04 Août

Ronan Kervarrec, le nouveau chef de l’Hostellerie de Plaisance : « la bonne cuisine passe par de bons produits, c’est aussi simple que cela »

Entretien exclusif avec Ronan Kervarrec, le tout nouveau chef qui, à 47 ans, vient de reprendre les rênes de Plaisance à Saint-Emilion. Dirigeant précédemment les cuisines du Château de la Chèvre d’Or à Eze Village (06), il y avait décroché 2 étoiles au guide Michelin. Ce Breton au caractère bien trempé, propose une « cuisine facile à lire et à identifier », axée notamment sur « l’océan ». Un chef à la « cuisine franche et honnête » qui se livre dans Parole d’Expert pour Côté Châteaux.

Renan Kervarrec : "j'ai mon propre style, ma propre cuisine" © Jean-Pierre Stahl

Ronan Kervarrec : « j’ai mon propre style, ma propre cuisine » © Jean-Pierre Stahl

Jean-Pierre Stahl : « Ronan Kervarrec, vous êtes arrivé il y a plus d’un mois, comment trouvez-vous, tout d’abord, Saint-Emilion et Plaisance ? »

Ronan Kervarrec : « Magnifique ! Saint-Emilion, ça ne me change par trop d’Eze-Village car c’est médiéval comme ici. Plaisance est un établissement avec du goût, raffiné, et aussi avec une situation exceptionnelle.

A déguster une petite soupe de laitue avec crème au piment d'Espelette...

A déguster : une petite soupe de laitue avec crème au piment d’Espelette…© JPS

JPS : « C’est pour vous un nouveau challenge ? »

Ronan Kervarrec : « Oui, je quitte un 2 étoiles et je reviens dans  un restaurant qui avait 1 étoile au Michelin avec Cédric Béchade. Oui, l’objectif, c’est de récupérer les 2 étoiles Michelin. »

La salle de restaurant de l'Hostellerie de Plaisance © JPS

La salle de restaurant de l’Hostellerie de Plaisance © JPS

JPS : « Est-ce difficile de succéder à Cédric Béchade et, encore avant, à Philippe Etchebest ? »

Ronan Korvarrec : « J’ai mon propre style, ma propre cuisine. J’ai aussi succédé à Philippe Labbé, espoir 3 étoiles, deux années de suite… Ils ont fait ce qu’ils avaient à faire et je vais faire ce  que j’ai à faire. Je ne me calque pas sur les autres chefs de cuisine. »

Petite tartelette de betterave acidulée et boule de pastèque, sablé crème de livech et cône tartare d'algue crémeux au citron vert © JPS

Petite tartelette de betterave acidulée et boule de pastèque, sablé crème de livech et cône tartare d’algue crémeux au citron vert © JPS

JPS : « Alors Ronan Kervarrec, quel type de cuisine allez-vous proposer ici à Plaisance ? »

Ronan Kervarrec : « Je suis plutôt océan, tourné côté océan avec ses coquillages, fruits de mer, crustacés, poissons, j’aime les algues, j’aime l’iode, l’agrume, le fumé, le grillé et l’amertume. Ca, c’est ce que j’aime vraiment dans la cuisine. Je fais une cuisine très simple, facile à lire et à identifier. 

Je ne recherche que les beaux et bons produits, j’essaie d’aller directement à la source, d’aller les chercher directement chez les producteurs. »

« C’est une cuisine qui est franche et honnête, j’aime que l’on reconnaisse ce que l’on mange, une lecture de l’assiette simple mais faite pour déguster avec du goût. »

Renan Kervarrec, avec les propriétaires de Plaisance et de château Pavie Chantal et Gérard Perse : "c'est un Breton, il a du caractère, une fierté, il a du talent, il sait ce qu'il veut et c'est tranché, c'est carré..." © JPS

Ronan Kervarrec, avec les propriétaires de Plaisance et de château Pavie Chantal et Gérard Perse : « c’est un Breton, il a du caractère, une fierté, il a du talent, il sait ce qu’il veut et c’est tranché, c’est carré… » © JPS

JPS : « J’imagine que mis à part l’océan, vous avez d’autres spécialités… »

Ronan Kervarrec : « Oui, j’aime aussi les abats comme le ris de veau, les fois, les coeurs, les fraises de veau, j’aime le boeuf mais pas le filet, les palerons, des viandes qui ont du goût, de la mâche. J’aime aussi la volaille, le pigeon, le gibier, les champignons, les noisettes, les châtaignes, des produits qui ont du goût, caractéristiques de la puissance et de la finesse. En fait j’aime beaucoup de choses. »

En cuisine, la préparation des assiettes © JPS

En cuisine, la préparation des assiettes © JPS

JPS : « Est ce que vous êtes plus cuisine moléculaire ou plus cuisine traditionnelle ? »

Ronan Kervarrec : « Oui les modes se démodent, ce qui ne se démodera jamais c’est la tradition et le savoir-faire ».

Cuisiner une cuisine traditionnelle, ce n’est pas « has been », au contraire, aujourd’hui on recherche de vraies valeurs »

« Les feux d’artifice, les poudres, c’est du passage, alors que la transmission, c’est un temps qui dure. Ce sont des expériences différentes, tout dépend de ce que l’on recherche comme expériences. »

Un véritable tableau et un festival de couleurs dans l'assiette © JPS

Un véritable tableau et un festival de couleurs dans l’assiette © JPS

JPS : « Quelle approche avez-vous avec votre clientèle ? »

Ronan Kervarrec : « Il faut de la chaleur humaine, de l’accueil, il faut être détendu et professionnel et que la clientèle se laisse aller à ma cuisine. Il faut de la sensibilité et énormément d’attention vis-à-vis du client, une attitude de respect et de politesse aussi.

Il faut aimer les autres pour faire ce métier et vouloir faire plaisir, c’est l’essence même de notre métier.

Le chef sommelier Benoît Gelin depuis 14 ans à Plaisance, il a connu Chrsitophe Canati, Philippe Etchebest, Cédric Béchade et désormais Renan Kervarrec © JPS

Le chef sommelier Benoît Gelin depuis 14 ans à Plaisance, il a connu de nombreux chefs : Chrisophe Canati, Philippe Etchebest, Cédric Béchade et désormais Ronan Kervarrec ; « à sa carte plus de 80 vins de Saint-Emilion et Montagne avec 3 millésimes différents, voire plus pour certains » © JPS

JPS : « J’imagine que vous portez de l’intérêt aux accords mets et vins ? »

Ronan Kervarrec : « Un plat peut être bon mais devenir très mauvais ; le travail du chef sommelier, Benoît Gelin, est primordial pour passer un moment de bonheur. Présenter une assiette avec un vin qui ne correspond pas, c’est annuler la notion de plaisir.Il faut écouter ce qu’a à dire le sommelier pour adapter son plat à un vin. »

Dans le cave de service, de nombreux Sauternes, et le miel produit au château Pavie avec Bernard Simian apiculteur © JPS

Dans la cave de service, de nombreux Sauternes, et le miel produit au château Pavie avec Bernard Simian apiculteur © JPS

JPS : Justement par rapport aux vins de Saint-Emilion, qu’est ce que vous aller proposer ? »

Ronan Kervarrec : « Il faut une cuisine de caractère car ce sont des vins bien charpentés. C’est un terroir qui a du caractère, il vaut une cuisine avec un côté « vif », car le côté terre est important avec ces vins qui ont du caractère, de la puissance, avec un côté boisé, un parfum de sous-bois, un côté fumé.

