13 Avr

Jacques Dupont sur le millésime 2017 : « c’est un peu en dents de scie, c’est un vin qui a du fruit qu’on pourra boire assez jeune, avec de la vivacité. « 

Jacques Dupont livre sans détour son analyse sur le millésime 2017 frappé par le gel au printemps dernier. Il est l’invité de Parole d’Expert dasn Côté Châteaux.

Jean-Pierre Stahl : « Que pensez-vous du millésime 2017 ? »

Jacques Dupont :« C’est un peu en dents de scie, suivant les caprices du temps, on voit bien où le gel a frappé et où il n’a pas frappé. Là où ça a été épargné, c’est pas mal, il y a des jolies choses ». 

« Il y aura de très jolies choses dans les très grands crus car on a les moyens de trier, on sortira un petit peu de vin, même si on n’en sort pas beaucoup qui sera de qualité. Ailleurs, c’est très compliqué et on comprend vraiment ce que dents de scie veut dire. On a des vins qui sont bons et d’autres qui sont un peu compliqués. Il y a eu une vendange très difficile à faire, les gens se sont retrouvés avec des vignes qui avaient échappé au gel et puis des raisins qui sont arrivés de 2e génération, par les contre-bourgeons qui ont repoussé un mois plus tard et qui ont mal mûri au mois de septembre, ils n’avaient pas le cycle complet, et les deux mélangés ça fait des choses un peu curieuses ».

« Alors, bon c’est amusant à goûter cette année on ne s’ennuie pas. On passe plus de temps sur les vins compliqués, qui ne sont pas bons et qu’on ne a pas retenir finalement que sur les bons vins puisqu’on se demande finalement comment on en est arrivé là. Mais le vin c’est cela, ce n’est pas un truc industriel avec une production régulière. les vignerons ils ont des choses très modernes (la vie des marchés, internet, la nécessité de partir vendre son in ailleurs) et puis en même temps ils sont complètement dépendants de la météo, de la terre, c’est quand même une profession agricole ».

JPS : « Pour en revenir aux caractéristiques sur ce 2017, comment pourriez vous le qualifiez au final ? »

Jacques Dupont : « dans l’ensemble, ce sera un vin de moyenne garde, ce n’est pas un vin de grande garde, c’est un vin qui a du fruit qu’on pourra boire assez jeune, avec de la vivacité. Quand c’est réussi, c’est assez vif, donc ça c’est pas mal, ça fait des vins digestes, qu’on pourra boire assez jeunes en profitant du côté fruité et sympathique du vin. 

« On est nettement au dessus de 2013, qui a été un millésime médiocre ici, mais je ne sais pas à quoi le comparer. On a connu des grandes années de gel comme 1991, mais ça ne ressemble pas à 91, il n’y a jamais vraiment une année de vin qui se ressemble complètement à l’autre. Mais bon ça va faire des vins sympathiques ».

« On a quand même une petite nuance à apporter, en recréant la rivalité rive gauche rive droite. Rive gauche, on est nettement au dessus de la rive droite cette année. Les cabernet-sauvignons qui sont un peu plus tardifs ont moins souffert du gel que les merlots. J’ai fait toute la dégustation de Crus Bourgeois par exemple, c’est nettement meilleur que ce que l’on goûte sur la rive droite. »

JPS : Au niveau des journalistes et critiques en vin, on voit que le marché des professionnels et notamment vous suit énormément, est-ce que vous faites la pluie et le beau temps aujourd’hui ? »

Jacques Dupont  : « Non, non, sinon j’aurais évité le gel ! Non, non, je ne fais pas la pluie et le beau temps et ne veux surtout pas le faire. Je suis là pour mes lecteurs de leur donner des indications de faire de bons achats de vins pas trop chers, je suis toujours ravi d’aller goûter dans les grands crus, mais je suis aussi ravi, et c’est mon métier de journaliste, quand je découvre un petit nouveau et qui vend ses vins pas chers, qui a besoin d’être connu, et ses vins feront plaisir à mes lecteurs parce qu’ils en sont pas trop chers et délicieux. Donc moi, je suis un fouineur et pas un gourou.

JPS : »Il y a eu tout de même une époque où il y avait des gourous sur la place de Bordeaux ? »

Jacques Dupont : « Je ne vois pas de qui vous parlez, Jean-Pierre… Bien sûr, mais cette époque est révolue et c’est tant mieux. Parce qu’aujourd’hui on refait des vins de Bordeaux, avec de la simplicité, de la digestibilité comme disent les sommeliers. On est sorti de cette époque où on faisait des vins confiturés, en plus en 2017 c’était difficile de le faire. Des vins confiturés, boisés, trop extraits, on est parti de cela, c’est fini et tant mieux, pourvu que cela ne revienne pas. On refait des bons vins de Bordeaux qui nous parlent du terroir et du pays.

