05 Avr

400000 euros d’amende dont la moitié avec sursis pour une fraude au vin

La société de négoce Grands vins de Gironde (GVG) a été condamnée jeudi par le tribunal correctionnel de Bordeaux à payer une amende de 400 000 euros, dont 200 000 euros avec sursis, pour avoir utilisé frauduleusement plus de 6000 hectolitres de vins.

Image d’illustration du tribunal de grande instanec de Bordeaux © France 3

L’ancien directeur des achats a par ailleurs été condamné à 15 000 euros d’amende avec sursis. La procureure avait requis le 15 mars contre l’ancien directeur une amende de 10 000 euros et 500 000 euros pour GVG, racheté en 2011 par la holding du groupe familial Castéja.

GVG et son ancien directeur des achats étaient poursuivis «pour tromperie sur la nature, la qualité, l’origine ou la quantité d’une marchandise» de début 2014 à fin 2015. Le tribunal a relaxé jeudi le directeur des achats pour la période postérieure au 2 juin 2015, date à laquelle il a fait l’objet d’une nouvelle fiche de poste.

Plus de 6000 hectolitres de vin, d’une valeur de 1,2 million d’euros, avaient notamment servi à des mélanges interdits et sans traçabilité: des vins de France auraient été revendiqués en Pays d’Oc IGP, des vins languedociens mélangés avec des assemblages d’appellations bordelaises, des étiquettes avec des millésimes et noms de châteaux incorrects…

«Il s’agit d’une infraction non négligeable, dont les victimes sont les petits consommateurs de grande surface dont on peut estimer une certaine méconnaissance des produits, ou des clients étrangers, ce qui ne va dans le sens d’une bonne image», a déclaré à l’audience la présidente du tribunal correctionnel Caroline Baret.

«La société a déjà été avertie en 2005, son casier judiciaire portant trace d’une condamnation le 27 juillet 2005 à une amende de 30 000 euros, acquittée le 27 mars 2006, pour tromperie sur marchandise et publicité mensongère», a-t-elle poursuivi.

«Ces pratiques cette fois-ci plus graves, dont il ne peut être imaginé qu’une structure revendiquant le sérieux qu’elle invoque ait pu ignorer l’existence, du fait justement de ses compétences, justifient sa condamnation à une amende de 400 000 euros dont 200 000 euros avec sursis», a estimé Mme Baret.

Les deux parties se voient également contraintes de payer des indemnités aux parties civiles: plus de 10 000 euros à l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) et plus de 3000 euros à trois grands organismes des vins de Bordeaux. Le directeur des achats n’a été condamné qu’à payer un tiers des dommages et intérêts.

AFP

13 Mar

Confirmation de la baisse de 39% de la récolte de Bordeaux en 2017 avec 3,5 millions d’hectolitres

Le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux a confirmé hier la baisse de 39% de la production de vin à Bordeaux, à cause principalement du gel du printemps 2017. Cette récolte s’établit au final à 3,5 millions d’hectolitres contre près de 5,8 en 2016, ce qui en fait la plus faible récolte depuis 1991.

Le 27 avril dernier a été épouvantable. Côté Châteaux vous donnait en primeur la teneur de ce désastre pour la viticulture bordelaise. Alors qu’on a estimé les pertes entre 40 et 45% jusqu’à la fin de l’année 2017, le volume récolté s’établit à 3,50 millions d’hectolitres,  en baisse de 39% par rapport à 2016 où la récolte avait été belle tant en volume qu’en qualité avec 5,77 millions d’hectolitres.

Il s’agit du plus bas niveau depuis 1991, autre année de gel considérable, et depuis 2013 avec une faible production de 3,8 millions d’hectolitres à cause d’un printemps pourri. Cette baisse de production affecte l’ensemble des appellations du Bordelais mais est toutefois plus marqué pour les appellations de Saint-Emilion, Pomerol et Fronsac.