Comme pour les vins de Saint-Emilion, il faut de la puissance et de la finesse, il faut que ce soit équilibré »

Au centre Renan Kervarrec le chef exécutif avec Christophe Meynard des Pépites Noires et l'ensemble de l'équipe en cuisine de l'Hostellerie de Plaisance © Jean-Pierre Stahl

Au centre Ronan Kervarrec le chef exécutif, juste derrière le second Anthony David, avec Christophe Meynard des Pépites Noires, et l’ensemble de l’équipe en cuisine de l’Hostellerie de Plaisance © Jean-Pierre Stahl

JPS : « Vous développez une cuisine avec des produits essentiellement locaux ? »

Ronan Kervarrec : « Oui avec Christophe Meynard, c’est l’enfant du pays, il m’aide beaucoup. C’est ça la cuisine, c’est une histoire humaine, de copains et d’amitié. 

« Christophe lui est sur la truffe ( gérant des Pépites Noires, spécialiste des truffes de Gironde et développant une gamme de produits comme le beurre bio au sel truffé et les glaces à la truffe). Mais il fait aussi 2 heures de route pour aller me chercher de la viande de Bazas chez un boucher qui découpe, abat et vend ses boeufs. Il y a Yann avec sa cabane à huîtres, c’est un truc de dingue, avec de la passion et du savoir-faire. Et puis Luc Alberti en agriculture raisonnée, sans pesticide, il fait des produits frais qui ont du goût, il fait des tomates de folie. Christophe me trouve aussi les écrevisses, la farine bio, de la marjolaine…il m’en ramène une tonne ! On  a aussi une jeune fille qui fait du safran qui est top. Celui qui veut se donner la peine peut sortir des sentiers battus ».

« On va développer notre collaboration pour aller encore un peu plus loin, on recherche un chef jardinier, on a un grand terrain sur Monbousquet , on va y faire nos légumes et nos fleurs. La bonne cuisine passe par de bons produits, c’est aussi simple que cela. »

Interview du chef et reportage menés par Jean-Pierre Stahl.

27 Avr

Sylvie Cazes : ce soir il y aura une grande vente aux enchères chez Sotheby’s New-York au profit de la Cité du Vin

La présidente de la Fondation pour la Culture et les Civilisations du Vin revient sur la question du mécénat au sein de la Cité du Vin. Elle explique particulièrement comment se concrétise la participation des amis américains de la Cité du Vin qui progressivement continuent de boucler le financement de l’auditorium Thomas Jefferson. Ceux-ci organisent d’ailleurs ce soir une vente aux enchères chez Sotheby’s à New-York. Elle est l’invitée de Parole d’Expert dans Côté Châteaux.

Sylvie Cazes devant la Cité du Vin © Jean-Pierre Stahl

Sylvie Cazes devant la Cité du Vin © Jean-Pierre Stahl

Le fonds de dotation American Friends of La Cité du Vin, structure jumelle à la Fondation pour la culture et les civilisations du vin, basé aux Etats-Unis, organise une vente aux enchères chez Sotheby’s à New-York ce mercredi 27 avril 2016. Les fonds collectés seront dédiés au profit de l’auditorium Thomas Jefferson, lieu emblématique de La Cité du Vin.

Jean-Pierre Stahl: « Sylvie Cazes, où en est-on du mécénat et spécialement du mécénat américain concernant le financement de la Cité du Vin et de son auditorium? »

Sylvie Cazes : « Il n’y a pas de souci pour le financement puisque tous les co-financiers se sont engagés bien sûr. Nous avons levé 19 millions d’euros de mécénat. Le 20e million doit être et sera apporté par la fondation américaine, American Friends of La Cité du Vin. Simplement, ils se sont engagés à le faire dans la durée, dans les deux, trois ans qui viennent.

En fait, ils vont lever des fonds grâce à des événements, il y en a eu déjà un au Nations-Unies, le 30 avril 2015, et il y en a un ce mercredi 27 avril à New-York chez Sotheby’s, un très grand événement où des lots extraordinaires vont être offerts aux enchères par tous les 1ers et grands crus de la région. 120 personnes y assisteront, extrêmement motivées par cette vente aux enchères et pour découvrir la Cité.

Il y aura d’autres événements dans les 2 ans à venir qui vont permettre d’apporter ce million que nous attendons de la part des Américains, mais ce qui est important de comprendre c’est que nos amis Américains, Bob Wilmers et George Sape, se sont engagés dans la durée : ils sont bien sûr partenaires pour la construction puisqu’ils veulent que l’auditorium porte le nom de Thomas Jefferson et par la suite ils nous aiderons à financer la politique culturelle de la fondation, c’est-à-dire les expositions, les événements, les séminaires, les colloques, des tas de sujets ».

JPS: « Pour l’heure, pour cet amphithéâtre, combien manque-t-il ? »

Sylvie Cazes: « Je n’ai pas exactement le détail, mais au moins la moitié de la somme a été apportée, c’est simplement un apport qui est différé dans les deux prochaines années, comme d’ailleurs nous avons conclu ce type de partenariat avec d’autres financeurs, il n’y a rien de spécial, mais je crois qu’il y avait eu un malentendu justement sur cette fondation américaine. »

JPS: « Donc au final, ils vont financer davantage que ce qui est annoncé environ 1,5 millions de dollar ou 1 million d’euros ? »

Sylvie Cazes :« Oui car en définitive, Bob Wilmers, propriétaire du château Haut-Bailly a apporté lui-même 500000 euros spécialement sur l’auditorium Thomas Jefferson, et il les a déjà apportés. Et la fondation américaine apportera 1 million supplémentaire. Donc au total ce sera de la part de nos Amis Américains, 1 million et demi sur la Cité du Vin. »

Regardez l’interview de Sylvie Cazes réalisée ce mardi 26 avril par Jean-Pierre Stahl et Pascal Lécuyer :

02 Avr

Quand la Lagune explique sa démarche bio à l’occasion des journées portes ouvertes des châteaux du Médoc…

C »est une « grosse prise de conscience » qui, aujourd’hui, est partagée par beaucoup de châteaux. Caroline Frey propriétaire et oenologue du château La Lagune a décidé de profiter de ces portes ouvertes des châteaux du Médoc pour expliquer son passage à la viticulture bio. Une démarche initiée depuis 2004. Elle a invité ses voisins à visiter son vignoble. Elle est l’invitée de Parole d’Expert dans Côté Châteaux.

