20 Août

Entretien exclusif avec Jacques Lurton: « les Vignobles André Lurton ont toujours été à la pointe de la technologie, ça va continuer… »

3 mois après la disparition d’André Lurton, le fondateur de l’appellation Pessac-Léognan, son fils Jacques a pris les rênes des Vignobles André Lurton. Côté Châteaux l’a interviewé dans un entretien de prise de fonctions.

André Lurton, au centre, entouré de 2 de ses 7 enfants Christine et Jacques, le nouveau président des Vignobles André Lurton © Jean-Pierre Stahl

Jean-Pierre Stahl : « Jacques, vous reprenez la succession des Vignobles André Lurton, en tant que président du Conseil d’Administration, qu’est-ce que cela vous fait ? »

Jacques Lurton : « Cela fait tout drôle… C’est quelque chose sur lequel nous avions statué en 2012, quand on a refondé les Vignobles André Lurton. A l’époque, IDIA société d’investissement du Crédit agricole est rentré au capital et il avait été défini avec tout le monde qu’au décès de notre père, je deviendrais pour 4 ans le président de la SAS des Vignobles André Lurton. Une feuille de route a été approuvée, elle régle notre façon de travailler et le pack d’actionnaires, ce qui fait qu’aujourd’hui les choses sont stables et qu’on réfléchit à l’avenir. »

« La direction des Vignobles André Lurton est toujours assurée par Pascal Lefaucheur, mis en place depuis 2008. Je suis là pour les grandes lignes et l’influx familial. »

Château la Louvière acheté en 1965 © Jean-Pierre Stahl

JPS : « Aujourd’hui, que recoupent les Vignobles André Lurton ? »

Jacques Lurton : « Les vignobles André Lurton recoupent plus de 600 hectares de vignes à Bordeaux, dont la moitié en Pessac Léognan et l’autre moitié dans l’Entre-Deux-Mers, il y a aussi 35 hectares à Lussac Saint-Emilion. Donc, oui on est à 635 hectares, avec château Bonnet dans l’Entre-Deux-Mers, Barbe-Blanche (dont 50% appartiennent aussi à Mme André Magnon) en Lussac Saint-Emilion, et 4 châteaux en Pessac-Léognan: Couhins-Lurton, la Louvière, Rochemorin et Cruzeau. »

JPS : « Allez-vous continuer l’oeuvre de votre père, la changer ou l’amplifier ? »

Jacques Lurton : « C’est un peu nouveau, même si je savais qu’un jour cette responsabilité me tomberait dessus. Mon papa me semblait presque immortel… je vivais la moitié de ma vie en Australie et cette échéance là on ne la connaissait pas. J’avais un travail de consultant qu’il a fallu que j’arrête, cela fait maintenant un mois et demi que je suis au contact. Je m’imprègne de ces vignobles, j’essaie de comprendre comment ils fonctionnent…Ce qui m’intéresse c’est une prise de contact complète, on a quand même 200 employés au sein des vignobles André Lurton. »

J’ai déjà pris des positions techniques comme mon papa, il était un technicien, un homme de terroirs. J’ai beaucoup de challenges à relever, notamment climatiques et biologiques, que je veux imprégner aux vignobles », Jacques Lurton.

« Après ces défis techniques, il y a l’influx commercial. Le nerf de la guerre, c’est le commerce. Du temps de papa, il y a toujours eu une politique de vente directe, très peu de négoce. En 2014, on est revenu un peu sur la place de Bordeaux, mais tout le reste est en vente directe. Nos clients ont besoin de savoir quelle sera la nouvelle direction et l’influence de la famille. Je suis là pour rassurer les marchés. Faire du vin, c’est bien, mais le vendre c’est plus difficile. Je vais m’assurer que tous les marchés sont bien là et nous suivent, je vais insuffler là toute mon énergie. »

André Lurton avec Jacques, a toujours su innover au niveau de ses installations techniques © JPS

JPS : « Et l’Australie alors ? (Jacques Lurton est implanté en Australie depuis plus de 20 ans à « the Islander » sur Kangaroo Island)

Jacques Lurton : « En 4 ans, j’ai déjà cédé 40% à un investisseur, en fait mon partenaire chinois en Chine. J’ai formé un directeur il y a 6 ans qui s’occupe de 95% du domaine, je conserve encore une petite fonction oenologique. L’Australie, c’est quelque part mon 2e pays, j’ y suis attaché, j’ai aussi des amis là-bas et une 2e maison. Mais pour l’heure, j’ai cette mission que je vais remplir au mieux. Mais j’ai tout de même 60 ans et je ne vais pas faire comme mon papa à rester jusqu’à ses derniers jours. Un jour je reviendrai en Australie pour y passer plus de temps. »

JPS : « Par rapports aux équipes, y a-t-il des changements au sein des Vignobles André Lurton ? »

Jacques Lurton : « On a des équipes exceptionnelles. Papa avait des gens extrêmement attachés à lui, très fidèles, des gens de grande qualité. Des gens qui ont toujours un grand niveau. Notre directeur technique et oenologique Vincent Cruège est parti de son fait, il est remplacé par Anne Neuville qui était oenologue à château Fieuzal depuis 15 ans. On est dans le souhait de renforcer au niveau commercial. Les vignobles André Lurton, c’est une boîte solide qui niveau financier et par ses collaborateurs, c’est une jolie boîte. Prochainement on va faire rentrer des amphores et de nouvelles technologies. Cela a toujours été dans l’ADN des Vignobles André Lurton d’être à la pointe technologique, il faut que cela le reste. »

12 Juil

Liber Pater devient le vin le plus cher au monde

Il l’avait dit, un jour il serait plus cher que Pétrus ou le Domaine de la Romanée Conti. C’est fait, Loïc Pasquet vend son Liber Pater 2015 produit sur ses terres de Landiras dans le Bordelais à un prix exorbitant 30000 €.

Loïc Pasquet dans son chai avec ses amphores contenant son futur millésime 2018 © JPS

Jean-Pierre Stahl : « Bonjour Loïc Pasquet, selon Wine Searcher, Liber Pater 2015 est le vin le plus cher au monde en sorti de chai, qu’en est-il exactement ? »

Loïc Pasquet : « Oui, certainement, c’est probable, mais ce n’est pas ce qui me motive. Avec une bouteille de 2015, vous allez goûter le vin fin, le vin originel de Bordeaux, ce que Bordeaux faisait de plus abouti avant le phylloxéra. »

JPS : « Pour en revenir sur le prix de vente, il serait de 30000 €, c’est bien ça ? C’est déraisonnable, non ? »

Loïc Pasquet : « Oui, le prix grand public est de 30000€. Déraisonnable ? Tout cela est une question de repères, c’est comme une oeuvre d’art éphémère…Là, vous allez avoir accès à l’inaccessible. Ce sont 250 bouteilles de 2015 qui vont être vendues, je n’en ai produites que 550 au total. Mais on a déjà presque tout vendu. Cela fait un an déjà que l’on vend ce millésime, qu’on donne des allocations. On peut se demander combien coûte l’inaccessible pour retrouver le vin fin, sur mon lieu, sur l’anticlinal à Landiras. Un lieu où l’on a toujours fait de la vigne. Quel prix sont prêts à mettre les grands collectionneurs pour retrouver le goût d’autrefois, ils vivent une expérience unique. Que cela choque ou pas, en fait il n’y a pas beaucoup de personnes qui peuvent se permettre d’acheter un Matisse ou encore ce tableau de Banksy qui s’est autodétruit… »

JPS : « Vous produisez ce que vous appelez le vin d’autrefois, c’est quoi ?