Ce millésime s’avère toutefois de belle qualité pour les vins rouges comme pour les rosés, blancs secs et doux, et la camopagne des primeurs qui va s’ouvrir début avril avec la grosse semaine attendue à partir du 8-9 avril le démontrera sans nul doute…

Sur le plan de la qualité, les vignes qui ont échappé au gel ont produit des raisins de belle qualité. Les conditions climatiques du printemps et de l’été nous ont permis de vendanger un joli millésime dans toutes les couleurs », Allan Sichel président du CIVB.

Et de compléter : « Malgré les faibles volumes récoltés notre priorité est de continuer à approvisionner les marchés pour préserver nos positions en France et à l’export. Le stock à la propriété en début de la campagne (août 2017) est de 8 millions d’hectolitres, la récolte 2017 de 3,5 millions d’hl, et les volumes issus des VCI (Volume complémentaire individuel) sont d’environ 300.000 hl. Notre disponibilité totale en début de campagne est donc de 11,8 millions d’hectolitres, représentant une baisse de 10% par rapport à la précédente campagne. (-10%).

« Notre commercialisation progresse et nous avons les moyens de maintenir cette dynamique en sollicitant davantage les stocks », concluait sur ce point le président du CIVB Allan Sichel.

17 Fév

Les enfants toujours autant exposés aux pesticides

Jeudi, c’était la journée internationale de lutte contre les cancers pédiatriques… Une question de santé publique. Deux associations Eva Pour la Vie et Info Médoc Pesticides ont souligné l’importance de la prise de conscience car le nombre de cancers augmente de 1 à 2% par an.

Image d'illustration de traitement de la vigne © JPS

Image d’illustration de traitement de la vigne © JPS

Le Collectif Info Médoc Pesticides et Eva Pour la Vie ont dressé ce jeudi un nouveau constat alarmant. Ayant eu recours au laboratoire Kudzu Science, ils ont fait analyser des échantillons de poussière prélevées dans des habitations riveraines de vignes, dans le Médoc, ainsi que dans une salle de classe de l’école primaire de Listrac-Médoc. Ces 9 endroits sont d’après leur étude contaminés par des pesticides, avec des molécules classées CMR (cancérigènes, reprotoxiques et/ou perturbateurs endocriniens) et même des résidus de pesticides interdits.

Fort de cette étude, et à l’aube des premiers traitements de la vigne qui devraient reprendre d’ici 2 mois, le Collectif Info Médoc Pesticides et Eva pour la Vie demandent aux pouvoirs publics, au Préfet et responsables d’institutions viticoles de prendre des mesures concrètes et urgentes, de manière à protéger les populations, et notamment les enfants, exposés.

08 Fév

Après avoir reçu ses 2 étoiles au Michelin, la cave du chef Jean Sulpice a été dévalisée

C’est une honte : moins de deux jours après avoir décroché deux étoiles au Michelin, l’Auberge du Père Bise à Talloires (Haute-Savoie) a été victime d’un cambriolage qui a ciblé les plus grands crus de sa cave selon son chef, Jean Sulpice.

Le grand chef de Talloires, © Jean Sulpice (photo de son profil Facebook)

Le grand chef de Talloires, © Jean Sulpice (photo de son profil Facebook)

« C’est horrible… Entre 150 et 200 bouteilles ont été volées. C’est tout notre patrimoine qui s’en va, des bouteilles achetées par la famille Bise, sur plusieurs générations, et qui vieillissaient là », a déploré le « cuisinier de l’année » 2018 du guide Gault et Millau, confirmant une information du Dauphiné Libéré.

Parmi les plus grands crus emportés, des « Château d’Yquem, Petrus, Margaux, Mouton Rothschild, Cheval Blanc, des bouteilles de 1952, 54, 56… et des Bourgogne très rares », a détaillé le chef, effondré, soulignant qu’une « clientèle étrangère venait spécifiquement pour ces millésimes ».

