28 Sep

Xavier Planty, le président de l’ODG Sauternes, réagit farouchement sur la relance de la LGV : « Comment se fait-il qu’on puisse passer outre 14 000 contributions ? C’est hallucinant ! »

Le président des viticulteurs de Barsac et Sauternes est furieux depuis l’annonce de relance du projet de LGV au sud de Bordeaux, qui mettrait en péril les vins de Sauternes et ceux de 10 autres appellations de liquoreux de Bordeaux. Il a livré ce matin ses premières impressions à Côté Châteaux.

Xavier Planty, le président de l'ODG Barsac et Sauternes © Jean-Pierre Stahl

Xavier Planty, le président de l’ODG Barsac et Sauternes © Jean-Pierre Stahl

La première réaction de Xavier Planty, président de l’Organisme de Défense et de Gestion de Sauternes et Barsac, vise d’emblée les élus : « les politiques sont déconnectés de la réalité. On est sur des shémas décisionnaires archaïques, dignes du stalinisme… La notion de dégat écologisque est quantitatif dans leur esprit, mais ils n’ont aucune notion du lien de cause à effet. L’argument qu’on nous sert tous les jours « ça ne touche pas Sauternes, foutez-nous la paix » est faux. C’est un refus de comprendre ce que disent les écologistes, les philosophes et intellectuels. »

Nous sommes dans une maison commune, il y a des gens qui ont le droit de tout casser et d’autres de dormir sur les gravats », Xavier Planty président de l’ODG Sauternes-Barsac

Et de continuer : « il y a un vrai problème par rapport à l’éthique politique. Ca va finir de manière catastrophique et ça ne sera pas de mon fait. »

« Comment se fait-il qu’on puisse passer outre 14 000 contributions ? C’est hallucinant ! Comment d’un trait de plume est-on capable de mettre en péril la forêt résiduaire du Ciron ? C’est comme mettre un coup de bulldozer sur Lascaux ! On a un trésor végétal en France unique en Europe (une forêt qui n’a jamais été déplacée depuis 50 000 ans). On va la mettre en péril en passant à 2 km, ça va avoir des répercussions sur le Ciron. »

« On subit les conséquences de 30 ans de politique écologique marginale, confisquée par les verts qu’on n’a même pas entendus…ils sont avec Alain Rousset et à droite pas mieux, quand on parle d’écologie ils pensent qu’on est de gauche.

« Pour ‘heure, on n’a pas encore fait de réunion, car la nouvelle est tombée samedi après-midi. La réaction des viticulteurs sera calme et posée, mais ça risque d’être du pipi de chat par rapport aux forestiers et défenseurs du Ciron. Je le crains et je n’ai pas envie de cela. »

« A force de prendre les citoyens pour des c…, ça ne va pas aller. Nous on vit dans la nature toute la semaine, il faut voir en ce moment les brouillards qui se forment le matin dûs au Ciron (brouillards qui permettent la formation du botrytis primordial pour les vins liquoreux et le Sauternes). Là, on continue pour le moment de vendanger, 2015 sera un grand millésime. »

Pour en savoir plus relisez cet article réalisé en août dernier: Des réactions très fortes face à la LGV : les viticulteurs de Sauternes en appellent à la raison, il faut sauver le Ciron !

18 Sep

Réunion d’information et de prévention sur les pesticides à Preignac : au nom des enfants…

Cette semaine s’est déroulée une réunion à huis clos en mairie de Preignac. Une table ronde pour mettre en commun les informations des uns et des autres concernant les répercussions probable de l’utilisation de pesticides dans les vignes autour de l’école. 9 enfants avaient été victimes de cancers en quelques années.

L'école de Preignac environnée de vignes © France 3 Aquitaine

L’école de Preignac environnée de vignes © France 3 Aquitaine

Ce qui a mis le feu aux poudres c’est l’enquête dévoilée en août dernier qui révélait un taux de cancers plus élévé que la moyenne dans cette commune viticole, non loin de Sauternes. Le 19 décembre 2012, l‘ancien maire de Preignac, Jean-Pierre Manceau, avait saisi l’Institut National de Veille Sanitaire (INVS). Dans son courrier, le maire faisait état de cas de cancers déclarés chez des enfants fréquentant ou ayant fréquenté l’école primaire de la commune, laquelle est contigüe à des parcelles viticoles traitées aux pesticides.  

« Sur le 14 années qui ont été constatées, 9 cas ont été identifiés, c’est une réalité », explique Olivier Serre le directeur de l’Agence Régionale de Santé de Bordeaux, tout en précisant: « sur les deux dernières années aucun cas n’a été repéré, c’est autre réalité. Je ne dis pas pour autant que le risque n’est pas présent, qu’il n’y a pas des facteurs qui participent oui, les phytosanitaires mais pas seulement, des pathologies que nous pouvont constater. »

S’il n’y a pas de lien direct avéré pour l’heure, des doutes subsistent dans les esprits car l’école était environnées de vignes régulièrement traitées par ces produits phytosanitaires, avec donc ce taux de cancers bizarremment plus élevé…

Le maire de Peignac, Jean-Gilbert Bapsalle, réagit, mais avec beaucoup de précautions: « On ne peut pas dire qu’il y a un problème, mais il faut s’inquiéter quand même et continuer, comme l’a dit l’ARS à être vigilant sur les problèmes qu’il pourrait y avoir sur l’ensemble de la région viticole mais pas forcément sur Preignac » et de continuer:  « laissons passer les vendanges, le cru de Sauternes c’est quand même très important et une grappe de raisin, ça coûte cher… »

Devant cette prise de conscience et petite avancée de transparence, les habitants n’étaient toutefois pas conviés à laréunion, alors qu’ils sont aussi aux premières loges, habitant à côté des vignes.