Loïc Pasquet : « Ce sont des vignes franches de pied. Pourquoi, j’ai replanté ma vigne franche de pied ? C’est pour retrouver ce goût oublié; c’est typiquement sur l’anticlinal de Landiras, ce sont des cépages autochtones, adaptés au lieu: le cabernet sur de la grave sèche et acide, le petit Verdot sur les palus, sur les lieux humides, le tarnay sur de la grave, le castet sur de la grave argileuse, le Saint-Macaire sur de l’argile…Les anciens avaient compris qu’il fallait planter les cépages pour chaque lieu, il y avait un cadastre de cépages. Une fois que vous avez ça, à vous de faire l’ assemblage et le vin fin. »

JPS : « Sauf que tous les viticulteurs à Bordeaux ou ailleurs disent qu’ils cherchent à faire le vin fin ! »

Loïc Pasquet : « Le dire et le faire c’est deux choses. Aujourd’hui, il y a deux façons de faire le vin, il y a ce que j’appelle la construction d’un goût sur les qualités intrinsèques des variétés, à partir de vignes greffées, avec du merlot, c’est gras, vous ajoutez 20% de cabernet, un peu de petit Verdot , un élevage en barriques, ça c’est le sel et le poivre avec des tannins exogènes. Moi ce que j’ai choisi, c’est ces vignes franches de pied, et d’adapter le cépage au terroir. Quand on fait de la vigne franche de pied, on perd le goût de la variété et on récupère le goût du lieu. Le cépage est comme un fusible, il perd son côté variétal et il exprime le lieu. En fait, c’est le lieu qui impose l’encépagement, on est dans le respect du haut-lieu.  

Il y en a de plus en plus qui ont planté des francs de pied, il faut les encourager, il y a quand même de très très grands terroirs à Bordeaux, et de très très grands vignerons, mais il faut leur donner les moyens de travailler, les cahiers des charges sont faits de telle façon qu’ils ne permettent pas au vigneron de faire exprimer son lieu. On fait de la typicité, mais c’est renier le terroir. »

JPS : « Pour en revenir à ce 2015, qu’est-ce qu’on a dans ce Liber Pater 2015 ? »

Loïc Pasquet : « Je voudrais vous parler du gourmet. Le gourmet à l’époque , c’est celui qui dégustait les vins, il avait une grande connaissance du parcellaire et du goût. A l’époque vous aviez une palette aromatique sur la fleur.

Quand Jean-Jacques Rousseau visite le Médoc, il dit on boit des violettes, c’est caractéristique du franc de pied. C’est très pur, très fin, sur des arômes de fleur. Les francs de pied font des vins extrêmement fins, avec des tanins précis, très serrés, une belle longueur en bouche, très sapide, alors que pour la vigne greffée, c’est plus rustique. Avant la 2e guerre mondiale, il y avait encore à Bordeaux une bonne partie non greffée, on a greffé car on a multiplié les volumes, un bon vigneron était celui capable de produire beaucoup… » (après la 2e guerre mondiale).

JPS : « Mais enfin, votre prix a été multiplié par 7 ! » (par rapport aux bouteilles vendues par exemple chez Millésima à 4300 €)

Loïc Pasquet : « Oui mais la quantité a été divisée par 4 ou 5.Avant on vendait 1000 à 1200 bouteilles, là on en vend 250. On en retient 250, pour l’oenothèque, car dans 20 ou 30 ans, je voudrais être capable d’offrir du 2015; du coup cela fait gonfler mécaniquement les prix. Tout ce qui est rare est cher. C’est un goût inaccessible, que tout le monde voudrait retrouver. On va sortir le 2018, il ne sortira pas à 50€. Combien on va en faire, entre 600 à 1200, je n’en n’ai aucune idée pour l’instant. »

JPS :  » Cela fait un peu opaque tout cela… »

Loïc Pasquet :« Je ne sais jamais avant ce que je vais produire à la fin. Je recherche avant tout la qualité, ce qui explique que je ne fais que 500 bouteilles, et que je n’ai pas sorti de 2008, 2012, 2013, 2014 et de 2017, car soit j’ai gelé, soit je n’avais pas la qualité et si ce n’est pas bon, je ne fais pas de vin ».

JPS: « Vous êtes ce qu’on appelle un OVNI dans le monde du vin, ou un hurluberlu, non ? »

Loïc Pasquet : « Hurluberlu ? (rire), oui tout-à-fait. Par rapport à la place de Bordeaux. Peut-être que dans 20 ans, les francs de pied vont revenir, car le modèle de Bordeaux ne fonctionne pas très bien. Donc être révolutionnaire, hurluberlu, c’est joli. Etre dans un monde qui ne fonctionne pas, cela ne me gêne pas, mais Bordeaux va changer. Je ne nuis à personne, je gêne les institutions. »

Loic Pasquet met en avant « le goût du lieu » avec ses cépages oubliés, dans sa vigne en 2018 © JPS

JPS : « L’ascension de Loïc Pasquet a été fulgurante… »

Loïc Pasquet : « Cela fait 15 ans que j’ai acheté le vignoble, 15 ans c’est pas rien. En 2009, le millésime 2007 de Liber Pater se vendait déjà 1200€. Mon premier millésime a été le 2006. J’ai 43 ans aujourd’hui, je ne suis pas si jeune que cela. J’ai été le premier à remettre des vignes franc de pied à Bordeaux. Entre temps, j’ai eu des procédures en justice contre l’administration fiscale que j’ai perdue, contre l’INAO que j’ai gagnée. 15 ans ça compte.

Mais en France quand tu fais et réussis quelque chose, tu as tout le monde contre toi, aux USA c’est l’inverse. Si tu passes cela, tu ressorts très fort et tu peux survivre à tout. On est envieux, on n’aime pas cette réussite. Est-ce que c’est du à la culture judéo-chrétienne? Je ne m’explique pas cela.

Pourquoi cela devrait être mal, ce à quoi j’ai toujours rêvé, pensé, je n’empêche personne de le faire. J’ai la chance d’être sur un lieu formidable. Comme disait Winston Churchill, « il vaut mieux voir le cheval qui tire la charrette plutôt que le loup qu’il faut abattre. »

JPS : « Aujourd’hui, vous ne vendez pas Liber Pater en Bordeaux mais en vin de France »

Loïc Pasquet :  « Non, le 2015 est le dernier vin commercialisé  en Graves alors que le 2018 sera en vin de France, parce qu’on a replanté les anciens cépages bordelais interdits. Mais pour our moi, les AOC cela ne va plus rien représenter, on commence à dire qu’on va mettre des hybrides, cela n’a pas de sens. Les grands vignerons ne sont plus en AOC. On devrait plutôt remettre le tarnay qui était le cépage historique à Bordeaux, ou le Saint-Macaire. Interdits en 1936 lors de la création de l’INAO, on nous ressort des hybrides pour résister au mildiou, mais la problématique est déjà dépassée avec le réchauffement climatique;  le vrai combat est de retrouver et de faire du vin fin, réintégrer les cépages d’autrefois aujourd’hui interdits, et de voir quels cépages sont capables de résister à la sécheresse, surtout quand dans 20 ans il fera 50° C. »

JPS : « Mais qui peut acheter du Liber Pater 2015, aujourd’hui ? »

Loïc Pasquet : « les mêmes qui achetaient 2007, 2009, … Tous les plus grands collectionneurs au monde qui connaissent les grandes bouteilles, comme le Domaine de la Romanée Conti, et qui n’ont pas à s’excuser d’être des collectionneurs et d’aimer les grands vins. Ils sont partout car je fonctionne par allocations, à Hong-Kong, à Moscou, en Chine, en Belgique et à Londres. Il n’ya pas de pays plus fort que les autres. J’ai des ambassadeurs, des agents dans le monde qui vont voir des restaurants, des passionnés de vin. » 

JPS : « Quant enfin aux regards des autres et aux jalousies que vous allez encore susciter ? »

Loïc Pasquet : « Cela n’a aucun intérêt, c’est dans la nature humaine. Il y a des gens qui voudraient faire la même chose et qui n’y arrivent pas, il y en a qui sont dans l’ignorance de ce que je fais. Je ne veux pas faire de politique, cela ne m’intéresse pas, tout comme savoir ce que les autres pensent…Moi je m’éclate à faire du vin, à aller dans mes vignes tous les matins ».

