07 Avr

Dégâts sur le Bordelais: un gel pour certains comparable à 2017

Les Graves ont été pas mal touchées par le gel, de même Sauternes, et également dans le Blayais, et une partie des Côtes de Bourg. Plusieurs appellations du Bordelais commencent à répertorier les dégâts dus au gel de cette nuit. Un gel qui n’a pas été le même pour tous. Ils redoutent aussi la nuit prochaine…

Les dégâts dus au gel de cette nuit © Nicolas Lesaint

Progressivement les remontées d’information se font, frileusement pour ne pas dire au compte goutte. Et comme la pluie où il faut savoir passer entre les gouttes, là il faut savoir lire entre les lignes. Bref difficile d’y retrouver son latin, mais cela n’empêche pas Côté Châteaux de continuer à décrypter toutes ces remontées du terrain.

Pour Thibaut Layrisse, le tout nouveau directeur du syndicat de Blaye, c’est ce qu’on pourrait qualifier de baptême du feu ou de bougies…« Sur Blaye, on est quand même assez touché, on a des zones à 30% et d’autres à 50%. On va envoyer un questionnaire à tous nos adhérents pour faire un petit bilan, mais cela semble proche de 2017 et donc conséquent ! Malheureusement, ce n’est pas fini, cela risque d’être une année assez compliquée, avec peu de volume. »

A Saint-Emilion, Franck Binard directeur du Conseil des Vins de Saint-Emilion explique que « pour le moment, c’est prématuré de se prononcer  globalement, mais oui il y a un vrai impact »; on ne sait pas encore dans quelle proportion, on a eu jusqu’à -4 -5° et sur ces zones là, ça va être compliqué. On attend encore un peu pour voir l’étendu des dégâts. Mais 3 fois en 4 ans, cela commence à faire beaucoup. »

Dans les Graves, Dominique Guignard le président me confie : « il a beaucoup gelé, c’est catastrophique, je ne me souviens pas avoir déjà vu cela, j’essaie de me remémorer 1991, cela y ressemble vraiment. Sur les Graves, Portets, Saint-Pierre-du-Mons, Illats, Langon, La Brède, je n’ai pas vu de gens épargné…Quand on passe dans certaines vignes, il n’y a plus rien de vert, les feuilles sont mortes, c’est d’une violence terrible. »

Sauternes a aussi été touché comme le confiait Jean-Jacques Dubourdieu à Dominique Guignard, pas facile pour tous ces vignerons…Pour Dominique Guignard, « c’est pire que 2017 à vu d’oeil sur notre secteur ».

Dans les Côtes de Bourg, Didier Gontier le directeur me confie : « j’ai un secteur très touché: Tauriac et Pugnac. On était en dégustation ce matin et les gens sont arrivés, ils m’ont montré des photos cela m’a calmé. Ils ont pris du -5°, malgré leurs efforts pour réchauffer, le résultat il est là, c’est cramé. »

Du côté de Saint-Loubès, Nicolas Lesaint du château de Reignac: «  pour nous c’est comme 2017, on est pas mal touché, à 50%. Ce n’est toutefois pas un gel aussi homogène que 2017. Il ya des secteurs où on va repartir de zéro et d’autres où on va suivre. Tous ces vins là on va les travailler à fond, j’ai encore de l’espoir et on va essayer de faire plus et mieux qu’en 2017. »

Regardez le témoignage de Fabrice Reynaud, vigneron dans les Graves en direct sur France 3 ce midi avec Jean-Michel Litvine 

Bordeaux de -2 à -6°: les vignerons engagés sur le front du gel avec bougies, éoliennes et hélicoptères

« Cela a tapé plus fort que prévu », « à -6 par grand chose peut résister, c’est un peu la cata ! », par ces premières réactions le CIVB et le syndicat des Graves font l’amer constat qu’il va y avoir quelques gros dégâts du au gel de cette nuit de mardi à mercredi. Côté Châteaux, JPS et Pascal Lécuyer pour France 3 Aquitaine ont suivi les vignerons qui ont lutté toute cette nuit pour sauver leur récolte à Saint-Emilion. Témoignages et ambiances aux châteaux Grand Corbin Despagne, Figeac et Badette.

Marine Bossuet, allumant à 6 heures de nouvelles bougies avec des températures qui baissaient au petit matin © JPS

Au château Grand Corbin Despagne, toute la nuit François Despagne était mobilisé avec son fils Louis et son père Gérard, 3 générations de vignerons (ici ils sont tout de même vigneron depuis le XIIIe siècle, et propriétaire du château depuis 1812, ce qui ne les rajeunit pas…) dans le même combat contre le gel. Bien sûr, avec leur équipe de 10 personnes, ils ont tenté de réchauffer l’atmosphère, gagnant 1 ou 2 degrés, alors que les températures sont descendues à -2° voire un peu moins dans des endroits plus gélifs.

« On est à -1,1° on est limite, donc on se donne encore un bon petit quart d’heure, on resonde là-haut et s’il le faut on rallume un tiers des bougies supplémentaires… », selon les consignes données par François Despagne à son équipe, avec sa torche frontale sur la tête.