Caroline Frey, et la biodiversité © au château la Lagune

Caroline Frey, et la biodiversité © au château la Lagune

Jean-Pierre Stahl : « En quoi consiste cette journée que vous organisez au Château La Lagune de présentation de la viticulture biologique dans laquelle vous vous êtes engagée ? »

Caroline Frey : « On a reçu un courrier d’une habitante, d’une voisine qui s’interrogeait sur nos vignes et sur des odeurs pestilentielles. On lui a dit qu’on allait lui expliquer tout cela. Pourquoi les tracteurs passaient autant dans les vignes, que ces odeurs étaient dues au fumier (qui ne sent pas très bon), que le bio c’est plus de passages dans les vignes. On a ainsi décidé de répondre à toutes les questions que les gens se posent depuis quelques semaines. La mairie nous a transmis aussi toute une série de questions car elle a reçu beaucoup de lettres. C’est un sujet sur lequel on s’attarde depuis longtemps. »

JPS : « Votre démarche de viticulture biologique remonte à quand ? »

Caroline Frey : « On a démarré tranquillement en 2004, en agriculture raisonnée. On est en bio depuis 2008 et nous avons la certification depuis cette année. La prochaine vendange 2016 sera la première certifiée bio. On a bien avancé depuis 10 ans sur cette problématique environnementale. Des gens du milieu m’avait déconseillé, on m’avait prédit des difficultés en démarrant cette démarche, c’est vrai que le climat à Bordeaux est beaucoup plus difficile dans le Rhône où il y a beaucoup plus de vent et ça remplace un traitement. Le bio c’est plus de passage de tracteurs dans les vignes, plus de prévention, on doit travailler les sols.On a quasiment doublé les équipes. »

la laguneJPS : « Est-ce que seule la Lagune est en bio ou vos autres domaines dans les autres régions viticoles sont également dans cette démarche ? »

Caroline Frey : « A Jaboulet ( Domaines Paul Jaboulet Ainé, propriétaires notamment du célèbre Chapelle Hermitage dans les Côtes du Rhône), c’est pareil. Pour Aloxe Corton Charlemegne, on se met dans la démarche bio . Mais cela ne se fait pas du jour au lendemain, cela va se faire doucement sur 5 ans. Initialement on avait une crainte au niveau production, mais aujourd’hui c’est viable. Au château La Lagune, on produit aujourd’hui 40 hectos à l’hectare ».

Pour cette journées portes-ouvertes et transparence, 300 personnes se sont inscrites, le maire de Ludon-Médoc est aussi présent . Outre ces échanges sur la viticulture biologique avec Caroline Frey et Charles de Ravinel, le directeur, des ateliers « nature » pour toute la famille sont organisés en partenariat avec la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux et la biodiversité). Et pour couronner le tout ce midi sera dressé un buffet campagnard avec dégustation des vins du Château La Lagune.

06 Fév

Bernard Farges réagit après l’émission de Cash Investigation

Bernard Farges, le président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux, s’exprime sur l’émission Cash Investigation et la prise de conscience collective face aux dangers des pesticides dans la viticulture et pour les populations habitant à proximité des vignes traitées. Il est l’invité de Parole d’expert ce mois-ci dans Côté Châteaux.

Bernard Farges au bar à vins du CIVB à Bordeaux © JPS

Bernard Farges au bar à vins du CIVB à Bordeaux © JPS

Jean-Pierre Stahl : « Bernard Farges, vous avez regardé l’émission Cash Investigation ce jeudi, qui met en avant les dangers des pesticides, quelle a été votre première réaction en voyant la Gironde en noir sur la carte établie par l’émission, concernant la vente de pesticides notamment? »

Bernard Farges : « D’abord ça a été une réaction attentive, tout au long du reportage. Après il n’ y pas que la Gironde qui est dans cette situation là. On a pu voir aussi dans le reportage une carte qui a été moins diffusée : la carte de la qualité des eaux et là vous avez pu voir que la Gironde était plutôt bien placée, donc il aurait été utile de comparer les deux.

Après, le sujet évoqué est un sujet important et pour nous la diminution des intrants, la diminution des pesticides est une nécessité.

Nous la pratiquons et mettons tout en oeuvre depuis quelques années maintenant pour informer les viticulteurs, pour former les viticulteurs et faire en sorte qu’ils utilisent moins d’intrants. C’est un travail important de pédagogie. Ce n’est pas le Civb, ce n’est pas dans un bureau, qu’on va décider que tous les viticulteurs vont agir de manière différente ou qu’ils vont changer leurs pratiques.Pour cela, il faut les encourager, les former et les informer. Ce travail est mené, nous avons d’ailleurs eu il y a quelques jours le 8e forum environnemental qui a rassemblé plus de 400 personnes avec de nombreux journalistes aussi sur ce thème-là.

C’était l’occasion pour nous de faire le point de ce qui est fait, de manière individuelle -des actions faites par les viticulteurs – et de manière collective -des encadrements le système de management environnemental- ; aujourd’hui 45% des entreprises sont certifiées sur des pratiques environnementales qui permettent d’avoir une évolution positive des intrants et puis il y a  des sujets importants d’avenir sur lesquels nous investissons, notamment la recherche.

La recherche nous dit qu’il y a des pistes très intéressantes sur l’utilisation et l’obtention de cépages, comme le merlot et le cabernet que l’on connaît ici ou le sauvignon, qui pourraient être davantage résistants aux maladies que ce que nous connaissons aujourd’hui. C’est une piste très intéressante sur laquelle nous travaillons très fort. Mais nous avons quelques soucis réglementaires qui nous permettraient d’avancer encore plus vite. Là nous interpelons notre ministre de l’agriculture et ses services pour avancer plus vite sur ce sujet là.

Lorsque nous aurons des cépages plus résitants, tout en gardant la typicité parce que ce sont des merlots et de cabernets, ce sera la consommation des intrants qui aura largement diminué, et qu’ils soient bio ou pas, car le sujet est bien de diminuer tous les intrants. »

Rousset et vins 126JPS : « Est-ce qu’il n’y a pas des mesures rapides à prendre, quand on voit les prélèvements faits sur les mèches de cheveux des enfants, notamment de ceux qui sont dans des écoles à proximité des vignobles ? »

Bernard Farges : « Des mesures rapides ont déjà été prises. Notamment, après l’événement de Villeneuve de Blaye il y a deux ans, qui était je le rappelle une mauvaise pratique de la part de la part de deux de nos collègues, que l’on ne peut pas approuver et même que l’on condamne : lorsqu’un viticulteur traite alors que les enfants sont dans la cour de l’école, nous savons que l’on peut faire différemment.

Il faut traiter lorsque les enfants ne sont pas à l’école, tout simplement. les enfants ne sont pas à l’école tout au long de la semaine, donc on a la capacité de s’organiser et il faut s’organiser.

Il faut changer nos pratiques dans des lieux sensibles, lorsqu’on a des voisins, lorsqu’il y a une école, on doit s’organiser et travailler différemment. D’abord respecter la loi, traiter en dehors des périodes de vent, être plus précautionneux, et encore une fois c’est le sujet du bien vivre ensemble. Si on a une pratique normale et une pratique réfléchie, il n’y a pas de raison que les choses se passent mal.

