24 Oct

Pontet-Canet: son second vin perd l’AOC Pauillac…Alfred Tesseron s’exprime: « je suis très fier de ce vin et absolument sûr de sa qualité. »

C’est assez exceptionnel pour le souligner chez les grands crus classés du Médoc : le second vin du château Pontet-Canet, les « Hauts de Pontet-Canet » (millésime 2012), n’a pas obtenu l’agrément pour rester sous l’AOC Pauillac. Il sera vendu en appellation « Vin de France ». Alfred Tesseron s’exprime dans Côté Châteaux.

Les Hauts de Pontet-Canet 2012 2

C’est le journal Sud-Ouest (lire ici l’article de César Compadre dans son intégralité) qui a rapporté la nouvelle. Nouvelle qui a fait grand bruit parmi les crus classés du Médoc. Le château Pontet-Canet, 5ème Grand Cru Classé 1855, s’est vu refuser l’appellation d’origine contrôlée (AOC) Pauillac pour le millésime 2012 de son second vin, Les Hauts de Pontet-Canet.

Alfred Tesseron, propriétaire du château Pontet-Canet, actuellement en déplacement à l’étranger, s’exprime interrogé par Côté Châteaux, il est l’invité de parole d’expert.

Jean-Pierre Stahl : « Comment avez-vous appris la nouvelle concernant votre second vin (millésime 2012) et quelle a été votre réaction ? Est-ce une première ou y a t-il eu d’autre cas à votre connaissance ?

Alfred Tesseron: « Afin de pouvoir utiliser l’Appellation d’Origine Contrôlée Pauillac, les vins doivent répondre à certains critères définis par l’appellation.

Pour cela, le cahier des charges de l’Appellation Pauillac prévoit une dégustation obligatoire par l’ODG (Organisme de Gestion) avant la mise en bouteille. »

« Comme chaque année, nous y avons présenté nos vins et à notre très grand étonnnement, Hauts de Pontet-Canet 2012 n’a pas obtenu l’agrément et portera donc la dénomination « Vin de France ».

Alfred Tesseron,le propriétaire du château Pontet Canet © blog millesima

JPS: « Comment ressentez-vous cela, comme une injustice ? »

AT: « De mon côté, je suis très fier de ce vin et absolument sûr de sa qualité, comme l’ont été 99,9% des négociants qui ont confirmé leurs achats primeurs en Vin de France.

« C’est en train de devenir un vrai collector…! »

03 Sep

Hervé Berland: « Philippine de Rothschild avait l’énergie et la volonté de réussir ! »

Qui mieux qu’Hervé Berland, ancien directeur général de Baron Philippe de Rothschild, 35 ans de bons et loyaux services auprès du Baron et de Philippine, pouvait dresser le portrait de cette Grande Dame du Médoc dont les obsèques ont été célébrées lundi à Pauillac. Hervé Berland nous raconte ses souvenirs avec Philippine de Rothschild et le leg de Madame la Baronne à ses héritiers, employés et au monde du vin.  Il est l’invité de Parole d’Expert dans Côté Châteaux.

Obseques de Philippine deRothschild 007Jean-Pierre Stahl: « Quel souvenir garderez vous de Philippine de Rothschild ? »

Hervé Berland: « C’est une personnalité très complète, qui avait beaucoup de facettes. C’est quelqu’un de très attachant, quelqu’un pour qui j’ai eu énormément d’affection, d’amitié ! »

J’ai travaillé très longtemps puisque je suis rentré dans la société de son père à l’époque en 1977. J’ai accompagné et fait toute ma carrière dans cette société jusqu’en 2012 où j’ai quitté la société en prenant ma retraite. j’ai bien connu son père au départ, le Baron Philippe, et puis l’arrivée de Philippine de Rothschild en 1988, qui était peu préparée à prendre la succession de ce monstre sacré qu’était son père. 

Elle a su devenir quelqu’un de tout-à-fait exceptionnel. Se faire un nom, se faire un prénom, dans une famille où c’était compliqué car rien ne l’avait préparé à prendre cette succession difficile. Elle a fait appel à tous les gens qui travailaient dans cette société pour l’aider et faire en sorte que ce soit un succès.

Le succès est là, l’entreprise n’a fait que grandir, croître en importance; aujourd’hui c’est un empire commercial incontestable. Philippine a su monter au plus haut les couleurs de Mouton qui rayonne dans le monde entier. » Hervé Berland, ancien directeur général de Baron Philippe SA.

JPS: « Que pèse aujourd’hui son empire commercial ? »

HB: « Cet empire est représenté par les propriétés au premier rang desquelles on trouve château Mouton Rothschild, 1er grand cru, mais également d’autres crus à Pauillac château d’Armailhaic, Clerc Milon; également des propriétés à l’étranger Opus One en Californie, Almaviva au Chili, domaine de Baron’Arques en Languedoc, bref une palette de propriété très diverses, de forte notoriété aujourd’hui, largement distribuées dans le monde et qui connaissent un immense succès. »

4-Baroness-Philippine-de-Rothschild-credit-Karl-LagerfeldJPS: « Quels traits de carctère vous garderez d’elle ? »

HB: « Ce qui me vient a l’idée, c’est l’énergie que Philippine de Rothschild avait, la volonté d’avancer, de réussir, et l’énergie qu’elle mettait dans tout ce qu’elle entreprenait, ça c’était vraiment extraordinaire, complété par un sens de la perfection qu’elle tenait aussi de son père car son père était un perfectionniste. »

Philippine de Rotschild était une perfectionniste, elle était très exigente sur tous les moindres détails, mais finalement je crois que c’est elle qui avait raison, car c’est une bonne école. » Hervé Berland