Les autres en parlent aussi sur la toile :

The Man Behind Bordeaux’s Most Expensive Wine (Wine Seacher du 11/07/19)

Liber Pater plus cher que la Romanée Conti… et que tous les autres vins au monde (Vite Sphère du 05/07/19)

Liber Pater to release the most expensive wine in the world (The Drink Business du 4/7/19)

Lire ou relire l’article du blog : « Le Goût Retrouvé du Vin de Bordeaux » : le livre qui pourrait faire bouger les lignes ?, suite à la parution en septembre dernier du livre : « Le Goût Retrouvé du Vin de Bordeaux » aux éditions Actes Sud par Jacky Rigaux et Jean Rosen.

16 Mai

Disparition d’André Lurton le fondateur de l’appellation Pessac-Léognan : « c’était notre modèle, le père fondateur et spirituel de tous les Pessac-Léognan »

Les adhérents de l’Appellation pour laquelle il avait tant oeuvré l’ont appris ce matin, le monde du vin de Bordeaux est en deuil et va lui rendre un hommage, à travers la Commanderie du Bontemps, à la Fête de la Fleur sans aucun doute ce soir. André Lurton s’en est allé à 94 ans, il a contribué à créer et sanctuariser Pessac-Léognan. Retour sur son histoire et premières réactions, notamment de Philibert Perrin, le président actuel du syndicat viticole de Pessac-Léognan.

André Lurton, au centre, entouré de 2 de ses 7 enfants Christine et Jacques en septembre 2014 © Jean-Pierre Stahl

ANDRE LURTON, LE CREATEUR D’APPELLATION

André Lurton, c’est l’une des figures marquantes des Vins de Bordeaux. Outre sa réussite dans le monde du vin, il a réalisé plus de 70 vendanges et marqué à tout jamais le bordelais en étant l’ardant défenseur et créateur de l’appellation Pessac-Léognan.

Son destin a été forgé à château Bonnet, le domaine familial acquis, à Grézillac en Gironde, par son grand-père Léonce Récapet, fabriquant de liqueurs à Branne. C’est là où André Lurton est né en 1924, il était l’aîné d’une famille du vin qui va devenir célèbre et va s’illustrer au XXe et au XXIe siècle. Son frère Lucien a connu également une très belle réussite.

UN DESTIN MARQUE PAR L’EMPREINTE DE SON GRAND-PERE

La première pierre a donc été posée par Léonce Récapet qui  a réussi à bâtir un petit empire compris depuis l’Entre-Deux-Mers jusqu’au Médoc, en passant par les graves de Bordeaux. C’est ce grand-père qu’André Lurton avait en exemple et lui a donné l’esprit d’entreprendre: il avait acquis en 1897 château Bonnet, avait eu des parts dans château Margaux, puis Brane-Cantenac.

«  Moi, j’ai bien connu mon grand-père…c’était moi le chauffeur ! J’étais chargé de le déplacer car vers l’âge de 80 ans, on lui avait interdit de conduire. Alors en le déplaçant, j’ai appris un tas de choses… « 

J’ai agrandi un petit peu, je suis passé de 30 hectares à 500 hectares », André Lurton en 2014

UN RESISTANT DE LA PREMIERE HEURE

André Lurton a aussi été marqué très jeune par la guerre et s’était engagé encore mineur dans la résistance avec les FFI dans le « Groupe Roland ». Avec son caractère bien trempé, il décida de rejoindre en 1944 à l’âge de 20 ans la 1ère armée française du Général de Lattre de Tassigny. Il participa à de rudes combats notamment en Alsace avec la réduction de la poche de Colmar et poursuivit la campagne d’Allemagne, jusqu’à l’Armistice.

Il était conducteur de jeep et avait gardé une  certaine nostalgie pour ces véhicules qui contribuèrent à la libération de la France ; il avait en outre constitué une sacrée collection d’engins de la 2e guerre mondiale à Grézillac.

MAIRE DE GREZILLAC DURANT 45 ANS

Président du Cercle National des Jeunes Agriculteurs, au sortir de la guerre, il va réussir dans la polyculture, à l’époque où le vignoble était très peu valorisé. Il vendait alors de la luzerne deshydratée pour nourir le bétail. Il s’est aussi énormément engagé au service des autres en tant que maire de Grézillac durant 45 ans et créer le centre oenologique de Grézillac.

Cette première réussite dans les affaires va lui permetre d’acheter en 1965 le château La Louvière à Léognan. Par la suite il va s’offrir d’autres domaines et marques dans les graves du Nord commeRochemorin et Cruzeau, mais aussi Couhins-Lurton, un cru classé (qu’il réhabilita en 2002-2003). Il aura aussi des parts dans château Dauzac à Margaux et Barbe Blanche, en AOC Lussac Saint-Emilion.

André Lurton avec Jacques son fils, a toujours su innover au niveau de ses installations techniques (photo 2014) © JPS

IL A FONDE AVEC SES AMIS VITICULTEURS L’APPELLATION PESSAC-LEOGNAN

Mais André Lurton fut aussi et surtout le créateur de l’appellation Pessac-Léognan. Il s’est battu durant 23 ans pour voir émerger l’AOC Pessac-Léognan qui regroupait les châteaux les plus prestigieux des graves, proches de Bordeaux. 

« J’allais au ministère, je mettais un pied dans la porte, et je leur disais, il faut faire passer ce dossier ! » , confiait-il en 2014. 

L’identification de Pessac-Léognan était « justifiée par les qualités spécifiques de son terroir, la typicité de ses produits, son micro-climat, ses croupes de graves parfaitement dessinées par des ruisseaux qui assurent un bon drainage, les compétences et le savoir-faire de ses viticulteurs

Château la Louvière acheté en 1965 © Jean-Pierre Stahl

La Louvière fut un peu sa danseuse, il le fit restaurer dans les règles de l’art, Et en 2009 il y créa un superbe chai enterré. Un château qui aurait pu être classé, c’était son rêve, il souhaitait re-ouvrir le classement et y intégrer de nouveau château très qualitatifs comme La Louvière ou Larrivet Haut-Brion:  » Dans ma vie, je me suis bien amusé…On va encore se marrer », ajoutait-il en 2014. « Cette fois, ils vont dire: tiens! Lurton maintenant, il veut le classement de tout… « 

En septembre 2013, le Ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll l’a élevé au rang d’officier de la Légion d’Honneur. Un homme qui a su, toute sa vie, valoriser un terroir et faire face à la pression immobilière. Un tempérament qui a marqué à tout jamais Pessac Léognan et les Vins de Bordeaux.

Regardez le reportage réalisé en 2014 par Jean-Pierre Stahl, Didier Bonnet, Eric Delwarde, Xavier Granger :

LA REACTION DE PHILIBERT PERRIN, LE PRESIDENT DE PESSAC-LEOGNAN

« André, c’est notre modèle à tous, le père fondateur et spirituel de tous les Pessac-Léognan », commente ce midi Philibert Perrin, le président du syndicat viticole des Pessac-Léognan. Il est arrivé à une époque où c’était la crise dans le vignoble, vers 1965, la vigne était en ruine, ma famille arrivée dans les années 50 s’en souvient et 10 ans après c’était toujours en ruine. Il lui a fallu beaucoup de courage et il a su fédérer un groupe avec les Kressmann, les Bethmann, les Marly et Claude Ricard…

Il est devenu le chef de file des propriétaires, car dynamique, entrepreneur, avec un esprit combattif, persévérant et s’est intéressé tôt de suite au syndicat viticole. Il lui a fallu plus de 10 ans pour créer cette appellation, tout le monde lui en est éternellement reconnaissant. »  Philibert Perrin

Même si il avait un côté paysan, il était toujours extrêmement attentif aux viticulteurs. Il avait un côté travailleur, combattif et visionnaire. Au delà du cahier des charges de l’appellation, il a su fédérer ce groupe et attirer de nouveaux venus comme les Cathiard, les Bonnie, ou Wilmers. Avec la création de Pessac-Léognan, on a sanctuarisé le terroir et faire en sorte qu’il ne soit plus grignoté par la ville. »

Marc, André, Bérénice et Jacques Lurton lors de l’enregistrement de « Enquêtes de Régions » en octobre 2014 au château Bonnet © France 3 Aquitaine

ALLAN SICHEL LE PRESIDENT DU CIVB : « IL A FAIT BEAUCOUP POUR BORDEAUX »

« André, c’est une personnalité forte qui laisse une empreinte permanente sur les vins de Bordeaux et avec la création de l’appellation Pessac-Léognan », commente pour Côté Châteaux à son tour Allan Sichel, négociant et président du CIVB.