Après l’objectif de diminuer les intrants est un objectif important, je l’ai rappelé avec les cépages résistants. Nous avons un travail à mener et nous engageons la région à nous rejoindre sur la recherche concernant le matériel de pulvérisation, et là nous savons que nous avons de gros progrès à faire, et cela ça peut aller assez vite. »

Interview réalisée par Jean-Pierre Stahl et Guillaume Decaix:


16 Jan

Alain Juppé : « le site Huffington Post a fait la liste des 10 plus grandes inaugurations dans le monde en 2016, et dans ces 10 plus grandes il y a la Cité du Vin. »

Alain Juppé revient sur l’origine de la Cité du Vin dont il a lancé le projet il y a quelques années, un projet mûri durant 20 ans soulignait Sylvie Cazes présidente de la Fondation qui va gérer la Cité du Vin. Il est l’invité de Parole d’Expert ce mois-ci dans Côté Châteaux

Camille de Rotschild, Alain Juppé et le prince Robert du Luxembourg © JPS

Camille de Rothschild (la fille de Philippine), Alain Juppé et le prince Robert du Luxembourg lors de la soirée « le banquet des hommes illustres » pour remercier les mécènes © JPS

Alain Juppé est « en pleine forme » selon Manuel Valls qui l’a revu ce vendredi pour l’inauguration de l’usine Lesieur. En bâtisseur, Alain Juppé a pris la balle au bond, et au filet, il n’a pas hésité à inviter le Premier Ministre pour l’inauguration de la Cité du Vin, alors qu’il a déjà adressé une invitation en belle et due forme à François Hollande pour le 31 mai prochain.

Conférence de presse à mi-chemin du chantier en novembre 2014 © jps

Conférence de presse à mi-chemin du chantier en novembre 2014 © jps

Jean-Pierre Stahl : « Monsieur Le maire, pouvez-vous nous rappeler comment vous est venue cette idée de Cité du Vin ?

Alain Juppé : « Dans Bordeaux, il n’y avait pas vraiment de lieu où l’on célébrait le vin, dans toutes ses facettes son histoire, sa géographie, la façon de le déguster, ses relations avec l’art et la culture…Bon, il y avait bien sûr le CIVB, ou quelques petits musées, mais aucun endroit qui soit au niveau de Bordeaux capitale mondiale du vin.

Il a fallu que je convainque tous les partenaires, ça n’a pas été simple, mais aujourd’hui nous sommes tout près du but et l’année 2016 sera l’année de l’inauguration de la Cité, et je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais le site Huffington Post a fait la liste des 10 plus grandes inaugurations dans le monde en 2016, et dans ces 10 plus grandes il y a la Cité du Vin. »

Alain Juppé a souvent fait référence au Guggenheim de Bilbao pour lancer la Cité des Civilisations du Vin à Bordeaux © Jean-Pierre Stahl

Alain Juppé a souvent fait référence au Guggenheim de Bilbao pour lancer la Cité des Civilisations du Vin à Bordeaux © Jean-Pierre Stahl

JPS : « Cette Cité du Vin, vous n’avez pas voulu en faire un musée ? »

AJ : « Non, ce n’est pas un musée mais un lieu vivant : tout d’abord avec une architecture très innovante et d’ailleurs, je voudrais rendre hommage au cabinet XTU et à Anouk Legendre qui a fait un beau travail. Et puis, on y fera vivre le vin dans toute sa diversité contemporaine,  le vin de Bordeaux mais aussi le vin des vignobles du monde. »

 Visite en avril 2015 avec Laurent Fabius ou quand deux ministres des Affaires Etrangères plaident la cause de la Cité du Vin © Jean-Pierre Stahl

Visite en avril 2015 avec Laurent Fabius ou quand deux ministres des Affaires Etrangères plaident la cause de la Cité du Vin © Jean-Pierre Stahl

JPS : « Est-ce qu’il n’y a pas un petit clin d’oeil aussi en ce pays de Montesquieu, qui était ce philosophe des Lumières, mais qui était lui-même vigneron, n’y a-til pas finalement une sorte de transmission ? »

AJ : « Montesquieu était un viticulteur engagé, si je puis dire, il tenait beaucoup à son vignoble, il se disputait parfois avec l’intendant pour obtenir des droits de plantation, vous voyez que la question n’est pas nouvelle. Mais Montesquieu évoque aussi pour moi un autre mot qui est le mot de modération… Il va de soi que dans la Cité du Vin, on appellera aussi non pas à boire mais à déguster, c’est la raison pour laquelle il y aura aussi une partie pédagogique pour les jeunes, pour leur montrer que le vin est une boisson qu’il faut apprécier, qu’il faut, j’allais dire analyser, mais qu’il faut aimer surtout. »

L'interview d'Alain Juppé, jeudi soir lors du "banquet des hommes illustres" à Bordeaux © Jean-Bernard Nadeau

L’interview d’Alain Juppé, jeudi soir lors du « banquet des hommes illustres » à Bordeaux © Jean-Bernard Nadeau

JPS : « Ca va être une Cité qui va drainer énormément de monde à travers la planète ? »

AJ : « Je l’espère. Notre objectif est d’atteindre 300 000 à 400 000 visiteurs, il y a 6 millions de touristes à Bordeaux chaque année, donc vous voyez 10% est un objectif ambitieux mais raisonnable. Je ne suis pas inquiet sur la première année, il y aura un effet de curiosité évident, le bâtiment est magnifique, le belvédère permettra d’avoir une sublime vue sur Bordeaux, après il faudra évidemment entretenir le mouvement.

Mais tout le quartier va évoluer : à côté de la Cité du Vin, nous venons de conclure un accord sur l’aménagement de ce que nous appelons l’îlot de la fourrière où se trouvera un hôtel quatre étoiles et aussi un lieu original : je voudrais m’inspirer de ce qui existe à New-York avec « eat Italy » par exemple où on présentera les produits du terroir, avec des magasins qui présenteront tous les produits gastronomiques du terroir aquitain, et également des petits restaurants.

Juste à côté il y aura le musée de la mer et de la marine porté par Norbert Fradin, le permis de construire est délivré et donc le chantier va pouvoir commencer. Nous pensons aussi à réactiver la base sous-marine, nous avons quelques projets qui devraient prendre corps en 2017, vous voyez que tout ceci sera un lieu extrêmement attractif du XXIe siècle. »

Regardez l’interview d’Alain Juppé, réalisée jeudi soir au Palais de la Bourse de Bordeaux par Jean-Pierre Stahl et Pascal Lécuyer :

10 Déc

Repas de fêtes : quel verre pour quel vin ?

Un casse-tête, un dilemme, une interrogation à  chaque préparation de repas de fêtes. Côté châteaux a tenté d’y répondre avec Alexandre Morin, sommelier ambassadeur du Chapon Fin à Bordeaux. Voici de bons tuyaux pour choisir le bon verre. Alexandre Morin est l’invité de parole d’expert de ce mois-ci.

