11 Août

Pesticides à Preignac : le rapport de l’Institut National de Veille Sanitaire qui accuse !

Des pesticides d’origine viticole pourraient être à l’origine de cancers développés chez des enfants scolarisés dans une école de Preignac en Gironde. Selon ce rapport publié le 5 août, « la contribution des pesticides au risque cancer ne peut être exclue. » 4 cas de cancers ont été relevés entre 1999 et 2012.

b

La municipalité de Preignac a décidé d’acheter les vignes autour de l’école afin de limiter les risques potentiels © Didier Bonnet

Le 19 décembre 2012, le maire de Preignac Jean-Pierre Manceau interpellait par courrier l’INVS, l’Institut national de veille sanitaire. Le maire faisait état de cas de cancers déclarés chez des enfants fréquentant ou ayant fréquenté l’école primaire de la commune, une école qui jouxte des parcelles viticoles traitées régulièrement par des pesticides.  

Le rapport de l’INVS, qui a donc réalisé son enquête, est éloquent:   » Si l’on prend en compte l’ensemble des cancers de l’enfant, il semble y avoir un excès relativement faible au cours des 14 dernières années (4 cas observés pour 0,8 attendu), confirmant la perception initiale du maire de la commune. [….]Si l’on ne peut écarter l’absence d’excès de cas de cancer sur Preignac ou sa zone, celui-ci reste faible et ne concerne pas un type de cancer spécifique. »

Par précaution, la municipalité a décidé de racheter la parcelle d’1 hectare et demi proche de l’école: « cela permettra à l’école de ne plus avoir de vigne à ses abords, et de répondre de la manière la plus forte aux normes en vigueur aujourd’hui et il n’y aura plus de traitement phytosanitaire à moins de 200 m des école », précise Jean-Michel Lecomte, adjoint au maire de Preignac chargé de l’environnement et de l’urbanisme ».

Et le rapport d’enfoncer le clou: « il est recommandé par précaution de mettre en place des actions, au-delà des mesures de prévention initiées par le maire en terme d’urbanisme (zone tampon de protection entre habitat ou école et vignes dans le cadre du plan local d’urbanisation). Ces actions pourront porter sur la diminution de l’exposition aux pesticides au niveau de l’école et une surveillance sanitaire renforcée… »

Le rapport rélève que est la seule source de polluants sur la commune de Preignac est ces traitements phytosanitaires, ce qui abonde bien sûr dans cet idée de principe de précaution qui a poussé la commune à prendre des mesures.

« La commune de Preignac est caractérisée par une forte activité viticole, et par une proximité des habitations et de l’école par rapport aux vignes. Il existe donc une exposition possible aux épandages de pesticides des enfants de l’école, sans que l’on puisse à ce jour la quantifier ».

Pour l’heure, le lien entre ce grand nombre de cancers et l’épandage de pesticides, n’est pas établi formellement par les experts, seule la justice pourra le faire, avec des études plus importantes. Malgré tout, l’INVS n’écarte pas la responsabilité des susbtances chimiques : « Si l’excès de cancer reste modéré, la contribution des pesticides au risque cancer ne peut donc être exclue. »

Marie-Lys Bibeyran réclame pour sa par une généralisation de mesures par rapport aux écoles, voire aux habitations à proximité immédiate de parcelles de vignes qui sont régulièrement traitées: « comment face à un taux aussi inquiétant, on peut se contenter de mesures uniquement sur la commune de Preignac ? Et ne pas alerter l’ensemble des communes viticoles, et ne pas diligenter des enquêtes sur l’ensemble des communes viticoles nationales pour comparer aux communes non viticoles ? »

A la lecture de ce rapport réalisé après coup, on ne peut que s’interroger sur la proximité immédiate de l’école et des vignes traitées, du nombre multiplié par 4 du nombre de cancers (4 au lieu de 0,8), d’un grand vide par manque d’études et de conclusions à tirer. Il serait grand temps entre cet exemple, celui de Villeneuve où nombre d’enfants avaient été pris de malaises, que les pouvoirs publics prenne cette question de santé publique au sérieux et mène des enquêtes plus poussées sur l’utilisation des pesticides et les conséquences irréversibles sur nos chères têtes blondes…

Pour en savoir plus sur cette enquête :Investigation d’une suspicion d’agrégat de cancers pédiatriques dans une commune viticole de  Gironde

A lire également le papier de Marie-Lys Bibeyran: Villeneuve-Preignac : mêmes causes mêmes effets. Combien de temps allons-nous encore compter les cercueils ?

Regardez également le reportage et réactions recueillies par Guillaume Decaix et Didier Bonnet