17 Juin

Cussac-Fort-Médoc : 50 volontaires ont participé à la « campagne glyphosate » avec des prélèvements d’urine

Entre 6h et 8h ce matin, ce sont 50 volontaires qui sont venus, avant leur travail, à la salle polyvalente de Cussac-Fort-Médoc, pour ce prélèvement d’urine. Tous veulent savoir s’il y a des traces de glyphosate dans leur corps, pour intenter des action en justice, en fonction bien sûr des résultats.

Ils sont salariés agricoles, riverains des vignes, militants anti-pesticides ou tout simplement des habitants du Médoc…Même s’ils n’ont pas forcément peur, ils sont préoccupés et veulent savoir s’ils ont du glyphosate dans leur organisme:  « c’est quand même pas un produit cool, donc c’est bien de savoir si on a été exposé et si on stocke… » « C’est cancérigène, mutagène et neurotoxique, donc c’est quand même bien de savoir si moi j’ai été impacté… » commentent deux des participants.

Tout se fait sous le contrôle des deux huissiers de justice dont Christophe Peychez, huissier à Castelnau et Mérignac :« je suis là pour certifier le bon déroulement des opérations et pour expédier après, les prélèvements sous scellés à un laboratoire indépendant. »

A droite, le maire Dominique Fedieu, lui même viticulteur, en bio © JPS

Parmi eux, le maire Dominique Fedieu, également viticulteur en bio, qui a prêté pour l’occasion la salle polyvalente: « Très longtemps, il y a eu un discours positif par les vendeurs, et puis on s’est rendu compte que cette molécule pouvait poser des problèmes, et notamment par rapport à l’apparition de maladies et de certains cancers… Donc, ça me touche de voir à quel point on peut être contaminé et les uns et les autres et c’est une question de santé publique. »

Les participants paient une légère contribution (pour payer les analyses et après le dépôt de plainte (un avocat et les frais de justice) et remplissent un questionnaire sur leur lieu d’habitation et leur mode de vie, à rapprocher des résultats des analyses qui seront connus d’ici un mois.

Certes le glyphosate n’est pas d’utilisation exclusivement viticole, mais il est aussi utilisé dans la viticulture, il est encore utilisé, et donc c’est très intéressant de pouvoir avoir un aperçu de l’exposition de la contamination de ces gens qui habitent le Médoc et qui pour certains sont travailleurs des vignes » Marie-Lys Bibeyran Info Médoc Pesticides

En fonction des résultats, des plaintes seront déposées devant le Tribunal de Grande Instance de Bordeaux. Arrivée vers 7h, Marion Ricaud nous confie « en fait je m’implique déjà dans le Mouvement des Coquelicots, et j’ai trouvé très concret le fait de porter plainte en fait. Dès fois on perd un peu de courage, dans la mobilisation, parce que notre action était simplement symbolique, mais là elle est concrête parce qu’on va porter plainte. »

Jacky Berrahil de la Campagne Glyphosate 33 © JPS

Ce sont des plaintes qui visent tous les responsables en poste, des fabricants jusqu’à ceux qui l’ont autorisé, de la commission européenne et tous les organismes, pour atteinte à l’environnement, tromperie aggravée et mise en danger de la vie d’autrui », Jacky Berrahil trésorier de Campagne Glyphosate 33.

Cinq opérations de ce type sont menées en Gironde à Cussac ce jour, mais aussi à Libourne, La Teste, Langon et le 28 juin au Haillan. Les dépôts de plainte ne devraient intervenir qu’en septembre ou octobre.

Invité ce soir du 19 /20 sur France 3 Aquitaine, le médecin Franck Dubourdieu, auteur de plusieurs ouvrages sur le vin, et membre de l’association Alerte Médecins sur les Pesticides, a réagi sur cette démarche et prise de conscience : « oui, c’est important, cela démontre la pollution générale qu’il y a dans l’air et dans les aliments. Et de souligner « la dangerosité du glyphosate connue depuis longtemps » avec « des additifs tenus secrets par les firmes, il y a un effet génotoxique sur plusieurs générations ». Quant aux solutions abordées, il y a par exemple la conversion en agriculture bio « il faudrait que les institutions aident à passer le pas. »

Affaire à suivre…

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Pascal Lécuyer, et Olivier Pallas :

14 Juin

Salon ViniBio : une première édition au Hangar 14 à Bordeaux, du 14 au 16 juin

ViniBio se veut le rendez-vous des oenophiles et amateurs de vins bio. 50 exposants participent à partir d’aujourd’hui au salon bio, en parallèle de Zen&Bio, le salon bio, bien-être et habitat sain. C’est tout ce week-end, du vendredi 14 au dimanche 16 juin.