« On est assuré mais leur valeur est inestimable », a souligné Jean Sulpice, qui a repris et rouvert l’établissement centenaire l’an passé avec sa femme Magali.

CaptureDans la nuit de mardi à mercredi, il a quitté la cuisine « vers une heure du matin » pour rejoindre le corps de bâtiment où il loge, à 20 mètres de distance, avec sa famille, et selon les caméras de vidéosurveillance de l’établissement, les cambrioleurs sont passés à l’action à 4 h du matin.

Malgré la porte blindée de la cave et le code requis pour déverrouiller, les cambrioleurs sont entrés et « sont restés plus d’une heure dedans […] ils sont allés directement dans les casiers contenant les plus vieux millésimes et n’ont rien pris au-dessus de l’année 2000 », a poursuivi Jean Sulpice.

C’est mercredi matin, en arrivant en cuisine à 07 h, que le chef a trouvé « une bouteille de Petrus cassée », avant d’aller vérifier la cave. « Ils avaient pris des chariots pour transporter les bouteilles, qu’on a retrouvés sur le parking ».

Les gendarmes de la section de recherches d’Annecy et de la brigade de Faverges sont chargés de l’enquête.

Malgré ce coup dur, Jean et Magali Sulpice accueilleront ce soir les clients de l’Auberge, comble en hôtellerie. « Heureusement qu’elle est là cette deuxième étoile, parce que sinon, ça serait dur de remonter la pente », confie le chef en espérant que des vignerons leur viendront en aide.

Avec AFP.

24 Jan

Après le terrible gel d’avril 2017, focus sur le malaise des petits vignerons de Bordeaux

Le monde paysan et viticole n’a pas l’habitude de se plaindre pour rien. Quand il le fait, c’est que déjà des compagnons de route, des petits sont dans un état de grande détresse ou ont déjà fondu les plombs. Depuis le gel d’avril, de nombreux petits vignerons se retrouvent en difficulté et attendent désespérément des aides des pouvoirs publics.

Des passionnés de la vigne qui ont subi en 3 ans deux énormes événements climatiques : la grêle en 2013 et le gel en 2017 © JPS

Des passionnés de la vigne qui ont subi en 3 ans deux énormes événements climatiques : la grêle en 2013 et le gel en 2017 © JPS

Dans un mail envoyé en début de semaine tout était résumé dans leur titre « il règne dans les campagnes une angoisse silencieuse. » Un peu comme ce jour du gel du 27 avril, beau, blanc, puissant et après un état de désolation, gris, brun et une repousse qui n’a pas été cela ! « On a récolté 2 hectos à l’hectare » autant dire rien ou presque pour Alain Goumaud, 72 ans, vigneron depuis 50 ans et exploitant à Saint-Magne de Castillon depuis 1979, qui a été gelé à près de 100%.

Dans le Bordelais, « c’est vrai que la crise dure depuis longtemps », témoigne Paul Cardoso, vigneron en AOC Castillon. Pas pour tout le monde. Mais surtout pour les petits. Le drame, c’est que l’accompagnement n’est pas là, ou quasiment pas.

Certes, on vous dit qu’il y a eu des reports de cotisation MSA ou un dégrèvement des taxes sur le foncier non bâti, mais ça ne suffit pas. Les charges sont toujours là avec les contributions volontaires obligatoires aux ODG et à l’interprofession.

Alain Goumaud, vigneron depuis 50 ans, aimerait bien transmettre à ses deux fils sa propriété... © JPS

Alain Goumaud, vigneron depuis 50 ans, aimerait bien transmettre à ses deux fils sa propriété… © JPS

Ce malaise du petit vigneron, Alain Goumaud le résume très bien: « j’ai peu de stock, au niveau trésorerie, ce n’est pas très brillant comme la plupart d’entre nous et aujourd’hui si les banques ne nous donnent pas un coup de pouce et si les pouvoirs publics ne prennent pas conscience du désarroi des viticulteurs on s’en va droit dans le mur, dans pas longtemps ».

