09 Mai

Attention aux orages : vigilance orange et fortes pluies qui pourraient être exceptionnelles par endroits

5 départements sont placés en vigilance orange en cette fin d’après-midi. Attention aux orages, ce sont de fortes pluies qui devraient tomber, histoire d’en ajouter un peu plus dans les attaques de mildiou et autres maladie de la vigne.

Le Gers (32), la Gironde (33), les Landes (40),  les Pyrénées-Atlantiques (64) et les Hautes-Pyrénées (65), sont placés en vigilance orange aux orages et fortes pluies.

Un phénomène annoncé à partir de 16h ce samedi et qui devrait se poursuivre jusqu’à demain dimanche. Un phénomène qui fait écho aux orages de cette nuit qui n’ont pas trop fait de grabuge, rien à voir avec les orages de grêle du 17 avril dernier.

Le caractère exceptionnel de ce week-end pourrait être marqué par de fortes pluies et une accumulation assez remarquable selon Météo France. Ainsi le bulletin annonce : « C’est la durée des pluies soutenues ainsi que leur domaine géographique assez étendu qui font de cet événement un événement exceptionnel. Les quantités prévues en 48 heures pourraient ainsi avoisiner par endroits les valeurs centenales. »

« Les intensités des pluies pourraient atteindre fréquemment 20 à 30 mm (ou litres/m²) par heure. On attend ainsi sur l’ensemble de l’épisode, 50 à 100 mm quasi-généralisés sur les départements placés en vigilance orange.
Du Piémont Basque / Bigorre à l’Armagnac et au Bassin d’Arcachon, il est même possible que l’on atteigne localement 100 à 160 mm (soit 1 à 2 mois de précipitations) en moins de 36h, ce qui correspond à des durées de retour parfois de l’ordre de 100 ans. »

On croise les doigts pour que cela soit moindre par rapport aux prévisions de Météo France, déjà que les vignerons ont déjà dégusté avec la grêle le 17 avril dernier, là il semblerait que les maladies de la vigne risque de montrer le bout de leur nez. Mildiou, t’es où ?

27 Avr

Des orages à répétition, avec une menace de grêle à chaque fois imprévisible

En 8 jours, le Bordelais a connu 3 épisodes orageux sur les 2 derniers week-ends, avec surtout beaucoup de grêle le vendredi 17 avril. « Un phénomène assez inédit » en ce printemps, « avec cette ampleur et cette récurrence » selon Philippe Raimond responsable technique du Conseil des Vins de Saint-Emilion.

Les dégâts dus à la grêle © Sophie Aribaud

Vendredi 17, samedi 18 et samedi 25 avril. Trois journées assombries par des orages avec plus ou moins de grêle, faisant surtout des dégâts le vendredi 17 avril en fin d’après-midi et début de soirée. Les autres épisodes étant plus légers et localisés.

A Saint-Sulpice-de-Faleyrens, Denis Barraud a grêlé deux fois…« Samedi, on a eu un petit peu de grêle mais pas beaucoup, là où on a eu le plus c’était la semaine d’avant le vendredi 17, on a été très touché de l’ordre de 40 à 50%. Ce samedi, c’était de l’ordre de 5%. Autrefois quand on avait un orage, on le voyait arriver, cela tenait vers 18-19h, il y avait beaucoup d’éclairs, là c’est imprévisible, ça monte noir, il y a beaucoup de vent, il y a beaucoup d’eau et beaucoup de grêle ».

A mon avis ce changement climatique promet des orages que l’on ne maîtrise pas, qu’on ne peut pas prévoir et surtout c’est inhabituel », Denis Barraud vigneron à Saint-Sulpice-de-Faleyrens.

 

Sophie Aribaud, conseillère viticole, commente également ce nouvel épisode de samedi : « il y a eu de l’orage, beaucoup d’eau, avec de la grêle sur Moulon et Saint-Sulpice-de-Faleyrens où j’ai un client qui a été gelé, puis grêlé deux fois…Cela a été très localisé, mais cette fois avec beaucoup d’eau, ce qui fait que les parcelles sont inaccessibles du fait de l’eau, et cela favorise toutes les maladies comme l’oïdium, le mildiou et le black rot… »

« C’est vrai que c’est difficile de rentrer dans les parcelles après 50 à 100 millimètres tombés ces derniers jours », poursuit Philippe Raymond, responsable technique du Conseil des Vins de Saint-Emilion. « Pour moi, ces orages, c’est assez inédit que cela arrive si tôt, de cette ampleur et avec cette récurrence.

Ces orages qui se succèdent, c’est assez exceptionnel. D’habitude, c’est plus tard. Ce dérèglement climatique n’est pas un vain mot, c’est étonnant que cela arrive si tôt », Philippe Raymond responsable technique Conseil des Vins de Saint-Emilion.

Yann Todeschini du château Mangot à Saint-Etienne-de-Lisse n’a pas été touché, au niveau de ses vignes, en tout cas de manière très infime, il témoigne : « des orages de grêle si fréquent, si intense et spontanés, comme samedi et vendredi de la semaine passée, cela montre bien qu‘il y a une accentuation, il y a un phénomène climatique qui se passe de par la fréquence. C’est de plus en plus inquiétant et il faut être à même de s’adapter. Cela fait 3 ans qu’on a mis en place une réflexion et un système de lutte fiable, efficace et proportionné. Les années sont de plus en plus chaotiques, je me souviens mon grand-père me disait dans ta vie de vigneron tu auras 3 ou 4 aléas climatiques importants, là depuis 2009 où on est là, on en est à 5. » 

De nombreux viticulteurs ont pris en main ce combat difficile et se sont réunis pour être plus fort comme l’explique également Denis Barraud : « je fais partie d’une association grêle, nous en en ligne directe avec des lanceurs, sur WhatsApp. On a été alerté samedi à 16h.  Les ballons qui ont été expédiés ont pu faire mouche, plus que le vendredi d’avant où il y avait plus de vent. Samedi il y a eu quelques parcelles dans les palus qui ont été très touchées. Mais nous on a eu surtout beaucoup d’eau 40 à 45 millimètres en 15 minutes, c’est énorme et au port de Branne où j’habite 3mm. Il va falloir encore retraiter. Fort heureusement en ce moment j’ai quelques commandes qui tombent, je suis agréablement surpris. »

Demême pour Pierre Coudurier du château Croix-de-Labrie qui a des vignes à St Sulpice mais surtout à St Christophe-des-Bardes: « samedi, il a encore grêlé du côté de St Sulpice, mais nous on n’a pas grêlé, on a eu beaucoup d’eau en revanche, la lutte anti-grêle a fonctionné, on est 21 propriétés regroupées, on n’était que 17 il y a 15 jours, on arrive petit à petit à ramener du monde, évidemment ce sont des moyens financiers et humains car il faut allumer les dispositifs: c’est un système Selerys qui envoie des bombes (ballons chargés de sel) qui font fondre la glace ».

