05 Avr

Crise viticole : 350 vignerons à la réunion, dans l’attente des primes à l’arrachage…

C’était hier une réunion publique attendue à la Maison des Vins de Cadillac en Gironde. A l’initiative du collectif viti 33, 350 vignerons ont pu rencontrer l’interprofession et discuter avec leurs élus des aides à l’arrachage sanitaire, arrachage primé de la vigne. Des aides à hauteur de 57 millions d’euros que les vignerons jugent toutefois insuffisantes et leur mise en place pas assez rapide.

Gérard Monet, vigneron à la retraite et membre du collectif viti 33,  en a connu des crises, mais celle-là est terrible, avec les aléas climatiques qui se succèdent… « Depuis le gel 2017, il y a des gens qui sont dans la panade complète. »

En 2005, ils étaient déjà nombreux à réclamer de l’arrachage. Aujourd’hui, c’est une nouvelle crise avec des visages fermés. Ces vignerons ont pour la plupart plus de 55 ans, ils sont proches de la retraite et veulent arrêter dignement leur métier.

« Cela me coûte à ce jour d’aller à la vigne, moi j’y vais en reculant, j’y vais en dépression… », un vigneron.

Ce  vigneron de 62 ans dans l’assistance qui devait prendre sa retraite et continue un an de plus pour pouvoir bénéficier de l’arrachage en espérant une réponse concrète:  « est-ce que vous pouvez mettre des mesures simples, rapides et mettre tout simplement la moitié pour que des personnes comme moi puissent toucher ces primes… »

C’est une crise globale de déconsommation dont bon nombre dans l’assemblée pointe du doigt la responsabilité du gouvernement avec la dernière campagne à la télé « à votre santé » qui début janvier disait « ce n’est pas un peu absurde de se souhaiter bonne santé avec de l’alcool »... Cette crise touche aussi les jeunes et a aussi comme cause des explications dues au contexte international.

« On n’a pas vu venir l’effondrement de la Chine avec les accords commerciaux Australie-Chine , on n’a pas vu venir la crise Airbus-Boeing qui nous a fait baisser de 25% (taxes Trump sur le vin en dessous de 14,5°), on n’a pas vu venir la pandémie », liée au covid… » détaille Bernard Farges vice-président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux.

« En terme de prix, c’est catastrophique », commente Rémy Guicheney vigneron à Soussac qui essaie tant bien que mal de vendre son vin en vrac au négoce : « on touche 700 euros du tonneau ou même moins mais pour des volumes très très bas… »

Stéphane Héraud détaille le plan de distillation de crise « un volume maximum de 2,5 à 3 millions d’hectolitres pour la France entière entre Bordeaux, les Côtes du Rhone et AOC du Languedoc Roussillon, on espère pouvoir distiller tout ce qui a été demandé. Une distillation avant les vendanges et après les vendanges. Une distillation dont le prix n’est pas encore fixé,  les prix attendent d’être fixé par le ministre le 12 juillet. »

Près de 10 000 hectares devraient être arrachés (mais pas avant octobre), pas suffisant pour certains qui parlent de 30 000 hectares ce soir à la réunion, d’autres avancent aussi l’idée d’équité dans l’arrachage.

« Il faut que chaque appellation arrache, qu’on soit bien ou pas bien, qu’on ait de l’argent ou pas, qu’on soit au bout du rouleau ou pas… » selon Pascale Belliard vigneronne à Targon, pour qui Pomerol devrait arracher comme l’appelaltion Bordeaux.

« Le programme, on le met à disposition de manière équitable à tous les opérateurs de la filière, et il appartiendra à chacun en fonction des conditions de décider s’il veut arracher ou s’il ne veut pas… »  Allan Sichel président du CIVB.

« Et ce n’est qu’au terme de ce travail qu’on verra combien d’hectares pourront être arrachés… »On cherche à aller le plus vite possible, au niveau de la filière, de la préfecture, de la chambre d’agriculture, on veut tous aller le plus vite possible. »

« Si les contraintes sont simples, cela va permettre aux gens de faire une demande, et quand ils vont s’apercevoir que la demande va exploser, il va bien falloir trouver des solutions pour y répondre » explique Bastien Mercier du collectif viti 33.

L’Etat a annoncé financer 30 millions d’euros (portés sans doute à 38), la Région Nouvelle-Aquitaine 10 et l’interprofession devrait aussi participer, lors de son assemblée générale le 17 avril prochain.