Pour bien comprendre le contexte difficile qui touche ces petits Bordeaux: ils ont longtemps vendu dans les années 2000 avec un cours du tonneau très bas allant jusqu’à 700 €, alors qu’aujourd’hui il a quasiment doublé. Mais il y a eu aussi de nombreux événements climatiques qui se sont ajoutés, notamment un épisode de grêle intense en 2013 qui a fragilisé de nombreuses exploitations.

« 2013, ça a été 0 bouteille alors que j’en produis habituellement 200000,  » commente Loïc de Roquefeuil, viticulteur à Saint-Léon; « 2014 j’ai fait 10% d’une récolte normale, 2015 une demi-récolte et 2016 une vraie récolte qui rendrait heureux tout le monde, et 2017 la totalité a été gelée. »

Depuis le drame de 2013, bon nombre de vignerons se sont assurés. Mais l’assurance est bien souvent calculée sur la production des 5 dernières années, ce qui n’est pas suffisant.

Paul Cardoso et son épouse Florence ont créé en novembre ce dépot de pain, et d'excellentes viennoiseries, ils proposent aussi des produits du terroir et de nombreux vins © JPS

Paul Cardoso et son épouse Florence ont créé en novembre ce dépot de pain, et d’excellentes viennoiseries, ils proposent aussi des produits du terroir et de nombreux vins © JPS

Aussi les Cardoso ont eu cette bonne idée de créer à côté du Leclerc de Castillon un dépôt de pain, sandwicherie, cave et produits du terroir pour s’en sortir.

« C’est une question de survie, on a gelé à 95% donc on a pensé s’installer, présenter les produits directement de la propriété et d’autres producteurs pour améliorer le revenu de l’année », précise Florence Cardoso présidente de SOS Vignerons Sinistrés et co-présidente de Solidarité Paysans. Une femme qui s’investit pleinement depuis 2013 aux côtés de vignerons sinistrés.

Aujourd’hui le morcellement guette ou le départ en retraite pour quelques-uns alors même que Bordeaux connaissait avant le gel de 2017 d’énormes difficultés pour que les enfants prennent la suite de leurs parents.

Loïc de Roquefeuil, Sylvain Destrieux, Alain Gomaud et Paul Cardoso © JPS

Loïc de Roquefeuil, Sylvain Destrieux, Alain Gomaud et Paul Cardoso © JPS

« Je pense qu’il va y avoir des ventes de parcelles un petit peu au tout venant, des structures qui sont déjà très grosses qui vont encore s’agrandir parce qu’elles ont une capacité de financement plus importante, donc vraiment un modèle familial en danger,  » précise Sylvain Destrieux viticulteur à Ruch, 25 ha en bio dans l’Entre-deux-Mers, et membre de la Confédération Paysane.

Tous espèrent une prise de conscience réelle des pouvoirs publics et que les négociations de la nouvelle PAC leur soient favorables avec des aides qui reflètent ou soient fonction de leur faible production et non des investissements, ce qui favorise les plus gros car eux n’ont pas les moyens de monter de gros dossiers avec des experts, ils passent pour certains tous leurs jours dans la vigne, n’ayant plus de salarié…

22 Jan

Conséquences du gel : « la disparité entre le Bordeaux qui rit et celui qui pleure n’a fait que s’accentuer »

Le gel d’avril dernier est douloureusement vécu à Bordeaux. De très nombreux vignobles ont été touchés, d’autres moins, les grands châteaux s’en sortent en général mais chez les tout petits c’est plus difficile. Ceux-ci tenaient une réunion le 11 janvier. Voici ce qu’ils disent aujourd’hui.