Louis, François et Gérard Despagne 3 générations de vignerons sur le front du gel © JPS

C’est une soirée angoissante, on est sur le pont depuis 10 heures, là il est 5h30 du matin, cela fait déjà 7 heures qu’on tourne, qu’on sonde dans les vignes à droite, à gauche, qu’on allume des feux, des foins, qu’on allume des bougies, avec aussi l’éolienne qui fonctionne déjà depuis 5 heures » François Despagne château Grand Corbin Despagne.

« L’éolienne, ajoute François, permet de protéger jusqu’à 3 hectares à -1 ou -2° mais plus la température baisse, plus le diamètre va se resserrer. A -5 ou -6°, elle ne protège plus qu’un hectare…

Ils ont ainsi disposé quelques 400 bougies par hectares pour protéger la moitié des 28 hectares de la propriété. « On ne veut pas perdre notre récolte à venir, donc du coup on fait tout notre possible pour essayer de garder la récolte », commente Marine Bossuet, ouvrière viticole engagée sur le domaine de François Despagne.

9000 bougies au château Figeac © JPS

Au château Figeac, 1er cru classé de Saint-Emilion, ce sont 9000 bougies qui brulent depuis 1 heure du matin, pour lutter contre cette gelée noire. 

Frédéric Faye, a mobilisé 35 personnes cette nuit à Figeac © JPS

On considère qu’il faut une heure à -2° pour griller les bourgeons qui commencent à éclore. C’est vraiment une masse d’air qui arrive du pôle et qui se déplace sur une grande partie de la France et beaucoup de nos confrères vignerons ont aussi été touchés, » Frédéric Faye directeur château Figeac.

Dans les Graves, Loïc Pasquet le vigneron emblématique de Liber Pater, qui produit les vins les plus chers à Bordeaux, en France également, avec ses vieux cépages bordelais francs de pieds, confie avoir eu jusqu’à -6°C, au petit matin il faisait -4 encore, ça a cramé… Quand on sait qu’il faisait déjà 0° à 21h hier soir, on savait que ça allait être long ! Pourtant j’ai des systèmes agrofrost mais cela n’a pas été suffisant. Je pense que le seul système qui marche, c’est l’aspersion… J’avais planté 3500 francs de pieds, je pense avoir perdu aussi la moitié, ça fait c..ier »

Mayeul L’Huillier, directeur du syndicat des Graves confirme: « c’est descendu entre -2, -2,5° à -4, -6°C sur certains endroits…

Tu as beau lutter, à -6° pas grand chose peut résister, je suis pessimiste, cela me fait penser à des années terribles. Ce n’est pas fini, il y a encore demain matin, mercredi et jeudi. Le mois va être long. C’est un peu la cata… » Mayeul L’Huillier directeur du syndicat des Graves.

En Pessac-Léognan, Arnaud Thomassin propriétaire du château de France: « au plus bas, on a eu jusqu’à -4°, on va voir cet après-midi, voir les dégâts. On avait disposé des bougies, on avait des tours à vent et des appareils qui soufflent de l’air chaud. Une fois de plus cela commence à faire, la dernière fois c’était en 2019 et puis en 2017. Les gelées sont plus fréqiuentes et plus puissantes qu’avant. »

Pour Christophe Chateau, directeur communication du CIVB : « cela a tapé plus fort que prévu; on avait -1 à -2° annoncés et on a eu -3 à -6° par endroits. C’est un froid sec, bizarre car il n’y avait pas d’humidité. Les zones touchées sont les zones gélives habituelles dans l’Entre-deux-Mers, les Graves, le nord Gironde… »

https://www.facebook.com/chateaudelhospital/posts/3967740513310007

Tous les viticulteurs ont encore en tête la tragédie d’il y a 4 ans, le gel du 27 avril 2017 avec la perte de quasiment 40% de la récolte à Bordeaux qui n’avait finalement pu produire que 3,8 millions d’hectolitres contre une moyenne de plus de 5 millions.

Au château Badette à 8 heures, ce matin, un hélicoptère a pu réchauffer l’atmosphère © JPS

Certains ont aussi eu recours aux hélicoptères, avec une difficulté car les pilotes ne pouvaient décoller qu’au lever du jour, sous peine de perdre leur licence. Le château Badette a fait le choix d’en louer un avec son pilote pour un coup selon le directeur technique de 600 euros par hectares, moins cher qu’avec des bougies… »Cela fait une heure qu’on vole et qu’on arrive à stabiliser la température au sol à 0 ou +0, 5° réussissant ainsi à brasser l’air plus chaud en l’air estimé à 3° pour le mêlé avec l’ai froid au sol.

La nuit prochaine, tous seront à nouveau mobilisés pour un nouvel épisode de gel annoncé. Tous croisent les doigts pour qu’il soit moins fort… Pas dit. Et ils espèrent avoir suffisament de bougies pour faire face à cette nuit très froide.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Pascal Lécuyer, Christophe Varone et Thierry Culnaert : 

06 Avr

Solidarité avec nos amis vignerons en proie au gel

Certains ont déjà combattu le gel toute la nuit dernière avec des températures qui sont tombées dans le négatif. A Chablis, Daniel Etienne Defaix et son fils ont été sur le front du combat contre le gel. Les températures sont descendues à un bon -4° En Gironde, plusieurs châteaux se préparent eux aussi pour les deux prochaines nuits, en croisant les doigts.

