06 Avr

Wine-drives, livraisons à domicile ou cavistes ouverts: comment on s’adapte durant le confinement

Demain Millésima ouvrira son wine-drive à Bordeaux, d’autres ont aussi fait preuve de réactivité pour ne pas perdre trop de marchés, comme des cavistes ou des vignerons-négociants qui livrent, enfin quelques cavistes restent malgré tout ouverts. Car il faut bien se rendre compte que jamais depuis le confinement, les gens n’ont autant bu ou dégusté des vins…

Fabrice Bernard, le Pdg de Millésima lors des primeurs 2017 © JPS

Cet après-midi, Fabrice Bernard me confie « on va lancer demain Millésima Drive depuis le Quai de Paludate à Bordeaux, avec bien sûr un protocole pour que les gens ne se touchent pas. Il n’y aura aucun contact, tous auront payé avant et auront réservé un créneau horaire pour venir chercher leur caisse(s) de vins. Et pour ceux qui redoutent, ils pourront même laisser leur caisse dans leur coffre de voiture et décharger le lendemain.

« Alors que 70% des salariés sont en télétravail, on a 5 personnes dans les chais pour traiter les commandes. La 1ère semaine on avait lancé une opération frais de port gratuits, la deuxième sur les vente de champagne Billecart-Salmon on reversait 20% du prix aux Hôpitaux de France, là on lance le drive et on réfléchit à d’autres idées « sociales »

Guillaume Cottin, le Président de la Vinothèque de Bordeaux © JPS

La Vinothèque de Bordeaux a été très réactive : « on a fermé le samedi 14 mars juste après l’annonce d’Edouard Philippe » de fermeture des restaurants et autres commerces, « même si on aurait pu rester ouvert (comme cela a été précisé le lundi qui a suivi)… Mais on a trouvé que ce n’était pas sérieux, vue la configuration de la Vinothèque et en prime quand on conseille les gens on reste proche d’eux. C’est très dur de respecter les distances de sécurité et donc pour la sécurité tant de nos clients que de nos salariés on a décidé de fermer. On a fermé aussi Dubos, puis finalement réouvert la semaine dernière, avec 2 personnes qui viennent travailler au lieu de 6, pour des commandes déjà prêtes ou toutes les commandes internet sur le site de la Vinothèque qu’on assure dans un délai de 4 à 5 jours pour les livraisons. Et puisque le hasard fait bien les choses, « on est en pleine foire aux vins, avec des prix intéressants. »

Cash Vin s’est aussi adapté et a inventé le « Call & Collect » où vous pouvez commander et retirer vos produits en drive du lundi au samedi de 9h30 à 12h30. Il suffit d’appeler son magasin par téléphone ou par mail, vous commandez au minimum 6 bouteilles et payez à distance. Vous venez ensuite récupérer en convenant avec le caviste d’un jour et d’une heure pour être servi façon drive où on vous met le carton dans le coffre directement.

Parmi les cavistes qui ont fait le choix de rester ouverts Guy Hiblot et Prestige des Bulles à Pessac : « je suis resté ouvert car le décret du 16 mars nous a autorisé à rester ouvert, je fais partie de la liste mais je ne suis pas le seul à Bordeaux. En plus la chance que j’ai c’est que je suis tout seul, je n’ai pas de salarié et donc je ne fais pas prendre de risque à mes employés, » par ailleurs « je fais tout pour respecter la sécurité de mes clients, une personne à la fois pour garder  les distances. Je privilégie aussi beaucoup le drive… » Ses clients peuvent l’appeler et tout est préparé en amont, à distance…Après, il est clair que « si je reste ferme je n’aurai droit à rien et donc c’est non seulement par passion mais aussi pour payer les charges, sinon je mettrais la clé sous la porte ». Et de faire comprendre aussi que « il faut aussi que les vignerons continuent à vivre, notamment ceux qui ont gelé, cette semaine j’ai eu en ligne un vigneron de Chablis dont je vends son vin qui m’a dit que cela avait encore été rude… »

Benoit-Manuel Trocard livre toutes les semaines © JPS

Sur le pont aussi et depuis le début du confinement, Benoît-Manuel Trocard avec sa petite maison de négoce Wine Ressource qu’il manage avec Célia Carrillo : « on a réfléchi et on a mis en place au lendemain du confinement un système de livraison à domicile avec tous nos clients sur Bordeaux Métropole et le grande Gironde. On a fait un mailing et on a proposé nos blancs Octave Trocard qui venaient par exemple de sortir à 30€ le carton livraison comprise, et on s’est aussi adapté avec des bag-in-box en 5 litres plus facile pour la consommation en appartement… Pour nous pas de contact direct non plus on fonctionne avec des RIB, on regroupe les commandes et on livre une fois par semaine, la prochaine livraison ce sera mercredi pour 600 bouteilles, une palette…C’est vrai que les caves se vident quand les gens sont confinés… »

Bon ce n’est pas bien de dire cela, mais on redoute que le volume de consommation en France par an et par habitant -qui était plus proche des 40 litres- ne remonte brutalement, tant le confinement a tapé sur le système des gens. Même l’actrice Ariane Ascaride s’est laissée allée sur France 2, le 29 mars, en plein direct où elle en a profité pour non seulement saluer les soignants (qu’il faudra après, quand cela sera fini, continuer à aider…) mais aussi à dire qu’à l’issue du confinement elle irait non seulement voir ses enfants (qu’elle ne peut pas voir) et « la deuxième chose je vais faire c’est me saouler la gueule »… Avec modération l’a reprise ma consoeur Sophie Lesaint, loi Evin oblige, « aucune modération, je vous assure ». On espère en tout cas que les gens resteront « raisonnables », il ne faudrait tout de même pas renouer avec les 120 litres par an et par habitant comme dans les années 60. Hips…ou oups…

05 Avr

Durant le confinement, débouchez donc « Le Goût du Vin » sur Netflix

Jamais les plateformes de films et séries n’ont aussi bien marché. Profitez-en pour vous ouvrir l’esprit avec ce joli film réalisé par Prentice Penny qui dresse le portrait d’un jeune américain dont le rêve est de devenir sommelier. Un film pour cinéphiles et amateurs de vin, qui met en avant notamment les vins français et la Maison Albert Bichot.

C’est un joli rôle que nos offre Mamadou Athie, alias Elijah dans le film, « le Goût du Vin » ou « Unkorked » de son titre originel en anglais « débouché ». Il incarne un jeune noir dont le destin est presque déjà écrit, à suivre les traces de son père cuisinier et son son grand-père avant lui, qui ont monté un restaurant spécialisé dans le barbecue dans un Memphis très vivant, une affaire qui marche grâce à la passion et l’investissement de toute la famille. Mais Elijah a vu naître en lui une autre passion, celle du vin et il souhaite poursuivre des études de sommelier, tout en continuant de travailler quelque peu comme caviste et auprès de son père.

