique avec Jean-Baptiste Duquesne, du château Cazebonne, qui est aussi le fondateur du groupe facebook  « Bordeaux Pirate, des vins en dehors des sentiers battus ».

« On a envie de montrer que Bordeaux, ce n’est pas que la sinistrose, avec des vracs qui ne se vendent pas cher, et de l’autre côté des crus classés qui ont du mal à s’exporter en Chine ou aux Etats-Unis », commente d’emblée JB (non ce n’est pas du whisky) Duquesne.

Jean-Baptiste Duquesne du château Cazebonne, à l’origine du Bordeaux Pirate -JPS

On a envie de monter qu’il y ,a des vignerons qui font du vin, du vin honnête et que le Bordeaux c’est bon », Jean-Baptiste Duquesne du château Cazebonne

Olivier Techer, Pom’N’Roll, fallait y penser…

Tous en ont marre du Bordeaux bashing et veulent montrer qu’ils savent faire du vin, du vin de vigneron, qui exprime leur terroir et au passage certains se défoulent sur l’étiquette comme Olivier Techer du château Gombaud-Guillot qui présente Pom’N’Roll : « une forte proportion de malbec, avec outre le côté décallé de l’étiquette, un vin plus souple, totalement élevé en amphore sur le 2017 et vinifié en cuve béton », « nous on est en bio depuis 25 ans et même en biodynamie, j’essaie juste de faire ce qui me plaît. »

Laurent Cassy, du château Chillac à Aquitaine

Ce sont de vrais Bordeaux, des vins de cépage, des vins de terroir, eà on fait du sans sulfite ajouté sur le 2017 et le 2019″, Laurent Cassy, du château Chillac.

Certains proposent encore à la dégustation du liquoreux réalisé à partir d’un cépage 100% muscadelle, comme Fabien Lapeyre avec son « Insoumise de la Peyre » (la pierre en patois) : « on est sur des vignes qui ont 70 balais, ancrées sur du calcaire, on arrive à avoir des concentration assez intéressantes (140 gr de sucre résiduel), mais le calcaire ramène beaucoup de minéralité et de la fraîcheur.

« Je trouve que c’est une démarche intéressante, car on s’aperçoit à Bordeaux qu’il y a un renouveau, des gens avec énormément de talent, une vraie expression du terroir ou du lieu », commente Loïc Pasquet venu déguster et pirate lui-même avec son Liber Pater vin produit à partir de vignes « franc de pied ».

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Sylvie Tuscq-Mounet, Eric Delwarde et Xavier Granger : 

26 Jan

Jean-François Janoueix : la Corrèze au coeur…

Voici le portrait de Jean-François Janoueix, un pur Corrézien en terre de Saint-Emilion. Je vous propose de le retrouver demain soir à 20h15 sur la chaîne NOA pour le N°13 de Côté Châteaux spécial Corrèze. Un numéro tout en saveurs et un bon bol d’air. Avec ce personnage truculent Jean-Janoueix 84 ans.

Jean-François Janoueix propriétaire du château Haut-Sarpe © JPS

Qui dit Corrèze, dit forcément Corrèzien en terre de Bordeaux ! On compte de nombreuses familles qui sont venues s’installer dans le Bordelais, le Libournais, … Parmi elles, les Janoueix avec Jean-François Janoueix, 84 ans, un personnage truculent, haut en couleurs, des couleurs oui mais celles de sa Corrèze…

Il me montre sa robe de confrérie « ça cela explique très bien les Corrèziens venus à Saint-Emilion et à Pomerol. C’est là où les Corrèziens ont les plus grands vignobles, on bat les Rothschild, on vend du vin plus cher que celui que vendent les Rothschild dans le Médoc… » On sent la fierté de celui qui avec sa famille a réussi, à la force du poignet comme on dit. Son grand-père a commencé à vendre du vin et démarcher à vélo et en train…Son père a continué à vendre dans le Nord, la Berlgique, en Normandie, en Bretagne, …avec une camionnette, et lui en avion comme il dit.