Il est vrai que tout paraît déréglé, ainsi le cycle végétatif a une avance incroyable, « à Pomerol et à Targon, on a déjà les porte-greffes en fleurs » commente Sophie Aribaud, « il y a de longues blanches et des grappes en formation importantes, c’est un décalage de 15 jours à 3 semaines, du jamais vu. »

23 Avr

Grêle à Bordeaux : la chambre d’agriculture de la Gironde au chevet de la vigne

Suite à l’épisode de grêle de vendredi 17 avril, les équipes de la Chambre d’Agriculture sont parties sur le terrain pour essayer de quantifier les dégâts et venir en aide aux viticulteurs. 600 à 800 hectares de vignes seraient touchées à plus de 80%; un numéro vert a été mis en place.

L’épisode de grêle du vendredi 17 avril n’a pas fini de faire parler de lui. Déjà parce qu’il a touché de nombreuses exploitations, de 10 à 100%, ensuite parce que dans le lot forcément, des propriétés ont été déjà « vendangées » comme on dit, car la vigne a totalement été hachée par ces satanés grêlons et le vent accompagnant ce phénomène a accentué et sonné le glas.

Ces dégâts ont été recensés dans « un couloir sud ouest-nord ouest depuis le centre de d’Entre-Deux-Mers, le Saint-Emilionnais, le Castillonnais et jusqu’en Dordogne » sur l’appellation Montravel notamment. Les secteurs les plus marqués relevés dès le jour même et le lendemain par Côté Châteaux, et confirmés par la Chambre d’Agriculture de la Gironde sont ceux de « Targon, la Sauve, Daignac, Grézillac, Branne, Tizac-de-Curton, Moulon, Sainte-Ragonde, Juillac, Flaujagues, Doulezon, Ruch, Vignonet,Saint-Etienne-de-Lisse, Saint-Emilion, Saint-Christophe-des-Bardes, Saint-Sulpice-de-Faleyrens, Saint-Philippe-d’Aiguille, Monbadon, Puisseguin, Francs, Saint-Cibard, Tabac, Pellegrus, Massugas, Caplong, Eynesse et Saint-Avait de Soulège.

Au delà de l’aide déployée aussitôt par la Chambre d’agriculture sur le terrain avec ses conseillers, un numéro vert a été mis en place, il s’agit du : 0800 002 220 pour répondre aux question des vignerons sinistrés.

D’après les premières constations effectuées en ce début de semaine, 600 à 800 hectares de vignes ont été touchées à plus de 80%

Les viticulteurs sont invités à déclarer les dégâts sur le site de la Chambre d’Agriculture de la Gironde, une cellule de crise grêle a été mise en place.

19 Avr

Côté Châteaux au plus près des vignerons en proie aux intempéries

Durant cette période de confinement difficile pour tous, Côté Châteaux continue de vous tenir au courant de l’actualité du monde du vin et en premier lieu des vin…tempéries qui ont touché de nombreux vignerons à Bordeaux, Bergerac, et ailleurs. Merci pour votre suivi et votre fidélité… #laVigneContinue.

Les dégâts de la grêle sur la vigne ce vendredi en Gironde © Sophie Aribaud

Allez pour faire un clin d’oeil à notre cher chanteur Christophe disparu, « et j’ai crié, crié…la vigne, pour qu’elle revienne… » C’est un peu une double tristesse en ce moment d’avoir perdu notre célèbre chanteur, emblème national, et pour les vignerons de Bordeaux très impacté par la grêle, d’avoir vu disparaître leurs bourgeons et leur espoir de récolte. Ils sont quelques-uns à avoir tout perdu en 5-10 minutes vendredi soir à cause de ces satanés orages de grêle, en avril, du jamais vu. A Saint-Cibard, dont on parlera ce soir sur France 3 Aquitaine, à Saint-Méard-de-Gurçon dont nous avons évoqué la situation hier soir dans le  19/20 ou encore à Moulon ou Grézillac…la vigne a souvent été hachée, laissant un paysage hivernal après la grêle.

Vendredi soir dès 18h45, grâce à son réseau, Côté Châteaux vous a alerté sur l’intensité de ces premiers épisodes de grêle sur la Gironde à Moulon, Grézillac et autour de Saint-Emilion, épisodes qui se sont poursuivis en Dordogne dans l’appellation Montravel notamment. Un article (De fâcheux épisodes de grêle en cet fin d’après-midi sur le vignoble de Bordeaux et celui de Bergerac) actualisé dans la soirée et encore toute la journée de samedi, faisant un tour d’horizon assez complet des vignobles concernés et donnant la parole aux vignerons touchés. Vous avez été 20 000 personnes à lire cet article, 6500 à liker sur les réseaux sociaux et notamment Facebook, c’est un retour qui montre non seulement le sérieux des informations, mais aussi la réactivité grâce aux vignerons, responsables de syndicats et conseillers viticoles et le CIVB, interrogés, et cela montre aussi l’ampleur du phénomène de grêle.

Fin mars, début avril, les vignerons très sollicités sur ce millésime 2020, avaient du faire face au gel, 10 jours intenses avec 6 à 7 matinées en dessous de 0° dans plusieurs endroits et quelques dégâts. Là aussi Côté châteaux a consacré 3 articles au gel et à ce combat acharné des vignerons, avec un pic les vendredi 27 et samedi 28 mars : « Gel à Bordeaux : 2020 commence décidément très mal… », un article lu par 37 000 personnes. Là aussi, une info de première main, relatée dès le début de matinée. Bref 125 000 lecteurs depuis mars et en ce mois d’avril.

Merci encore pour votre fidélité au blog Côté Châteaux et en espérant pour les vignerons moins de « maux et bleus » et comme « avec les filles », qu’ils renouent avec un « succès fou ».

#SoutienAuxVignerons #LaVigneContinue #CoteChateaux #CarpeDiem

Regardez le reportage à Tayac et Saint-Cibard en Gironde de mes confrères Gilles Bernard et Nicolas Pressigout :

17 Avr

De fâcheux épisodes de grêle en cet fin d’après-midi sur le vignoble de Bordeaux et celui de Bergerac

Il ne manquait plus que cela. Après le gel du début de mois, voici la grêle alors que la vigne était bien sortie et avait surmonté même le gel. Les secteurs les plus touchés se situent dans l’Entre-deux-Mers à Grézillac et Moulon, dans les Côtes de Francs à Saint-Cibard, autour de Saint-Emilion à Lussac et Puisseguin il y a eu un peu de grêle aussi dans le Sauternais. Des dégâts sont aussi recensés sur le vignoble de Bergerac.