Obseques de Philippine deRothschild 006« C’est une bonne école que de se remettre en cause, et elle savait se remettre en cause… Alors, elle n’était pas la plus facile des personnes, parce qu’elle avait beaucoup de caractère. Mais finalement, elle a fait énormément de choses, de bien, elle pouvait être capable de beaucoup de générosité: localement, elle était toujours très ouverte à toutes les sollicitations des associations locales, des associations sportives, elle était un peu la marraine d’un tas d’associations. C’était un trait de caractère très sympathique, ce côté ouvert sur tout ce qui se passait. Bien sûr elle habitait Paris, mais son monde à elle c’était celui de Mouton, celui de Pauillac ! »

le bon coin 076JPS: « Qu’est-ce qu’elle laisse comme trace pour ses héritiers ? »

HB: « Elle laisse une société en très bon état. Un 1er cru classé, château Mouton Rothschild qui est au zénith. Elle laisse une empreinte de sa personnalité dans cette entreprise, dans ce château très forte. Elle y a fait récemment des travaux de rénovation très importants (photo du nouveau chai à Mouton). Des travaux majeurs exceptionnellement réussis. C’est magnifique ! Elle a perpétué en développant encore plus ce qu’avait initié son père au niveau du travail entre l’art et le vin. Cette idée de base 1945, elle l’a monté à son paroxysme. aujourd’hui, c’est une oeuvre mondiale. Cette association entre l’art et le vin, elle a su la faire de main de maître ! »

Hervé Berland siègeait également au directoire de Baron Philippe de Rothschild. Il est aujourd’hui gérant de château Montrose, cru classé de Saint-Estèphe, propriété de Martin Bouygues.

Regardez l’interview réalisée par Jean-Pierre Stahl et Didier Bonnet

24 Juil

Pour Franck Binard, la 3e édition de Saint-Emilion Jazz Festival devait être un énorme succès

Franck Binard revient sur ce 3e Saint-Emilion Jazz Festival qui a été écourté à cause des vents violents et intempéries de ce week-end. Pour le directeur du Conseil des Vins de Saint-Emilion, le bilan n’est pas si morose et si négatif, au contraire: en terme de fréquentation, « le festival est parti ». Il est l’invité de Parole d’Expert ce mois-ci dans Côté Châteaux….

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Franck Binard, directeur du Conseil des Vins de Saint-Emilion © Franck Binard

Jean-Pierre Stahl: « Quelle a été finalement la fréquentation de Saint-Emilion Jazz Festival, malgré ces intempéries et l’annulation dimanche ? »

Franck Binard: « Il devait y avoir entre 1000 et 1300 personnes dans le Parc Guadet samedi soir. Sur la journée, 4000 personnes ont du défiler…Ce que montre cette 3e édition, c’est que le festival est parti, avec autant de monde dans ce petit parc ! Tout le monde avait le sourire, entre ceux du Caveau des Dominicains, ceux qui assistaient au concert de Youn Sun Nah (si elle monte, ça n’est pas pour rien) au château Pavie (1er grand cru classé A) et même dans le Parc. » (avant l’épisode de vents violents)

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Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo au Caveau des Dominicains © Guy Frédéric

« Tous les ingrédients étaient réunis: la dégustation musicale était d’une charge émotionnelle très forte…Avec notamment Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo, c’était de très grande qualité. »

« Le concept est très nouveau: marier 7 vins différents avec une interprétation à leur façon de ces 7 Premiers Grands Crus Classés de Saint Emilion , sans oublier les commentaires de Philippe Faure-Brac (meilleur sommelier du monde 1982), c’était vraiment top. » 

IMGP0220JPS: « Une journée de dégustation en somme ? »

FB: « La journée est montée en pression avec le bar à vins. Sur la petite journée que le temps nous a permis de faire, on a été submergé de monde, avec ce bar à vins éphémère du Parc Guadet ! »

« Dans des gammes de 3, 4 et 5 euros le verre et le même prix qu’à la propriété pour la bouteille, cela a permis aux gens de goûter des vins de la propriété tout en rencontrant les viticulteurs. Cela a permis d’échanger avec eux, c’est terrible. Des dégustations dans de beaux verres, tout en se restaurant, c’était plutôt de qualité… »

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Beaucoup de monde au Parc Guadet © Frédéric Guy

JPS: « Toutefois, la fête a été écourtée à cause de l’orage autour de 22 heures ? »

FB: « Oui, oui, il fallait partir. Il n’y a pas eu de moment de panique, mais tout le monde n’était pas rassuré. Ce n’était pas des grêlons, mais du vent. »

« La scène n’a pas bougé, c’était une scène audio de plus de 10 tonnes. Elle n’a pas bougé d’un poil ! Ce ne sont que les petites tentes légères qui se sont envolées. Les grandes tentes pagodes 5X5 n’ont pas bougé, tant au niveau du bar à vins que de la boutique-billeterie du festival. Mais effectivement, ça a été un mouvement soudain. Je me suis réjouis qu’il n’y ait pas eu le moindre blessé. »

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Youn Sun Nah au château Pavie © Frédéric Guy

JPS: « Sur quelles notes allez-vous rester, alors ? »

FB: « La dégustation musicale avec Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo, j’ai eu des retours dithyrambiques des personnes qui assistaient à l’événement. »

« Le parc, c’était vraiment une ambiance de festival, avec cette fabuleuse image de grande muraille et la vue sur le Clos Fourtet »

Des notes viti-musicales mémorables à découvrir lors de la prochaine édition de Saint-Emilon Jazz Festival !