© Daniel Etienne Defaix Domaine du Vieux Château de Chablis

« 2021… l’année de rien », comme auraient pu dire les anciens ou parents de Daniel Etienne Defaix à Chablis, qui déjà avait connu des années de gel terrible en années 1. Il ne faudrait pas que ce vieux dicton soit d’actualité cette année. Certains semblent déjà en avoir fait les frais la nuit dernière en Bourgogne ou en Alsace, dans l’est où les températures sont tombées bien basses.

Ainsi Daniel Etienne Defaix et son fils, propriétaires du Domaine du Vieux Château de Chablis, ont été sur le front du gel toute la nuit de lundi à mardi…La température comme nous le raconte Daniel Etienne est tombée bien basse à -4,8°C. « Nous avons protégé 4 hectares par aspersion sur nos 30 ha et 1 hectare avec des bougies de cire (coût de la bougie 7,5€ à raison de 1000 par hectare…) »

Malgré nos efforts, on a perdu 50 % de la récolte en cette première nuit (de gel), on se repose un peu pour repartir en surveillance et protection dans quelques heures… » témoigne Daniel Etienne Defaix.

Photo prise après l’aspersion de la vigne pour tenter de protéger les jeunes pousses. « Encore moins 3 à Milly Chablis à 8 heures du matin. Nous allons éteindre les bougies à moins 1 en principe vers 9 heures. Juste le temps de boire un café avec du pain frais du beurre demi-sel sel et de la confiture de nos cerisiers de l’ an passé…car cette année… il y a fort à parier que la future récolte est à oublier…. Comme le disait mes chers Père et Grand-Père : Année en 1…année de rien ! » commentait © Daniel Etienne Defaix – Domaine du Vieux Château de Chablis sur sa page Facebook

Dans le Bordelais, on craint également un épisode de gel cette nuit. Quelques châteaux seront sur le pont à partir de minuit ou 1heure du matin pour commencer à allumer les bougies également, mettre en route les éoliennes ou encore le système agrofrost, comme me le confiait François Despagne, 20e génération de vigneron à la tête de Grand Corbin Despagne, cru classé de Saint-Emilion.

A Château Figeac, 1er cru classé B, Frédéric Faye, directeur du château, a mobilisé près de 50 personnes cette nuit pour lutter contre le gel qui en ressenti pourrait aussi avoisiner le -4°. Bien sûr, c’est sans doute au petit matin que les températures redoutées seront relevées, en espérant pour tous que ce ne soit pas un gros épisode de gel. Certains se montrent plus zen. On verra bien. Et on croise les doigts pour tous ces vignerons qui à chaque épisode jouent leur récolte… Ils s’en passeraient bien.

06 Fév

Vignoble de Bordeaux : que d’eau, que d’eau, que d’eau…

Cette semaine aura été marquée par de très nombreuses inondations en Nouvelle-Aquitaine et particulièrement en Gironde, dans le Lot-et-Garonne et dans lesLandes. Quelques châteaux ont vu l’eau arriver à vitesse grand V dans leurs parcelles, notamment du côté de Barsac et dans le libournais. Témoignages de vignerons sous l’eau…

Dans les vignes du château de Rolland avec © Romain Garcia

Romain Garcia n’a que 31 ans, il venait juste de reprendre en mars 2020 le château de Rolland, 20 hectares à Barsac, mais déjà on peut dire que Dame Nature l’a plongé dans le bain et les joyeusetés des intempéries…

© Romain Garcia au château de Rolland

Après avoir subi une petite crue au mois de mai dernier, qui a amputé une partie de récolte, revoici cette semaine que « le Ciron a commencé à déborder, avec aussi un petit étang qu’on a sur la propriété, mais sans grande inquiétude… Mais avant hier, cela commençait à devenir critique, quand le Lot-et-Garonne est passé en rouge et que la Garonne est montée, on a vu l’eau passer au dessus de la digue, et là on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose…

On a évacué les 250 brebis qui pâturaient sur la propriété, on a aussi sorti les voitures, c’est impressionnant, l’eau est passée au dessus de le D113 et on a eu jusqu’à 3 mètres au plus bas. Fort heureusement elle n’est pas arrivée jusqu’aux bâtiments et le matériel a été préservé », Romain Garcia du château de Rolland.

« Par rapport à la vigne, on va avoir du nettoyage, avec de nombreux débris, mais je ne pense pas que cela remette tout en cause. Depuis que je suis né, je n’avais jamais vu cela, c’est pourtant déjà arrivé, ce sont des crues centenaires…

Certains en ont profité pour faire un peu de ski nautique dans la vigne…

« Jeudi après-midi, l’eau est ainsi passée au-dessus de la digue à 15h30, à 16h on a évacué les brebis, en une heure de temps on avait 1,5 mètre d’eau et à 17h30 l’eau recouvrait la 113 », complète Romain Garcia.