Au cours de ce film, certains vins américains sont mis en avant de la Napa ou Sonoma, mais pas seulement, il ya aussi des vins du vieux continent italiens de Barolo, ou français Pouilly, Chablis, ou d’autres appellations de Côte d’Or. Ce qui montre la belle ouverture d’esprit, qui correspond au métier de sommelier « open mind » avec tous les vins locaux mais étrangers. Et des pépites comme un Chablis de chez Simmonnet-Febvre ou un Corton Charlemagne de chez Louis Latour. Avec un clin d’oeil aussi à la Maison Albert Bichot, une institution en Bourgogne, maison quasi bi-centenaire, dirigée par Guillaume Deglise (ancien directeur de Vinexpo à Bordeaux), très présente à Chablis, Nuits-Saint-Georges, Pommard, Mercurey…Elijah encense ainsi de son Corton Grand Cru 2016.

Un film fort sympathique (loin d’être un chef d’ouvre, et désolé pour Télérama, mais cela se laisse regarder, pas vraiment « piquette », à force de vouloir tomber dans les clichés de l’utilisation de mots, il faut savoir laisser s’aérer et reconnaître les efforts pour se mettre à la portée du grand public) où avec des airs entrainants de R&B ou de rap, où vous allez voir si Elijah va finalement réaliser son rêve de devenir Master of Wine.

Regardez la bande annonce sur You Tube du Goût du Vin réalisé par Prentice Penny : 

03 Avr

Bordeaux: une grosse semaine à combattre le gel

Depuis le milieu de semaine dernière et jusqu’à demain, les viticulteurs sont énormément sollicités. Presque 7 nuits sur 10 où le gel a montré le bout de son nez. Cela a été limite dans bon nombre d’endroits, il y a eu quelques dégâts encore difficile à estimer mais la casse a été limitée.

La lutte anti-gel ce matin dès 5h30 sur les secteurs de Vignonet, mais aussi à Saint-Sulpice de Faleyrens, Saint-Emilion, Pomerol, Saint-Christophe-des- Bardes © Sophie Aribaud

Au chevet de la vigne et proche des vignerons qu’elle conseille, Sophie Aribaud témoigne ce matin encore des moyens déployés sur Saint-Emilion et Pomerol pour combattre le risque de gel : « ce matin sur Saint-Emilion, ça a chauffé, bougies, éoliennes, bottes de paille et hélicos sont ressortis ou ont été mis en route cette nuit; on a eu des températures inférieures à 0° sur les secteurs gélifs ».

Depuis plus d’une semaine, les températures font le yoyo, passant un poil dans le négatif, voire jusqu’à -4° dans les endroits les plus froids, et repassant les après-midi dans des températures largement supérieures à 13-16°, parfois fleurant avec les 20° (excepté lundi dernier). « C’est vendredi qui fut la matinée la plus froide, avec des dégâts sur Vignonet, Fronsac, du côté de Langon » et aussi du côté de Pessac-Léognan. 

Même si les dégâts ne sont pas forcément bien visibles, Sophie Aribaud considère qu’ « il faut attendre 15 jours pour bien évaluer, cela a tapé sur de petits bourgeons, peu développés, quand on touche parfois cela a un aspect papier Craft… »aussi « je prépare le terrain psychologiquement vis-à-vis de mes vignerons » qui pourraient ne pas les voir se développer dans les prochains jours.

Dégâts dû au gel à Saint Pierre de Mons, les feuilles commencent à brunir et se flétrir © Sophie Aribaud

Chez les vignerons de Tutiac, Eric Hénaux me confie qu’il y a eu « quelques parcelles sur Sauternes touchées la semaine dernière surtout mais au final peu de dégâts sur nos 5000 hectares de vigne. Ce n’est pas comme le Var ou la Vallée du Rhône qui ont enregistré 30 à 40% de casse ». Effectivement, tous ses vignerons réunis en coopérative comptent sur une vraie récolte, car « en 3 ans on a perdu une année de récolte », complète Eric Hénaux : « on a perdu 50% en 2017 à cause du gel, 25% en 2018 à cause de la grêle et du mildiou et 30% en 2019 à cause du gel, de la coulure et de la sécheresse… »

Fabien Teitgen, directeur du château Smith Haut Lafitte à Martillac: « ce matin on a mis les éoliennes en route à partir de 5h sur Cantelys quand l’alarme a sonné sur mon portable, je ne dors jamais avec mon portable sauf cette semaine…Mais c’est surtout dans la nuit de lundi à mardi où cela a sonné dès 22h30, je n’avais jamais vu cela, devoir mettre en route le système si tôt dans la soirée; c’est descendu au petit matin à -1,5°C, mais c’est passé peut-être grâce à l’humidité de la veille on a eu de la glace sur les feuilles…On est passé à côté heureusement et au final très très peu de dégâts hormis des complants, grâce au fait d’avoir mis en route les 4 ou 5 nuits où ça gelait. J’espère que cela va continuer comme cela, mais c’est vrai que quand cela pousse tôt on a plus de risques, et on se lèvera tous les matins s’il faut se lever tous les matins… »

Olivier Bernard du Domaine de Chevalier à Léognan reconnaît : « on était en alerte maximum depuis mercredi, jeudi et vendredi de la semaine dernière. C‘est vendredi dernier qui a été le plus dur dans l’ensemble avec des -3° dans les endroits les plus froids. On a redémarré lundi et mardi qui a été le plus marqué jusqu’à -4°. On pensait avoir passé cet épisode à risques et on a redémarré ce matin et c’est prévu aussi demain matin ».

Laurent Clauzel du château La Grave Figeac en Saint-Emilion, situé juste en face de Cheval Blanc constate : « je pense avoir gelé ce matin sur 20 ou 30 pieds, mais je n’ai pas mis les protections en place car chez moi la vigne n’est pas trop avancée, je préfère attendre un peu plus tard pour mettre les bougies. Car là ce n’étaient pas de très grosses gelées comme celle de 2017 où j’avais gelé à 85-90%. Le but de mettre des bougies en place, c’est pour sauver une récolte entière. »

De nombreuses bougies encore allumées ce matin © Sophie Aribaud

Quant aux moyens engagés par la famille Bernard : « au total, on a 15 tours, des cheminées qui diffusent de l’air chaud, et quelques bougies pas nocives, sur Chevalier et sur Sauternes-Barsac, avec 8 personnes sur le pont, mais on les démarre manuellement, pas de démarrage automatique intempestif, nous devons être vigilants avec les habitants, ils ont un peu raison, on a des droits (pour sauver la récolte) mais aussi des devoirs (le respect du voisinage) » commente Olivier Bernard.