Le sous-préfet de Langon Frédéric Carre précise (dans une réponse, comment dire quelque, peu alambiquée ?): « l’intérêt collectif est de mieux se connaître et de connaître les usages par rapport aux nouvelles populations qui viennent sur ces territoires, pour limiter ,autant que faire ce peu, qu’il y ait contact entre la population et les exploitants agricoles qui sont aujourd’hui dans l’obligation de traiter par des produits phytosanitaires »

Il faut préciser que depuis juin 2014, l’utilisation de ces produits phytosanitaires sont interdits à proximité des écoles suite à ce scandale à Villeneuve-de-Blaye où une vingtaine d’élèves d’une école girondine se sont sentis mal,pris de maux de tête et de vomissements, après l’épandage au beau milieu la journée de pesticides sur des vignes attenantes à leur établissement scolaire.

Pour rappel, voici le rapport de l’INVS : Investigation d’une suspicion d’agrégat de cancers pédiatriques dans une commune viticole de Gironde

Regardez le reportage de  Yannick de Solminihac et Bernard Hostein-Aris :

17 Sep

L’augmentation du degré d’alcool dans le vin : un phénomène qui s’accentue ?

Avec le réchauffement climatique et cet été particulièrement chaud, l’augmentation de sucres dans les raisins devrait conduire à avoir cette année encore des vins qui dépassent allègrement les 13° ou 13,5° d’alcool. Une augmentation vécue depuis plusieurs années qui est aussi due au travail sur la vigne et à la recherche d’une maturité phénolique… Explications avec des experts de sur ce phénomène qui peut être maîtrisé.

Vincent Cruège, directeur oenologue des vignobles André Lurton, regarde le taux indicatif avec son ©

Vincent Cruège, directeur oenologue des vignobles André Lurton, regarde le degré potentiel de sucres avec son réfractomètre © JPS

A l’heure des vendanges, au château Rochemorin à Martillac en Gironde, Vincent Cruège analyse ses grains de merlot avec son réfractomètre : »Cette année, on risque d’avoir des degrés alcooliques supérieurs à la moyenne des 10 ou 20 dernières années. Pourquoi un peu plus d’alcool ? Parce qu’un peu plus de sucre. Et pourquoi un peu plus de sucre ? Parce qu’on a des pratiques culturales et des maturités de plus en plus homogènes et meilleures. »

Le merlot est le cépage le plus fragile avec le réchauffement © JPS

Le merlot est le cépage le plus fragile avec le réchauffement © JPS

« On a surtout cherché le goût. On ne veut pas avoir de surmaturité. On recherche des arômes de fruits frais, de fruits rouges comme le cassis et la framboise (pour le merlot) qu’on aime bien et qu’on mariera avec d’autres cépages. »

Sur cette parcelle, on attend un degré potentiel autour de 14 pour du merlot très précoce, sur un terroir de graves chaudes. Mais au final tant à la Louvière qu’à Rochemorin, on va avoir un assemblage de 30 vins ce qui va ramener le degré définitif aux alentours de 13,5. » Vincent Cruège.

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Au chai, on peut agir sur le choix des levures pour réduire quelque peu le degré d’alcool final dans le vin © JPS

Une fois la vendange au chai, et les grains éraflés, le travail de vinification va pouvoir s’opérer. Le lendemain de la rentrée de vendange dans la cuve, les levures vont pouvoir agir au niveau de la fermentation et de la transformation du sucre en alcool: « on peut choisir nos souches de levures, des levures moindres rendements qui prendront plus de sucres et produiront moins d’alcool, » explique encore Vincent Cruège.

Le professeur Serge Delrot dans les locaux de l'ISVV © jps

Le professeur Serge Delrot dans les locaux de l’ISVV © jps

A l’Institut Supérieur de la Vigne et du Vin comme à l’INRA à Villenave d’Ornon, Serge Delrot directeur du laboratoire d’écophysiologie et de génomique fonctionnelle de la vigne travaille avec ses équipes à comprendre comment limiter ce taux de sucre dans la vigne:  » on peut agir par des opérations culturales et on peut aussi agir au niveau des porte-greffes, puisque les porte-greffes vont contrôler le développement végétatif de la vigne, de la feuille, c’est ce qu’on appelle la vigueur conférée…et on donc on a a plusieurs leviers d’actions possibles par des actions culturales et on on travaille aussi sur la compréhension génétique du transport des sucres. » Car c’est la hausse de température et du dioxyde de carbone qui participe au développement de la photosynthèse et de la fabrication de sucres.

Le laboratoire de Dany et Michel Rolland à Catusseau (Pomerol) © JPS

Le laboratoire de Dany et Michel Rolland à Catusseau (Pomerol) © JPS

Dans son laboratoire de Catusseau-Pomerol (ancien labo de Jean Chevrier) Dany Rolland ( qui conseille avec ses équipes et son célèbre mari Michel 250 châteaux dans le monde dont 150 à Bordeaux), nous confirme que ce qui est recherché c’est la maturité phénollique. Ici comme à Bordeaux depuis la fin des années 90 avec des recherches menées en collaboratoion avec le CIVB, on s’est rendu compte qu’il importait de surveiller la maturité phénollique, qui correspond aux taux optimaux de polyphénols (tanins et antocyanes) : « c’est cette fichue maturité de la peau et du goût des pépins qui nous importe…Dans les rouges, les peaux c’est primordial. Il y a un petit décalage avec ce qui se faisait autrefois où quand un moût arrivait à 13, on le ramassait car on disait il est mûr. »

Dany et Michel Rolland, dégustant un 2012 © JPS

Dany et Michel Rolland, dégustant un 2012 © JPS

Michel Rolland qui en est à ses 43e vendanges, a une sensibilité gustative développée pour déterminer si les baies de raisin des châteaux qui lui sont soumises sont suffisamment matures: « les peaux sont fermes, ça a beau de goût, les pépins sont fermes, la semaine prochaine c’est sans problème » (pour les vendanges).