« Il avait une vision, un caractère et une très forte détermination. Il a entraîné la viticulture vers une dimension nouvelle, vers la qualité, conscient de ce que le marché attendait, tout en respectant les terroirs ».

Il avait une force de caractère qui laisse une empreinte indélébile dans les souvenirs de tous et c’est tout à son honneur », Allan Sichel président du CIVB.

« André Lurton a apporté une pierre fondatrice à l’édifice de Bordeaux », conclue Allan Sichel.

LES VIGNOBLES ANDRE LURTON SOULIGNENT « UN HOMME D’EXCEPTION ET UN VISIONNAIRE »

Et voici le communiqué des Vignobles André Lurton :

« La famille de Monsieur André Lurton, ses proches et l’ensemble des équipes des Vignobles André Lurton ont la grande tristesse d’annoncer son décès, survenu ce jeudi 16 mai 2019. 

Ce résistant, grand défenseur de la viticulture bordelaise, homme qui consacra et dédia sa vie entière à la viticulture s’est éteint, ce matin, dans son cher Château Bonnet à Grézillac, au coeur même du vignoble qui le vit naître en 1924.

À l’origine des grands vins blancs secs de l’Entre-deux-Mers, fondateur de l’Appellation Pessac- Léognan, maire de la commune de Grézillac pendant plus de quarante ans, André Lurton était un homme d’exception, mais aussi un visionnaire et un entrepreneur infatigable.

Président des Vignobles André Lurton, il avait à coeur de partager son savoir-faire, sa passion pour ses domaines, ses vins et les grands terroirs du bordelais, avec ses collaborateurs, ses amis et ses fidèles clients.

Les obsèques auront lieu lundi 20 mai 2019, à 14 heures 15, en l’église Notre-Dame de Grézillac ».

10 Mar

Daniel Mouty sur les 20 ans du salon des Vignerons Indépendants à Bordeaux : « 20 ans un bel âge, c’est un âge où l’on commence à prendre en qualité ».

Retour sur le salon des vignerons indépendants de Bordeaux qui a été un franc succès avec 31 000 visiteurs, avec Daniel Mouty le président des salons des Vignerons Indépendants. Il nous donne les clés de ce succès. Un salon qui a progressivement gonflé au fil des années et a gagné en qualité et en diversité avec aujourd’hui plus de 300 vignerons de la France entière. Daniel Mouty est le Vigneron du mois pour Côté Châteaux. Cocorico.

Daniel Mouty le président des Salons des Vignerons Indépendants ce week-end au salon de Bordeaux © Jean-Pierre Stahl

Jean-Pierre Stahl : « Daniel Mouty, vous fêtez ce week-end les 20 ans du salon des vignerons indépendants à Bordeaux, qu’est-ce que cela vous fait ? Ce n’était pas comme cela il y a 20 ans ?

Daniel Mouty : « D’abord 20 ans, c’est d’abord un bel âge, c’est un âge où l’on commence à prendre en qualité. D’abord je n’oublierai jamais, le salon a été créé il y a 20 ans et on avait 2800 visiteurs, aujourd’hui on en attend j’espère 35000. C’est ça un anniversaire, une vraie fête d’un challenge réussi.

« Pour nos visiteurs, qui sont les rois ici, on tire au sort tous les quart d’heure dans une urne, des réponses au petit quizz que j’ai fait tout seul, sympa, et on va offrir 300 bouteilles…des t-shirts, des verres édités spécialement pour ces 20 ans… Pour nous, toutes les occasions sont bonnes pour mettre en avant un salon qui est magnifique. »

JPS : « Au départ, vous étiez une centaine, aujourd’hui vous êtes combien ? »

Daniel Mouty : « Aujourd’hui, on est 313 exactement. Ce qui est important, c’est la représentation de tous les vins de France. Un échantillon unique au monde pour le visiteur. 313 stands, ce sont 1500 peut-être 2000 produits différents car chacun a une gamme, donc une richesse formidable, un choix exceptionnel. Et puis à l’occasion de cette fête, il y a une ambiance, j’ai donné des consignes, l’accueil, les cadeaux, … c’est vraiment une fête de la gastronomie et du vin magnifique ».

Même des bloggeurs britanniques présents © JPS

JPS : « Au départ, vous avez eu des réactions un peu cocasses ? « 

Daniel Mouty : « J’ai eu des réactions cocasses, car il y a 20 ans, il y avait encore une ambiance très locale, le chauvinisme ambiant était toujours bien là.Les Bordelais et les Girondins avaient cette réputation. Une de mes fiertés, je crois qu’on a cassé un peu ce rythme, cette mentalité, peut-être parce qu’on a changé de génération. Et aujourd’hui, quand je vois des vignerons qui viennent vendre du Bourgogne rouge à Bordeaux, c’est quand même un sacré challenge réussi. Pour moi, c’est une fierté car on a compris qu’on n’était pas le centre du monde, même si on fait des vins magnifiques. Mais les visiteurs achètent de tout du champagne, des rosés de Provence, des Côtes du Rhône, de tout, et c’est ce choix-là qui fait que dès ce vendredi matin à l’ouverture, il y avait des centaines et des centaines de gens qui attendaient pour rentrer. »

JPS : « C’est vraiment la fête des terroirs, qu’est ce qu’on retrouve comme types de typicités ? »

Daniel Mouty : « Il y a toutes les typicités…c’est comme si vous me le demandiez pour les fromages...Dans le nord de la vallée du Rhône, on va trouver des terrains schisteux qui vont donner un goût, je pense aux « Condrieu », aux « Côte-Rôtie », et puis en descendant vers le sud vers Châteauneuf ces gros galets avec cette chaleur, ces vins chaleureux et corsés….et puis on va faire le tour par la Provence, remonter par le bordelais, faut quand même pas l’oublier…avec toutes ses appellations, c’est une palette magnifique et ils sont très représentés ici, ne croyez pas que les Bordelais aient boudé ce salon, bien au contraire. Il y a 1/3 d’exposants de Bordeaux et de Nouvelle-Aquitaine. La richesse des terroirs de France est infinie et elle est là.

Daniel Mouty le président natioanl des Vignerons Indépendants avec Nelly et Sophie © JPS

« Et le vigneron est là en direct, comme si on avait inventé les circuits courts il y a 40 ans, avec sa passion, ce lien là qui fait que le salon a un succès magnifique. Et puis on peut faire son marché ici aussi, les caddys qui sortent à côté de nous sont chargés de toute cette diversité. On repart, on a son coffre de voiture chargé, le soir on arrive chez soi, on est tout content… On débouche la 1ère bouteille… Le vin a toujours rassemblé les hommes ! Le vin a toujours été la convivialité avant tout, c’est pour cela que le 20e anniversaire est une fête et ce sera avec une bonne bouteille, que nous avec notre équipe on va le fêter ! »

Regardez l’interview réalisée par Jean-Pierre Stahl et Jean-Michel Litvine :

01 Mar

L’image du jour, les Vins de Bordeaux saluent le départ du maire de Bordeaux : « c’est Alain Juppé qui a fait de la marque Bordeaux, une marque  forte »

 Ce soir à la Cité du Vin, la filière des Vins de Bordeaux voulait marquer le coup: remercier Alain Juppé et dire un dernier « au revoir » au maire de Bordeaux. Alain Juppé a remis ce jour sa démission du poste de maire, avant de de faire son entrée le 11 mars prochain au Conseil Constitutionnel. Alain Juppé a été un réel ambassadeur du vin de Bordeaux, créant notamment la Fête du Vin en 1998 et la Cité du Vin en 2016. Un moment d’émotion partagé avec les acteurs de la filière, CIVB et Fondation pour la Culture et les Civilisations du Vin.