« Cette semaine, ce n’était pas une configuration de gelées blanches -un phénomène très jaloux marqué aussi car à proximité d’une forêt de pins- mais plutôt de gelées noires, avec des vents froids qui descendent du nord et balaient tout sur leur passage. »

Quant aux dégâts : « on a constaté des dégâts mais assez légers, qu’on peut estimer à 5% sur nos deux secteurs –Pessac Léognan et Sauternes avec Clos des Lunes-, une parcelle a bien pris sur Suau à Barsac, mais les gelées les pires sont celles de fin avril ou début mai (mais là plus rares), car là les cabernets n’ont pas poussé, ce sont juste les blancs et les merlots qui sont plus en avance (bourgeons et petites feuilles) et là si ça crame vraiment tu peux perdre 30 à 50% de la récolte… »

Au château Haut-Lagrange, Francis Boutemy admet également avoir enregistré « -2,5° vendredi dernier; lundi alors que le ciel s’est dégagé de 19h à minuit, une brume a permis d’éviter des températures trop froides, on a eu -0,7, donc il n’y avait plus de problème. Sur nos parcelles, on n’a pas eu de dégât. Ce matin on était prêt à redémarrer, mais on a enregistré 1,7°. dans l’ensemble, « c’était limite, car la végétation a 15 jours d’avance…  » Ce qui inquiète aussi le vigneron, c’est la température du commerce actuel : « notre clientèle c’est la restauration et les particuliers, mais là c’est zéro, zéro, depuis 15 jours, tout le monde est confiné. A la sortie du confinement, il faudra être présent pour reconstruire les caves que les gens auront bues. On vit une période pas facile, il faut espérer que les gens retrouvent le chemin des cavistes et des grandes surfaces pour quelques bouteilles… »

Eric Hénaux, confirme aussi le coup de froid sur l’activité des vignerons de Tutiac  en cette période très particulière : « en baisse de 40%, avec les boutiques et le bar à vins à Bordeaux fermés, -80% de ventes sur les hôtels, cafés et restaurants, en revanche la grande distribution progresse et l’export est étal, et la vente d’asperges tourne plein pot… »

Chez les vignerons bio d’Aquitaine, Laurent Cassy, son président: « il y a eu des endroits plus compliqués que d’autres, sur Morizes cela a été juste mais on est arrivé à passer…Dans les Graves, ils ont dégusté plus que nous… On sait que fin avril, on va avoir un nouvel épisode de froid, et comme c’est bien sorti cela risque de faire du mal, car même les contre)bourgeons seront sortis. Quand on écoutait les anciens, ils nous disaient il y a 40 ans, un gros gel cela arrive tous les 15 ans, et même il y a 20 ans tous les 10 ans, et là on s’aperçoit que le gel, la grêle, etc, c’est presque tous les ans dans les vignobles.Il y a quelque chose qui se passe au niveau du climat et sur lequel il va falloir vraiment qu’on réfléchisse et prenne des mesures. »

L’horizon sur le front du gel semble s’éclaircir comme l’explique Olivier Bernard:  « a priori la semaine prochaine est plutôt bonne au niveau météo, on ne devrait pas rallumer, alors qu’arrive la lune pleine du 8 avril où traditionnellement on craint des gelées blanches, mais là ça ne devrait pas être le cas, ensuite il y a l’autre lune pleine du 7 mai, il faudra qu’on soit vigilant jusqu’au 7 mai… »

02 Avr

Les viticulteurs et maisons de Cognac mobilisés pour produire des solutions hydroalcooliques

Comme le groupe Pernod Ricard ou LVMH, d’autres entreprises et notamment celles liées à la production de Cognac se mobilisent pour produire des solutions hydroalcooliques. les premières bouteilles viennent de sortir des chaînes qui embouteillent d’habitude du Cognac.

Des solutions hydro alcooliques commencent à sortir des chaînes de maisons de Cognac © Cécile Landais- France 3 Poitou Charentes

C’est une ligne d’embouteillage un peu spéciale, une ligne qui met en bouteille de solution hydroalcoolique, juste à côté d’une autre qui continue à embouteiller du Cognac.

En tant de crise, en tant de guerre, l’industrie et les producteurs de Cognac s’adaptent…

Le Cognac fait au maximum 72°, il ne contient pas suffisamment d’alcool pour produire la solution hydroalcoolique, en revanche on est un certain nombre d’opérateurs dans la région à détenir de l’alcool de plus fort degré, qui sert soit à la fabrication de liqueurs, voire des ventes de vodka » Philippe Coste PDG de Meukow

En seulement 10 jours, la mobilisation a été rapide avec notamment le Bureau National Interprofessionnel du Cognac à la manoeuvre et plusieurs viticulteurs et producteurs ont donné de l’alcool.

Plusieurs viticulteurs, plusieurs négociants en avaient à disposition, après il a fallu trouver un partenaire, le laboratoire Calix de La Rochelle pour faire le mélange avec de l’eau oxygénée et du glycérol…Cela a été une belle opération de coordination », Patrick Raguenaud président du BNIC.

La chaîne de mis en bouteille de la solution hydroalcoolique© Bruno Pillet

C‘est un bel élan de solidarité que l’on doit aussi au concours du syndicat des viticulteurs : « on dit souvent qu’on est acteur de notre territoire, aujourd’hui on le montre.Le Cognac est là, il est dans le monde entier, mais il peut aussi accompagner tout ce qui est médical, les hôpitaux, les Ephad ou autres professions.

En tout 8000 bouteilles de 50 centilitres ont déjà été produites en une matinée, des bouteilles distribuées ensuite dans les pharmacies de la Charente et des cabinets médicaux en première ligne pour recevoir des patients dont la pathologie n’est pas trop grave.

Avec mes confrères de France 3 Poitou-Charentes Bruno Pillet et Cécile Landais, regardez leur reportage: 

01 Avr

Quand des chefs cuisiniers se mettent aux fourneaux pour soutenir les personnels soignants du CHU Pellegrin

C’est une nouvelle démarche qui vient du coeur et qui voit le jour ce mercredi. Une bande de copains cuisiniers et pâtissiers du saint-émilionnais se mobilise pour égailler le quotidien des soignants du service Covid-19 à l’Hôpital Pellegrin à Bordeaux en leur préparant de bons petits plats. 

Les chefs de Saint_emilion et alentours mobilisés pour l’Hôpital © Alexandre Baumard

A l’origine, c’est une bande de copains, des chefs qui partagent avec les soignants une tenue blanche. Mais au-delà de l’aspect vestimentaire, il y a aussi l’élan du coeur de ces chefs étoilés ou de restaurants bistronomiques: vouloir « soutenir ces gens qui font un travail remarquable », comme me l’explique Alexandre Baumard le chef étoilé du Logis de la Cadène à Saint-Emilion.