« Ah des souvenirs, j’en ai ! Je garde, vu mon âge l’histoire des Janoueix pour dans 50 ans... » Et de me montrer tous ses albums avec son grand-père Jean Janoueix, le premier arrivé, puis son père Joseph, et lui, on en est même à la 5e génération de Janoueix ! Une famille qui se réunit tous les ans le 15 août en Corrèze, et de poursuivre en montrant ses albums sur les vendanges…« J’ai 4 livres comme celui-là… Regarde, 1962…une vendangeuse qui restera en Gironde et deviendra en 1963 mon épouse… »

Une véritable « Corrèze connection » issue de Meymac: « on a eu jusqu’à 5 banques à Meymac, même des fabricants de bouchons, cela a enrichi le pays, c’était colossal… » Et de s’arrêter aussi et bien sûr sur celui qui disait « c’est loin mais c’est beau » quand il sillonnait sa Corrèze et sa France, Jacques Chirac, aussi en photo : « il est venu ici comme Bernadette »…e

Les fameuses camionnettes avec lesquelles la famille livrait…JPS

Et de montrer ses voitures de collection, de vieilles camionnettes « une Citroën de 1924 et une Delahaye de 1928 » avec lesquelles son père Joseph Janoueix faisait les livraisons, « tu vois tout cela je garde tout, et elles marchent, chaque fois qu’on fait des mariages ou qu’on reçoit des clients… »

Quand on conserve le passé, on conserve l’amour de nos grand-parents, de nos parents et par ce passé ils vivent encore » Jean-François Janoueix

On ne l’arrête pas Jean-François « là ce sont mes moutons corréziens, et là le coq Sarpinus, un brama de 4?6 kilos, je l’ai échangé au concours agricole de Paris contre 12 bouteilles de Saint-Emilion…Tout ce qui est là vient de la Corrèze, de mes tantes, de mes cousins, ils me disaient, jean-François comme cela tu penseras à nous… »

Jean-François Janoueix avec son épouse Françoise, vendangeuse rencontrée en 1962, qu’il a épousé en 1963 © JPS

Enfin, arrive la dégustation des vins de 2 de ses nombreuses propriétés Haut-Sarpe 2015 et Castelot 2010: « le Haut-Sarpe, c’est un vin de rôtis un vin de chasse…ça passe tout seul…

Moi ce que j’aime dans le vin, c’est la rémanence, c’est le souvenir » Jean-François Janoueix du château Haut-Sarpe

« Quand on a reçu Maurice Druon, on voulait ouvrir une belle bouteille, et mon fils avait acheté chez Sotheby’s un Haut-Sarpe de 1904… J’ai goûté les plus grands vins du monde, j’ai eu cette chance-là… » Et de porter un toast: « à la Corrèze et merci de ce que vous faites pour la Corrèze et les grands vins de Bordeaux… »

A voir le portrait de Jean-François Janoueix dans le Côté Châteaux n°13 Spécial Corrèze ce lundi 27 janvier à 20h15 et 23h15 sur NOA

Regardez Côté Châteaux N°13 Spécial Corrèze, réalisé par Jean-Pierre Stahl et Sébastien Delalot, avec notamment le portrait de jean-François Janoueix :

05 Jan

Disparition de Georges Duboeuf, l’emblème du Beaujolais

Il était surnommé le « pape du Beaujolais ». Georges Duboeuf s’est éteint à l’âge de 87 ans des suites d’un AVC, selon le journal le Progrès qui l’annonçait dès samedi soir. Georges Duboeuf a contribué à l’essor du Beaujolais et du Beaujolais Nouveau sur la planète entière.

© page Facebook Georges Duboeuf

Georges Duboeuf, le roi du Beaujolais est décédé ce samedi des suites d’un accident vasculaire cérébral. C’est le journal le Progrès qui l’a annoncé hier en fin de journée. Georges Duboeuf incarnait le Beaujolais presque à lui tout seul pendant un certain temps, un peu comme Henri maire, qui contribua à l’essor et à faire connaître le Jura et ses vins. Georges Duboeuf était une icône du Beaujolais et notamment du Beaujolais Nouveau partout dans le monde et notamment au Japon où il en vendait des palettes entières chaque année.

Le Beaujolais est un vin qui se célèbre. À l’image de notre famille qui depuis de nombreuses années œuvre pour faire du Beaujolais un incontournable des tables, un vin populaire, festif, amical et joyeux » Georges Duboeuf

Dans les années 60, il a révolutionné les pratiques en appliquant des méthodes traditionnellesrespect de l’origine et du travail du vigneron, sélection et suivi rigoureux de l’évolution des vins lors des mises en bouteilles et avant tout, la recherche d’une grande qualité, des conditions et une hygiène quasi clinique de la mise en bouteille.