Les dégâts du gel dans le blayais © Jean-Pierre Stahl

Les dégâts du gel début mai 2017 dans le vignoble de Bordeaux © Jean-Pierre Stahl

« La disparité entre le Bordeaux qui rit et celui qui pleure n’a fait que s’accentuer, c’est le constat fait par Solidarité Paysans Aquitaine, SOS vignerons et la Confédération Paysanne de la Gironde qui se sont réunis le jeudi 11 janvier au siège de Solidarité Paysans. Les 3 organisations ont échangé autour des conséquences du gel du printemps dernier, qui a touché la plus grande partie du vignoble dans nos départements d’Aquitaine, ainsi que les vergers et autres cultures.

Alors oui, effectivement les dispositifs d’aide actuels sont bien activés mais avec un goût d’amertume et de déjà vécu. Les 3 organisations ont reconnu qu’elles sont inadaptées aux sinistres de ces dernières années.

Des solutions réelles viables existent et, face à cette angoisse silencieuse, face aux nombreux paysans qui n’auront d’autre choix que d’arrêter tout en continuant à porter des dettes, face à ceux qui ne savent pas comment ils vont financer la prochaine saison, nous disons:

– Résistons ensemble : Nous connaissons les solutions nous permettant de nous en sortir sans que cela ne coûte en plus à l’Etat.

Voici quelques pistes : l’aide à la gratuité des procédures collectives (RAJ, Redressement…), les facilités bancaires, le déblocage anticipé des comptes retraites sans pénalités, le dégrèvement des cotisations CIVB pour certaines appellations, la Réserve Climatique élargie (VCI ), le recalcul des assurances,et à moyen terme modification de la distribution des aides de la future PAC 2020 / 2026 dans le sens d’une aide directe au revenu des vignerons ( A savoir 2018 étant l’année charniere sur les négociations pour la mise en place des nouvelles règles de la nouvelle Pac)

Devant ce spectacle de désolation, exigeons des Pouvoirs Publics du soutien pour mener à bien l’ensemble de ces dispositions afin de faire évoluer les dispositifs dédiés aux vignerons.

Demandons à la presse d’être le révélateur de la vie réelle de cette partie du vignoble Bordelais, moins glamour aujourd’hui, mais tant porteuse de son identité profonde.

C’est pourquoi les 3 organisations tirent la sonnette afin d’alerter les institutions. La détresse des vignerons reste un sujet d’actualité.

Il va falloir y répondre concrètement. »

SOS Vignerons, Solidarité Paysans et la Confédération Paysanne de Gironde.

20 Jan

Pesticides : lorsque les associations s’en prennent à Bernard Farges, celui-ci se défend

On a assisté hier à une passe d’armes entre d’un côté Valérie Murat et Marie-Lys Bibeyran et de l’autre Bernard Farges, avec en toile de fond les traitements phytosanitaires que celui-ci effectue sur sa propriété. Les deux responsables d’associations Alerte aux Toxiques et Info Médoc Pesticides ont fait analyser une cuvée 2014 de la production du viticulteur et vice-président du CIVB, et ont trouvé 16 molécules de pesticides. Bernard Farges de son côté a écrit une lettre ouverte à ces deux militantes où il regrette cette attaque mais confirme que le monde viticole et sa propriété sont en train de changer. Voici leurs échanges musclés.

Bernard Farges au bar à vins du CIVB à Bordeaux © JPS

Bernard Farges au bar à vins du CIVB à Bordeaux © JPS

En début d’après-midi, ce vendredi Bernard Farges, figure de Bordeaux, puisqu’ancien président du CIVB, et vice-président actuel, envoie une lettre ouverte à Valérie MURAT et Marie-Lys BIBEYRAN : « Vous avez diffusé ce matin un communiqué de presse me mettant en cause personnellement. Cette attitude est regrettable sur la forme, mais plus encore sur le fond, puisque vous faites état de résultats d’analyses mettant en évidence des traces de 16 pesticides dont 4 CMR retrouvés dans mon domaine le Château de l’Enclos 2014. »

