01 Avr

Primeurs à Bordeaux: un « millésime assez moyen » qui ne déplace pas les foules

Décrié avant même sa sortie, le millésime 2013 est « inégal » pour les uns, « petit » pour les autres, « moyen » pour la majorité et « classique » comme le disent avec malice les Bordelais. Bref, ce n’est pas un millésime d’anthologie. Il y a de bonnes surprises et des déceptions.

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200 crus bourgeois dégustés au château d’Arsac © JPS

On ne se bouscule pas cette année, comme en 2010 pour la sortie du 2009 ou encore pour le superbe millésime qui a suivi, le 2010. Inutile d’avancer comme les autres années qu’il y a 6 000 professionnels venus de toute la France et de l’étranger, car on ne les a pas vus (aussi nombreux que les années précédentes).

Ce matin pour la dégustation des 200 Crus Bourgeois du Médoc présentés au Château d’Arsac, il n’y avait que 500 pré-inscriptions, contre 650 il y a deux ans au même endroit pour le millésime 2011. Philippe Raoux, le propriétaire du Château d’Arsac, espère malgré tout « 1 500 professionnels » sur ces 3 jours.

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Laurent Gilbert, négociant de « Wine & Trust » Bordeaux © Didier Bonnet

Pour Laurent Gilbert, négociant à Bordeaux, à la tête de « Wine and Trust », ce millésime n’est pourtant pas à enterrer de suite, bien au contraire.  » Les attentes sont tellement basses, la presse a été , je pense, et certains critiques, un peu rapide (s)…et j’ai été personnellement agréablement surpris. » Et de nommer ces pépites qui l’ont enchanté depuis lundi comme Pressac, Bellefont-Belcier ou Arsac…

Il faut dire que ce printemps frais et pluvieux a retardé la floraison, il y a eu pas mal de coulure, sans compter les orages de grêle durant l’été qui ont ravagé certains vignobles et il n’y a pas eu de véritable été indien, mais de la pluie fin septembre qui a précipité les vendanges et la pourriture…

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Les primeurs en crus bourgeois © Didier Bonnet

Il y a 30 ans, il n’ y aurait sans doute pas eu de millésime. Franck Bijon, directeur technique du château Larose-Trintaudon affirme: « très honnêtement les progrès de la viticulture et de l’oenologie font qu’aujourd’hui, même dans des situations compliquées, et il faut dire que 2013 était compliqué, les viticulteurs sérieux font de bons vins. »

A Saint-Emilion, aux primeurs qui portent le joli nom évocateur de « la Grappe », c’était la queue à l’entrée vers 10h. Ici, pas de pré-inscription, c’est un peu plus décontracté. On est au château la Gaffelière, qui accueille Stéphane Derenoncourt, le self made-man consultant, qui conseille des dizaines et des dizaines de châteaux en France et quelques-uns à l’étranger.

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Stéphane Derenoncourt, Derenoncourt Consultants © Jean-Pierre Stahl

Cette année, « on a 80 vins à la dégustation, ce ne sont que nos clients » confie-t-il. Du chablis aux côtes du Rhône, de la Toscane au Marcoc (tiens justement au Maroc c’est un très beau millésime frais, ça a été un avantage pour eux, en Toscane, très bon également…)

Les châteaux de Bordeaux qu’il conseille sont traditionnellement au nombre de 65 présents, mais cette année il en manque 10 qui n’ont pas sorti de 1er vin pour les primeurs. « Pas mal de propriétés n’ont pas eu de chance, pour elles la qualité été trop médiocre pour honorer leur étiquette. »

Finalement pour ceux qui sont venus aux primeurs, « ils sont agréblement surpris car il y a eu une information assez précoce et juste de la situation. »

C’est un vin léger, qui manque de puissance, de soleil. Mais quand les vins sont légers, ils sont plus faciles à goûter. Les gens qui ont fait des extractions softs, des élevages moins boisés ont tiré leur épingle du jeu. » Stéphane Derenoncourt