 Il y a un réel engouement et une demande sur les produits bio, il n’y a qu’à voir le virage opéré par la grande distribution et le nombre de petits commerces de quartier, « biocoop » ou autres, s’ouvrir chaque année. A Vinexpo Bordeaux, les WoW World Organic Wines ont aussi connu un succès certain.

Fort de ce constat, le nombre de rendez-vous bio augmente aussi à Bordeaux… Le Salon ViniBio Bordeaux, 1er du nom, se tient aujourd’hui au Hangar 14 sur les quais à Bordeaux. Av

50 exposants y sont présents avec leur certification AB (agriculture biologique) et label Demeter ou Biodyvin, pour les vins biodynamiques ; des vignerons, qui travaillent dans le respect de l’environnement, de la biodiversité et la recherche d’authenticité du goût et du terroir. Un salon organisé avec le soutien du Syndicat des Vignerons Bio de la Nouvelle Aquitaine.

AU PROGRAMME

  • Une quinzaine d’animations
  • Des conférences sur les thématiques du vin animées par des experts, sommeliers et journalistes, des 4 coins de France et d’Europe.
  • Des dégustations commentées, l’occasion d’échanger avec les producteurs

Pour en savoir plus :    

 

08 Juin

Le Jardin Millésimé : un jardin paysagé inspiré par les millésimes du château Larrivet Haut-Brion

C’est un doux rêve imaginé par Emilie Gervoson et Soline Portmann, qui aujourd’hui est réalité. Un jardin dédié au monde du vin. Un jardin qui évoque la vigne, déjà à travers ses piquets que l’on retrouve dans les rangs de vigne, mais aussi à travers ses senteurs végétales. Initialement baptisé le Jardin d’Ivresse, il porte désormais le nom de Jardin Millésimé… Une création végétale dédiée aux vins qui a conquis de nombreux visiteurs ce samedi à l’occasion des « rendez-vous aux jardins »

Emilie Gervoson, propriétaire du château Larrivet Haut-Brion et Soline Portmann scénographe-paysagiste dans le Jardin Millésimé © Jean-Pierre Stahl

Tout est parti d’une petite création paysagère pour arriver à un plus grand jardin, le Jardin d’Ivresse… Au départ, il y a cette volonté de créer un espace avec cette rose unique créée en hommage aux 3 filles des propriétaires Christine et Philippe Gervoson : Emilie, Charlotte et Valentine. Une rose créée en 2013 par la maison Meilland Richardier et baptisée « les Demoiselles de Larrivet Haut-Brion », du même nom que le second vin de la propriété achetée en 1987 par la famille en Pessac-Léognan (même année que la création de l’appellation).

Et puis, après le vin, la rose, vint le jardin : un jardin lancé en juin 2015 sous le joli nom de Jardin d’Ivresse, mais pour lequel il était difficile de communiquer et d’inciter les gens à venir boire, un verre, car la loi Evin se serait rappelé aux initiateurs, d’où ce nouveau nom original de Jardin Millésimé:  « ce changement de nom me va très bien, car on parle beaucoup de millésimes dans le jardin… », me confie Emilie Gervoson.

On déguste un jardin, comme on déguste un vin, on joue sur la vue, le nez, et on a planté ces arbustes à cassis et framboises que l’on retrouve dans les vins rouges » Soline Portmann scénographe-paysagiste.

Et c’est ainsi qu’a émergé en face du château et des chais ce merveilleux Jardin Millésimé sur 4000 m2, avec ses piquets en bois rouge, de 20 centimètres à 4 mètres de hauteur; un jardin savamment étudié pour évoquer dans sa première partie les vins blancs, avec 7500 végétaux dont ces « cheveux d’ange qui apportent un aspect très aérien » mais aussi une palette de végétaux aux robes anis, vert amande, jaune paille, aux senteurs d’agrumes. Dans la seconde partie, l’évocation des vins rouges avec 15000 végétaux, avec des teintes rubis des persicaires « blackfield », des pétales bordeaux des échinées « vintage Wine » et des iris merlot. Au total 150 espèces différentes. « Ce jardin, c’est vraiment par passion », commente Emilie Gervoson, devant un parterre de passionnés de jardins et amateurs de vins aussi.