Allan Sichel et Alain Juppé pour un moment de remerciements échangés © Civb

Allan Sichel, le président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux, a d’abord tenu à rappeler qu’ « Alain Juppé a toujours eu une oreille bienveillante et attentive pour la filière viticole. Il a su, dès son arrivée, se rapprocher du négoce, des propriétés et des manifestations. Par ailleurs il a su comprendre filière, son fonctionnement, et les hommes et les femmes qui la font vivre. »

BORDEAUX, UNE RENOMMEE MONDIALE

Alain Juppé a donné à la ville « une renommée mondiale », tirant profit de ses deux passages au Ministère des Affaires Etrangères, de son poste de Premier Ministre, et de cette « sensibilité très forte à l’international », « et si nous bénéficions aujourd’hui de l’image et de la dynamique « Bordeaux la ville, Bordeaux le vin, » c’est grâce à Alain Juppé, c’est lui qui a rendu ces deux entités indissociables. »

Et le boss de la Maison Sichel de poursuivre : « c’est Alain Juppé qui a fait de la marque Bordeaux, une marque  forte, qu’il a valorisé au fil des années. » C’est clair que le placement Juppé était presque mieux qu’un placement en bourse, rajouterait Côté Châteaux, tant au niveau immobilier, qu’avec l’envolée en 20 ans des prix des vins de Bordeaux.

Et Allan Sichel de rappeler: « la transformation profonde de la ville initiée par Alain Juppé, avec ce vaste projet urbain qui a révélé la beauté et la modernité de notre ville.  Il nous a permis de ne plus tourner le dos à notre fleuve, de réunir les deux rives et de redécouvrir nos quais, avec notamment la façade historique du quai des chartrons intimement liée au monde du vin. »

BORDEAUX ET SA FETE DU VIN

« C’est Alain Juppé qui a eu l’idée de la Fête du Vin, il y a 20 ans, pour mettre le vin à l’honneur, et donner l’occasion aux vignerons, au contact d’un public enthousiaste, de mettre en valeur leur production et leur savoir-faire. » Un modèle qu’il a fait en sorte aussi de reproduire avec la copie de cette fête à l’étranger, en commençant par Hong-Kong, Québec, Bruxelles puis Liverpool.

BORDEAUX ET SA CITE DU VIN

« C’est Alain Juppé qui a aussi eu l’idée de la Cité du Vin, qui a ouvert ses portes en juin 2016. Il a su passer votre les réticences de certains, y compris au sein même de notre filière, puisque la Cité du Vin n’avait pas vocation à ne parler que des vins de Bordeaux. Mais aujourd’hui tout le monde salue le résultat, on parle des vins de Bordeaux et du monde et c’est comme cela que Bordeaux mérite le titre de « Capitale Mondiale du Vin », concluait Allan Sichel.

Et voici donc notre Sage de Bordeaux qui s’en va rejoindre d’autres sages du Conseil Constitutionnel. Un conseil, Mr Juppé ? Emmenez-leur quelques bouteilles de Bordeaux, histoire de continuer la promotion parisienne de ce nectar…

Côté Châteaux, qui ne dort pas, vous avait permis, en avant première, de vous rendre compte du legs d’Alain Juppé dans le précédent article le 19 février dernier, avec les réactions d’Allan Sichel, d’Olivier Bernard, de Stéphan Delaux et Sylvie Cazes, à retrouver ci-dessous.

Lire ou relire l’article :

Le legs d’Alain Juppé dans le monde du vin à Bordeaux : « très important, durable et structurant »

22 Fév

Le château de Pitray : un joyau néo-gothique en Castillon Côtes de Bordeaux

C’est un château qui surplombe les Côtes de Castillon, l’un des fleurons de l’appellation. L’étendard de la famille de Jean de Boigne y flotte. Une famille d’hommes illustres qui a écrit quelques pages d’histoire et de ce château en terre de Castillon.

Jean de Boigne espère transmettre à son tour les clés de Pitray plus tard à ses enfants © JPS

C’est le Comte Jean de Boigne qui m’invite à découvrir ce magnifique château à Gardegan-et-Tourtirac en Gironde : le château de Pitray, 600 ans d’histoire. Les origines de cette propriété viticole remontent à Jean de Las Symas dit Simard qui acheta une parcelle de vigne à son voisin de Saint-Emilion en 1466.

La construction du château féodal devait débuter au XVe siècle, un château qui a été détruit en 1860 puis reconstruit fin du XIXe au même emplacement pour lui donner la forme actuelle.

« Le château de Pitray est une propriété familiale depuis plus de 600 ans, je suis la 26e génération », commente Jean de Boigne. Vous pouvez voir dans cette pièce au mur des têtes de lions et les armoiries de la famille dont le nom complet est Simard de Pitray. »

Poussant la porte, dans le prolongement « là nous sommes dans la grande salle-à-manger…et vous pouvez voir ce bibelot au mur qui est la poupe d’un navire de guerre français qui s’appelait le Suffren (avec cette inscription « Dieu y Pourvoira »). « Suffren était un de mes ancêtres ». Le bailli Pierre-André de Suffren est l’un des plus fameux amiraux de l’histoire de France, reconnu pour sa bravoure, son instinct et son talent. Napoléon a d’ailleurs regretté de ne pas avoir eu un tel amiral dans sa marine pour contrer Nelson…« Le bailli de Suffren était un des amiraux de Lafayette qui est parti à la fin du XVIIIe siècle pour aider les Américains pour leur indépendance… »

Dans le vestibule, entrée principale du château trône fièrement le portrait du général Benoît de Boigne, commandant en chef de l’Armée des Mahrattes : « 6 générations au dessus de moi, un mercenaire qui est parti en Inde au XVIIIe siècle et qui pour un Prince Indien, le Maharadja Scindia a conquis tout le nord de l’Inde… », poursuit Jean de Boigne.

Dans le grand salon « voici un portrait du général de Boigne qui a fait construire le château actuel de Pitray, il a détruit le manoir en 1860 pour faire reconstruire dans le style Viollet-le-Duc le château actuel par l’architecte bordelais Blaquière, c’était pour lui une espère de stature pour montrer qu’il avait bien réussi. »

Dans les étages, le passage obligé par la tour pour admirer le magnifique travail des compagnons qui ont refait toute la toiture du château en 2016… « bienvenue sur un des points culminants de la Gironde… Je me souviens encore de mon grand-père qui disait oh la la il faut refaire le toit, et puis j’ai entendu mes parents dire oh la la il faut refaire le toit, j’ai donc refait ce toit, un peu grâce à la grêle de 2013, parce qu’une partie de l’assurance a payé la toiture, mais la plus grosse partie a été auto-fiancée par la vente de vin. Prêt pour recevoir la 27, 28 et éventuellement 29e génération de Pitray. »

Et Jean de Boigne est tout aussi fier de me dévoiler son chai à barrique et notamment sa fameuses cuvée : « voici les barriques dans lesquelles nous vinifions la Cuvée Madame , mon haut-de-gamme, en fait c’est une cuvée qui est composée exclusivement de raisins provenant de très vieilles vignes, la plus pure expression de mon terroir..Ce sont des vins assez concentrés, veloutés en même temps, et j’essaie de garder beaucoup de fruits pour exprimer la qualité du terroir ici qui est argilo-calcaire ».

Le château de Pitray produit selon les années entre 350000 et 400000 bouteilles, il possède 60 hectares, avec aussi les vignes qu’il a repris en fermage de son oncle, celles du château Castegens.