© Olivier Fargues, du château la Bouade a ressorti sa vieille barque par ces temps-ci elle a prouvé son utilité

Olivier Fargues, co-gérant du château La Bouade avec Stéphane Wagrez, témoigne ce matin pour Côté Châteaux : « on a un ruisseau le Saint-Cricq qui prend sa source à Cérons, il se jette dans la Garonne, il est insignifiant la plupart du temps, mais avant hier la Garonne est rentrée dans le Saint-Cricq et on a eu de l’eau dans les parcellesLes bâtiments sont restés au sec par chance, cela s’est arrêté à 200 mètres du château et des chais. Avant on avait 20 centimètres, avant que l’eau ne passe par dessus la digue, l’eau est alors montée tout doucement, et heureusement que la digue n’a pas complètement pété… Moi, je suis pêcheur, et au château La Bouade on a une vieille barque, on l’a remise à l’eau tellement c’étaitspectaculaire…Il y avait 1,5 mètres sur la 113. La maintenant, cela ressent tout doucement. On a eu jusqu’à 2 mètres dans les vignes… »

« Des dégâts ? Je n’ai pas assez de recul, mais si on regarde les palus, la vigne n’en meurt jamais, je vais avoir un surplus de travail avec beaucoup de déchets et de sarments dispersés. Sur les 23 hectares du château La Bouade, il ne reste que 3 hectares que je peux travailler, le reste est sous l’eau.. ».

Quand l’eau va se retire, je vais sans doute garder encore de l’eau car c’est une cuvette et les nappes sont gorgées, je pense qu’on va avoir quelques difficultés au printemps , on risque d’avoir une pression maladies importante avec notamment le mildiou. Cela va dépendre des conditions climatiques du printemps », Olivier Fargues du château La Bouade.

© Olivier Fargues marchant sur l’eau…ou presque, dans ses vignes du château La Bouade

Entre Barsac et Cérons, les inondations sont de mise, d’autres secteurs ont été sacrément touchés cette semaine notamment du côté de La Réole et dans le Lot-et-Garonne.

« Après avoir gelé l’an dernier, c’est du harcèlement climatique, mais bon il faut être philosophe, notre stock est sauf et on a pu protéger les papiers et nos ordinateurs, alors qu’en 1981 l’eau était montée jusque dans les chais ! Cela prouve que la digue est très efficace aussi. »

En tout cas, Romain Garcia résume l’état d’esprit des vignerons victimes de ces inondations : « mieux vaut que cela arrive maintenant qu’au mois d’avril ou mai ! », tant que la vigne est endormie en cette période hivernale. Bon courage à tous.

31 Jan

L’union fait la force : les Vignerons de Saint-Emilion adoptent un système de défense collectif contre la grêle

C’était dans les tuyaux depuis un bout de temps. Mercredi en assemblée générale extraordinaire, les vignerons de Saint-Emilion ont finalement adopté à 90% la mise en place de ce système de lutte contre la grêle, avec Selerys. Réactions de Franck Binard du Conseil des Vins de Saint-Emilion et de Karl Todeschini.

 

« C’est un très très beau projet… 2 ans et demi de travail ! Cela montre la solidarité des vignerons sur des sujets comme ceux-là » commente Franck Binard, directeur du Conseil des Vins, pour Côté Châteaux.

Depuis plus de 2 ans, les vignerons ont monté sur pied cette lutte organisée à l’échelle des appellations de Saint-Emilion et de ses satellites, avec le concours de la société Selerys. 7500 hectares et 900 vignerons seront ainsi mieux armés face aux orages de grêle. Cela concerne les appellations de Saint-Emilion et Saint-Emilion Grand Cru, Lussac-Saint-Emilion et Puisseguin Saint-Emilion.

En 1884, on a été le premier syndicat à se créer, les vignerons se sont rassemblés contre le phylloxéra, cela montre bien que sur des sujets importants comme celui de la grêle aujourd’hui, il y a toujours une union qui fait la force », Franck Binard directeur du Conseil des Vins de Saint-Emilion.

« Les crus classés ont aussi accepté de faire un effort financier pour que ce soit possible pour tous. cela permet à chaque exploitation d’être couverte, sans cela ça n’aurait aussi pas été possible à cause du parcellaire…Cela va mettre 8 mois à être mis en place, en espérant que le système tienne sa promesse; on n’a pas une garantie à 100% mais cela permet de réduire le risque de 60 à 100% », poursuit Franck Binard.

Le système en lui même se veut à la fois très technique mais aussi très simple, dans la mesure où un radar balaye et détecte dans un rayon précis de 30 kilomètres tous les fronts orageux, en mouvement ou en formation. Le logicvel prévient ainsi les vignerons qui dès lors peuvent lancer tout ou partie des 37 lanceurs répartis sur le territoire, lorsque l’orage est à environ 7 kilomètres.

« C’est un accouchement important pour l’ODG, c’est juste un gros boulot qu’on a fait nous les élus et moi entant que président de la commission technique », commente pour Côté Châteaux Karl Todeschini.

Il fallait monter un projet pour être hyper efficace pour 1 protéger nos adhérents, 2 qui soit économiquement viable et 3 et sexy pour qu’il soit voté. L’issue est plutôt géniale, d’autant que le covid ne nous aura pas aidé, il nous a fait perdre 6 mois. C’est un gros travail qui va couvrir l’ensemble des appellations », Karl Todeschini.