On le voit bien, la vigne ici été hachée par la grêle sur le secteur de Saint-Christophe-des-Bardes © Croix de Labrie

Sur les réseaux sociaux, cela tombe comme à Gravelotte. Non seulement la grêle, mais la preuve par l’image vidéo et photo, de nombreux secteurs sont très durement touchés par cette satanée grêle qui s’est invitée juste avant l’heure de l’apéro, sauf que personne n’a été prévenu et ça ne se fait pas!

Malheureusement, ce n’est pas que du virtuel, elle a fait de sacrés dégâts avec des grêlons de type « petits pois » et gros pois » selon Sophie Aribaud conseillère viticole, bref jusqu’à 1 centimètre mais pas mal tranchant….et c’est suffisant pour faire du vilain.

Après le gel, la grêle, c’est la m… Je pense qu’il va y avoir de gros dégâts », Pierre Coudurié du château La Croix de Labrie

« C’est venu pour nous en 3 fois », continue de commenter Pierre Coudurié du château Croix de Labrie qui a des vignes à Saint-Christophe-des-Bardes et Saint-Sulpice-de-Faleyrens. « Je ne sais pas trop si on a bien pris, on verra cela un peu plus tard, c’était des grêlons qui faisaient jusqu’à un centimètre de diamètre. Et pourtant on a fait du préventif, sur Saint-Sulpice notamment, on était 16 domaines mobilisés pour faire de la lutte anti-grêle avec des canons, et le concept Celerys, c’est plutôt efficace », mais bon c’est tombé, disons que peut-être cela a diminué l’intensité et la taille des grêlons ».

© Sophie Aribaud

Ainsi Sophie Aribaud me détaille les secteurs touchés qui sont malheureusement très nombreux : « une cellule orageuse est passée entre 17 et 18h sur des secteurs souvent touchés : la Sauve, Haux, Grézillac comme d’habitude, Gourgue, et puis c’est descendu sur Moulon, cela a traversé la rivière Saint-Sulpice, Saint-Pey et Saint-Laurent des Combes, et une partie de Saint-Emilion, cela a touché le bourg.

Il y a eu des chocs, cela a bien tapé, avec des rameaux cassés et des petites grappes au sol », Sophie Aribaud conseillère viticole

Philippe Carille du château Poupille à Sainte-Colombe commente également : « une partie de Castillon a bien pris, on a bien pris sur une partie de Saint-Emilion aussi, il faudra voir dans 24-48 heures…Tayac cela a bien pris. A un moment donné tu as le noir qui arrive, puis tout est blanc… »

Cela a bien rasé par endroits, c’est comme en hiver, il n’ya plus de feuilles » Philippe Carille.

 

UNE PREMIERE EVALUATION CE SAMEDI DES SECTEURS TOUCHES AVEC LE CIVB

Christophe Chateau, du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux a fait ce samedi matin un tour d’horizon des secteurs très touchés à commencer par « l‘Entre-Deux-Mers avec Espiet, Grézillac, Moulon, les châteaux Marjosse et Bonnet » par exemple, « un peu sur Saint-Emilion, Saint-Etienne de Lisse, beaucoup sur les Côtes de Francs, avec notamment château Le Puy ». 

CASTILLON ET LES SECTEURS AUTOUR DE SAINT-EMILION AUSSI CONCERNES

Françoise Lannoye, la présidente des Côtes de Bordeaux me confie que « Castillon a été touché sur certains secteurs, mais que sur Puisseguin cela a fait encore des dégâts colossaux ». 

C’est catastrophique, finalement cela devient invraisemblable, on a été pris de court, cela n’a été indiqué sur aucune station météo » Françoise Lannoye présidente des Côtes de Bordeaux

Pour Franck Binard, directeur du Conseil des Vins de Saint-Emilion: « on a des retours partiels, il faudra attendre quelques jours pour voir l’évolution. C’est assez hétérogène. Lussac et Puisseguin ont été assez touchés, la taille des grêlons variait de un demi-centimètre à 1,5 centimètre. Pour ceux qui ont été touchés, les estimations peuvent varier entre 10 et 30% de vigne impactée. Dans cette sinistrose, les viticulteurs que j’ai pu avoir au téléphone restent optimistes…J’ai eu Jean-François Quenin, il m’a dit qu’en 23 ans il n’avait jamais vu cela à Pressac, tout était blanc… »

Il faut avoir une sacrée dose d’optimisme, vu le contexte, il ne manquerait plus qu’un nuage de sauterelles ! » Franck Binard directeur du Conseil des Vins de Saint-Emilion.

Une vigne meurtrie, plus une feuille, plus de grapillon, plus rien au © château Le Raz

DANS LE BERGERACOIS, LE SECTEUR DE SAINT-MEARD-DE-GURCON MEURTRI

De nombreux vignerons ont commenté ce soir sur Facebook leur ressenti et la situation dramatique comme Patrick Barde au château le Raz à Saint-Méard de Gurçon : »très gros orage sur notre vignoble, la récolte ne sera pas pour cette année », avec des photos à faire frissonner et des grêlons de 2 centimètres de diamètre. Selon Quentin Deffarge, responsable de la section Montravel, « c’est assez localisé finalement: surtout sur Saint-Méard de Gurçon, au tour de Saint-Michel de Montaigne pas de gros dégâts, assez superficiel sur Fougeyrolles et le nord de l’appellation ».

Joint par téléphone, Patrick Barde dresse ce samedi l’état des lieux :

On ne peut que constater les dégâts aujourd’hui sur les 70 hectares de la propriété, on a a minima 60% touchés et a maxima 100%. On est impuissant devant les éléments, » Patrick Barde château Le Raz.