Le grand oenologue entrain de goûter les merlots de Pomerol © JPS

Le grand oenologue entrain de goûter les merlots de Pomerol © JPS

Et le maestro de rappeler ce temps où on chaptalisait allègrement à Bordeaux (jusque dans les années 90): « il faut quand même se rappeler que dans les années 70, ce sont des trains complets de sucre qui arrivaient en gare de Libourne pour chaptaliser les vins de la région…bon alors ça, on ne s’en rappelle plus ! Et maintenant, on focalise sur l’alcool. Alors   c’est vrai que par le travail au vignoble, par les effeuillages mais l’augmentation de feuillage aussi, on a gagné en alcool… »

14,5 ou 13,5 des degrés que l'on retrouve désormais dans les vins de Bordeaux © JPS

14,5 ou 13,5 des degrés que l’on retrouve désormais dans les vins de Bordeaux © JPS

Et de confier: « je ne regarde pas les degrés, je ne regarde même pas la quantité de sucre, je goûte, quand c’est bon je vendange, si ça fait 14,5 ça fera 14,5, si ça fait que 12,5 ça ne ne fera que 12,5 ! »

Lui aussi préfère privilégier la maturité des raisins qui aujourd’hui font les grands vins, des vins certes un peu plus alcoolisés qu’il y a 30 ans mais qui se goûtent aussi bien. Peut-être faut-il en boire en quantité raisonnable…

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Didier Bonnet, Eric Delwarde, Charles Rabréaud
suivi de la chronique mensuelle de Frédéric Lot

 

11 Août

Pesticides à Preignac : le rapport de l’Institut National de Veille Sanitaire qui accuse !

Des pesticides d’origine viticole pourraient être à l’origine de cancers développés chez des enfants scolarisés dans une école de Preignac en Gironde. Selon ce rapport publié le 5 août, « la contribution des pesticides au risque cancer ne peut être exclue. » 4 cas de cancers ont été relevés entre 1999 et 2012.

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La municipalité de Preignac a décidé d’acheter les vignes autour de l’école afin de limiter les risques potentiels © Didier Bonnet

Le 19 décembre 2012, le maire de Preignac Jean-Pierre Manceau interpellait par courrier l’INVS, l’Institut national de veille sanitaire. Le maire faisait état de cas de cancers déclarés chez des enfants fréquentant ou ayant fréquenté l’école primaire de la commune, une école qui jouxte des parcelles viticoles traitées régulièrement par des pesticides.  

Le rapport de l’INVS, qui a donc réalisé son enquête, est éloquent:   » Si l’on prend en compte l’ensemble des cancers de l’enfant, il semble y avoir un excès relativement faible au cours des 14 dernières années (4 cas observés pour 0,8 attendu), confirmant la perception initiale du maire de la commune. [….]Si l’on ne peut écarter l’absence d’excès de cas de cancer sur Preignac ou sa zone, celui-ci reste faible et ne concerne pas un type de cancer spécifique. »

Par précaution, la municipalité a décidé de racheter la parcelle d’1 hectare et demi proche de l’école: « cela permettra à l’école de ne plus avoir de vigne à ses abords, et de répondre de la manière la plus forte aux normes en vigueur aujourd’hui et il n’y aura plus de traitement phytosanitaire à moins de 200 m des école », précise Jean-Michel Lecomte, adjoint au maire de Preignac chargé de l’environnement et de l’urbanisme ».

Et le rapport d’enfoncer le clou: « il est recommandé par précaution de mettre en place des actions, au-delà des mesures de prévention initiées par le maire en terme d’urbanisme (zone tampon de protection entre habitat ou école et vignes dans le cadre du plan local d’urbanisation). Ces actions pourront porter sur la diminution de l’exposition aux pesticides au niveau de l’école et une surveillance sanitaire renforcée… »

Le rapport rélève que est la seule source de polluants sur la commune de Preignac est ces traitements phytosanitaires, ce qui abonde bien sûr dans cet idée de principe de précaution qui a poussé la commune à prendre des mesures.

« La commune de Preignac est caractérisée par une forte activité viticole, et par une proximité des habitations et de l’école par rapport aux vignes. Il existe donc une exposition possible aux épandages de pesticides des enfants de l’école, sans que l’on puisse à ce jour la quantifier ».

Pour l’heure, le lien entre ce grand nombre de cancers et l’épandage de pesticides, n’est pas établi formellement par les experts, seule la justice pourra le faire, avec des études plus importantes. Malgré tout, l’INVS n’écarte pas la responsabilité des susbtances chimiques : « Si l’excès de cancer reste modéré, la contribution des pesticides au risque cancer ne peut donc être exclue. »

Marie-Lys Bibeyran réclame pour sa par une généralisation de mesures par rapport aux écoles, voire aux habitations à proximité immédiate de parcelles de vignes qui sont régulièrement traitées: « comment face à un taux aussi inquiétant, on peut se contenter de mesures uniquement sur la commune de Preignac ? Et ne pas alerter l’ensemble des communes viticoles, et ne pas diligenter des enquêtes sur l’ensemble des communes viticoles nationales pour comparer aux communes non viticoles ? »