 

Sa force a été de visiter et démarcher les grands restaurateurs de la région Bourgogne et de la Vallée du Rhone à commencer par Georges Blanc, Paul Bocuse et Jean Troisgros avec lesquels il noua des liens d’amitié. Un Monsieur qui s’est fait à la force du poignet comme on dit, car il avait bricolé au début une chaîne d’embouteillage qu’il avait attelé sur une camionnette et avait convaincu une quarantaine de vignerons de travailler avec lui, il sillonnait ainsi les villages du Beaujolais et du Mâconnais.

Cela m’attriste beaucoup. Il va nous manquer. C’était un compagnon de route,
un ami fidèle… un « ambassadeur infatigable du Beaujolais », Georges Blanc chef étoilé.

C’est en 1964 qu’il créa « les vins Georges Duboeuf » , une activité de négoce qu’il va développer dans el monde entier, une planète qu’il va parcourir en tant qu’ambassadeur du Beaujolais, ce qui va lui valoir ce surnom de « Pape du Beaujolais ». Son succès et celui du Beaujolais en général ont été planétaire.

En 1993, il lança le « Hameau du Vin », un musée en aménageant une ancienne gare de Romanèche-Thorins (Saône-et-Loire) pour y parler de culture de la vigne, de vinification et une boutique de vin.

En 2005, Georges Duboeuf a confié la direction de l’entreprise à son fils Franck, une maison qui achète aujourd’hui la production de quelque 400 vignerons et s’approvisionne dans une vingtaine de caves coopératives pour produire, plus de 30 millions de bouteilles par an.

Avec le Progrès, l’AFP et France 3 Rhône-Alpes.

26 Nov

20 ans des Sources de Caudalie : un modèle de réussite dans l’oenotourisme

C’est une réussite en laquelle peu de monde croyait il y a 20 ans. Aujourd’hui, le monde entier en parle. Un modèle qui mêle hôtellerie de luxe, gastronomie et spa-relaxation avec des soins à base de vinothérapie. Un modèle qui va être dupliqué avec les Sources de Cheverny, ouverture en juin 2020. Immersion aux Sources de Caudalie avec Alice Tourbier, la propriétaire à qui Côté Châteaux consacre sa rubrique « vigneron du mois ».

Alice Tourbier fête les 20 ans des Sources de Caudalie © Jean-Pierre Stahl

Les Sources de Caudalie sont une réussite familiale, une idée d’Alice Tourbier (la fille cadette de Florence et Daniel Cathiard) et de son mari Jérôme Tourbier, « L’idée au départ était de mettre en valeur les vins du château Smith Haut Lafitte, d’accueillir les visiteurs au moment des repas et d’offrir aussi  la possibilité pour les touristes de dormir… »

« On s’est rendu compte que c’était un vrai métier qui nous plaisait, et les gens ne venaient pas que pour Smitth, ils avaient envie de séjourner dans les vignes et de passer un bon moment ».

Les Sources un concept créé juste en face du château Smith Haut Lafitte © JPS

Voilà en quelques mots la genèse de ce projet qui a vu le jour en 1999, juste avant le salon mondial du vin Vinexpo à Bordeaux. De fil en aiguille, ce sont ainsi 2 restaurants qui ont ouvert -la Grand’Vigne et la Table du Lavoir- et 29 chambres, puis au final 61 chambres et un troisième établissement un bar à vin (Rouge) pour vivre un moment épicurien gourmand. Les Sources emploient 180 personnes en haute saison…

Alice Tourbier, avec John A. Skelton d’Andavo Travel au bar des Sources des Caudalie © JPS

« Il y a 20 ans quand on a ouvert, les gens nous prenaient un peu pour des fous car faire séjourner dans le vignoble des clients ce n’était pas évident, mais nous on pensait au contraire qu’il y avait des atouts formidables aux sources de Caudalie car on est proche de la gare de Bordeaux et de l’aéroport, et les gens venaient pour le vin mais avant tout pour une expérience hôtelière, et depuis ces 20 dernières années on fait tout pour qu’elle soit plus peaufinée, aboutie, pour que nos clients repartent avec le sourire » Alice Tourbier des Sources de Caudalie.

