01 Sep

A l’ISVV, les oenologues de France ont planché sur les goûts de fumées dans les vins

Après les violents incendies en Gironde, l’Union des Oenologues de France a réuni un collège de scientifiques, d’oenologues, de laboratoires et de propriétés étrangères ou françaises qui ont été confrontés aux goûts de fumées. A date, il n’y a pas de problème sur les vins ici à Bordeaux. Les quantités analysées par les laboratoires sur des vignes proches des feux restes infimes, mais le problème mérite que l’on travaille dessus. Un appel à projet a été lancé. Témoignage également de vignerons proches de Landiras et Barsac.

La fumée proche du vignoble de © Loïc Pasquet

Le 12 juillet à Landiras, le feu s’est déclaré à quelques centaines de mètres du domaine Liber Pater de Loïc Pasquet. Des fumées, qui selon les vents, ont pu venir par moment sur sa propriété.

Sur son domaine Liber Pater, Loïc Pasquet goût ses raisins, aucun goût de fumée © JPS

Ici c’était irrespirable, ca piquait les yeux, le soleil était totalement voilé, on ne pouvait  pas respirer donc il y avait des jours où on était très clairement exposé à la fumée, donc l’impact qu’on va avoir sur le raisin on ne le connait pas, parce qu’on n’a pas cette expérience »  Loic Pasquet de Liber Pater.

Ses raisins ne révèlent aucun goût suspect, que de bons goûts de fruits rouges, toutefois ce feu intense qui a pu dégager des phénols volatils l’inquiète pour les années à venir…

« Ca peut-être préjudiciable, car le risque ultime c’est de perdre la récolte de Liber Pater. L’année dernière on a gelé, cette année on a le feu, donc on ne va pas perdre tous les ans des récoltes… »

Proche du vignoble des Graves, ces fumées ont aussi atteint Barsac-Sauternes. Au château La Clotte-Cazalis, Marie Pierre Lacoste goûte pour vérifier ses premiers jus de sauvignon, sémillon….

Marie-Pierre Lacoste-Duchesne goûtant ses premiers jus © JPS

Ce que je goûte aujourd’hui, on ne trouve pas de goût de fumée, après on ne sait pas pendant les process de fermentation, les transformations aromatiques si le goût de fumée peut apparaitre un peu plus tard, on n’a pas de recul par rapport à cela, donc on va rester vigilant dans les semaines qui viennent et on reste très positif. » Marie Pierre Lacoste château la Clotte-Cazalis

Une conférence s’est tenue sur cette problématique à l’ISVV mardi soir ©  JPS

Mardi soir, à l’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin, l’Union des Oenologues de France avait convié de nombreux oenologues, scientifiques, responsables de laboratoires, directeurs de vignobles déjà impactés par des feux, à restituer leurs expériences et études en la matière. Pour Alain Blanchard professeur et directeur de l’ISVV ces problématiques de goûts de fumées dans les vins : « c’est un risque qui existe et est avéré. » « Cette année, c’est une alerte sur des problèmes qui peuvent revenir. »

Didier Fages, président de l’Union des Oenologues souligne que « le Portugal, l’Espagne, l’Italie et la Grèce souffrent plus que nous », également les USA; c’est un problème plus vaste qui peut toucher tous « les fruits qui pourraient absorber ces phénols volatils… » Tout en rassurant, les premières analyses ont montré peu de conséquences ici, et sont même en dessous des seuils de perception de ces molécules odorantes. Mais bien sûr, « il y a le sens du vent qui rentre en jeu… »

Didier Fages, président des oenologues de France © JPS

Les retours d’expériences ont été fructueuses selon Pierre-Louis Teissedre selon « une étude canadienne les incendies émettent dans l’air ambiant une grande partie d’hydrocarbures aromatiques polycycliques. Plus de 500 composés odoriférants volatils sont contenus dans la fumée dérivée du bois ».