Photos confiées gracieusement par Conseil des Vins de Saint-Emilion – Crédit photos Frédéric Guy.

 

21 Mai

Vinexpo Hong-Kong: avantage pour le rouge en Asie avec 23 % d’augmentation dans les 5 ans

Guillaume Deglise, directeur général de Vinexpo, est l’invité de Parole d’Expert alors qu’il s’envole dans quelques heures pour Hong-Kong. L’occasion de reparler des marchés chinois et asiatiques qui sont les seuls au monde à connaître une croissance à deux chiffres dans les 5 prochaines années de la consommation de vin rouge. L’occasion de faire le point sur Vinexpo Asia qui a gagné 50 % en superficie pour un budget de 10 millions d’euros.

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Guillaume Deglise, directeur général de Vinexpo @ Jean-Pierre Stahl

Jean-Pierre Stahl: « Guillaume Deglise, quelle couleur va avoir ce Vinexpo Asie 2014 ? »

Guillaume Deglise: « le blanc, le rouge et le rosé, mais avec un avantage pour le vin rouge car c’est dans cette région qu’il se développe le plus par rapport aux 5 continents. + 23 % dans les 5 prochaines années, donc c’est une région en plein boom ! Avec notre organisme anglais IWFR qui réalise ces études de consommation dans le monde, l’Asie avait déjà augmenté sa consommation de vin rouge de + 70 %, les 5 dernières années. C’est vraiment l’Asie qui tire le marché…En effet, c’est la seule région à avoir une augmentation à 2 chiffres, car aux Etat-Unis l’augmentation est de de 8,5 % et en Europe ça stagne à – 0,2 %. »

JPS: « Pour ce millésime 2014, quelle est la superficie réservée à Hong-Kong ? »

GD: « C’est une augmentation de + 50 % car on a identifié dès 2012 que le marché allait continuer à croître. On passe de 10 000 m2 à 15 000 m2 au Convention and Exhibition Center et pour la première fois sur deux niveaux. On a un peu plus de 1300 exposants (cf 2400 à Bordeaux) de 32 pays. On retrouve surtout les 3 pays exportateurs principaux en volume et en valeur: la France, l’Italie et l’Espagne. »

« Cette année, on a un focus particulier sur les spiritueux car l’Asie est le 1er marché mondial mondial. On a un concept de bar fait par Vinexpo au centre du salon, avec mixologistes qui réalisent des cocktails et des master classes. C’est un marché très dynamique, peut-être plus que celui des vins. »

vcsPRAsset_2753257_121256_f8a9448e-be26-4431-937e-6ec5d6a28cd9_0[1]JPS: « On a enregistré une baisse de 16 % en volume et 18 % en valeur des expotations de vins français en 2013 en Chine, faut-il s’en inquiéter ? »

GD: « C’est juste une pause, car il s’est développé très vite et il n’était pas structuré. Aujourd’hui, il s’organise.Il se dégage une liste d’importateurs sérieux et nous, on croit toujours à ce marché. On prévoit + 35 % d’augmentation sur le marché des vins chinois dans les 5 ans. »

JPS: « Pourquoi Vinexpo Pékin ne s’est pas fait ? »

GD: « Pékin devait se faire juste après HK; on a changé notre fusil d’épaule; on a préféré travailler sur une forte puissance des exportations sur Hong-Kong. On a juste reporté sine die, on croit toujours au potentiel du nord de la Chine.  Et puis on a Tokyo en novembre…2 salons suffisants pour les importations en Asie. »

JPS: « Vous aviez un peu délaissé Tokyo, car vous y aviez organisé deux Vinexpo Overseas en 2000 et 2002 ? »

GD: « Oui, nous avions aussi Vinexpo New-York, puis Chicago en 2004 et à partir de 2006 on est revenu à Hong-Kong. Vinexpo essaie de suivre ses clients. Tokyo avait l’avantage du Jazpon, mais on avait du mal à faire venir les autres pays d’Asie. Aujoud’hui on y retourne, le Japon est un marché très fidèle, très sophistiqué. Tokyo est la ville au monde où il y a le plus d’étoilés Michelin !  Les Japonais nous avaient dit de revenir, alors on revient, c’est un salon plus local destiné au marché japonais. »

Interview réalisée le 19 mai par Jean-Pierre Stahl.

Guillaume Deglise était également l’invité du 19/20 en Aquitaine le 20 mai 2014 questionné par Vincent Dubroca:

14 Mai

Bernard Magrez, l’homme aux quatre crus classés, qui tutoie l’excellence

Bernard Magrez, autodidacte, 102 ème fortune en France, est aujourd’hui propriétaire de 4 grands crus classés en Médoc, Graves, Saint-Emilion et Sauternes. Une réussite exceptionnelle. Parole d’expert a réalisé l’entretien du mois avec ce passionné de vin, d’antiquités et d’art (propriétaire du Centre Culturel Bernard Magrez). Un homme exigeant qui vise constamment l’excellence.

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Bernard Magrez, un exemple de réussite à la française @ Didier Bonnet – France 3 Aquitaine

Jean-Pierre Stahl: « Bernard Magrez, aujourd’hui vous possédez plus de 40 châteaux à travers le monde, en France et en particulier à Bordeaux, mais vous êtes le seul à posséder 4 grands crus classés. Est-ce une reconnaissance supplémentaire ? »

Bernard Magrez : « Les Grands Crus Classés, c’est Bordeaux. Il y a eu 1855, sous Napoléon III, qui a créé ce classement. Auparavant, il y avait un prestigieux voisin d’ici, le château Haut-Brion qui dans les années 1660 s’est fait connaître comme un vin de grande qualité. Et donc l’image des Bordeaux de grande qualité a commencé à cette époque-là et s’est confirmé en 1855.