Regardez l’interview réalisée par Jean-Pierre Stahl et Pascal Lécuyer :

12 Avr

Le Ban du Millésime : « 2017 va trouver sa place à l’avenir parmi les bons millésimes bordelais », selon Emmanuel Cruse

 680 personnes assistaient hier soir au « Ban du Millésime », soirée organisée par la Commanderie du Bontemps, l’occasion pour les propriétaires d’échanger sur le millésime 2017 avec leurs clients distributeurs.

La hola d’honneur par les Commandeurs pour accueillir les invités © JPS

« Le Ban du Millésime » est né en 2000. C’est un événement désormais incontournable de la place de Bordeaux, initié par les négociants membres de la Commanderie  et co-organisé avec l’Union des Grands Crus de Bordeaux.

Lors de cette soirée au CAPC, les plus gros distributeurs de vins de Bordeaux du monde entier sont conviés, invités par les négociants ou les propriétaires de châteaux, ainsi que la presse spécialisée nationale et internationale.

C’est aussi l’occasion d’échanger sur le ressenti des uns et des autres sur les primeurs 2017 : « les commentaires sur ce millésime sont tous excellents, venants des distributeurs étrangers ou des négociants de la place de Bordeaux », commente devant l’assemnlée Emmanuel Cruse, Grand Maître de la Commanderie du Bontemps. Si « les aléas climatiques ont complexifié la donne », « la sélection à la vigne et au chai » a permis de sortir un 2017 qui « tiendra sa place parmi les bons millésimes » de Bordeaux.

2017 est sans nul doute le meilleur millésime en 7 depuis le 1947″, Emmanuel Cruse Grand Maître de la Commanderie du Bontemps.

Thierry Decré de LD Vins et Johnny Goedhuis de Goedhuis & Co Fine Wine Merchants © JPS

Parmi les distributeurs de Bordeaux, on pouvait croiser le Britannique Johnny Goedhuis de Goedhuis & Co Fine Wine Merchants, qui travaille depuis 1981 à Londres avec surtout des clients privés et grands amateurs de vins, il a ouvert aussi un bureau à Hong-Kong. En sa compagnie, son ami et l’un des plus gros négociants Thierry Decré de LD Vins. Ce dernier a une analyse est assez fine :

C’est un millésime assez simple, qui n’est pas 2015 ou 2016, un bon millésime dont le prix devrait se situer entre le 2014 et le 2015, mais rien ne justifierait une hausse des prix, une envolée », Thierry Decré de LD Vins.

Archibald Johnston a sorti un flacon de légende Rieussec 1924 © JPS

Et de compléter : « Il faut être raisonnable, on a beaucoup de vin à vendre à Bordeaux et surtout on est menacé par la concurrence des vins du monde entier. »

Ce Ban du Millésime fut aussi l’occasion de retrouver Jérôme Fanouillère, un grand amateur de vins de Bordeaux, qui vient de lancer la Fédération Nationale d’Oenologie, fédération qui va regrouper l’ensemble des clubs français de dégustation et d’oenologie.

Jérôme Fanouillere a créé la Fédération Nationale d’Oenologie © JPS

« On a déposé les statuts il y a 6 semaines. On va rassembler les clubs d’HEC, de la Banque de France, d’EDF, de Polytechnique, de Normale Sup, d’EM Lyon… » Jérôme Fanouillère est lui même dipômé d’HEC et travaille à la BDF. « C’est un super projet, j’en ai déjà parlé à quelques domaines que je connaissais. J’ai eu de bons retours avec quelques châteaux réceptifs pour permettre de renouer avec ces connaisseurs ». 

680 convives pour ce Ban du Millésime au CAPC © JPS

« On a aussi un projet de dégustation annuelle à l’aveugle. Il y a déjà pas mal de concours étudiants qui marchent très très bien ». Le prochain concours, la Left Bank Bordeaux Cup se tiendra d’ailleurs à Château Lafite Rothschild le 8 juin prochain, un concours très disputé entre les meilleurs clubs oenologiques des grandes écoles du monde entier.

11 Avr

#Primeurs2017 : focus sur ces journalistes et critiques qui font la pluie et le beau temps

Ils sont quelques-uns à délivrer des notes sur 100 ou sur 20 et à faire trembler la planète vin. Après l’ère Parker, ils sont plusieurs influenceurs à être suivis ou redoutés. Côté châteaux vous propose de les découvrir.