Pour Vincent Renouf, directeur général du laboratoire Excell :  » des notes fumées, médicinales, cendrées peuvent être perçues » dans ce qu’on appelle ces goûts de fumées. Fort heureusement, ces incendies sont arrivés très tôt, tous les vignes n’avaient pas encore connu la véraison, à la différence de la Californie en 2020 et de la Provence en 2021 (où présence de gaïacol sur mouts/raisins et vins), là sur les 400 analyses faites à date les données (à Bordeaux) sont très très rassurantes. »

La pluie tombée ces dernières semaines a pu aussi lessiver en partie les baies. Le vignoble bordelais dans son ensemble n’a quasiment pas été impacté. D’autres analyses seront sans doute effectuées sur les parcelles les plus proches des incendies après les fermentations.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Nicolas Pressigout et Léo Prévost :

 

22 Août

Vendanges : les travailleurs handicapés mis à l’honneur au château La Garde

En Gironde, certains châteaux allient le travail et l’insertion. C’est le cas depuis plus de 5 ans au château la Garde qui fait appel aux travailleurs de l’ESAT Magdeleine de Vimont à Castres-sur-Gironde. 30 vendangeurs sur le pont depuis ce matin, très appréciés de tous.

C’est la reprise pour ces 30 travailleurs en situation de handicap de l’Etablissement et Service d’Aide par le Travail (ESAT) Magdeleine de Vimont à Castres-sur-Gironde, un coup d’envoi des vendanges en blancs au château la Garde à Martillac en Gironde; un travail important et aussi valorisant.

« C’est très facile, on met la main comme cela et puis on coupe comme ça pour ne pas se couper », explique Yannick, qui a commencé les vendanges il y a 25 ans déjà au château Crabitey « en 1997, ça date … » commente-t-il encore.

Sabrina : « nous faisons différentes activités au sein de l’ESAT qui sont assez sympathiques, moi ça fait 17 ans que j’y suis, on récolte donc la vendange, c’est assez simple, on coupe et on vide dans les cagettes, pour après mettre dans les cuves quand ce sera trié…Nous faisons plusieurs châteaux différents également. »

Tous sont majeurs et ont entre 18 et 60 ans, ils ont quelques « déficiences mentales légères ou moyennes, ou peuvent encore être autistes », selon Christophe Jussier chef d’atelier de l’ESAT Magdeleine de Vimont. Ce sont en tout cas des travailleurs professionnels, très motivés. Quelle est l’ambiance ici ? « Bonne, très bonne, le chef de culture est vachement sympa, on rigole bien, après il faut être sérieux au travail comme tout le temps… », commente Julien, habituellement sur les espaces verts, mais venu prêter main forte à la vigne.

C’est déjà une reconnaissance de leur activité, une professionnalisation de leur métier, puisque l’on met en place un ensemble de pratiques et de formations pour qu’ils puissent se professionnaliser dans ce métier qu’est la vigne, on le fait également sur le secteur du chai » Christophe Jussier ESAT Magdeleine de Vimont

Et de compléter :« Cela vient finaliser l’ensemble de toutes les pratiques qu’on met en oeuvre… On le sait 80 à 90% de la qualité d’un vin provient d’une qualité de vendanges donc pour eux c’est aboutir à un travail d’une saison qui se termine (car ils font aussi les travaux hivernaux et travaux en vert à la vigne) et qui va débuter par l’élaboration du vin aussi. On a aussi la possibilité de produire du vin sur l’ESAT… »

Cela fait 5 ans que ces travailleurs participent aux vendanges du château la Garde, qui compte 54 hectares (3,5 en blanc et 50,5 en rouge); ils effectuent ici un travail méticuleux.

Pierre Estorge, directeur d’exploitation du château La Garde, et Frédéric Bonnaffous, directeur des vignobles Dourthe © JPS

C’est vraiment un travail de grande précision qu’ils maîtrisent à merveille; ils ne vont pas très vite, mais nous c’est exactement le rythme que l’on recherche, parce qu’on est dans une dimension de précision qui doit correspondre au micro-parcellaire, et aux variations de terroirs que nous avons sur la propriété », selon Pierre Estorge, responsable d’exploitation du château La Garde.