A la lecture de ce rapport réalisé après coup, on ne peut que s’interroger sur la proximité immédiate de l’école et des vignes traitées, du nombre multiplié par 4 du nombre de cancers (4 au lieu de 0,8), d’un grand vide par manque d’études et de conclusions à tirer. Il serait grand temps entre cet exemple, celui de Villeneuve où nombre d’enfants avaient été pris de malaises, que les pouvoirs publics prenne cette question de santé publique au sérieux et mène des enquêtes plus poussées sur l’utilisation des pesticides et les conséquences irréversibles sur nos chères têtes blondes…

Pour en savoir plus sur cette enquête :Investigation d’une suspicion d’agrégat de cancers pédiatriques dans une commune viticole de  Gironde

A lire également le papier de Marie-Lys Bibeyran: Villeneuve-Preignac : mêmes causes mêmes effets. Combien de temps allons-nous encore compter les cercueils ?

Regardez également le reportage et réactions recueillies par Guillaume Decaix et Didier Bonnet

04 Août

La LGV Sud-Ouest, toujours pas enterrée, inquiète les viticulteurs de Sauternes

La Ligne à Grande Vitesse qui relie Bordeaux – Toulouse et Bordeaux – Dax est toujours dans la tête des politiques, alors que la commission d’enquête publique a donné un avis défavorable. Les viticulteurs de Sauternes et les amoureux de la nature se disent très inquiets ! « Un projet désastreux, absurde et impopulaire », remis à l’ordre du jour : la LGV Sud-Ouest. Voici en substance leur cri d’alarme qu’ils ont envoyé à Côté Châteaux:

Xavier Planty,  président des Sauternes. © Jean-Pierre Stahl

Xavier Planty, président de l’ODG Sauternes-Barsac © Jean-Pierre Stahl

« Un projet absurde, impopulaire et totalement dépassé de Ligne à GrandeVitesse (entre Bordeaux et Toulouse, et Bordeaux et Dax) menace la vallée du Ciron, un écosystème unique au monde, qui est à l’origine du microclimat du sauternais et donc de la fameuse pourriture noble… Ou comment pour gagner
seulement 30 minutes* des technocrates et politiciens aveugles veulent détruire de façon irrémédiable un environnement, une culture, un trésor séculaire que le monde entier nous envie ! »

« La commission d’enquête publique chargée d’examiner ce projet a donné un avis défavorable extrêmement argumenté. Sur les 14000 contributions, 96% ont donné un avis négatif. Malgré cette écrasante majorité, le projet continue d’avoir des défenseurs acharnés. Or, si par malheur il était déclaré d’utilité publique et appliqué, notre environnement, notre production et toute la filière qui en vit seraient en péril. »

« Ce projet ne passe pas directement sur les vignobles, mais les menace de façon plus grave encore, en détruisant ce qui fait leur spécificité exceptionnelle : sans doute savez-vous que les Sauternes et Barsac doivent leur histoire multiséculaire, le raffinement exceptionnel de leurs vins, la renommée mondiale qui en découle, à la fameuse pourriture noble. Or, ce «Botrytis cinerea» est un champignon microscopique qui se développe dans des conditions de microclimat très spécifiques et rarissimes, dont nous avons la chance de bénéficier grâce à l’écosystème de la vallée du Ciron, un affluent de la Garonne. C’est justement cet écosystème unique au monde qui est aujourd’hui gravement menacé par le projet de LGV ! »

Ca se passe justement l’été, car le Président de la République doit prendre la décision d’utilité publique. Tout me laisse à croire qu’il va décider de façon positive pour la LGV. Ce qu’ils attendent, c’est qu’il y ait des recours et que la justice tranche. Mais les recours en attendant n’arrêtent pas les procédures d’expropriations »  Xavier Planty Président de l’ODG Sauternes-Barsac

Des grains botityséS et passeriés © JPS

La fameuse pourriture noble qui se forme miraculeusement dans la vallée du Ciron © Jean-Pierre Stahl

LE MIRACLE SAUTERNAIS

« La vallée du Ciron est véritablement à l’origine du miracle sauternais. Il existe en effet dans cette zone un bassin versant comprenant de nombreuses rivières souterraines et nappes phréatiques peu profondes qui alimentent la rivière Ciron, laquelle est abritée au creux de gorges étroites, ombragées par une ripisylve. Les eaux naturellement froides de la rivière (14°) finissent leur cours dans le sauternais, pour se jeter à Barsac dans la Garonne, provoquant des brouillards souvent épais qui sont la clé indispensable du développement de la pourriture noble. »

Sauternes - le brouillard se dissipe.

Sauternes – le brouillard se dissipe © vinsvignesvignerons.com

« Le vignoble s’est développé depuis des siècles autour de la partie aval du Ciron, et c’est bien la rivière qui a véritablement créé la spécificité des appellations Sauternes et Barsac. Eaux froides, eaux chaudes : le Ciron se jette dans la Garonne et chaque matin d’automne le brouillard monte dans la vallée, envahit le vignoble et mouille les raisins mûrs. L’après-midi le soleil les sèche. De cette alternance mécanique naît le miracle de la pourriture noble : Botrytis cinerea se répand avec l’humidité du brouillard, puis le soleil et le vent le contraignent à acquérir ses lettres de noblesse…La prolifération vulgaire cède la place à la rédemption de la moisissure. Pénétrant la baie, le champignon magique crée les conditions d’une concentration de la baie de raisin, bien plus encore il devient l’alchimiste qui permettra de changer le jus en or. En attaquant son hôte, le parasite le sublime, il modifie son métabolisme pour exalter sa richesse, son équilibre, son potentiel aromatique. Concentration, rééquilibrage des acides, création de glycérine qui donne de la rondeur, et peut-être surtout, multiplication invraisemblable des précurseurs aromatiques, qui permettront à la fermentation de libérer ces milliers de notes aromatiques qui font des sauternes les plus grands parfums…à humer et à boire. »