« Cela s’est passé vers 19h45, après que le Saint-Emilionnais ait été touché, on se doutait que cela allait nous arriver dessus ». Un déluge d’eau puis de grêle dont se serait bien passé Patrick Barde: « la crise, il n’y a pas un vigneron qui ne la sent pas. Pour nous la commercialisation se fait d’habitude par l’export, la restauration et les cavistes. En ce moment il n’ya qu’eux qui marchent et à 20%, on tourne donc à 10% de ce que l’on fait habituellement…Mais bon je positive et j’ai toujours du vin à vendre, pour rassurer mes clients. »

DANS LES COTES DE FRANCS : « SAINT-CIBARD, RAYE DE LA CARTE, AU NIVEAU DE SES VIGNES »

Joint ce samedi matin, Yann Thienpont du château Puygueyraud et Clos Fontaine a fait un tour des vignobles des Francs en Côtes de Bordeaux, puisqu’il est président de cette appellation: 

Francs est touché légèrement, Tayac durement touché et Saint-Cibard quasiment rayé de la carte au niveau du vignoble. C’est totalement exceptionnel. De mémoire de vigneron et selon les anciens, on n’a jamais vu cela ! », Yann Thienpont président du syndicat de Francs.

Et de poursuivre: c’est un phénomène unique, au niveau hygrométrie on a la plus faible car on est équidistant entre la vallée de l’Isle et la Dordogne, on culmine au plus haut à 110 mètres et nos vignes sont à 80-100 mètres d’altitude, bon ça n’a pas raté mais c’est exceptionnel la dernière fois c’était en 1985. On a quelques parcelles sur le haut du plateau pas trop touchées, nous espoirs maintenant ce sont sur les contre-bourgeons pour faire des bois pou l’année prochaine. En 2017 on a eu le gel, en 2018 le mildiou, en 2019 c’était plutôt tranquille, et là en 2020on espérait un rendement correct, mais non, c’est une année bissextile ! C’est une méga catastrophe avec toutes les difficultés que l’on connaît. Il risque d’y avoir des bouleversements prochainement avec des anciens qui vont vouloir arrêter…

Un rang de vigne avec des abats de grêle au © château Le Raz

GREZILLAC ET L’ENTRE-DEUX-MERS BIEN TOUCHES AUSSI

Pierre Lurton, le PDG d’Yquem et de Cheval Blanc, possède à Grézillac son propre château Marjosse: « j’ai grêlé, 30 hectares bien sérieusement, en revanche les vignes plus qualitatives qui font le grand Marjosse sur 15-20 hectares n’ont pas été touchées. Tout ce qui est héritage de mon père, ça cela a été touché…

On s’est pris un peu de gelée, puis la grêle, et on n’est qu’au 18 avril, cela commence vraiment bien.Et en plus on est confiné…Mais on s’en sortira », Pierre Lurton château Marjosse.

Bruno Baylet, président du syndicat de l’Entre-Deux-Mers confirme ce samedi après-midi des dégâts sur « Haux, La Sauve, Targon, Saint-Léon, Daignac et Grézillac, avec par endroits des vignes touchées à 100%, c’est le même couloir qu’en 2017″. Un lourd tribu car des dégâts considérables avaient déjà eu lieu en 2009 et 2013 sur certains de ces secteurs.

Concernant l’évolution de la vigne, Sophie Aribaud apporte encore cette précision: « On avait 5 à 6 feuilles étalées et allongées, et des grappes visibles, elles avaient doublé voire triplé de volume en une semaine !Là il va falloir non seulement constater les dégâts, mais aussi revoir les traitements de la vigne effectués cette semaine: « tous les gens qui avaient traité, le traitement est au sol ! »

A tous ces vignerons touchés à des degrés divers, on leur souhaite du courage et on s’associe à leur peine face à ces éléments souvent très violents et injustes.

03 Avr

Bordeaux: une grosse semaine à combattre le gel

Depuis le milieu de semaine dernière et jusqu’à demain, les viticulteurs sont énormément sollicités. Presque 7 nuits sur 10 où le gel a montré le bout de son nez. Cela a été limite dans bon nombre d’endroits, il y a eu quelques dégâts encore difficile à estimer mais la casse a été limitée.

La lutte anti-gel ce matin dès 5h30 sur les secteurs de Vignonet, mais aussi à Saint-Sulpice de Faleyrens, Saint-Emilion, Pomerol, Saint-Christophe-des- Bardes © Sophie Aribaud

Au chevet de la vigne et proche des vignerons qu’elle conseille, Sophie Aribaud témoigne ce matin encore des moyens déployés sur Saint-Emilion et Pomerol pour combattre le risque de gel : « ce matin sur Saint-Emilion, ça a chauffé, bougies, éoliennes, bottes de paille et hélicos sont ressortis ou ont été mis en route cette nuit; on a eu des températures inférieures à 0° sur les secteurs gélifs ».

Depuis plus d’une semaine, les températures font le yoyo, passant un poil dans le négatif, voire jusqu’à -4° dans les endroits les plus froids, et repassant les après-midi dans des températures largement supérieures à 13-16°, parfois fleurant avec les 20° (excepté lundi dernier). « C’est vendredi qui fut la matinée la plus froide, avec des dégâts sur Vignonet, Fronsac, du côté de Langon » et aussi du côté de Pessac-Léognan. 

Même si les dégâts ne sont pas forcément bien visibles, Sophie Aribaud considère qu’ « il faut attendre 15 jours pour bien évaluer, cela a tapé sur de petits bourgeons, peu développés, quand on touche parfois cela a un aspect papier Craft… »aussi « je prépare le terrain psychologiquement vis-à-vis de mes vignerons » qui pourraient ne pas les voir se développer dans les prochains jours.

Dégâts dû au gel à Saint Pierre de Mons, les feuilles commencent à brunir et se flétrir © Sophie Aribaud

Chez les vignerons de Tutiac, Eric Hénaux me confie qu’il y a eu « quelques parcelles sur Sauternes touchées la semaine dernière surtout mais au final peu de dégâts sur nos 5000 hectares de vigne. Ce n’est pas comme le Var ou la Vallée du Rhône qui ont enregistré 30 à 40% de casse ». Effectivement, tous ses vignerons réunis en coopérative comptent sur une vraie récolte, car « en 3 ans on a perdu une année de récolte », complète Eric Hénaux : « on a perdu 50% en 2017 à cause du gel, 25% en 2018 à cause de la grêle et du mildiou et 30% en 2019 à cause du gel, de la coulure et de la sécheresse… »

Fabien Teitgen, directeur du château Smith Haut Lafitte à Martillac: « ce matin on a mis les éoliennes en route à partir de 5h sur Cantelys quand l’alarme a sonné sur mon portable, je ne dors jamais avec mon portable sauf cette semaine…Mais c’est surtout dans la nuit de lundi à mardi où cela a sonné dès 22h30, je n’avais jamais vu cela, devoir mettre en route le système si tôt dans la soirée; c’est descendu au petit matin à -1,5°C, mais c’est passé peut-être grâce à l’humidité de la veille on a eu de la glace sur les feuilles…On est passé à côté heureusement et au final très très peu de dégâts hormis des complants, grâce au fait d’avoir mis en route les 4 ou 5 nuits où ça gelait. J’espère que cela va continuer comme cela, mais c’est vrai que quand cela pousse tôt on a plus de risques, et on se lèvera tous les matins s’il faut se lever tous les matins… »

Olivier Bernard du Domaine de Chevalier à Léognan reconnaît : « on était en alerte maximum depuis mercredi, jeudi et vendredi de la semaine dernière. C‘est vendredi dernier qui a été le plus dur dans l’ensemble avec des -3° dans les endroits les plus froids. On a redémarré lundi et mardi qui a été le plus marqué jusqu’à -4°. On pensait avoir passé cet épisode à risques et on a redémarré ce matin et c’est prévu aussi demain matin ».