Pour Frédéric Bonnaffous, directeur des Domaines Dourthe : « on a voulu depuis des années privilégier des gens en local et aussi l’ESAT qui proposait des travailleurs handicapés pour les travaux de la vigne, que ce soit au moment des vendanges mais aussi toute l’année parce que c’est aussi important pour arriver à fidéliser des équipes, il faut leur proposer du travail toute l’année… Et nous le principe de proposer du travail à des établissements d’insertion, c’est quelque chose qui nous tenait à coeur dans la vision qu’on a de l’entreprise aussi de l’insertion de l’entreprise dans son environnement… »

L’ESAT de Castres-sur-Gironde collabore ainsi avec 15 propriétés viticoles et s’est spécialisée depuis quelques années dans les travaux de la vigne et des espaces verts.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Nicolas Pressigout et Sarah Colpaert :

19 Août

Vendanges : portraits croisés des petites mains de la vigne

On les appelle les petites mains de la vigne, ce sont des étudiants, retraités, travailleurs saisonniers ou étrangers. Tous méritent d’être à l’honneur, car sans eux il n’y aurait pas de vendanges… Rencontre ce matin avec ces salariés engagés pour un dur labeur, qui méritent et montrent l’envie de bien faire, avec un smic ou parfois un peu plus. Néanmoins, cela devient compliquer de recruter ces vendangeurs et travailleurs saisonniers.

A l’embauche ce matin, Lisa est encore hésitante, elle se fait monter la manière de couper le raisin et de ne garder que le bon, en retirant parfois du pourri ou des baies desséchées. Lisa a 22 ans, elle est étudiante en master de l’intervention et du développement social et participe pour la première fois aux vendanges de Smith Haut Lafitte à Martillac en Gironde :

« c’est la première fois cette année, je fais les vendanges en tant que petit boulot d’été et en tant qu’étudiante, parce que j’en ai besoin… Cela permet d’aider mes parents à payer mon loyer, et à payer d’autres choses. »

« Cela représente une source de revenus et pour moi une avancée dans mon orientation pro car je vais faire des études en agronomie », commente Julien cet autre étudiant de 18 ans.

Au châteaux Carbonnieux à Léognan, on y trouve une poignée de retraités de 75 et même 80 ans comme Marie-Josée et Daniel. Malgré la pénibilité du travail et la chaleur, ils sont toujours là depuis plus de 20 ans, par envie, par habitude mais surtout pour compléter leur pension avec un salaire au niveau du smic (parfois un peu plus, avec le panier repas).

« C’est un apport au budget, et ce n’est pas plus désagréable qu’autre chose mais c’est surtout un apport au budget » commente Marie-Josée 75 ans; « je pense que je vais continuer un peu, mais pas longtemps (rire), mais enfin je diminue quand même mes journées surtout avec les chaleurs de cette année », commente Daniel 80 ans.

Dans ces vignobles, de nombreux saisonniers aussi des locaux mais aussi pas mal d’étrangers. Autrefois de la main d’oeuvre espagnole ou portugaise, désormais aujourd’hui davantage originaire des pays de l’Est comme ces bulgares sédentaires à Bordeaux Sylvia et Thiomir. « C’est bien, chaque année on vient pour travailler chaque saison ici »

« Il est clair que dans des régions plus éloignées de Bordeaux, c’est beaucoup plus compliqué de trouver du monde mais quelque part on sent un peu plus de tension depuis quelques années pour trouver du monde pour travailler dans les vignes que ce soit en saisons et même en vendanges, même si c’est un peu moins marqué en vendanges car il y a un peu ce côté magique des vendanges qui attire des gens, » selon Fabien Teitgen directeur général du château Smith Haut Lafitte.

Si certains châteaux continuent de recruter sur place, de plus en plus font appel à des entreprises prestataires de service…Et parfois les demandes peuvent être supérieures à l’offre.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl et Astrid Ferbos :

17 Août

Bordeaux : on vendange désormais à la mi-août…

C’est historique. Avec le réchauffement climatique, les vendanges se rapprochent de plus en plus de la mi-août. En Pessac-Léognan, les premiers sauvignons blancs ont commencé à être récoltés depuis ce mardi 16 août au château Carbonnieux à Léognan. Les châteaux Picque-Caillou, Luchey-Halde à Mérignac ont aussi démarré. Demain, au tour des vignobles André Lurton, de Latour-Martillac et Smith-Haut-Lafitte.