« On a l’habitude de se retrouver tous les 2 mois, à faire un repas chez les uns ou chez les autres », commence à m’expliquer Alexandre. Cette bande de copains, ce sont des figures de la gastronomie tout autour de Saint-Emilion: il y a Thomas l’Hérisson de l’Auberge Saint-Jean (*), David Charrier des Belles Perdrix(*) , Kendji Wongsodikromo de la Table de Catusseau à Pomerol, Stéphane Casset du Caffé Cuisine et Jean-Baptiste Depons de château Canon, auxquels se sont ajoutés Damien Amilien chef pâtissier et Mathieu Texier second du Logis de la Cadène (*).

Les chefs étoilés et de restaurants bistronomiques en pleine préparation ce midi © Alexandre Baumard

« Là durant le confinement, on prend notre café en visio par Messenger et un jour je leur ai dit : « cela ne vous dirait pas de récupérer un max de denrées de nos producteurs, avec lesquelles nous travaillons d’habitude, des produits parfois jetés, pour les apporter à l’hôpital. Les amis étaient prêts à me suivre, et en parallèle Stéphanie de Bouard Rivoal (la propriétaire du Logis de le Cadène et d’Angélus) m’a aussi proposé d’apporter un soutien à notre façon auprès des hôpitaux…Elle m’a dit avoir une connaissance au niveau de l’hôpital Pellegrin et qu’elle allait voir ce qu’on pouvait faire. Je suis rentré ainsi en contact avec Frédérique Albertoni, la directrice du mécénat du CHU et après plusieurs échanges avec cette dame fantastique, j’ai présenté le projet, qui a été validé lundi. »

Ainsi on a contacté aussi nos producteurs et éleveurs chez qui je suis passé ce matin chercher les matières premières…

Durant 3 semaines, à raison de 2 fois par semaine, sans doute les mardis et vendredis, on va livrer 120 repas en verrines au CHU Pellegrin » Alexandre Baumard

C’est aujourd’hui mercredi leur première livraison qui doit se faire entre 16h30 et 17, une livraison pour les personnels soignants qui sont dans le service Covid 19.

« En plat, on a fait un flan champignons et épinards avec du saumon deux cuissons, condiments, poivrons, crevettes grises et feuille d’huître et en dessert un crumble de pommes sur une base cacahuète ». Le tout réalisé en verrines, car ici avec la réalisation de paniers repas nous avons l’habitude et l’avantage de pouvoir stériliser avant d’utiliser les bocaux et après, cela fait une protection supplémentaire. »

Le Professeur Denis Malvy à droite qui co-gère la cellule de crise sur le coronavus civid-19 depuis le début

Pour la réalisation, les chefs ont bien sûr pris les protections nécessaires avec masques, gants et respecté un minimum de distance. « C’est l’idée de se retrouver entre copains et surtout de soutenir ces gens de l’hôpital qui font un travail remarquable. »

« En prime, Stéphanie de Bouard Rivoal et son père ont déposé un peu plus d’une centaine de bouteilles de leurs propriétés qu’on va partager sur les 6 prestations qu’on va faire, » complète Alexandre Baumard.

Un grand bravo à tous, chefs, producteurs et viticulteurs.

A Bordeaux, les maisons de négoce continuent de fonctionner dans un marché « compliqué »

Avec la pandémie du coronavirus, le monde économique s’est brusquement ralenti. Pour les négociants bordelais, il a fallu déjà organiser le travail, alléger les équipes présentes, prendre des mesures de précaution, de distanciation, ou faire du télé-travail. Quant aux marchés, ils se sont très fortement ralentis en mars avec des baisses de commandes de 50 à 80%. Comment les chefs d’entreprises de ces maisons de négoce gèrent cette crise, Côté Châteaux les a interrogés ce matin.

C’est une période difficile pour tout le monde et les maisons de négoce qui commercialisent le vin ne sont pas épargnées. « On est un peu comme les capitaines de navire, parés à virer, un coup de barre à droite, un coup à gauche, et on prend des coups de tous les côtés », commente Jean-Pierre Rousseau de Diva à Bordeaux.

Thierry Decré, le PDG de LD Vins (archive 2017) © Jean-Pierre Stahl

Déjà, il a fallu organiser le travail qui continue comme  me l’explique Thierry Decré Pdg de LD Vins à Bordeaux : « c’est un peu compliqué, nous on a mis une partie en chômage technique, une autre en en garde d’enfants confinée, et une autre au travail. On était trop serré, on avait des gens inquiets et d’autres qui avaient des enfants, on a donc géré en fonction de chacun. Pour la dizaine de collaborateurs qui viennent, tout le monde se déchausse en entrant (ils ont apporté une paire de pantoufles ou de chaussures qui restent à l’intérieur du bureau), on se désinfecte les mains avec du gel hydro alcoolique avant d’entrer, si on doit parler l’un en face de l’autre, on respecte 2 à 3 mètres de distance et autrement pour tenir une réunion, on met alors des masques. On fait une journée continue qui s’arrête à 16 heures ».

Chez Diva, quai de Bacalan à Bordeaux, Jean-Pierre Rousseau témoigne: « je viens au bureau tous les jours, on est 1/3 du staff, chacun son bureau, on fait les gestes barrières… » Chez Twins à Bruges, Anthony Moses m’explique que « la veille de l’annonce du confinement, on a mis tout le monde en télé-travail. Progressivement on va mettre en place du chômage partiel (pas forcément intégralement certains auront une activité de 20 à. 50%), en arrêt maladie ou en garde d’enfants. A distance, on n’est pas capable d’avoir une productivité optimale car on est en open space… »

Quant à la commercialisation, certains me confient « c’est le bordel », les situations sont particulières pour tous. « C’est un ralentissement partout, en France où c’est le confinement c’est compliqué, la Grande-Bretagne continue de chercher des bonnes affaires au coin du bois, c’est du rail… » selon Thierry Decré. « Jusqu’en février tout s’est tenu, on mars on enregistre une baisse d’environ 50%, dont une partie sera reportée quand cela va repartir. »

Jean-Pierre Rousseau (novembre 2019) © Jean-Pierre Stahl

Jean-Pierre Rousseau était ce matin en ligne avec une Compagnie Maritime : « voilà deux secteurs dans les choux, le duty free et le travel retail. Sur les bateaux de croisière et dans les ports. Comment doit-on récupérer de la marchandise déjà partie et pas livrée car le bateau n’a pas accosté par exemple, ce sont des trucs de folie dont on n’a pas idée ! Là, on a sorti les avirons et on rame à contre-courant…C’est dommage, on avait fait un bon début d’année, et là on sait déjà qu’en avril ce sera Waterloo ! »

« A l’export, en Asie, la situation est diversifiée. Hong-Kong est complètement mort. Tous les petits arrangements de vins qui partaient de Hong-Kong vers la Chine, c’est terminé » explique Jean-Pierre Rousseau. « La situation commence à s’améliorer en Chine, à Taïwan et en Corée, avec des résultats remarquables sur Taïwan et la Corée où il y a eu très peu de morts.Singapour, la Malaisie et les philippines, on espère que cela va repartir…Les opérations internet marchent très bien pour Vivino, tout ce qui est restauration et hôtels c’est mort, en grande distribution cela marche à peu près, malheureusement beaucoup de cavistes sont fermés… » « Enfin aux Usa, Bordeaux est impacté même si ça continue de fonctionner, ce n’est pas la joie car les gens passent devant les rayons de Bordeaux rouge et même de champagne sans s’arrêter, préférant d’autres pays producteurs, avec la taxe de 25% qui a marqué les esprits. » Diva enregistre « une chute en mars de 75% des commandes et on s’attend à ce qu’avril soit du même acabit ».