Et Karl Todeschini de « remercier les vignerons » d’avoir compris l’intérêt de ce déploiement efficace. « Cela apportera de la solidarité par les temps de morosité, on sait se resserrer quand cela va mal et c’est plutôt assez brillant. »

 

13 Août

Bilan de 2 jours d’orages à Bordeaux: des propriétés très sinistrées mais au global ce ne sont pas des « sinistres massifs »

Ces 2 jours d’orages auront été très douloureux pour quelques propriétés en Gironde. Bernard Farges, le président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux revient sur les orages qui ont « fait payer cher « à certains, quelques centaines d’hectares endommagés de 5 à 80% en Gironde, mais dans l’ensemble beaucoup d’autres propriétés sont passées à travers ces grêlons ravageurs.

De nombreux grains tranchés par les grêlons qui ne pourront pas atteindre ni la maturité ni la période optimale de récolte © Sophie Aribaud

C’est la triste loi du sort, « ce sont des orages classiques d’été » comme le souligne Bernard Farges, le président du CIVB, lui même viticulteur. C’est souvent « très injuste chez qui ça tombe », ce sont ce qu’on appelle des « sinistres qui sont jaloux, à quelques centaines de mètres près, tu peux être sinistré et ton voisin pas du tout. »

Globalement, ce ne sont pas des sinistres massifs, mais l’orage de grêle qui est tombé sur certaines propriétés, cela fait cher… » Bernard Farges, président du CIVB

D’après les remontées d’informations, du terrain, hier « quelques propriétés ont été touchées dans le blayais, autour de Langon à Saint-Pierre-de-Mons, avant hier dans les Graves, sur Saint-Morillon, Baurech très très touchées dans l’Entre-deux Mers à Saint-Germain-du-Puch. et Sauveterre. Ce sont au total plusieurs centaines d’hectares et ça peut aller de 5 à 80% de dégâts sur les parcelles. »

Les dégâts de la grêle sur les blancs © Sophie Aribaud

Des orages classiques mais malheureusement dévastateurs pour certains comme le château Cajus qui a posté sur Facebook : « 15 minutes. Il n’a fallu que 15 minutes pour détruire notre récolte. Triste journée à château Cajus, nous ne pouvons que constater les terribles dégâts qu’a causé l’orage de grêle d’hier. A priori très localisé sur notre village de Saint-Germain-du-Puch, il a endommagé pratiquement toute notre récolte ». De tout coeur avec ce château et d’autres dans cette épreuve.Une de plus puisque « après le gel de 2017, la grêle de 2020  vient assombrir une  fois de plus les perspectives pour l’avenir et nous rappelle notre dépendance au climat, »ajoute château Cajus.

Du côté des orages, le plus gros semble passé, les 8 à 10 jours qui s’annoncent plus frais seront plus tranquilles de ce côté, « les vendanges devraient commencer sous peu, les crémants déjà et la semaine prochaine certaines propriétés de Pessac-Léognan vont ouvrir le bal, »ajoute Bernard Farges.

12 Août

Orages en Gironde : de fortes rafales de vent, de la pluie et des grêlons très localisés

Les orages, même s’ils étaient annoncés ont semblé surprendre beaucoup de monde. La Gironde était placée en vigilance jaune aux orages, accompagnés de grêle localement et de fortes pluies et rafales de vent, cela n’a pas loupé dès 20h et encore cette nuit, c’était un festival. Le point sur les dégâts qui semblent très localisés dans le Bordelais et notamment dans les Graves.

Des grêlons assez importants, parfois de plus de 2 cm de diamètre, tombés hier soir à Saint-Morillon en Gironde© Eric Duron

On a beau dire, on a beau faire, quand c’est annoncé, en général, cela tombe. Et on découvre sur les réseaux les vidéos de terrasses et parasols emportés comme au Pyla ou sur Bordeaux, qui nous rappellent que face aux éléments, mieux vaut prévenir que guérir.

Les viticulteurs (pour ceux qui n’étaient pas encore partis en vacances) étaient pour bon nombre sur le pont pour essayer de minimiser les possibles orages de grêle avec leur canons à grêle. Pas facile comme combat, mais parfois ou même souvent payant.

Les secteurs les plus touchés ont été selon les premiers retours Saint-Morillon où Eric Duron a pris ces photos de gros grêlons, La Brède et Saint-Selve, on attend des précisions des Graves pour estimer s’il y a des dégâts importants dans les vignes.

A Baurech, Frédéric Sadrès, responsable technique viticole Région Gironde Ouest Vitivista, constate ce matin au micro de mes collègues Gilles Coulon et Patricia Mondon de France 3 Aquitaine les dégâts importants : « on peut estimer les pertes sur une parcelle comme celle-ci à hauteur de 30%, les pertes immédiates car après il y aura les incidences pathogènes de type botrytis qui vont venir s’attaquer à des grappes abimées, blessées, avec le retour de la chaleur… En moyenne ici à Baurech on est à 25-30% des vignes touchées, avec parfois des parcelles un peu plus touchées. »