Pour Eric Perrin, ces vendanges figurent parmi les plus précoces ces 25 dernières années © JPS

On peut en rire, ou en pleurer. Mais finies les vacances tranquilles pour les propriétaires et leurs équipes de vendangeurs, tout s’accélère et il faut désormais planifier des vacances avant !

Imaginez plutôt, des maturités optimales le 12 août sur certaines parcelles… Le château Carbonnieux voulait donner son coup d’envoi vendredi dernier mais a du y renoncer du fait d’un manque de main d’oeuvre.

C’est donc hier que la troupe de 50 coupeurs et porteurs a commencé à s’activer dans les rangs de vigne et à récolter ce millésime 2022; un millésime parmi les plus précoces avec 1997, 2003, 2011 et 2020…

« On a été surtout très inquiet avec les 4 épisodes de canicule cet été, en se disant la vigne va souffrir, on va connaître enfin du stress hydrique et regardez la vigne est restée très verte, aujourd’hui les baies, c’est sûr, sont un peu plus petites que d’habitude, mais d’un point de vue aromatique et qualité, on est plutôt content », témoigne Eric Perrin du château Carbonnieux.

A Mérignac, le château Luchey-Halde a démarré ce matin… Même si la vigne a montré ces derniers jours quelques signe de souffrance, les 130 millimètres tombés en juin ont été salvateurs et ont donné des réserves en eau suffisantes pour affronter les 2 premiers épisodes de canicule. En revanche, les degrés mesurés témoignent d’une année chaude.

« Il y a un fort degré potentiel alcoolique, nous c’est notre premier jour de vendange, je pense qu’on va ramasser des blancs qui vont être entre 13 et 14 degrés, ce qui est très très élevé, pour nous »,, Pierre Darriet directeur d’exploitation de Luchey-Halde

Avec ces vendanges avancées, les équipes vont savoir maîtriser les équilibres sucres et acidité au chai. Toutefois des questions se posent sur certains cépages pour les années à venir.

« Nos cépages commencent à connaître pour certains leurs limites, comme le sauvignon, le merlot… On voit bien que la sécheresse, les degrés alcooliques commencent à créer des soucis, on va devoir prendre des mesures certainement au niveau de la conduite de la vigne et au niveau de l’irrigation… » Andrea Perrin oenologue et maître de chai au château Carbonnieux.

Cette année l’appellation Pessac-Léognan a eu une dérogation pour pouvoir arroser la vigne, peu l’ont fait, mis à part sur les jeunes plants.

En tout cas les vendanges des blancs risquent ici de se terminer début septembre et pour les rouges démarrer fin août et s’échelonner jusqu’à fin septembre, début octobre en Pessac-Léognan.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Guillaume Decaix et Sarah Colpaert :

20 Oct

Sauternes : le millésime 2021, une édition limitée, quasi « collector »

Sauternes devrait enregistrer l’une des plus faibles récoltes depuis le fameux gel de 1991, à l’heure où se poursuivent ses deuxièmes tries.En cause le gel d’avril qui a été très sévère, jusqu’à -8°C par endroits. Il n’empêche, le botrytis qui permet de faire de grands vins liquoreux est bien présent et devrait augurer d’un grand millésime, mais en faible quantité. 

Alexiane Siscard vendangeuse dans les rangs de sémillons botrytisés © JPS

A Sauternes, ce millésime 2021 se présente comme une édition limitée, voire « collector ». Une récolte infime, en plus du travail de tries successives (où les vendangeurs passent 3 à 5 fois), de haute couture, pour ne garder que ces raisins botrytisés…

« Il faut séparer la pourriture noble, de la pourriture aigre, parce que sinon cela donne un mauvais goût au vin, le aigre », explique Alexiane Siscard vendangeuse.

Au château d’Arche, le gel d’avril a amputé sérieusement la récolte. Au lieu de 100 000 bouteilles habituellement produites, on n’en prévoit que 10 000 année…

Didier Galhaud, directeur général délégué du château d’Arche © JPS

« Ici on est sur le haut-plateau du château d’Arche et il a fait -4°C pendant plus de 3 nuits, c’était les températures les plus hautes qu’on ait eu, on est descendu jusqu’à -8°, sur certaines parcelles du château plus bas, donc c’était assez dramatique, et on a perdu jusqu’à 80% début avril, cela me fait mal au coeur…

 

Un joli travail sur les sols avec ces chevaux de labour menés par Rod Trait © JPS

Sauternes et Fargues s’en tirent un peu mieux que les autres villages de l’appellation comme Bommes, Preignac et Barsac.