Alexandre Morin, sommelier ambassadeur au Chapon Fin © Jean-Pierre Stahl

Alexandre Morin, sommelier ambassadeur au Chapon Fin © Jean-Pierre Stahl

Sur les tables des fêtes de fin d’année, le choix des verres est primordial. Il s’agit de ne pas se louper… Le choix est vaste, des verres anciens en cristal que l’on peut sortir du vaissellier de famille, aux verres plus récents composés en oxyde de silice que l’on retrouve en ce moment chez tous les cavistes qui se respectent…

Verres anciens de la célèbre cristallerie Saint-Louis © JPS

Verres anciens de la célèbre cristallerie Saint-Louis © JPS

Si les verres anciens font toujours le meilleur effet entre de beaux verres Saint-Louis ou Baccarat, les verres plus récents ont tout de même les faveurs des chefs sommeliers pour leur atouts olfactifs.

Sommelier et Cité du Vin 009Alexandre Morin, sommelier-ambassadeur du Chapon Fin à Bordeaux, nous confirme qu’au nez les verres plus récents sont mieux adaptés, c’est ainsi que la coupe (et notamment la belle champenoise) a été supplantée par des formes beaucoup plus élancées pour le Champagne : « tout d’abord ici, vous avez une flûte très droite, très intéressante pour les champagnes non millésimés, juste-là vous avez une forme un peu plus évasée qui sera très intéressante pour les champagnes millésimés qui ont besoin d’un peu plus d’oxygénation et à côté un verre qui peut être intéressant pour les cuvées de prestiges. »

Trois formes différentes pour les vins blancs © JPS

Trois formes différentes pour les vins blancs © JPS

Le verre va influencer le jugement sur le vin comme pour les vins blancs également, il doit jouer un rôle révélateur d’arômes.

Sommelier et Cité du Vin 016« Sur ce type de verres, typés « riesling » ou « sauvignons blanc »ou typés vins blancs très aromatiques, on va favoriser des verres qui sont de forme tulipes, l’idée c’est vraiment de concentrer le potentiel aromatique des vins grâce à un buvant supérieur assez resserré. Contrairement à celui-ci qui est typé Montrachet pour les grands « chardonnay » qui ont un grand potentiel aromatique plus riche plus complexes et moins sensibles à l’oxydation ».

Outre les arômes au nez, la forme du verre évasée, resserré ou ovoïde va aussi avoir son influence avec la perception du vin sur la langue.

Deux verres aux formes opposées pour le Bordeaux et le Bourgogne © JPS

Deux verres aux formes opposées pour le Bordeaux et le Bourgogne © JPS

Avec un verre plûtôt allongé de Bordeaux, « le mouvement que vous allez faire comme ceci, vous allez vraiment recevoir le vin sur le milieu de bouche et non pas sur la base de la langue, la base de la langue c’est vraiment où se concentre toutes les amertumes, tout le végétal du vin. Là le milieu de bouche va nous permettre de pouvoir apprécier l’ensemble structurel du vin.

Sommelier et Cité du Vin 028

« Sur ce type de verre de pinot noir de Bourgogne, qui théoriquement donne des vins qui sont plus acides, plus vifs, plus minéraux, le fait d’avoir cette forme va nous permettre de pencher la tête davantage et de recevoir le vin sur la pointe de la langue, ce qui va favoriser la sucrosité et équilibrer finalement les vins. »

Et pour ceux qui n’auraient pas forcément le budget pour s’offrir tout cet éventail ou toute la panoplie pour Noël, vous pouvez avoir recours à un type de verre passe-partout selon Alexandre Morin chef sommelier : « l’idéal, c’est d’avoir un verre transparent, à pied évidemment, avec le cicale assez large, pour pouvoir faire tourner le vin dans le verre, le haut resserré pour concentrer les arômes au nez et enfin le plus léger possible. »

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Jean-Michel Litvine et Christophe Varone :

01 Oct

Gilles Savary défend le micro-climat de Sauternes face à la LGV : « On ne peut pas imaginer que la France fasse cet espèce de crime patrimonial »

Interviewé aujourd’hui à Sauternes, le député de Gironde Gilles Savary fait le point sur la LGV au sud de Bordeaux. Il souhaite une amélioration de la ligne actuelle par du cabotage quotidien et souhaite la préservation du micro-climat de Sauternes qui serait impacté par la LGV car « un climat on ne le reconstitue pas »

Gilles Savary, le député de la Gironde © Dominique Mazères - France 3 Aquitaine

Gilles Savary, le député de la Gironde © Dominique Mazères – France 3 Aquitaine

« Entendons-nous, je pense qu’il faut aller vers l’Espagne le plus rapidement possible et il faut améliorer Toulouse-Paris, c’est absolument essentiel, l’objectif n’est pas contestable. J’observe aussi que depuis 10 ans on travaille sur ces lignes, et depuis 10 ans à force de vouloir toit, on n’a rien ! Donc, ça risque de continuer encore 20 ou 30 ans ».

« Il y a deux problèmes : la priorité dans le sud de l’agglomération bordelaise, c’est la ligne actuelle entre Bordeaux et Toulouse. C’est une ligne de cabotage quotidien, de déplacement domicile-travail absolument vitale pour une population de plus en plus nombreuse, et qui va l’être encore plus de métropolisation de déversement de l’agglomération et ça on n’y échappera pas. On n’y échappera pas. Donc c’est illusoire de dire qu’on va régler ce problème par un TGV car il ne s’arrêtera pas dans toutes les gares à La Réole, à Langon, à Arbanats ».

Le château Rayne Vignau 1er cru classé de Sauternes © JPS

Le château Rayne Vignau 1er cru classé de Sauternes © JPS

« Et puis le deuxième sujet, c’est qu’on a mis en place une infrastructure extrêmement agressive qui est un triangle ferroviaire, un carrefour de lignes hautes vitesses avec des remblais considérables dans un endroit qui est probablement l’un des plus fragiles probablement de France parce qu’il produit un climat, et un climat personne ne sait comment on le détruit ou on le reconstitue. Ce n’est pas comme quand vous coupez des arbres, vous coupez 5 ha il faut les reconstituer ailleurs. Un climat on ne le reconstitue pas ».

Il dépend aussi des nappes profondes. On a beau nous dire, on fera cela uniquement en viaduc ce qui suffirait en soi à rendre la ligne grande vitesse totalement déficitaire vers Dax. Il est très clair qu’on touche là un patrimoine extrêmement fragile non reproductible, non substituable, qui fait le Sauternes. On ne peut pas imaginer que la France fasse cet espèce de crime patrimonial »

Le botrytis, cette pourriture noble ramassée, qui donne ces vins de Sauternes © Jean-Pierre Stahl

Le botrytis, cette pourriture noble ramassée, qui donne ces vins de Sauternes © Jean-Pierre Stahl

Est-ce à dire concrêtement que de grands châteaux comme Yquem, Guiraud, Suduiraut pourraient ne plus produire de vins liquoreux ?