Markus del Monego ne se définit ni comme un gourou, ni comme un pape du vin.

Pourtant ce meilleur sommelier du monde en 1998, et Master of Wine en 2003, est aujourd’hui l’un des plus grands critiques reconnus et suivis dans le monde.

Il travaille pour le Süddeutsche Zeitung en Allemagne (pour lequel il réalise 4 chroniques de 8 pages par an) et pour www.tastingbook.com où il attribue des notes jusqu’à 100 pour les vins qu’il déguste à Bordeaux en primeurs (entre 400 et 500 qu’il va retenir cette année).

« Les vins quand ils sont notés donnent une première impression, cela peut changer avec l’élevage ou après avec l’évolution du vin dans la bouteille… » explique Markus del Monego.

Les  points ne sont pas la chose la plus importante, ce qui est plus important c’est la description, c’est-à-dire quels types d’arômes il y a dans le vin; les arômes donnent déjà un repère à la qualité, si je dis mûre sauvage c’est plutôt un vin mûr, si je dis poivron c’est plutôt un vin qui n’est pas mûr du tout » Markus del Monego

Depuis que Robert Parker ne vient plus à Bordeaux, ils sont plusieurs à faire la pluie et le beau temps durant ces primeurs.

La journée consacrée aujourd’hui aux journalistes et critiques au Hangar 14 à Bordeaux © JPS

Une pluralité de critiques partagées entre Neal Martin du Wine Advocate, James Suckling ancien du Wine Spectator, Paolo Basso meilleur sommelier du monde 2013, Andreas Larrson meilleur sommelier du monde 2007, les Britanniques Jancis Robinson ou Jane Anson de Decanter, sans oublier notre journaliste national du Point Jacques Dupont ou Bernard Burtschy pour le Figaro.

L’Américain James Suckling à l’inauguration du château Monlot © JPS

Rencontré lors de l’inauguration de château Monlot vendredi dernier James Suckling, de plus en plus suivi me livre ses premières impressions. Il est le tout premier à délivrer ses notes sur Bordeaux.

J’ai dégusté 800 châteaux, et malgré le gel j’ai été bien surpris, bien sûr la plupart, c’était plus difficile car ce n’est pas une année comme 2015 ou 2016″, James Suckling

Parmi les Français, il en est un qui continue de dénicher de petites pépites au fond des chais et dans les salles de dégustation, comme ici au Domaine Grand Lafont avec les Crus Artisans, c’est Jacques Dupont journaliste au Point.

Ce n’est pas un vin de grande garde, c’est un vin qui a du fruit qu’on pourra boire assez jeune », Jacques Dupont journaliste au Point

« Rive gauche, on est nettement au dessus de la rive droite cette année, les cabernet-sauvignons qui sont un peu plus tardifs, ont moins souffert du gel que les merlots et ce que l’on goûte, comme lors de la dégustation des Crus Bourgeois, c’est nettement meilleur que ce que l’on goûte sur la rive droite, » conclue Jacques Dupont.

Son Guide Spécial Bordeaux sur le millésime 2017, avec ses notes, coups de coeur et appréciations sortira le 24 mai prochain avec le magazine Le Point en kiosque.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl et Pascal Lécuyer :

09 Avr

#Primeurs2017 : bien impacté par le gel, Pessac-Léognan est fier de présenter et de faire déguster son millésime

L’appellation Pessac-Léognan avait bien souffert du gel d’avril 2017, cela n’a pas empêché les propriétaires de châteaux de faire déguster leur millésime au château Larivet-Haut Brion.

Marc Vanel, professionnel belge, et Emilie Gervoson © JPS

« On fait partie des appellations qui ont été sérieusement touchées par le gel de fin avril dernier », commente d’emblée Philibert Perrin, le président du Syndicat Viticole de Pessac-Léognan.

En moyenne, l’appellation a produit -42% pour le blanc et -33% pour le rouge, donc ce n’est pas négligeable », Philibert Perrin, le président du Syndicat Viticole de Pessac-Léognan.

Et de nuancer l’impact du gel : « il y a des propriétés qui ont été très peu impactées, celles proches de Bordeaux et en bordure de forêt des Landes il y a des propriétés qui font 2/3 de moins par rapport à une récolte normale, on a donc des cas assez extrêmes qui font de tout petits volumes, on a même 2 propriétés qui ne font pas de déclaration de récolte cette année ». « Les blancs sont souvent les plus touchés car plantés sur des terrains argilo-calcaires les plus froids donc les plus touchés par la gelée. »

Emilie Gervoson, propriétaire du château Larrivet Haut-Brion explique ses pertes subies et les décisions prises en conséquence : « cette année, nous on a perdu 80% de la récolte en blanc et 75 % en rouge ; donc sur le rouge on a un assemblage assez atypique, on a que 12% de merlot alors qu’en général on est autour de 40-45%, on est sur 24% de cabernet franc alors qu’on ne monte pas au dessus de 10 en général et 64% de cabernet-sauvignon. »

Philibert Perrin, le président du Syndicat Viticole de Pessac-Léognan.