Jean-Jacques Dubourdieu, président de l’ODG Barsac Sauternes © JPS

« On sait qu’on sera en dessous du quart d’une récolte normale, on n’a pas encore la copie générale de l’appellation, on sait que ce sera assez faible, plus faible que des années qu’on a connues par le passé comme 1991, année de grand gel, ou même 2017 plus récemment. »

A Bommes, au château la Tour Blanche, 7 hectares on entièrement gelé et n’ont rien produit, ici on s’attend à un très faible rendement de 4 hectolitres à l’hectare, la plus petite récolte jamais enregistrée. La dernière grosse année de production remontant à 2016 avec 16 à 17 hectolitres à l’hectare…On réfléchit sérieusement à l’avenir et on se tourne déjà vers 2022…

Miguel Aguirre, directeur d’exploitation du château La Tour Blanche © JPS

« On va investir sur des moyens de lutte, anticiper ce changement climatique qui nous impacte,  .Nous, c’est la 5e année en 10 ans, qu’on a un aléa climatique, donc là il y a une vraie réflexion de fond, sur la partie technique et sur la partie investissement forcément pour lutter contre ces aléas », explique Miguel Aguirre directeur d’exploitation du château la Tour Blanche..

Dans les chais, les vignerons de Sauternes comptent sur leur stocks pour faire face. En 10 ans, les stocks ont toutefois été divisés par 2,preuve d’un nouvel engouement pour les Sauternes, en plus des aléas.. Au château la Tour Blanche, la dernière grosse récolte remonte au millésime 2016, celui-ci était 4 fois plus abondant que le 2021.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Jean-Michel Litvine et Rémi Grillot :

02 Sep

Coup d’envoi des vendanges en blanc aux châteaux Carbonnieux et Smith Haut Lafitte en Pessac-Léognan

A 8 heures, ont été donnés les premiers coups de sécateurs à Léognan et à Martillac en Gironde. Ces deux châteaux du bordelais, Carbonnieux et Smith Haut-Lafitte, sont d’habitude très précoces. Cette année, ils n’auront pas démarré juste après le 15 août comme l’an dernier, mais en septembre, fait exceptionnel par rapport aux 10 dernières années, du fait du réchauffement climatique. Un millésime sauvé du gel et du mildiou. 

Au château Carbonnieux, ces vendanges du 2 septembre sonnent comme un plongeon en arrière, car depuis 10 ans elles débutent plus tôt aux alentours du 20 août, du fait du réchauffement climatique.

Eric Perrin, propriétaire du château Carbonnieux © JPS

On a été habitué à vendanger juste après le 15 août comme l’an dernier et là on se retrouve avec presque une quinzaine de jours de décalage par rapport à ce qu’on a connu les années précédentes », Eric Perrin propriétaire du château Carbonnieux.

Marie-José vient depuis 1975 faire les vendanges à Carbonnieux © JPS

Ce sont 45 hectares de sauvignon et sémillon qui vont être ramassés durant 2 semaines au château Carbonnieux, sur ce terroir frais d’argilo-calcaire.

Une année particulière avec moins de volume, 45 hectolitres à l’hectare, marquée par le terrible gel d’avril.

Marc Perrin, à la réception de vendanges, pendant qu’Andrea effectuait les derniers réglages des machines © JPS

Récolter du raisin en 2021, c’est déjà un exploit ! On a passé 8 nuit à lutter contre le gel, le printemps a été horrible. Finalement on a du raisin, il est arômatiquement assez intéressant et les acidités sont très bonnes.. », Andrea Perrin, oenologue du château Carbonnieux.

A Martillac, le château Smith Haut-Lafitte en bio et biodynamie a été confronté en plus du gel à une sévère attaque de mildiou à cause de cet été très pluvieux.

Ce matin, il démarrait sa récolte de jeunes plants de sauvignon sur ses 11 hectares de blancs.