Yquem, 1er cru classé de Sauternes, l'emblème myhique... © JPS

Yquem, 1er cru classé de Sauternes, l’emblème myhique… © JPS

« Ces vins de renommée internationale ont fait vibrer de tout temps de grands amateurs, de Jefferson aux tsars de Russie, en passant par Colette, Cocteau ou Coco Chanel… et ils sont aujourd’hui très appréciés sur le marché international. Parmi ces vins que le monde entier nous envie, citons notamment 27 Crus honorés par le célèbre Classement de 1855, dont 11 Premiers Crus Classés, et le seul et unique Premier Cru Supérieur, le mythique Château d’Yquem…
Soulignons que ces vins uniques ont un cahier des charges déposé auprès de l’Union Européenne, qui met l’accent sur le caractère déterminant de la vallée du Ciron dans leur terroir et leur essence même. »

« Les vignobles de Sauternes et Barsac couvrent 2200 hectares, sur une zone de 6000 hectares, ils représentent 170 producteurs, font vivre directement de nombreux foyers, et bien plus encore indirectement. Ils sont garants, avec d’autres acteurs économiques et sociaux, de la préservation du paysage de tout ce territoire, par ailleurs remarquablement beau et historiquement très riche, qui attire de plus en plus : l’oenotourisme y est en plein essor et représente un avenir très encourageant pour cette appellation et bien au-delà. »

Sylvio Denz, le président de Lalique, rachète Lafaurie Peyraguey

Sylvio Denz, le président de Lalique, a achèté en 2014 © Lafaurie Peyraguey

UNE FAUNE ET UNE FLORE UNIQUES AU MONDE

« La vallée du Ciron, zone humide à l’écosystème très particulier abrite d’autre part une faune et une flore dont la richesse, la variété et la rareté sont tout à fait extraordinaires ! On y trouve notamment une forêt résiduaire unique au monde, une hêtraie ripisylve vieille de plus de 40 000 ans, qui a résisté aux glaciations et aux réchauffements grâce au microclimat frais de cette zone, auquel elle participe en retour. Elle est étudiée de très près par l’INRA, et son patrimoine génétique unique en Europe a été retenu en priorité par la Commission des Ressources Génétiques et Forestières pour sa conservation, en tant que réservoir génétique potentiellement utile en période de réchauffement climatique. La biodiversité de la vallée du Ciron est exceptionnelle à maints autres niveaux : visons d’Europe (menacés d’extinction), cistudes (tortue d’Europe), loutres, population exceptionnellement variée de poissons de rivière, nombreuses variétés de chauvesouris et d’insectes, variétés de fleurs sub-montagnardes, nombreux champignons rares… »

« Cette vallée totalement unique devrait donc être considérée comme un patrimoine commun à préserver en priorité, a fortiori dans cette période de changement climatique ! Et pourtant, c’est tout l’inverse qui se passe : elle ne cesse d’être agressée par des infrastructures gigantesques et souvent inutiles, comme cette autoroute Bordeaux-Pau, superbe éléphant blanc dont nous vous engageons à consulter les statistiques de fréquentation… »

Regardez le reportage de Candice Olivari et Thierry Julien sur le Ciron menacé par la LGV (du 5 décembre 2014)

UN PROJET RUINEUX, INCOHÉRENT ET IRRESPONSABLE, DONT L‘UTILITÉ PUBLIQUE EST TRÈS CONTESTÉE

« Ce projet de LGV fait vraiment dans ce contexte figure de véritable provocation au bon sens, à la logique et au respect minimal de ce que nous avons de plus précieux : elle s’acharne en effet sur cette vallée, prévoyant de créer une énorme balafre coupant 3 fois le Ciron, 30 de ses affluents et plus de 80 de ses contributaires ! Que RFF prétende dans ce cas qu’il n’y aura pas de conséquences sur l’environnement dépasse l’entendement : les répercussions sur les réseaux hydrographiques des petits et moyens cours d’eau et sur les zones humides connexes seraient en effet irrémédiables, non seulement par les travaux gigantesques envisagés que par l’entretien des voies à grands renforts d’herbicides. RFF rejette toute idée d’incidence du projet sur nos vignobles
sous le prétexte un peu court qu’ils ne sont pas directement traversés…Avons-nous déjà observé une plante capable de survivre à la destruction de ses racines ?! »

« Dans notre contribution à l’enquête publique, nous avons émis de nombreux arguments, dont certains ont été développés par plusieurs associations environnementales sérieuses s’appuyant sur des connaissances scientifiques incontestables. Cerise sur le gâteau de l’incompétence, TIGF (Transport et Infrastructure Gaz France) a révélé dans sa contribution à l’enquête publique que le tracé avait été prévu au niveau d’un noeud de gazoducs très conséquent, dont visiblement les experts de RFF ne connaissaient même pas l’existence, et qui coûterait des milliards d’Euros à déplacer !

