14 Avr

Bordeaux en 2050 : découvrez la cuvée du futur

A quoi ressemblera un vin de Bordeaux en 2050 si le sud-ouest de la France finit par connaître un climat espagnol?  Pascal Chatonnet s’est attelé à concocter une « cuvée du futur », « buvable » mais éloignée des crus bordelais d’aujourd’hui.

Les merlots resteront-ils produits à Bordeaux, tellement ils pourraient souffrir du réchauffement climatique © JPS

« J’ai assemblé des vins rouges issus des deux cépages typiques » de la région, merlot et cabernet sauvignon, mais produits bien plus au sud, en Tunisie et dans le Minervois, en Languedoc-Roussillon », explique à l’AFP Pascal Chatonnet, oenologue et responsable du Château Haut-Chaigneau, à Néac (Gironde).

Il dit avoir pris « la fourchette haute » des prévisions de réchauffement climatiquese basant sur l’hypothèse selon laquelle « il y aura le climat de Tolède à Bordeaux en 2050″.

« Ces vins sont représentatifs de l’expression du cépage sous ce climat », ajoute cet oenologue mandaté par l’Association des journalistes de l’environnement (AJE) et par une entreprise mécène, pour cette expérience selon lui inédite. « C’est un point de vue, il n’y a rien de mathématique là-dedans », ajoute-t-il.

Son breuvage, présenté cette semaine à Paris, se limite à 13,5% d’alcool. Plus, ce serait « caricatural », sachant qu’on n’ira guère au-delà « parce que le marché n’en veut pas ».

Verdict du palais de l’experte Monique Josse, du Musée du vin à Paris, et Bordelaise: « Ce n’est pas ce que je connais depuis ma tendre enfance! » « A l’aveugle, j’aurais dit un Languedoc, mais basique (…) On n’a pas le terroir, le sol et le sous-sol, qui font une grosse partie du vin. C’est buvable, mais ily a un manque de finesse, d’authenticité ».

Elle s’étonne tout de même que le degré d’alcool ne soit que de 13,5%. « Sur ces 30 dernières années on a déjà gagné 3% ! En France, on ne trouve même plus de vins de soif, ce qui est dommage. »

 Alors quel sera plutôt, selon elle, le goût du Bordeaux  millésime 2050? « Et bien… je ne sais pas. C’est trop difficile de se projeter », il y a trop d’inconnues.

CHANGEMENTS RADICAUX

Une température mondiale accrue de 2°C et plus serait la promesse d’un goût trop mûr, appauvri; les sécheresses celle d’un goût plus sec et amer, analysent les experts.

Conclusion de Pascal Chatonnet: « Si on voulait maintenir des vins de bonne facture avec le climat de 2050, on ne pourrait plus cultiver les mêmes variétés » de vigne.

Depuis plusieurs années déjà, à Bordeaux comme partout en France, la profession fourbit ses armes, avec l’aide de la science, pour que les jus puissent à l’avenir garder leur typicité.

Par exemple avec la « parcelle 52 », où depuis 2009, au coeur de l’AOC Graves, les chercheurs testent 52 cépages du monde pour voir lesquels correspondraient le mieux au caractère des cépages bordelais.

Au centre des préoccupations, la vulnérabilité du merlot, cépage le plus répandu dans le bordelais, à la maturation précoce, qui risque d’être abandonné.

En attendant, les initiateurs du cru 2050 veulent d’abord sensibiliser l’opinion.« Ce pari vise à faire comprendre que rien ne sera plus pareil, que tout va très vite », souligne Yves Leers, journaliste et auteur spécialiste de l’environnement.

La première chose à faire est de « se convaincre de la réalité du changement climatique », ajoute-t-il, insistant sur l’enjeu économique: le secteur viti-vinicole représente en France le deuxième poste à l’exportation après l’aéronautique.

L’occasion aussi de parler de pratiques culturales à adopter dès aujourd’hui. Par exemple, moins effeuiller la vigne.

D’autant que de nouvelles régions, de la Bretagne à la Suède ou la Pologne, se(re)découvrent des destins viticoles, ou pourraient bien monter en puissance, comme l’Allemagne ou l’Angleterre.

Pour le climatologue Hervé Le Treut, lui aussi Aquitain, l’expérience du vin du futur est « un exercice intéressant ». En 8.000 ans de viticulture, « nous n’avons pas connu de changements climatiques radicaux tels que ceux que nous nous apprêtons à vivre à l’échelle globale », prévient-il.