 

Fabien Teitgen, directeur du château Smith Haut Lafitte © JPS

Le mildiou, il a touché un peu partout, et on a un certain nombre de dégâts,  en agriculture biologique, on a que le cuivre et les plantes pour lutter, ce n’est pas une partie de plaisir, mais on a sauvé une partie de la récolte et on peut commencer les vendanges dans un esprit plus souriant. » Fabien Teitgen, directeur du château Smith Haut Lafitte

Les vendanges des sauvignons, sémillons et bientôt des merlots semblent bien partie. Avec toutefois ici 15 à 20% de récolte en moins à cause du mildiou.

« Là on a peur d’avoir une petite récolte vraiment, ça va être beaucoup plus mince qu’en 2020, 2020 millésime de légende où tout était au rendez-vous… mais parfois c’est bien,regardez 2001 après 2000, et 2021 après le fameux 20-20, on a quand même bon espoir… », commente Florence Cathiard, propriétaire du château Smith Haut Lafitte

Daniel et Florence Cathiard, dans le Cuvier de Smith Haut Lafitte JPS

La grande interrogation demeure sur la météo de septembre et d’octobre…Si l’ensoleillement est là, les cabernets devraient bien s’en sortir, en revanche si le temps change à nouveau et venait à repasser à la pluie, là il y aurait un problème au niveau maturité. A suivre…

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Sylvie Tuscq-Mounet et Eric Delwarde : 

 

30 Août

Vendanges en blanc à Bordeaux : cela ne devrait plus trop tarder…

Côté Châteaux fait le point aujourd’hui sur les vendanges en blanc dans le bordelais qui cette année seront beaucoup plus classiques, absolument pas précoces comme ces dernières années chaudes que l’on a pu connaître. Certains vont lancer leurs équipes cette semaine, d’autres vont encore attendre la semaine prochaine pour viser la meilleure maturité.

 Vendanges du 24 août 2020 © JPS

Le blanc se fait attendre pour ne pas dire tirer l’oreille... « On est patient encore, ce n’est pas encore mûr, on a encore 10 à 15 jours à attendre », me confie Edouard Kressmann du château Latour-Martillac en Pessac-Léognan. « Il a fait froid, on n’a pas eu d’été à Bordeaux, le mois de juillet a peut-être été le plus chaud ailleurs sur la planète mais pas chez nous…Et puis le gel nous a mis un coup de frein sur les vignes… »

Tristan, Edouard et Loïc Kressmann en septembre 2019 © JPS

On a tout de même actuellement des super conditions avec de la chaleur les après-midi avec des 26-28° et des matinées fraîches idéales, entre 12 et 14 °,  pour les arômes et de belles acidités pour produire de très jolis vins blancs, » Edouard Kressmann du château Latour-Martillac

Paul Garcin et Anne-Laurence de Gramont dans leur vignoble du château Haut-Bergey à Léognan en septembre 2019 © Jps

Au château Haut-Bergey, en biodynamie, Paul Garcin explique : « on a beaucoup gelé sur les blancs. On attend encore un petit peu, mais on n’est pas très loin de la vérité. On doit refaire un point. Je dirais semaine prochaine a priori…On est tardif du fait du gel, c’est compliqué d’avoir quelque chose de mûr. Et puis il y a eu le mildiou, le dernier traitement c’était le 10 août alors que l’année dernière on avait fini début juillet. Et puis on fait aussi attention au botrytis. C’est donc assez compliqué d’être ferme sur nos positions, c’est au dernier moment qu’on verra… » En tout cas cela n’entame pas le moral de Paul Garcin qui s’apprête à ouvrir une petite guinguette sur sa propriété au château Haut-Bergey histoire de créer un peu d’animation et de faire venir des passionnés de vin.

Philibert et Eric Perrin dans leurs rangs de vigne en août 2020 © JPS

Président des Pessac-Léognan et propriétaire de château Carbonnieux, Philibert Perrin est dans les starting-blocks : « on a prévu de commencer les vendanges ce jeudi. On va envoyer une troupe de 40 personnes environ, 35 coupeurs et 5 porteurs, après on verra si on augmente la troupe ». Une chose est sûre :

C’est plus tardif que l’an dernier car on avait commencé le 19 août, donc environ deus semaines de retard par rapport à l’an dernier », Philibert Perrin du château Carbonnieux.