Château la Tour Blanche 1er cru classé de Sauternes

Château la Tour Blanche 1er cru classé de Sauternes © Jean-Pierre Stahl

Si tout cela ne suffisait pas, de nombreux experts dénoncent ce projet pharaonique et ruineux dont l’utilité publique est très sérieusement contestée, dont la rentabilité est plus que douteuse… La Cour des Comptes elle-même a sévèrement condamné cette obsession du TGV dont la logique économique et l’impact sur le développement du territoire sont devenus négatifs. Dans ce contexte, nous nous demandons quels intérêts politiques et industriels peuvent bien
aujourd’hui défendre ce projet que nous pouvons qualifier tout bonnement d’ubuesque sans prendre le risque d’une quelconque exagération. De surcroît, il paraît particulièrement malvenu dans cette période financière difficile, ainsi que dans le climat actuel de contestation de projets sensibles d’aménagement du territoire. Le Président de la République lui-même ayant demandé dans ce cadre davantage de concertation, nous voyons mal comment ce projet insensé pourrait voir le jour. »

Des vins de légende rayés d'un coup de crayon sur une carte ? © JPS

Des vins de légende rayés d’un coup de crayon sur une carte ? © JPS

« Néanmoins, notre inquiétude est grande face à l’obstination de certains élus comme Alain Rousset, Président du Conseil Régional d’Aquitaine, qui a appelé il y a peu à manifester pour ce projet insensé et totalement déphasé. Les conséquences aux plans socio-économique, environnemental, humain et culturel de ce projet seraient donc clairement catastrophiques. Les opposants à ce projet, qu’ils soient viticulteurs, associations environnementales
et locales, sont très déterminés mais veulent éviter tout dérapage. Mais il est clair que la mise en oeuvre d’un projet aussi impopulaire constituerait un point d’achoppement très sensible, avec un risque élevé de débordements insurrectionnels et d’occupation de type ZAD… ce qui serait dommageable pour tout le monde. Si le gouvernement veut éviter cela, il faut purement et simplement enterrer ce projet absurde et dangereux ! »

Regardez ce reportage sur le miracle du botrytis à Sauternes en octobre 2013 par Jean-Pierre Stahl et Didier Bonnet

 

08 Juil

Ouverture d’une enquête préliminaire suite au décès d’un viticulteur victime de pesticides

C’est une première en France. Le parquet de Paris a décidé d’une enquête préliminaire après le dépôt de plainte de la famille d’un viticulteur bordelais, décédé suite à une maladie due à l’utilisation de pesticides.

Valérie Murat © MaxPPP

Valérie Murat © MaxPPP

Après la plainte contre X déposée le 27 avril dernier pour homicide involontaire, tromperie et omission de porter secours, le Procureur de la République a décidé de donner suite et d’ouvrir une enqûete préliminaire. Cette plainte avait été déposée par la famille de James Bernard Murat viticulteur à Pujols dans l’Entre-deux-Mers en Gironde, ce devant le Pôle de santé publique du Tribunal de Grand Instance de Paris. 

James Bernard Murat est décédé en décembre 2012 d’un cancer des bronches et des poumons, dont le caractère professionnel, lié à l’utilisation d’arsénite de sodium, avait été reconnu en février 2011.

« C’est un jour important parce que c’est le jour où cela prend du sens concrètement, parce que là ça va être le début des investigations » commentait, au micro de France Bleu Gironde, sa fille Valérie Murat. « Ca veut dire aussi qu’on va être entendu en tant que plaignante, et ça veut dire aussi qu’il va y avoir des investigations pour trouver des informations sur l’arsénite. D’ores et déjà, c’est un signe fort de la justice sur le sérieux de notre dossier et on peut s’en féliciter. Ca va être une épreuve d’endurance, ça va être très très long, on y est préparé depuis le début. Rien que l’enquête préliminaire ça va être entre 6 mois et 1 an. Ca va être une épreuve de patience mais on est bien armé aussi pour ça et on est bien préparé. »

Selon sa fille, James Bernard  Murat a traité ses vignes durant plus de 40 ans (de 1958 à 2000)  contre l’esca, une maladie due à des champignons parasites. Il utilisait ce produit sans jamais avoir été alerté sur la toxicité pour sa santé. Et son avocat Me François Lafforge, l’avocat de la famille de la victime, de commenter: « il y a plusieurs responsabilités à dégager, les responsabilités des firmes notamment, donc nous demandons que toutes les explications soient apportées aux victimes et à la famille de la victime ». L’enquête sera longue, le combat judiciaire sera dur, semé d’obstacles mais il faut souligner le courage de Valérie Murat qui a décidé d’engager cette procédure. »

 Avec France Bleu Gironde

27 Avr

Plainte contre X pour homicide involontaire: la fille d’un viticulteur bordelais décédé dénonce le danger mortel des pesticides

Les pesticides sur le banc des accusés…Valérie Murat, la fille d’un viticulteur bordelais décédé en décembre 2012 d’un cancer bronchopulmonaire, veut que la justice reconnaisse la responsabilité des organismes commercialisant ces pesticides ainsi que celle de l’Etat qui les a homologués. 

Valérie Murat © MaxPPP

Valérie Murat © MaxPPP

Invitée du journal de 8h ce matin, Valérie Murat, le fille de James-Bernard Murat viticulteur girondin décédé d’un cancer, dépose plainte contre X cet après-midi pour homicide involontaire devant le Tribunal de Grande Instance de Paris. Son père protégeait sa vigne une fois par an en aspergeant de l’arsénite de sodium, cancérogène suspecté. Le père de Valérie Murat est mort en décembre 2012, à 70 ans, d’un cancer bronchopulmonaire.

« Le certificat médical a écrit noir sur blanc que la pathologie est en lien à l’exposition de 1958 à 2000 à l’arsonite de sodium.

Je veux connaître tous les responsables et remonter le fil de toutes les responsabilités.

 Pour moi, les premiers responsables ce sont les firmes. Ce sont les firmes qui ont mis ce produit là sur le marché, et après il y a les services de l’Etat aussi, qui ont évalué, homologué et re-homologué pour certains.