Et Stéphane Derenoncourt de continuer: « c’est une millésime assez moyen. Il a demandé beaucoup d’investissement dans la vigne et un peu de chance. C’est la froideur du printemps qui a condamné le millésime. Ce qui fait le Bordeaux ici c’est l’été indien, mais on ne l’a pas eu… »

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Jean-Luc Thunevin, propriétaire de château Valandraud et négociant @ Jean-Pierre Stahl

Malgré tout Stéphane Derenoncourt est satisfait des vins présentés et notamment des petits comme Jean Faux dans l’Entre Deux Mers. Au niveau fréquentation, » il y a eu plus de monde que ce qu’on croyait. On était blindés dimanche et hier lundi ».

Dans le centre de Saint-Emilion, aux primeurs chez Thunevin, dans son célèbre garage (cf « les vins de garages »), il y a un dédale de petits et plus grands producteurs qui présentent leur 2013.

L’ami de Robert Parker nous dit  « c’est un peu bizarre des primeurs sans Parker ». C’est la première fois depuis le début des années 80 qu’il n’est pas venu, il faut dire qu’il a fait une tournée en Asie, toutefois, nous confie-t-il, « il devrait passer en mai… »

Est-ce que nos clients vont vouloir l’acheter en primeurs ? Ca on peut s’imaginer que ce sera difficile voire impossible, sauf pour les 30 à 50 grandes marques. Pour la qualité des vins, il y a longtemps qu’à Bordeaux on sait faire avec des petits millésimes. » Jean-Luc Thunevin, propriétaire de Valandraud et négociant en vins

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Des thés fabuleux de la région de Pu’Er en Chine également à la dégustation chez Thunevin Jean-Pierre Stahl

 Les Chinois, et certains américains, ont déjà annoncés ne pas être intéressés par ce 2013 en primeur. Reste à lui souhaiter une destinée qui pourrait s’apparenter au 2007. Il avait également été décrié à l’époque, on disait « ah ces années en « 7 » comme 1997 ! » Aujourd’hui, c’est un millésime que l’on redécouvre, pas si mal au contraire. A la différence près: les professionnels annoncent qu’il faudra boire vite le 2013 ! Mais pas façon alcool de riz !

Et pour ceux qui recherchent l’étonnement en 2013, on pouvait également le trouver chez Thunevin, où de sympathiques chinoises qui manient bien la langue française proposaient de fabuleux thés de la région de Pu’Er à la dégustation.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl et Didier Bonnet.

28 Mar

Caroline Frey du château La Lagune: « je ne présente pas d’échantillon en primeur »

Tiraillée depuis plus d’un mois sur le fait de sortir ou pas de premier vin pour « La Lagune », Caroline Frey ne présente pas son millésime 2013 pour la semaine des primeurs. Elle n’a pas encore fait d’assemblage, et se laisse encore un peu de temps, « fonction de mon feeling ». Elle peut sortir un 2013 d’ici quelques semaines, ou pas…

lagune 2Après Malescasse (Cru Bourgeois en Haut-Médoc), Gaubaude-Guillot (en Pomerol), qui ont annoncé qu’ils ne sortaient pas de premier vin cette année car la qualité n’était pas au rendez-vous, La Lagune s’interrogeait et continue à le faire.

Caroline Frey, oenologue reconnue de Bordeaux, et propriétaire de ce 3ème cru classé de Bordeaux (en AOC Haut-Médoc), avoue ce matin, à ma question de savoir si elle allait sortir un premier vin ou pas pour le prestigieux château La Lagune: « non, non, je n’ai toujours pas pris la décision. »

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La Chartreuse du Château La Lagune, 3ème cru classé de Bordeaux © Château La Lagune

J’ai préféré zapper la dégustation, je ne présente pas d’échantillon en primeur« , dixit Caroline Frey.