« Et si on a cette météo qui perdure en septembre, cela compensera bien ce manque d’ensoleillement de cet été », conclue Philibert Perrin.

26 Août

Vendanges dans le bordelais : de nombreuses offres traitées par pôle emploi, les châteaux et les prestataires

A Pauillac, les offres d’emplois de vendangeurs -coupeurs, porteurs, tractoristes et ouvriers de chais- affluent depuis plus de 2 mois. 35 châteaux dont les plus grands ont sollicité l’antenne de Pôle Emploi de Lesparre-Pauillac en Gironde dans leurs recherches…Le point avec des châteaux qui recrutent également.

« Au niveau du volume on est à 1200 postes, sachant qu’on diffuse entre 2000 et 2500 postes par an, on continue donc à rescencer les besoins des recruteurs sur le territoire », commente Mélanie Piard, conseillère entreprises à Pôle Emploi de Pauillac.

Ces offres sont disponibles sur internet, via les réseaux sociaux également, auprès des communautés de communes et dans ce bureau de Pauillac qui ouvre un forum spécifique à partir de lundi et ce pour 2 mois.

« On a un volume d’offres tellement important qu’il est ouvert aux demandeurs d’emplois, mais pas que, également aux étudiants… », selon Patrick Chapon responsable du site Pôle Emploi de Lesparre-Pauillac. « Sur Pauillac on a une population française d’origine étrangère qui est sur place, donc il n’y a pas le problème du confinement, il y a largement la place pour tout le monde et il n’y a pas de problème à ce niveau là ».

A Margaux, au château Tour de Bessan, Marie-Laure Lurton continue à constituer son équipe, elle a déjà trouvé les 2/3 de vendangeurs.

« On a toujours un petit stock de vendangeurs qui reviennent d’une années sur l’autre, on essaie de les sélectionner, éviter de prendre des familles trop nombreuses car quand il y en a un qui part ils partent tous à ce moment là et c’est difficile à gérer. Aujourd’hui, sur 35 postes, il nous manque 10 personnes ».

Plus loin dans le Médoc, pas facile de faire venir depuis Bordeaux de la main d’oeuvre par exemple à Saint-Germain d’Esteuil, cela se ressent déjà pour les travaux en verts pour lesquels le château Castera fait appel à un prestataire de service. Pour vendanger les 83 hectares du domaine en revanche, depuis le début des années 90, ici on a recours à la machine à vendanger, machine qui s’est nettement améliorer. « On a une grosse difficulté à trouver de la main d’oeuvre, malheureusement ou heureusement, on a réglé ce problème par la machine. Les machines à vendanger aujourd’hui sont très performantes avec des tris embarqués », selon Jean-Pierre Darmuzey directeur du château Castera.

Entre les blancs, les rouges et les liquoreux, les vendanges vont s’échelonner sur 2 à 3 mois dans le bordelais.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl et Margot Michel :

 

25 Août

Coup d’envoi des vendanges de merlot pour réaliser le Crémant de Bordeaux

C’était aujourd’hui l’effervescence à Sauveterre-de-Guyenne au domaine de la famille Souan. La récolte des merlots a débuté à 7h30 ce matin pour réaliser le crémant de Bordeaux, avec une recherche d’acidité. Une récolte sur fond de gel d’avril et d’un peu de mildiou au début de l’été. Reportage dans l’Entre-Deux-Mers également à la cave Louis Vallon de Saint-Pey-de-Castets.