« Nous savons que c’est insuffisant, mais on ne décrète pas les moyens mis sur la table par l’Etat, et les moyens de l’interprofession sont limités…On se dirige vers une décision qui sera votée en assemblée générale de l’interprofession de 19 millions d’euros pour l’ensemble de la profession sur ce dispositif, ce sont des sommes colossales que d’autres régions ne mettent pas sur la table parce qu’ils ne sont pas dans cette logique-là, dans ce dispositif là., en tout cas l’ensemble de la filière s’est battue pour avoir un dispositif le plus adapté possible avec les moyens que l’Etat nous permet de mettre sur la table, » selon Bernard Farges vice-président du CIVB

Les versements annoncés par le gouvernement devraient intervenir en 2024. L’interprofession promet d’autres précisions fin avril. Les vignerons risquent de manifester à nouveau pour se faire entendre.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Sébastien Delalot, Léo Prévot et Jean-Marc Ceccaldi :

 

Gel à Bordeaux : « on a frisé un peu mais pas de dégâts a priori dans les vignes »

Le gel était attendu, il est bien arrivé mais pas trop intense. Avec cette nuit claire et la pleine lune, les vignerons ont redouté le gel au petit matin mais celui-ci s’est montré courtois et n’a pas trop touché le vignoble bordelais. Quelques dégâts du côté de Saint-Emilion et dans les Graves.

Château Figeac à 4h © Sophie Aribaud

Plus de peur que de mal. A priori. Les vignerons, conseillers viticoles et responsables de domaines font l’état des lieux avec Côté Châteaux…

« Sincèrement il n’y a rien de grave. Au pire cela a gelé à -2° à Saint-Sulpice mais pas très longtemps. Nous on n’a pas de tour anti-gel, mais on est passé sans trop de problèmes. Je n’ai pas trop de dégâts sur les bourgeons bien sortis », commente Xavier Leclerc directeur du château Leroy-Beauval.  « On s’était dit il va faire froid, surtout à partir de 4 heures où la température approchait le 0, mais au final c’est vite remonté, le danger c’était au moment du réchauffement par rapport aux cellules de la plante et là ça claque. Je pense qu’on a frisé un peu mais pas de dégâts dans les vignes. On va regarder encore cet après-midi… »

Antoine d’Arfeuille du château Chante Alouette © Sophie Aribaud

« On a là une station météo à 300 mètres, c’est descendu à -1,3°C », commente Antoine d’Arfeuille du château Chante Alouette à Saint-Emilion. Ce vigneron a installé des bougies pour réchauffer l’atmosphère au petit matin dans les parcelles les plus développées… « Là c’est encore un peu tôt, c’est encore froid. On va attendre la fin de la journée et c’est dans quelques jours où on saura si le bourgeon a été touché ou pas. » Sa lutte, il la fait avec les moyens du bord : « chaque année il y a ce stress du mois d’avril donc il va falloir trouver le meilleur moyen pour lutter contre cela, moi personnellement j’attends qu’ils avancent un peu dans la recherche…

Pied de merlot gelé au château de Reignac © Nicolas Lesaint

Sur d’autres secteurs du bordelais, quelques dégâts ont pu être repérés ici ou là sur des zones déjà bien poussées comme certains pieds de merlot.

En Pessac-Léognan, Fabien Teitgen directeur génréral du château Smith Haut-Lafitte se veut aussi rassurant : « on a mal dormi, mais on se réveille pas mal. On a eu les premières alertes à 2h15 et on a allumé les bougies vers 4h. On est passé à côté, on a protégé ce qu’il fallait. C’est descendu à -1 , -1,5° on était certes en situation de danger, mais on a aujourd’hui 5 éoliennes, on s’est pas mal équipé pour peser sur ces passages assez frais. Je préfère être pro-actif plutôt que d’être à quatre pattes dans ma vigne en se disant ça av passer, ça av passer… J’espère que ça va aller jusqu’aux saints de glace, pour qu’on fasse du vin… »

A Saint-Emilion, François Despagne du château Grand Corbin-Despagne relate sa nuit passé à combattre le gel : « c’était moins froid que prévu. On a eu 0 à -1° à certains endroits. La vigne n’avait pas tellement avancé, c’est encore dans le cocon, donc ça va, c’est quand il y a des feuilles étalées que la vigne support moins bien les -1 à -2°. Donc ce n’est pas pour cette fois-ci. Mais jusqu’au mois de mai on peut encore avoir des journées froides. En 2017, c’est arrivé le 27 avril… »