« C’est un très bon millésime de blancs, cela fait partie des grands millésimes de ces 10 dernières années, c’est vif, frais, acidulé, aromatique, on a eu en septembre des nuits fraîches tout-à-fait favorables à la conservation des arômes. Pour le rouge en dehors de la difficulté liée au volumes, la deuxième principale difficulté c’est de passer après 2015 et 2016, 2 millésimes hors normes ; on est dans un bon millésime, voire très bon, suivant les secteurs mais sans doute inférieur à 15 et 16″.

Ecoutez Philibert Perrin au micro de Jean-Pierre Stahl, Pascal Lécuyer et Eric Delwarde :

#Primeurs : grosse affluence cette semaine avec 6600 professionnels fort intéressés par le 2017

Incroyable ! On annonçait 5000 professionnels il y a encore deux semaines, et on dénombre 6600 inscrits pour la semaine des primeurs. A la fameuse dégustation de l’Union des Grands Crus au Hangar 14 à Bordeaux, plus de 1200 importateurs, négociants et critiques se sont succédés durant toute la journée.

Anna Rönngren et Magnus Ericsson de Winefinders spécialistes du vin en ligne en Suède à l’entrée du Hangar 14 © JPS

« On a eu 2 grands millésimes avec le 2015 et 2016, et donc cette année avec le gel, je ne sais pas, je suis très curieux de le découvrir », m’explique Magnus Ericsson Winefinders spécialiste du vin en ligne en Suède.

Avec sa collègue Anna Rönngren, responsable du marketing, il s’arrêtent tout d’abord sur le stand du château Siran à la dégustation de l’Union des Grands Crus, en appellation Margaux qui a été plutôt épargné par le gel, alors que Bordeaux accuse 39% de perte de récolte.

17 s’en sort vraiment très très bien, malgré les aléas du climat et les intempéries, on commence à dire que c’est le meilleur millésime en 7 depuis 1947″, Alban Bernardi château Siran.

Les importateurs européens sont venus en masse apprécier le millésime et notamment les Belges fidèles parmi les fidèles à Bordeaux.

Bernard Decorte, importateur à Ostende en Belgique, donne ses premières impressions : « je viens de déguster les Pomerol et les Saint-Emilion, c’est surtout des fruits rouges alors que l’an passé c’était des prunes très mûres, il y a pas mal d’acidité et des tanins. » 

La famille Bernard, Fabrice, Hélène, Patrick et Hortense sur le pont pour Millésima © JPS

Pour moi, c’est un millésime qui est proche des 2014, on va avoir des 2014 plus ou 2014 moins en fonction des appellations et des différents châteaux », Fabrice Bernard PDG de Millésilma

Anthony Hanson, Master of Wine anglais, avec Véronique Dausse de Phélan Ségur en Saint-Estèphe© JPS

Avec la baisse de la livre sterling, le marché anglais reste toutefois difficile, un marché qui va être très attentif aux prix de sortie en primeurs, comme me l’explique Anthony Hanson : « il va falloir que les prix soient attractifs à Bordeaux, pour que nous intermédiaires, on puisse dire qu’il y a certains vins qui sont excellents et en plus que ce sont des rapports qualité-prix attirants »

Ils ont une semaine pour dissiper les a priori sur le 2017, un millésime qui en tout cas va être pas mal dégusté et analysé par l’ensemble des professionnels et des critiques du monde entier.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Pascal Lécuyer, Eric Delwarde, Ines Cardenas, Christian Arliguié : 

08 Avr

Millésime 2017 : pour Michel Rolland « c’est une année de dégustation, il ne faut pas partir avec des a priori négatifs parce qu’il y a de très belles surprises »

A l’occasion de la 8e édition des Clés de Châteaux, le grand oenologue Michel Rolland livre ses premières impressions sur le millésime 2017 qui va réserver de belles surprises dans de multiples endroits, il va falloir déguster. Ce n’est pas un millésime de soleil, donc on sera plus sur des choses un petit peu tendues, un petit peu acides, un petit peu fermes mais avec de jolis fruités et caractéristiques ».