Et de préciser que cette expérience hôtelière est plutôt importante avec un taux de remplissage des chambres de 70% à l’année, ce qui est pas mal : « on a un séjour moyen qui est assez long, qui est de 4 jours, car les gens vont profiter du SPA, de la Forêt des 5 sens, faire des câlins aux arbres, on propose aussi des dégustations de vin et des cours de cuisine… »

En ce début de semaine, nous rencontrons d’ailleurs un Californien, venu explorer et expérimenter cette adresse, John Skelton, d’Andavo Travel, qui représente plusieurs agences chargées de dénicher de belles adresses pour leur clientèle : « j’ai beaucoup entendu parlé des Sources de Caudalie à travers les réseaux sociaux, c’est un site parfait à la fois proche de Bordeaux et très intime, qui s’adresse par exemple à la clientèle des croisières touristiques sur le fleuve, mais aussi à des gens qui cherchent à se relaxer, qui recherchent une ambiance zen… Je suis arrivé de Nice hier et aussitôt j’ai ressenti ici paix et sérénité. Le dîner et l’hôtel sont parfaits, vous êtes vite relaxés, vous vous sentez ici comme à la maison. »

Dégustation des vins de Smith Haut Lafitte blanc 2016 et rouge 2012 avec Florence Cathiard et Alice Tourbier © JPS

Et John de continuer sa visite oenotouristique au château Smith Haut Lafitte, découvrant la tonnellerie du château, profitant d’une vue magnifique sur le vignoble avant d’avoir le privilège de rencontrer Florence Cathiard la propriétaire et winemaker qui confie que les Sources de Caudalie sont vraiment une offre complémentaire au château.

Dans la cave aux vieux millésimes, dont la plus vieille bouteille remonte à 1878 © JPS

« Cela nous aide beaucoup, on a été pionnier certes, mais on pense que l’excellence en bouteille ne suffit plus, il faut aussi ce qui va avec, les gens veulent aussi une expérience interactive,  je crois qu’on est le mieux à même de leur offrir »,commente Florence Cathiard qui a acheté avec son mari Daniel il y a 29 ans le château Smith Haut Lafitte, cru classé de Graves, en l’embellissant et en en faisant une référence, aujourd’hui un cru en bio. « On ne ménage pas notre peine, ce sont des passions partagées mais complémentaires. ».

Cette expérience qui se décline selon le budget de chacun : pour ceux qui souhaite juste y passer un petit moment, il y a par exemple le brunch-piscine ou pour d’autres des soins et formules plus élaborées avec notamment les bienfaits des peaux et pépins de raisins.

Voici par exemple le gommage « crush-cabernet: » « c’est un mélange de sucre brun, de pépins de raisin, de miel, d’huile de pépin de raisin, et de concentré minceur drainant. Cela permet d’exfolier le corps pour avoir une peu toute douce, éliminer les peaux mortes et booster la circulation sanguine, pour un meilleur échange cellulaire et une hydratation ».

Un gommage crush-cabernet ou quand la magie du raisin opère © JPS

Chaque instant se laisse savourer et notamment au moment du déjeuner ou du dîner à la Table du Lavoir avec cette vieille grange démontée et remontée ici avec ces fabuleuses charpentes dont le charme du passé vous transporte dans un autre temps. En cuisine, c’est l’équipe du chef Nicolas Masse qui officie, un chef en poste depuis 2009, qui a réussi à décrocher une première étoile l’année suivante en 2010 au Michelin, puis une deuxième étoile en 2015 pour le restaurant gastronomique la Grand’Vigne.

Aurélien Fannouil, le chef sommelier avec Alice Tourbier à la Table du Lavoir © JPS

Le chef sommelier des Sources de Caudalie, Aurélien Farrouil, présent depuis 15 ans, traduit l’attrait des Sources de Caudalie et l’expérience recherchée : « c’est surtout l’art de la table, le bien être, le côté oenotouristique que viennent rechercher nos clients ». Et de détailler le type de clientèle qui fréquente cet havre de paix en pays de Martillac : « on est très fier d’avoir nos clients locaux qui sont habitués et qui nous sont fidèles, on a également nos chers parisiens, on va retrouver nos amis suisses, belges, beaucoup de clientèle européenne, et après l’Asie est bien représentée, des Russes,  Brésiliens, Londoniens qui viennent régulièrement les week-end et une belle clientèle américaine, bien présente, de retour depuis 2 ans. »

Cette belle histoire va aussi s’écrire prochainement dans une autre région de châteaux, ceux des Rois de France qui aimaient la douceur de la Sologne, de la Loire et du Cher. C’est à Cheverny que va se poursuivre prochainement l’aventure pour Alice Tourbier et son époux puisqu’ils ont choisi de reproduire ce concept avec les Sources de Cheverny, des Sources qui devraient ouvrir en juin 2020.