L’originalité de ces deux espaces (occupés à 20% par les blancs et 80% par les rouges, en respect de la proportion des vignes de la propriété et de ses cépages en blancs et en rouge) tient également dans la floraison: « une floraison précoce, printanière et en début d’été en avril-mai et en juillet pour la 1ère partie du jardin qui incarne les vins blancs, avec un mélange de graminées, de plantes vivaces et de plantes aromatiques ; une floraison plus tardive en août-septembre-octobre pour la 2e partie rouge avec des graminées et vivaces et ces massifs de cassis et framboisiers. Au coeur de la déambulation, j’avais vraiment envie qu’on ait toutes ces touches de surprises. »

Et des surprises, il n’en manque pas dans ce vaste parc de 13 hectares, avec aussi ce deck créé juste en face du Jardin Millésimé, un lieu de fête, d’événements avec une double vue sur le château et ses chais, sans oublier le plan d’eau où les poules d’eau se font entendre, comme pour dire, ce jardin d’ivresse, il est à nous aussi…ne seraient-elles pas enivrées par toutes ces senteurs ?

Une visite de plus d’une heure qui s’est conclue par une dégustation toute aussi originale des vins de la propriété : avec des magnums en blanc des Demoiselles de Larrivet Haut-Brion (95% de sauvignon et 5% de sémillon, élevage 30% en oeufs béton et 70% en barriques « on cherche un vin de partage, entre copains, on recherche de la fraîcheur » selon Emilie Gervoson) et des Demoiselles en rouge (70% merlot, 30% cabernet sauvignon, élevé 1/3 de barriques neuves, 1/3 en foudres et 1/3 en cuves) :

« là on est sur des vins gourmands alors que sur les 1ers vins on est sur des vins plus structurés ». Une dégustation agrémentée par les senteurs de plantes aromatiques disposées sur la table. Une invitation à l’évasion sensorielle dans un cadre idyllique.

Si vous aussi, vous voulez vivre cette expérience unique dans cette propriété viticole: le Jardin Millésimé se visite de mai à octobre : visite du jardin avec carnet de route 6€, visite du jardin et dégustation de 2 vins 15€. Le château Larrivet Haut-Brion se situe à Léognan, 84 avenue de Cadaujac, tél 05 56 64 99 87.

15 Mai

A #Vinexpo, « l’effet waouh » des WOW ou comment les « bio » font le buzz sur le salon

WOW, les World Organic Wines ou vins bio ou en biodynamie ont le vent en poupe. Près de 2000 visiteurs chaque jour sur leurs stands. Une augmentation de 22% du nombre d’exposants en 2019 qui passent à 140.

Adeline Barnay, courtier en vins, avec la famille Sercey du château du Rocher … JPS

2000 visiteurs chaque jour, c’est pas mal,  avec chose nouvelle des importateurs chinois intéressés comme Chen Chao Mei de l’association Euro-Asie pour l’Export de Vins : « le vin bio, c’est bon pour la santé » (attention à ne pas en abuser…comme dirait la loi Evin, pas connue en Chine).

Après le vin rouge, les liquoreux, les Chinois commencent à s’intéresser aux vins bio © JPS

En augmentation de 22% par rapport à Vinexpo 2017, le nombre d’exposants est passé à 140 venus de toute la France , d’Italie et d’Espagne. Agencé en cercle en 2017, avec des palettes, le stand WOW a gonflé et est devenu un ovale…

La demande est internationale, il y a une vraie prise de conscience des consommateurs finaux et des viticulteurs concernés, ce qui explique que la demande soit forte aujourd’hui » confie Adeline Barnay, courtier en vins. »

« Le format en arc de cercle a été renouvelé, il est sympathique et favorise une meilleur visibilité du visitorat », explique Bertrand de Sercey du château du Rocher,16 hectares à Saint-Emilion. « Ce sont des professionnels, des courtiers, des négociants et des importateurs étrangers qui sont à chaque fois plus nombreux ».

Aujourd’hui le vignoble estampillé bio représente plus de 400 000 hectares dans le monde et 78665 hectares en France (3e pays après l’Italie et l’Espagne). En Nouvelle-Aquitaine, ce sont 12912 ha dont 2842 en conversion, soit une augmentation des conversions de 54% entre 2016 et 2017.

On a une biodiversité sur toute la propriété, on a la maison qui est au milieu de toutes les vignes et il était important que quand on traite les vignes on ne s’intoxique pas nous-même , on a ainsi la maison au milieu d’un bel endroit », explique Benoît Soulies du château La Brande à Saillans à Gironde.

Soline de la Route des Vins Bio (blog) avec Pauline Broutet du Domaine de Beyssa © JPS

« Chez les femmes et chez tout le monde, c’est quelque chose qui prend de plus en plus de place. C’est un mouvement hyper logique d’aller vers ce qui est plus naturel, nous on fait des bio depuis 2009 en Côtes du Marmandais, en fait on a créé le domaine et on a tout de suite été vers le bio », m’explique Pauline Broutet du Domaine de Beyssac (14ha en Côtes du Marmandais) en biodynamie également depuis 2017.