AFP

13 Avr

Jacques Dupont sur le millésime 2017 : « c’est un peu en dents de scie, c’est un vin qui a du fruit qu’on pourra boire assez jeune, avec de la vivacité. « 

Jacques Dupont livre sans détour son analyse sur le millésime 2017 frappé par le gel au printemps dernier. Il est l’invité de Parole d’Expert dasn Côté Châteaux.

Jean-Pierre Stahl : « Que pensez-vous du millésime 2017 ? »

Jacques Dupont :« C’est un peu en dents de scie, suivant les caprices du temps, on voit bien où le gel a frappé et où il n’a pas frappé. Là où ça a été épargné, c’est pas mal, il y a des jolies choses ». 

« Il y aura de très jolies choses dans les très grands crus car on a les moyens de trier, on sortira un petit peu de vin, même si on n’en sort pas beaucoup qui sera de qualité. Ailleurs, c’est très compliqué et on comprend vraiment ce que dents de scie veut dire. On a des vins qui sont bons et d’autres qui sont un peu compliqués. Il y a eu une vendange très difficile à faire, les gens se sont retrouvés avec des vignes qui avaient échappé au gel et puis des raisins qui sont arrivés de 2e génération, par les contre-bourgeons qui ont repoussé un mois plus tard et qui ont mal mûri au mois de septembre, ils n’avaient pas le cycle complet, et les deux mélangés ça fait des choses un peu curieuses ».

« Alors, bon c’est amusant à goûter cette année on ne s’ennuie pas. On passe plus de temps sur les vins compliqués, qui ne sont pas bons et qu’on ne a pas retenir finalement que sur les bons vins puisqu’on se demande finalement comment on en est arrivé là. Mais le vin c’est cela, ce n’est pas un truc industriel avec une production régulière. les vignerons ils ont des choses très modernes (la vie des marchés, internet, la nécessité de partir vendre son in ailleurs) et puis en même temps ils sont complètement dépendants de la météo, de la terre, c’est quand même une profession agricole ».

JPS : « Pour en revenir aux caractéristiques sur ce 2017, comment pourriez vous le qualifiez au final ? »

Jacques Dupont : « dans l’ensemble, ce sera un vin de moyenne garde, ce n’est pas un vin de grande garde, c’est un vin qui a du fruit qu’on pourra boire assez jeune, avec de la vivacité. Quand c’est réussi, c’est assez vif, donc ça c’est pas mal, ça fait des vins digestes, qu’on pourra boire assez jeunes en profitant du côté fruité et sympathique du vin. 

« On est nettement au dessus de 2013, qui a été un millésime médiocre ici, mais je ne sais pas à quoi le comparer. On a connu des grandes années de gel comme 1991, mais ça ne ressemble pas à 91, il n’y a jamais vraiment une année de vin qui se ressemble complètement à l’autre. Mais bon ça va faire des vins sympathiques ».

« On a quand même une petite nuance à apporter, en recréant la rivalité rive gauche rive droite. Rive gauche, on est nettement au dessus de la rive droite cette année. Les cabernet-sauvignons qui sont un peu plus tardifs ont moins souffert du gel que les merlots. J’ai fait toute la dégustation de Crus Bourgeois par exemple, c’est nettement meilleur que ce que l’on goûte sur la rive droite. »

JPS : Au niveau des journalistes et critiques en vin, on voit que le marché des professionnels et notamment vous suit énormément, est-ce que vous faites la pluie et le beau temps aujourd’hui ? »

Jacques Dupont  : « Non, non, sinon j’aurais évité le gel ! Non, non, je ne fais pas la pluie et le beau temps et ne veux surtout pas le faire. Je suis là pour mes lecteurs de leur donner des indications de faire de bons achats de vins pas trop chers, je suis toujours ravi d’aller goûter dans les grands crus, mais je suis aussi ravi, et c’est mon métier de journaliste, quand je découvre un petit nouveau et qui vend ses vins pas chers, qui a besoin d’être connu, et ses vins feront plaisir à mes lecteurs parce qu’ils en sont pas trop chers et délicieux. Donc moi, je suis un fouineur et pas un gourou.