D’abord j’avais eu le château Pape-Clément, en 2000 j’ai acheté le château la Tour Carnet qui était un grand cru classé; il y a deux ans, on a présenté le château Fombrauge au classement de Saint-Emilion, et il a été classé, déjà j’avais vu combien c’était dynamique au niveau de l’image, au niveau de la vente, de la connaissance et de la reconnaissance de la signature et des crus en question; et quand une certaine famille, propriétaire du Clos Haut-Peyraguey a voulu céder, par chance, on a été informé, et je me suis dit, ça c’est une bonne initiative, et nous sommes les seuls à Bordeaux à posséder 4 Grands Crus Classés. »

Et quand vous êtes à Shanghai, à Pékin, ou ailleurs, les Chinois, dans des soirées de dégustations, avec le doigt, viennent et demandent (en montrant) ou est marqué Grand Cru Classé ? C’est un accélérateur d’image, de sérieux et de crédibilité. », selon Bernard Magrez

JPS: « C’est quelque chose qui rayonne dans certains pays plus que d’autres ? »

BM: « Incontestablement ça rayonne partout, et encore plus dans certains pays émergents, dans la mesure où il n’ont pas conscience du passé. Par conséquent, la mention Grand Cru Classé a un pouvoir de crédibilité et c’est aussi statufiant: si vous m’invitez et que je vais chez vous avec une bouteille de grand cru classé, moi ça va flatter mon égo et vous, vous, je vais vous montrer que je vous prends en considération. Il y a l’effet statufiant qui s’ajoute à l’effet crédibilité qualitative. »

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Château Pape-Clément, en Pessac-Léognan @ Jean-Pierre Stahl

BM: « Moi, je ne suis pas héritier, donc j’ai créé cela petit à petit. Vous savez que j’ai commencé dans les spiritueux, dans une entreprise où il y avait 3 personnes, on faisait du porto simplement…Donc, je n’ai pas de passé, c’est clair, je n’ai pas le passé des grandes familles de Bordeaux, et donc c’est un accélérateur de reconnaissance. »

JPS: « Aujourd’hui, vous êtes quelqu’un d’entreprenant, vous n’arrêtez pas d’entreprendre (Bernard Magrez est âgé de 77 ans), quels sont vos prochain projets ? »

BM: « Mon prochain projet, c’est jeudi (demain), je vais en Espagne visiter des vignobles. Vous savez que l’Espagne a une image de plus en plus prépondérante, qualitative. Les prix sont compétitifs, les qualités sont belles. On a déjà deux vignobles là-bas, peut-être qu’on en aura un troisième…

Il y a cet hôtel que l’on monte à Bordeaux, de 6 chambres, en face de la fondation Bernard Magrez. Et Joël Robuchon avec qui je suis très lié m’a dit: « il te faut un bon cuisinier ? Et bien, le bon cuisinier, ce sera moi et à nous les trois étoiles. »

JPS: « Lui, comme vous, aujourd’hui, vous tutoyez l’excellence ? »

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Joël Robuchon, l’homme au 26 étoiles au Michelin et Bernard Magrez, l’homme au 4 Grands Crus Classés @ Michel Bouilliez – France 3 Aquitaine (2010)

BM: « Lui avant moi, bien avant moi ! Il a commencé, il a soixante et quelques années, il a commencé dans la grande cuisine, il y a bien longtemps. Il était séminariste d’ailleurs, c’est assez amusant. Et il a 17 restaurants. Il en monte un à Bombay, un autre en Asie et il en remonte un à New-York et un autre à Genève. Donc, c’est un homme qui va se retrouver en janvier, avec 22 restaurants et il a à ce jour 26 étoiles au Michelin ! Donc, il a montré le sens de l’excellence bien avant moi qui ai commencé dans les spiritueux, qui n’avait pas l’aura des restaurants, bien entendu. »

JPS: « Alors, il y a un drone que vous avez acheté, qui s’appelle « Vers l’Excellence », est-ce un gadget, pour vous ? »

BM: « Ce n’est pas un gadget. C’est quelque chose que l’on a découvert dans des vignobles que l’on avait en Languedoc. On a fait une expérience la-bas qui était très positive. Vous savez qu’aujourd’hui la gestion par parcelle est très importante, donc ça nous permet de mieux gérer la vigne, par micro-parcelle et le drone nous permet ainsi de faire des segmentations. Il faudrait bien une heure pour vous expliquer tout cela. D’ailleurs, je ne me fais pas beaucoup d’illusions, dans quelques années à Bordeaux, beaucoup auront des drones et tant mieux car ça améliore la qualité. Mais ce n’est pas du tout un gadget, c’est quelque chose nécessaire pour la vigne ! »

Le site officiel de Bernard Magrez

Entretien à voir ci-dessous, réalisé par Jean-Pierre Stahl et Didier Bonnet 

A revoir également le magazine des primeurs 2009 avec Bernard Magrez et Joël Robuchon par Jean-Pierre Stahl et Michel Bouilliez

 

05 Avr

Michel Rolland sur le 2013: « on a un millésime tout-à-fait honorable, acceptable, que l’on sera très content de boire dans 7,8 ou 10 ans. »

Michel Rolland revient sur le millésime 2013. Invité de Parole d’expert, l’homme qui conseille 250 châteaux dans le monde trouve le 2013 plaisant, honorable…bref à ne surtout pas jeter.