L’évolution est positive, puisqu’on est à 8 à 9% de vignoble bio en Gironde et on vise 25% en 2025. Il y a une belle dynamique. » Laurent Cassy, président des vignerons bio de Nouvelle-Aquitaine.

Et ce rassemblement des vignerons bio WOW va être dupliqué sur d’autres salons Vinexpo dans le monde comme à Hong-Kong, Shangaï et New-York.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Pascal Lécuyer et Robin Nouvelle

14 Mai

1er Symposium #Vinexpo : il est temps d’agir pour le climat !

« Act For Change » le mot d’ordre est lancé depuis Vinexpo. Les acteurs de la filière et les politiques de la région Nouvelle-Aquitaine tirent la sonnette d’alarme et dressent un constat édifiant sur l’urgence d’agir, avant tout pour les populations, mais bien sûr aussi pour le vignoble…

ACT FOR CHANGE ! Dès l’entrée de Vinexpo, le ton était donné ce matin avec des hôtesses qui invitaient les professionnels à se joindre aux différentes conférences de la journée. Mais là aussi il y avait des réactions contrastées avec un bon accueil et parfois un je-m’en-foutisme …terrible non seulement pour ces jeunes filles mais aussi pour le bien commun !

C’est pourtant une prise de conscience collective qu’il faut avoir. Il est temps d’agir et il faudrait tant agir aussi pour limiter l’impact du changement climatique qui a déjà eu lieu et qui va encore s’amplifier dans les années qui viennent. De grosses légumes sont venus le dire haut et fort, des écologistes mais pas que des gens en responsabilité, et notamment le président de la Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset « l’urgence s’accélère : les rapports des scientifiques sont de plus en plus alarmants sur l’évolution du climat. »   

La célèbre phrase du Président Chirac « la planète brûle et nous regardons ailleurs » est plus que jamais d’actualité. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que ce week-end il a eu droit à une énorme bannière accrochée à l’échafaudage de réfection du Palais de la Bourse : « Chirac reviens »

 Il va faire plus chaud, cela va avoir évidemment une incidence sur la vie de la vigne et sur l’eau : l’eau va devenir un facteur limitant, on va être soit entre l’inondation, soit la sécheresse et cela va devenir un peu imprévisible » Brice Lalonde ancien Ministre de l’Environnement.

Le dérèglement climatique annoncé lors de la COP 21 risque d’être encore plus important, plus violent que prévu d’où l’urgence de la situation. Même Christine Lagarde, la présidente du FMI interviewée pour l’occasion racontait qu’elle était quasiment « tombée du cocotier » ou plutôt de sa chaise quand elle a appris qu’en Angleterre poussait désormais de la vigne. Amazing !

« Un certain nombre de ces gaz à effet de serre, je pense notamment au CO2, s’accumulent et restent très longtemps dans l’atmosphère, donc si on n’agit pas maintenant, les conséquences à long terme seront beaucoup plus catastrophiques que si on agit maintenant », commente Michel Jarraud secrétaire général émérite de l’Organisation météorologique mondiale.

L’objectif de l’accord de Paris est de limiter le réchauffement à 2°, pour le moment on n’est pas du tout sur cette trajectoire là, parce que les engagements qui sont pris ne sont pas du tout suffisant pour rester sous la barre des 2° », Michel Jarraud secrétaire général émérite de l’Organisation météorologique mondiale.

Au niveau du vignoble, on se rend compte depuis plusieurs années le degré de sucre et d’alcool dans le vin ne cesse d’augmenter pour flirter avec les 14 à 15° à Bordeaux désormais (il est où le temps de la chaptalisation ?), les vendanges sont devenues de plus en plus précoces fin juillet dans le Languedoc-Roussillon, vers le 20 août parfois pour les blancs dans le Bordelais et mi -septembre au lieu de début octobre pour les rouges, et des cépages comme le merlot ne sont plus adaptés...

A l’intérieur des cépages traditionnels, on va étudier la diversité des clones, certains individus résistent mieux à des fortes températures, et on va orienter la sélection vers ces clones là. Deuxième axe les pratiques viticoles pour protéger la vigne comme l’effeuillage, l’enherbement pour résister aux fortes températures, » Philippe Mauguin président de l’INRA.