JPS : »Il y a eu tout de même une époque où il y avait des gourous sur la place de Bordeaux ? »

Jacques Dupont : « Je ne vois pas de qui vous parlez, Jean-Pierre… Bien sûr, mais cette époque est révolue et c’est tant mieux. Parce qu’aujourd’hui on refait des vins de Bordeaux, avec de la simplicité, de la digestibilité comme disent les sommeliers. On est sorti de cette époque où on faisait des vins confiturés, en plus en 2017 c’était difficile de le faire. Des vins confiturés, boisés, trop extraits, on est parti de cela, c’est fini et tant mieux, pourvu que cela ne revienne pas. On refait des bons vins de Bordeaux qui nous parlent du terroir et du pays.

Regardez l’interview réalisée par Jean-Pierre Stahl et Pascal Lécuyer :

12 Avr

Le Ban du Millésime : « 2017 va trouver sa place à l’avenir parmi les bons millésimes bordelais », selon Emmanuel Cruse

 680 personnes assistaient hier soir au « Ban du Millésime », soirée organisée par la Commanderie du Bontemps, l’occasion pour les propriétaires d’échanger sur le millésime 2017 avec leurs clients distributeurs.

La hola d’honneur par les Commandeurs pour accueillir les invités © JPS

« Le Ban du Millésime » est né en 2000. C’est un événement désormais incontournable de la place de Bordeaux, initié par les négociants membres de la Commanderie  et co-organisé avec l’Union des Grands Crus de Bordeaux.

Lors de cette soirée au CAPC, les plus gros distributeurs de vins de Bordeaux du monde entier sont conviés, invités par les négociants ou les propriétaires de châteaux, ainsi que la presse spécialisée nationale et internationale.

C’est aussi l’occasion d’échanger sur le ressenti des uns et des autres sur les primeurs 2017 : « les commentaires sur ce millésime sont tous excellents, venants des distributeurs étrangers ou des négociants de la place de Bordeaux », commente devant l’assemnlée Emmanuel Cruse, Grand Maître de la Commanderie du Bontemps. Si « les aléas climatiques ont complexifié la donne », « la sélection à la vigne et au chai » a permis de sortir un 2017 qui « tiendra sa place parmi les bons millésimes » de Bordeaux.

2017 est sans nul doute le meilleur millésime en 7 depuis le 1947″, Emmanuel Cruse Grand Maître de la Commanderie du Bontemps.

Thierry Decré de LD Vins et Johnny Goedhuis de Goedhuis & Co Fine Wine Merchants © JPS

Parmi les distributeurs de Bordeaux, on pouvait croiser le Britannique Johnny Goedhuis de Goedhuis & Co Fine Wine Merchants, qui travaille depuis 1981 à Londres avec surtout des clients privés et grands amateurs de vins, il a ouvert aussi un bureau à Hong-Kong. En sa compagnie, son ami et l’un des plus gros négociants Thierry Decré de LD Vins. Ce dernier a une analyse est assez fine :

C’est un millésime assez simple, qui n’est pas 2015 ou 2016, un bon millésime dont le prix devrait se situer entre le 2014 et le 2015, mais rien ne justifierait une hausse des prix, une envolée », Thierry Decré de LD Vins.

Archibald Johnston a sorti un flacon de légende Rieussec 1924 © JPS

Et de compléter : « Il faut être raisonnable, on a beaucoup de vin à vendre à Bordeaux et surtout on est menacé par la concurrence des vins du monde entier. »

Ce Ban du Millésime fut aussi l’occasion de retrouver Jérôme Fanouillère, un grand amateur de vins de Bordeaux, qui vient de lancer la Fédération Nationale d’Oenologie, fédération qui va regrouper l’ensemble des clubs français de dégustation et d’oenologie.

Jérôme Fanouillere a créé la Fédération Nationale d’Oenologie © JPS

« On a déposé les statuts il y a 6 semaines. On va rassembler les clubs d’HEC, de la Banque de France, d’EDF, de Polytechnique, de Normale Sup, d’EM Lyon… » Jérôme Fanouillère est lui même dipômé d’HEC et travaille à la BDF. « C’est un super projet, j’en ai déjà parlé à quelques domaines que je connaissais. J’ai eu de bons retours avec quelques châteaux réceptifs pour permettre de renouer avec ces connaisseurs ». 