Un coup d’envoi, pour une année plus classique à Bordeaux. Ce matin, en ce 25 août, les coupeurs ont retrouvé sécateurs et seaux pour récolter les merlots destinés à faire du crémant sur cette  parcelle de 1,46 hectares à Sauveterre-de-Guyenne en Gironde; l’an dernier la récolte avait été des plus précoces du fait du réchauffement climatique puisque pour les crémants le coup d’envoi avait été donné le 12 août…

« On a retrouvé l’équipe de l’année dernière, donc on est super content, il y a une bonne ambiance », commente Maud Danger pour qui ce sont les 2e venanges ici. « Il y a quelques pieds où il y a du volume et d’autres où il n’y a pas grand chose, mais bon on va faire la récolte comme tous les ans… »

Ici, la famille Souan a perdu 40% de sa récolte sur les 38 hectares de vigne que compte le domaine, essentiellement à cause du gel des 7 et 8 avril. Fort heureusement, ce domaine familial a été davantage épargné par le mildiou, pâr rapport à d’autres propriétés de Gironde où il a été assez violent. « Je n’ai pas du tout été impacté ou très légèrement par le mildiou… » m’explique David Souan 4e génération de vignerons.

 La récolte par rapport à l’année dernière va être moins élevée, mais après on va faire quand même une très bonne récolte, qualitativement très bonne mais après quantitativement c’est difficile à estimer. »

A la cave Louis Vallon, à Saint-Pey-de-Castets, ce sont ainsi 2 semaines de récolte à la main de merlot, sémillon, cabernet franc et ugny blanc qui s’annoncent pour réaliser le crémant.

En 2021, 1 million 300 000 bouteilles ont été commercialisées, malgré les aléas climatiques, ils espèrent en produire 2 millions d’ici deux ans.

« C’est une année un peu particulière, on a commencé par le gel, un gel de printemps qui nous a pas mal impacté sur le secteur…Et puis après toutes les intempéries qu’on a connues avec « un été magnifique, qu’on a eu qui est un peu problématique sur le mildiou…Cela a un impact de diminution de l’ordre de 30 à 40 % pour les crémants, »selon Xavier Bonnin, technicien viticole et responsable du site de la cave Louis Vallon à Saint-Pey-de-Castets »

Cette année, la récolte s’annonce aussi plus tardive pour les cépages blancs pour réaliser les blancs secs et pour les rouges, elle sera décalée de 10 à 15 jours par rapport à l’année dernière.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl et Margot Michel : 

09 Sep

Millésime 2020: une production de vin en légère hausse en France, bousculée par le climat

Un peu plus de vin que l’an passé, mais des niveaux de production contenus surtout pour les appellations: l’année viticole 2020 en France devrait surtout rester marquée par le démarrage très précoce des vendanges dû au climat, a indiqué mardi le ministère de l’agriculture. La production viticole 2020 de l’hexagone devrait s’élever à 45 millions d’hectolitres, en hausse de 6% par rapport à celle de 2019 et de 1% par rapport à la moyenne des cinq dernières années, selon Agreste, le service statistiques du ministère de l’Agriculture.

Démarrage ce mercredi des vendanges des merlots au château Reynon à Beguey en Cadillac Côtes de Bordeaux © JPS

Elle est en hausse sur l’ensemble des bassins par rapport à l’année passée, qui a été l’une des plus basses depuis cinq ans, à l’exception des vins du sud-est, touchés par la sécheresse, dont la production prévue de 4,75 millions d’hectolitres accuse un recul de 6% par rapport à 2019 et de 8% par rapport à la moyenne quinquennale.

Bien qu’en légère augmentation annuelle (+2%), les volumes de vins sous appellation d’origine (AOP), qui constituent la grande majorité du vignoble français, devraient être inférieurs à leur niveau moyen sur cinq ans (-2%), selon Agreste.

Certaines interprofessions de bassins ont en effet décidé de fixer leur niveau de production en appellation plus bas qu’en 2019, en raison d’un marché économique dégradé par la crise du Covid-19 et les conséquences des taxes américaines imposées depuis octobre 2019.

Les vendanges ont démarré en août dans presque tous les bassins et présentent une avance « remarquable » par rapport à 2019. Dans le Grand-Est, les premières vendanges établissent même le record de précocité de leur histoire. Ceci s’explique par un printemps à la seconde place des plus chauds depuis 120 ans et par un hiver relativement doux, souligne Agreste.

Didier Fage, président des oenologues de France, estime la qualité très bonne cette année, avec « une belle tenue, un jus très aromatique et un potentiel très élevé », mais souligne que les rendements seront « très différents selon les domaines » en raison de la sécheresse et du stress hydrique qui ont bloqué en certains endroits le développement des plantes.

AFP