« Je ne vais pas rentrer dans le romanesque, je n’en sais rien, ça veut dire simplement qu’il faut revoir la copie sérieusement si on ne veut pas qu’on reparle encore des lignes ferroviaires entre Toulouse et Bordeaux et entre Bordeaux et l’Espagne dans 20 ans. »

Car il se peut fortement qu’une bataille juridique soit engagée avec ces grands châteaux du Sauternais qui ne se laisseront sans doute pas faire. Une affaire qui risque d’aller jusqu’en Conseil d’Etat et de prendre quelques années. Les arguments concernant la formation de botrytis, cette pourriture noble qui donne ces vins de Sauternes, botrytis qui se développe grâce à la formation de nappes de brouillards dus au Ciron, ce cour d’eau étant lui-même rafraîchi par une hêtraie plusieurs fois millénaire, pourraient avoir un écho au Palais-Royal.

Interview réalisée par Jean-Pierre Stahl et Dominique Mazères :

28 Juil

Bernard Magrez va se séparer de ses petits châteaux du Bordelais, il se « repositionne dans le luxe » avec en perspective l’achat d’un 5e cru classé à Margaux et « joue à fond l’avenir du tourisme à Bordeaux »

« L’homme aux 40 châteaux », Bernard Magrez, le seul à détenir 4 crus classés à Bordeaux vient de confirmer à Côté Châteaux sa volonté de vendre progressivement ses petites propriétés viticoles de Bordeaux, à l’exception de ses 4 crus classés. Il compte bien acquérir un 5e, voire un 6e cru classé à Bordeaux, et pourquoi pas « un Margaux ». Il est l’invité de Parole d’Expert.

Bernard Magrez, lors de Vinexpo 2015 à Bordeaux © Jean-Pierre Stahl

Bernard Magrez, lors de Vinexpo 2015 à Bordeaux © Jean-Pierre Stahl

Jean-Pierre Stahl: « Bonjour, Monsieur Magrez, le microcosme bordelais bruisse de cette nouvelle qui veut que vous vous séparez de vos châteaux du bordelais. Est-ce exact ? Combien en avez-vous déjà vendu et ces ventes vont-elles se poursuivre ?

Bernard Magrez: « Tout d’abord le pourquoi de la vente…« La Tempérance » en Médoc est vendu, « Pérenne » à Blaye, ainsi que « Guerry » en Côte de Bourg également. Notre stratégie se concentre sur les crus classés. Je suis le seul à en posséder 4. Vous allez comprendre, si vous lisez horizontalement « Bernard Magrez » sur toutes nos étiquettes, les consommateurs eux ne comprenaient pas que ces vins se vendent dans les magazins entre 15-16 € et jusqu’à 150-200 € (pour les crus classés de Bernard Magrez) et à côté de ceux-là 5-6 € (pour les petits châteaux).

JPS:  » ¨Pensez-vous acquérir un 5e cru classé ? »

Bernard Magrez: « La deuxième chose, effectivement on est sur l’achat d’un grand cru classé de Margaux. Ca tombe bien, car ce genre de château, on ne le donne pas : ça coûte un certain prix ! C’est donc un fusil à deux coups pour être plus clair.Ca va nous assurer d’avoir du cash pour se permettre d’acquérir de grands crus classés: peut-être celui-là, mais il y en aura d’autres… J’ai toujours réalisé des actifs pour avoir la capacité à faire des acquisitions, en empruntant le moins possible, quand on achète des châteaux de ce type. »

Photo -édito tirée du © Carnet de Bernard Magrez

Photo -édito tirée du © Carnet de Bernard Magrez

« PAS UNE DESAFFECTION POUR BORDEAUX MAIS UN REPOSITIONNEMENT DANS LE LUXE »

JPS: « Y a t-il un revirement, une nouvelle stratégie, ou sentez-vous, vous qui avez toujours eu le nez creux,  les affaires moins porteuses actuellement pour Bordeaux ? »

Bernard Magrez: « On va le faire en plusieurs fois, car on ne peut pas mettre tous ces petits châteaux en vente en même temps. J’avais déjà fait cela  quand j’avais vendu Malesan à Castel. A l’époque, j’avais une série de petits châteaux en appellation Bordeaux, et je les ai vendu 3 par 3.

« Quant à ma position vis-à-vis de Bordeaux: non, ce n’est pas une non-croyance dans Bordeaux, il n’y a pas de désaffection, pas du tout, quand on est propriétaire de 4 grands crus classés à Bordeaux, c’est un repositionnement dans le luxe: avec les crus classés ( Fombrauge, La Tour Carnet, Clos Haut-Peyraguey et Pape-Clément), avec aussi ce Stradivarius (qui se trouve à Fombrauge) que j’avais acquis, avec la Grande Maison à Bordeaux…« 

JPS: « On vous appelait l’homme aux 40 châteaux, désormais qu’en est-il ? »

« Bernard Magrez a toujours 41 châteaux ! (plaisante-t-il, mais en fait beaucoup plus), là je fais des acquisitions en Espagne dans la province de Murcie. Je suis toujours propriétaire actuellement des châteaux dont on a parlé et des 4 grands crus classés. Vous savez, les crus classés dans le monde, c’est le drapeau de Bordeaux, ils sont là, les galons, c’est une sécurité qualitative. Et par ailleurs, on se développe en Roussillon, en Provence, et dans les 7 pays où on est présent. Mais c’est vrai aussi que c’est difficile pour les prix bas, le combat est devenu mondial. En France, ça va mais dans tous les pays voisins, les vins étrangers sont là !« 

Bernard Magrez et sa fille Cécile dacquin, la directrice de la Grande M

Bernard Magrez et sa fille Cécile Dacquin, la directrice de la Grande Maison © Jean-Pierre Stahl

« J’AI DECIDE DE JOUER A FOND L’AVENIR DU TOURISME DANS NOTRE REGION »

JPS: « Est-ce aussi une nouvelle grande vision qui vous anime ? »

Bernard Magrez: « Au delà de l’hôtel-restaurant Robuchon, moi j’ai décidé de jouer à fond l’avenir du tourisme dans notre région. Quand on lit le dépliant de l’office du tourisme d’une vingtaine de pages et qu’on voit la typicité des réponses fluviales ou autres, c’est énorme. Quand on voit le nombre d’entreprises étrangères qui ont des bateaux sur la Gironde, ça montre bien qu’il y a un afflux de touristes… »

« Nous, on va créer des chambres d’hôtes à Bordeaux. En plus de l’hôtellerie de luxe, avec la Tour Carnet et Fombrauge, la Grande Maison, on va faire de petits hôtels ou chambres d’hôtes avec une singularité de l’offre. On a vu un ensemble proche de l’Institut Culturel Bernard Magrez et de la Grande Maison Magrez-Robuchon. Notre projet ne gagnera que si on a des singularités. Il va s’appeler « la Maison Bordelaise de la Tour Carnet ». Il faut des choses qui sortent de l’ordinaire. Un entrepreneur qui ne tente pas de jouer dans le domaine touristique, ce serait une faute de gestion. L’avenir me dira si j’ai raison ou tort. Moi, j’y crois beaucoup. Si j’avais été plus jeune, j’aurais aimé faire un bateau de croisière sur le fleuve, car on s’y connaît en éducation dans le vin… »

JPS : « On voit que vous êtes toujours dans l’excellence, Monsieur Magrez… »

Bernard Magrez: « Toujours dans l’excellence, oui. J’avais acheté un Stradivarius que j’ai confié à un artiste, Nicolas DautricourtHier soir à Paris, j’ai acquis un violoncelle « Galiano » de 1748 que je vais confier à une violoncelliste, Camille Thomas, qui a des contrats dans le monde entier. C’est dans notre mission de mécène… »

On sent Bernard Magrez toujours esthète, à l’affût des arts, du bon goût et des challenges, toujours prêt à écrire une nouvelle page de son parcours remarquable.