Ce sont 3 produits à bas d’arsonite du sodium. Leur retrait n’a été effectif en France qu’en 2001 seulement., alors que la Grande-Bretagne l’a interdit à partir de 1961? Les Pays-Bas l’ont interdit en 85 et les Etats-Unis en 88.

Pourquoi avoir laissé ce produit-là sur le marché jusqu’en 2001 ? »

Bien sûr que je le fais en mémoire de mon père parce que je ne peux pas accepter qu’il soit mort pour rien ! On ne peut pas continuer à nier ce problème à ce moment-là et entretenir l’omerta ! Valérie Murat

Les paysans ont été dupés, floués, et on en a fait des bons petits soldats de la chimie…On leur a fait remplacer toute la science qu’il y avait dans l’agriculture, on les en a détourné complètement pour leur proposer de la chimie à la place. Alors c’est sûr, ça marche ! Mais regardez, on commence à compter les cercueils ! »

Il y a 10 jours, la Cour d’Appel de Bordeaux a demandé une expertise médicale dans une affaire similaire: l’affaire Bibeyran. Sa soeur, Marie-Lise, se bat depuis 4 ans pour que soit reconnue comme maladie professionnelle le cancer du foie et des voies biliaires de son frère décédé à seulement 47 ans. Durant 25 ans, il avait répandu des pesticides pour le traitement par de vignes dans le Médoc.

Propos de Valérie Murat recueillis par Stéphane Place d’Europe 1

Rappel des affaires Murat et Bibeyran par Lyly Le Pivert et Marie Fontecave.

 

07 Avr

Alerte à la bactérie tueuse…la xylella fastidiosa

C’est une épidémie dans le talon de l’Italie, la bactérie xylella fastidiosa a ravagé des milliers d’hectares d’oliviers. Le région est déclarée sinistrée. Un cordon sanitaire a été établi pour éviter une propagation au reste du pays et à l’Europe. Réactions  du monde viticole à Bordeaux qui prend cette alerte au sérieux.

La bactérie «Xylella fastidiosa», qui assèche les oliviers, des ravages dans le Salento, berceau de plantations centenaires.  © Tribune de Genève photo: EPPO

La bactérie «Xylella fastidiosa», qui assèche les oliviers, des ravages dans le Salento, berceau de plantations centenaires. © Tribune de Genève photo: EPPO

Joint par téléphone ce matin, Xavier Planty, le président des Sauternes, par ailleurs défenseur du bio, se dit « très très inquiet ». « Le problème est simple, on l’a eu sur l’arbre fruitier le poirier avec le feu bactérien », il l’a complétement décimé…Quant à traiter avec des antibiotiques, il est hors de question de balancer des antibiotiques dans la nature. »

« J’espère que l’Inra s’est penché sur la question. C’est un peu le même sentiment pour ce nouveau parsite que l’on a eu pour la drosophila suzukii, cette bestiolke capable de percer la peau des raisins. Ca peut remettreplein de choses en cause. Est-ce qu’on est à la veille d’une crise comme le phylloxéra ou le mildiou ? »

« La lutte contre le phylloxéra ou l’oidium avait été un foutoir monstre. Sur le mildiou, le traitement avait été trouvé très vite avec la bouillie bordelaise. Sur l’oidium, ça a mis du temps à trouver. »

Xavier Planty,  président des Sauternes. © Jean-Pierre Stahl

Xavier Planty, président des Sauternes. © Jean-Pierre Stahl

Pour l’Inra que nous avons contacté, on reconnaît qu’il y a un vrai risque sur d’autres espèces arboricoles que l’olivier. Une veille presse et les chercheurs de deux laboratoires planchent sur la question avec notamment le laboratoire Santé et Agroécologie du Vignoble. Denis Thiéry, absent de Bordeaux pour des raison personnelles, nous recontactera prochainement: « il a un projet de recherche dans lequel est intégré cette maladie comme d’autres qui peuvent ravager la vigne ».

Le Président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux, Bernard Farges reconnaît que « même si on peut être inquiet », les « Italiens ont plutôt réagi tranquillement. On a eu une présentation par France Agrimer du plan d’action national. « Le ministre de l’agriculture a annoncé ce week-end son plan d’action « , qui dispose: « Un arrêté a été signé ce jour (le 3 avril) et sera publié demain afin d’interdire l’importation en France de végétaux sensibles à Xyllela fastidiosa et provenant de zones touchées par la bactérie. Cette interdiction concerne les échanges intra-européens depuis la région des Pouilles et les importations issues des zones infectées des pays tiers concernés. Elle sera assortie du renforcement du plan de contrôle et de surveillance sur l’ensemble du territoire national ».

« Toutefois, il faut être prudent, être vigilent quant à l’alerte que l’on diffuse ! Pour tout ce qui est filère d’importation, on peut les contrôler, maIs c’est plus compliqué quand des particuliers reviennent avec de jeunes oliviers, on peut là s’inquiéter. »

Bernard Farges à gauche, le président du CIVB © JPS

Bernard Farges à gauche, le président du CIVB © JPS

Et de préciser: « en Italie, il ont fait un sas de décontamination pour arracher le vignoble et éviter que la maladie ne se propage. » « Chaque semaine en France les viticulteurs remplissent le BSEV le bulletin de santé du végétal ». Il est envoyé chaque semaine aux viticulteurs où on a toute une appréciation de l’épidémiologie. Mais il n’y a pas de foyer répertorié en France. »