Marylin Jonnhson photographiant Michel Rolland et Dany son épouse © JPS

« Ce Millésime 2017, on est obligé d’avoir une pensée un petit peu  triste pour toutes les régions qui ont souffert du gel. C’était une année de gel à Bordeaux. On n’avait pas connu cela, aussi fort et aussi violent, depuis 1991, ce qui fait 26 ans. Il y a des endroits qui ont été très endommagés, des gens qui ne font pas de vin, donc c’est toujours triste quand une propriété viticole ne fait pas de vin. »

« Cependant il y a des secteurs privilégiés, car la gelée, comme tous les événements climatiques, elle n’a pas le même impact, partout.Il y a donc des endroits où on a fait du vin même si des fois on en a fait moins; la caractéristique de ce millésime, c’est qu’on a quand même réussi à faire des bons vins. Et des bons vins qui sont quand même la résultante d’un été un peu bizarre, un été sec et plutôt frais, on n’a pas eu de grandes chaleurs, donc » :

Ce n’est pas un millésime de soleil, donc on sera plus sur des choses un petit peu tendues, un petit peu acides, un petit peu fermes mais avec de jolis fruités et caractéristiques ».

« Les tanins sont là, bien vivants, ils ont un petit peu de tension, je pense qu’on va aimer, c’est un peu dans l’air du temps cette qualité de vin. Il y a moins d’alcoll que d’habitude eu égard au soleil qui est un tout petit peu moins chaud que d’habitude. C’est un millésime qu’il va falloir goûter, apprécier ».

« Bien évidemment sur la rive droite, les merlots ont donné des choses très intéressantes mais avec ces acidités un peu marquées, des notes fruités pas caractéristiques tous les ans, mais on a eu cela en 2008, sur des millésimes un petit peu frais, naturellement ».

« Sur la rive gauche, on va trouver des vins avec beaucoup de densité, beaucoup de concentration mais toujours dans cette fraîcheur, avec des cabernet-sauvignons qui ont très bien mûri, dans les grands secteurs de rive gauche. Et il y a des très jolis cabernet-sauvignons sur les grands terroirs à cabernet-sauvignons classiques. et tous les terrains qui ont la chance de regarder l’Estuaire de la Gironde se sont à peu près sorti d’affaire par arpport à la gelée, donc il y a eu des productions à peu près normales.Et on va trouver ces vins de Bordeaux classiques avec leur tension, leur fraîcheur, leur acidité ».

« Donc je crois que c’est une année de dégustation, il ne faut pas partir avec des a priori négatifs parce qu’il y a de très belles surprises, moi qui ai la chance d’en goûter 150 dans la région, donc pas d’aprioris négatifs et beaucoup d’application dans la dégustation, car comme toujours quand on déguste tôt ce n’est jamais facile à faire ».

« Bonne dégustation à tous et bienvenue à Bordeaux pour les Primeurs 2017 ! »

PRIMEURS2017-Michel Rolland from Marie Rolland on Vimeo.

02 Avr

Radioscopie du 2017 pour la semaine des primeurs : après le gel, un réchauffement dans les verres

Si le monde entier a bien pris la mesure d’une baisse de la production de 39% à Bordeaux, les critiques et distributeurs vont pouvoir goûter ce millésime 2017 qui va sans aucun doute procurer de belles surprises dans nombre d’appellations. L’engouement pourrait être dans la droite ligne des 2014, 2015 ou 2016, à quelques petites exceptions. Ca alors pour le coup (de gel), ça réchauffe !

Olivier Bernard, le président de l’Union des Grands Crus de Bordeaux, organisateur des dégustations primeurs à Bordeaux en avril 2017 au Domaine de Chevalier © JPS

Oyez, oyez, qu’on se le dise : Bordeaux a souffert mais Bordeaux n’est pas mort ! Certes Bordeaux a peut-être un membre en moins, certaines appellations comme Saint-Emilion, Pessac-Léognan, Blaye ou l’Entre-Deux-Mers ont bien été impactés mais il reste 61% de récolte à vendre et avec le stock, les châteaux espèrent pouvoir répondre (peut-être pas tous) à la demande ou en tout cas essayer de lisser, autant que faire se peut…(D’autres pourront se retrancher derrière le dictons vaudois »qui ne peut, ne peut ! ») « On en a perdu quelques-uns à cause de la gelée (Fieuzal, Dassault pas de production de grand vin), mais on a rentré Valandraud et Rouget en Pomerol », commente pour Côté Châteaux Olivier Bernard, président de l’Union des Grands Crus de Bordeaux en ce lundi de Pâques.