Le Comte Jean de Boigne, une rencontre passionnante au château de Pitray © NoA

« Tout est mis en bouteille à la propriété, cela part vers le négoce bordelais qui le distribue un peu partout et puis je vends un peu en direct par exemple en Angleterre, aux Etats-Unis, en Chine pas mal et je vends aussi en France en restauration et chez les cavistes. »

Voilà un grand vin de Castillon à découvrir et pour les amoureux d’histoire et de vieilles pierres, la possibilité de séjourner au château de Pitray qui fait aussi chambres d’hôtes, comme la comtesse de Ségur qui s’est inspirée du château de Pitray pour plusieurs de ses romans, venez vous ressourcer et chercher l’inspiration.

Regardez le reportage sur Pitray signé Jean-Pierre Stahl (à 11’40) dans l’émission Côté Châteaux N°4 sur Castillon réalisée avec Sébastien Delalot : 

11 Jan

Guillaume Deglise : un nouveau challenge pour l’ancien directeur de Vinexpo, à la tête de la Maison Albert Bichot

C’est un nouveau départ. Un rebond pour l’ancien directeur général de Vinexpo. Guillaume Deglise prend la direction générale de la Maison Albert Bichot à Beaune.

© Guillaume Deglise, le nouveau DG de la Maison Albert Bichot

Guillaume Deglise a retrouvé une nouvelle chapelle : la maison Albert Bichot, une grande maison de Bourgogne, familiale fondée en 1831. Albert Bichot, ce sont 105 hectares de vignes, réparties sur 6 domaines dans les plus belles appellations de Bourgogne, mais également une expertise en tant que négociant-vivificateur et éleveur. Guillaume Deglise succède ainsi à Benoit de Charrette, qui dirigeait cette Maison depuis 27 ans, aux côtés d’Albéric Bichot président du Directoire.

C’est une chance d’intégrer la Maison Albert Bichot, au moment où l’entreprise connaît une croissance dynamique de ses activités opérationnelles et commerciales. Je suis impatient de relever de nouveaux défis aux côtés des équipes de la Maison », Guillaume Deglise.

Originaire de Lorraine, Guillaume Deglise revient sur des terres bourguignonnes qui ne lui sont pas étrangères; en effet, il a fait ses premières armes là-bas, diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce de Dijon. Sa première partie de carrière était effervescente, en Champagne, chez Bollinger puis Laurent-Perrier.

Guillaume Deglise s’est fait une stature internationale à la tête de Vinexpo en tant que directeur général de 2013 à 2018, réussissant un virage plus moderne pour ce salon mondial du vin et des spiritueux, dont la création par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux remonte à 1981 et qui manquait commençait à manquer de souffle.

Guillaume Deglise, DG de Vinexpo, de 2013 à 2018 © Jean-Pierre Stahl

Il a su impulser un nouvel élan, avec des rencontres plus professionnelles, remodeler le salon de Bordeaux, booster celui de Hong-Kong et mettre en place Tokyo, New-York, et Vinexpo Expoler qui sillonne les grandes régions viticoles mondiales. Lors du dernier Vinexpo 2017, il avait avec ses équipes tiré les enseignements (notamment face à la canicule) en avançant la date du prochain salon au mois de mai (le prochain est prévu à Bordeaux du 13 au 16 mai ), en créant un deuxième salon en France à Paris (en alternance avec celui de Bordeaux) en janvier 2020 pour contrer ProWein en Allemagne. ProWein, cet ogre allemand qui continue à attirer toujours de plus en plus de monde, 60 000 visiteurs l’an dernier, alors que Vinexpo a vu sa fréquentation s’effriter quelque peu à 40 000 visiteurs lors de l’édition 2017.

Pour Alberic Bichot : « en ce début d’année 2019, nous écrivons un nouveau chapitre pour notre entreprise. Je rends hommage à Benoît de Charrette avec lequel j’ai formé un tandem efficace et complice pendant toutes ces années.Je me réjouis d’accueillir Guillaume Deglise dans notre maison familiale. Sa vision internationale sera essentielle pour la poursuite du développement de l’entreprise. »

Félicitations à Guillaume Deglise pour ce nouveau défi qu’il va sans nul doute réussir à relever et comme on dit « good luck ».

06 Déc

Jacques Faurens, élu 1er président du Réseau Great Wine Capitals

Il était temps. Le Réseau Great Wine Capitals a quasiment 20 ans mais n’avait pas de président jusqu’ici. C’est désormais chose faite. Jacques Faurens, figure connue de la CCI de Bordeaux Gironde et chef d’entreprise, va remplir cette mission. Côté châteaux lui souhaite bonne chance.  

 Jacques Faurens à droite lors de la crémonie des Best Of Wine Tourism en octobre à Bordeaux © JPS

Great Wine Capitals ce sont les 10 métropoles connues de la vieille Europe ou du Nouveau Monde implantées au cœur d’une région viticole, elle-même renommée. Ce réseau s’est fait connaître depuis sa création en 1999 par la CCI Bordeaux Gironde grâce à l’œnotourisme qui s’est fortement développé depuis près de 20 ans, créant par ailleurs un concours Best Of Wine Tourism que toutes les propriétés de disputent.. 
Jacques Faurens, un Bordelais élu président 

Le Bordelais Jacques Faurens a donc été élu président, pour deux ans,à Adélaïde en Australie, lors de la dernière conférence internationale annuelle du réseau Great Wine Capitals. Ce réseau compte 10 villes membres: Adélaïde, Bilbao/Rioja, Bordeaux, Lausanne, Mayence/Rheinhessen, Mendoza, Porto, San Francisco/Napa Valley, Valparaiso/Casablanca Valley et Vérone. Jaucques Faurens s’est illustré déjà au sein de la CCI de BOrdeaux et a été une cheville ouvrière des écoles Worldsom et IPC Vins. Il va pouvoir préparer le 20e anniversaire du Réseau Great Wine Capitals qui sera célébré à Bordeaux du 3 au 7 novembre 2019 et qui devrait marquer une nouvelle étape vers un oenotourisme encore plus fort à l’horizon 2025.

10 Nov

Nouvelle tendance : ces vignerons qui débarquent à Bordeaux et ouvrent leur bar à vin

C’est « un château en ville » qui a ouvert le bal il y a un an rue Saint-James. Aujourd’hui, Tutiac ouvre un tout nouveau Bar à Vin également central à Bordeaux : le Tutiac Direct Wine Bar. Comment ces vignerons décident de faire bouger les lignes et se diversifient. Côté châteaux vous dévoile leur démarche.

Le chef Frédéric Coiffé, Laurent Querion, Arnaud Courjaud vice-présidents de Tutiac, et Damien Malejacq responsable marketing © JPS

Attention, c’est une machine de guerre qui a décidé de frapper fort en ouvrant ce jour le Tutiac Direct Wine Bar, le premier bar à vin de coopérateurs en France. En circuit court, en direct !

L’ouverture était annoncée depuis plusieurs mois sur la vitrine cours Alsace-Lorraine © JPS

Tutiac, c’était jusqu’à récemment cette coopérative aux 450 adhérents, 4000 hectares de vignes, qui produit 220000 hectolitres, soit 30 millions de bouteilles à l’année.

Le lieu est vraiment proche de l’un des emblèmes de Bordeaux © JPS

Mais Tutiac s’est rapproché des caves d’ Unimédoc, de Lugon et de Sauternes, ce qui lui donne encore plus de puissance: « aujourd’hui, on produit 320000 hectolitres, l’équivalent de 40 millions de bouteilles… »

Au centre Eric Hénaux, le directeur de Tutiac, entouré de l’équipe du Wine Bar © JPS

Avant on produisait du vin de Blaye en vrac, puis du Blaye en bouteilles, et désormais on produit du vin dans 15 appellations de Bordeaux, on veut être une marque qui soit crédible sur la place de Bordeaux« , Eric Hénaux, directeur de Tutiac.