Allan Sichel lors de la dégustation des primeurs en avril 2019 de l’Union des Grands Crus de Bordeaux © JPS

Confirmation également auprès d’Allan Sichel de la Maison Sichel : « au fur et à mesure, il y a de plus en plus de confinement, tous les marchés sont confinés, ce qui marche encore un peu ce sont les supermarchés. Notre activité est donc ralentie même s’il y a une poursuite malgré tout sur la Grande-Bretagne et ses supermarchés. Dans ce contexte, on a mis aussi en place un dispositif de télétravail, au bureau nous avons 35 postes de travail d’habitude et là il n’y en a que 3 qui sont occupés, tout le reste se fait par le télé-travail dans des conditions satisfaisantes. On parle d’une reprise en Chine, mais il y a un traumatisme de la population et cela va être long avant que cela ne redevienne normal.Nous avons quelques commandes qui partent, mais il y a une difficulté pour le transport, fortement perturbé, avec la disponibilité de containers vides. Fixo continue à fonctionner, on a avis des craintes à l’approvisionnement de matières sèches, maison arrive à trouver des solutions… On fait tout pour maintenir l’activité existante. »

Anthony Moses dans les chais de Twins Bordeaux © JPS

Pour Anthony Moses de Twins : « l’activité est très légère, on fait essentiellement de l’export. Les ventes au détail sur internet marchent pas trop mal, les gens sont confinés chez eux et boivent, ils se font livrer du vin. C’est vrai en Grande-Bretagne, c’est vrai aux USA, au Canada. Il y a aussi une chute au niveau du prix de vente moyen, les gens achètenent des vins meilleurs marchés car ils n’ont pas de visibilité.On ne sent pas poindre de remise en Asie à notre niveau… Notre baisse actuelle est de 70 à 80%, c’est vraiment une petite activité, mais on est habitué à avoir de grosses différences entre les mois. Les grosses maisons de négoce sont quand même capitalisées, mais on est inquiet pour l’avenir surtout pour la restauration, beaucoup auront du mal à s’en remettre.

Et s’il n’y avait que cela, certains déplorent aussi des commandes passées et payées qui n’ont pas été livrées du côté notamment d’un grand château du Médoc, ce qui fait que ces maisons de négoce ne peuvent pas livrer leurs clients…Et par ailleurs, des grands châteaux ne seraient pas accommodant pour étaler des paiements…

« Il faut dire que les vins les plus chers pourraient moins se vendre »aussi comme le souligne Anthony Moses car « les bourses en forte baisse ont un impact important, on est là dans une vraie crise. »

Thierry Decré regrette cette gestion de crise avec « pas de gel Hydro-alcoolique et de masques dans les pharmacies, pas suffisamment de tests comme en Asie; aujourd’hui les membres du Gouvernement peuvent dire ce qu’il veulent, ils n’ont pas fait ce qu’il fallait…Et quand on voit que les violons ne sont pas accordés avec ce professeur à Marseille qui avance avec la chloroquine, c’est une gestion un peu bizarre qui m’agace.. ».

Quant aux primeurs, Thierry Decré n’y est pas favorable pour le printemps, « il faut attendre septembre, car s’il y avait une mise sur le marché en juin, cela ne laisserait passer que les vins les plus demandés et n’aurait pas l’effet habituel d’aspiration des autres vins… » Jean-Pierre Rousseau est lui davantage « favorable à une campagne en juin si les choses le permettent, si elle a lieu », car « en septembre les gens auront la tête ailleurs. » « A mon avis, la campagne primeurs n’aura pas lieu, pense Anthony Moses, « mais cela n’engage que moi, est-ce que cela a un sens de faire une campagne alors qu’on parlera de morts et de faillites, ce ne sera pas un timing opportun… »

Allan Sichel commente : « ce que j’espère c’est que l’on sorte de cette pandémie, et que l’on fasse une campagne très concentrée sur fin mai-début juin, mais bien sûr il faut qu’il y ait un appétit et une sortie de crise pour les différents marchés. On pourrait imaginer une petite campagne sur quelques produits, mais il faut aussi se préparer sur pas de campagne du tout et là ce sera très négatif pour la filière bordelaise. Cela serait encore une complication de plus. »

Le seul point positif « continue Anthony Moses, « c’est que les gens boivent quand même un peu plus, donc chez nos clients en Grande-Bretagne, aux USA et au Canada, ils ont peur d’une pénurie et donc commandent. Mais pour les petits et moyens châteaux, qui souffraient déjà, cela risque d’être terrible, un vrai naufrage. »

31 Mar

Bordeaux : une longue et dure nuit à combattre le gel…

C’était une nouvelle fois une nuit bien froide qui a réservé son lot de surprises. La veille neige et humidité s’étaient installés dans le Bordelais, sans vraiment tenir. Cette nuit le thermomètre a fait le yoyo entre une température positive et une température négative. De nombreux viticulteurs étaient mobilisés pour combattre le gel avec bougies et éoliennes. Tous croisent les doigts en attendant de constater les dégâts dans les heures et les jours qui viennent.

« Certaines soirées sont plus difficiles et longues que d’autres… J’espère que l’on ne sera pas trop touchés… » © Paul Garcin château Haut Bergey

« Allumez, le feu… » « Après ces nuits de luttes contre les gelées, je pense toujours à notre bon vieux Johnny, » commente ce matin non sans humour Jean-Jacques Dubourdieu du château Daisy-Daene. « Allumez le feu… laisser derrière toutes nos peines, nos haches de guerre, nos problèmes », pour sauver le 2020 qui sera, si on parvient à le récolter, un millésime bien étrange », complète t-il son post Facebook.