Pour connaître tous les domaines de l’homme aux 40 châteaux et aux 4 grands crus classés: cliquez sur le site de Bernard Magrez

20 Juil

Retour sur le Saint-Emilion Jazz Festival avec Franck Binard: « on a eu des festivaliers heureux, avec la banane ! »

Pas moins de 12000 festivaliers se sont succédés dans le Parc Guadet durant les 3 jours du Saint-Emilion Jazz Festival. Une ambiance de folie dans la Cité Millénaire et dans les lieux de concerts et de dégustation. Franck Binard est l’invité de Parole d’Expert.

Le concert de clôture dimanche soir avec Nina Attal © Franck Binard

Le concert de clôture dimanche soir avec Nina Attal © Franck Binard

« Tous les soirs, on a fini à 3 heures et il fallait être sur le pont tous les matins à 7 heures ! », on sent le commissaire général Franck Binard sur les rotules mais heureux de cette 4e édition du Saint-Emilion Jazz Festival. Et d’ajouter: « quand c’est pour ce niveau de satisfaction, on le refera et on le refera encore avec plaisir. » « Hier soir, on avait Nina Attal, c’est une boule d’énérgie, elle a mis le feu ! »

Des morceaux improvisés tout au long du week-end, et pas seulement © Jean-Pierre Stahl

Des morceaux improvisés tout au long du week-end, et pas seulement © Jean-Pierre Stahl

Entre vendredi, samedi et dimanche, ce sont 12000 personnes , 12000 festivaliers qui ont profité des concerts gratuits et payants du Parc Guadet…

« C’est un bilan super positif, à tout point de vue. L’année dernière, malgré les intempéries et l’annulation, on avait retenu un point positif, c’est que le festival s’est ancré dans l’esprit du public. Et on a eu des festivaliers heureux avec la banane et le sourire ! Il y avait de l’ambiance au bar à vin l’Ephémère avec les viticulteurs et la programmation musicale était top. »

Ben l'Oncle Soul lors de son chant a capella dans l'Eglise Monolithe de Saint-Emilion samedi à 1h du matin © Franck Binard

Ben l’Oncle Soul lors de son chant a capella dans l’Eglise Monolithe de Saint-Emilion samedi à 1h du matin © Franck Binard

Et il y a eu ces moments délicieux et inattendus: « Avec Ben l’Oncle Soul, le vendredi matin à Cheval Blanc, on avait évoqué l’histoire de Saint-Emilion. Il n’était pas au courant. Et donc on l’a emmené visiter l’Eglise Monolithe à 1h du matin (après son concert au Parc Guadet) et il nous a fait un chant a capella, ça montre l’intérêt. » De même, China Moses est restée hier toute la journée, au lendemain de son concert donné à château Pavie. « Avec China Moses et d’autres artistes, ils nous ont fait des reprises de Stevie Wonder et aussi un « summer times » a capella dans l’Eglise Monolithe à 1 h du matin aussi »

Stéphane Belmondo, China Moses et Eric lenine, les artistes intronisés par la Jurade de Saint-Emilion durant le festival © Franck'i

Stéphane Belmondo, China Moses et Eric Legnini, les artistes intronisés par la Jurade de Saint-Emilion durant le festival © Franck’i D Photographie

« On a aussi souhaité que le festival puisse irriguer autour de Saint-Emilion. On a mis en place pour la 1ère fois un after club au château La Fleur Picon…Là aussi pour ces concerts gratuits, il y avait un flot permanent d’une centaine de personnes jusqu’à 3h du matin pour le boeuf ! »

Dominique Renard et Franck Binard © JPS

Dominique Renard et Franck Binard © JPS

« Si l’édition culturelle était positive, l’offre gastronomique du Parc Guadet était à la hauteur avec une diversité de produits et de couleurs, allant des atcos aux burgers…Merci aussi à l’équipe de 80 bénévoles qui s’est défoncé, ainsi qu’à Dominique et Emilie Renard. »

Et puisque ce 4e Saint-Emilion Jazz a été une grande édition, Franck Binard son commissaire général promet: « l’année prochaine, ça sera encore plus grand ! »

21 Avr

Bernard Farges réclame la compréhension de l’Etat vis-à-vis de la filière vin

 En l’absence du nouveau préfet de région, Bernard Farges le Président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux a tenu à « remettre les points sur les i » sur ce que représente la viticulture à Bordeaux: « la première puissance économique de la région et le premier employeur du département de la Gironde ». C’était hier à l’assemblée générale du CIVB, voici en substance les points que le président du CIVB a abordé. Parole d’expert relate ses paroles:

Bernard Farges, le Président du CIVB © Jean-Pierre Stahl

Bernard Farges, le Président du CIVB © Jean-Pierre Stahl

Le président du CIVB, tout en espérant que le nouveau préfet se joigne prochainement aux viticulteurs (celui-ci s’était fait représenté, ayant d’autres obligations par ailleurs), a fait une intervention musclée en s’adressant au représentant de l’Etat:

« Pour vous accueillir, Monsieur Le préfet, je voudrais rappeler devant vous ce que représente la filière des vins de Bordeaux mais aussi rappeler les objectifs de notre interprofession, également mettre en lumière ce qui nous interpelle et nous freine dans l’atteinte de ces objectifs.

La filière des vins de Bordeaux, c’est 4 milliards de chiffre d’affaires, dont la moitié à l’export, 50 000 emplois directs sur notre département, 6 700 viticulteurs, 400 négociants, 45 caves coopératives, une ville et des territoires où la vigne et ses acteurs sont incontournables, une ville connue dans le monde entier donnant à Bordeaux le 2ème rang en termes de notoriété après Paris et cela probablement grâce au vin. Des structures de filière qui fonctionnent, des acteurs qui se parlent et construisent ensemble. Le plan « Bordeaux demain » bâti il y a 5 ans maintenant, est notre feuille de route avec comme fil conducteur de chacune de nos décisions et de nos actions, la valorisation de notre filière des vins de Bordeaux. Nos actions sur la régulation, nos investissements en termes de recherche, nos investissements en marketing, visent tous à cet objectif.

Sur le plan Economique, notre filière a vécu douloureusement en 2014 les conséquences de la récolte 2013, la plus faible depuis 1991.

L’année 2015 sera encore impactée pour la même raison.

Toutefois, plusieurs éléments positionnent notre activité dans des conditions beaucoup plus favorables qu’il y à 6 mois :

* Une récolte 2014 de grande qualité et pour chacun de nos types de vins,

* Des stocks faibles,

* Une monnaie qui a fortement baissé,

* Des frémissements dans l’économie européenne (pas encore en France),

* Un redressement perceptible sur les marchés asiatiques,

* Autant d’indicateurs très positifs qui doivent nous donner beaucoup d’espoirs mais demandent une vraie concrétisation dans nos chiffres lors des prochains mois.