Pour Arnaud Desage, pépiniériste au Marché d’Intérêt National de Bordeaux, importateur d’oliviers et autres plantes méditéranéennes: « si cette bactérie est sur les oliviers, elle sera sur d’autres plantes forcément. Avec la mondialisation, il y a des plantes sur lesquelles on ne pourra pas voir. Il y a beaucoup de bactéries, d’insectes ces derniers temps. Au Japon, ils ont pris des mesures plus sévères en karcherisant les plantes importées. Moi mes oliviers viennent essentiellemnt d’Easpagne mais j’ai des lauriers qui viennent d’Italie. Je vais me renseigner pour savoir comment ça évolue là-bas…Je vous rappelle… »

Dans les Pouilles en Italie, où Xylella fastidiosa est apparue pour la première fois en 2013, la situation est catastrophique. Selon le commissaire européen à la Santé, Vytenis Andriukaitis, 10% des 11 millions d’oliviers de la province de Lecce sont touchés par cette bactérie.  La solution est l’arrachage et la destruction des arbres malades. Il n’y a pas de remède pour l’heure; l’Italie a mis en place une zone de confinement de 241.000 hectares dans les Pouilles. 

On voit le problème de la xylella fastidiosa ne fait que commencer. Il faut que les Italiens prennent des mesures draconniennes tant pour la survie de leurs espèces dans le reste de la péninsule que pour l’ensemble de l’Europe. Il ne s’agit pas de donner des leçons à qui que ce soit, mais d’avoir  des pouvoirs publics à la hauteur des enjeux.

Le site du Ministère de l’Agriculture précise: « La bactérie Xylella Fastidiosa peut affecter plus de 200 espèces végétales appartenant à 50 familles botaniques différentes. Cet organisme nuisible aux végétaux est connu outre Atlantique comme agent de la maladie de Pierce, qui a fortement touché les vignobles californiens dans les années 1990, et est également responsable d’une maladie ayant fortement impacté les agrumes au Brésil à la fin des années 1980. Cette bactérie est transmise et dispersée par des insectes vecteurs. Elle est absente du territoire français. Après sa découverte pour la première fois en Europe, sur le territoire italien, fin 2013, la Commission européenne a adopté au cours de l’année 2014 des mesures européennes pour empêcher d’autres introductions ainsi que la propagation de la bactérie dans l’Union européenne. »

On a vu comment le problème du frelon asiatique dans un passé récent avait été traité en France où il a été importé dans des poteries chinoises en 2004 via le port de Bordeaux et dans le Lot-et-Garonne. Depuis tout le Sud-Ouest a été infesté, et même bien au delà, on en répertorie partout en France,  parfois dans le Nord de l’Europe et au Portugal récemment. Un préfet de la région Aquitaine avait pris comme arrêté de limiter l’intervention des sapeurs pompiers pour la destruction des nids car trop chères (ils en faisaient plus de 700, ce fut réduit à moins de 30 en 2008), en restreignant leurs opérations à des dangers immédiats pour l’homme. Seuls les associations étaient en pointe dans ce combat comme AAAFA33 et les apiculteurs qui ont vu leurs ruches décimées… (sans parler des personnes allergiques qui sont décédées, à la suite de piqûres de frelons asiatiques).

Le parallèle n’est pas osé, il s’agit juste de prendre les bonnes décisions, drastiques s’il le faut, plutôt qu’attendre. Ces mesures doivent être prises en Italie et en France au niveau cordon sanitaire et interdiction des importations. Il s’agit d’informer sans vent de panique mais de prendre conscience de ce risque majeur, comme ce fut le cas pour le phylloxéra.

05 Mar

Les pesticides devant la Cour d’Appel de Bordeaux

Ce matin, la soeur de Denis Bibeyran, emporté par un cancer, s’est présentée devant la Cour d’Appel de Bordeaux pour faire reconnaître son cancer en maladie professionnelle, suite à une exposition prolongée aux pesticides.

© France Bleu Gironde

La famille Bibeyran soutenue par l’association PhytoVictimes © France Bleu Gironde –

La Cour d’Appel de Bordeaux examinait ce matin le cas de Denis Bibeyran, cet ouvrier viticole médocain décédé en 2009 à l’âge de 46 ans d’un cholangiocarcinome. Un cancer du foie foudroyant qui serait dû à son exposition prolongée aux produits phytosanitaires. Il travaillait dans le vignoble du Médoc de 1978 à 2008. 

Sa sœur, Marie Lys Bibeyran, se bat depuis plusieurs années pour la reconnaissance de maladie professionnelle post-mortem. Pour elle, cela ne fait aucun doute, ce sont les pesticides qui seraient à l’origine du cancer développé par son frère. En mai 2011, elle a engagé une action auprès de la Mutualité Sociale Agricole de la Gironde. Le Comité Régional de Reconnaissance de Maladie Professionnelle a prononcé deux fois le rejet de sa demande, confirmé par le Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale en janvier 2014. 

 La MSA se contente de contester la forme et ne se place pas sur le fond de l’exposition aux pesticides », Marie Lys Bibeyran.

La chambre sociale de la Cour d’Appel de Bordeaux rendra son arrêt le 16 avril et dira si l’on peut relier de manière directe les traitements phytosanitaires de la vigne au cancer d’un employé exposé, ce qui vaudrait pour reconnaissance de maladie professionnelle. L’avocat demande désormais l’inscription de la maladie de Denis Bibeyran dans le tableau des maladies professionnelles de la MSA . Ce changement de fondement est rejeté par la MSA, qui estime que la démarche aurait du être entreprise avant.

Une décision qui pourrait faire jurisprudence après celle de la faute inexcusable d’un employeur girondin admise en avril 2014.

Regardez le reportage de Laurence Pourtau et Ludovic Cagnato