Laurent Clauzel du château La Grave Figeac en Saint-Emilion, situé juste en face de Cheval Blanc constate : « je pense avoir gelé ce matin sur 20 ou 30 pieds, mais je n’ai pas mis les protections en place car chez moi la vigne n’est pas trop avancée, je préfère attendre un peu plus tard pour mettre les bougies. Car là ce n’étaient pas de très grosses gelées comme celle de 2017 où j’avais gelé à 85-90%. Le but de mettre des bougies en place, c’est pour sauver une récolte entière. »

De nombreuses bougies encore allumées ce matin © Sophie Aribaud

Quant aux moyens engagés par la famille Bernard : « au total, on a 15 tours, des cheminées qui diffusent de l’air chaud, et quelques bougies pas nocives, sur Chevalier et sur Sauternes-Barsac, avec 8 personnes sur le pont, mais on les démarre manuellement, pas de démarrage automatique intempestif, nous devons être vigilants avec les habitants, ils ont un peu raison, on a des droits (pour sauver la récolte) mais aussi des devoirs (le respect du voisinage) » commente Olivier Bernard.

« Cette semaine, ce n’était pas une configuration de gelées blanches -un phénomène très jaloux marqué aussi car à proximité d’une forêt de pins- mais plutôt de gelées noires, avec des vents froids qui descendent du nord et balaient tout sur leur passage. »

Quant aux dégâts : « on a constaté des dégâts mais assez légers, qu’on peut estimer à 5% sur nos deux secteurs –Pessac Léognan et Sauternes avec Clos des Lunes-, une parcelle a bien pris sur Suau à Barsac, mais les gelées les pires sont celles de fin avril ou début mai (mais là plus rares), car là les cabernets n’ont pas poussé, ce sont juste les blancs et les merlots qui sont plus en avance (bourgeons et petites feuilles) et là si ça crame vraiment tu peux perdre 30 à 50% de la récolte… »

Au château Haut-Lagrange, Francis Boutemy admet également avoir enregistré « -2,5° vendredi dernier; lundi alors que le ciel s’est dégagé de 19h à minuit, une brume a permis d’éviter des températures trop froides, on a eu -0,7, donc il n’y avait plus de problème. Sur nos parcelles, on n’a pas eu de dégât. Ce matin on était prêt à redémarrer, mais on a enregistré 1,7°. dans l’ensemble, « c’était limite, car la végétation a 15 jours d’avance…  » Ce qui inquiète aussi le vigneron, c’est la température du commerce actuel : « notre clientèle c’est la restauration et les particuliers, mais là c’est zéro, zéro, depuis 15 jours, tout le monde est confiné. A la sortie du confinement, il faudra être présent pour reconstruire les caves que les gens auront bues. On vit une période pas facile, il faut espérer que les gens retrouvent le chemin des cavistes et des grandes surfaces pour quelques bouteilles… »

Eric Hénaux, confirme aussi le coup de froid sur l’activité des vignerons de Tutiac  en cette période très particulière : « en baisse de 40%, avec les boutiques et le bar à vins à Bordeaux fermés, -80% de ventes sur les hôtels, cafés et restaurants, en revanche la grande distribution progresse et l’export est étal, et la vente d’asperges tourne plein pot… »

Chez les vignerons bio d’Aquitaine, Laurent Cassy, son président: « il y a eu des endroits plus compliqués que d’autres, sur Morizes cela a été juste mais on est arrivé à passer…Dans les Graves, ils ont dégusté plus que nous… On sait que fin avril, on va avoir un nouvel épisode de froid, et comme c’est bien sorti cela risque de faire du mal, car même les contre)bourgeons seront sortis. Quand on écoutait les anciens, ils nous disaient il y a 40 ans, un gros gel cela arrive tous les 15 ans, et même il y a 20 ans tous les 10 ans, et là on s’aperçoit que le gel, la grêle, etc, c’est presque tous les ans dans les vignobles.Il y a quelque chose qui se passe au niveau du climat et sur lequel il va falloir vraiment qu’on réfléchisse et prenne des mesures. »

L’horizon sur le front du gel semble s’éclaircir comme l’explique Olivier Bernard:  « a priori la semaine prochaine est plutôt bonne au niveau météo, on ne devrait pas rallumer, alors qu’arrive la lune pleine du 8 avril où traditionnellement on craint des gelées blanches, mais là ça ne devrait pas être le cas, ensuite il y a l’autre lune pleine du 7 mai, il faudra qu’on soit vigilant jusqu’au 7 mai… »

31 Mar

Bordeaux : une longue et dure nuit à combattre le gel…

C’était une nouvelle fois une nuit bien froide qui a réservé son lot de surprises. La veille neige et humidité s’étaient installés dans le Bordelais, sans vraiment tenir. Cette nuit le thermomètre a fait le yoyo entre une température positive et une température négative. De nombreux viticulteurs étaient mobilisés pour combattre le gel avec bougies et éoliennes. Tous croisent les doigts en attendant de constater les dégâts dans les heures et les jours qui viennent.

« Certaines soirées sont plus difficiles et longues que d’autres… J’espère que l’on ne sera pas trop touchés… » © Paul Garcin château Haut Bergey

« Allumez, le feu… » « Après ces nuits de luttes contre les gelées, je pense toujours à notre bon vieux Johnny, » commente ce matin non sans humour Jean-Jacques Dubourdieu du château Daisy-Daene. « Allumez le feu… laisser derrière toutes nos peines, nos haches de guerre, nos problèmes », pour sauver le 2020 qui sera, si on parvient à le récolter, un millésime bien étrange », complète t-il son post Facebook.