680 convives pour ce Ban du Millésime au CAPC © JPS

« On a aussi un projet de dégustation annuelle à l’aveugle. Il y a déjà pas mal de concours étudiants qui marchent très très bien ». Le prochain concours, la Left Bank Bordeaux Cup se tiendra d’ailleurs à Château Lafite Rothschild le 8 juin prochain, un concours très disputé entre les meilleurs clubs oenologiques des grandes écoles du monde entier.

11 Avr

#Primeurs2017 : focus sur ces journalistes et critiques qui font la pluie et le beau temps

Ils sont quelques-uns à délivrer des notes sur 100 ou sur 20 et à faire trembler la planète vin. Après l’ère Parker, ils sont plusieurs influenceurs à être suivis ou redoutés. Côté châteaux vous propose de les découvrir.

Markus del Monego ne se définit ni comme un gourou, ni comme un pape du vin.

Pourtant ce meilleur sommelier du monde en 1998, et Master of Wine en 2003, est aujourd’hui l’un des plus grands critiques reconnus et suivis dans le monde.

Il travaille pour le Süddeutsche Zeitung en Allemagne (pour lequel il réalise 4 chroniques de 8 pages par an) et pour www.tastingbook.com où il attribue des notes jusqu’à 100 pour les vins qu’il déguste à Bordeaux en primeurs (entre 400 et 500 qu’il va retenir cette année).

« Les vins quand ils sont notés donnent une première impression, cela peut changer avec l’élevage ou après avec l’évolution du vin dans la bouteille… » explique Markus del Monego.

Les  points ne sont pas la chose la plus importante, ce qui est plus important c’est la description, c’est-à-dire quels types d’arômes il y a dans le vin; les arômes donnent déjà un repère à la qualité, si je dis mûre sauvage c’est plutôt un vin mûr, si je dis poivron c’est plutôt un vin qui n’est pas mûr du tout » Markus del Monego

Depuis que Robert Parker ne vient plus à Bordeaux, ils sont plusieurs à faire la pluie et le beau temps durant ces primeurs.

La journée consacrée aujourd’hui aux journalistes et critiques au Hangar 14 à Bordeaux © JPS

Une pluralité de critiques partagées entre Neal Martin du Wine Advocate, James Suckling ancien du Wine Spectator, Paolo Basso meilleur sommelier du monde 2013, Andreas Larrson meilleur sommelier du monde 2007, les Britanniques Jancis Robinson ou Jane Anson de Decanter, sans oublier notre journaliste national du Point Jacques Dupont ou Bernard Burtschy pour le Figaro.

L’Américain James Suckling à l’inauguration du château Monlot © JPS

Rencontré lors de l’inauguration de château Monlot vendredi dernier James Suckling, de plus en plus suivi me livre ses premières impressions. Il est le tout premier à délivrer ses notes sur Bordeaux.

J’ai dégusté 800 châteaux, et malgré le gel j’ai été bien surpris, bien sûr la plupart, c’était plus difficile car ce n’est pas une année comme 2015 ou 2016″, James Suckling

Parmi les Français, il en est un qui continue de dénicher de petites pépites au fond des chais et dans les salles de dégustation, comme ici au Domaine Grand Lafont avec les Crus Artisans, c’est Jacques Dupont journaliste au Point.

Ce n’est pas un vin de grande garde, c’est un vin qui a du fruit qu’on pourra boire assez jeune », Jacques Dupont journaliste au Point

« Rive gauche, on est nettement au dessus de la rive droite cette année, les cabernet-sauvignons qui sont un peu plus tardifs, ont moins souffert du gel que les merlots et ce que l’on goûte, comme lors de la dégustation des Crus Bourgeois, c’est nettement meilleur que ce que l’on goûte sur la rive droite, » conclue Jacques Dupont.

Son Guide Spécial Bordeaux sur le millésime 2017, avec ses notes, coups de coeur et appréciations sortira le 24 mai prochain avec le magazine Le Point en kiosque.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl et Pascal Lécuyer :

Pierre Lurton présentait son Yquem 2017, d’une légèreté et d’une élégance à faire rêver !

Plus de 200 personnes étaient conviées à venir déguster Yquem 2017 au Grand Théâtre de Bordeaux mardi soir. Une année en 7 qui est encore une grande réussite pour ce 1er grand cru classé de Sauternes, exceptionnel !