Contacté dans l’après-midi, Jean-Jacques Dubourdieu commente pour Côté Châteaux: « on s’en est pas trop mal tiré, on a eu plus de dégâts dus au gel en fin de semaine dernière. C’était quand même couvert et cela s’est stabilisé très vite grâce à nos efforts, même s’il a quand même gelé. Clos Floridène est sur un terroir calcaire, un endroit généralement frais, en face sur les Côtes de Bordeaux  à château Reynon on a en général 3 à 4° de plus, mais là c’est tombé à 0°. A Daisy-Daëne, rien de dramatique, on s’en est sorti… L’an dernier on a gelé le 5-6 mai, cette année cela commence en mars, on a 5 semaines à tenir cela risque d’être long.

Paul Garcin du château Haut-Bergey à Léognan me confie ce matin: « on a une bonne gueule de bois, et on en a eu plusieurs même, cela fait des nuits presque sans dormir, mais ça va ça va...On est descendu à -1,2° au thermomètre, quand on sait que le point de détérioration est à -3°, donc à voir…

« On a mis en place des bougies de paraffine stéarine inodore, incolore, qui ne fait pas de fumée noire qui souvent donne l’impression de pourrir la planète, mais là c’est de la paraffine pas de la pétrochimie. Et par ailleurs on a deux tours sur les parties gélives, mais cette année c’est particulier, tout est décalé…Cela peut geler ailleurs. »

« Ce matin, on a un tracteur qui passe une préparation de valériane, c’est de l’homéopathie, qui permet un manteau de chaleur sur la vigne pour que cela aille mieux. Mais on en saura un petit peu plus cet après-midi, et surtout on se rendra bien compte de la réalité dans une semaine. Cette nuit, seuls les merlots ont pu être touchés, les cabernets ne sont pas sortis, les feuilles ne sont pas trop touchées. »

Au © château Haut-Bergey, en biodynamie, ce matin une préparation de valériane dynamisée pour protéger la vigne

Au château de France, également en Pessac-Léognan, Arnaud Thomassin reconnaît : « j’ai passé toute la nuit dehors; cela a commencé à geler à 22h30, on a alors utilisé nos tours à vent et nos bougies. Et on a gelé nulle part ! Même là où on n’était pas protégé…Il a pourtant fait -2°C vers 2-3 h du matin. Avec l’humidité de la veille et la neige, normalement cela accélère le risque… En fait, il s’est formé une épaisseur de glace, c’est peut-être cela qui a permis que la vigne ne gèle pas, donc c’est une bonne nouvelle », un peu comme le phénomène de l’aspersion que font notamment les Bourguignons.

En Castillon, à Sainte-Colombe, Philippe Carille du château Poupille avoue: « on n’a rien fait, mais pour le moment on a tenu ! On est peut-être descendu à -1°C, mais on n’a pas gelé, en revanche cela a pris en limite de Dordogne. Vendredi matin, c’était chaud patate, cela a été limite. »

 


Dans les Graves, au château Chantegrive, Marie-Hélène Lévêque me raconte cette nuit particulière: « le ciel s’est dégagé vers 21h-22h hier soir, on avait des ballots de paille, mais on ne pouvait pas allumer les feux à ce moment là, car la paille brûle plus vite que les bougies…A partir de 3h, on a eu un brouillard très épais qui nous a laissé espérer une protection jusqu’au petit jour…Cela oscillait entre 0° et -1°, la vigne gèle à -1,8°, c’était limite, si ça passe ce sera très juste. Les cabernets ne sont pas sortis, ils sont encore dans le coton. Quant aux merlots, les feuilles sont bien étalées, s’ils ont brûlé on aura des contre-bourgeons, mais enfin on n’avait pas besoin de cela… »

Cette nuit, le combat contre le gel avec des ballots de paille au © château Chantegrive

« A la limite, il aurait fallu allumé à 9h du soir mais quand on vous annonce 2°, on n’allume pas. Toutes les météos se sont trompées, j’en ai pourtant 7 différentes, elles disaient que cela ne descendrait pas en dessous de 2°… C’est vraiment très compliqué le gel. Vendredi, on a eu un petit coup de gelée à courant d’air, qui a endommagé quelques bourgeons, mais rien de bien méchant. On se souvient des grosses gelées quand il y a une lune rousse comme le 21 avril 91, le 27 avril 2017 ou encore l’année dernière les 13 avril et 5-6 mai… »

D’autres vignerons se veulent rassurants, comme Hervé Faye du château Laville en Bordeaux Supérieur à Saint-Sulpice-et-Camérac :  « pour le moment autour de moi, personne n’a été touché et c’est tant mieux, sachant que nous avons encore le mois d’avril à passer. C’est vrai que l’avance de la vigne fait paniquer un peu tout le monde. Mais pour le moment cela ne se passe pas trop mal, même si il y a cette ambiguïté du climat où les après-midis on peut presque enfiler un maillot de bain et les matinées où il faut sortir la doudoune… » En tout cas un épisode de gel forcément n’aiderait pas nos propriétés à commercialiser, on s’en souvient pour le millésime 2017 qui avait gelé et qui était un bon millésime. Surtout pas d’affolement. »

Du côté de la cité millénaire, Philippe Raymond responsable technique et du contrôle au Conseil des Vins de Saint-Emilion commente : «  les températures sur Saint-Emilion ont été un peu moins basses que la semaine dernière, mais cela dépend aussi des zones, il y a eu beaucoup de bougies, d’éoliennes mises en route et des hélicoptères sur Saint-Christophe-des-Berdes et la zone Figeac mais pas d’impact globalement, localement cela a pu souffrir un peu. La semaine dernière sur Saint-Pée d’Armens, cela a été plus violent quand même ». 

Du côté du Médoc, Claude Gaudin président de l’ODG Médoc, Haut-Médoc et Listrac confirme : « je n’ai pas eu d’infos sur des dégâts significatifs cette nuit, vendredi matin il avait fait plus froid avec des températures de -1°C sur les bords de Garonne, également au Pian Médoc, des hélicoptères avaient tourné au dessus des vignes, mais dans les 2 cas pas de dégâts significatifs qui mettraient en péril quoi que ce soit. Maintenant on attend vendredi avec un peu d’appréhension.

Christophe Château du CIVB corrobore un vignoble de Bordeaux très peu touché, « des dégâts très minimes mais zéro impact sur le récolte, cela repasse au doux pour les 15 jours à venir, il ne faudrait pas qu’il y ait une vague de froid fin avril comme en 2017, cela serait catastrophique. »

En tout cas, Côté Châteaux salue ici la mobilisation des vignerons et de leurs équipes, sur le front du gel, dans cette période délicate.

30 Mar

Le château Mayne-Lalande offre un week-end aux personnels soignants en guise de soutien moral et de solidarité

C’est une démarche désintéressée, qui vient du coeur. Un vigneron de Listrac, qui a côtoyé le monde médical il y a 10 ans et a vaincu une maladie, a décidé d’offrir 5 week-ends en septembre et 5 autres en octobre à des personnels soignants sur le front du coronavirus.