Bar à vin et caviste en même temps © JPS

« Tutiac compte désormais 650 viticulteurs sur 6000 hectares, on impacte la vie de 1500 familles ».

Cela faisait un moment que cette idée originale d’ouvrir un bar à vin central à Bordeaux leur trottait dans la tête.Tout s’est fait rapidement depuis février et en quelques mois, un superbe bar à vin traversant entre le Cours Alsace Lorraine et la place qui donne sur la Porte Cailhau, a vu le jour, un investissement de 500000 €.

« On a fait appel à l’agence Versions qui a réalisé les magasins pour Comtesse du Barry, on essaie à chaque fois de s’appuyer sur des gens dont c’est le métier ».

Après avoir réalisé son marathon de soirées inaugurales avec les salariés (mardi la 1ère à laquelle Côté Châteaux participait en primeur), les clients, les journalistes, les étudiants de Kedge, c’est aujourd’hui le grand jour, l’ouverture au grand public.

C’est le 1er bar à vin de coopérateurs en France. Un projet un peu fou. On veut toujours être en avance sur les tendances, avec un rapport qualité-prix juste. C’est du circuit court en plein coeur de Bordeaux. » Damien Malejacq responsable marketing.

Cela va être un bar à vin de producteurs, ce sont des vignerons qui sont derrière ce projet là. Tutiac affiche quelque 50 références, auxquelles s’ajoutent une quarantaine d’autres caves coopératives d’autres régions viticoles comme Vinovalie, Alliance Loire, Nicolas Feuillate, ou Wolfberger (2 à 3 référence par coopérative) : « ce sont les vins de coop…ains » me précise Eric Hénaux.

Le chef Frédéric Coiffé participe à cette nouvelle aventure de Tutiac © JPS

Derrière le zinc, il y a aussi un chef Frédéric Coiffé, avec pour objectif de « changer de la restauration traditionnelle, même si à midi il y aura un menu du marché à 16€, on ne va travailler qu’avec desd poroducteurs du Sud-Ouest comme les produits de Louis Ospital, d’autres aussi de la charcuterie Sylvain Andrieux, etc… mais c’est ici le vigneron la star. Il va y avoir des vignerons partout, avec des portaits accrochés au mur et avec un écran plat qui va projeter le travail de ces vignerons coopérateurs. » Des vignerons, qui tous affichent au minimum un label de développement durable HVE2 ou HVE3. « On veut montrer avec les vignerons de Tutiac que ce projet est possible et servir de modèle aux autres vignobles français », poursuit Damien Malejacq.

Cette démarche est assez innovante, même si depuis plus de 10 ans, ils ont compris qu’il fallait aller chercher le goût du consommateur, là ils vont chercher l’amateur de vin, qui ne fait pas toujours la démarche de se rendre dans les propriétés ou à la cave coopérative.

Le but, il est là, c’est de partager avec le consommateur, comment ça se passe à la vigne, comment on fait du vin, c’est vraiment de l’échange à 100%

Estelle Roumage, la première à avoir eu l’idée de rapprocher son château de Bordeaux © JPS

La pionnière a tout de même été Estelle Roumage, 5e génération de vignerons dans l’Entre-Deux-Mers. Avec son château Lestrille, elle a décidé de s’implanter juste à côté de la Grosse Cloche, rue Saint-James, en créant « un château en ville », un nom original où tout est dit.

Dans son chai à barriques, la vigneronne Estelle Roumage au château Lestrille à Saint-Germain-du-Puch © JPS

Estelle Roumage avait pourtant de quoi s’occuper avec ses 45 hectares de vignes à Saint-Germain-du-Puch où elle produit la moitié en blanc et rosé et l’autre moitié de vin en rouge (en cuve, en barriques et avec une cuvée supérieure le Secret de Lestrille, 100% merlot élevé en barriques de chêne, en bois neuf).

Une ambiance de chai avec ces tonneaux comme table, avec Joël Bureau, Diane et Jacqueline © JPS

Estelle Roumage a repris cette propriété familiale créée par son arrière-grand-père en 1901, au moment où celle-ci fêtait son centenaire en 2001. Depuis elle a su la faire avancer, améliorer encore la qualité de ses vins et se remettre totalement en question : « on a au château une boutique qui fonctionne bien, mais parfois les bordelais ne viennent pas jusqu’à nous alors on est venu à eux ».Et depuis le 1er décembre 2017, elle a su aménager un petit nid douillet réalisé par un brillant architecte de Libourne, Alain Arnaud, où elle propose, pour agrémenter ses vins, des planches de légumes et fruits frais, de charcuteries et fromages, mais aussi des assiettes d’huîtres,… servies par Mathieu Bureau et Jan Braun. Un château en ville qui a réussi à trouver ses marques et qui est ouvert du mercredi au dimanche midi, avec ses formules qui plaisent.

On a du mal à attirer les bordelais, et on s’est dit puisque eux ne se déplacent pas vers nous, à nous de nous déplacer vers eux…Ce n’est pas un bar à vin classique, c’est vraiment le château qui s’est déplacé en ville. C’est un plus que l’on apporte, le côté local et en direct. » Estelle Roumage, château Lestrille.

a

Alain Arnaud, Guillaume Puyo et Marie-Pierre Cosquier

Mes grand-parents étaient viticulteurs, et je retrouve ici l’ambiance, cela a un côté magique », Alain Arnaud.

L’originalité, c’est non seulement de trouver tous les produits du château Lestrille, de pouvoir les déguster à moindre coût en mangeant (avec une licence 2), de voir accroché au mur toute l’histoire de la famille Roumage dans la vigne depuis Eugène l’ancêtre.

 

Estelle Roumage et sa team Mathieu Bureau et Jan Braun de « un château en ville » © JPS

Et puis comme dit Estelle, cela permet de mieux passer certains moments délicats dans le vigne, car avec toutes ces intempéries, en 5 ans elle a perdu quasiment une récolte et demi. Pareil, pour Tutiac qui a perdu 30% avec la grêle du 26 mai dernier, « on a perdu 60000 hectolitres », selon Eric Hénaux.

Une nouvelle tendance et de belles initiatives saluées par Côté Châteaux, le blog du vin, qui prends le pouls de l’actu viticole.

Et pour être complet, le tout premier à avoir lancé l’idée, c’était François des Ligneris, du château Soutard qui avait ouvert l’Envers du Décor à Saint-Emilion, repris depuis par la famille Perse et Ronan Kervarrec.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Pascal Lécuyer, Xavier Granger, suivi de la chronique de Frédéric Lot :

24 Oct

16e « Best Of Wine Tourism » : encore une belle récolte de trophées !

Hier soir le Palais de la Bourse s’est enflammé pour remettre les trophées des Best Of d’Or dans 7 catégories plus un bonus « coup de coeur ». Les Best Of Wine Tourism récompensent chaque année les efforts effectués par les châteaux dans le domaine de l’oenotourisme. La barre est très haute désormais.

Bertrand et Emmanuelle Amart du château Vénus, avec Kévin Gaillard © Jean-Pierre Stahl

Il y a 16 ans, en matière d’oenotourisme, Bordeaux était à la traîne. 16 ans plus tard, on ne sait plus où donner de la tête. « Certains ont été les précurseurs, ils nous ont mis sur la voie… Il y a une vingtaine d’année, au retour d’un voyage en Australie où on avait été formidablement accueillis, je m’étais dit : il ne suffit pas de produire, il faut aussi savoir accueillir ! », expliquait hier soir Bernard Artigue, président de la Chambre d’Agriculture de Gironde. Depuis de l’eau a coulé (sous le Pont de Pierre),1351 dossiers ont été présentés à Bordeaux pour 348 ont reçu un Best Of dont 102 d’Or. 