« Nous on parle d’art de vivre au coeur des vignes, d’art de vigne, et dans la Loire on a retrouver toutes ces caractéristiques pour dupliquer le modèle des Sources de Caudalie. Il y a un côté culturel avec les châteaux historiques, donc vraiment du tourisme d’histoire, et puis il y a de très belles vignes, des vins de Loire formidables, beaucoup de vignes ne sont pas traitées, sont en bio, et ce côté écologique était important pour nous, » m’explique Alice Tourbier.

Et si tout fonctionne bien, il se peut que chaque grande région viticole en France voit l’ouverture des Sources, preuve que le succès tient sa source non seulement dans l’oenotourisme mais aussi dans un goût prononcé pour un dépaysement en pleine nature.

Les Sources de Caudalie une expérience à découvrir à Martillac en Gironde.

02 Nov

Disparition de Jean Gautreau, grand Monsieur du Médoc qui avait révélé un Sociando-Mallet « inclassable »

Jean Gautreau est décédé hier à l’âge de 92 ans. C’est une figure du Médoc. A la tête du château Sociando-Mallet, il avait réussi à en faire une étiquette et un vin que les amateurs s’arrachaient, sans que ce château ne soit classé.

Jean Gautreau « extrêmement sympa, chaleureux, qui reconnaissait tout le monde », ici avec Jacques Dupont et Pierre Arditi lors de la dégustation du Point en mai 2015 © Jean-Pierre Stahl

Ceux qui l’ont connu, ont forcément été marqué par ce qui se dégageait de cet homme, un homme qui en imposait non par sa position, mais davantage par sa sagesse, sa droiture, la chaleur et la passion qu’il aimait faire partager autour du vin. Il n’y a qu’à regarder la photo que j’ai prise de lui lors de la fameuse dégustation du Point de Jacques Dupont en 2015 au Bistro du Sommelier. Tout est dit.

« Ce n’est pas quelqu’un issu du sérail du vin, moi il me fait penser un peu à François des Ligneris, mais côté Médoc… » commente Frédéric Lot, professionnel du vin. « C’est quelqu’un qui a toujours été droit dans ses bottes, il a toujours refusé d’appartenir aux Crus Bourgeois et pour les 1855, il n’était pas classé. C’est un vin qui compte dans le Haut-Médoc et le Médoc en général »

Jean Gautreau, né en avril 1927 à Lesparre dans le Médoc, a eu un parcours atypique : son père était dans les assurances, et lui a d’abord été sportif avant de se mettre au courtage et au négoce du vin« il a d’abord été joueur de tennis, un vrai joueur qui avait fait les 1/2 finales de Rolland Garros en juniors, ensuite il a commencé par le négoce du vin surtout en Belgique et aux Pays-Bas. »

Une réussite qu’il doit à lui seul, comme aime à le rappeler Jacques Dupont, journaliste et critique du Point, qui l’ a bien connu et à qui il avait confié comment s’étaient passés ses déb :uts de négociant (cf le POINT): « je ne voyais pas un grand avenir dans le vin de table. Un jour, j’ai rempli une 2 CV camionnette et je suis parti vendre des grands crus en Belgique. Cinq ou six ans après, j’étais devenu le premier sur ce marché, » expliquait Jean Gautreau . Et Jacques Dupont de retracer l’achat de Sociando-Mallet à Saint-Seurin-de-Cadoune: «  à tel point que l’un de ses clients le charge de trouver une propriété à acheter pour l’un de ses amis. « Sociando appartenait alors à l’ancien président du syndicat viticole de Marrakech. Il venait de mourir, j’ai envoyé une note à l’acheteur belge, qui ne m’a jamais répondu, et j’ai acquis cette propriété pour 250 000 francs en 1969, surtout pour le point de vue qu’elle offrait sur la Gironde. »

C’était un grand personnage, il voyait loin, il avait ce côté vigneron et négociant et a su en faire la synthèse. C’était un grand vigneron qui n’a jamais cédé aux sirènes de faire dans la sur concentration. Il a toujours fait des vins équilibrés, fins », Jacques Dupont journaliste au Point.

« Il a fait du Bordeaux buvable, agréable et à la fois tannique, qui passe bien dans le temps, il n’a jamais fait des vins qui dépassent les 15°,à l’heure où l’on parle du réchauffement climatique. » Et de rappeler alors que ses voisins ramassaient des raisins très mûrs, avec des rendements moins importants, lui ramassait tout, et cela montre aujourd’hui que ses vins sont se gardent bien.