Contacté dans l’après-midi, Jean-Jacques Dubourdieu commente pour Côté Châteaux: « on s’en est pas trop mal tiré, on a eu plus de dégâts dus au gel en fin de semaine dernière. C’était quand même couvert et cela s’est stabilisé très vite grâce à nos efforts, même s’il a quand même gelé. Clos Floridène est sur un terroir calcaire, un endroit généralement frais, en face sur les Côtes de Bordeaux  à château Reynon on a en général 3 à 4° de plus, mais là c’est tombé à 0°. A Daisy-Daëne, rien de dramatique, on s’en est sorti… L’an dernier on a gelé le 5-6 mai, cette année cela commence en mars, on a 5 semaines à tenir cela risque d’être long.

Paul Garcin du château Haut-Bergey à Léognan me confie ce matin: « on a une bonne gueule de bois, et on en a eu plusieurs même, cela fait des nuits presque sans dormir, mais ça va ça va...On est descendu à -1,2° au thermomètre, quand on sait que le point de détérioration est à -3°, donc à voir…

« On a mis en place des bougies de paraffine stéarine inodore, incolore, qui ne fait pas de fumée noire qui souvent donne l’impression de pourrir la planète, mais là c’est de la paraffine pas de la pétrochimie. Et par ailleurs on a deux tours sur les parties gélives, mais cette année c’est particulier, tout est décalé…Cela peut geler ailleurs. »

« Ce matin, on a un tracteur qui passe une préparation de valériane, c’est de l’homéopathie, qui permet un manteau de chaleur sur la vigne pour que cela aille mieux. Mais on en saura un petit peu plus cet après-midi, et surtout on se rendra bien compte de la réalité dans une semaine. Cette nuit, seuls les merlots ont pu être touchés, les cabernets ne sont pas sortis, les feuilles ne sont pas trop touchées. »

Au © château Haut-Bergey, en biodynamie, ce matin une préparation de valériane dynamisée pour protéger la vigne

Au château de France, également en Pessac-Léognan, Arnaud Thomassin reconnaît : « j’ai passé toute la nuit dehors; cela a commencé à geler à 22h30, on a alors utilisé nos tours à vent et nos bougies. Et on a gelé nulle part ! Même là où on n’était pas protégé…Il a pourtant fait -2°C vers 2-3 h du matin. Avec l’humidité de la veille et la neige, normalement cela accélère le risque… En fait, il s’est formé une épaisseur de glace, c’est peut-être cela qui a permis que la vigne ne gèle pas, donc c’est une bonne nouvelle », un peu comme le phénomène de l’aspersion que font notamment les Bourguignons.

En Castillon, à Sainte-Colombe, Philippe Carille du château Poupille avoue: « on n’a rien fait, mais pour le moment on a tenu ! On est peut-être descendu à -1°C, mais on n’a pas gelé, en revanche cela a pris en limite de Dordogne. Vendredi matin, c’était chaud patate, cela a été limite. »

 


Dans les Graves, au château Chantegrive, Marie-Hélène Lévêque me raconte cette nuit particulière: « le ciel s’est dégagé vers 21h-22h hier soir, on avait des ballots de paille, mais on ne pouvait pas allumer les feux à ce moment là, car la paille brûle plus vite que les bougies…A partir de 3h, on a eu un brouillard très épais qui nous a laissé espérer une protection jusqu’au petit jour…Cela oscillait entre 0° et -1°, la vigne gèle à -1,8°, c’était limite, si ça passe ce sera très juste. Les cabernets ne sont pas sortis, ils sont encore dans le coton. Quant aux merlots, les feuilles sont bien étalées, s’ils ont brûlé on aura des contre-bourgeons, mais enfin on n’avait pas besoin de cela… »

Cette nuit, le combat contre le gel avec des ballots de paille au © château Chantegrive

« A la limite, il aurait fallu allumé à 9h du soir mais quand on vous annonce 2°, on n’allume pas. Toutes les météos se sont trompées, j’en ai pourtant 7 différentes, elles disaient que cela ne descendrait pas en dessous de 2°… C’est vraiment très compliqué le gel. Vendredi, on a eu un petit coup de gelée à courant d’air, qui a endommagé quelques bourgeons, mais rien de bien méchant. On se souvient des grosses gelées quand il y a une lune rousse comme le 21 avril 91, le 27 avril 2017 ou encore l’année dernière les 13 avril et 5-6 mai… »

D’autres vignerons se veulent rassurants, comme Hervé Faye du château Laville en Bordeaux Supérieur à Saint-Sulpice-et-Camérac :  « pour le moment autour de moi, personne n’a été touché et c’est tant mieux, sachant que nous avons encore le mois d’avril à passer. C’est vrai que l’avance de la vigne fait paniquer un peu tout le monde. Mais pour le moment cela ne se passe pas trop mal, même si il y a cette ambiguïté du climat où les après-midis on peut presque enfiler un maillot de bain et les matinées où il faut sortir la doudoune… » En tout cas un épisode de gel forcément n’aiderait pas nos propriétés à commercialiser, on s’en souvient pour le millésime 2017 qui avait gelé et qui était un bon millésime. Surtout pas d’affolement. »

Du côté de la cité millénaire, Philippe Raymond responsable technique et du contrôle au Conseil des Vins de Saint-Emilion commente : «  les températures sur Saint-Emilion ont été un peu moins basses que la semaine dernière, mais cela dépend aussi des zones, il y a eu beaucoup de bougies, d’éoliennes mises en route et des hélicoptères sur Saint-Christophe-des-Berdes et la zone Figeac mais pas d’impact globalement, localement cela a pu souffrir un peu. La semaine dernière sur Saint-Pée d’Armens, cela a été plus violent quand même ». 

Du côté du Médoc, Claude Gaudin président de l’ODG Médoc, Haut-Médoc et Listrac confirme : « je n’ai pas eu d’infos sur des dégâts significatifs cette nuit, vendredi matin il avait fait plus froid avec des températures de -1°C sur les bords de Garonne, également au Pian Médoc, des hélicoptères avaient tourné au dessus des vignes, mais dans les 2 cas pas de dégâts significatifs qui mettraient en péril quoi que ce soit. Maintenant on attend vendredi avec un peu d’appréhension.

Christophe Château du CIVB corrobore un vignoble de Bordeaux très peu touché, « des dégâts très minimes mais zéro impact sur le récolte, cela repasse au doux pour les 15 jours à venir, il ne faudrait pas qu’il y ait une vague de froid fin avril comme en 2017, cela serait catastrophique. »

En tout cas, Côté Châteaux salue ici la mobilisation des vignerons et de leurs équipes, sur le front du gel, dans cette période délicate.