Le matin même, ces responsables d’associations qui luttent contre les pesticides, dont un père et un frère sont décédés des suites de traitements qu’ils effectuaient dans les vignes, n’y étaient pas allées avec le dos de la cuillère et faisaient une attaque plutôt virulente : « Stupéfaites d’entendre M. Farges assumer encore, à l’été 2017, l’utilisation de produits phytosanitaires classés CMR sur son propre domaine,* nous avons donc fait analyser les résidus de pesticides du Château de l’Enclos 2014, cuvée phare de la cave de Sauveterre et propriété de « Mrs. Farges ».Après lecture des résultats d’analyse, nous nous frottons les yeux. On en a pour son argent ! 16 molécules de pesticides retrouvées dont 4 cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques ».

Valérie Murat m’explique aujourd’hui :« on n’a pas choisit Bernard Farges comme un vigneron comme les autres, mais à 3 titres en tant que vice-président du CIVB, représentant des Grands Vins de Bordeaux et Président de la Fédération Européenne des vins sous Appellation. Il a un devoir d’exemple ».

Bernard Farges leur rétorque que « vous souhaitez disqualifier mon engagement réel et sincère de réduction et de sortie à terme de l’usage des pesticides, engagement que j’ai pris publiquement en avril 2016 lorsque j’étais Président du CIVB. Je voudrais vous rappeler avec force que le monde viticole est en train de changer répondant ainsi aux attentes de la société dont il fait naturellement partie. Oui, je ne suis ni meilleur ni plus mauvais que la plupart des vignerons de notre région. Je suis même tout à fait représentatif des profonds changements en cours. J’ai fortement diminué l’utilisation de pesticides depuis 2016 et j’ai également limité le recours aux CMR à chaque fois que c’était possible. J’espère bien réussir, en 2018, à n’en utiliser aucun. »

Et de confirmer « ce sujet est aujourd’hui dans la tête de tous les viticulteurs, on sait que l’utilisation globale va beaucoup baisser en Gironde et globalement que la transition est en cours. Le mouvement aujourd’hui est plus rapide. La communication de Valérie Murat et Marie-Lys Bibeyran leur appartient ».

Et les militantes de dire : « Quelle crédibilité reste-t-il à des responsables qui tiennent un discours et agissent autrement ? »  Bernard Farges de leur rétorquer : « Votre attitude Mesdames est d’une rare mauvaise foi. Délibérément vous choisissez un vin de 2014 alors que vous savez pertinemment que mon engagement au nom de la filière viticole bordelaise date d’avril 2016. Pourquoi me déniez-vous le droit de changer ? Le droit de faire mieux ? Pourquoi ne regardez-vous pas la réalité telle qu’elle est ? Pourquoi ne m’accordez-vous aucun crédit alors que précisément je mets en accord mes actes avec mes discours ? »

Bernard Farges confirme aujourd’hui que « le mouvement est enclenché, massif et puissant. »

Valérie Murat et Marie-Lys Bibeyran terminent en disant « Nous attendons, que derrière l’enfumage du double discours, apparaisse enfin une vraie stratégie offensive de sortie des CMR à Bordeaux. Les riverains, les salariés et les vignerons méritent bien cela. Leur santé ne peut se contenter d’un simple « principe » d’évitement ».

Enfin la parole à la défense :  « Je sais Mesdames que vous avez eu à souffrir à titre personnel de ces pratiques anciennes, nous avons d’ailleurs eu l’occasion d’en parler à Bordeaux à maintes reprises. Plutôt que d’alimenter une polémique vaine et injuste par médias interposés, et de choisir la voie de l’attaque personnelle, je trouverais plus constructif de mettre nos énergies et nos compétences en commun pour accompagner la dynamique engagée à Bordeaux. Je vous le propose à nouveau ».