Pour Frédéric Lot : « Jean Gautreau a compris assez vite la force de la marque, au delà de appellation, c’était quelqu’un de visionnaire et de gonflé. Il en a fait un terroir de fou, un super terroir en bord d’estuaire, un vigneron super bon. Voilà ce avec quoi il a joué durant plus de 50 ans, il a signé 50 millésimes, avec une édition spéciale en 2018 pour son 50e. De 5 hectares au départ, il en a fait un grand domaine. Il a aussi su s’entourer de gens compétents ».

A sa famille, à sa fille Sylvie qu lui a succédé et à ses proches, Côté Châteaux présente ses plus sincères condoléances.

Pour en savoir plus sur le château de Sociando-Mallet et jean Gautreau : ici le site officiel

04 Oct

Disparition de Jean-Bernard Delmas, figure emblématique du château Haut-Brion

On a appris hier le décès de Jean-Bernard Delmas, au milieu d’une actualité viti-vinicole monopolisée par la hausse de 25% des taxes américaines sur les vins français. Les témoignages de sympathie affluent envers cette « figure extraordinaire », plus de 40 ans à la tête du mythique château Haut-Brion, 1er cru classé 1855.

Le château Haut-Brion, 1er grand cru classé 1855 © Jean-Pierre Stahl

Jean-Bernard Delmas est décédé ce jeudi à Pessac, à l’âge de 83 ans. Il avait été la figure emblématique du château Haut-Brion, en tant que directeur général de 1961 à 2004, avant de prendre la direction de château Montrose en Saint-Estèphe.

Haut-Brion, c’est le 4e des premiers crus classés en rouges en 1855 qui font rêver la planète entière. Haut-Brion, c’est ce domaine viticole, créé par la famille de Pontac, qui va lui donner ses lettres de noblesse et se faire connaître au XVIIe siècle à Londres et à partir de ce moment dans le monde entier.

« LE GARANT DES GESTES ANCESTRAUX » POUR PHILIBERT PERRIN

Aujourd’hui Philibert Perrin, président du syndicat viticole de Pessac-Léognan, joint par Côté Châteaux, lui rend hommage : « Jean-Bernard Delmas, c’était une figure extraordinaire, il était à la fois très tradition, respectueux du système, et de la façon de cultiver la vigne, Haut-Brion était incontestablement le garant de l’application des gestes ancestraux, à une époque, dans ces années 70-80 où il y avait une simplification et un modernisme dans le travail viticole. A côté de cela, il a bousculé les choses et avait une vision très moderne, il a été par exemple le 1er à mettre des cuves inox dans un cru prestigieux…C’était un très grand ingénieur agronome, un très grand technicien.

En prime, le personnage avait un côté un bon vivant, accessible, aimant la vie, le vin et la nourriture. Un personnage, une figure très attachante. Tout jeune quand j’ai commencé, au travail il s’est tout de suite intéressé à moi, il s’intéressait à toutes les générations, c’était très enrichissant. »

Jean-Bernard Delmas © Domaine Clarence Dillon

« ENORMEMENT RESPECTE ET RECONNU PAR LA PROFESSION » POUR BERNARD FARGES

Pour Bernard Farges, le président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux : « c’était une personne énormément respectée, reconnue par la profession. Un personnage de Bordeaux qui a porté Haut-Brion pendant longtemps, avec des vins merveilleux. Cela fait partie des très grands vins de Bordeaux. Il a contribué à cette qualité-là et au maintien de ce vignoble merveilleux.

De son côté le Prince Robert du Luxembourg, propriétaire et président du Domaine Clarence Dillon « ma famille n’a jamais connu Château Haut-Brion sans la présence de ce grand homme et extraordinaire vinificateur ». « Son charme et son humour ont marqué tous ceux qui ont eu la chance de le connaître. Son insatiable curiosité et son esprit d’innovation ont permis à nos propriétés et à nos vins d’atteindre de nouveaux sommets. »

L’UGCB PERD UN ANCIEN PRESIDENT

L’Union des Grands Crus de Bordeaux a envoyé ce message aux châteaux : « nous avons appris avec une grande tristesse le décès de Monsieur Jean-Bernard Delmas. Premier Président de l’Union des Grands Crus de Bordeaux, de 1973 à 1975, il dirigea le Château Haut-Brion durant plusieurs décennies. 