Le © château Mayne Lalande à Listrac Médoc, une belle longère qui va accueillir les soignants en septembre, octobre

Bernard Lartigue est un « vigneron parti de rien », comme me le décrit Loïc Siri;  un vigneron qui aujourd’hui a atteint 20 hectares au niveau de son château Mayne-Lalande, situé sur l’appellation Listrac dans le Médoc.

Son histoire est certes intéressante, c’est parait-il « un personnage », que j’ai hâte de rencontrer (et que j’ai déjà du croiser d’ailleurs) et qui est bien « scoré » dans le monde du vin. Mais moi, ce qui m’a touché, c’est sa démarche humaniste, cette fibre qui me tire souvent les larmes aux yeux quand le projet ou le film est beau. La semaine dernière, avec Loïc Siri son community manager, ils ont partagé sur Facebook une photo montage du domaine avec des personnels soignants habillés de la tête aux pieds pour se protéger du coronavirus, avec ce message « solidarité ».

Du coup j’ai cherché à en savoir plus et ai contacté Loïc Siri puis Bernard Lartigue… « Je ne me suis pas posé longtemps la question, puisque j’en ai l’occasion et la possibilité », me confie Bernard Lartigue. « Je me suis dit pourquoi ne pas offrir un week-end à ces gens, à ces soignants pour les soutenir, et pourquoi pas au moment des vendanges pour vivre une expérience avec les vendangeurs et leur organiser un repas gastronomique…un vrai moment de convivialité… »

Une initiative qui va sans doute réchauffer le coeur de nos soignants, une initiative signée Bernard Lartigue 

Je suis et j’ai toujours été admiratif et reconnaissant pour ces personnes qui travaillent dans le milieu médical. Ils font preuve de prouesse et d’un exceptionnel esprit de générosité, de dévouement et d’attention, avec pour certains soignants des rémunérations qui ne sont pas à la hauteur du travail et des responsabilités« , Bernard Lartigue vigneron.

« J’ai donc penser associer ces gens de la médecine avec nous le monde du vin dans cet endroit du Médoc pour un week-end. Cela sera un moment agréable ». Et dans le principe ?  « Ce sera un week-end en septembre et un autre week-end en octobre pour 5 couples à chaque fois car c’est notre capacité d’accueil. Il y aura non seulement la partie hôtellerie mais aussi gastronomie que je souhaite aussi, on mettra tout en oeuvre pour régaler ces personnes, c’est également important.

Derrière cette belle initiative, il y a une belle personne qui a vécu en 2008 une épreuve, un cancer : « oui, j’ai eu un cancer de la peau, un mélanome, que j’ai moi-même observé et que j’ai vu grossir, j’ai pris rendez-vous avec un dermatologue de Bordeaux, sans doute le meilleur, qui m’a diagnostiqué immédiatement et me l’a enlevé, puis j’ai eu 2 as de traitement, et si je suis là aujourd’hui c’est graves à eux, aux soignants qui font preuve de sérieux et d’un grand talent, face à la maladie qui peut être sournoise, comme pour moi, c’était une course cotre-la-montre. »

Aujourd’hui, c’est pour lui une évidence, un geste qui sonne presque comme un juste retour, quant aux réponses ? « On attend de voir, d’avoir les personnes, après on fera un tirage au sort, avec une représentativité un équilibre, on aura par exemple un(e) chirurgien, un(e) anesthésiste, un(e) infirmière et un(e) aide-soignant(e) bien sûr…une parcelle de tout le corps médical représenté, pour qu’il y ait ce moment de partage, d’échange et de dialogue, tellement nécessaire en cette période de confinement. »

Un coup de chapeau de Côté Châteaux et merci Bernard.

Et pour entrer en contact:  vous pouvez envoyer un mail à Bernard Lartigue à son adresse mail: blartigue2@wanadoo.fr ou joindre Bernard Lartigue au 06 12 70 97 28

27 Mar

Gel à Bordeaux : 2020 commence décidément très mal…

Cette nuit de nombreux viticulteurs étaient mobilisés pour combattre un gel tant redouté et qui est finalement arrivé dans les secteurs traditionnellement « gélifs. » Les températures sont descendues par endroits de -1 à -2,5°C, un souci pour toutes les parcelles qui ont vu la vigne débourrer avec 15 jours d’avance. La semaine prochaine, d’autres températures négatives sont à craindre…

La lutte contre le gel cette nuit au © château Croix de Labrie en Saint-Emilion

Non seulement il y a cette sacrée pandémie, non seulement les viticulteurs éprouvent toujours des difficultés pour vendre, mais aussi revoilà le gel. Le tout donne un climat anxiogène, qui ce matin a mis en pleurs quelques viticulteurs.

Ils étaient quelques-uns à allumer vers 3h30 – 5h leurs bougies, ballots de paille ou système Frostguard. Sophie Aribaud, conseillère viticole dans le libournais et l’Entre-deux-Mers commente : « quand cela commence à geler à 3h30 du matin et que cela continue jusqu’à 7 heures, c’est plié, en général une demi-heure suffit parfois pour faire des dégâts  Je suis sur un groupe What’App. Certains châteaux ont allumé, d’autres ont fait tourner les hélicoptères ».

Quand c’est encore dans le coton, ça tient, mais on a vu les feuilles et petites grappes déjà bien sortir par endroits, et avec des températures de -2 à -3, cela crame… Ce qui est plus gélif a été impacté ce matin… » Sophie Aribaud conseillère viticole.

Nicolas Lesaint au château de Reignac me confie: « vues les températures, c’est limite, ce ne sont pas les grands froids de 2019 et surtout 2017. » Et après un tour d’horizon à 10h30, 11h, « on est touché, tous les coins gélifs habituels sont touchés. J’ai perdu mes deux derniers bourgeons de latte, cux-là ont été balayés, mais bon les vignes sont à des stades étalés… Tout n’est pas encore sorti. Ce n’est pas la cata pour l’instant. »

A Martillac, Fabien Teitgen directeur du château Smith Haut Lafitte :

Il a fait froid, on y était…On a allumé des bougies vers 3H30 dans les coins froids, notamment sur l’autre château Cantelys où on a deux éoliennes avec générateur de chaleur. A Cantelys, c’est descendu à -3°… » Fabien Teitgen directeur Château Smith-Haut-Lafitte

Et d’ajouter : « hier matin, ils annonçaient plus froid et on n’a rien eu, ce matin c’était annoncé 1° au dessus et on a eu 3 degrés de moins ! On verra cet après-midi que cela donne. Mais enfin ce sont vraiment les coins froids usuels. Sur Smith Haut-Lafitte, c’est plus chaud autour du château, on a d’ailleurs une pousse de 7 à 8 centimètres de haut. Je pense c’est passé à côté ce matin. Mais on a 3 matins qui vont être compliqués, plus inquiétants… »