A plus long terme, d’ici 15 ou 20 ans, les chercheurs réfléchissent à de nouveaux cépages résistants aux changements climatiques et aux maladies pour utiliser moins de pesticides. Les vignobles Ducourt en Gironde ont expérimenté depuis plusieurs années ce type de nouveaux cépages résistants, ils pourraient à l’avenir être rejoints par d’autre vignerons. C’est l’un des gros chantiers de l’INAO et des appellations qui vont sans doute aussi revoir leurs cahiers des charges, certaines voix se sont d’ailleurs élevées pour dire attention à ne pas perdre l’identité des vins et la notion de terroir.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Pascal Lécuyer et Nicolas Titonel : 

30 Avr

Affaire d’épandage de produits phytosanitaires de Villeneuve : les deux châteaux sont relaxés

Le tribunal correctionnel de Libourne a prononcé la relaxe des deux châteaux qui avaient procédé le 5 mai 2014 à des épandages de produits phytosanitaires, l’un en conventionnel, l’autre en bio, autour de l’école de Villeneuve. 23 élèves et une enseignantes avaient été pris de picotements dans la gorge et les yeux, ainsi que de maux de tête. Le procureur avait demandé la relaxe faute de preuves.

L’école de Villeneuve-de-Blaye en question © France Aquitaine

C’est un jugement qui réjouit bien évidemment les avocats des deux châteaux ler Gaec de Barbe et le château Castel la Rose en côtes de Bourg : « c’est un jugement conforme au droit et au dossier », commente Michel Gadrat l’avocat du château Castel la Rose.

Ces deux châteaux des Côtes de Bourg, Escalette (Gaec de Barbe) et Castel la Rose, l’un en bio, l’autre en conventionnel, étaient poursuivis pour « utilisation inappropriée de produits phytopharmaceutiques ». L’affaire est survenue le 5 mai 2014. 23 enfants et une institutrice de l’école primaire de Villeneuve ont été pris de maux de tête, d’irritations des yeux et de la gorge et d’envies de vomir. Il était reproché par la Sepanso aux châteaux d’avoir traiter alors que la force du vent était supérieure à 3 Beaufort, force à partir de laquelle il est interdit de traiter. 9 stations météo en Gironde donnaient des mesures de 20 à 32 kilomètres à l’heure, mais à Villeneuve il n’y avait pas d’anémomètre, donc pas de preuve irréfragable…

Il était pour nous assez évident que nos clients devaient être relaxés, tout simplement parce qu’il n’y avait dans le dossier pas d’élément qui permettre de fonder la poursuite et qui puisse dire qu’à un quelconque moment il y ait eu une infraction qui ait été commise sur ces épandages », Michel Gadrat avocat de Castel La Rose.

Me Michel Gadrat et Me Sophie Clavel, les avocats des 2 châteaux cet après-midi pour le délibéré au palais de justice de Libourne © JPS

Pour Sophie Clavel, avocate du château Escalette, « c’est un jugement très satisfaisant qui réjouit nos clients, rien ne pouvait leur être reproché, ils avaient pratiqué les épandages dans les strictes règles de l’art. »

Et de continuer : « Il était difficile d’évaluer la vitesse des vents, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle devant le tribunal correctionnel, ils n’ont pas été poursuivis sur ce chef d’infraction-là ».

L’avocat de la Sépanso François Ruffié compte bien faire appel du jugement © JPS

Pour l’avocat de la Sepanso, Francois Ruffié:

Il y a eu d’autres déceptions » au cours de la procédure... »ce n’est pas la première, mais on a connu d’autres victoires aussi. Le Conseil de la Sepanso s’est réuni et a envisagé cette possibilité de faire appel. On va regarder le jugement et on va relever appel, la partie n’est pas finie, il s’agit de la santé de nos enfants, » François Ruffié avocat de la Sepanso.

Et d’ajouter : « le débat juridique est passionnant, c’est la question des moyens appropriés pour éviter que les produits quittent la parcelle…Toute la discussion est sur les moyens appropriés, on va voir comment le TGI de Libourne a motivé sa décision sur ce terrain, comment a-t-il pu relaxé en considérant que des moyens appropriés avaient été utilisés alors qu’absolument aucun moyen n’a été mis en place par les viticulteurs. »

Affaire à suivre…

27 Mar

Bordeaux : bonjour les bourgeons… au revoir le gel !

C’est parti à Bordeaux pour le débourrement général… Les bourgeons dans le vignoble sont sortis précocement avec des journées chaudes de février et de mars. Un joli signe du printemps mais aussi une crainte car la période où le gel peut encore frapper, jusqu’à début mai. Retour dans le blayais et en Côte de Bourg, chez deux vignerons impactés par le gel de 2017.