Et d’ajouter: « Cette année, c’est compliqué, très tardif, les vins bougent beaucoup d’un jour à l’autre. Celà me laisse le temps de faire, de faire en fonction de mon feeling. »

27 Mar

Pontet-Canet 2013: son prix est à peine sorti, que déjà le millésime est vendu !

Pour les primeurs 2013, il a dégainé le premier. Grand bien lui en a pris. Hier, Pontet-Canet, 5ème cru classé de Pauillac, a sorti son prix: 67,40 euros, le même que le 2012. Les acheteurs se l’arrachent.

Le château Pontet-Canet, 5ème grand cru classé 1855 de Pauillac © Château Pontet-Canet

Alfred Tesseron, le propriétaire du château Pontet-Canet, est un homme au nez creux. Ce n’est jamais facile de dégainer le premier, d’annoncer un prix qui serait trop fort ou trop faible. Lui, a tranché: 60 euros prix de sortie, 67,40 euros ttc, le même prix que l’an dernier pour le millésime 2012.

Pour cette sortie de prix si tôt, c’est un peu une première…D’habitude, les prix sortent un mois, un mois et demi après la semaine de dégustation des primeurs. « On sort, quand on le sent », précise Alfred Tesseron. Y avait-il urgence ? « Pas du tout », me rétorque-t-il. « On a la chance d’avoir tout le monde du vin qui vient la semaine  prochaine, et il s’est écrit pas mal de choses (cf le « Bordeaux bashing »). Moi, je suis sûr de mon vin, du travail que l’on a fait. »

Au centre, Alfred Tesseron, le propriétaire du château Pontet-Canet © Château Pontet-Canet

« Au printemps, on a eu de la coulure (fleurs non ou mal fécondées qui tombent ou coulent) et du millerandage (fécondation imparfaite de la fleur qui donne des petits fruits, alors que d’autres se développent normalement). Jean-Michel Comme, régisseur de Pontet-Canet, n’a pas lâché de l’été, il a cru au millésime jusqu’au bout ! »

Et de continuer: « On n’a pu vendanger que des petites quantités, mais bonnes. Au lieu de livrer des caisses de 12, c’est des caisses de 6… »

On a sorti notre prix hier matin. Hier soir, on avait vendu 80 % de la récolte ! » selon Alfred Tesseron, propriétaire de Pontet-Canet.

En portefeuille, plus de 80 % ont été confirmés, et ils ont demandé environ 28 % supplémentaires. L’affaire est terminée. »

Et d’ajouter avec bonheur: « ça montre une chose, quand on fait du bon vin, il y a des acheteurs ! Ca montre la confiance qu’ont les gens en Pontet-Canet »

« Tous les articles qu’on a pu lire sur le 2013, c’est dommage ! »

Et Alfred Tesseron de donner les caractéristiques de son 2013: « il est équilibré, c’est un vin qui a du fond. Franchement, j’en suis très fier, car ce n’était pas une année facile ! »

 

23 Mar

Adriana en guest star des primeurs de Saint-Emilion

Le mannequin Adriana Karembeu est l’invité mercredi 2 avril du château Beauséjour Bécot, 1er grand cru classé de Saint-Emilion.

CaptureElle l’avait promis. Elle tient promesse.

L’an dernier, Adriana Karembeu était invitée au château Marojallia pour les vendanges par Philippe Porcheron.

Elle avait eu l’occasion de rencontrer le célèbre oenologue Michel Rolland. Ce dernier avait pu remarquer tout l’intérêt que portait le mannequin au vin. Aussi, l’a-t-il invitée pour les primeurs au château Beauséjour-Bécot, 1er cru classé de Saint-Emilion, où il va présenter avec Dany Rolland les vins des propriétés pour lesquelles ils collaborent.

Un nouveau coup de foudre se serait produit entre Adriana et le vin…de Saint-Emilion.