27 Mar

Gel à Bordeaux : 2020 commence décidément très mal…

Cette nuit de nombreux viticulteurs étaient mobilisés pour combattre un gel tant redouté et qui est finalement arrivé dans les secteurs traditionnellement « gélifs. » Les températures sont descendues par endroits de -1 à -2,5°C, un souci pour toutes les parcelles qui ont vu la vigne débourrer avec 15 jours d’avance. La semaine prochaine, d’autres températures négatives sont à craindre…

La lutte contre le gel cette nuit au © château Croix de Labrie en Saint-Emilion

Non seulement il y a cette sacrée pandémie, non seulement les viticulteurs éprouvent toujours des difficultés pour vendre, mais aussi revoilà le gel. Le tout donne un climat anxiogène, qui ce matin a mis en pleurs quelques viticulteurs.

Ils étaient quelques-uns à allumer vers 3h30 – 5h leurs bougies, ballots de paille ou système Frostguard. Sophie Aribaud, conseillère viticole dans le libournais et l’Entre-deux-Mers commente : « quand cela commence à geler à 3h30 du matin et que cela continue jusqu’à 7 heures, c’est plié, en général une demi-heure suffit parfois pour faire des dégâts  Je suis sur un groupe What’App. Certains châteaux ont allumé, d’autres ont fait tourner les hélicoptères ».

Quand c’est encore dans le coton, ça tient, mais on a vu les feuilles et petites grappes déjà bien sortir par endroits, et avec des températures de -2 à -3, cela crame… Ce qui est plus gélif a été impacté ce matin… » Sophie Aribaud conseillère viticole.

Nicolas Lesaint au château de Reignac me confie: « vues les températures, c’est limite, ce ne sont pas les grands froids de 2019 et surtout 2017. » Et après un tour d’horizon à 10h30, 11h, « on est touché, tous les coins gélifs habituels sont touchés. J’ai perdu mes deux derniers bourgeons de latte, cux-là ont été balayés, mais bon les vignes sont à des stades étalés… Tout n’est pas encore sorti. Ce n’est pas la cata pour l’instant. »

A Martillac, Fabien Teitgen directeur du château Smith Haut Lafitte :

Il a fait froid, on y était…On a allumé des bougies vers 3H30 dans les coins froids, notamment sur l’autre château Cantelys où on a deux éoliennes avec générateur de chaleur. A Cantelys, c’est descendu à -3°… » Fabien Teitgen directeur Château Smith-Haut-Lafitte

Et d’ajouter : « hier matin, ils annonçaient plus froid et on n’a rien eu, ce matin c’était annoncé 1° au dessus et on a eu 3 degrés de moins ! On verra cet après-midi que cela donne. Mais enfin ce sont vraiment les coins froids usuels. Sur Smith Haut-Lafitte, c’est plus chaud autour du château, on a d’ailleurs une pousse de 7 à 8 centimètres de haut. Je pense c’est passé à côté ce matin. Mais on a 3 matins qui vont être compliqués, plus inquiétants… »

Dans les Côtes de Baye et Côtes de Bourg, Michaël Rouyer et Didier Gontier, les directeurs respectifs des syndicats viticoles se renseignent. Pour Michaël Rouyer« a priori pas de gros dégâts dans le Blayais », quant à Didier Gontier me confie avoir eu un de ses vignerons qui l’ a appelé, « dans les bas-fonds ça a du morfler mais il faut attendre 2 jours, mais ce qui est inquiétant c’est ce qui arrive mardi… »

Jean-François Galhaud, président du Conseil des Vins de Saint-Emilion, se dit inquiet pas tant pour ce matin mais surtout pour la semaine prochaine: « j’ai entendu les hélicos, mais autour de chez moi c’était positif, mais cela a du taper par endroits…Mais enfin tout n’était pas sorti, un pied sur 5 avait débourré. Ils annoncent une gelée forte pour la semaine prochaine, il ne manquait plus que cela… » Il faut dire qu’il est sur plusieurs fronts, à essayer d’organiser des conseils d’administration en Visio-conférence, confinement oblige, pour gérer les problèmes actuels d’aides à l’emploi, de chômage partiel et après la sortie de crise…Et après un tour d’horizon,  » les dégâts ne sont pas significatifs, je n’ai vu que quelques petites feuilles gelées, mais Alain Vauthier comme François Despagne qui sont de grands techniciens ne sont pas inquiets, si cela débourre cela va être plus compliqué la semaine prochaine, je suis plus inquiet par ce qui va arriver mercredi ou jeudi prochain… »

Au château Croix de Labrie en Saint Emilion Grand Cru, Pierre Coudurié a mis les grands moyens avec de nombreuses bougies dans ses vignes  et publie sur Facebook : « 2eme nuit @croixdelabrie -1C dans les vignes . On se bat « 🔥
Le gel arrive tôt cette année

Joint ce midi, Pierre Coudurié me confie : « on vient de décharger deux nouvelles palettes de bougies à la main ».  Cela fait deux nuits de suite qu’il est sur le front du gel : « hier soir, c’était limite, avec quand même des endroits touchés et aujourd’hui « un peu plus chaud » comme on dit. Le plus dur, ce sera dans la nuit de dimanche à lundi et de lundi à mardi. Cela arrive tôt, avec deux semaines d’avance et on n’est pas encore au mois de mai… »

 

En Pessac-Léognan, Arnaud Thomassin du château de France : « on a eu -2,5°C, mais on avait anticipé, cela fait 2 nuits qu’on travaille, on avait anticipé avec des bougies, éoliennes et appareil qui souffle de l’air chaud. On a de petits dégâts dans le bas de la propriété, mais cela a l’air d’aller. Mais c’est surtout la semaine prochaine, cela risque d’être encore plus compliqué, car encore plus froid. Cela devient usant mais on sera prêt. »

 

Avec les températures qui s’annoncent aussi ce week-end, cela va encore favoriser la pousse comme me l’explique Sophie Aribaud: « on a des choses qui vont encore sortir au niveau des bougeons, ils annoncent 20°, mais dans la nuit de lundi à mardi, on devrait avoir des températures encore plus froides, selon  MeteoBlue, ça craint, des températures qui mercredi ou jeudi pourraient être des températures négatives (de -1à -2° sur Saint-Emilion) qui pourraient avoisiner les -5 par endroits. (jusqu’à -8° en ressenti sur 2 ou 3 nuits). Autant dire un nouveau cauchemar. Tout le Bordelais a encore en tête ces 27 et 28 avril 2017 où 40% de la récolte avait été perdue, mais c’était un peu plus tard ce qui est rassurant, la vigne était encore plus avancée.