Paolo Basso, meilleur sommelier du monde, Yannick Alléno chef du Pavillon Ledoyen 3***, et Pierre Lurton PDG d’Yquem © JPS

« C’est ce que j’aime dans un grand Sauternes, c’est le choix qu’à fait l’équipe sur la fraîcheur ! », en une phrase, Pierre Lurton le PDG d’Yquem a résumé ce nouveau millésime qui ne touche plus terre tellement il est léger, tout en restant complexe.

Quelle soirée, quelle envolée, quelle majesté… Le roi des vins de Bordeaux s’est encore offert les ors du Grand Théatre comme écrin pour annoncer cette naissance.

« On est sur la fraîcheur », me confirme Francis Mayeur le directeur, il y a un peu de pamplemousse et d’amertume, on a tout ce qu’il faut, c’est la crème d’Yquem. »

« On a l’a récolté en un tri et demi, le 25 septembre, une précocité énorme, du fait qu’on n’a pas gelé ( le Y d’Yquem (le blanc sec) avait été ramassé du 16 au 23 août). On a eu un rendement de 17 hectares. D’ailleurs, Francis Mayeur est fier d’annoncer « on aime bien les années en 7 (outre le millésime récent 2007) : on a eu des fabuleux 1937, 1947 et 1967. »

Quant à connaître ses caractéristiques : 147 grammes de sucre par litre et 13,9° en alcool. « Tout ce qui était trop concentré, toute la sucrosité, a été éliminé, cela reste quelque chose d’assez tendu, extrêmement élégant, sur la fraîcheur, j’ai envie d’en reboire » s’amuse Pierre Lurton. A tel point qu’il n’y avait que du 2017 à déguster en ce mardi soir au Grand Théâtre, alors que les autres années, un plus vieux millésime était aussi proposé à la dégustation.

Ce sont 70000 à 80000 bouteilles de ce nectar qui vont être mises sur le marché, autant dire que la planète entière va se les arracher !

10 Avr

Quand Saint-Emilion se remet de ses blessures du gel et fait déguster son millésime 2017

Saint-Emilion est le vignoble de Bordeaux  qui a le plus souffert du gel du 27 avril 2017. De nombreux vignerons ont fait très peu de vin, la perte de production est estimée entre 60 et 70%. Saint-Emilion fait malgré tout bonne figure et est fier de présenter un beau millésime dans ses différents spots de dégustation.

A Saint-Emilion, Paul Arthur Bardet est très certainement l’un des vignerons les plus touchés par le gel d’avril 2017. 90% de son vignoble a été perdu.

Malgré tout il est fier de présenter ce peu de récolte préservée (grâce à des éoliennes), à la Maison des Vins dans la salle réservée aux Coups de Coeur 2018

On a 4 propriétés, d’habitude on produit 300000 bouteilles, mais cette année on n’en aura que 30000 dont 15000-20000 de1er vin; on est très content, il y a un joli fruit un bel équilibre pour les vignes qui n’ont pas été gelées, on pourra avoir une très beau millésime en 2017″, Paul Arthur Bardet, château Franc Le Maine.

Dans le salle des Dominicains, ce sont 200 châteaux des 9 appellations de Saint-Emilion, auxquelles il faut ajouter Pomerol et Fronsac-Canon Fronsac, qui sont proposés cette année à la dégustation contre 400 l’an passé.

« En gros la perte est en moyenne de 60-70%, sur Saint-Emilion, Lussac et Puisseguin, Saint-Emilion l’appellation la plus touchée de Gironde, avec des exploitations impactées presque à 100% », témoigne Jean-François Galhaud Président du Conseil des Vins de Saint-Emilion.

Au château La Dominique pour la 8e remise des Clés de Châteaux, Michel Rolland a fait venir 4 meilleurs sommeliers du monde pour apprécier et juger les presque 200 ins de propriétés qu’il conseille. 15 propriétés cette année ne sont pas présentes.

« Il y a quand même une partie qui n’a pas gelé quand même », interroge Paolo Basso, meilleur sommelier du monde 2013. « Oui, mais il en manque 40% », renchérit Michel Rolland et « un gel qui n’est pas égalitaire ! »

Le gel a fait beaucoup de dégâts mais pas au niveau de la qualité en fait, on a des vins avec une tension, des acidités, des vins qu’on aime bien, il y a 25 ans on aurait appelé ça un classique à Bordeaux et c’est un classique » Michel Rolland.