Jean-Pierre Pauvif du château les Graves en Blaye-Côtes de Bordeaux © JPS

Partout à Bordeaux, les bourgeons sont sortis avec 15 jours à 3 semaines d’avance, comme ici au château les Graves.

A Saint-Vivien de Blaye en Gironde, Jean-Pierre Pauvif, 61 ans, est fier même de nous montrer les petits grappillons, ces jeunes grappes en formation qui vont donner le raisin tant attendu dans 6 mois. C’est donc un bon signe, mais un signe tout autant redouté du vigneron, car si le gel venait à intervenir, ce serait dramatique.

Là, on est à la période du débourrement et on peut craindre des gelées matinales, comme c’est le cas actuellement depuis quelques jours où on frise le 0° le matin, donc voilà on est à une période à risques », Jean-Pierre Pauvif du château les Graves

Guillaume Guérin du Moulin des Blais en Côtes de Bourg et Moulin de Rioucreux en Blaye Côtes de Bordeaux © JPS

Guillaume Guérin, 33 ans, est lui viticulteur sur les 2 appellations en Blaye Côtes de Bordeaux avec Moulin de Rioucreux (propriété familiale depuis le XVIIe siècle) et en Côtes de Bourg avec son Clos des Blais.

Il exploite 28 hectares en bio. Pour lui, la période actuelle est aussi une crainte car il se souvient bien du gel tardif des 27 et 28 avril 2017. Un gel où les températures sont tombées au petit matin entre -3 à -6°C. Un gel qui a fait perdre 39% des volumes de production à Bordeaux, ce qui fut la plus petite récolte depuis le gel de 1991.

On n’a fait qu’une demi-récolte en 2017, on a fait 1/5e de récolte l’an dernier à cause de la grêle. C’est d’autant plus inquiértant pour nous et d’autant plus stressant qu’on n’a plus de stock et on voudrait bien partir du bon pied au mois d’avril. » Guillaume Guérin du Clos des Blais.

Alors qu’il n’était pas assuré (cette année il a pris une assurance), Jean-Pierre Pauvif a pu supporter ces deux aléas climatiques, grâce à ses stocks. « Pour les blancs, cela a été un peu plus compliqué car c’est une vente à l’année, là on ressent tout de suite les difficultés. Pour le rouge, cela s’est lissé sur les stocks. On a beaucoup d’espoir sur 2019, on espère remonter en volumes et reprendre le cours normal des choses », complète Jean-Pierre Pauvif du château les Graves.

Attention, du soleil oui, mais du gel, non ! © JPS

 

Cette année, les vignerons du bordelais croisent les doigts en espérant bien éviter le gel et de surcroît une nouvelle catastrophe économique. On espère pour eux que le redoux revienne les matins ou en tout cas que cela ne tombe pas en dessous de 0°C.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Pascal Lécuyer et Rémi Grillot

19 Mar

Dans l’Aude, des vignerons inventent le « bio » de demain

Dans l’Aude, l’un des terroirs pionniers du vin bio en France, des vignerons passent à la vitesse supérieure et expérimentent des voies encore plus exigeantes, à l’aune des changements climatiques et des défis environnementaux.

Vignoble de l’Aude – photo d’illustration © France 3 Languedoc Roussillon

coeur du Languedoc, dans l’un des plus vastes vignobles de France, des territoires pionniers comme les Corbières, le Minervois, s’étaient convertis au bio dès les années 70/80. Cette région viticole avait alors « basculé de la production de vin de table vers des marchés à l’export » dont celui du bio, explique Matthieu Dubernet, directeur d’un important laboratoire oenologique du Narbonnais. Aujourd’hui, les démarches sont davantage « personnelles », explique cet observateur privilégié de la filière.

ESPRIT COLLECTIF

« Dans le cru Boutenac, on est passé en « confusion sexuelle » (perturber le système hormonal de reproduction de papillons parasites) et tous nos voisins ont adhéré à cette manière efficace de lutter contre les parasites », indique Louis Fabre, issu d’une famille de vignerons des Corbières « depuis 1605 » qui exploite aujourd’hui cinq propriétés dans les Corbières, le Minervois et le Biterrois. Une expérience qui « a permis de créer un esprit collectif » entre 25 producteurs (indépendants et caves coopératives) qui se sont associés à ce dispositif de pièges biologiques, explique ce vigneron passé au bio dès 1991.

Au domaine de La Baronne, dans les Corbières, Jean Lignères, est vigneron et médecin. C’est tout naturellement la santé « des gens qui vivent et travaillent sur le domaine » qui a décidé de sa conversion en bio. « Dans les années 90, on commencé à voir des articles dans la presse médicale sur les maladies environnementales », justifie le médecin.