Un ciel très menaçant hier soir sur Bordeaux © JPS

Parmi les vignerons joints ce matin, Léa Rodrigues-Lalande du château de Castres : « on a eu un peu d’eau mélangé à de la grêle, je vais aller faire un tour dans les vignes un peu plus tard, cela n’a pas duré très longtemps, surtout beaucoup de vent, mais apparemment cela n’a pas l’air d’avoir été plus touché que cela...Davantage la partie nord des Graves. » José Rodrigues Lalande, son père sur la route du retour de vacances, a fait le point avec son chef de culture : « nous n’avons pas été touché en Pessac-Léognan, en revanche nous avons de petits impacts sur Saint-Morillon, Saint-Selve, Beautiran où la grêle est tombée. Sur Castres et Portets, c’était mélangé avec beaucoup d’eau.Cela a vraiment été un couloir entre Beautiran et Saint-Selve, ce n’est pas catastrophique mais juste un peu compliqué… »

Philibert Perrin, président du syndicat viticole de Pessac-Léognan se veut rassurant ce matin : « il y a eu quelques grêlons hier soir sur le secteur de Cadaujac, mais pas de dégâts apparents, ce matin il y a eu quelques grêlons isolés sur Martillac et Villenave d’Ornon, des grêlons mélangés à de l’eaudans le vignoble on ne voit quand même pas de feuilles percées, mais l’eau on en avait besoin, on a eu environ 30 millimètres de pluie sur le secteur de Martillac. Sur les secteur de la Brède et Saint-Sèlve, cela aurait été plus important. »

 

Confirmation auprès de Mayeul L’Huillier, le directeur du syndicat viticole des Graves : « il y a eu de la grêle sur la Brède, Saint-Morillon, et Saint-Selve, mais là il n’y a pas énormément d’exploitations. Côté évaluation des dégâts: « apparemment des dégâts importants du côté de Saint-Morillon et la Brède, avec des grappes touchées. On parle aussi de dégâts du côté d’Ayguemorte. Cette année, cette zone paie un prix pour entre les gelées de mars, la grêle de mai et celle d’hier. Le tout dans un contexte global compliqué. »

Sophie Aribaud, conseillère viticole, complète. « cela a tapé à Baurech, Tabanac et à Saint-Germain-du-Puch. Sur mon secteur habituel Grézillac, Branne, Saint-Emilion et en Entre-Deux-Mers, il n’y a rien eu. En revanche, les jeunes plans souffrent de la sécheresse en ce moment, il faut les arroser tout le temps… »

Dans le Médoc, Julien Vignault du Conseil des Vins du Médoc, confirme qu’« hier soir c’est un peu tombé mais surtout de la pluie, c’était encore très orageux dans le nord-Médoc ce matin mais il n’est tombé que de grosses gouttes » et c’est tant mieux. Hélène Larrieux pour l’ODG Médoc, Haut-Médoc et Listrac : d’après les retours d’une dizaine d’administrateurs, « pas de grêle à déclarer. » En revanche, « de très beaux spectacles visuels et sonores hier soir et une répartition de pluies assez hétérogène sur le territoire. Ce matin, il y a eu jusqu’à 40 millimètres de pluie à Cissac-Médoc et Vertheuil par exemple. Une pluie salvatrice  pour la vigne et faciliter le travail du sol qui va permettre d’ameublir la terre. L’eau va contribuer à ce que le cycle de maturité se passe de façon idéale alors que la plante commençait à offrir du manque d’eau. Le timing est parfait pour que la plante continue sa photosynthèse et apporte aux raisins les sucres et les polyphénols nécessaires à une vendange de très belle qualité. »

Dans d’autres secteurs, les vignerons désespèrent d’avoir un peu d’eau, plusieurs me confiaient hier et aujourd’hui n’avoir pas eu une goutte durant cet épisode…

 

Ce mercredi en fin d’après-midi de nouveaux orages de grêle ont pu être observés vers Loubens, Sauveterre, St Pierre de Mons ou encore le Pian sur Garonne, des vignerons dépités qui voient se poursuivre ces aléas climatique qui devraient encore se poursuivre demain. Le nombre d’hectares touchés commence à augmenter en Gironde. Pas facile la vie de vitis… Côté Châteaux est de tout coeur avec eux.

26 Juin

Vigilance orange aux orages sur 13 départements

Météo France alerte sur des orages qui pourraient être violents avec phénomène électrique et grêle par endroits. 13 départements sont placés en vigilance orange. Le phénomène devrait débuter en fin d’après-midi ou début de soirée.

On croise les doigts. On espère que ces orages annoncés ne soient pas si violents, notamment pour les vignerons qui ont déjà payé un lourd tribut depuis le printemps avec une intensification début juin notamment en Gironde et Dordogne.

La ce sont la Dordogne et le Lot-et-Garonne en Aquitaine qui figurent parmi les 13 départements placés en vigilance orange. On se souvient encore des dégâts qui il y q 15 jours ont été importants pour le vignoble de Buzet.

Voici en substance l’alerte et la description de Météo France : « des orages se déclenchent à nouveau par le sud Aquitaine en fin de journée. D’abord peu virulents, ils s’organisent en progressant vers l’est Aquitaine, l’ouest Midi-Pyrénées le Limousin et l’Auvergne ce soir et la nuit prochaine. Ils devraient être accompagnés d’une activité électrique parfois intense, de chutes de grêle pouvant être marquées, et de rafales de vent pouvant atteindre 90/100 km/h, localement 110/120 km/h. De fortes précipitations associées à ces orages sont aussi attendues, avec des intensités pouvant atteindre 30 à 50 mm par heure ; les orages sont cependant assez mobiles.