« Il y a des propriétés qui ont gelé et qui n’ont pas de vin ou très peu de vin, c’est triste mais y a une grande partie de vins réussis », complète Paolo Basso.

Même si on n’a pas la densité de 2016, c’est un millésime très sérieux, très complet et abouti, Paolo Basso Meilleur Sommelier diu Monde 2013.

La magie de Saint-Emilion continue d’opérer, ce malgré le gel, on parle toujours autant de ce terroir magnifique.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Pascal Lécuyer et Françoise Dupuis :

Olivier Bernard sur les #primeurs2017 : « on a des vins qui  sont très équilibrés, sur le fruit avec une belle longueur… »

Le Président de L’Union des Grands Crus de Bordeaux est l’invité de Parole d’Expert pour Côté Châteaux. Il revient sur l’affluence record des professionnels étrangers et sur les caractéristiques du millésime 2017.

« Le monde est là. Le millésime est bon. Est-ce qu il est aussi grand que 2015 ou 2016, oui et non ».

PLUS DE MONDE

« La surprise de cette année, c’est qu‘on a plus de monde que pour le 2016, qui lui même était 10% supérieur au 2015, qui lui-même était supérieur au 2014″.

« 2017, on a des volumes moindres et une qualité un peu en dessous que 2015 et 2016, et on a plus de monde. Ca veut dire quoi, cela veut dire que cette semaine des primeurs est devenue un rendez-vous incontournable du « trade », de la distribution des grands vins dans le monde, il y a des gens qui viennent de partout. Et ils sont là pour se rencontrer. Je suis sûr qu’on va faire des affaires de primeurs, je suis sûr qu’on va faire d’autres affaires aussi durant la semaine. »

BORDEAUX INTERESSE LES GENS

« Pour cette dégustation du lundi, qu’on a commencé il y a 2 ans, l’année dernière on était 800, cette année on est 1200. Cela montre qu’une dégustation à Bordeaux intéresse les gens ».

« Quelqu un qui n’a pas trop le temps, peut en 2 heures se faire ici une idée du millésime. Donc c’est un vrai succès avec ces dégustations. Le danger c’est de ne pas faire que des dégustations à Bordeaux car on sent bien qu les gens sont intéressés de faire ces dégustations à Bordeaux, mais il faut aussi faire des dégustations dans le vignoble. Donc cette dégustation du lundi à Bordeaux et mardi, mercredi et jeudi dans le vignoble, c’est un bon équilibre ».

PAS DE MANQUE DE MATURITE

« Ce millésime 2017, il est né très tôt, par rapport à cette année où on a du retard. Il est parti 15 jours à 3 semaines d’avance par rapport à cette année et il a finit très tôt, fin septembre. C’est rare de vendanger les cabernet sauvignons fin septembre. Ca veut dire qu’on a un petit risque de manque de maturité, d’avoir ce petit côté variétal, ou de poivron vert…mais la bonne surprise de 2017, c’est qu’on n’a pas ce manque de maturité ».

« Ce qui lui manque par rapport à 2015 ou 2016 c’est un petit manque d’étoffe. On a des vins qui  sont très équilibrés, très sur le fruit avec une belle longueur mais qui ne sont pas super costauds ».

DES VINS A BOIRE DANS 5 ANS

« Moi dans ma cave, j’ai des vins qui vont attendre 20 ans et j’ai besoin de vins que je vais boire dans 5 ans, comme on a bu 2012 ou comme on boira 2014. On n’a pas besoin d’avoir toujours des grands millésimes, dans une cave il faut avoir un peu des deux. »

Regardez l’interview d’Olivier Bernard, recueillie par Jean-Pierre Stahl et Pascal Lécuyer, avec Eric Delwarde :

09 Avr

#Primeurs2017 : bien impacté par le gel, Pessac-Léognan est fier de présenter et de faire déguster son millésime

L’appellation Pessac-Léognan avait bien souffert du gel d’avril 2017, cela n’a pas empêché les propriétaires de châteaux de faire déguster leur millésime au château Larivet-Haut Brion.

Marc Vanel, professionnel belge, et Emilie Gervoson © JPS

« On fait partie des appellations qui ont été sérieusement touchées par le gel de fin avril dernier », commente d’emblée Philibert Perrin, le président du Syndicat Viticole de Pessac-Léognan.