 

22 Mar

Attention à la flambée des prix !

Les prix des vins de Bourgogne subissent une hausse de 32 % et les Bordeaux de 20%, selon le ministère de l’agriculture (référence: prix du tonneau de 900 litres). En cause, la faible récolte du millésime 2013 due à une météo des plus défavorables.

Les très mauvaises récoltes de 2013 se traduisent par une flambée des prix de la plupart des régions viticoles pour le vrac. Les « Bourgogne » enregistrent une augmentation de plus de 30% de leurs prix, tandis que les « Bordeaux » connaissent une envolée de 20%, selon les chiffres fournis par le service statistique du ministère de l’Agriculture, Agreste.

Les vendanges 2013 se sont en effet déroulées avec deux à trois semaines de retard, après les pluies et le froid de juin. Ce printemps exécrable, suivi d’orages de grêle pendant l’été et de précipitations pendant les vendanges, a affecté les volumes.

Dans le détail, d’août à janvier, les prix des vins avec appellation ont bondi de 18% sur un an, et de 25% comparé à la moyenne des cinq dernières années (2008-2012). Une hausse qui s’explique surtout par « les faibles disponibilités de début de campagne » (- 6% sur un an), explique Agreste.

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Hervé Grandeau, Président des Bordeaux et Bordeaux Supérieur © Jean-Pierre Stahl

Pour Hervé Grandeau, le Président du syndicat viticole des Bordeaux et Bordeaux Supérieur, interrogé par Challenges: « le cours du tonneau de 900 litres est descendu de 1.200 à 800 euros pendant la crise financière de 2008-2009. Et comme nous avions trop de stocks, les 2009 et 2010 ont été bradés. Mais aujourd’hui, la donne a changé. Pour éliminer ce surstockage, les vignerons bordelais ont mis en place une politique de baisse des rendements »

 A cela est venu s’ajouter la faible récolte de 2013, ce qui s‘est traduit par une chute de 30% de la production. Du coup, l’offre de vin en vrac est inférieure à la demande. Il est donc logique que les prix remontent à 1.200 euros le tonneau, soit le niveau de la fin des années 2000″ selon Hervé Grandeau des Bordeaux et Bordeaux Supérieur.

Il faut dire qu’avant, avec ces cours descendus à 700-800 euros, les petits vignerons qui vendaient en vrac, vendaient malheureusement à perte. C’est donc un juste retour des choses, mais pour combien de temps ?

Les cours des autres vins – avec indication géographique protégée et sans indication géographique (IG) – montent aussi, mais dans une plus faible mesure, de 6 à 11%. Les vins blancs sans IG connaissent dans cette catégorie la plus forte augmentation (+14%).

Ainsi, selon la dernière estimation d’Agreste en novembre, la récolte 2013 reste extrêmement basse, à 42,3 millions d’hectolitres, soit légèrement supérieure (+2%) à celle de 2012 mais en dessous de la moyenne des cinq dernières année (-7%).

Fabrice Bernard et Patrick Bernard de Millésima © blog millesima

Cette semaine, à l’occasion de la « grande dégustation » des 2012, Patrick Bernard, le patron de Millésima (leader de vente en ligne) a fait cette précision à moins de 10 jours de la folle semaine des primeurs à Bordeaux (où 6 000 professionnels du monde du vin et toute la presse spécialisée seront conviés à déguster le 2013) : « les prix devraient baisser« , concernant les grands Bordeaux présentés en primeurs.

Et d’ajouter « ll est très clair que le marché des 2013 ne sera malheureusement ni en Asie ni aux Etats-Unis. Nos clients de Hong Kong nous ont fait savoir que ce millésime ne les intéressait pas. Et les Etats-Unis, où nous avons près de 20 000 clients, nous ont prévenu que l’intérêt serait très très limité. » a annoncé Patrick Bernard mardi dernier.

 

Sources AFP, Agreste, Sud Ouest et Challenges.