Atténuation progressive du risque orageux par le sud en première partie de nuit ».

13 Juin

Un violent orage de grêle s’est abattu sur le vignoble de Buzet

C’est un épisode dramatique de plus qui vient frapper cette fois le vignoble de Buzet, cette AOC du Lot-et-Garonne, créée en 1973. Un orage de grêle très violent puisqu’il aurait endommagé plus d’un tiers du vignoble de Buzet.

Les dégâts constatés aujourd’hui par ©Vincent Leyre à Mongaillard

2020, une année terrible. Les orages de grêle n’en finissent plus. Après avoir touché de nombreux vignobles le 17 avril en Gironde et en Dordogne, après 3 épisodes survenus depuis début juin, les 1er, 4 et 9 juin sur des endroits localisés de Gironde, voici hier un orage de grêle très violent qui s’est abattu sur le vignoble de Buzet. Vincent Leyre, président du Conseil de Surveillance des Vignerons de Buzet témoigne pour Côté Châteaux.

Jean-Pierre Stahl : « Salut Vincent, comment ça va, j’imagine…comment s’est passé cet orage de grêle d’hier ? »

Vincent Leyre : « De la grêle, un orage de grêle qui n’était pas prévu, cela s’est passé hier soir vers 20h30 – 20h45, il y a eu 10 minutes de grêle intense, de la grêle pas énorme, entre 0,5 et 1 centimètre de diamètre. A priori, le dispositif de lutte contre la grêle n’a pas été mis en route. »

Il y a eu beaucoup de grêle, comme s’il avait neigé, rendant les champs tout blancs, avec beaucoup beaucoup de vent et un effet mécanique très fort », Vincent Leyre

C’était un orage violent, localisé avec des vents tempétueux, mais ce n’était pas une tornade dans le sens où il n’y a pas eu de dégâts sur les toitures qui se seraient envolées.

JPS : « Quels sont les dégâts, Vincent ? »

Vincent Leyre : « Cela a pris la zone où il y a le plus de vigne. L’appellation est vaste, 2000 hectares, mais l’épicentre a pris là où il y avait le plus de vigne : sur Mongaillard, Vianne, Buzet, Xaintrailles…Là où la densité de vigne est la plus forte ».

On a 300 hectares touchés sérieusement à plus de 70% et après de 500 à 700 hectares touchés entre 20 et 50%. C’est pénalisant pour l’appellation. 

A titre personnel, j’ai des parcelles, 15 hectares, touchées entre 70 et 100%. Il n’ y a plus de feuilles, il n’y a plus que les fils de fer, il n’y a plus rien. C’est le métier, il faut se raccrocher à cela. C’est déjà arrivé et cela arrivera encore.

C’est rageant, c’est une super récolte qui s’annonçait, précoce, on n’avait pas de maladie, pas de mildiou, cela a un côté très frustrant.

Sur de nombreux bois, il ne reste ni feuille, ni grappe ici à Mongaillard © Vincent Leyre

« En tout le vignoble fait 2000 hectares, je pense que 1000 hectares n’ont pas été touchés, après 300 l’ont été fortement et entre 500 et 700 plus ou moins. On va voir comment cela évolue. Si le temps est pourri, ce sera difficile, s’il refait beau on fera quand même quelque chose. C’est dur à dire pour le moment. Il y aura un impact quantitatif, ça c’est sûr, qualitatif c’est trop tôt. »

JPS : « Est-ce que votre vignoble de Gueyze emblématique et le vignoble expérimental ont été touchés ? »

Vincent Leyre : « Le vignoble de Gueyze a été impacté à 30%, celui qui produit le château de Gueyze et le vignoble expérimental aussi touché, ce sont des vignes en formation, plus tendres. Il fait sec les blessures vont noircir, cicatriser, cela va être très moche. Dès lundi avec les techniciens, on fera le tour pour expertise de manière plus précise. »

« Quand ça t’arrives, tu te dis : « je suis raclé », mais tout compte fait cela fera peut-être une demi-récolte…En tout cas, cela ne fait pas plaisir. »

Regardez le reportage de mes confères J.Sousa BP Morin et C.Rabréaud  

JPS : « Vincent, avec la crise du coronavirus, est-ce que Buzet avait  fortement été touché par les problèmes de commercialisation ? »

Vincent Leyre : « Avec le covid-19, on a été impacté surtout au mois de mars, au début du confinement. En avril, on était en retrait, mais cela n’a été que passager, car en mai on a fait comme l’année dernière. On n’a pas été dans la mouise comme certains…Au niveau de la cave, on commercialise, on a du stock et on va quand même faire une récolte, il faut être non pas optimiste mais réaliste. Il n’y aura pas zéro récolte de Buzet cette année, il ne faut pas tomber dans la psychose. C’est vrai qu’on s’en était bien sorti par rapport au covid et aux maladies de la vigne, cela se présentait trop bien… »

Bon courage à tous les vignerons de Buzet face à ce nouvel épisode climatique.