La grande Semaine des Primeurs, organisée par l’Union des Grands Crus de Bordeaux, s’ouvrira pile poil lundi prochain, et pour être juste du lundi 9 au
jeudi 12 avril. Un rendez-vous marquant pour quelques 5 000 professionnels qui se sont déjà inscrits, des représentants de la distribution internationale mais aussi des journalistes issus de 60 pays différents (1. Chine, 2. UK, 3. Suisse, 4. Allemagne, 5. Etats-Unis…)

Depuis un mois, toutes appellations, associations, rassemblements en tout genre essaient d’attirer à eux les journalistes et professionnels. Jacques Dupont est déjà à l’oeuvre avec son compère Olivier Bompas pour réaliser son guide de mai prochain, un travail de bénédictin durant 5 semaines, de même pour l’ami Yves Beck, le Beckustator à l’aaaaaattttaaquue dans les spots de dégustation, sans parler des anglo-saxons Neil Martin ou James Suckling dont les appréciations seront très attendues.

C’est un millésime en demi-teinte  car la moitié a été perdu, mais c’est un joli millésime intermédiaire, pas forcément comme 2015 ou 2016 mais qui est intéressant et super charmeur. » Olivier Bernard Président de l’Union des Grands Crus de Bordeaux.

« On a vendangé très tôt ce 2017, par rapport à cette année où l’hiver tarde, l’an dernier on avait 15 jours d’avance et on a vendangé fin septembre les cabernet-sauvignons à Bordeaux, ce qui est rare. On avait une crainte de trouver des notes végétales, vertes et pas du tout, il a détruit tous ces arômes, ce n’est un monstre en puissance, mais c’est un vin super charmeur, les gens vont pouvoir s’amuser avec ce millésime. » Quant à l’effet millésime moins important en volume ? « On a eu deux très beaux millésimes en 2015 et 2016, cela va permettre d’absorber les 2, et on regarde déjà le 2018 qui est parti… » conclue Olivier Bernard.

Cette grand messe des primeurs sera très observée de la planète vin, avec de grands rendez-vous estampillés UGCB (pour Union des Grands Crus de Bordeaux), celui du Grand Cercle des Vins de Bordeaux et d’autres plus funs ou jeunes (avec BO2 la jeune génération de Bordeaux, mais depuis le temps qu’on en parle, « ils ont pris aussi de la bouteille »), les rendez-vous d’avant tout le monde (l’Expression de Fronsac en mars, ou les Crus Bourgeois à la Faïencerie le 5 avril), et les « j’ai une date » avec les plus grands châteaux qui font déguster à domicile et sur rendez-vous.

VOICI LES DEGUSTATIONS RESERVEES AUX PROFESSIONNELS AVEC UGCB : 

LUNDI 9 AVRIL : 115 Crus réunissant l’ensemble des appellations seront présents au H14 en plein cœur de Bordeaux (173 Quai des Chartrons), pour une première journée de dégustation unique à laquelle 1 000 professionnels ont déjà confirmé leur présence.

DU MARDI 10 AU JEUDI 12 AVRIL :  les dégustations par appellation se poursuivront dans les Châteaux suivants :
– Ch. Malartic-Lagravière Graves & Pessac-Léognan
– Ch. La Couspaude Saint-Emilion
– Ch. Gazin Pomerol
– Ch. Citran Médoc, Haut-Médoc, Moulis & Listrac
– Ch. Siran Margaux
– Ch. Beychevelle Saint-Julien
– Ch. Lafon-Rochet Pauillac & Saint-Estèphe
– Ch. La Lagune Sauternes & Barsac

DEGUSTATIONS SPECIALES JOURNALISTES ACCREDITES PAR  l’UGCB :

LUNDI 9 AVRIL :
– Dégustations des Crus de Sauternes et Barsac au Château Coutet et Château de Rayne Vigneau.
– Conférence de l’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin au Château Guiraud sur le millésime 2017.
– Dîner des Membres de l’Union des Grands Crus de Bordeaux et des journalistes au Château KIRWAN.

DU MARDI 10 AU JEUDI 12 AVRIL :  dégustations par appellation réservées à une centaine de journalistes au H14.

 

23 Mar

En attendant les primeurs, le château Malartic-Lagravière et la famille Bonnie nous donnent un avant-goût…

Les primeurs approchent à grands pas ! Cette année, le château Malartic-Lagravière aura la joie d’accueillir les châteaux de Pessac-Léognan. Jean-Jacques Bonnie n’a pas résisté à donné ses premières impressions sur ce millésime 2017, de bonne facture mais marqué par le gel du printemps au niveau de la quantité.