En moyenne, l’appellation a produit -42% pour le blanc et -33% pour le rouge, donc ce n’est pas négligeable », Philibert Perrin, le président du Syndicat Viticole de Pessac-Léognan.

Et de nuancer l’impact du gel : « il y a des propriétés qui ont été très peu impactées, celles proches de Bordeaux et en bordure de forêt des Landes il y a des propriétés qui font 2/3 de moins par rapport à une récolte normale, on a donc des cas assez extrêmes qui font de tout petits volumes, on a même 2 propriétés qui ne font pas de déclaration de récolte cette année ». « Les blancs sont souvent les plus touchés car plantés sur des terrains argilo-calcaires les plus froids donc les plus touchés par la gelée. »

Emilie Gervoson, propriétaire du château Larrivet Haut-Brion explique ses pertes subies et les décisions prises en conséquence : « cette année, nous on a perdu 80% de la récolte en blanc et 75 % en rouge ; donc sur le rouge on a un assemblage assez atypique, on a que 12% de merlot alors qu’en général on est autour de 40-45%, on est sur 24% de cabernet franc alors qu’on ne monte pas au dessus de 10 en général et 64% de cabernet-sauvignon. »

Philibert Perrin, le président du Syndicat Viticole de Pessac-Léognan.

« C’est un très bon millésime de blancs, cela fait partie des grands millésimes de ces 10 dernières années, c’est vif, frais, acidulé, aromatique, on a eu en septembre des nuits fraîches tout-à-fait favorables à la conservation des arômes. Pour le rouge en dehors de la difficulté liée au volumes, la deuxième principale difficulté c’est de passer après 2015 et 2016, 2 millésimes hors normes ; on est dans un bon millésime, voire très bon, suivant les secteurs mais sans doute inférieur à 15 et 16″.

Ecoutez Philibert Perrin au micro de Jean-Pierre Stahl, Pascal Lécuyer et Eric Delwarde :

#Primeurs : grosse affluence cette semaine avec 6600 professionnels fort intéressés par le 2017

Incroyable ! On annonçait 5000 professionnels il y a encore deux semaines, et on dénombre 6600 inscrits pour la semaine des primeurs. A la fameuse dégustation de l’Union des Grands Crus au Hangar 14 à Bordeaux, plus de 1200 importateurs, négociants et critiques se sont succédés durant toute la journée.

Anna Rönngren et Magnus Ericsson de Winefinders spécialistes du vin en ligne en Suède à l’entrée du Hangar 14 © JPS

« On a eu 2 grands millésimes avec le 2015 et 2016, et donc cette année avec le gel, je ne sais pas, je suis très curieux de le découvrir », m’explique Magnus Ericsson Winefinders spécialiste du vin en ligne en Suède.

Avec sa collègue Anna Rönngren, responsable du marketing, il s’arrêtent tout d’abord sur le stand du château Siran à la dégustation de l’Union des Grands Crus, en appellation Margaux qui a été plutôt épargné par le gel, alors que Bordeaux accuse 39% de perte de récolte.

17 s’en sort vraiment très très bien, malgré les aléas du climat et les intempéries, on commence à dire que c’est le meilleur millésime en 7 depuis 1947″, Alban Bernardi château Siran.

Les importateurs européens sont venus en masse apprécier le millésime et notamment les Belges fidèles parmi les fidèles à Bordeaux.

Bernard Decorte, importateur à Ostende en Belgique, donne ses premières impressions : « je viens de déguster les Pomerol et les Saint-Emilion, c’est surtout des fruits rouges alors que l’an passé c’était des prunes très mûres, il y a pas mal d’acidité et des tanins. » 

La famille Bernard, Fabrice, Hélène, Patrick et Hortense sur le pont pour Millésima © JPS

Pour moi, c’est un millésime qui est proche des 2014, on va avoir des 2014 plus ou 2014 moins en fonction des appellations et des différents châteaux », Fabrice Bernard PDG de Millésilma

Anthony Hanson, Master of Wine anglais, avec Véronique Dausse de Phélan Ségur en Saint-Estèphe© JPS

Avec la baisse de la livre sterling, le marché anglais reste toutefois difficile, un marché qui va être très attentif aux prix de sortie en primeurs, comme me l’explique Anthony Hanson : « il va falloir que les prix soient attractifs à Bordeaux, pour que nous intermédiaires, on puisse dire qu’il y a certains vins qui sont excellents et en plus que ce sont des rapports qualité-prix attirants »