Pour mieux faire connaissance avec les vignerons de Buzet, regardez ce numéro spécial Côté Châteaux Buzet tourné en mai 2019 par Jean-Pierre Stahl et Sébastien Delalot pour France 3 NOA : 

12 Juin

Bordeaux : une forte attaque de mildiou amplifiée par les pluies à répétition

 Le vigneron ne sait plus où donner de la tête. Dans chaque rang, le mildiou pointe le bout de son nez partout à Bordeaux. D’autres régions viticoles sont aussi atteintes. Des pertes estimées de 10 à 100% de la récolte 2020. Reportage à Montagne chez deux vignerons attaqués, l’un en conventionnel, l’autre en bio.

Des grappes atteintes par le mildiou à gauche et une grappe saine à droite

En janvier 2020, les vignerons se souhaitaient la bonne année: « 2020, l’année du vin ». En ce mois de juin, ils en plaisantent eux-mêmes : « 2020, l’année du rien… »

Bruno Marchand du château Haut-Bonneau, 25 hectares en Montagne-Saint-Emilion (vignoble conventionnel) et Pierre Taïx du château Gadet-Plaisance, 10 hectares en bio, également à Montagne, sont tous deux attaqués par ce satané mildiou, maladie provoquée par des microorganismes oomycètes, entre le champignon et l’algue brune…

Un mildiou de plus en plus vicieux, dans le temps on le trouvait sur feuilles, désormais on voit beaucoup de mildiou sur grappes, autant dire ces grappes attaquées vont toutes avorter… Du coup, les vignerons redoutent de perdre une bonne partie de récolte, pour quelques-uns il n’y en aura pas cette année.

« C’est vrai qu’il a tendance à être beaucoup plus présent sur grappes, le mildiou a muté génétiquement, on voit qu’il est devenu plus résistant à beaucoup de produits… Pas tellement dans la culture biologique car finalement il n’est pas devenu résistant au cuivre, mais on s’aperçoit qu’il est extrêmement virulent sur grappe… », témoigne Pierre Taïx.

C’est très inquiétant, on est début juin et le mildiou reste potentiellement actif et capable de détruire une récolte, au moins jusqu’à la véraison. » Pierre Taïx du château Gadet-Plaisance

La grêle du 17 avril dernier et le week-end de fortes pluies 3 semaines plus tard avec 60 millimètres d’eau tombés  en un jour ont eu pour conséquences des attaques de mildiou 10 à 15 jours plus tard. Hier encore il est tombé 25 millimètres de pluie ! De quoi « lessiver » les protections de la vigne et en climat océanique, cela ne pardonne pas.

On est confronté effectivement à des contaminations de mildiou quasi permanentes…avec des dégâts allant de 10-15% à parfois 100% et la destuction de la récolte complète chez certains viticulteurs », Bruno Marchand président du syndicat de Montagne-Saint-Emilion.

Bruno Marchand du château Haut-Bonneau et Pierre Taïx de Gadet-Plaisance © JPS

C’est vrai que les vignerons que nous sommes, nous nous posons beaucoup de questions sur nos parcours techniques, que ce soit des parcours techniques en viticulture conventionnelle ou en agriculture biologique, ou même biodynamique, aujourd’hui tout le monde est confronté à ce problème dramatique de mildiou, » commente encore Bruno Marchand.

Les produits qu’ils utilisent auraient-ils perdu en efficacité ? Certains se posent des questions, certains voidraient même attaquer les firmes…Depuis l’abandon de certains produits phytosanitaires les plus dangereux, cela pourrait être une explication, mais pas forcément. En conventionnel comme en bio, tous sont confrontés au même problème. Bruno Marchand en est lui à 7 ou 8 traitements, Pierre Taîx en bio effectuait ce matin son 11e traitement.

« En bio, on est quand même limité par la quantité de cuivre à l’hectare, la norme maintenant c’est 4 kilos à l’hectare par an (au lieu de 6), donc il faut passer souvent avec des quantités relativement faibles, quasiment homéopathiques…Parfois cela ne suffit pas »  Pierre Taïx du château Gadet-Plaisance

Et de compléter : « si on anticipe mal les précipitations à venir, si on n’a pas été assez vigilant ou si les pulvérisateurs étaient mal réglés, on a vite des pertes importantes de récolte. » En 2018, ce vigneron en bio a perdu près de la moitié de ses récoltes sur ses 4 châteaux (Fongaban en Castillon, Rigaud (Puisseguin), la Mauriane et Gadet-Plaisance (Montagne St Emilion): 2050 hectolitres en 2018 contre 4050 en 2019… Pour Bruno Marchand, ce fut une perte de 15% : « Le mildiou détruit les parties vertes de la vigne, mais n’impacte aucunement la qualité de raisins et du vin vinifié…On a quand même pu avec des tries importantes avoir une belle qualité de raisin ».

Sur l’appellation Montagne-Saint-Emilion, nous avions des rendements de l’ordre de 38 hectolitres à l’hectare, quand en année normale on approche plutôt 48 à 50 hectos à l’hectare » Bruno Marchand.

Malheureusement la météo de la semaine à venir n’est pas vraiment favorable, des pluies et de l’humidité sont encore à redouter.

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl, Philippe Turpaud et Boris Chague :