Jean-Jacques Bonnie du © château Malartic-Lagravière s’exprime sur le millésime 2017

Ce millésime, un peu particulier à cause du gel de printemps, offre un fruit éclatant et des aromatiques superbes. Il a nécessité beaucoup de soins et d’attention et nous sommes plutôt fiers du résultat ! », Jean-Jacques Bonnie

« Un grand millésime en blancs, qui sont séveux, complets, avec de belles tensions et aromatiques. En rouges, probablement une révélation car, malgré les petits volumes, les Malartics montrent un très beau fruité, une rondeur et une fraîcheur, enrobée de tanins veloutés. Une belle longueur en finale pour un équilibre global très impressionnant », selon le co-propriétaire du château Malartic-Lagravière.

11 Avr

Stéphane Toutoundji sur le millésime 2016 : « c’est un millésime exceptionnel, les grands qui étaient grands en 2015 sont encore plus grands en 2016 »

L’oenologue et co-dirigeant d’Oenoteam à Libourne, Stéphane Toutoundji, commente pour Côté Châteaux le millésime 2016. Un millésime d’une belle homogénéité, aux tanins très soyeux, avec de belles acidités, un millésime de garde, incontestablement.

Stéphane Toutoundji a le soutire comme pour le 2016 © JPS

Stéphane Toutoundji a le sourire avec ce 2016 © JPS

Jean-Pierre Stahl : « Stéphane Toutoundji, expliquez-nous, après cette semaine de dégustation de primeurs, quelles impressions vous laisse le 2016 ? »

Stéphane Toutoundji :  » C’est un millésime exceptionnel, les grands qui étaient grands en 2015 sont encore plus grands en 2016.

On a une belle homogénéité, des couleurs très profondes, des vins très racés, des tanins très présents mais en même temps très soyeux ».

« Toutes les appellations sont bien loties, et les professionnels du vin du monde entier qui sont venus goûter ont constaté que 2016 est vraiment un millésime exceptionnel à Bordeaux ».

« Le vignoble a été très bien travaillé, on a eu la pluie quand il fallait, les vendanges se sont déroulées dans le calme, sans tension, on a pu ramasser quand on voulait, on a pu vinifier comme on voulait, tes terroirs ont réagi différemment, mais tous les terroirs ont donné des vins de belle qualité, de belle race et on a vraiment un très très grand millésime. »

Jean-Pierre Stahl : « Quelle est la différence, finalement, avec le 2015 ? »

Stéphane Toutoundji : « Par rapport à 2015, on a des couleurs un peu plus profondes, une palette aromatique un peu différente, notamment sur les terroirs un peu forts ».

En 2015, on a des tanins un peu plus marqués, en 2016 on a un peu plus d’acidité et un peu plus d’alcool. »

Jean-Pierre Stahl : « Il y a plus d’homogénéité que pour le 2015 ? »

Stéphane Toutoundji : « Il y a plus d’homogénéité que pour le 2015. Après en 2015, les gens qui avaient un peu laissé leur vignoble faire ont réussi de très jolis vins, mais en 2016 ceux qui se sont appliqués dans le vignoble et qui ont eu des terroirs qui ont bien réagi ont vraiment des vins exceptionnels. 2015 on a une moyenne très bonne, 2016 on a des vins exceptionnels et une moyenne très bonne. On a plus de vins exceptionnels en 2016 qu’en 2015. »

Jean-Pierre Stahl : « Par rapport à cette homogénéité, est-ce que l’on peut le comparer au 2009 ? »

Stéphane Toutoundji : « Non, 2009 est un millésime plus mûr avec des acidités plus basses. On aime bien à Bordeaux comparer des millésimes, mais cette année on ne peut le comparer à rien en fait. C’est un autre grand millésime, exceptionnel, certains disent qu’on n’a jamais vu cela.

On a du volume, ce qui est bien, des couleurs, mais intenses comme rarement, une palette aromatique formidable, une prise de bois et une délicatesse, tout et remarquable en fait.

« C’est le millésime qui est sorti de nul part car on ne pensait pas avoir ce millésime avec le printemps qu’on a eu et la pluie, et en fait on s’est retrouvé avec un millésime avec un été sec et des pluies d’orage comme il fallait en septembre et en août, qui nous ont permis de vendanger comme on voulait et on a vraiment un millésime exceptionnel, avec une race et une élégance rarement atteint ».