Mais c’est un voyage en Autriche, il y a une dizaine d’année sur le domaine Meinklang au sud de Vienne, un « modèle en biodynamie », qui le convainc d’évoluer vers ce courant. « Depuis on plante des arbres au milieu des vignes, on a fait des zones humides, on a installé des nichoirs à oiseaux, des ruches, et surtout on travaille avec les astres », l’un des grands principes de la biodynamie, explique Jean Lignères qui a obtenu cette nouvelle certification en 2012.

« LE BIO N’EST PAS PARFAIT »

« Si depuis 40 ans les évolutions qualitatives de la viticulture se sont faites par les appellations, les IGP, le label Bio, certains signaux montrent que l’on est en train de passer à autre chose », signale Matthieu Dubernet. Frantz Vènes, propriétaire de Château Massamier La Mignarde, au pied de la Montagne noire, explique qu’il n’apposera désormais plus que « Languedoc » sur son étiquette.

Le vigneron, dont une cuvée a été élue en 2005 meilleur vin du monde à l’International Wine Challenge de Londres, vient de décider de se passer de l’AOP Minervois-La Livinière. Et alors qu’il était engagé depuis deux ans dans la certification bio, il renonce également à ce label. « Le label bio n’est pas parfait. Par exemple, pouvoir multiplier les traitements à base de cuivre, ce qui est permis, ce n’est pas une démarche écologique », argumente Frantz Vènes.
Il a décidé de se tourner vers l’agriculture « synthropique ». Il plante des amandiers et des chênes truffiers, cultive du blé et des pois chiches, et fait pâturer des moutons qui amendent le sol. L’objectif est de renforcer les écosystèmes par l’action humaine et « de supprimer les procédés anthropiques, comme les brulis, l’usage d’engin trop lourd ou trop puissants ». Comme « les changements climatiques sont là », Frantz procède à des essais de cépages locaux anciens. « Aubun noir, Trépat, Grand Noir de la Calmette, Rivairenc, Picpoul Noir, Alicante » pourraient assurer l’avenir de cette région, pense-t-il. « Il faut enrichir le bio pour qu’il réponde à nos enjeux d’aujourd’hui et de demain, résume Matthieu Dubernet, ajoutant: « les problèmes environnementaux sont globaux mais les solutions ne peuvent être que locales ». 

AFP

13 Mar

Cépages résistants à Bordeaux : l’expérimentation est déjà menée chez les Vignobles Ducourt

On vous en parlait lundi. Xavier Planty, le Président de l’ODG Sauternes tire la sonnette d’alarme sur les cépages résistants qui pourraient voir le jour dans les appellations françaises, en argumentant qu’il faut sauvegarder les AOC. Nous avons voulu aller au delà et donner aussi la parole aux Vignobles Ducourt qui expérimentent ces cépages hybrides, résistants depuis 2014. 

Xavier Planty mène son action dans le but de préserver les AOC © jps

C’est un signal d’alarme que lance Xavier Planty, le président de l’ODG Sauternes et co-propriétaire de château Guitaud (1er cru classé). Aller vers des cépages hybrides, résistants, c’est pour lui une perte d’identité des vins français, en général, et des Bordeaux. Cela va à l’encontre des AOC, créées par les vignerons et les instances il y a plus de 80 ans à partir de 1936. Il a invité lundi les responsables des AOC à une réunion d’information et d’échanges (parfois un peu vifs).

Quand les gens ouvrent une bouteille d’un vin de Bordeaux, ils ont derrière toute l’histoire. Nos AOC, c’est la sélection des cépages à travers les âges, par les vignerons, de cépages autochtones. Et l’introduction de génétique américaine ou d’ailleurs, cela ne peut entraîner qu’un affaiblissement de cette filiation, et donc un affaiblissement de la promesse de la marque » Xavier Planty.

Le château Guiraud, 1er cru classé de Sauternes © JPS

Quant à la perte du goût Bordeaux ? « Le goût, vous savez a énormément varié, on ne peut pas dire que les vins de Bordeaux en rouge soient les mêmes qu’il y a 30 ans ou 40 ans, mais il reste quand même une identité Bordeaux qui risque d’être perdue. Mais quand nos clients goûtent les vins de Bordeaux, ce n’est aps que le goût…Le goût est excessivement important, la typicité est très importante, mais quand ils ouvrent un vin de Bordeaux, ils ont derrière toute l’histoire…Ils ont la ville, ils ont le port, ils ont la filiation du vigneron, ils ont tout le « story telling » des marques ! », complète Xavier Planty.