Nos pensées vont aujourd’hui à la famille et aux proches de Monsieur Jean-Bernard Delmas, à qui nous adressons nos plus sincères condoléances », signé Ronan Laborde président de l’UGCB.

Et Philibert Perrin, comme pour rebondir sur l’actualité américaine : « château Haut-Brion est très connu aux USA, le marché US est son marché de prédilection, cela a toujours été le vin traditionnel, des amateurs de grands vins, que certains pouvaient trouver parfois moins puissant que d’autres, mais très précis, très serré, qui vieillit bien dans le temps. Il y a sur la planète des amoureux inconditionnels de ce vin très fin, très soyeux, élégant, réalisé de père en fils. »

Son fils Jean-Philippe Delmas lui a succédé à la direction de ce grand domaine de Graves. Il a réussi depuis à perpétuer la légende de ce château, obtenant à trois reprises la note de 100 par Parker sur les millésimes 2005, 2009 et 2010.

Côté Châteaux présente ses plus sincères condoléances à la famille Delmas.

Les obsèques de Jean-Bernard Delmas se tiendront mercredi 9 octobre, à 10h30, en l’église Saint Martin, à Pessac.

Revoir les vendanges 2017 au château Haut-Brion-Brion avec son fils Jean-Philippe Delmas : Vignoble de Bordeaux : c’est parti pour les vendanges précoces des rouges au château Haut-Brion

16 Sep

Côté Châteaux N°9 : une émission spéciale vendanges en blancs en Pessac-Léognan

En voilà un sacré numéro de rentrée. Un n°9 qui colle à l’actualité des vendanges. Des vendanges spéciales cépages blancs du Bordelais et en particulier en Pessac-Léognan et Sauternes. Une émission à voir sur la chaîne Noa dès le 16 septembre à 20h15, avec la jeune génération de vignerons et les piliers de l’appellation, artistes depuis des années dans les vinifications de ces grands vins blancs. 

Paul Garcin et Anne-Laurence de Gramont dans leur vignoble du château Haut-Bergey à Léognan © Jean-Pierre Stahl

Vous allez être immergés dans l’ambiance des vendanges en blancs, des vendanges qui ont commencé le 27 août dernier avec les premiers coups de sécateurs donnés au château Smith Haut Lafitte à Martillac en Gironde, et que vous allez retrouver dans ce numéro.

Un numéro 9 réalisé par Jean-Pierre Stahl et Sébastien Delalot ici au château Haut-Bergey © JPS

Un numéro qui débute avec la jeune génération Paul Garcin et Anne-Laurence de Gramont, rencontrés lors de leur première journée de vendanges au château Haut-Bergey à Léognan, le 4 septembre…

On a commencé tout début septembre parce qu’on a une année qui s’y prête bien, avec des jolies fraîcheurs, des PH assez bas sur les raisins, mais aussi de jolies maturités, un potentiel d’alcool de 12,5, donc c’est vraiment pas mal… », Paul Garcin du château Haut-Bergey.

Avec Sébastien Delalot, nous les avons filmés et interrogés sur les conditions optimales dans lesquelles se ramassaient les raisins, non seulement pour les équipes, mais aussi au niveau des matinées fraîches et des après-midi relativement chaudes. Avec l’épisode de canicule connu cet été, l’autre grosse interrogation est de savoir si les cépages de sauvignon et sémillon sont bien adaptés au réchauffement climatique. « On a des vignes qui n’ont pas souffert de la sécheresse, car on travaille sur des vignes avec un enracinement très profond, » selon Anne-Laurence de Gramont.

Nous avons aussi évoqués avec eux la manière de conduire leur vignoble, ils sont certifiés bio et même en biodynamie, une évidence pour eux et cette nouvelle génération de vignerons en responsabilité va l’expliquer : » cela a été notre choix, ce choix écologique et d’avenir, pour permettre à toutes nos vignes de résister de mieux en mieux à tous les chocs climatiques qu’on va constater… » explique Paul Garcin.

Hugo, Adrien et leur père Olivier Bernard au Domaine de Chevalier dans un chai de blancs où est élevé le millésime 2018 © Jean-Pierre Stahl

Par la suite, je vous propose de mieux faire connaissance avec la famille Bernard. L’une des familles bien connue de Pessac-Léognan avec Olivier le père à la tête du Domaine de Chevalier, qui fait du blanc depuis 35 ans. Cette saga familiale va vous permettre de voir Hugo Bernard en vendanges sur le terroir de Sauternes, car la famille a acheté Clos des Lunes en 2011, et produit des blancs secs sur 49 hectares, gardant 15 ha pour faire du liquoreux. Le reportage va vous conduire égalment au Domaine de Chevalier avec Adrien et Hugo Bernard qui vont nous parler de leur savoir-faire et de la transmission de celui-ci.