Ce vif échange intervient près d’un mois après l’enquête de Que Choisir qui avait analysé 40 châteaux à Bordeaux et montré qu’en 4 ans, il y avait eu une diminution par 3 des résidus, molécules et traces de pesticides. (« Enquête bidon » selon Valérie Murat, le protocole d’analyses est insuffisant; il n’y a pas de législation pour établir une LMR limitation maximale de résidus, il y a un vide juridique ».) L’émission Cash Investigation sur France 2 remonte à 2 ans, pour ces militantes la vitesse à laquelle les changements interviennent n’est pas suffisante, elles réclament l’abandon des produits avec CMR les plus dangereux.

Une chose est sûre le dialogue serein est à privilégier, alors de part et d’autre, laissez retomber la pression et parlez-vous, dans un respect mutuel.

15 Jan

La « Clairette de Die rosée » retoquée par le Conseil d’Etat

Le Conseil d’État vient d’annuler le décret autorisant les producteurs de Clairette de Die (Drôme) à vinifier un pétillant rosé au sein de l’AOC, donnant ainsi raison aux vignerons de Bugey soucieux de protéger le Cerdon, leur appellation rosée.

Le vignoble de l'appellation © Clairette de Die

Le vignoble de l’appellation © Clairette de Die

La plus haute juridiction de l’ordre administratif a ainsi conclu vendredi à la nullité du décret du 16 novembre 2016 régissant l’appellation d’origine contrôlée
(AOC) clairette rosée, jugeant que ce vin mousseux rosé n’était pas présent historiquement dans le Diois, et a condamné l’Etat à verser une somme de 3.000 euros au Syndicat des vins de Bugey (Ain).

Le ministre de l’Economie et le ministre de l’Agriculture « ont commis une erreur d’appréciation en estimant que la condition d’antériorité était remplie et en approuvant ce nouveau cahier des charges », relève le Conseil d’Etat.  Après cette décision, l’AOC Clairette de Die reste donc réservée aux vins mousseux blancs.  Les deux vignobles, que séparent le Rhône et le massif du Vercors, sont distants de plus de 200 km.

« C’est la douche froide et une immense déception pour tous les vignerons du Diois », a réagi lundi Fabien Lombard, président du syndicat de la Clairette. « On avait des arguments qui n’ont pas été retenus. On en prend acte. Mais il faut être pragmatique. Nous continuerons à produire notre rosé mais plus dans l’appellation Clairette de Die », a-t-il expliqué à l’AFP.
« On a aussi des bouteilles dont il faut étudier le devenir. C’est encore trop tôt pour savoir quelle forme cela prendra, peut-être une marque collective », a-t-il ajouté.

En 2016, le rosé mousseux a représenté 4% de la production de clairette. « Si nos vins rosés rencontrent un succès auprès des consommateurs, on ne va pas s’en excuser ! », relève Fabien Lombard.

Pour le président du syndicat des vignerons du Bugey Eric Angelot, « notre requête avait pour fondement de base ce qu’est une AOC, c’est-à-dire le respect des coutumes, de l’historique. J’étais prudent sur l’issue de cette affaire mais assez confiant », a-t-il dit à l’AFP.

« C’était notre rôle de protéger l’appellation Cerdon, de rétablir les fondamentaux ». « Il est produit dans des conditions difficiles, en altitude, avec un terrain très pentu, de 12.000 à 15.000 hectolitres d’appellation Cerdon chaque année, un rosé mousseux à base de cépage rouge », remarque M. Angelot. « C’est ce qui lui donne sa typicité particulière ».

AFP

12 Jan

Bernard Magrez agressé à son domicile

L’homme aux 4 crus classés et 40 châteaux, l’une des plus grandes figures emblématiques et mécène à Bordeaux, a été victime cette nuit d’une agression à son domicile. Les voleurs sont repartis avec des objets de valeur.