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Michel Rolland, le célèbre oenologue mondialement reconnu @ Olivier Prax

Jean-Pierre Stahl: « Michel Rolland, au terme de cette folle semaine de dégustation des primeurs à Bordeaux, que vous inspire le 2013 ? »

Michel Rolland: « Je crois qu’il y a un peu de méprise dans l’esprit des gens: « quand on a une mauvaise climatologie, ça fait un mauvais millésime ». « On est en train de faire la preuve que non. On ne va pas dire que c’est un millésime d’anthologie, parce que ce n’est pas vrai ! C’est un millésime pour lequel la nature ne nous a absolument pas aidé et pour lequel on a trouvé des réponses : des réponses viticoles, par le effeuillages, les éclaicissages, par le tri car on fait de la chirurgie dans les parcelles qu’on avait peut-être jamais faite auparavant. Ensuite on a vinifié dans des contenants un peu plus petits pour séparer les origines de parcelles. L’assembleur que je suis a trouvé tout son bonheur et son plaisir. Ca a été plus complexe à assembler que des 2009 et des 2010, mais je pense que le résultat est assez positif. On a un millésime tout-à-fait honorable, acceptable, que l’on sera très content de boire dans 7,8 10 ans. Ce n’est pas un millésime à boire dans 30 ans ! »

JPS : « On le qualifie de millésime classique à Bordeaux, certains disent inégal, d’autres hétérogène, moyen voire petit ? »

MR : « Dans les crus, tout le monde a très bien travaillé et a dépensé une énergie jamais affichée auparavant ! Donc on a des vins tout-à-fait bons. Il est certain lorsque l’on descend dans les hiérarchies, ça se compliquait un petit peu parce qu’en face on n’avait pas toujours les mêmes moyens… »

« C’est un millésime où il faut déguster, où l’homogénéité n’est pas le maître mot. Mais ce n’est pas un millésime dont on peut dire que c’est un mauvais millésime ! C’est un millésime hétérogène, certes, mais il y a de très bonnes choses dans ce millésime. »

JPS: « Dans certains verres, certaines bouteilles que vous avez pu dégustés, quelles notes y avez vous trouvées ? »

MR: « Je crois que le piège de cette année c’était l’absence de maturité car on était sur un process tardif. On a eu un printemps qui était mauvais, juillet et août assez correct et puis on s’est retrouvé avec de la pluie au mois de septembre donc on était en retard sur notre cycle végétatif donc en fait on n’était pas mûr…Le piège, c’était qu’il ne fallait pas trop extraire. Il fallait être assez gentil pour faire des vins de plaisir pour faire des vins de plaisir où l’on trouve du fruit , un bonheur au niveau des tanins parce qu’ils peuvent être assez souples. Sitôt qu’on a cherché à extraire…bien sûr des tanins pas mûrs quand on cherche à les extraire, ça durcit, c’est anguleux et c’est tout sauf le plaisir ! »

« Je crois qu’on goûte des vins qui ne sont pas d’une grande concentration, mais qui peuvent donner beaucoup de plaisirs. Mais on a eu des exemples: 2002, 2007 étaient des vins qu’on a eu peu assassinés au départ et aujourd’hui on se régale avec ! »

 Regardez l’interview réalisée par Jean-Pierre Stahl et Olivier Prax au château Marquis de Terme à Margaux où Michel Rolland est oenologue consultant. 

02 Avr

Stéphane Derenoncourt sur le 2013: « ça manque de concentration, ce sera un millésime léger, charmant, qui se boira plutôt vite »

Il fait référence dans le monde du vin à Bordeaux et en France, Stéphane Derenoncourt, le self-made-man, à la tête de Derenoncourt Consultants, qualifie le 2013 de millésime moyen, léger, sur le fruit, qu’il faudra boire assez rapidement. Il revient également sur le lynchage qu’il a vécu après son interview dans le Figaro où il annonçait que château Malescasse ne sortait pas de 2013. Ce château n’est pas le seul à ne pas sortir de 1er vin, il a 10 absents à « la Grappe », sa dégustation en primeurs, essentiellement dus aux ravages de la météo et de la grêle. L’histoire lui donne raison et Côté Châteaux soutient les gens qui défendent leurs idées. Et peut importe si le système à du mal à entendre des vérités. Ses paroles se boivent car il est dans le juste !

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Stéphane Derenoncourt © Jean-Pierre Stahl

Jean-Pierre STAHL: « Vous organisez au château la Gaffelière (1er grand cru classé B de Saint-Emilion) la dégustation des vins en primeur, des domaines pour lesquels vous êtes consultant. Est-ce que cette année, pour le millésime 2013, il y a des absents ? »

Stéphane DERENONCOURT: « On conseille à peu près 65 châteaux à Bordeaux, on a 10 absents. Souvent localisés dans les appellations de Côtes de Bordeaux et de l’Entre-deux-Mers parce qu’il y a eu des gros problèmes de grêle. Et aussi, par malchance, des gens ont été pris par le botrytis, souvent par des infections avec les orages du mois d’août. L’orage, c’est très jaloux ! Il y a des gens qui ont pris beaucoup d’eau et ça a été très compliqué de tenir l’état sanitaire, donc ils ont vendangé trop tôt et les vins n’étaient pas au niveau d’honorer leur étiquette, donc ils ne présenteront pas. »

« Mais bon an mal an, les gens qui sont là, il faut les saluer surtout dans les petites appellations, car c’est quand même un millésime qui demandait beaucoup, beaucoup de moyens. Et il fallait un travail dans les vignes impeccable, une prophylaxie impeccable, et tout cela c’est de la main d’oeuvre, quoi ! Donc souvent ces crus qui n’ont pas les moyens, c’est avec leur passion qu’ils ont réussi à aller au bout et à présenter des vins qui sont étonnants de qualité dans ce millésime ! »

JPS : « Certains ont qualifié ce millésime d’inégal (cf OIivier Bernard, Président de l’Union des Grands Crus de Bordeaux), vous vous diriez quoi ? Moyen ? »

SD :  » Moi, j’ai toujours dit que c’était un millésime moyen. C’est un millésime moyen. Il y a des réussites incontestables. Par bonheur, il n’exprime pas des notes végétales. On n’a pas des vins avec des goûts de poivron, de lierre ou de légumes.