J’aime bien parler d’équilibre, de cette ligne magique sur laquelle les vins blancs se promènent, mais la base c’est d’être né sur un grand terroir… Et c’est tous ces éléments qui en parfaite harmonie donnent ces grands vins blancs. Où finalement il y a tout mais rien de trop », Olivier Bernard du Domaine de Chevalier.

Tristan, Edouard et Loïc Kressmann au château Latour-Martillac © JPS

Ce numéro 9 de Côté Châteaux se poursuit à Martillac, à la rencontre des Kressmann, autre grande famille qui fait des blancs en Pessac-Léognan. Tristan et Loïc, les co-propriétaires vous dévoileront l’histoire du château: « la Tour est très ancienne, elle devait appartenir à un fortin et prélevait le droit d’octroi pour le village de Martillac », et l’histoire de leur famille à l’origine dans le négoce bordelais, dont le grand-père Alfred acheta en 1930 le domaine, avant de parler de l’avenir de ces blancs secs qui vont sans nul doute retrouver une nouvelle dynamique de commercialisation avec les deux cépages qui les caractérisent surtout en Pessac-Léognan le  sauvignon et le sémillon. Edouard Kressmann, qui a passé près de 7 ans en Chine, nous évoque également l’avenir de la propriété avec les travaux pharaoniques engagés, notamment avec un nouveau chai de rouges :

En y mettant les dernières technologies, en faisant non seulement du parcellaire mais aussi du gravitaire, même si l’on sait que pour faire du bon vin, il faut du bon raisin », Edouard Kressmann du château Latour-Martilac.

Jacques Lurton, Côté Châteaux et Christine Lurton © JPS

Qui dit Pessac-Léognan, dit bien sûr André Lurton, on ne pouvait pas oublier ce grand Monsieur qui a contribué à la création de l’appellation en 1987 avec d’autres familles de ces Graves du Nord proches de Bordeaux, comme les Kressmann, les Perrin,… Nous sommes allés à la rencontre de son fils Jacques et de sa fille Christine au château la Louvière à Léognan. Jacques a pris la suite comme président des Vignobles André Lurton et va nous dévoiler sa manière de voir les choses : « il y a 4 mois suite au décès de papa j’ai pris la présidence, mais il y a derrière moi mes 5 soeurs et mon frère. De toute façon, je ne vais pas faire de l’André Lurton, il n’y avait que lui pour y arriver. Je viens avec un style différent, une façon d’étudier les choses différemment. Je vais continuer ce pourquoi il a oeuvré mais cela de façon différente. », il nous parlera également de son goût pour ces grands blancs de Pessac-Léognan tout en dégustant un La Louvière 2010 et un Couhins-Lurton 2007, et nous proposera des idées de plats pour accompagner ces blancs secs de Pessac-Léognan: « on peut accomoder beaucoup de choses, c’est l’avantage des vins blancs secs, on associe par exemple des fromages à pâte dure, des comtés, mais cela va très bien sur de la charcuterie comme du chorizo et bien sûr sur du foie gras, tous les crustacés et les poissons. »

La grande caractéristique des vins de Pessac-Léognan, c’est d’avoir cette capacité de vieillissement qui vient de cette richesse, de cette complexité et de l’acidité, »Jacques Lurton président des vignobles André Lurton.

« On a une grande fraîcheur, un caractère variétal, avec beaucoup de citron, d’écorce d’orange…des blancs d’une complexité, d’une richesse profonde qui se marient avec des mets qui eux même ont évolué. »

Côté Châteaux n° 9 Spécial Vendanges en blancs réalisé par Jean-Pierre Stahl et Sébastien Delalot. Sur la chaîne NOA 100% Nouvelle-Aquitaine:

  • lundi 16 septembre à 20H15
  • mardi 17 à 10h35
  •  mercredi 18 à 11h15, 20h40 et 23h25
  • jeudi 19 à 9H40 et 17h50
  • vendredi 20 à 23h20…

Carpe diem, profitez du Côté Châteaux présent et portez vous bien (le replay is coming soon)

Et ici sur You Tube