Tous les viticulteurs, tous les négociants, tous les courtiers œuvrent au quotidien à la création de richesse pour eux-mêmes bien sur mais aussi pour le bien collectif qu’est la marque Bordeaux. Chacun d’entre eux lutte sur ses marchés, lutte contre ses concurrents, lutte parfois contre les aléas climatiques mais se trouve à devoir lutter contre des éléments extérieurs qu’il ne peut déjouer seul. C’est pour cela aussi que nos anciens ont bâti des structures comme le CIVB pour lutter collectivement contre des projets destructeurs de valeur. Et nous pouvons dire qu’à côté de dossiers susceptibles de nous faire avancer, nous devons œuvrer chaque jour pour ne pas reculer.

Bernard Farges le président du Civb © JPS

Je voudrais aborder devant vous 4 points qui sont des points d’actualité et sur lesquels nous devons travailler et nous devons sans cesse éviter de reculer.

* 1er point l’enrichissement :

C’est un sujet de fou Monsieur Le préfet ! Le sucre est un élément d’ajustement utilisé partout dans le monde avec deux techniques. L’une est utilisée depuis un siècle. C’est le saccharose. Elle est moins chère, elle rapporte des taxes à l’Etat, elle est tracée et traçable par les services de contrôle et vous allez découvrir dans votre nouveau poste à Bordeaux, que vos services et vous-mêmes allez être mobilisés comme nous pendant des jours pour justifier de ne pas utiliser la méthode plus onéreuse, cela couterait environ 20 millions d’euros à Bordeaux soit l’équivalent de notre budget marketing. En outre cette méthode ne génère pas de recette fiscale pour l’Etat et de récents contentieux en montrent l’origine douteuse. Avouez que marcher sur la tête est sympathique pour des saltimbanques mais ce n’est pas ce qui est attendu ni d’un préfet, ni des responsables professionnels.

Sur les pesticides et plus largement sur notre impact environnemental, nous avons produit le 1er rapport de développement durable de la filière des vins de Bordeaux. Nous montrons à travers ce rapport ce que nous avons fait depuis des années, ce que nous faisons aujourd’hui et quels sont nos engagements.

Nos entreprises agissent sur leur impact environnemental au travers de nombreuses actions collectives, les certifications Agri-confiance, Terravitis, les bio, HVE mais aussi l’outil original porté par l’interprofession, le SME.

Beaucoup d’autres entreprises travaillent à faire évoluer leurs pratiques elles aussi mais sans rien demander à personne et dans leur coin.

Toutefois, la stigmatisation de notre profession à des fins idéologiques, ne peut être acceptée.

Nos pratiques doivent évoluer encore, c’est une évidence, mais elles évolueront plus vite et plus profondément si les réponses apportées ne sont pas simplistes ou idéologiques.

Par exemple, faire croire et défendre que le bio est le seul modèle capable de répondre aux enjeux environnementaux est une réponse simpliste et idéologique, c’est donc une faute !

Ce modèle a toute sa place, il répond à des attentes de consommateurs, de producteurs aussi, mais ce marché n’est pas extensible à l’infini.

Quand l’Etat, les départements, les régions, les chambres parfois mais aussi les média le mettent en avant comme LE modèle à encourager, nous prenons le risque d’affaiblir ce marché.

L’agro-écologie est la version politisée du développement durable et par là même en affaibli le concept. Les enjeux environnementaux seront de plus en plus forts dans notre pays et bien au-delà. L’agriculture raisonnée a fait progresser l’agriculture française et ce concept est mort de son manque de reconnaissance. Le bio peut mourir si nous le diluons.

Alors il est urgent d’encourager et de promouvoir une troisième voie capable d’entrainer de très nombreuses entreprises prêtes à accélérer le changement, pour peu que soient mises en avant des dynamiques de recherche, de partage d’expériences, d’outils mis à disposition, sans charge administrative nouvelle et sans idéologie.

Cette 3ème voie est à bâtir, elle peut avoir un effet de levier considérable si nous l’imaginons non pas de haut en bas, c’est-à-dire d’un ministère vers les territoires ou d’une structure collective vers les territoires mais en facilitant toutes les mesures individuelles, en imaginant et en soutenant des sortes d’incubateurs d’innovation de pratiques positives.

Sur le projet de loi de santé, nous venons de le voir avec la présentation d’Audrey Bourolleau et Joël Forgeau, la bagarre est rude dans notre pays pour lutter contre l’hygiénisme et le poids inacceptable des officines anti-vins. Disons le clairement, il s’agit de l’ANPAA, qui influence la politique de santé publique dans la lutte antialcoolique. Cette politique ne marche pas, l’alcoolisme ne recule pas, le binge drinking progresse et la consommation de vin baisse en France. Voilà un beau bilan !

Il est urgent que nos dirigeants assument de parler et de promouvoir le vin, assument cette culture, assument cette richesse tout en développant une politique de responsabilisation et d’éducation. Nous voyons avec intérêt nos dirigeants assumer pleinement de parler et de promouvoir l’industrie de l’armement, il est urgent qu’ils en fassent de même pour le vin.

Le dernier sujet abordé aujourd’hui est celui des négociations internationales. La France doit porter au niveau européen l’ouverture de négociations bilatérales avec nos grands clients. Quand le Chili obtient l’arrêt des taxes sur leurs vins importés en Chine dès juin 2015 et l’Australie à partir de 2019, ces pays obtiennent immédiatement un gain de compétitivité sur leurs produits. Ce chantier doit être ouvert. Peut être qu’il n’aboutira pas mais nous ne devons pas avoir peur de la victoire.

Bordeaux montre depuis toujours sa capacité à exporter et chacune de nos entreprises comme l’interprofession investissent toujours plus sur ces marchés, c’est pourquoi le soutien des autorités sur ces sujets de commerce extérieur est stratégique pour nous.

Alors Monsieur Le préfet, vous le voyez et vous le découvrirez assez vite, les vins de Bordeaux sont une grande force économique dans la région, nous vous demandons de bien vouloir l’observer comme cela en levant les freins réglementaires injustes, inutiles et couteux. Nous venons de vous décrire 4 points : le projet de loi de santé, l’enrichissement, les pesticides, les accords bilatéraux. Voilà 4 beaux sujets que nous devons traiter ensemble afin de permettre à chacune de nos entreprises de se concentrer sur leur vrai métier : produire et vendre du vin. A leur profit, oui bien sûr, mais aussi au profit de toute notre région. L’Etat a le pouvoir et le devoir d’aider et faciliter la création de richesse par les entreprises. Avec votre aide, vos encouragements, votre soutien pour nous faciliter la création de valeur, les viticulteurs, les négociants, les courtiers et le CIVB pourront se consacrer à leur métier avec beaucoup plus d’efficacité. Nous consommons aujourd’hui beaucoup d’énergie pour ne pas reculer, nous voulons la consacrer enfin pour avancer. »