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Dégustation à « la Grappe » chez Derenoncourt @ Jean-Pierre Stahl

« On est plutôt sur des vins plutôt fruités, des jolies acidités, parfois un peu marquées. Disons que le problème du millésime, c’est un petit peu la concentration, ça manque de concentration, ce qui fait que ce sera un millésime léger. Mais quand on est parti sur des extractions douces, des recherches d’équilibre, ça donne un millésime qui est charmant, qui se boira plutôt vite. »

« Mais il ne faut pas oublier que ce millésime représente l’identité et la force de Bordeaux: on fait beaucoup de médiatisation sur des millésimes exceptionnels, mais si l’on regarde, il y en a deux à trois par décennie. Ca veut dire que dans 70 à 80 % des cas, quand on ouvre une bouteille de Bordeaux, ce n’est pas un millésime exceptionnel.Si Bordeaux est là où il est est en termes de notoriété et de reconnaissance mondiale de qualité, c’est grâce aux petits millésimes.Donc voilà, il faut le raconter tel qu’il est, l’assumer tel qu’il est. Le fait d’avoir eu une campagne un peu mouvementée fait que les gens ressortent de la dégustation agréablement surpris, parfois même impressionnés par certains produits. Donc je ne pense pas que ce sera un accueil qui sera mauvais au contraire. »

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Château la Gaffelière à Saint-Emilion où est organisée la dégustation « la Grappe » par Stéphane Derenoncourt © Jean-Pierre Stahl

JPS : « La campagne a été justement mouvementée avec Malescasse qui n’est pas sorti, vous qui avez ouvert le bal en vous exprimant là-dessus, ça a été difficile à vivre cela ? »

SD :  » Ca a été difficile à vivre, car en fait c’est une interview dans le Figaro qui a été mal tournée pour moi ! Je devais communiqué sur la décision qui a été prise à Malescasse, qui était une décision complètement isolée dans le contexte. Ensuite on a parlé du millésime et j’ai choisi d’en parler avec une certaine sincérité, j’ai dit ce que j’ai vécu: c’est un millésime moyen. On avait des vins réussis mais la plupart du temps assez légers, et si on n’avait pas mis tout en oeuvre pour réussir ce millésime, et bien on aurait fait des vins parfois médiocres. »

« Dans le Figaro, il ont eu la « bonne idée » de mettre en Une « Bordeaux 2013 un mauvais millésime », donc évidemment les Bordelais, qui ont lu cet article, l’ont lu d’une manière un peu biaisée. Après, ça a été une interprétation sauvage dans tous les sens. Ca s’est enflammé. Car aujourd’hui, il n’y  a pas que la presse, mais aussi les blogs et les réseaux sociaux. C’est parti dans tous les sens et j’ai été un peu l’homme à abattre pendant quelques temps. »

JPS :  » Donc un millésime moyen, petit, mais agréable ? »

SD : « Exactement.Et un millésime hétérogène surtout où chacun doit se remettre à faire son boulot. Les gens qui achètent du vin doivent venir sélectionner, certainement le négoce aussi, ils doivent défendre des produits sur lesquels ils sont attachés. Pour la production, c’est un millésime blanc, pour arriver à présenter ce genre de vin, et même chez les petits, il y a des sélections monumentales ! La floraison était mauvaise, on part sur une petite récolte et en plus il a fallu dans la plupart des cas sélectionner beaucoup. Donc c’est un millésime qui a coûté tellement qu’il ne rapportera pas. Surtout dans un monde à deux vitesses, où quand on demande 30 % de réduction à un cru qui vend ses bouteilles entre 100 et 200 euros, ce n’est pas le même jeu que celui qui vend entre 5 et 10. Ca aussi, c’est souvent un amalgame qui se fait souvent à Bordeaux et qu’il faudrait reconsidérer ! »

22 Mar

Allan Sichel : « Bordeaux exporte 25 % de ses volumes sur la Chine. Il serait dangereux d’être beaucoup plus dépendant que cela de la Chine. »

Après l’annonce par le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux d’une baisse de 16 % en volume et 18 % en valeur des exportations de vins de Bordeaux en Chine, Allan Sichel, Vice-Président du CIVB et Président du Syndicat des Négociants de Bordeaux, réagit sur les perspectives à venir du marché chinois. Il est l’invité de parole d’expert.