A Baigneaux, les cépages résistants plantés en rouge par la famille Ducourt © JPS

Dans l’Entre-Deux-Mers, les Vignobles Ducourt expérimentent 10 hectares de cépages résistants, depuis 2014, sur les 450 hectares de vignes qu’ils ont en production. Jéremie et Jonathan Ducourt ont souhaité planter 3 hectares de cépages résistants dans un premier temps, après avoir visité un confrère vigneron en Provence, pour qui les traitements phyto-sanitaires avaient largement diminué. Depuis ils en ont planté 6 de mieux et « l’idée c’est d’ avoir 12 à 15 hectares. » Que ce soit avec le Cabernet Jura comme cépage hybride en rouge ou le Cal 604 (pas encore baptisé) en blanc, « on n’a fait cette année que 3 passages de traitements, avec 1,2 kilo de cuivre. » Alors que les autres viticulteurs ont effectué entre 14 et 20 traitements.

On est sur la 5e année et on constate entre 80 et 90% de passages, de traitements en moins sur une saison. Et aujourd’hui on n’utilise uniquement que des produits cuivre et soufre pour les traitements. » Jonathan Ducourt.

Lorsque l’on goûte son blanc 2018 baptisé « Métissage », le résultat est assez bluffant, et « à l’aveugle, on l’a fait goûté à d’autres vignerons ils y trouvent un Bordeaux ». Bien sûr, il ne porte pas le nom de Bordeaux car ces cépages ne sont pas reconnus dans le cahier des charges des AOC, c’est une production en vin de France : « vin issu de vigne planté à titre expérimental. » « C’est un cépage assez précoce (le cal 604) qui est un croisement de sauvignon blanc, riesling et de vignes sauvages, on retrouve bien un style assez variétal, c’est assez vif, citronné, on est assez proche de ce que l’on recherche sur les sauvignons blancs, sur les blancs secs, sur la fraîcheur, donc on est très content du résultat. »

Jonathan Ducourt, dégustant son blanc Métissage © JPS

A ce jour, les Vignobles Ducourt produisent 12000 bouteilles de ce Métissage blanc et près de 25000 en rouge. Un vin qui est apprécié des Japonais, très friands de ce style d’initiative, mais aussi sur les tables de restaurants à New-York, on le trouve aussi à la cave de la Cité du Vin à Bordeaux. « Globalement, on a de bons retours de cavistes, des HCR, le but est de voir si c’est rentable avec ces variétés-là. » Une chose est sûre le débat est relancé, si ces cépages résistants voient le jour dans d’autres propriétés, ils devraient rester au choix final de chaque AOC ou ODG et ne représenter pas plus de 5% du vignoble et 10% dans l’assemblage final sans perdre l’appellation.  Affaire à suire…

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl et Sébastien Delalot : 

27 Fév

Salon de l’Agriculture 2019 : « la révolution verte » est en marche…

Ce mercredi, c’était la journée spéciale Nouvelle-Aquitaine au Salon de l’Agriculture, à laquelle participait le Président de Région Alain Rousset. L’occasion de prendre un engagement fort envers une « révolution verte » et de souligner avec la FRAB Nouvelle-Aquitaine l’importance de l’agriculture biologique, levier essentiel de la transition agricole et écologique des territoires.

: 1ère région à signer un programme d’expérimentations agroécologiques « Sortir des pesticides » sur des territoires entre la Région et l’agence de l’eau Adour-Garonne

Aujourd’hui la région Nouvelle-Aquitaine représente la 3ème région Bio de France : le nombre de fermes bio est en constante progression, il souligne l’engagement d’agriculteurs convaincus par le bio, avec dans leur démarche le soutien du Conseil Régional.

A l’occasion du salon de l’agriculture 2019,  « la FRAB Nouvelle-Aquitaine se réjouit que la profession agricole, dans son ensemble, prenne pleine conscience de la nécessité d’un changement de pratique.

Toutefois, elle rappelle que l’agriculture biologique, dans sa démarche de progrès permanente, est à ce jour, le seul label de qualité qui garantit, par son cahier des charges, la non utilisation de pesticides chimiques de synthèse, de glyphosate, d’engrais chimiques, et d’OGM. D’ailleurs, les consommateurs conscients de l’impact sur la santé et l’environnement des produits agro-alimentaires plébiscitent et reconnaissent largement le logo AB, qui par ses pratiques vertueuses limite les effets négatifs sur le climat ».

La Nouvelle-Aquitaine, très sensibilisée sur ces questions d’environnement, a été hier la 1ère région à signer un programme d’expérimentations agroécologiques « Sortir des pesticides » sur des territoires entre la Région et l’agence de l’eau Adour-Garonne.