Dans les Côtes de Baye et Côtes de Bourg, Michaël Rouyer et Didier Gontier, les directeurs respectifs des syndicats viticoles se renseignent. Pour Michaël Rouyer« a priori pas de gros dégâts dans le Blayais », quant à Didier Gontier me confie avoir eu un de ses vignerons qui l’ a appelé, « dans les bas-fonds ça a du morfler mais il faut attendre 2 jours, mais ce qui est inquiétant c’est ce qui arrive mardi… »

Jean-François Galhaud, président du Conseil des Vins de Saint-Emilion, se dit inquiet pas tant pour ce matin mais surtout pour la semaine prochaine: « j’ai entendu les hélicos, mais autour de chez moi c’était positif, mais cela a du taper par endroits…Mais enfin tout n’était pas sorti, un pied sur 5 avait débourré. Ils annoncent une gelée forte pour la semaine prochaine, il ne manquait plus que cela… » Il faut dire qu’il est sur plusieurs fronts, à essayer d’organiser des conseils d’administration en Visio-conférence, confinement oblige, pour gérer les problèmes actuels d’aides à l’emploi, de chômage partiel et après la sortie de crise…Et après un tour d’horizon,  » les dégâts ne sont pas significatifs, je n’ai vu que quelques petites feuilles gelées, mais Alain Vauthier comme François Despagne qui sont de grands techniciens ne sont pas inquiets, si cela débourre cela va être plus compliqué la semaine prochaine, je suis plus inquiet par ce qui va arriver mercredi ou jeudi prochain… »

Au château Croix de Labrie en Saint Emilion Grand Cru, Pierre Coudurié a mis les grands moyens avec de nombreuses bougies dans ses vignes  et publie sur Facebook : « 2eme nuit @croixdelabrie -1C dans les vignes . On se bat « 🔥
Le gel arrive tôt cette année

Joint ce midi, Pierre Coudurié me confie : « on vient de décharger deux nouvelles palettes de bougies à la main ».  Cela fait deux nuits de suite qu’il est sur le front du gel : « hier soir, c’était limite, avec quand même des endroits touchés et aujourd’hui « un peu plus chaud » comme on dit. Le plus dur, ce sera dans la nuit de dimanche à lundi et de lundi à mardi. Cela arrive tôt, avec deux semaines d’avance et on n’est pas encore au mois de mai… »

 

En Pessac-Léognan, Arnaud Thomassin du château de France : « on a eu -2,5°C, mais on avait anticipé, cela fait 2 nuits qu’on travaille, on avait anticipé avec des bougies, éoliennes et appareil qui souffle de l’air chaud. On a de petits dégâts dans le bas de la propriété, mais cela a l’air d’aller. Mais c’est surtout la semaine prochaine, cela risque d’être encore plus compliqué, car encore plus froid. Cela devient usant mais on sera prêt. »

 

Avec les températures qui s’annoncent aussi ce week-end, cela va encore favoriser la pousse comme me l’explique Sophie Aribaud: « on a des choses qui vont encore sortir au niveau des bougeons, ils annoncent 20°, mais dans la nuit de lundi à mardi, on devrait avoir des températures encore plus froides, selon  MeteoBlue, ça craint, des températures qui mercredi ou jeudi pourraient être des températures négatives (de -1à -2° sur Saint-Emilion) qui pourraient avoisiner les -5 par endroits. (jusqu’à -8° en ressenti sur 2 ou 3 nuits). Autant dire un nouveau cauchemar. Tout le Bordelais a encore en tête ces 27 et 28 avril 2017 où 40% de la récolte avait été perdue, mais c’était un peu plus tard ce qui est rassurant, la vigne était encore plus avancée.

Pour Sophie Aribaud, dans l’immédiat: « il faut que les viticulteurs arrêtent de travailler les sols, de tondre, il ne faut pas plier, pendant 2 à 4 jours, il ne faut rien toucher au sol, sinon ça attire encore plus le gel.Et puis les viticulteurs avec ce réchauffement climatique vont devoir changer leurs habitudes notamment éviter de tailler trop tôt dès la fin novembre, il faut une taille plus tardive et choisir aussi des porte-greffes plus tardifs. »

Tous les vignerons croisent les doigts pour les jours à venir. Ils vont une fois de plus se tenir prêts à combattre le gel avec les moyens du bord. Suffiront-ils ? A suivre… Bon courage à eux.

Dernière minute : ce week-end les prévisions météo misent sur un léger réchauffement. Des températures qui pourraient repasser positives… On croise les doigts.

26 Mar

Attention au gel dans les prochains jours: la préfecture rappelle les modalités de lutte pour les viticulteurs

Ce matin, le thermomètre a frôlé les 0° et est même descendu légèrement en dessous dans quelques rares endroits gélifs, mais pour les heures et jours qui viennent le phénomène pourrait devenir inquiétant alors que la vigne a débourré…Aussi la préfecture de Gironde rappelle les règles de lutte contre le gel, règles que connaissent bien les viticulteurs, mais on ne sait jamais…

Des températutures de -1,7 à -2°C sur les zones gélives de Saint-Emilion l’an dernier les 5 et 6 mai 2019 © Sophie Aribaud

Voici en substance les modalités de mise en œuvre des mesures de lutte contre le gel dans les cultures viticoles, un gel matinal qui pourrait intervenir prochainement, avec une vigne qui a commencé à pousser plus tôt que d’habitude :

• les opérations de brûlage doivent intervenir seulement lorsque le risque de gel est avéré et respecter les prescriptions du règlement interdépartemental de protection de la forêt contre les incendies du 20 avril 2016 dans les communes à dominante forestière ;

• les opérations de brûlage sont suspendues dès que le vent atteint ou excède 5m/seconde (soit 18 km/h) ainsi qu’en période d’épisode de pollution de l’air ;

• une surveillance humaine et constante sur place est obligatoire avec, à disposition immédiate, les moyens d’extinction nécessaires et proportionnés ;

• l’utilisation de dispositifs de type « contenant » (braseros, vasques, …) doit être privilégiée ;

• les foyers de plein air utilisés en vue d’assurer la protection des cultures et vignobles contre les gelées ne pourront être alimentés par des combustibles de nature à provoquer des fumées opaques ou des produits de combustion toxiques. Sont notamment strictement interdits, les brûlages de pneumatiques et les huiles de vidange (article 163 du règlement sanitaire départemental) ;

• les opérations de brûlage ne doivent en aucun cas gêner la circulation routière et en particulier la visibilité des usagers de la route, ni causer de nuisance au voisinage (irritation, picotement …) ;

• les opérations de brûlage doivent être organisées dans le respect des consignes de distanciation sociale et en respectant les gestes barrières ;

• toute opération de brûlage doit être précédée d’une information préalable du Maire et du centre de secours SDIS le plus proche.