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Allan Sichel, vice président du CIVB © Jean-Pierre Stahl

Jean-Pierre Stahl: « On voit le marché de Bordeaux en repli en 2013, par rapport à l’euphorie des années précédentes, et notamment vis-à-vis du marché chinois, que se passe-t-il ? »

Allan Sichel : « Je voudrais pondérer les caractéristiques d’euphorie et de déception. On était sur un regain de positions légitimes pour Bordeaux . L’année 2012, effectivement, a vu un record de la valorisation de nos exportations dans un contexte économique difficile (En 2012, 546 millions d’euros de vins et spiritueux ont été vendus par les producteurs français aux chinois.) Aujourd’hui, les choses se restabilisent, avec une petite baisse pour la Chine. »

JPS : « Est-ce qu’il y a une inquiétude à avoir pour le marché chinois ? »

AS : « Moi, je ne suis pas du tout inquiet. Je crois que le marché chinois est encore plein de potentiel. C’est un marché jeune, qui a besoin de se professionnaliser, de se stabiliser. Et je crois que , encore pendant quelques années, on va effectivement avoir des hauts et des bas, le temps que des réseaux de distribution pérennes, stabilisés, professionnels se mettent en place. »

JPS :  » – 16 % en volume en Chine et – 23 % sur Hong Kong, c’est tout de même pas mal… »

AS :  » Bien sûr, mais il faut voir la progression qu’on a connue: on avait des progressions de + 50 %, + 90 % certaines années ! On est arrivé à un équilibre mondial, je crois qu’il serait déraisonnable d’aller beaucoup plus loin sur la Chine en termes de en volumes…Bordeaux exporte 25 % de ses volumes sur la Chine. Ca représente un volume conséquent. C’est important qu’on ait plutôt une diffusion mondiale. Et justement, il serait dangereux d’être beaucoup plus dépendant que cela de la Chine. »

JPS : « Est-ce qu’il y a des raisons de fond, des directives données par les dirigeants chinois aux cadres, et notamment aux cadres du parti ? »

AS : « Effectivement, il y a eu des instructions très très claires sur la réduction des dépenses: plus de dépenses ostentatoires pour les réceptions et les cadeaux, les vins et alcools ont été impactés par cette mesure. Mais c’est aussi une prise de connaissance du consommateur chinois qui est beaucoup moins intéressé par les produits d’entrée de gamme. Et quand  il s’adresse à Bordeaux, ce qu’il veut, c’est un vrai produit de Bordeaux et on voit que le coeur de gamme (que l’on pousse beaucoup au niveau du CIVB) entre 5 et 20 euros (prix consommateur en France) continue à progresser en Chine. Le noyau de gamme continue à se développer, c’est ce qui est très encourageant.« 

JPS : « Y a-t-il une perte de vitesse des Bordeaux par rapport à la concurrence française (cf Bourgogne et autres régions viticoles qui commencent à percer) et aussi mondiale ? »

AS : « Si on parle exclusivement de la Chine, oui. Mais Bordeaux est le leader des vins importés en Chine. La consommation des vins en Chine continue à se développer. Ce qui est important, c’est que Bordeaux garde son positionnement de leader en tant qu’image. Sur le volume de la consommation des vins en Chine, ce que l’on va voir, c’est la part des vins de Bordeaux qui va se réduire, simplement, parce qu’on ne peut pas accompagner en termes de volumes le développement sur la Chine. Par contre, on sera très vigilant à maintenir en termes d’image et de valorisation. »

Interview d’Allan Sichel par Jean-Pierre Stahl et Thierry Nadeau

19 Mar

Jacques Dupont sur le 2013: « honnêtement, on est sur un petit millésime. La nature a toujours raison, ce n’est pas la peine de dire qu’on est sur un grand millésime ! »

Une interview exclusive de Jacques Dupont, en pleine dégustation des primeurs 2013, réalisée à la Maison des Vins de Cadillac. Le célèbre journaliste critique du Point nous parle, sans détour, des petits vins qu’on peut toujours dénicher à moindre coût. Des vins de bonne facture, par rapport à la facture parfois salée de grandes écuries…Il évoque également ce fameux millésime 2013, pour lui « il va y avoir de belles choses, mais aussi beaucoup de déchets… »

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Jacques Dupont, le célèbre journaliste du Point © Jean-Pierre Stahl

Jean-Pierre Stahl : « Jacques Dupont, est-ce qu’il faut véritablement mettre le prix pour se faire plaisir et trouver un bon vin ? »

Jacques Dupont : « Non, je suis formel non. Il y a un tel différentiel de prix entre les vins qui sont fortement demandés et ceux qui le sont moins, que c’est la notoriété qui joue. On n’a pas 100 fois plus de plaisir en goûtant un premier grand cru classé, qu’en goûtant un côte de Bourg ou un Bordeaux Supérieur. On a des plaisirs différents, mais cela ne s’échelonne pas comme cela. »

« Là, aujourd’hui, c’est la demande internationale qui fait les prix, mais ce n’est pas le plaisir. Si c’était le plaisir, on le saurait, mais c’est pas le cas. Et on peut avoir beaucoup de plaisir avec des vins en dessous de 10 euros, et être très déçu par des vins qui sont au-dessus de 150 euros ! »

« On a fait une dégustation à l’aveugle, il n’y a pas très longtemps à Bordeaux, avec différents crus classés. C’était amusant de voir comment les gens se répartissaient entre les différents types de vins, modernes, ou anciens ou classiques. On s’aperçoit qu’il y a des vins qui sont faits pour plaire internationalement mais qui ne sont pas des vins comme nous on les déguste, c’est-à-dire en mangeant. Le repas à la française qui a été classé au patrimoine mondial de l’Unesco, c’est un ensemble de choses qui va avec le vin et la nourriture. Aux Usa, on sert du vin plutôt à l’apéritif et pas forcément en mangeant. Nous on a un rapport vins-mets qui est très important. Et les vins qui sont les mieux notés parce qu’ils sont très puissants ne conviennent pas du tout aux aliments. Donc le rapport plaisir prix est très important quand on rapporte les vins au fait qu’on mange avec ! »

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Jacques Dupont en pleine dégustation du millésime 2013 donne ses premières impressions et ses notes… © JPS