Ils ont une semaine pour dissiper les a priori sur le 2017, un millésime qui en tout cas va être pas mal dégusté et analysé par l’ensemble des professionnels et des critiques du monde entier.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Pascal Lécuyer, Eric Delwarde, Ines Cardenas, Christian Arliguié : 

08 Avr

24e Printemps des Vins de Blaye : les amateurs de vin à la rencontre de 90 vignerons de l’appellation

La météo n’était pas comme l’an dernier à son zénith, cela n’a pas empêché les fins connaisseurs et amateurs de se précipiter dans la Citadelle Vauban classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Environ 10000 visiteurs ont arpenté les vieilles ruelles de la place forte samedi et dimanche.

Eric Vezain (château Canteloup), Corinne Chevrier-Loriaud), Franck Jullion (Grillet-Beauséjour) et Patrice Glémet (Moulin de Grillet) © JPS

Week-end pluvieux, dégustateur heureux. Cette maxime s’est vérifiée tout ce week-end pour le 24e Printemps des Vins de Blaye. Un événement qui a grossi au fil des années, un événement que l’on doit à Michel Elie.

« Ca s’appelait le marché aux vins de Blaye, au mois de janvier au moment de la Saint-Vincent, le patron des vignerons, j’avais un petit peu plagié ce qui se faisait à Ampuis dans les Côtes du Rhône septentrionales (marché créé en 1928), tout en pensant que ce qui pouvait se faire à 50 km au sud de Lyon pouvait se faire à 50 km au nord de Bordeaux » Michel Elie le fondateur.

Ce sont 90 vignerons de Blaye qui sont sur le pont durant tout le week-end avec tout le staff du syndicat viticole de l’appellation Blaye Côtes de Bordeaux. Une logistique bien rodée depuis toutes ces années avec 4 lieux de dégustations différents.

Ainsi à la poudrière, on pouvait y croiser un groupe d’Américains venus avec leur navire de croisière Amawaterways ; pour Line venue d’Arizona : « c’est vraiment super, on apprécie vraiment cet événement avec tous ces vins différents et tous ces arômes de merlot, sémillon ou autres »…

« J’ai visité Blaye il y a 8 ans et j’ai vraiment été conquis par l’endroit », commente également David Falchek, cet autre américain spécialisé dans l’éducation autour du vin dans l’énorme barnum où sont réunis 40 vignerons.

Je pense que Bordeaux est l’une des meilleures régions viticoles au monde, mais que Blaye est encore méconnue, les vins de cet endroit sont de bonne qualité et de bonnes affaires » David Falchek d’American Wine Society

Pour sûr il y a les habitués de l’événement comme ce groupe de Bretons de Saint-Brieuc avec à sa tête Jean-Luc Tréhorel : « 5 heures de route, c’est vite fait, pour boire du vin on ferait n’importe quoi, on vient de loin. Je ne sais pas depuis combien de temps ça dure mais tous les ans on est là pour deux jours et c’est super. »

Michel Elie, le fondateur de l’événement, et Michaël Rouyer le directeur de Blaye Côtes de Bordeaux © JPS

C’est un événement incontournable du monde du vin du bordelais,  car on a 90 vignerons qui accueillent dans la Citadelle classée Unesco près de 10000 visiteurs, c’est un événement autour de la rencontre du partage entre les consommateurs et les vignerons », Michaël Rouyer directeur de Blaye Côtes de Bordeaux

Un Printemps des Vins de Blaye avec ses nouveautés comme la course des garçons de café, attention à ne pas renverser, les rouleurs de barriques, les petits tours en calèche, les démonstrations de tonnelleries, ses intronisations mais aussi la visite du clos de l’Echauguette.

Le Clos de l’Echauguette étant le seul vignoble au monde planté dans un monument classé Unesco avec 737 pieds, 737 bouteilles produites et entretenu par Dominique Champagne (un nom prédestiné !) avec son cheval de trait Tibou du Coteau un percheron d’1,1 tonne.

 

La député Véronique Hammerer et Michaël Rouyer, directeur de Blaye, ont été ont été intronisés par la Connétablie de Blaye © JPS

Un Printemps des Vins qui permet à chaque viticulteur de vendre entre 300 et 1200 bouteilles, soit une moyenne de 40000 sur le week-end.

(l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération)

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl et Pascal Lécuyer

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