Pour Sophie Aribaud, dans l’immédiat: « il faut que les viticulteurs arrêtent de travailler les sols, de tondre, il ne faut pas plier, pendant 2 à 4 jours, il ne faut rien toucher au sol, sinon ça attire encore plus le gel.Et puis les viticulteurs avec ce réchauffement climatique vont devoir changer leurs habitudes notamment éviter de tailler trop tôt dès la fin novembre, il faut une taille plus tardive et choisir aussi des porte-greffes plus tardifs. »

Tous les vignerons croisent les doigts pour les jours à venir. Ils vont une fois de plus se tenir prêts à combattre le gel avec les moyens du bord. Suffiront-ils ? A suivre… Bon courage à eux.

Dernière minute : ce week-end les prévisions météo misent sur un léger réchauffement. Des températures qui pourraient repasser positives… On croise les doigts.

26 Mar

Attention au gel dans les prochains jours: la préfecture rappelle les modalités de lutte pour les viticulteurs

Ce matin, le thermomètre a frôlé les 0° et est même descendu légèrement en dessous dans quelques rares endroits gélifs, mais pour les heures et jours qui viennent le phénomène pourrait devenir inquiétant alors que la vigne a débourré…Aussi la préfecture de Gironde rappelle les règles de lutte contre le gel, règles que connaissent bien les viticulteurs, mais on ne sait jamais…

Des températutures de -1,7 à -2°C sur les zones gélives de Saint-Emilion l’an dernier les 5 et 6 mai 2019 © Sophie Aribaud

Voici en substance les modalités de mise en œuvre des mesures de lutte contre le gel dans les cultures viticoles, un gel matinal qui pourrait intervenir prochainement, avec une vigne qui a commencé à pousser plus tôt que d’habitude :

• les opérations de brûlage doivent intervenir seulement lorsque le risque de gel est avéré et respecter les prescriptions du règlement interdépartemental de protection de la forêt contre les incendies du 20 avril 2016 dans les communes à dominante forestière ;

• les opérations de brûlage sont suspendues dès que le vent atteint ou excède 5m/seconde (soit 18 km/h) ainsi qu’en période d’épisode de pollution de l’air ;

• une surveillance humaine et constante sur place est obligatoire avec, à disposition immédiate, les moyens d’extinction nécessaires et proportionnés ;

• l’utilisation de dispositifs de type « contenant » (braseros, vasques, …) doit être privilégiée ;

• les foyers de plein air utilisés en vue d’assurer la protection des cultures et vignobles contre les gelées ne pourront être alimentés par des combustibles de nature à provoquer des fumées opaques ou des produits de combustion toxiques. Sont notamment strictement interdits, les brûlages de pneumatiques et les huiles de vidange (article 163 du règlement sanitaire départemental) ;

• les opérations de brûlage ne doivent en aucun cas gêner la circulation routière et en particulier la visibilité des usagers de la route, ni causer de nuisance au voisinage (irritation, picotement …) ;

• les opérations de brûlage doivent être organisées dans le respect des consignes de distanciation sociale et en respectant les gestes barrières ;

• toute opération de brûlage doit être précédée d’une information préalable du Maire et du centre de secours SDIS le plus proche.

14 Oct

Des cieux quelque peu assombris en pays de liquoreux…

Une année pas facile pour les différentes appellations qui font du liquoreux. Après une belle attaque de pourriture aigre, cet après-midi un peu de grêle s’est invitée sur Barsac, Cérons et à quelques autres endroits en Sauternais. Mais rien de dramatique toutefois, la pourriture noble est bien plus forte que tout. Que vive le botrytis cinerea…

Un ciel qui s’est progressivement assombri en milieu-fin d’après midi © Daniel Detrieux

Au cours de mes reportages depuis une semaine sur Bommes, Sauternes ou Cérons, j’ai pu observer un travail bien plus considérable que certaines années chez nos amis liquoreux. Ceux-ci sont coutumiers des tries, notamment des tries de nettoyage, mais cette année il y avait beaucoup de aigre, quand les vendangeurs ouvraient les grappes, au point de ne conserver que quelques grains et de jeter parfois presque la grappe entière. Mais c’est la dure loi du genre, car il n’est pas permis de garder le « aigre », c’est le « noble » qui est intéressant, le pourri confis, le botrytis chinera, avec ces raisins de type corinthe qui sont intéressant pour leur concentration, leurs arômes et le sucre.

Avec ce qui est tombé cet après-midi, l’inquiétude pouvait être de mise, certains partageant une  photo de grêle légère mais grêle tout de même et n’ayant pas encore tout rentré. D’autres prévoyant ces fortes pluies et orages menaçant à partir de ce lundi ont activé les vendanges en fin de semaine, comme château Guiraud, que j’ai pu suivre samedi à Sauternes, Guiraud qui avait connu la terrible grêle en 2018, ne faisant pas de 1er vin. D’où la décision de Luc Planty d’activer la récole.

Joint par téléphone, ce soir, Vincent Labergère directeur de Rayne Vigneau m’a confié avoir reçu un petit « amas d’eau ». « Nous avons eu un gros coup de vent et une grosse pluie derrière. Prévoyant cela, nous on a coupé de très jolies choses jeudi, vendredi et samedi. On a coupé de l’aigre, mais il y en avait beaucoup moins sur nos plus beaux terroirs. Là cette pluie va relancer le botrytis et jeudi on va repartir sur un travail normal. »

La légère grêle tombée cet après-midi dans le Sauternais

Eric Pothier du château Pick-Laborde à Preignac me confie ce soir : « cela a été d’une violence, assez remarquable…Une énorme giboulée en 10 minutes, on a pris 10 millimètres d’eau, on était pourtant en pleine concentration de raisins, cela devenait magnifique, là on est un peu frustré. Je ne pense pas qu’on ait pris beaucoup de grêle, un peu à Barsac, mais plutôt une énorme averse, le raisin est très fragile en ce moment donc on va voir comment cela va évoluer. »

Au final, de la « petite grêle avec beaucoup d’eau, pas d’impact sur les raisins, les grêlons glissent sur les fruits », selon Daniel Detrieux .

Bon courage à nos amis producteurs de ces grands liquoreux, qui font sans nul doute des vendanges bien plus compliquées que les vendanges pour produire blancs secs, rosés et rouges. Que vive le botrytis, que s’exprime la pourriture noble, diantre les cieux n’auront raison de ce raisin qu’un savoir-faire ancestral a figé dans le subconscient des amateurs de vin. Carpe Diem.