Bernard Magrez, nous a confirmé la nouvelle ce midi sur son stand de Fombrauge - Pape Clément © JPS

Bernard Magrez, en décembre dernier à Bordeaux Tasting © JPS

Selon nos confrères de Sud-Ouest, Bernard Magrez a pu se libérer vers 7h du matin pour appeler la police et donner l’alerte. Bernard Magrez a été agressé dans la nuit, à son domicile à Bordeaux, par 4 ou 5 malfrats qui souhaitaient le voler. Il n’a pas été blessé mais a été choqué par cette agression.Il aurait été ligoté et menacé par un couteau, un tournevis et une arme de poing. Il seraient repartis avec de l’argent, des montres de luxe, et même sa voiture personnelle.

Joint par téléphone, ses assistants ont confirmé la nouvelle de cette agression, qui a laissé le monde du vin aussi en émoi.

Bernard Magrez, 81 ans,  est aujourd’hui propriétaire de 4 crus classés à Bordeaux (Pape-Clément, La Tour Carnet, Fombrauge et Clos Haut-Peyraguey) et 40 châteaux au total, de nombreux à Bordeaux mais aussi partout dans le monde. Sa dernière acquisition en date était annoncée en exclusivité et en interview sur Côté Châteaux : château Le Sartre en appellation Pessac-Léognan.

L’enquête a été confiée à la Police Judiciaire de Bordeaux. Les auteurs de cette malheureuse agression sont pour l’heure en fuite et activement recherchés. Il pourrait s’agir de professionnels de cambriolage ou de gens qui connaissaient et l’homme et son domicile.

Cette bien triste affaire en rappelle une autre toute aussi odieuse, celle de Michel Jack Chasseuil, le plus grand collectionneur de vins au monde, qui avait été séquestré dans sa cave également en juin 2014. Les auteurs avaient par la suite été arrêtés.

Côté châteaux souhaite un prompt rétablissement à Bernard Magrez.

Lire ou relire :

Bernard Magrez, l’homme aux quatre crus classés, qui tutoie l’excellence

09 Jan

Production de vin en France en 2017: une baisse de 10 millions d’hectolitres par rapport à l’an dernier selon la douane

La production de vin pour 2017 s’élève à 35,6 millions d’hectolitres selon la douane. Quant on compare aux 45 millions de 2016 (déjà en baisse de 10%), il en manque un peu : 10 millions d’hectolitres. Un manque historique qui va se faire sentir.

Jeudi matin une vague de gel intense a considérablement meurti le vignoble à Bordeaux, comme ici à Moulon © S Tuscq Mounet

Le 27 avril 2017 une vague de gel intense a considérablement meurtri le vignoble à Bordeaux, comme ici à Moulon © S Tuscq Mounet

La Douane publiait sur son site ce triste constat fin décembre : « Après le gel du printemps qui a fortement affecté la production du Sud-Ouest, des Charentes, du Jura et de l’Alsace, l’accentuation de la sécheresse dans les vignobles méditerranéens et du Beaujolais a également pesé sur le volume des récoltes.

Ce recul ne reflète toutefois pas les quantités de vins disponibles sur les marchés. Le niveau des stocks de vins détenus et les mécanismes de mises en réserve utilisés dans certaines régions doivent en effet être pris en compte.

Les viticulteurs ont par ailleurs largement utilisé la télé-procédure proposée par la douane pour déclarer leurs volumes produits : 97% d’entre eux ont déclaré en ligne. Cet excellent taux est le fruit de la mobilisation de la DGDDI et des organisations professionnelles pour accompagner les viticulteurs vers les télé-procédures dont le recours est désormais obligatoire.

La douane française est chargée de la gestion et du contrôle de la production de la filière viti-vinicole nationale qui exporte près de 8 milliards d’euros de vins. Dans ce cadre, les chiffres de la production sont issus du traitement par la douane, des déclarations effectuées par les producteurs de vins ».