Une belle découverte et une belle rencontre château Vénus © JPS

Cette année, ce sont 22 sites qui ont été sélectionnés « à visiter absolument en 2019…ou avant », ils viennent d’être récompensés pour la qualité de leurs prestation et l’accueil réservé aux amateurs d’oenotourisme.« Les Best Of Wine sont importants tout au long de l’année. La notoriété est apportée par le prix, elle est normale et cette année on a jouté Lausanne, cela a vraiment un rayonnement international »,  selon Jean-Marie Marco directeur de Gironde Tourisme.

Cette moisson des Best Of Wine Tourism a été hier soir d’une grande qualité, comme les autres années me diriez-vous, oui un peu comme ça (et comme les millésimes toujours réussis à Bordeaux !), mais avec la particularité qu’ils étaient de haut vol. Au sens premier comme au figuré ! On avait connu la dégustation en l’air dans un vieux cèdre au château Rayne-Vigneau, voici Venus Air, le château à Illats qui a inventé le tour au dessus des vignes avec décollage et attérissage depuis les vignes…

Nous avons 3 pilotes, 3 avions, nous sommes des passionnés de vin et d’aviation. » Bertrand Gaillard, château Vénus Best Of d’Or (découverte et innovation)

C’est qu’il ne manque pas d’idées, avec ses 3 ULM Bertrand en un rien de temps propose un survol des vignobles de Sauternes, des Graves et de Pessac-Léognan, sans besoin de passer tous ces contrôles et d’arriver en avance 1 à 2 heures avant décollage : vous décollez au milieu d’un champs ? « Non, au milieu de la vigne, on a élargi les allées de vignes pour cela… » Bertrand et Emmanuelle Amart ont créé leur exploitation en 2005 : « on a racheté à d’autres vignerons, on a cherché à faire un château original qui met en valeur les vins et on a créé château Vénus, dont le nom évoque la déesse de la beauté, mais aussi le symbole de la féminité et de l’élégance. »

Château Guiraud récompensé pour sa Chapelle de Guiraud, nouveau restaurant à Sauternes dans un 1er cru classé, prix remis par 3 chefs cuisiniers © JPS

Parmi les autres Best Of d’Or, de très grands châteaux, crus classés, déjà récompensés par le passé, comme Smith Haut Lafitte dans la catégorie Art et Culture, la Tour Carnet pour l’Hébergement à la Propriété, château Guiraud pour la Restauration à la Propriété, mais aussi Prieuré-Lichine pour les services oenotouristiques, les Carmes Haut-Brion pour son chai très original signé Philippe Starck dans Architecture et Paysages, enfin Climens pour la valorisation des pratiques environnementales :

Bérénice Lurton, la magie du botrytis et un savoir-faire en biodynamie à Barsac © JPS

Cela fait plaisir, il y a un vrai travail d’une équipe avec une vrai passion,  il y a un esprit, une envie de partager ce que l’on fait« , Bérénice Lurton, château Climens (Best Of d’Or valorisation des pratiques environnementales).

« Mon assistante l’a appris chez elle, elle en pleurait « (de joie). Cela fait juste 26 ans que Bérénice Lurton est à la tête de Climens, 1er cru classé de Barsac, aujourd’hui comme j’a pu l’écrire ou me plaît encore à le dire, Bérénice peut être sacré la reine du botrytis, tant elle excelle à Climens pour réaliser ces liquoreux très fins, sans cette sucrosité écrasante, le tout en biodynamie certifiée depuis 2014. « On a vraiment une spécificité à Climens, on n’est pas dans quelque chose d’extraordinaire, de tape à l’oeil, c’est l’élégance au naturel et la profondeur de l’expérience qui nous intéresse. Il n’y a rien de superficiel, ni d’artificiel, et c’est vraiment sympa de recevoir ce prix. »

L’ambassadrice des Greats Wine Capitals, Florence Forzy-Raffard s’est dite « très heureuse de retrouver tous ces châteaux et « au nom d’Alain Juppé de les féliciter pour leur contribution au monde du vin ».

Lausanne rentre dans le club des Great Wine Capitals et de ses Best Of Wine Tourism © JPS

Et d’ajouter : « au sein du réseau, dans 10 villes on a reçu 384 candidatures pour ce prix international. Ce soir ce sont les trophées locaux, mais le 8 novembre ce sera les trophées internationaux à Adélaïde ».

Autre domaine primé qui a reçu un Coup de Coeur : le Domaine du Grand Mayne, fondé en 1985 sur les hauteurs des Côtes de Duras en Lot-et-Garonne. Une propriété originale car le domaine appartient à une communauté de plus de 600 clients devenus actionnaires et ambassadeurs du domaine, des passionnés qui vendangent eux-mêmes et inventent leurs étiquettes, un peu comme château Réaut à Bordeaux. La critique que l’on pourrait faire à ces récompenses, c’est peut-être de ne pas trop mettre en avant les petits ou moyennes propriétés (hormis Vénus et Grand Mayne), mais il est vrai que les investissements importants par ailleurs et sont remarquables, ils participent au rayonnement de Bordeaux et des vignobles du Sud-Ouest.

Les 3 chefs associés à la soirée Frédéric Lafon de L’Oiseau Bleu, Frédéric Schueller de Truck de Chef et Nicolas Frion de Porte Quinze © JPS

Parmi les partenaires des Best Of présents hier soir, Vinexpo, autre émanation de la CCI, créé en 1981, qui s’apprête à ouvrir son prochain salon nouvelle formule du 13 au 16 mai prochains à Bordeaux : « tous les acteurs économiques ont travaillé ensemble pour faire le succès de ce Vinexpo 2019 avec notamment Congrès et Expositions de Bordeaux pour un accueil plus proche des visiteurs, avec une gratuité des transports et un nouveau hall 2 dans lequel il y aura le symposium sur le réchauffement climatique, » expliquait Anne Cusson directrice de la communication de Vinexpo.

La « dream team » organisatrice de la soirée : Nada Mansour, Loïc Rojouan, Muriel Giralt, Lydie Bordes et Catherine Leparmentier © JPS

Autre partenaire, Terre de Vins, avec Rodolphe Wartel son directeur qui a annoncé la création en mars prochain des « Trophées Français de l’Oenotourisme » avec « cette envie de permettre à toutes ces propriétés de se challenger, de voir ce qui se passe ailleurs qu’à Bordeaux, en Provence, en Bourgogne ou en Alsace. Ce n’est pas une concurrence avec les Best Of d’Or qui d’ailleurs participeront. Nous avons déjà 200 inscrits pour ces Trophées à Paris en mars prochain. »

Va y a voir du sport comme on dit, en attendant si vous ne savez pas quoi faire, profitez de ces quelques beaux jours ou week-ends d’automne pour découvrir ces propriétés primées et sélectionnées pour être les fiers ambassadeurs du « bien recevoir » à la française dans les vignobles du Bordelais et du Sud-Ouest.

Et voici la liste des châteaux par catégories :

ARCHITECTURE ET PAYSAGES 
Château Les Carmes Haut-Brion (OR) 
Château Roquefort 
Château Lafon-Rochet 

ART ET CULTURE 
Château Smith Haut Lafitte (OR) 
Château Larrivet Haut-Brion 
Maison des Vins de Cadillac 

DECOUVERTE ET INNOVATION 
Château Vénus (OR) 
Château Monconseil-Gazin 
Château du Payre 
Château Marquis de Terme 

HEBERGEMENT A LA PROPRIETE 
Château La Tour Carnet (OR) 
Domaine de Chelivette 
RESTAURATION A LA PROPRIETE 
Château Guiraud (OR) 
Château Carbonneau 
Château de Candale 

La photo de famille des Best Of Wine 2019 © Jean-Pierre Stahl

VALORISATION PRATIQUES ENVIRONNEMENTALES 
Château Climens (OR) 
Château Vilatte 
Château de Chantegrive 

SERVICES OENOTOURISTIQUES 
Château Prieuré-Lichine (OR) 
Château Pape Clément 
Blast Bordeaux 

COUP DE CŒUR : Domaine du Grand Mayne