Jean-Pierre Stahl : « Est-ce qu’un millésime comme celui-là vous a donné plus ou moins de travail ? »

Stéphane Toutoundji : « Cela nous a donné plus de travail… En fait, plus les millésimes sont aboutis, plus après cela dépend de ce que veulent faire les propriétaires et du type de vin qu’on va faire. Cette année, il y a des gens qui ont vendangé très tôt, des gens qui ont vendangé très tard, donc en fait plus on étale les vendanges, plus on a des solutions techniques différentes. Cette année, on avait beaucoup d’options techniques, avec le bois, avec les vinifs intégrales,… en fait cela a donné beaucoup de travail. »

Jean-Pierre Stahl : « Est-ce qu’on peut dire que ce sera un millésime de garde ? »

Stéphane Toutoundji : « Oui, parce ce qu’on a pas mal d’alcool, on a des acidités totales très marquées, des PH relativement bas, donc ce sera un millésime de garde, ça c’est clair surtout rive gauche, rive droite peut-être un peu moins mais Pomerol, les argilo-calcaires sur Saint-Emilion, et le Médoc en général notamment Saint-Estèphe et Saint-Julien on a des vins vraiment remarquables pour la garde ».

Regardez l’interview de Stéphane Toutoundji par Jean-Pierre Stahl et Sébastien Delalot :

09 Avr

Fabrice Bernard sur le système des primeurs : « c’est quand même extraordinaire pour les vins de Bordeaux qu’on parle d’eux à un instant T et dans le monde entier ».

Le Pdg de Millésima considère que les primeurs a Bordeaux ont encore de beaux jours devant eux. La place de Bordeaux se renforce d’ailleurs avec des vins étrangers qui souhaitent être commercialisés par son biais. Quant aux prix, jusqu’ici Bordeaux reste encore raisonnable par rapport à ses concurrents directs. Fabrice Bernard est l’invité de Parole d’Expert pour Côté Châteaux.

Fabrice Bernard, le Pdg de Millésima au tasting des crus classés de Saint-Emilion au château Villemaurine © JPS

Fabrice Bernard, le Pdg de Millésima au tasting des crus classés de Saint-Emilion au château Villemaurine © JPS

Jean-Pierre Stahl : « Fabrice Bernard, ce système des primeurs, on a vu qu’il était mis à mal après la sortie du 2013, est-ce qu’on peut dire qu’avec ce millésime et les précédents, il est relancé ? »

Fabrice Bernard : « Je pense que quand on a un grand millésime, tout le monde est intéressé ; et le système des primeurs, c’est quand même extraordinaire pour les vins de Bordeaux qu’on parle d’eux à un instant T et dans le monde entier ».

« Je vois aujourd’hui qu‘il y a de plus en plus de vins italiens qui s’intéressent à la place de Bordeaux, des vins américains qui commencent à venir sur la place de Bordeaux pour être distribués par la place de Bordeaux… donc la place de Bordeaux est forte et les primeurs sont un outil de communication extrêmement puissants pour la place de Bordeaux et pour les vins de Bordeaux, donc ce serait bien dommage de s’en priver ».

« Il y a peut-être eu quelques erreurs par le passé, mais je pense qu’aujourd’hui les primeurs sont un moment qui est incontournable, et on le voit bien, il y a des Américains qui sont présents, des Asiatiques qui sont présents, et bien sûr des Européens aussi ».

JPS : « Le 2013 s’était vendu de quelle manière au final ?

Fabrice Bernard : « Pour être clair, le 2013 ne s’est pas forcément bien vendu sur le marché européen ou américain, il s’est surtout vendu sur le marché asiatique. Il a aussi trouvé un deuxième marché une fois qu’il est devenu livrable sur finalement la restauration et bien sûr les ventes aux particuliers.

« Pourquoi ? Parce que le millésime 2013 est un vin qui n’a pas la structure tannique d’un 2016, c’est une évidence, par contre c’est un vin qui est agréable à boire aujourd’hui. Hier il y a une propriété, Pontet Canet, qui faisait goûter des 2007 et les 2007 avaient finalement la même réputation que les 2013, d’être des vins un petit peu plus légers, avec une structure moins forte, et je vous promets qu’au déjeuner je veux bien boir cela tous les jours à table sans aucun problème ».

JPS : « Avec ce 2016 qui fait suite aux 2015 et 2014, on peut dire qu’on tourne une page 2011-2012-2013 qui était un peu plus faibles à Bordeaux ? »

Fabrice Bernard : « Je pense qu’on tourne cette page, Bordeaux a su être raisonnable sur les prix en 2013 et 2014, les a légèrement augmenté en 2015, et si vous voulez, pendant ce temps là on a les vins américains, les vins italiens et puis même les vins bourguignons qui ont augmenté très fortement leurs prix, ce qui fait qu’une bouteille de Bordeaux devient raisonnable par rapport à sa concurrence, en terme de même rapport qualité-prix évidemment. »

Regardez l’interview de Fabrice Bernard réalisée par Jean-Pierre Stahl et Sébastien Delalot