JPS : « Est-ce qu’on peut trouver des pépites à moindre coût ? »

JD : « Partout à Bordeaux ! Faut pas oublier que les vins chers à Bordeaux, c’est au maximum 5 % des volumes. Dès qu’on s’éloigne du centre bdu cercle, on goûte de très, très belles choses qui ne sont pas chères du tout. C’est pour cela que je suis ravi de venir chaque année, et que je fais ce métier. Si c’était pour regoûter tout le temps les grands crus classés, je ne joue pas les blasés, je pense que je m’ennuierais un peu, parce que ce serait très répétitif comme métier. »

« Aujourd’hui, ce qui fait le bonheur de mon métier de journaliste, c’est de trouver chaque année des nouveaux vins, des jeunes dans des appellations, c’est pour cela qu’on reste 5 semaines à Bordeaux pour les primeurs et qu’on en goûte autant ! »

« Dès qu’on s’éloigne un peu, on goûte des bonnes choses dans le Médoc avec les Crus Bourgeois et les Crus Artisans, dans les appellations satellites autour de Saint-Emilion, dans les Côtes, dans les Bordeaux et Bordeaux Sup, on goûte chaque année de très belles choses et qui ne sont pas chères. »

JPS : « Est ce que cela signifie que les grands crus classés, ceux qui sont hors de prix, il ne faut plus les acheter ? »

JD : « Peut-être qu’il faudra les acheter avec le millésime 2013, justement. Vous m’auriez posé la question, il y a 2-3 ans, j’aurais répondu oui. Mais là, en 2013, on va avoir une vraie cassure entre ceux qui ont les moyens de faire de très bons vins, en faisant une grosse sélection, et puis les autres donc.

« Et puis on sait qu’en 2013, les prix des crus classés vont baisser. Il y a un vieil adage bordelais qui dit « dans les petites années achète les grands crus et dans les grandes années achète les petits crus », c’est pas faux ! Là les prix vont baisser sans doute fortement, je l’espère du moins sinon, cela relèverait de l’escroquerie. Si on vend les 2013 très chers dans les crus classés, c’est pas normal ! Et, il y aura sans doute pour ceux qui ont un peu les moyens des achats à faire dans crus classés, pour se faire plaisir, parce qu’ils y auront accès. »

« C’est vrai que dans une propriété où la marge est faible, c’est beaucoup plus difficile de faire du bon vin en 2013 que dans une propriété où on a une trésorerie forte, parce que les années précédentes, on a réussi à vendre très chers les vins. »

20140317_122827JPS : « Le 2013 ? Qu’est-ce qui le caractérise ? »

JD : « Là, je suis au début. Ce qui le caractérise, c’est que cela a été difficile de faire des choix à partir du moment où la vendange était en train de pourrir, et au moment où elle commençait à mûrir.Donc les choix sont là. Est-ce qu’on attendait un peu plus longtemps, mais on risquait de perdre la récolte…Ou est-ce qu’on ramassait un peu plus tôt, on avait peut-être du fruit mais des tanins pas mûrs…On est sur un petit millésime, honnêtement on est sur un petit millésime. Il faut beaucoup plus trier que dans les 2009 ou les 2010;

JPS : « C’est inégal, comme avait tendance à le dire, Olivier Bernard ? »

JD : « C’est beaucoup plus qu’inégal. La nature a toujours raison, hein…C’est pas la peine de dire qu’on est sur un grand millésime, on est sur un petit millésime. Et c’est plus qu’inégal: il va forcément y avoir des jolies choses, mais il faut trier et il va y avoir beaucoup, beaucoup de déchets cette année ! »

« Mais c’est comme cela, il faut accepter les millésimes. On ne peut pas avoir que des 2005, 2009, 2010 ! Ca nous ramène un petit peu à la raison. On avait tendance à dire: on ne peut plus rater le vin maintenant. Ben oui, c’est pas parce qu’on a internet, que tout le monde parle anglais,et qu’on voyage de par le monde, qu’on fait des bon vins et qu’on a une oenologie performante. Il y a un moment donné, la vigne, elle donne ce qu’elle peut, en fonction de la météo…et de temps en temps, la météo se rappelle à nous et dit: « non, c’est moi qui commande ! » »

Ecoutez et regardez l’interview de Jacques Dupont réalisée par Jean-Pierre Stahl et Olivier Prax

 

 

 

04 Mar

Andreas Larsson: le 2013 est à comparer au 2007, « des vins liquoreux très expressifs , très purs au niveau des arômes ! »

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Andreas Larsson, le meilleur sommelier du monde, apprécie particulièrement le 2013 en liquoreux © Jean-Pierre Stahl

Invité par le syndicat régional des courtiers, et notamment son président Xavier Coumau, le meilleur sommelier du monde 2007, le suèdois installé à Bordeaux, Andreas Larsson juge les blancs, liquoreux et les rosés.

Ces vins  sont marqués par une pureté très forte et une fraîcheur très importante » selon Andreas Larsson, du fait de ce printemps frais et pluvieux de 2013,  « ce sont des vins fins, très expressifs arômatiquement et très purs« 

20140303_123658« Dans le Sud-Ouest, on a eu de bonnes conditions, propices au développement du « botritis cinerea » (la pourriture noble), ce qui a donné un bon équilibre résiduel et une vivacité remarquable », confirme Franck Lacoste courtier en vins.

Ecoutez Andreas Larsson, meilleur sommelier du monde 2007, suivi de Franck Lacoste, courtier en vins, interviewés par Jean-Pierre Stahl et Thierry Julien.